FreshRSS

🔒
❌ À propos de FreshRSS
Il y a de nouveaux articles disponibles, cliquez pour rafraîchir la page.
Aujourd’hui — 27 juillet 2021Conspiracy Watch

Le Covid, le pharmacien et les complotistes

27 juillet 2021 à 15:21

Le militant antivaccination Serge Rader s’est éteint il y a deux mois après une hospitalisation liée au Covid. Un événement qui a plongé les conspirationnistes dans un embarras palpable…

Serge Rader (capture d’écran Odysee, mai 2021).

Fabrice Di Vizio est formel : entre mourir des suites du Covid et se faire vacciner, il préfère… mourir du Covid ! C’est ce qu’a récemment déclaré face caméra le nouveau référent santé de Florian Philippot.

C’est un dilemme que, pour Serge Rader, le destin s’est chargé de trancher. Il y a deux mois, cet ancien pharmacien devenu une figure incontournable du mouvement antivax en France disparaissait. Une forme suffisamment sévère de Covid-19 pour justifier son admission plusieurs jours durant en réanimation a préludé à son décès, des suites d’un arrêt cardiaque.

Engagé aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan dont il était l’expert « médicaments », Rader était apparu en 2020 parmi les protagonistes du film conspirationniste « Hold-up ». Avant cela, il avait grenouillé dans les eaux saumâtres de la « réinfosphère », passant du plateau de TV Libertés à celui de Radio Courtoisie et du site de Robert Ménard à celui d’Alain Soral, sans que cela l’empêche de co-signer par ailleurs un livre avec l’eurodéputée écologiste Michèle Rivasi, dénonçant le « racket des laboratoires pharmaceutiques ».

Ses prises de position n’étaient pas seulement controversées, elles relevaient du complotisme le plus échevelé.

Ainsi en avril 2020 lorsque, interviewé sur Sud Radio par André Bercoff, Serge Rader suggérait que le gouvernement avait décidé d’euthanasier les personnes âgées au moyen d’un puissant sédatif pour libérer des places en Ephad. Plus récemment, Rader avait assuré dans une vidéo très partagée qu’il y aurait en Europe plusieurs milliers de morts, dont plus de 2 500 « dus » au seul vaccin à ARN messager de Pfizer – c’est évidemment faux –, et « pour un virus qui, ajoutait-il, n’est pas mortel lorsqu’on prend la peine de le soigner » (sic) !

L’annonce de la disparition du militant antivax le 31 mai dernier a immédiatement été accompagnée d’une petite musique très familière sur les réseaux sociaux : Rader serait mort « dans des circonstances étranges » affirme immédiatement le compte VK d’Agora TV, expliquant que Rader « venait de dénoncer des vérités sur les vaccins »« Etrange » est aussi le mot qu’utilise l’avocat antivaxx Carlo Alberto Brusa dans l’hommage qu’il rend sur Twitter au pharmacien.

« C’est dingue comme les opposants, non-collabos et corona-sceptiques ont en ces temps une santé fragile » ironise quant à lui le youtubeur complotiste Richard Boutry dans une vidéo intitulée « Ces morts si suspectes… »

« Quand on voit les casiers judiciaires des sociétés pharmaceutiques qui nous fourguent des produits, on ne peut que se poser des questions » complète le réalisateur d’« Hold-up » Pierre Barnérias. D’autres, anonymement, se chargent des sous-titres : « Encore un décès qui tombe à pic », « Assassiné par Big Pharma et la Cabale », « Ils éliminent les alerteurs un par un »

Sur sa chaîne Odysee « Vivre Sainement », Christophe Bourloton dénonce clairement un assassinat maquillé :

« Regardez ce qu’on fait aux complotistes […] : on les supprime, comme la disparition soudaine du lanceur d’alerte Serge Rader hier. Ce grand monsieur a passé la dernière partie de sa carrière à éveiller les consciences au sujet de la santé, des médicaments et de l’industrie pharmaceutique. »

C’est que la mort de Serge Rader n’a pas seulement endeuillé la complosphère : elle l’a surtout plongée dans l’embarras. Âgé de 68 ans, le retraité était dans la tranche des personnes à risque. La vaccination lui aurait-elle permis d’éviter une mort prématurée ? Rien n’interdit de le penser.

L’article Le Covid, le pharmacien et les complotistes est apparu en premier sur Conspiracy Watch | L'Observatoire du conspirationnisme.

Hier — 26 juillet 2021Conspiracy Watch

JFK : la théorie du complot relancée par Oliver Stone

26 juillet 2021 à 16:56

Sur les blessures de Kennedy, sur le rôle d’Oswald, sur la CIA ou sur la véritable personnalité de Jim Garrison, le réalisateur américain multiplie les contre-vérités. Trente ans après son film JFK, il récidive avec la complicité de médias peu au fait du dossier.

Oliver Stone au Festival de Cannes (capture d’écran Dailymotion/Canal +, 13 juillet 2021).

Son film, JFK, sorti en 1992 en France, avait porté au pinacle les théories du complot sur l’assassinat de Kennedy. Trente ans plus tard, Oliver Stone revient au Festival de Cannes assurer la promotion de son nouveau documentaire sur l’affaire, JFK Revisited: Through The Looking Glass (JFK revisité. De l’autre côté du miroir). L’occasion pour lui de répéter, d’interview en interview, des allégations complotistes discréditées depuis belle lurette [1].

Dans son numéro du 22-28 juillet 2021, l’hebdomadaire Paris-Match, notamment, ne se contente pas de lui ouvrir ses colonnes : il proclame en couverture que « le mystère [est] relancé », et y ajoute un texte tout aussi conspirationniste du romancier Marc Dugain. Déception : si relance il y a, elle n’intéresse que de vieilles rumeurs sans fondement.

Qui a tué John Kennedy ? Depuis son assassinat à Dallas le 22 novembre 1963, la controverse fait encore rage. Pourtant, elle n’a pas lieu d’être. Les recherches les plus sérieuses, les expertises scientifiques les plus rigoureuses ont établi que le Président était mort sous les balles d’un seul meurtrier, Lee Harvey Oswald [2]. L’enquête conduite par une commission spéciale de la Chambre des Représentants de 1976 à 1979 l’a établi sans l’ombre d’un doute [3]. Certes, tout n’est pas éclairci. Les motivations du tueur demeurent nimbées de mystère : geste politique ? Acte terroriste ? Pulsion homicide ? Excès de frustration, à l’issue d’une vie semée d’échecs ? Tout cela à la fois ? D’autant que le parcours d’Oswald dans les mois précédant l’attentat a croisé la route de groupuscules anticastristes cubains hostiles à Kennedy, sans que l’on puisse en déduire formellement une quelconque complicité. De telles interrogations, au fond, n’intéressent que la personnalité de l’assassin, le tréfonds de son âme malade, ses convictions et ses mensonges. Elles ne remettent nullement en cause l’essentiel : lui seul a tiré sur le chef d’État américain – et l’a tué.

>>> Lire, sur Conspiracy Watch : Assassinat de JFK : Oswald était-il un « bouc-émissaire » ? (22/11/2012)

Pourtant, Oliver Stone, l’enfant terrible du cinéma hollywoodien, n’en démord pas. La vérité, selon lui, non seulement est ailleurs, mais brille d’une aveuglante évidence : « On connaît déjà la vérité ! C’était un complot !  [Kennedy] a été tué par des forces qui le dépassaient et qui, depuis, effraient ses successeurs. » [4] Plus précisément, la CIA, bras armé du complexe militaro-industriel, aurait exécuté JFK et fait d’Oswald l’un de ses agents, un bouc-émissaire. L’autopsie aurait été manipulée, les preuves médico-légales falsifiées pour conforter la thèse du « tireur unique » et camoufler le fait que plus de trois balles (« cinq au moins » !) auraient été tirées sur le cortège présidentiel. Le mobile ? Éliminer un chef d’État désireux de mettre un point final à la guerre froide. Mort et enterré, Kennedy ne gênerait plus les « faucons » de Washington. L’appareil militaire aurait les mains libres pour guerroyer au Vietnam, avec le résultat que l’on sait.

Ce faisant, le cinéaste se borne à recycler le scénario de son film JFK qui déjà dénonçait un « complot maximal », regroupant armée et « communauté du renseignement », industriels militaires et politiciens véreux, soudards anticastristes et espions homosexuels. Une œuvre esthétiquement magistrale mais historiquement inexacte, voire frauduleuse, faisant appel à la paranoïa davantage qu’à la raison – et mâtinée d’homophobie [5].

Paris-Match (22-28 juillet 2021).

Plus critiquable – et critiqué – encore, Stone avait héroïsé un procureur controversé, Jim Garrison, interprété par Kevin Costner et dépeint comme un honnête enquêteur doublé d’un bon père de famille. En vérité, l’homme était un démagogue sans scrupules, un mégalomane sans limites, un investigateur sans talent, un bonimenteur sans preuves, lié aux milieux ségrégationnistes et à la Mafia, et sur lequel pèsent de lourds soupçons de violences conjugales et de pédophilie [6]

JFK avait, avant même sa sortie, suscité d’abondantes critiques qui en démontraient la fausseté, et même la malhonnêteté [7]. Mais à quelque chose malheur est bon : la tempête médiatique soulevée par le film avait entraîné une très vaste ouverture des archives des autorités américaines sur l’affaire sous l’égide d’une commission indépendante, l’Assassination Records Review Board (ARRB). Ces documents ont certes pu éclaircir plusieurs zones d’ombre du dossier, mais sans étayer, bien au contraire, une quelconque hypothèse de conspiration.

JFK revisité… ou rumeurs recyclées

Oliver Stone aurait pu en prendre acte, mais a préféré réaliser cette fois un documentaire renouant avec la vieille rengaine du « complot gouvernemental ». Refusé par Netflix, JFK Revisited n’a pas trouvé de diffuseur à ce jour. Mais ce qu’en divulgue déjà Stone dans les médias n’est pas pour rassurer. Le metteur en scène, de fait, multiplie les contre-vérités : sur les blessures de Kennedy ; sur le rôle d’Oswald ; sur la CIA. Il est vrai qu’il semble s’appuyer sur les conclusions orientées d’un des membres de l’ARRB, Douglas Horne, lequel considère que l’autopsie de Kennedy aurait été « maquillée ». Toutefois, Douglas Horne paraît davantage dominé par ses préjugés complotistes que par la rigueur académique, comme en témoignent ses récentes théories selon lesquelles le président Roosevelt aurait poussé les Japonais à attaquer Pearl Harbor [8] – autre grande théorie du complot qui hante l’Amérique.

Mais revenons aux propos d’Oliver Stone. Pour rappel, Oswald a tiré trois coups de feu : le premier a manqué sa cible ; le second a touché Kennedy à la gorge ainsi que le Gouverneur du Texas, John Connally, assis devant lui dans la limousine présidentielle ; le troisième a frappé la tête du chef d’État.

Pour le metteur en scène, rien n’est plus faux : au moins cinq balles ont été tirées, certaines ont touché Kennedy de face. Mais qu’en est-il alors de l’autopsie ? Selon lui, les « photos officielles » du cadavre de Kennedy ne concorderaient pas avec « quarante » témoignages qui « affirment avoir vu une plaie béante à l’arrière du crâne », preuve que Kennedy aurait été touché par une balle venue de l’avant. De plus, le « photographe officiel » de l’autopsie, John Stringer, a déclaré trente ans après les faits qu’il ne reconnaissait pas ses propres clichés, preuve qu’ils auraient été falsifiés. Hélas ! L’authenticité des photographies a déjà été établie par la commission d’enquête de la Chambre des Représentants [9]. Par ailleurs, le célèbre film amateur tourné par Abraham Zapruder et ayant enregistré chaque image de l’attentat réfute totalement l’existence d’une large blessure à l’arrière du crâne du Président [10]. Quant à Stringer, sa mémoire lui a joué des tours sur des éléments essentiels, ce qui réduit d’autant la valeur probante de son tardif témoignage [11].

Oliver Stone n’est pas plus sérieux lorsqu’il conteste la « théorie de la balle unique », selon laquelle une balle – et une seule – a touché Kennedy et Connally. Longtemps critiquée, cette théorie a pourtant été validée par moult expertises, dont celles conduites par la commission d’enquête de la Chambre des Représentants. De même, le visionnage du « film Zapruder » atteste que Kennedy et Connally ont été touchés simultanément (voir ici et ). Oliver Stone, au demeurant, sombre dans l’incohérence : « cette balle, assène-t-il, est en contradiction formelle avec les résultats de l’autopsie ». Or, le cinéaste allègue que lesdits résultats ont été falsifiés ! Comment s’y retrouver ? Et surtout : comment s’y retrouve-t-il ?

Oswald ? Un « gogo », « un patriote et un admirateur de John F. Kennedy », qui « frayait avec les milieux pro- et anti-castristes », « un provocateur que la CIA embauchait pour distribuer des tracts » ! Son fusil ne serait pas l’arme du crime, on n’y aurait pas retrouvé ses empreintes, et « trois de ses collègues féminines, qui figurent dans le documentaire, affirment qu’elles étaient dans l’escalier juste après le drame », « or elles ne l’ont pas croisé ». Il n’en est rien : Oswald était un raté doublé d’un instable, un menteur pathologique fasciné par la violence, qui maltraitait son épouse et qui avait déjà tenté d’abattre un politicien d’extrême droite ; son propre fusil a servi à tuer Kennedy, et a même fait l’objet d’une biographie [12] ! Ses empreintes y ont été retrouvées, ainsi que sur les lieux du crime [13]. Des fibres provenant probablement de la chemise d’Oswald ont également été décelés sur cette arme [14]. Quant aux témoins évoquées par Oliver Stone, leur histoire est bien connue : elles étaient deux, pas trois, et il apparaît qu’elles sont descendues dans l’escalier quelques minutes après l’attentat, bien après Oswald [15]. Ajoutons qu’Oswald, solitaire, dangereux et indigne de confiance, donc incontrôlable, n’était pas le genre d’individu qu’une conjuration digne de ce nom recruterait.

Un poncif complotiste : Kennedy, victime transfigurée d’un gigantesque complot

Oliver Stone n’en persiste pas moins à s’en prendre à la CIA, sans naturellement produire le moindre élément de preuve. À l’en croire, l’Agence se serait opposée à la politique étrangère de Kennedy, lequel aurait promu la paix entre les États-Unis et le bloc communiste. Le président américain aurait même envisagé de se désengager du Vietnam, où des conseillers militaires américains aidaient le régime pro-américain de Saïgon à lutter contre la guérilla vietcong. Sans être entièrement inexacte, cette description de la diplomatie kennedyenne gagnerait à être nuancée et contextualisée.

