Midterms : l’agence US chargée de la cybersécurité n’en a plus rien à carrer des élections
Bid terms
L’administration Trump a licencié un tiers des employés de l’agence fédérale chargée de la cybersécurité, et systématiquement démantelé l’expertise accumulée notamment en matière de sécurité électorale. La CISA ne communique même pas sur les midterms, et sa nouvelle stratégie censée « sécuriser l’Amérique pour les 250 prochaines années » ne tient que sur 3 pages.
Créée en 2018, la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA), le bras cyber du Department of Homeland Security (DHS), était « un partenaire fédéral de premier plan pour les États en matière d’efforts de sécurité électorale après les élections de 2016 », raconte le New York Times. L’agence « [partageait] les meilleures pratiques en matière de cybersécurité et des renseignements sur les intentions étrangères autour des élections ».
Sauf que Donald Trump ne supporte pas que la CISA ose contredire ses affirmations selon lesquelles l’élection présidentielle de 2020 a été truquée et qu’il l’avait emportée, comme nous l’avions déjà raconté. La CISA avait notamment cosigné un communiqué expliquant que « les élections du 3 novembre ont été les plus sûres de l’histoire des États-Unis » et qu’« il n’existe aucune preuve qu’un système de vote ait effacé ou perdu des votes, modifié des votes ou ait été compromis de quelque manière que ce soit ».
La CISA avait alors lancé une campagne de lutte contre les rumeurs et la désinformation, « Rumor control ». Elle débunkait les rumeurs liées aux élections, dont les « fake news » complotistes colportées par Donald Trump et ses soutiens MAGA qui, en retour, l’accusaient de « censure ».
Quelques jours plus tard, Chris Krebs, son directeur, précisait sur Twitter que « 59 experts en sécurité électorale sont tous d’accord pour dire que « dans tous les cas dont nous avons connaissance, ces affirmations (de fraude) n’ont pas été étayées ou sont techniquement incohérentes » ».
En réponse, Donald Trump annonçait sur le même réseau social que le patron de la CISA était viré, au motif que sa récente déclaration « sur la sécurité de l’élection de 2020 était très inexacte, en ce sens qu’il y avait des irrégularités et des fraudes massives », accusations qu’il n’a depuis jamais étayées.


La CISA a perdu environ un tiers de ses 3 400 employés
Depuis le second mandat de M. Trump, l’agence est restée en grande partie sans gouvernail, et sans chef confirmé par le Sénat. Dans le cadre de la reprise en main de toutes les agences américaines par le DOGE d’Elon Musk et Donald Trump, la CISA avait dû mettre sur pause tout son travail sur la sécurité électorale, en février 2025.
L’agence a également mis en congé des employés « initialement identifiés comme étant associés aux activités de sécurité des élections et au programme MDM [Mésinformation, désinformation et malinformation, ndlr] ». Et ce, au motif qu’ « il est nécessaire de redéfinir les activités de l’agence en matière de sécurité électorale afin de garantir que la CISA se concentre exclusivement sur l’exécution de sa mission de sécurité physique et cyber », et « mettre fin à la censure fédérale ».
D’anciens responsables expliquent au New York Times que ces licenciements avaient eu un « effet dissuasif » sur la centaine de personnes de la division. D’autant que les réductions de personnel et coupes budgétaires ont frappé l’agence bien plus profondément que d’autres : la CISA a perdu « environ un tiers de ses effectifs », qui s’élevaient à 3 400 personnes en janvier 2025.
L’agence a ainsi cessé de proposer aux juridictions étatiques et locales d’évaluer le niveau de cybersécurité de leurs systèmes électoraux. Les autres agences fédérales ont elles aussi réduit leur travail de sécurité électorale, notamment le FBI et le Bureau du directeur du renseignement national. Au point que le flux d’avertissements transmis par les services de renseignement aux responsables locaux par la CISA « a ralenti jusqu’à devenir un filet d’eau, selon les experts électoraux » consultés par nos confrères.