Affiche du film JFK Revisited, d’Oliver Stone (2021).

« JFK », de fait, a su modérer les ardeurs des « faucons », notamment lors de la crise des missiles de Cuba en octobre 1962, et a épargné au monde une guerre nucléaire. Il a effectivement cherché l’apaisement avec Moscou. Difficile d’en déduire qu’il aurait, à terme, retiré ses forces du Vietnam. Mais l’hypothèse, concédons-le à Oliver Stone, n’est pas absurde [16].

Toutefois, il est, au mieux, simpliste de le décrire comme un adversaire du « complexe militaro-industriel ». Kennedy n’avait nullement renoncé à la fermeté face à Moscou. Et pour ne citer qu’eux, les généraux américains et la CIA étaient divisés sur la question vietnamienne (les premiers prônaient une intervention plus musclée, ce que rejetait la seconde, qui s’en tenait à des « opérations spéciales », plus limitées). Bref, l’administration politique américaine connaissait bien trop de lézardes pour révéler une quelconque cohérence diplomatique – et s’opposer unanimement aux choix de Kennedy. L’assassinat de ce dernier s’est révélé, assurément, décisif. Mais son successeur, Lyndon Johnson, n’a accru la présence militaire des États-Unis au Vietnam que pas à pas, et à contrecœur, moins parce qu’il était sous l’influence du « complot » que parce qu’il manquait d’expérience internationale et a été dépassé par les événements. Point de conspiration, en l’occurrence, mais une dérive résultant de lourdes erreurs de calcul.

Ce portrait de Kennedy en pacifiste, superficiel sans être totalement faux, répond tout de même à une logique complotiste : plus sanctifiée est la victime, plus terrible est la conjuration. Selon les théories du complot qui tentent d’expliquer la tragédie de Dallas, le Mal était à l’œuvre – et l’est encore, selon Oliver Stone, non sans simplifier ni déformer six décennies d’histoire américaine. Le cinéaste hollywoodien s’est mué en chevalier blanc de la « vérité », pourfendant les « gardiens » de la « vérité officielle ». Une démarche typiquement conspirationniste, laquelle, on l’a vu, prend de larges distances avec les éléments du dossier.

L’article du romancier Marc Dugain à la suite de l’interview du réalisateur américain appelle les mêmes remarques. Les Kennedy sont idéalisés, victimes d’un gigantesque complot mêlant CIA, Mafia et FBI. Mais si les spéculations sont nombreuses, les preuves font défaut. Et, surtout, Marc Dugain commet à son tour quelques contre-vérités, notamment en prétendant que le FBI aurait laissé sciemment l’attentat se produire. En vérité, le FBI n’a jamais su anticiper l’attentat de Dallas ; Oswald, quoique connu de ses services, est passé sous ses radars (ce que l’organisme fédéral tentera de cacher) ; les éléments médico-légaux du dossier prouvent que lui seul a tiré sur le Président, et non point plusieurs tireurs répartis en différents endroits.

Plus surprenant encore, Marc Dugain reprend à son compte un mythe dissipé depuis longtemps, à savoir que le complot aurait en guise d’assassins, « fourni des hommes déguisés en clochards ». Il est vrai que, plus d’une heure environ après l’attentat du 22 novembre 1963, la police de Dallas avait appréhendé trois clochards qu’elle avait retrouvés dans un train en instance de départ à proximité des lieux du crime. Ces trois hommes ont été photographiés par un journaliste alors qu’ils étaient conduits au poste. Ils y apparaissaient rasés de près, proprement habillés, et leur physique autant que leur démarche suggérait qu’il s’agissait bien plutôt de membres d’un commando d’assassins. Hélas, ces trois clochards étaient bel et bien… des clochards : Harold Doyle (32 ans), John F. Gedney (38 ans) et Gus W. Abrams (53 ans). Interrogés, les deux premiers se sont reconnus sur les photographies, et ont confirmé qu’avant leur arrestation, ils avaient reçu des vêtements propres, et avaient pu se laver, se raser et déjeuner. Le troisième, décédé, a été identifié par sa sœur. Ces faits sont bien connus – sauf de Marc Dugain, ce qui ne manque pas de surprendre. Mais après tout, l’Histoire écrite comme un roman est sans doute plus passionnante que l’Histoire tout court.

Vitupération d’un complot tentaculaire, idéalisation sans nuance d’un chef d’État qui passe pour adversaire de forces obscures : les propos d’Oliver Stone, agrémentés de l’« analyse » de Marc Dugain, n’apportent rien de neuf et répètent à l’envi des inepties réfutées depuis des décennies. Cinéma et littérature font parfois mauvais ménage avec l’Histoire.

 

Notes :
[1] Voir notamment Le Figaro, 12 juillet 2021.
[2] La meilleure étude à ce jour n’est autre que celle de feu Vincent Bugliosi, Reclaiming History. The assassination of President John F. Kennedy, New York, W. W. Norton & Company, 2007. Le rapport de la Commission Warren, souvent critiqué, a été peu lu, alors qu’il constitue une analyse indispensable et de bien meilleure qualité que ne le proclament ses opposants : The Warren Commission Report. The President’s Commission on the assassination of President Kennedy, 1964 et New York, Barnes & Noble, 1992. Voir également Larry Sturdivan, JFK Myths. A scientific investigation of the Kennedy assassination, Parangon House, Saint-Paul, 2006 et Mel Ayton, Questions of Conspiracy, Londres, Horseshoe Publication, 1999.
[3] Cette Commission n’en avait pas moins émis l’hypothèse que Kennedy avait été « probablement assassiné par une conspiration » (HSCA Final Assassinations Report, Washington, 1979, p. 94)… Cette allégation ne reposait sur rien d’autre qu’une unique expertise d’un enregistrement audio d’un policier faisant partie du cortège présidentiel, suggérant que quatre coups de feu avaient été tiré sur le convoi présidentiel, alors qu’Oswald avait, lui, tiré trois balles. Cependant, ladite expertise a été ultérieurement discréditée. Pour un résumé de l’affaire, voir ici.
[4] Paris-Match, n°3768, 22-28 juillet 2021, p. 71.
[5] Les nombreuses erreurs, omissions et falsifications du film JFK ont été impitoyablement disséquées par un chercheur réputé, Dave Reitzes.
[6] Sur Garrison et son « enquête », voir, entre autres, Patricia Lambert, False Witness. The real story of Jim Garrison’s investigation and Olivier Stone’s film JFK, New York, M. Evans and Company, 1998 et, plus récemment, Fred Litwin, On the trail of delusion. Jim Garrison : the great accuser, Leipzig, NorthernBlues Books, 2020.
[7] Voir JFK. The Book of the Film, New York, Applause Books, 1992.
[8] Douglas P. Horne, Deception, Intrigue, and the Road to War. A Chronology of Significant Events Detailing President Franklin D. Roosevelt’s Successful Effort to Bring a United America Into the War Against Germany During the Second World War, vol. I et II, 2017. Les préjugés de Horne ont été dénoncés par Bugliosi, Reclaiming History, op. cit., p. 434-447.
[9] HSCA Appendix to Hearings, Volume VII : Medical and Firearms Evidence, mars 1979, P. 37-71.
[10] Ce constat est sans doute à l’origine de théories particulièrement ridicules selon lesquelles le « film Zapruder » aurait été truqué. Voir Richard B. Task, National Nightmare on Six Feet of Film. Mr. Zapruder’s Home Movie And the Murder of President Kennedy, Wichita, Yeoman Press, 2005.
[11] Bugliosi, Reclaiming History, op. cit., p. 441-443.
[12] Henry S. Bloomgarden, The Gun. A « Biography » of the gun that killed John F. Kennedy, New York, Viking Press, 1975.
[13] Voir l’étude de Gary Savage, JFK First Day Evidence, Monroe, Shoppe Press, 1993.
[14] The Warren Commission Report, op. cit., p. 124-125.
[15] Gerald Posner, Case Closed. Lee Harvey Oswald and the Assassination of JFK, New York, Random House, 1993, p. 264.
[16] Le débat sur le rôle de Kennedy dans l’engagement militaire américain au Vietman reste ouvert. Plusieurs historiens privilégient l’hypothèse d’une politique de retrait : John Newman, JFK and Vietnam. Deception, Intrigue,and the Struggle for Power, New York, Warner Books, 1992 ; David Kaiser, American Tragedy. Kennedy, Johnson and the origins of the American War, University of Harvard Press, 2000 ; Howard Jones, Death of a Generation. How the Assassinations of Diem and John F. Kennedy Prolonged the Vietnam War, Oxford University Press, 2003. Plus complexe, plus convaincante aussi, s’avère la thèse de Fredrik Logevall, Choosing War. The lost chance for peace and the escalation of war in Vietnam, University of California Press, 1999, qui montre que Kennedy tenait à garder le contrôle des événements au Vietnam et envisageait, peut-être, un désengagement limité et différé, tributaire de considérations idéologiques (contenir le communisme), diplomatiques (neutraliser la région), et électoralistes (éviter de donner prise à la critique de l’opposition républicaine).

 

Voir aussi :

Pourquoi Oswald est le seul tueur de JFK

L’article JFK : la théorie du complot relancée par Oliver Stone est apparu en premier sur Conspiracy Watch | L'Observatoire du conspirationnisme.

À partir d’avant-hierConspiracy Watch

Conspiracy News #30.2021

25 juillet 2021 à 15:52

L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 19/07/2021 au 25/07/2021).

LE DESSIN DE LA SEMAINE. Les analogies entre les mesures sanitaires et le nazisme se sont multipliées au cours des dernières semaines. Elles ont inspiré le dessinateur Morgan Navarro.

MARTINE WONNER. La députée du Bas-Rhin, figure de la complosphère engagée contre les mesures sanitaires du gouvernement, avait appelé lors d’un rassemblement, le 17 juillet, à « faire le siège des parlementaires » et à « envahir leur permanence ». Elle s’est vu exclure le lendemain de son groupe parlementaire « Libertés et Territoires » (source : Libertés et Territoires/Twitter, 18 juillet 2021).

À l’Assemblée nationale le 21 juillet, Martine Wonner a affirmé que « ce pass instaure une ségrégation entre les individus », citant le cas d’une patiente qui ne pourrait pas, selon elle, accéder à l’hôpital si elle n’est pas vaccinée. La ministre déléguée auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, Brigitte Bourguignon, lui a répondu qu’« on ne peut pas désinformer au sein même de cet hémicycle », se référant aux textes de loi et ajoutant qu’« en cas d’urgence, il n’y a évidemment pas besoin de pass » (source : BFM TV, 21 juillet 2021).

L’élue a persisté dans la désinformation en prétendant, dans un live jeudi 22 juillet, que la Garde républicaine se serait retirée car elle ne souhaiterait « plus protéger le président » Emmanuel Macron (source : La Dépêche, 25 juillet 2021). Une fausse information reprise sur plusieurs sites complotistes tels que Profession GendarmeRéseau internationalPro Fide Catholica ou encore L’Echelle de Jacob.

GALAXIE COVIDO-SCEPTIQUE. Ils sont avocats, médecins ou politiques : depuis le début de la crise du Covid-19, un groupe hétéroclite de personnalités minimise l’épidémie, met en doute la fiabilité des vaccins et dénonce la « dictature sanitaire », sans hésiter à verser dans la désinformation. L’AFP a dressé les portraits des principaux acteurs de cette galaxie covido-sceptique (source : AFP, 23 juillet 2021).

INJURE PUBLIQUE. Un afficheur a réalisé un poster avec la photo d’Emmanuel Macron remplaçant le visage d’Adolf Hitler sur deux grands panneaux publicitaires dans le Var, afin de dénoncer le pass sanitaire. Une enquête a été ouverte pour « injure publique » (source : Midi Libre, 21 juillet 2021).

FRANÇOIS ASSELINEAU. À la manifestation de Lille du 17 juillet contre le « pass sanitaire », François Asselineau, président de l’Union populaire républicaine (UPR), a affirmé que « le vaccin ne protège pas de la Covid-19, en tout cas pas autant qu’on le pense » (source : Raphaël Grably/Twitter, 17 juillet 2021).

CHLOÉ FRAMMERY. L’enseignante genevoise Chloé Frammery, porte-voix des covido-sceptiques, actuellement en année sabbatique, ne retournera pas en classe à la rentrée. Elle a été suspendue après avoir été entendue par le Département de l’instruction publique genevois (DIP) à la mi-juin. Il lui est notamment reproché d’avoir tenu devant ses élèves des propos contre les vaccins. Cette figure de la complosphère est défendue par Me Pascale Junod, représentant en Suisse d’Alain Soral et de Dieudonné après l’avoir été des négationnistes Robert Faurisson et Roger Garaudy (source : Le Temps, 22 juillet 2021).

SPORT. Euro de football, Tour de France, Jeux olympiques de Tokyo… : l’été 2021 nous offre son lot d’événements sportifs de qualité, malheureusement entachés par la reprise de l’épidémie de coronavirus. Le sport de haut niveau est aussi l’occasion pour une partie des conspirationnistes de se faire remarquer sur Internet, avec, notamment l’argument selon lequel le vaccin serait responsable des contre-performances des sportifs… (source : Conspiracy Watch, 23 juillet 2021).

« GÉNOCIDE ». Dans un long monologue massivement relayé sur Facebook, Me Virginie de Araujo Recchia, une avocate parisienne, clame que les mesures gouvernementales anti-Covid, notamment la vaccination et le port du masque, constituent un « génocide » et assure que « la séparation des pouvoirs n’existe plus ». Ces affirmations sont toutefois dénuées de fondement juridique et occultent les nombreux recours en justice contre la politique sanitaire de l’exécutif (source : AFP, 23 juillet 2021).

JEAN-BERNARD FOURTILLAN. Apparu dans le film « Hold-up », ouvertement complotiste et poursuivi pour essais thérapeutiques illégaux, le Pr Fourtillan est sorti de prison. Ce militant anti-vaccination, proche du professeur Joyeux et adepte de théories du complot sur l’origine de la Covid-19 et des vaccins, a témoigné au micro de Richard Boutry, expliquant qu’ « en sortant de la prison de la Santé, en face du portail […], c’est la Fondation Rothschild, c’est quand même incroyable, c’est pas le hasard » (source : Raphaël Grably/Twitter, 22 juillet 2021).

Apparu dans Hold-Up, ouvertement complotiste et poursuivi pour essais thérapeutiques illégaux, le Pr. Fourtillan sort de prison et s’empresse de parler… des Rothschild. pic.twitter.com/qvdCstmsoo

— Raphael Grably (@GrablyR) July 22, 2021

DIDIER RAOULT. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de Santé (ANSM) mène des « investigations » après avoir été alertée sur des essais cliniques sur des êtres humains menés par l’IHU Méditerranée Infection, l’institut dirigé par Didier Raoult. Les faits portent sur deux essais de l’an dernier visant à mesurer l’efficacité de l’hydroxychloroquine pour traiter le Covid-19. De graves irrégularités ont été constatées, comme l’absence d’autorisation ou l’inclusion d’enfants pour certains tests (source : BFMTV, 22 juillet 2021).

ANTIVAXX. Des publications virales sur Facebook assurent que les présidents d’Haïti, de Tanzanie et du Burundi ont été « assassinés » parce qu’ils s’opposaient aux vaccins contre le Covid-19. Il n’existe en réalité aucune preuve pour soutenir cette thèse, qui repose sur des affirmations mensongères. Le président haïtien Jovenel Moïse, tué le 7 juillet dans sa résidence de Port-au-Prince, était favorable aux vaccins. Quant aux présidents tanzanien et burundais, John Magufuli et Pierre Nkurunziza, ils étaient hostiles à la vaccination mais sont décédés des suites d’une maladie (source : AFP, 22 juillet 2021).

JEAN-JAQUES CRÈVECOEUR. Dans un nouveau live suivi par des milliers de personnes, le complotiste Jean-Jacques Crèvecoeur a expliqué que la date et l’heure des débats autour du « pass sanitaire » n’avaient pas été choisies au hasard par le Parlement français. En procédant à divers calculs, le youtubeur est parvenu à faire apparaître la « marque de la Bête » (« 666 »), révélant la main agissante des « Illuminatis qui dirigent le monde » (source : L’Extracteur/Twitter, 23 juillet 2021).

Hier soir, Jean-Jacques Crèvecœur a expliqué en direct devant des milliers de personnes que les Illuminatis qui dirigent le monde ont choisi la date et l'heure des débats autour du #PassSanitaire au Parlement français pour y cacher la marque de la Bête. pic.twitter.com/kFO715zgrQ

— L'Extracteur #CitoyensDuWeb (@l_extracteur) July 23, 2021

À noter que Facebook a supprimé la page de Crèvecœur en raison des fausses informations qu’il diffusait et pour incitation à la violence. La page affichait 360 000 abonnés (source : Raphaël Grably, 20 juillet 2021).

MICROPUCE. Un récent sondage de l’institut YouGov pour The Economist montre que 20% des Américains pensent que le gouvernement veut les faire vacciner afin de leur injecter une micropuce (source : Raphaël Grably/Twitter, 19 juillet 2021).

LUC MONTAGNIER. Le Prix Nobel de médecine (1983) soutient que la vaccination contre le Covid-19 créerait les variants et s’accompagnerait d’une hausse des décès. Les déclarations de cet ancien professeur aujourd’hui controversé sont toutefois contestées par de nombreux scientifiques qui expliquent que les variants trouvent leur origine dans la circulation active du Sars-Cov-2. Les chiffres officiels montrent par ailleurs que la vaccination anti-Covid a fait chuter le nombre de morts (source : AFP, 19 juillet 2021).

DÉSINFORMATION. En mai dernier, un pompier de 32 ans avait affirmé dans une vidéo l’existence d’un lien entre la vaccination et l’AVC. N’ayant pas respecté son devoir de réserve, il s’est vu convoqué pour un conseil de discipline le 22 septembre au tribunal administratif de Lyon. Il risque une rétrogradation voire une révocation. Ses regrets ne l’ont pas empêché d’intervenir dans une émission de La Une TV, nouvelle chaîne du complotiste Richard Boutry (source : Le Parisien, 22 juillet 2021).

Boutry a en effet lancé dimanche 18 juillet sa web-télé 100% anti-mesures sanitaires. L’émission a tourné à la foire à la désinformation et au règlement de comptes contre la « récupération » de Florian Philippot. Un capharnaüm complotiste dont a rendu compte CheckNews.

MANIFESTATIONS DU 24 JUILLET. Les manifestations contre le « pass sanitaire » du 24 juillet ont réuni plus de 160 000 personnes, selon le ministère de l’Intérieur, dans toute la France. Conspiracy Watch était présent au Trocadéro et revient dans un thread illustré sur les slogans brandis lors de ce rassemblement organisé à l’appel de Florian Philippot, ancien numéro 2 du Front national et président du parti Les Patriotes (source : Conspiracy Watch, 25 juillet 2021).

Hier, les manifestations #AntiPassSanitaire ont réuni + de 160 000 personnes en 🇫🇷 selon @Interieur_Gouv : 11 000 à Paris dont des milliers au Trocadéro à l'appel du parti de #FlorianPhilippot. #manifs24juillet
Notre équipe y était. Tour d'horizon de choses vues en #thread⤵pic.twitter.com/7raGaheL6n

— Conspiracy Watch (@conspiration) July 25, 2021

LONDRES. Un rassemblement antivax a été organisé à Londres le 24 juillet, qui a fait la part belle au complotisme avec des intervenants de choix, parmi lesquels David Icke. Dénonciation des « injections expérimentales », des vaccins « sataniques » et de la franc-maçonnerie, covido-scepticisme, évocation des « démons », « fausse vaccination »… un florilège rapporté par le journaliste Shayan Sardarizadeh (BBC), et que Conspiracy Watch a synthétisé dans un thread.

🇬🇧 Le journaliste Shayan Sardarizadeh @Shayan86 (BBC) a fait un #thread sur le rassemblement conspi #antivax qui s'est tenu hier à Trafalgar Square (Londres).
L'ex-infirmière complotiste Kate Shemirani a expliqué que les vaccins étaient "sataniques".https://t.co/wKBdegrSRB

— Conspiracy Watch (@conspiration) July 25, 2021

POLOGNE. Le 18 juillet, lors d’une manifestation anti-vaccin en Pologne, les participants ont scandé que « les Juifs sont derrière la pandémie » et « dirigent le monde ». Des affrontements ont eu lieu avec la police, entraînant l’arrestation de trois personnes (source : notesfrompoland.com, 19 juillet 2021).

BRÉSIL. YouTube a déclaré le 22 juillet avoir supprimé une série de vidéos de la chaîne du président brésilien Jair Bolsonaro pour avoir diffusé de fausses informations sur l’épidémie de Covid-19. La plate-forme souligne qu’elle a pris sa décision « après un examen minutieux » et sans tenir compte de l’idéologie politique de Bolsonaro (source : Le Monde, 22 juillet 2021).

ÉTATS-UNIS. Depuis qu’il a été suspendu de Facebook et de Twitter, Donald Trump a participé de multiples conférences et publié des déclarations écrites, par le biais desquelles il répand de fausses nouvelles. Ces dernières semaines, par exemple, l’ancien président des États-Unis a rejoint un chorus de législateurs républicains qui cherchent à minimiser les événements du 6 janvier (attaque du Capitole) et à présenter l’émeute comme une manifestation plus ou moins pacifique (source : Politifact, 14 juillet 2021).

RUSSIE. Depuis ses efforts d’ingérence lors de l’élection présidentielle américaine de 2016, la célèbre Internet Research Agency (IRA) a fait face à une résistance croissante de la part des gouvernements occidentaux, de la société civile et des réseaux sociaux. En réponse, l’IRA a affiné ses efforts de manipulation via l’élaboration d’un conglomérat des médias dirigé par le site Web RIA FAN (abréviation de Federal News Agency), un empire qui utilise de fausses personnalités et un arsenal de chaînes Telegram proches du Kremlin se faisant passer pour des observateurs objectifs (source : Alliance for Securing Democracy, 19 juillet 2021).

SYRIE. Deux bouteilles de gaz qui constituaient des preuves cruciales dans les enquêtes de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) au sujet de l’attaque au chlore de la ville de Douma (7 avril 2018), au nord-est de Damas (Syrie), ont été détruites, a rapporté vendredi le chef de l’organisme international. Le régime de Bachar el-Assad accuse Israël de cette destruction (source : brian-whit.medium.com, 24 juillet 2021).

L’article Conspiracy News #30.2021 est apparu en premier sur Conspiracy Watch | L'Observatoire du conspirationnisme.

Les sportifs et leurs contre-performances : le nouvel argument des complotistes antivaxx

23 juillet 2021 à 16:00

La désinformation antivaccinale prend parfois des chemins inattendus. Ceux d’un stade de foot par exemple…

Le tir au but raté de Kylian Mbappé lors du match France-Suisse du 28 juin 2021 (capture d’écran TF1).

Euro de football, Tour de France, Jeux olympiques de Tokyo… : l’été 2021 nous offre son lot d’événements sportifs de qualité, malheureusement entachés par la reprise de l’épidémie de coronavirus. Le sport de haut niveau est aussi l’occasion pour une partie des conspirationnistes de se faire remarquer sur Internet.

C’est ainsi que le 12 juin dernier, alors que les téléspectateurs et le public retenaient leur souffle suite au malaise cardiaque du joueur de football danois Christian Eriksen, Francis Lalanne n’a pas attendu plus de quelques minutes pour suggérer – à tort – que le vaccin anti-Covid était la cause de l’incident. Suscitant l’indignation sur les réseaux sociaux, cet épisode n’a pas calmé les ardeurs des conspirationnistes antivaxx, ces derniers n’hésitant plus à instrumentaliser les contre-performances des sportifs pour faire avancer leur cause.

Réaction 19, le site de l’avocat covido-sceptique Carlo Alberto Brusa, relayait ainsi fin juin un document PDF signé par le Dr Gérard Delépine, l’époux de l’oncologue Nicole Delépine. Gérard et Nicole Delépine forment un couple de militants antivaccins bien connu dans la complosphère. Evoquant l’abandon du sprinter Christophe Lemaître pour les championnats de France d’athlétisme, le médecin n’a pas hésité à en profiter pour disqualifier la vaccination :

« Imaginez-vous la détresse de ce sportif qui rêve depuis quatre ans de ces JO et pour lequel tout s’écroule à la suite d’une piqûre pour une maladie à risque zéro pour lui ».

Les conclusions du Dr Delépine sont formelles : « Les sportifs de haut niveau […] n’ont aucun bénéfice personnel à espérer de prétendus vaccins. Comme ces injections n’empêchent pas la possible transmission du virus, il n’y a non plus aucune raison altruiste de les recevoir. »

Vérification faite, si la participation de Christophe Lemaître aux JO est compromise, c’est avant tout en raison d’une blessure. Quant à l’argument selon lequel le vaccin n’empêcherait pas la transmission du virus, il n’est pas infondé… encore faut-il préciser, pour être complet, que le vaccin diminue d’un facteur 10 le risque de contamination. Et qu’il contribue ainsi puissamment à endiguer la maladie et l’apparition de nouveaux variants.

La défaite de l’équipe de France de football face à la Suisse a aussi été prétexte à un moment de désinformation antivaccinale sur la complosphère. Plusieurs sites ont en effet imputé la responsabilité du penalty raté de Kylian Mbappé aux effets indésirables de sa vaccination, qui a eu lieu un mois plus tôt.

Pour le site d’extrême droite Riposte laïque, qui relaie les propos de Gérard Délepine (encore lui), le joueur aurait été « manipulé par nos autorités politiques et sanitaires pour servir de “publicité” à la télévision sur le pseudovaccin. » Après avoir précisé que le jeune attaquant avait « raté tous ses matchs […] et même raté le penalty des tirs au but qui nous a finalement éliminé de cette compétition », le médecin, reconverti pour l’occasion en commentateur sportif, ajoute que « ce n’est pas Kylian Mbappé qu’il faut blâmer, mais ceux qui l’ont embarqué dans cette opération publicitaire pro vaccinale risquée qui est vraisemblablement en partie responsable de l’échec de notre équipe nationale. »

Du côté d’Égalité & Réconciliation, l’un des deux premiers sites complotistes francophones, les raisons de la défaite française contre les Suisses sont également mises sur le compte de la « piqûre oligarchique » de Mbappé :

« Ah oui, “Mbappé”, nous dit la régie dans le casque : si la star mondiale n’a pas joué à son meilleur niveau, est-ce à cause de sa piqûre oligarchique ? Le champion du monde s’est affiché avec une seringue dans le bras, d’aucuns y voient la raison de son Euro stérile, et de son penalty foiré. Le précédent du sprinter Christophe Lemaitre doit faire réfléchir : l’athlète français a carrément dû renoncer aux JO de Tokyo à cause des effets secondaires désastreux de sa vaccination. »

Si la vaccination peut évidemment altérer les performances des athlètes, comme pour le cycliste Jakob Fuglsang, contraint d’abandonner le Tour de France, il n’en reste pas moins que cette instrumentalisation est malhonnête. Les mésaventures du coureur de l’équipe Astana ont d’ailleurs fait les choux gras de certains sites conspirationnistes comme Signs Of The Times [archive] ou de covido-sceptiques sur les réseaux sociaux [archive].

Des conséquences du Covid sur la santé des athlètes

Surtout, ces entrepreneurs du complotisme omettent constamment de préciser qu’attraper le coronavirus peut avoir des effets néfastes pour les sportifs de haut niveau. Ainsi, au mois de mai dernier, le journal La Croix alertait sur les conséquences du Covid-19 sur la santé des athlètes, témoignages à l’appui. Le basketteur Evan Fournier déclarait par exemple sentir encore les effets de la maladie, contractée un mois plus tôt :

« C’est comme si j’avais une commotion cérébrale. Ça va un peu mieux en ce moment, mais au départ, c’étaient les lumières vives qui gênaient mes yeux et ma vision était floue. Tout allait trop vite pour moi. Et c’est encore le cas. »

En avril, Le Parisien émettait également l’hypothèse que la méforme collective des joueurs du Paris-Saint Germain était due à l’exposition de plusieurs stars du club au virus. Si ce dernier présente très peu de risques vitaux pour les athlètes (hormis quelques rares cas de myocardites pouvant entrainer des problèmes cardiaques), les médecins du sport n’excluent pas des conséquences sur leurs performances à moyen terme. C’est notamment le cas de Laurent Uzan, cardiologue consultant pour plusieurs équipes, qui notait au mois de janvier « une fatigabilité anormale sur plusieurs semaines à plusieurs mois » pouvant être handicapante pour des sportifs de haut niveau.