La désinformation n’est plus un problème pour les élections
Dans un communiqué, un porte-parole de la CISA leur a rétorqué qu’elle était « entièrement équipée et préparée pour faire face à toutes les cybermenaces de sécurité nationale auxquelles notre nation est confrontée » et a décrit l’agence comme « plus forte que jamais » malgré les réductions de personnel :
« Comme la CISA l’a régulièrement fait lors des élections précédentes, l’agence a activé un groupe de coordination des incidents avant et le jour du scrutin pour soutenir les responsables électoraux et maintenir une image opérationnelle unifiée. »
Or, la page d’accueil de cisa.gov ne mentionne même pas que les élections de mi-mandat ont lieu jusqu’à ce 3 novembre. Et contrairement aux précédentes élections, la CISA n’a pas non plus mis en place de « war room » afin de centraliser les informations et problèmes potentiels, et communiquer plus facilement avec les responsables locaux et nationaux, les journalistes et le grand public.
En 2020, pendant le premier mandat de Trump, l’agence avait publié son plan de sécurité électorale en février. Cette année, il ne l’a fait que fin septembre. En outre, le document de 11 pages ne recèle que « peu d’informations nouvelles ou utiles », expliquent des experts électoraux. Sous-titré « SECURING THE NEXT 250 » (en hommage au 250e anniversaire des États-Unis), il ne comporte bien évidemment pas non plus le terme « désinformation ».
La stratégie censée « sécuriser les USA pour les 250 prochaines années » tient sur 3 pages
Le risque ne figure pas non plus dans le message d’intérêt public partagé mi-octobre par le FBI et la CIA, qui se borne à avancer que « des cybercriminels pourraient tenter de perturber les élections de mi-mandat américaines de 2026 en recourant à des techniques de hameçonnage (phishing) et de hameçonnage par SMS (smishing) afin de dérober les données des utilisateurs, notamment leurs identifiants de connexion et des informations sensibles ».
Il souligne qu’ « autrefois, les e-mails de hameçonnage se reconnaissaient à leurs fautes d’orthographe, à un vocabulaire illogique et à des erreurs grammaticales ». Ce qui n’est plus le cas, du fait de « l’essor de la super-intelligence (SI) [intelligence artificielle] », qui « offre aux acteurs malveillants de nouvelles possibilités de mener des campagnes d’hameçonnage par e-mail de plus grande envergure, plus efficaces et plus performantes » :
« La SI permet aux cybercriminels de créer des messages qui semblent authentiques […] Un nombre croissant d’adversaires et de criminels ont recours à la technologie de la SI pour créer des enregistrements vidéo et audio « deepfake » très convaincants […] pour se forger de nouvelles identités, usurper l’identité de personnes réelles, reproduire de manière réaliste des scènes de la vie quotidienne et des échanges, et renforcer leurs stratagèmes d’hameçonnage. »
Nick Andersen, directeur par intérim de la CISA depuis février 2026, n’a même pas mentionné le mot « élection » lors d’un récent podcast où il évoquait la nouvelle stratégie « CISA 2030 », publiée fin octobre. Le terme ne figure pas non plus dans les 12 pages du document, contrairement au « Président Trump », qui y est mentionné quatre fois.
Si l’on y retire les 2 pages de couverture, les 2 pages d’avant-propos, 2 pages blanches, la page de sommaire, son introduction et son résumé, ladite stratégie, censée « sécuriser l’Amérique pour les 250 prochaines années », ne tient en réalité que sur 3 pages.

Une concision d’autant plus étonnante que, dans son introduction, le document précise que, « aujourd’hui, alors que les États-Unis entrent dans une nouvelle ère d’innovation technologique et de croissance économique, la CISA se trouve à la croisée des chemins dans sa mission de cybersécurité et d’infrastructures critiques » :
« L’infrastructure critique américaine – et les propriétaires et exploitants qui l’entretiennent – est l’épine dorsale de la force économique américaine, de la domination technologique et manufacturière et de la défense nationale. »