Les complotistes nous ont déjà prouvé qu’ils pouvaient réécrire l’histoire des attentats terroristes, des élections, des épidémies, des crashs d’avion, des accidents industriels, des catastrophes climatiques, des crises économiques, des conflits et des révolutions… Les penalties ratés s’ajoutent désormais à cette longue liste.

 

Voir aussi :

Coupe du monde 98 « truquée » : So Foot revient sur la théorie du complot

L’article Les sportifs et leurs contre-performances : le nouvel argument des complotistes antivaxx est apparu en premier sur Conspiracy Watch | L'Observatoire du conspirationnisme.

Conspiracy News #29.2021

18 juillet 2021 à 13:01

L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 12/07/2021 au 18/07/2021).

CUBA. Dans un tweet, l’ancien président bolivien Evo Morales a exprimé sa solidarité avec le peuple cubain. L’île est en proie, depuis dimanche 11 juillet, à des manifestations historiques contre les pénuries, qui prennent pour cible le gouvernement. Ce dernier a appelé ses partisans à répliquer dans la rue. Dans son message posté le 13 juillet, Morales a dénoncé une main étrangère en expliquant que le vrai « péché » de Cuba était d’« avoir créé un vaccin efficace à plus de 92%, ce qui affecte les intérêts du capitalisme » (source : Conspiracy Watch/Twitter, 13 juillet 2021).

CHINE. Un autocar a explosé dans le nord-ouest du Pakistan, le 16 juillet, provoquant la mort de douze personnes, dont neuf ressortissants chinois. La Chine et le Pakistan divergent à ce stade sur la nature des événements, la première mettant en avant la thèse de l’attentat quand Islamabad parle d’une explosion due à une fuite de gaz. Le média d’État chinois Global Times va jusqu’à évoquer l’implication d’un « pays tiers », désignant implicitement la main des Occidentaux… (source : Antoine Bondaz/Twitter, 16 juillet 2021).

LE DESSIN DE LA SEMAINE. Le 9 juillet dernier, le Pr Raoult a posté un tweet dans lequel il se disait « favorable à la vaccination systématique des personnels soignants ». Une prise de position qui a jeté le trouble chez les covido-sceptiques et les opposants à la vaccination qui constituent une part significative de ses partisans.

DIDIER RAOULT. Harcèlement en ligne, insultes, menaces… Si le professeur Raoult a toujours pris soin de se tenir à l’écart de ces échauffourées, une enquête du Monde montre que des personnes liées à son établissement, l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection, à Marseille, y jouent les premiers rôles et s’illustrent par des méthodes très contestables telles que le harcèlement, la diffamation, le doxxing voire les menaces de mort (source : Le Monde, 14 juillet 2021).

ANTIVAXX. Olivia Guidry, infirmière qui incitait ses amis et sa famille, notamment sur Facebook, à refuser la vaccination contre la Covid-19 l’an dernier, est morte samedi dans un hôpital en Louisiane après avoir contracté la maladie. Le Dr Joe Kanter, responsable de la santé de l’État de Louisiane, a déclaré dans un point presse que les travailleurs de la santé pouvaient eux aussi être la proie de mythes et de la désinformation à propos des vaccins (source : La Presse, 14 juillet 2021).

« DICTATURE SANITAIRE ». Lundi 12 juillet, Emmanuel Macron a annoncé les nouvelles mesures envisagées par l’Exécutif pour endiguer l’épidémie de Covid-19 en France. La complosphère y a vu unanimement le signe de l’instauration d’une « dictature sanitaire » (source : Libération, 14 juillet 2021). Hostiles depuis le début de la pandémie à une vaccination massive de la population, antivaxx et covido-sceptiques ont vu dans les annonces présidentielles la confirmation de leurs craintes. Le mot-clé #dictature a bondi sur les réseaux sociaux mais, également, les analogies historiques les plus douteuses pour qualifier la situation. Conspiracy Watch dresse un tour d’horizon de ces réactions qui furent aussi celle d’une frange politique très identifiée (source : Conspiracy Watch, 17 juillet 2021). À noter que les annonces gouvernementales ont aussi inspiré des menaces de mort directement adressées à des élus de la majorité présidentielle à l’instar de celle reçue par Patrica Mirallès, députée de l’Hérault.

NAZIFICATION. Les manifestations organisées samedi 17 juillet après-midi pour protester contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale ont réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes sur l’ensemble du territoire national. A Marseille, des portraits de personnalités telles que Joe Biden, Emmanuel Macron, Jacques Attali ou encore le Dr Jérôme Marty, ont été affublées d’une moustache semblable à celle d’Adolf Hitler. Une pratique qui rappelle une campagne de calomnie lancée par l’organisation de Lyndon LaRouche contre Barack Obama il y a quelques années.

Face à ces portraits de personnalités affublées d'une moustache hitlérienne, on ne peut s'empêcher de penser aux campagnes anti-Obama lancées par les larouchistes il y a quelques années aux 🇺🇸.https://t.co/MVGcpYR0oe https://t.co/FA9oMK29AH pic.twitter.com/jXw4dzb1ES

— Conspiracy Watch (@conspiration) July 18, 2021

Le marquage fantasmé des non vaccinés, comparé à l’imposition du port de l’étoile jaune pendant la Seconde Guerre mondiale, a notamment inspiré l’un des plus importants philosophes italiens, Giorgio Agamben, selon qui « le pass sanitaire fait de ceux qui n’en ont pas les porteurs d’une étoile jaune virtuelle » (source : Gilles Gressani/Twitter, 17 juillet 2021). L’occasion de relire l’analyse de François Rastier que nous avions publiée il y a un peu plus d’an, relative aux propos d’Agamben au sujet des mesures sanitaires (source : Conspiracy Watch, 28 mars 2020).

MARTINE WONNER. Lors de la manifestation du 17 juillet contre le « pass sanitaire », la députée Martine Wonner a invité ses supporters à passer à l’action : « Allez faire le siège des parlementaires, allez envahir leur permanence ». Christophe Castaner, président du groupe LREM à l’Assemblée nationale, a appelé la présidence de la chambre à saisir la justice (source : Conspiracy Watch/Twitter, 18 juillet 2021).

LALANNISATION. Au nom du groupe de rap IAM, Akhenaton s’est prononcé sans surprise contre le « pass sanitaire ». Le chanteur avait déjà exprimé son covido-scepticisme dans un titre récent, La Faim de leur monde. L’année dernière, il doutait de la dangerosité du Covid-19… (source : Conspiracy Watch/Twitter, 18 juillet 2021).

#Akhenaton, au nom du groupe de #rap @IAM, se prononce (sans surprise) contre le #PassSanitaire. Les paroles de son récent titre, "La Faim de leur monde", rejoignaient les préoccupations des covido-sceptiques. L'année dernière, il doutait de la dangerosité du virus du #COVID19. https://t.co/1r0lFzfCVq

— Conspiracy Watch (@conspiration) July 18, 2021

COMPLOTOLOGIE. Thierry Casasnovas, Luc Montagnier, Didier Raoult… le complotisme est « un mouvement hétérogène auquel on ne peut pas trouver de réel leader ». Sylvain Delouvée, spécialiste en psychologie de l’adhésion cognitive au complotisme, a décrypté pour L’Express la fascination exercée sur les réseaux sociaux par ces figures des théories complotistes (source : L’Express, 9 juillet 2021).

BERNARD CRUTZEN. On se souvient de la vidéo conspirationniste Ceci n’est pas un complot réalisée par Bernard Crutzen et diffusée sur YouTube et Viméo en accès libre au début de l’année 2021. Le réalisateur belge entendait « ouvrir les yeux » de l’opinion et se défendait de toute dérive complotiste alors même que son film était plébiscité par la complosphère et que plusieurs intervenants se désolidarisaient des thèses développées. Le même a publié le 17 juillet sur sa page Facebook un post dans lequel il explique qu’« il n’y a plus d’épidémie » en Belgique « depuis des semaines », avant de conclure dans les termes suivants : « L’objectif de ces mesures anti-démocratiques n’est pas d’endiguer une épidémie. Elles SONT l’objectif » (source : Grompf/Twitter, 17 juillet 2021).

RICHARD BOUTRY. Comme nous le rapportions récemment, Richard Boutry, figure de la complosphère covido-sceptique, a entrepris de lancer un nouveau média, « La Une TV ». L’ancien journaliste a dévoilé une première liste de ses invités dans laquelle on retrouve, sans surprise, le gotha complotiste français (source : TikoSkep/Twitter, 16 juillet 2021).

JEAN-JACQUES CRÈVECOEUR. « S’il ne nous reste qu’un seul choix entre la lâcheté et la violence, peut-être qu’à un moment donné nous devrons choisir la violence. » Dans une nouvelle vidéo publiée sur Facebook, le youtubeur complotiste et antivaxx Jean-Jacques Crèvecoeur parle sans détour à ses 361 000 abonnés. Une vidéo vue plusieurs dizaines de milliers de fois en 48 heures (source : Raphaël Grably/Twitter, 16 juillet 2021). Même tonalité subversive chez le groupe RGNR (« Regenere ») de Thierry Casasnovas qui a diffusé le message suivant : « Investissons-nous dans la sédition » (source : Conspiracy Watch/Twitter, 13 juillet 2021).

FACT-CHECKING. Effets secondaires des vaccins et intentions cachées de leurs promoteurs sont au cœur de la rhétorique antivaxx : « les vaccins portent atteinte à la fertilité », « l’ARN du vaccin s’intègre dans notre génome », « le développement des vaccins est trop rapide, ce qui fait de nous des cobayes », « le vaccin nous inocule la maladie », « des informations sont dissimulées sur les effets secondaires, et il est impossible de connaître la réelle tolérance à ceux-ci avant plusieurs années » : de graves accusations, auxquelles Gilbert Deray, professeur de médecine et chef du service de néphrologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, a répondu de manière factuelle pour L’Express (source : L’Express, 12 juillet 2021).

CORONA BUSINESS. Appels aux dons, opérations marketing, revenus publicitaires… Pour les douze principaux militants anti-vaccins américains, la pandémie de Covid-19 est une source d’enrichissement. À la tête de diverses entreprises et organisations à but non lucratif, ces militants génèrent ainsi plus de 35 millions de dollars de revenus annuels. Tel est l’enseignement principal d’une étude du Center for Countering Digital Hate (CCDH), une ONG anglo-américaine qui analyse la désinformation en ligne, parue en juin 2021.

L’article Conspiracy News #29.2021 est apparu en premier sur Conspiracy Watch | L'Observatoire du conspirationnisme.

Pass sanitaire, vaccination des soignants : comment la complosphère a réagi aux annonces d’Emmanuel Macron

17 juillet 2021 à 14:50

Lundi dernier, Emmanuel Macron a annoncé les nouvelles mesures envisagées par l’Exécutif pour endiguer l’épidémie de Covid-19 en France. La complosphère y voit quant à elle unanimement le signe de l’instauration d’une « dictature sanitaire », quitte à user d’analogies historiques douteuses.

Emmanuel Macron lors de son allocution du 12 juillet 2021. A droite, manifestation à Strasbourg le 15 juillet 2021 (captures d’écran YouTube, Elysée, France 3).

Face à la montée en flèche du variant Delta et au niveau insuffisant de vaccination des Français, la décision de l’Exécutif de rendre la vaccination obligatoire pour les soignants et d’étendre le pass sanitaire semblait inéluctable. Ce justificatif de vaccination devra notamment être présenté dans les trains, les centres commerciaux ou encore les restaurants au cours de l’été. Un changement de ton qui a eu un impact direct puisque plus de 1,7 millions de Français ont envahi les créneaux de vaccination disponibles sur Doctolib dans les 24 heures qui ont suivi l’allocution présidentielle. Il en a également étonné ou dérouté une partie d’entre eux, contraints de modifier leurs plans pour les grandes vacances.

Mais c’est surtout du sein de la complosphère que sont venues les protestations les plus véhémentes. Hostiles depuis le début de la pandémie à une vaccination massive de la population, antivaxx et covido-sceptiques ont vu dans les annonces présidentielles la confirmation  de leurs craintes. Le classement des hashtags les plus employés sur les réseaux sociaux suite à l’allocution télévisée du président lundi soir reflète bien cette tendance de fond, le mot-clé #dictature arrivant ainsi en troisième position.

Des personnalités politiques de premier plan et des militants complotistes ont mêlé leurs voix pour hystériser le débat public à coups de slogans outranciers et alarmistes. Avec, parfois, des conséquences « dans la vie réelle », comme ces menaces de mort caractérisées adressées aux députés de la majorité présidentielle Patricia Mirallès et Jean-Marc Zulesi, ou l’attaque ayant visé avant-hier la permanence parlementaire du député LREM Didier Baichère.

« Coup d’État »

Dans un tweet, l’eurodéputée EELV Michèle Rivasi a ainsi comparé les mesures prises par Emmanuel Macron à « l’apartheid », s’attirant le désaveu de sa propre formation politique. À l’autre extrémité de l’échiquier politique, Gilbert Collard (RN), lui aussi député européen, a évoqué la situation en parlant de « détention sanitaire » tandis que Florian Philippot (Les Patriotes) a dénoncé « l’installation officielle de l’apartheid ».

Même son de cloche de la part de François Asselineau pour qui « Macron veut imposer le fichage et la ségrégation des non-vaccinés ». Le président de l’UPR a fustigé, à l’instar de l’économiste Philippe Herlin, le « coup d’État » commis selon lui par le président de la République. De la même manière, Nicolas Dupont-Aignan (DLF) a dénoncé « un coup d’état sanitaire » et Philippe de Villiers n’a pas hésité à affirmer que « la France [venait] de basculer dans un régime totalitaire » tout en soulignant que les événements conféraient un caractère prophétique à son dernier livre.

Mon livre "Le jour d'après" est en train de se réaliser jour après jour. Ce soir, la France vient de basculer dans un régime totalitaire. Le gouvernement entend disposer de nos corps et de nos esprits. La liberté est morte. La résistance commence. #Macron20h

— Philippe de Villiers (@PhdeVilliers) July 12, 2021

Assurant elle aussi que le discours d’Emmanuel Macron « nous conduit vers un état totalitaire » et invoquant à son tour la « Résistance », Christine Boutin s’est voulue – elle aussi… – prophétique : « souvenez-vous : il y a 20 ans ! j’ai annoncé l’évolution vers laquelle nous allions en matière bioéthique. »

La députée du Bas-Rhin et figure de la complosphère antivaxx Martine Wonner a appelé quant à elle à stopper « la dictature ». Quant au député LFI Loïc Prud’homme, il évoquait, quelques jours avant l’annonce des nouvelles mesures envisagées par l’Exécutif, le fameux « code de Nuremberg », dressant un parallèle entre les expérimentations qu’infligeaient les médecins nazis à des prisonniers et la campagne de vaccination anti-Covid.

Sur Telegram, le youtubeur et conférencier Thierry Casasnovas a incité à « prendre le maquis », renvoyant à un message audio du vidéaste complotiste Johann Fakra.

"Investissons-nous dans la #sédition" invite le groupe RGNR de Thierry #Casasnovas, renvoyant à un message audio de Johann Fakra https://t.co/AmH2s0yiNphttps://t.co/xqHTCacsxZ https://t.co/katPg4LluP

— Conspiracy Watch (@conspiration) July 13, 2021

Fabrice Di Vizio, avocat de Didier Raoult et futur chroniqueur régulier de l’émission de Cyril Hanouna sur C8, suggère d’entrer « dans la clandestinité s’il le faut ». Quant à Xavier Azalbert, propriétaire du média FranceSoir, il milite pour un remake de la prise de la Bastille, expliquant que les Français ont pris conscience « de la dérive totalitaire de ce gouvernement sur des fondements non scientifiques. »

Autre innovation sémantique : l’apparition de l’expression « pass nazitaire », tout droit sortie de la complosphère (les double « s » du mot « pass » étant parfois écrit avec la graphie historique utilisée pour l’emblème de la SS hitlérienne).

"Le pass sanitaire, on en veut pas !"
Ils sont des centaines à défiler en direction de la préfecture de Chambéry, contre le pass sanitaire.#PassSanitaire #VaccinObligatoire pic.twitter.com/LHhlj8W32l

— France Bleu Pays de Savoie (@bleusavoie) July 17, 2021

Analogies douteuses

Génocide, esclavage, ségrégation, apartheid… : ces analogies révulsent certains observateurs qui y voient un manque de respect, un piétinement de la mémoire et le risque d’une banalisation du pire.

Si cela fait plusieurs mois que la comparaison entre les mesures sanitaires et les crimes nazis se multiplient, le mouvement s’est accentué avec les annonces du président de la République lundi, à tel point que le hashtag #Shoah s’est hissé au rang des plus populaires sur Twitter lundi soir (même si, comme le souligne Raphaël Grably, il l’a également été en raison des nombreux messages qui dénoncent cette analogie).

Le symbole de l’étoile jaune est utilisé par certains activistes covido-sceptiques comme Jean-Marie Bigard. Cette usurpation outrepasse même les cercles traditionnels de la complosphère. Ainsi, et bien qu’elle ait fini par supprimer sa publication, Isabelle Balkany n’a pas hésité à verser dans ce parallèle historique douteux.

Le nazisme et ses symboles sont l’une des sources d’inspiration favorite des covido-sceptiques, qui rabattent sans ciller la vaccination sur la politique meurtrière du Troisième Reich et la figure d’Emmanuel Macron sur celle d’Adolf Hitler (quand ils ne comparent pas Jean Castex au criminel nazi Adolf Eichmann).

Capture d’écran du live des DéQodeurs du 13 juillet 2021.

Il en va de même pour l’utilisation du terme « apartheid ». Désignant à l’origine la politique raciste de « développement séparé » mise en œuvre par le gouvernement sud-africain de 1948 à 1991, le terme a été à plusieurs reprises dévoyé ces derniers jours, suscitant une mise au point de la part de la Licra pour qui « les analogies historiques abusives vident les mots et les événements de leur sens ».

[THREAD] 🇿🇦L’assimilation du « pass sanitaire » à une mesure d’#apartheid a suscité ces derniers jours une profonde indignation. La récurrence et la légèreté de la comparaison invitent à un rappel historique ⤵(1/19) pic.twitter.com/L4gUftAFRs

— Licra (@_LICRA_) July 14, 2021

Même relativisme du côté d’Égalité & Réconciliation, l’un des sites de désinformation les plus influents en France, pour qui le 12 juillet 2021 est « le jour où Macron a fait basculer la France dans un autre monde ». Le site d’Alain Soral écrit ainsi :

« Ce racialisme sanitaire [sic] distinguera les bons citoyens ventripotents qui pourront bénéficier des lustres de la vie en société, ses services et ses divertissements, et les autres, les Untermenschen de la vie moderne dans toute son inversion spectaculaire. Nous serons les nègres d’hier, mais c’est au nom de la bienveillance et de la solidarité qu’on nous fouettera, sous les regards arrogants des bons citoyens qui nargueront ces dangereux irresponsables de leur omnipotent sésame. »

Sur le site néo-nazi Démocratie Participative, les annonces d’Emmanuel Macron sont prétexte à un déchaînement d’antisémitisme et de racisme :

« Il reste toutefois à voir comment cette dictature juive va mettre en place cette vaccination obligatoire. J’imagine que des hordes de négresses en blouses bleues ou blanches appuyées par des gendarmes feront du porte à porte pour piquer les goyim. A vrai dire, tout dépend de la réaction populaire après la mise en place du passeport intérieur dit “vaccinal”. Philippot appelle à manifester. C’est certainement la chose la plus évidente à faire dans l’immédiat après le repli hors des grandes villes contrôlées par ZOG. »

Ancien vice-président du Front national, Florian Philippot organise en effet depuis plusieurs mois des manifestations contre la « dictature sanitaire » et la « coronafolie ».

Tandis qu’un peu moins de 20 000 personnes ont manifesté le 14 juillet contre les nouvelles mesures sanitaires, une centaine de manifestations ont lieu samedi 17 juillet après-midi à Paris, Marseille, Montpellier, Toulouse, Quimper ou Narbonne. Leur mot d’ordre : « Liberté ! »

L’article Pass sanitaire, vaccination des soignants : comment la complosphère a réagi aux annonces d’Emmanuel Macron est apparu en premier sur Conspiracy Watch | L'Observatoire du conspirationnisme.

Conspiracy News #28.2021

11 juillet 2021 à 14:59

L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 05/07/2021 au 11/07/2021).

DIDIER RAOULT. Le 9 juillet, le directeur de l’IHU Méditerranée Infection a posté un tweet dans lequel il se disait « favorable à la vaccination systématique des personnels soignants ». Cette prise de position du Pr Didier Raoult, tardive mais salutaire, est venue jeter le trouble chez les covido-sceptiques et les opposants à la vaccination qui constituent une part significative de ses partisans. Nombreux ont été les commentaires mettant en doute l’authenticité de la déclaration, pointant le mode d’émission du message, les termes employés et défendant la thèse du compte piraté (source : Raphaël Grably/Twitter, 9 juillet 2021).

Certains partisans semblent espérer un piratage du compte. https://t.co/oS6z1s48ek pic.twitter.com/x1A6CvWxP8

— Raphael Grably (@GrablyR) July 9, 2021

D’autres, tel Fabrice Di Vizio, l’avocat de Didier Raoult, n’ont pas hésité à déclarer que le professeur marseillais avait tout simplement tort.

ANTIVAXX. Plusieurs dizaines de manifestants se sont réunis à Nancy le samedi 3 juillet pour protester contre les mesures sanitaires. La député Martine Wonner, le professeur Christian Perronne, l’avocat Carlo Alberto Brusa se sont succédé dans les prises de parole. France Info a passé au crible les déclarations faites par les figures du mouvement lors de l’événement (source : France Info, 8 juillet 2021). Pour Conspiracy Watch, Élie Guckert a fait le récit de cette manifestation marquée par des propos radicaux et menaçants (source : Conspiracy Watch, 4 juillet 2021). À écouter sur ce même sujet, l’intervention de notre collaborateur sur BFM qui revient sur la présence de Richard Boutry à cette manifestation. Dans son intervention enflammée, cette figure de la complosphère s’en est notamment référé à l’ancien capitaine de gendarmerie Jean-Pierre Fabre-Bernadac, à l’origine de la tribune des généraux publiée en avril dernier (source : BFMTV/Twitter, 6 juillet 2021).

Mon intervention dans l'émission de @MaximeSwitek sur @BFMTV hier soir au sujet du rassemblement anti-vaccin qui s'est tenu ce samedi à Nancy. L'émission est disponible en intégralité ici : https://t.co/coWocC7CL8 pic.twitter.com/qfr4JbBLsU

— Élie Guckert (@elieguckert) July 6, 2021

TÉMOIGNAGES. Entre surprise et désarroi, découvrir qu’un proche est sceptique face aux vaccins contre le coronavirus, ou bien « antivaxx », peut s’avérer troublant. Il est alors difficile de savoir comment réagir. Plusieurs Français ont raconté au média Numerama comment leurs relations avec des amis ou des membres de leur famille se sont tendues drastiquement à cause de ces divergences (source : Numerama, 6 juillet 2021). Une lecture à compléter par le témoignage directement reçu par notre collaborateur Tristan Mendès France.

J'ai reçu ce témoignage aujourd'hui d'un individu qui a vu sa femme s'enfermer dans des délires complotistes. Encore une famille brisée. La trajectoire de cette dame est malheureusement tristement classique. J'ai anonymisé le contenu et le partage avec son accord.
À lire. pic.twitter.com/n4SOPpXg7D

— Tristan Mendès France (@tristanmf) July 4, 2021

MEDIATOR. « J’ai découvert de façon horrifiée que l’étendard du Mediator était saisi par des personnes opposées à la vaccination » a expliqué sur BFM Irène Frachon, lanceuse d’alerte dans l’affaire du Mediator. La pneumologue a parlé d’une manipulation sur les réseaux sociaux, allant à l’encontre de l’intérêt et de la santé des personnes : « la démonstration du Mediator avait été une démonstration scientifique, la médecine fondée sur les preuves. » De la même façon, a-t-elle ajouté, « la démonstration de l’efficacité des vaccins contre la Covid s’est faite dans de bonnes conditions, fiables et (…) d’ailleurs le succès de ces vaccins est maintenant éclatant lorsque l’on regarde la mortalité s’effondrer dans les pays qui ont massivement vacciné leur population » (source : BFMTV/Twitter, 6 juillet 2021). Son intervention a, sans surprise, déclenché un flot de commentaires mettant en cause sa parole et son intégrité morale (source : William Audureau/Twitter, 6 juillet 2021).

FRANCIS LALANNE. Le chanteur, très engagé dans la lutte contre les mesures sanitaires, a vu son compte Twitter suspendu pour avoir enfreint les règles du réseau social, en diffusant notamment de fausses informations relatives au Covid-19. Le tweet incriminé, qui faisait suite à de multiples autres relayant des fake news et des théories du complot, avait été publié le 8 juillet et assimilait la vaccination à un crime contre l’humanité (source : Nice-Matin, 10 juillet 2021).

ÉTOILE JAUNE. L’analogie entre une prétendue stigmatisation des non-vaccinés et l’imposition de l’étoile jaune pendant la Seconde Guerre mondiale continue de faire des émules. Le média complotiste Réseau international s’en est fait la promotion (source : Rudy Reichstadt/Twitter, 8 juillet 2021). On a aussi pu voir une pancarte brandie dans un rassemblement d’opposants à la vaccination à la Réunion (source : Licra/Twitter, 10 juillet 2021).

Vu aujourd'hui, sans surprise, sur l'un des pires sites complotistes francophones. pic.twitter.com/YsDUL1sfKt

— Rudy Reichstadt (@RReichstadt) July 8, 2021

GAUCHE. Interrogée sur La France insoumise, la présidente réélue de la région Occitanie, la socialiste Carole Delga, a eu des paroles sans détour au sujet de Jean-Luc Mélenchon : « Il y a une dérive de la part de Jean-Luc Mélenchon depuis plusieurs années, mais qui a connu un paroxysme avec les théories du complotisme et je pense en effet que Jean-Luc Mélenchon n’est plus de gauche » (source : France Info, 6 juillet 2021).

🗣 "Il y a une dérive de Jean-Luc Mélenchon depuis plusieurs années", estime Carole Delga. "Jean-Luc Mélenchon n’est plus de gauche. Quand on est de gauche on ne peut pas accréditer les thèses du complotisme."

Suivez le live 👇https://t.co/cEwi3c61QM pic.twitter.com/1oyznLnrNz

— franceinfo (@franceinfo) July 6, 2021

Le leader de LFI n’est pas le seul concerné par cette dérive pointée depuis plusieurs années par Conspiracy Watch. Le député LFI Loïc Prud’homme a repris à son compte, dans un tweet posté le 9 juillet, les spéculations hasardeuses relatives au « code de Nuremberg », une liste de dix critères d’éthique et de morale médicales, tirée du procès des médecins nazis jugés à Nuremberg et régulièrement détournée par la complosphère pour s’opposer à la vaccination (source : Conspiracy Watch/Twitter, 10 juillet 2021).

OISEAUX FACTICES. Un mouvement a pris de l’ampleur aux États-Unis. Il s’appelle « Birds Aren’t Real » (« les oiseaux ne sont pas vrais »). Selon ce mouvement, il y aurait eu un plan secret du gouvernement américain où douze milliards d’oiseaux auraient été massacrés. Le but étant de remplacer ces oiseaux par des outils de surveillance perfectionnés… C’est là l’un des sujets évoqués par Bénédicte Le Chatelier et Thomas Huchon dans l’émission hebdomadaire « Anti-complot » sur la chaîne LCI (source : LCI, 9 juillet 2021).

FACEBOOK. Le procureur général des États-Unis Karl Racine a assigné Facebook en justice dans le cadre d’une enquête sur la désinformation relative à la pandémie : l’enquête « vise à s’assurer que Facebook prend vraiment toutes les mesures possibles pour minimiser la désinformation sur les vaccins sur son site et soutenir la santé publique ». La plateforme se voit ainsi demander de fournir l’ensemble des informations relatives aux groupes, pages et comptes ayant enfreint ses règles sur ce plan et de détailler les ressources consacrées à la cause sanitaire (source : Politico, 1er juillet 2021).

BRÉSIL. Depuis sa victoire électorale de 2018, Jair Bolsonaro a fait des allégations sans fondement de fraude électorale au Brésil, qui, pour certains observateurs, pourraient jeter les bases d’une contestation des élections à venir de même nature que celle qui a caractérisé son idole politique, l’ancien président américain Donald Trump… (source : Reuters, 2 juillet 2021).

YASSER ARAFAT. La mort de Yasser Arafat, en 2004, avait inspiré de multiples théories du complot. Le 2 juillet 2021, la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a rejeté une requête déposée par la veuve et la fille du leader palestinien et conclut que l’enquête conduite par la justice française avait été sérieuse et qu’elle ne portait pas atteinte au droit à un procès équitable. « De quoi ridiculiser, commente Nicolas Bernard pour Conspiracy Watch, une fois de plus l’allégation conspirationniste selon laquelle les juges seraient aux ordres d’un complot réunissant Israël ou des adversaires d’Arafat ainsi que l’armée et la médecine françaises » (source : Conspiracy Watch, 8 juillet 2021).

CYBER POLYGON. Alors que les États-Unis ont récemment été la cible d’une cyberattaque de grande ampleur, une nouvelle rumeur agite la complosphère : le Forum économique mondial, qui organise depuis un demi-siècle une rencontre internationale de dirigeants d’entreprises et de responsables politiques à Davos, en Suisse, tenterait de précipiter son projet de Great Reset (ou Grande réinitialisation) en organisant une simulation d’attaque informatique mondiale appelée « Cyber Polygon ». La rédaction de Conspiracy Watch revient sur cet exercice annuel international de cybersécurité qui excite la complosphère (source : Conspiracy Watch, 5 juillet 2021).

FAUX SOUVENIRS. Des chercheurs irlandais se sont intéressés aux effets de l’exposition aux fake news sur le comportement des individus. Négligeables pour le plus grand nombre, elles sont préoccupantes pour d’autres qui développent de faux souvenirs sur la base de fausses histoires qu’ils ont lues. L’étude montre aussi que certains adoptent des comportements particuliers après une exposition à une fake news, alors même qu’ils ne conservent pas le souvenir d’y avoir été exposés (source : niemanlab.org, 30 juin 2021).

À LIRE. Dans le numéro de juillet (n°23) de la revue Mutations de la Mutualité française, Rudy Reichstadt évoque dans un entretien les interactions entre la crise sanitaire et le complotisme. Le directeur de Conspiracy Watch y montre comment « les situations d’anxiété et de perte de contrôle favorisent l’adhésion à ces théories du complot, qui deviennent paradoxalement un besoin de se rassurer. »

À visionner également sur ce même thème, l’émission « État de santé », sur la chaîne LCP, consacrée aux rumeurs et fausses informations en santé qui ont explosé au cours des derniers mois.

Sur le site antifasciste Lignes de Crêtes, Sylvie Taussig, chercheuse au centre Jean Pépin (CNRS) et autrice de Le Système du complotisme (éd. Bouquins, 2021), revient sur le conspirationnisme contemporain et ses rapports, notamment, avec la gnose. Elle rappelle que « la rage complotiste a fait des morts. » Et de poursuivre : « si la sincérité des complotistes ne fait pas de doute et que leur héroïsme proche du thème de mourir pour des idées émeut, il faut regarder l’ensemble du système : celui qui part de la gnose, passe par un nihilisme radical, conçoit une politique fasciste et condamne la masse damnée des non éveillés. »

PUBLICATION. « Complotisme, de quoi parle-t-on ? » : c’est le titre du dossier du dernier numéro (n°337) de la revue Science et Pseudo-Sciences éditée par l’Afis. Au sommaire, des contributions de Gérald Bronner, Véronique Campion-Vincent, Jean-Bruno Renard, Sebastian Dieguez, Sylvain Delouvée, Pascal Wagner-Egger, Jérôme Quirant ou encore Laurent Cordonier.

L’article Conspiracy News #28.2021 est apparu en premier sur Conspiracy Watch | L'Observatoire du conspirationnisme.

Mort de Yasser Arafat : la CEDH porte un coup dur aux théories du complot

8 juillet 2021 à 12:39

Il y a quelques jours, la Cour européenne des Droits de l’Homme a rejeté une requête déposée par la veuve et la fille de Yasser Arafat. Elle a jugé que l’enquête conduite par la justice française avait été sérieuse et qu’elle ne portait pas atteinte au droit à un procès équitable.

La salle d’audience de la Cour européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg (crédits : Adrian Grycuk, 2014).

Par une décision rendue le 2 juillet 2021, la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a rejeté une requête contre la France déposée par Suha et Zahwa Arafat, respectivement veuve et fille de Yasser Arafat. Ces dernières prétendaient que le chef palestinien, décédé en France en 2004, aurait succombé à un empoisonnement. À les en croire, cependant, l’instruction du dossier par la justice française n’aurait pas été menée avec rigueur et impartialité. Dès lors, elles avaient saisi les juges de la Cour de Strasbourg, chargée d’appliquer la Convention européenne des droits de l’homme dans les 47 États qui en sont signataires, d’une requête tendant à faire constater une violation de leur droit à un « procès équitable ».

La Cour n’a pas fait droit à cette requête, considérant que l’enquête conduite par la justice française avait été sérieuse, voire exhaustive, et n’avait pas porté atteinte aux droits de ces justiciables.

Revenons-en aux faits.

11 novembre 2004. Yasser Arafat, leader historique de la cause palestinienne, meurt à 75 ans à l’Hôpital d’instruction des armées Percy, à Clamart. La cause du décès reste mal connue : infection bactérienne, cirrhose du foie voire virus du SIDA… ? Il est vrai que la victime était âgée, et ne présentait pas – c’est bien le moins qu’on puisse dire – une santé de fer. En témoignent ses antécédents : un vitiligo, une affection cutanée, un ulcère à l’estomac depuis octobre 2003, des calculs dans la vésicule biliaire, des troubles de la mémoire, peut-être la maladie de Parkinson, sans oublier une hémorragie cérébrale en 1992.

Il n’en faut pas plus, cependant, pour que les théories du complot prospèrent sur ce terreau : Arafat aurait été empoisonné, soit par les Israéliens, soit par ses rivaux. La théorie de l’empoisonnement semble confortée en 2012 lorsque l’Institut de radiophysique appliqué de Lausanne, saisi par un journaliste de la chaîne d’informations qatarie Al-Jazeera, décèle des traces de polonium 210, matière hautement radioactive, sur des effets personnels d’Arafat récupérés auprès de l’hôpital Percy. Le 31 juillet de cette même année, la veuve et la fille du défunt déposent plainte avec constitution de partie civile pour des faits d’assassinat – ce qui revient à demander à la justice française de valider une théorie du complot. La veuve d’Arafat, il est vrai, avait clamé avant même le trépas de son époux qu’il était victime d’une conspiration !

La justice française réagit avec promptitude. Le 28 août 2012, le procureur de la République de Nanterre ouvre une information judiciaire du chef d’assassinat. Trois juges d’instruction seront désignés. Comme le fera ultérieurement observer la CEDH, « de très nombreux témoins furent entendus au cours de l’information judiciaire, en France et sur le territoire palestinien, et des commissions rogatoires internationales furent adressées aux autorités jordaniennes, russes et tunisiennes, notamment sur la base d’une liste fournie par la première requérante. Trois experts furent également commis pour déterminer les causes de la dégradation de santé de Yasser Arafat entre le 12 octobre et le 11 novembre 2004. Le corps du défunt, enterré à Ramallah, fut exhumé afin de prélever et d’analyser des cheveux, des os, de la terre, ainsi que le linceul. Ces opérations se déroulèrent en présence d’une équipe française, d’une équipe du centre hospitalier de médecine légale de Lausanne, ainsi que, à la demande de l’Autorité palestinienne, d’une équipe russe. »

Un premier rapport d’expertise, établi le 6 novembre 2013, écarte la théorie de l’empoisonnement, au motif que, notamment, le contenu de certains relevés pouvait s’expliquer par une atmosphère mortuaire riche en radon 222. Ce rapport ayant été critiqué par des experts suisses, il fait l’objet, le 16 mars 2015, d’un rapport d’expertise complémentaire, qui confirme les constatations initiales. La veuve et la fille d’Arafat contre-attaquent en accusant non pas les conclusions mais la méthodologie : elles réclament une confrontation entre les auteurs du rapport d’expertise complémentaire et des experts suisses, des examens pour déterminer la traçabilité et la datation de l’échantillon utilisé, l’audition d’autres médecins… Demandes rejetées, au reste sans surprise, sauf à prolonger indûment une instruction déjà complète.

Non-lieu

Les plaignantes demandent alors la nullité du rapport d’expertise complémentaire, dans la mesure où il se serait fondé sur un échantillon exclu du périmètre du complément d’expertise, de surcroît en se faisant assister par le service de radioprotection radiologique des armées, qui ferait partie du complot – décidément étendu. En vain. La justice rend un non-lieu, densément motivé pour faire ressortir le sérieux de l’instruction sur un dossier politiquement sensible.

Déboutées en appel et en cassation, ayant épuisé les voies de recours de Droit interne, la veuve et la fille d’Arafat saisissent alors la CEDH. Elles soulèvent une violation de leur droit à un procès équitable, tiré de l’article 6-1 de la Convention européenne des Droits de l’Homme. Elles se plaignent, tout d’abord, du refus de constater la nullité du rapport d’expertise complémentaire, en raison de leurs doutes sur la provenance et la traçabilité de l’échantillon utilisé dans ce cadre, de la méthodologie employée et des résultats contredits par des experts suisses. Elles critiquent ensuite le refus d’ordonner une contre-expertise et de faire droit à leurs autres demandes, compte tenu de l’existence de contradictions entre les résultats des mesures et des analyses effectuées par les experts suisses et français.

Saisis de cette requête, les juges de Strasbourg, insistons sur ce point, ne mènent pas d’enquête sur la mort d’Arafat. Ils le rappellent eux-mêmes dans leur décision : « il n’entre pas dans les attributions de la Cour de substituer sa propre appréciation des faits et des preuves à celle des juridictions internes, sa tâche étant de s’assurer que les moyens de preuve ont été présentés de manière à garantir un procès équitable. » En d’autres termes, il lui appartient de statuer, non point sur les causes du décès d’Arafat, mais sur l’instruction du dossier par la justice française, aux fins de déterminer si les droits des requérantes ont été respectés. Bref, elle statue en droit, sur le respect du Droit.

Par décision n°82189/17 du 2 juillet 2021, la Cour rejette la requête, au motif suivant :

« 24.  Or, la Cour constate tout d’abord que le procureur de la République de Nanterre a ouvert une information judiciaire du chef d’assassinat moins d’un mois après le dépôt de plainte le 31 juillet 2012, soit le 28 août 2012 […]. Elle relève que trois juges d’instruction ont été désignés, ce qui manifeste l’attention portée à la plainte des requérantes par les autorités internes […]. La Cour note par ailleurs que de très nombreux actes ont été diligentés, sans discontinuer, que ce soit au niveau national ou international, qu’il s’agisse notamment des déplacements à Ramallah dès 2012, des opérations d’exhumation du corps et de prélèvements, ou encore des multiples expertises et auditions de témoins effectuées en France et à l’étranger […].

« 25.  En outre, il apparaît qu’à toutes les étapes de la procédure, les requérantes, assistées de leurs avocats, ont été mises à même d’exercer effectivement leurs droits et de faire valoir leur position sur les différents points en litige. Informées du déroulement de la procédure, elles ont pu présenter des demandes d’actes, exercer des recours et formuler des observations. La Cour relève en particulier que les auditions réalisées ont notamment été effectuées à partir d’une liste de témoins fournie aux juges d’instruction par les requérantes elles-mêmes […] et que leur demande d’auditions supplémentaires présentée en 2014 a également été acceptée […].

« 26.  Certes, les requérantes se plaignent du rejet de certaines de leurs demandes au cours de l’information judiciaire. Cependant, la Cour considère, eu égard à l’ensemble des actes effectués, que les refus litigieux ne sont pas par eux-mêmes, de nature à remettre en cause l’équité de la procédure, prise dans son ensemble […]. La Cour constate en particulier que tant l’allégation, par les requérantes, de la nullité du rapport d’expertise complémentaire que leurs demandes de contre-expertise et d’investigations supplémentaires ont été dûment examinées par les juges internes, qui les ont rejetées par des décisions motivées […].

« 27.  Enfin, il n’apparaît pas que les juges internes aient tiré des conclusions arbitraires des faits qui leur étaient soumis ou auraient dépassé les limites d’une interprétation raisonnable des pièces de la procédure ainsi que des textes applicables. »

Réactivité de la justice, enquête menée à l’échelle internationale, audition de très nombreux témoins, expertises allant jusqu’à l’exhumation du cadavre : la CEDH ne peut que constater la rigueur des investigations. De même retient-elle que les plaignantes ont été informées du déroulement de la procédure, ont eu accès au dossier, ont exercé leurs droits, ont fait connaître leur position, ont obtenu l’audition des témoins qu’elles souhaitaient. Que la justice ne les ait pas suivies dans leurs critiques du rapport d’expertise complémentaire ne saurait constituer une atteinte à leurs droits de justiciables, les décisions juridictionnelles rendues ayant été clairement et longuement motivées. Quant à l’appréciation des preuves par la justice française, elle n’apparaît ni arbitraire, ni déraisonnable.

Quoique la Cour, rappelons-le, ne statue pas sur les causes du trépas d’Arafat, elle porte là un coup très dur aux théories du complot intéressées. En effet, selon elle, l’instruction du dossier par la justice française, non seulement a été de qualité, mais n’a pas été attentatoire aux droits de l’homme : de quoi ridiculiser une fois de plus l’allégation conspirationniste selon laquelle les juges seraient aux ordres d’un complot réunissant Israël ou des adversaires d’Arafat ainsi que l’armée et la médecine françaises.

 

Voir aussi :

Contre la théorie du complot : ce que l’on sait sur la mort d’Arafat (et pas plus)

L’article Mort de Yasser Arafat : la CEDH porte un coup dur aux théories du complot est apparu en premier sur Conspiracy Watch | L'Observatoire du conspirationnisme.

Qu’est ce que le « Cyber Polygon » (et pourquoi cela excite la complosphère) ?

5 juillet 2021 à 17:00

Vendredi 9 juillet aura lieu pour la troisième fois un exercice annuel international de cybersécurité placé sous l’égide du Forum économique de Davos.

Images du second Cyber Polygon, le 8 juillet 2020 (source : cyberpolygon.com).

Alors que les États-Unis sont depuis vendredi la cible d’une cyberattaque de grande ampleur, une nouvelle rumeur agite la complosphère : le Forum économique mondial, qui organise depuis un demi-siècle une rencontre internationale de dirigeants d’entreprises et de responsables politiques à Davos, en Suisse, tenterait de précipiter son projet de Great Reset (ou Grande réinitialisation) en organisant une simulation d’attaque informatique mondiale appelée « Cyber Polygon ».

Lancé en 2019 par BI.ZONE (une entreprise spécialisée dans la gestion des risques numériques) avec le soutien du Centre pour la cybersécurité du Forum économique mondial, le Cyber Polygon est présenté sur le site du Forum comme « un événement unique en matière de cybersécurité qui combine le plus grand exercice de formation technique au monde pour les équipes d’entreprises et une conférence en ligne à laquelle participent des hauts responsables d’organisations internationales et de grandes entreprises. »

Pour sa troisième édition, cette conférence annuelle sera consacrée aux « principaux risques de la numérisation et [aux] meilleures pratiques pour le développement sécurisé des écosystèmes numériques. » Elle réunira le secrétaire général d’Interpol, le président du Comité international de la Croix-Rouge, la directrice générale de l’Unicef, le chef de la sécurité de Microsoft ainsi que les cosmonautes russes Oleg Novitsky et Pyotr Dubrov, en direct de la Station spatiale internationale. L’année dernière, la conférence Cyber Polygon fut notamment l’occasion d’une discussion sur l’impact des fake news en matière politique et économique, rappelant au passage que le coût de la désinformation pour les entreprises s’était élevé en 2019 à 78 milliards de dollars.

Parallèlement à la conférence, l’exercice prévu vendredi consiste en la simulation d’une cyberattaque : « l’équipe rouge », constituée de spécialistes en sécurité informatique de BI.ZONE, se chargera de simuler l’attaque, tandis que « l’équipe bleue », composée des experts des entités participantes, aura pour mission de la repousser.

Dès le mois d’avril 2021, le site complotiste américain Zero Hedge faisait un lien entre le Cyber Polygon et l’Event 201, autre simulation, mais de pandémie mondiale cette fois-ci. Cet exercice de prévention sanitaire, que Philippe de Villiers a placé au cœur de son dernier essai, a été organisée en octobre 2019 par le centre pour la sécurité sanitaire Johns Hopkins en partenariat avec la Fondation Bill & Melinda Gates et le Forum économique mondial.

Dans les deux cas, il s’agit d’essayer d’anticiper un risque dont les conséquences peuvent rapidement s’avérer désastreuses – ici une pandémie, là une cyberattaque massive. Dans les deux cas aussi, les complotistes veulent y voir un entraînement en vue d’une catastrophe planifiée par ceux-là même qui tentent en réalité de la prévenir.

« Cabale »

Le Forum économique mondial a pris, dans l’imaginaire complotiste, la place qu’y occupaient autrefois des think tanks comme la Round Table, la Commission Trilatérale ou le Council on Foreign RelationsLe site complotiste francophone Divulgation évoquait ainsi dès le 18 mai 2021 un « plan de la Grande Réinitialisation de la Cabale » (une organisation secrète imaginaire) visant à organiser « une cyberattaque mondiale qui mettrait hors service l’Internet, qu’ils ressusciteraient ensuite avec un nouveau système financier en ligne sous leur contrôle » et aurait pour objectif l’instauration d’une « monnaie unique mondiale, [d’]un système économique mondial et [d’]un gouvernement mondial ».

Le 22 juin dernier, le blog L’Echelle de Jacob publiait un article soulignant la nécessité, pour l’oligarchie mondialiste, de continuer à multiplier les crises pour mettre en place cette fameuse réinitialisation :

« Comme le programme de confinement des malades de la Covid-19 est en train de s’effondrer aux États-Unis et que les passeports vaccinaux ne remportent pas la faveur d’un grand pourcentage d’Américains, les globalistes auront besoin d’une autre crise, s’ils espèrent atteindre leurs objectifs pour leur Grand Reset. »

Dans une vidéo publiée sur sa chaîne Odysee le 24 juin, l’influenceuse complotiste suisse Chloé Frammery suggère quant à elle que l’exercice Cyber Polygon est en réalité un moyen pour l’élite d’accélérer ses projets funestes. Le fondateur du Forum économique mondial, Klaus Schwab, est nommément visé. Il est par exemple qualifié par QActus de « cochon mondialiste » aspirant « à l’extermination de milliards de personnes ». Dès le mois de novembre 2020, ce site complotiste décrivait le Cyber Polygon comme une « cyberattaque effectuée par le Nouvel Ordre Mondial ». Même son de cloche du côté du vidéaste complotiste québecois Alexis Cossette-Trudel pour qui le Cyber Polygon serait le « prochain coup fourré de l’État profond ».

À l’instar des épidémies ou des attentats terroristes, les cyberattaques sont de véritables menaces. En mars 2021, le groupe Microsoft avait averti que des hackers chinois « exploitaient des failles de sécurité dans ses services de messagerie Exchange pour voler les données de ses utilisateurs professionnels. » Les exemples ne s’arrêtent pas là : infiltration du parc nucléaire iranien en 2010, prise de contrôle des comptes Twitter et YouTube du commandement militaire américain au Moyen-Orient par l’État islamique, paralysie d’un opérateur d’oléoducs… De l’avis de tous les spécialistes, il est probable que les cyberattaques se multiplient dans un avenir proche… comme celle qui affecte, depuis quelques jours, des clients de la société informatique américaine Kaseya.

 

Voir aussi :

La méthode de Villiers décryptée

L’article Qu’est ce que le « Cyber Polygon » (et pourquoi cela excite la complosphère) ? est apparu en premier sur Conspiracy Watch | L'Observatoire du conspirationnisme.

« Dictature sanitaire » : à Nancy, les masques tombent

4 juillet 2021 à 19:23

Alors que la France se déconfine, la députée Martine Wonner est revenue à Nancy, entourée de la complosphère covido-sceptique, pour dénoncer une « dictature sanitaire ». Un festival de mensonges entourés de sorties de plus en plus radicales et menaçantes.

Samedi 3 juillet, à Nancy, une centaine de personnes ont participé à un rassemblement organisé par la complosphère pour dénoncer la « dictature sanitaire » (source : Twitter/Raphaël Grably).

La France redécouvre les bars, les cinémas, les sorties sans masque et les joies de l’été. Toute ? Non ! Un groupe d’irréductibles résiste encore et toujours à ce qu’ils continuent d’appeler, envers et contre tous, la « dictature sanitaire ».

Après un passage à Metz en avril dernier auquel Conspiracy Watch avait assisté, la députée du Bas-Rhin Martine Wonner est revenue sur « ses terres », en Lorraine, à Nancy, pour participer à un rassemblement organisé par la complosphère sur la place Maginot, à quelques mètres de l’Agence régionale de santé du Grand-Est. Au programme : un « live sur la gestion de la crise sanitaire et sa sortie » organisé par Réinfo-Covid, site animé par Louis Fouché, Réaction 19, organisation fondée par Carlo Alberto Brusa, l’association Bon Sens de Xavier Azalbert et Silvano Trotta, ou encore l’UNIC 57 (Union nationale d’initiative citoyenne), un collectif local de Gilets jaunes qui relaie sur sa page Facebook des vidéos de QAnon. Le média complotiste Agora TV était aussi de la partie.

Sur scène, outre Martine Wonner, le professeur Christian Perronne, l’ex-journaliste Richard Boutry, ancien animateur chez FranceSoir et créateur de la chaîne YouTube « La minute de Ricardo », et Carlo Alberto Brusa. Silvano Trotta, trésorier de l’association Bon Sens, est quant à lui excusé, « parce qu’il a un mariage aujourd’hui ». Face à eux, un public d’une centaine de personnes convaincues qui chanteront sur les reprises d’Ingrid Courrèges, candidate malheureuse de « The Voice » qui s’est racheté une notoriété en devenant la mascotte des anti-masques.

Au cours de ce rassemblement bigarré aux allures de kermesse bon enfant, certains spectateurs ont néanmoins eu l’opportunité de prendre le micro, dévoilant ainsi la véritable logique politique cachée derrière des discours officiels parés des atours du « bon sens ».

De l’hydroxychloroquine à la guillotine

« Je fais attention maintenant, parce qu’à chaque fois que je dis un truc, je me fais tuer par les médias », prévient Martine Wonner. Pourtant, les déclarations mensongères maintes fois démenties se succèdent, la députée du Bas-Rhin continuant par exemple de plaider pour la prescription de l’hydroxychloroquine, qui serait moins mortelle selon elle que le doliprane. Alors que le gouvernement français semble à peine envisager la vaccination obligatoire pour les soignants, la député du Bas-Rhin suggère à son audience que l’État va les vacciner de force : « cet été, sur les plages, on va venir vous chercher ». Elle va jusqu’à accuser les autorités de « crimes contre l’humanité ».

Un spectateur s’empare du micro et va jusqu’au bout de la logique : pour lui, la prescription du Rivotril serait carrément une stratégie visant à commettre un « génocide ». « On devrait remettre la guillotine ! », en conclut-il, tremblant de rage. « Et les membres du gouvernement devront être guillotinés en premier ! » Acclamations de la foule… Martine Wonner, un peu débordée par sa propre création, reprend le micro et tente de calmer le jeu : « J’entends votre colère. Mais je pense qu’en République, même si nous ne sommes plus tout à fait en démocratie, votre colère, dans quelques mois, elle doit se traduire dans les urnes. » Peine perdue, les élections seraient de toute façon « truquées » d’après une femme dans la foule qui hurle sa vérité à qui veut l’entendre.

Pendant tout son discours, l’élue de la République avait en face d’elle une potence à laquelle était accroché un mannequin à l’effigie d’un pompier, accompagné de l’inscription « Le S.D.I.S [Service départemental d’incendie et de secours – ndlr] m’a tué ». Une image qui a choqué le maire PS de Nancy, Mathieu Klein, qui déclarait samedi soir sur Twitter : « Cette mise en scène et cette attaque sur la voie publique sont intolérables », annonçant un signalement au procureur de la République. « Aucune attaque contre le SDIS 54 mais une très grande souffrance exprimée par un pompier du Doubs », lui a répondu Martine Wonner, sans plus de précisions. « Seules les forces de l’ordre auraient pu décider de décrocher le mannequin. Renseignez-vous. »

Cette mise en scène et cette attaque sur la voie publique sont intolérables. Un signalement au procureur de la République sera fait. Tout mon soutien aux sapeurs-pompiers du @SDIS54 sans qui la vaccination ne serait pas aussi élevée en Meurthe-et-Moselle. pic.twitter.com/9w2UZdTV9W

— Mathieu Klein (@mathieuklein) July 3, 2021

La députée n’y a apparemment vu aucune contradiction lorsqu’elle a déclaré à l’intention de son public : « nous devons le respect à nos soignants ». Mais il semble bien difficile d’aller à l’encontre d’une foule que l’on a consciemment radicalisée au cours des derniers mois avec le soutien des réseaux d’extrême droite, surtout quand d’autres discours ouvertement menaçants ne sont pas prononcés par des badauds, mais bien par des personnalités connues avec qui l’on partage l’affiche.

De la place Maginot à « Place d’armes »

C’est au tour de Richard Boutry de s’emparer du micro. L’ancien journaliste de France Télévisions passé chez les complotistes vient encourager la foule à ne pas abandonner un combat dont les contours deviennent soudain très lisibles. Il rend hommage au « fondateur de Place d’armes », un blog d’extrême-droite fondé par Jean-Pierre Fabre Bernadac, ex-capitaine de Gendarmerie et ancien dirigeant du DPS, le service d’ordre du Front national.

C’est par lui qu’est arrivée la fameuse « tribune des généraux » publiée dans l’hebdomadaire ultra-conservateur Valeurs actuelles en mai dernier. Un quarteron de militaires à la retraite y écrivait que « si rien n’est entrepris, le laxisme continuera à se répandre […], provoquant au final […] l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles ». Selon L’Obs, Jean-Pierre Fabre Bernadac s’était vu retirer son habilitation d’officier de police judiciaire en 1986 après avoir transmis des renseignements au parti de Jean-Marie Le Pen.

Richard Boutry part dans un élan révolutionnaire : « je tiens à ce que la police aujourd’hui tourne casaque tôt ou tard ! » Et il le jure le cœur sur la main : le fondateur de Place d’armes l’aurait informé sur le nombre de militaires prêts à se joindre à la cause. « Je ne peux pas vous donner le chiffre », prévient-il, « mais il nous a dit qu’une très très grosse partie des forces de l’ordre et de l’armée est de notre côté, il faut le savoir ! » La foule est en délire. Wonner, Perronne et les autres restent muets.

Hop, hop, hop … j'arrive pic.twitter.com/iEp9qu3Mab

— Anne Barounia aka Maryse in Pangoland 🛴💉💉 (@BarouniaA) July 3, 2021

Boutry enchaîne en désignant un kiosque à journaux situé sur la place Maginot : « Toutes ces feuilles de chou qui paraissent jour et nuit et qui vous disent le contraire, et bien c’est faux ! » Mais alors vers qui faudrait-il se tourner pour s’informer ? Vers Richard Boutry bien sûr, qui annonce le lancement en septembre prochain d’une nouvelle chaîne baptisée « La Une TV » : « Elle sera testée dans un pemier temps sur Internet et très rapidement on va monter en puissance et devenir une chaîne satellitaire », assure-t-il, en expliquant avoir quitté FranceSoir après que son patron, Xavier Azalbert, a refusé le projet. Le site conspirationniste reste recommandé par une pancarte dans la foule, aux côtés d’autres médias tels que Sud Radio ou TV Libertés, web-télé d’extrême droite fondée en 2014 par un ancien dirigeant du Bloc Identitaire.

Vu que je suis sur le gossip covido-complotiste, j’apprends que Richard « magnéto » Boutry a quitté France-Soir notamment parce que son patron Azalbert ne voulait pas de son projet TV et « voulait continuer son pouvoir seul dans son coin». Azalbert se fait siffler. 🍿pic.twitter.com/14sPsaO2i1

— Tristan Mendès France (@tristanmf) July 3, 2021

Alors que le gouvernement lève les restrictions sanitaires, dans la complosphère, les masques tombent. À travers un discours dénonçant une « dictature sanitaire », des idéologues permettent à une foule désinformée de s’identifier en résistants face à une hydre maléfique, légitimant de potentiels passages à l’acte.

En avril dernier, Laurent Nuñez, coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, avait confié à France 2 que les services observaient de près des « cellules complotistes » prêtes à l’action (comme ce fut le cas dans l’affaire Mia), notant leurs liens avec le terrorisme d’ultra-droite et ses similitudes avec le scénario du 6 janvier à Washington. Une foule de partisans de Donald Trump, pour certains adeptes de QAnon, avait pris d’assaut le Capitole dans une tentative d’insurrection qui se sera soldée par la mort de quatre émeutiers.

 

Voir aussi :

À Metz, Martine Wonner en tournée contre la « dictature sanitaire »

L’article « Dictature sanitaire » : à Nancy, les masques tombent est apparu en premier sur Conspiracy Watch | L'Observatoire du conspirationnisme.

Conspiracy News #27.2021

4 juillet 2021 à 12:20

L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 28/06/2021 au 04/07/2021).

TURQUIE. Le 29 juin, Hasan Turan, député et vice-président de l’AKP, le parti de Recep Tayyip Erdoğan, a reçu officiellement les militants antisémites Stéphane Blet et Dieudonné M’Bala M’Bala au parlement turc. L’homme politique a rapporté dans son tweet que les deux « militants politiques français » avaient déclaré que « l’administration française était contrôlée par le Sionisme » (source : Conspiracy Watch/Twitter, 2 juillet 2021).

🇹🇷#Turquie | Mardi, Hasan Turan, député et vice-président de l'#AKP, le parti de Recep Tayyip #Erdoğan, a reçu officiellement Stéphane Blet et Dieudonné M'Bala M'Bala au Parlement turc. #antisémitismehttps://t.co/23DSrFLsfF

— Conspiracy Watch (@conspiration) July 2, 2021

NOUVEL ORDRE MONDIAL. Une vidéo très virale affirme que l’épidémie de Covid-19 procède d’un plan visant à imposer un « Nouvel Ordre Mondial » pour asservir les populations et réduire le nombre d’habitants sur le globe. Cette publication aux accents conspirationnistes détourne des déclarations de chefs d’État, recycle des fausses informations sur les fumées émises par les avions et pointe du doigt les francs-maçons (Source : AFP, 23 juin 2021).

QANON. Une enquête de l’institut de sondage Morning Consult (USA) sur les croyances à l’extrême droite révèle que si tous les partisans de la théorie du complot QAnon ne sont pas antisémites, une grande majorité de ceux qui croient à la réalité des Protocoles des Sages de Sion, célèbre faux antisémite, croient également à QAnon. L’enquête montre aussi la coïncidence entre les opinions des adeptes de QAnon et celles des conservateurs américains (source : Morning Consult, 28 juin 2021).

DONALD TRUMP. Une croyance persistante et croissante chez certains partisans de Donald Trump – toujours dans le déni électoral – voudrait que l’ancien président soit réintégré dans sa fonction au mois d’août prochain. Le département de la Sécurité intérieure s’alarme de cette rhétorique et des menaces en ligne, qui font craindre le déclenchement de nouvelles violences dans les mois à venir (source : CNN, 30 juin 2021).

JOHN McAFEE. Lundi 28 juin, le quotidien espagnol El País a annoncé que l’expertise médico-légale confirmait que l’inventeur de l’antivirus McAfee s’était suicidé dans sa cellule de la prison de Sant Esteve Sesrovires le 23 juin. À l’annonce de sa mort, la complosphère a rejeté catégoriquement l’idée que l’homme avait pu se suicider. Il faut dire que John McAfee avait lui-même mentionné à plusieurs reprises une possible tentative d’assassinat sur sa personne (source : Conspiracy Watch, 1er juillet 2021).

En complément de cette lecture, on écoutera la chronique « Antidote » de Tristan Mendès France sur France Inter, consacrée à l’affaire. Notre collaborateur y souligne notamment le fait que les deux publications les plus partagées à ce sujet proviennent de deux comptes de l’extrême droite américaine (source : France Inter, 2 juillet 2021).

VACCINATION. La campagne de vaccination contre le Covid-19 soulève depuis ses débuts des interrogations mais suscite aussi rumeurs et idées fausses. Notre équipe s’était rendue dans la rue au début de l’année pour réaliser un micro-trottoir où fut abordée la question d’un complot autour des vaccins (source : Conspiracy Watch/Twitter, 2 juillet 2021).

Aux États-Unis, le nombre de décès dus au Covid-19 a considérablement diminué depuis le début de l’année. Alors qu’il était de plusieurs milliers de personnes par jour en début d’année, il n’atteignait pas 200 personnes la dernière semaine de juin. La plupart des décès concerne aujourd’hui des personnes qui ne sont pas encore vaccinées, généralement en raison d’un manque d’accessibilité au vaccin ou d’attitudes hostiles à la vaccination (source : Salon.com, 30 juin 2021).

ANTIVAXX. Les messages antivaxx prolifèrent sur la toile. Pour comprendre comment s’organisent ceux qui propagent la défiance sanitaire, un homme a infiltré le mouvement anti-vaccin ViVi. Dans l’émission « Anti-complot » sur LCI, il explique sa démarche et ce qu’il a pu observer chez ces « guerriers numériques anti-vaccins » (source : LCI, 25 juin 2021).

MARTINE WONNER. Dans une vidéo filmée dans un taxi et partagée des milliers de fois sur Facebook le 25 juin, la députée du Bas-Rhin Martine Wonner en appelle à la « prudence » vis-à-vis de la vaccination contre le Covid-19. Si elle assure n’avoir jamais « été contre les vaccins », elle recommande toutefois d’éviter d’y avoir recours dans le cadre de l’épidémie actuelle. Entre autres arguments fallacieux, Martine Wonner affirme qu’« il y a même aujourd’hui des compagnies aériennes qui interdisent aux gens qui ont été vaccinés de prendre l’avion. » Une assertion contredite par plusieurs associations de transport aérien (source : AFP, 28 juin 2021 ; Le Monde/Les Décodeurs, 29 juin 2021).

LE DESSIN DE LA SEMAINE. Alice, une vidéaste complotiste française qui évolue dans la mouvance dite des « êtres souverains », a récemment mis en ligne une vidéo dans laquelle elle détruit son passeport par le feu. Une séquence qui a inspiré notre collaborateur Morgan Navarro.

ALEXANDRA HENRION-CAUDE. La vidéo Facebook la plus partagée de ces six derniers mois, avec 60.000 partages pour 1,3 million de vues, est celle dans laquelle on voit Alexandra Henrion-Caude, ancienne généticienne de l’Inserm, affirmer que « les effets secondaires du vaccin sont pires que les effets du Covid ! » (source : Raphaël Grably/Twitter, 2 juillet 2021).

RÉINFO COVID. Sur les réseaux sociaux, la capture d’écran d’un texte se propage, assurant qu’aucune compensation « ne peut être demandée en cas d’effets secondaires ou de mort aux labos ou à l’État ». Il est dit qu’il s’agirait d’un « document donné par certains médecins à leurs patients ». Au micro de Sud Radio, l’éditorialiste André Bercoff a interpellé la députée européenne EELV Michèle Rivasi. Le document a en fait été rédigé et diffusé par l’antenne suisse de  Réinfo Covid, un média aux accents complotistes, hostile aux mesures sanitaires et à la campagne de vaccination (source : LCI, 1er juillet 2021).

CAROLE CASSAGNE. Le chaîne YouTube de l’Institut hospitalo-universitaire en maladies infectieuses de Marseille, dirigée par le professeur Didier Raoult, a diffusé une conférence sur les limites des vaccins Covid-19 contre la progression des contaminations. Pour la circonstance, Carole Cassagne, spécialiste des infections fongiques, s’est improvisée épidémiologiste. Elle n’est autre que l’épouse de Louis Fouché, anesthésiste-réanimateur et animateur du site Réinfo Covid. Le journaliste William Audureau lui a consacré un thread très documenté.

Aujourd'hui, sur la chaîne YouTube de l'IHU, une conférence sur les limites des vaccins Covid-19 contre la progression des contaminations, par une certaine Carole Cassagne. Qui est-ce ? (1/11)https://t.co/FV2bMgEkwT

— William Audureau (@Willvs) June 30, 2021

HAYSSAM HOBALLAH. Les comptes Twitter et YouTube de Hayssam Hoballah, « coach bien-être santé holistique » au discours conspirationniste, initiateur des listes électorales anti-mesures sanitaires « Un nôtre monde », et proche de Réinfo Covid, ont été supprimés (source : William Audureau/Twitter, 29 juin 2021).

MALADIE DE LYME. Une tique infectée peut transmettre une bactérie à l’homme en cas de morsure. Elle entraîne la maladie de Lyme. Aux États-Unis, celle-ci alimente les fantasmes. Une théorie circule selon laquelle elle serait issue d’une expérimentation militaire qui aurait mal tourné. En France, des rumeurs alarmistes dénoncent une sous-estimation du problème et parlent de scandale politique. En réalité, cette maladie sert bien souvent de « refuge » à de nombreux patients dans les pathologies sont mal diagnostiquées (source : France TV Info/Vrai ou Fake, 2 juillet 2021).

Beaucoup de fantasmes autour de la maladie de Lyme. Une peur alimentée notamment par le médecin Christian Perronne, déjà connu pour ses sorties de route sur le Covid. On fait le point sur ce qu’est, vraiment, cette maladie. ⁦@LucBrisson94⁩ pour #VraiOuFake pic.twitter.com/tFJ4X2KVmM

— Julien Pain (@JulienPain) July 2, 2021

JEAN-JACQUES CRÈVECOEUR. « Restez vigilants », « doutez de tout » : tels sont les mots d’ordre adressés par le youtubeur complotiste Jean-Jacques Crèvecœur à ses auditeurs, les alertant sur un projet secret de projection d’hologrammes « qui vont apparaître dans le ciel, sous les traits de Mahomet, de Jésus, de la vierge Marie, de Bouddha ». Le but ? Prendre le contrôle des populations en faisant croire au « retour de Jésus » (source : L’Extracteur/Twiter, 1er juillet 2021).

PRÉSIDENTIELLE 2022. Alors que la pandémie et les dernières élections en Europe et aux États-Unis ont vu se déployer de nouveaux formats et acteurs de la désinformation, la France se prépare à sa prochaine élection présidentielle, qui sera analysée à la loupe. Un an avant, le Conseil national du numérique (CNNum) s’est penché sur la construction et le parcours des faits en ligne, sur les mécaniques individuelles et collectives derrière le complotisme, la mésinformation ou encore la désinformation. Télécharger le rapport.

ALLEMAGNE. Les rumeurs sur la fraude électorale commencent à se développer avant les élections nationales allemandes de septembre, selon les données de Twitter, Facebook et d’autres plateformes de médias sociaux sur lesquelles ont travaillé des chercheurs. L’étude montre que les électeurs d’extrême droite, dont certains du parti de l’AfD (« Alternative pour l’Allemagne »), sont les principaux promoteurs de cette désinformation (source : Politico, 18 juin 2021).

EXTRÉMISME EN LIGNE. La pandémie a donné lieu à de très nombreuses analyses sur les répercussions de la crise sur l’activité extrémiste. Il existe de fait une interaction forte entre ce contexte et le développement d’organisations extrémistes et même terroristes. C’est l’objet d’une étude de l’Institute for Strategic Dialogue qui souligne une activité croissante en ligne de cette nature au cours des 18 derniers mois, un élargissement de son audience, une incitation à la violence de plus en plus marquée, notamment contre certaines minorités, l’exploitation des difficultés rencontrées par les gouvernements (source : ISD, juin 2021).

LECTURE. Chercheur en psychologie sociale à l’Université de Fribourg, Pascal Wagner-Egger a publié Psychologie des croyances aux théories du complot (Presses universitaires de Grenoble, 2021) dont nous publiions les bonnes feuilles il y a quelques semaines. Le blog Spokus propose un entretien avec l’auteur.

ODYSEE. De plus en plus bannis de YouTube, les réseaux de désinformation s’organisent sur Odysee, une plateforme créée en 2016 par Jeremy Kauffman, un libertarien partisan d’une liberté d’expression totale. Le site consiste en un réseau de fichiers décentralisés, qui rend impossible la suppression des contenus. Les vidéastes sont quant à eux payés en cryptomonnaie par les utilisateurs (source : France TV Info/Vrai ou Fake,  28 juin 2021).

De plus en plus bannis de YouTube, les réseaux de désinformation s'organisent sur Odysée. Un microcosme sans filtre où les intox pullulent et où les internautes sont incités à mettre la main au portefeuille. Sujet de @Myriam_Bounafaa pour #VraiOuFake pic.twitter.com/BOwPpASWuS

— Julien Pain (@JulienPain) June 28, 2021

L’article Conspiracy News #27.2021 est apparu en premier sur Conspiracy Watch | L'Observatoire du conspirationnisme.

Mort de John McAfee : pourquoi l’autopsie ne mettra pas fin à la théorie du complot

1 juillet 2021 à 12:30

Lundi, le quotidien espagnol El País a annoncé que l’expertise médico-légale confirmait que l’inventeur de l’antivirus McAfee s’est suicidé dans sa cellule de la prison de Sant Esteve Sesrovires.

John McAfee le 15 juin 2021 lors d’une audition judiciaire sur son extradition (source : El País).

La vie de John McAfee n’a rien de banal. Né en 1945 en Angleterre, le futur homme d’affaires se révèle être un génie de l’informatique. Il intègre la NASA en 1968 avant de fonder la société McAfee en 1987 qui deviendra un mastodonte des logiciels antivirus. Mais si le nom de l’Américain est connu pour ses talents dans le domaine de la tech, il l’est aussi pour sa vie sulfureuse et ses dérapages les plus extrêmes, notamment complotistes.

Dès le mois de février 2020, John McAfee s’illustre par ses propos covido-sceptiques et anti-vaccination, voyant dans la pandémie de coronavirus un « simulacre » destiné à cacher « quelque chose de bien plus important en arrière-plan ».

En juillet 2020, il publie une courte vidéo sur « l’État profond », nom que Donald Trump et ses partisans attribuent à ceux qui, dans les coulisses, travailleraient à saboter sa présidence. McAfee soutient que cet État profond, s’il concentre le vrai pouvoir et court-circuite ainsi la démocratie américaine, n’est en réalité rien d’autre que l’ensemble des agences fédérales américaines telles que la FCC, la CIA ou la SEC :

« L’État profond est constitué par ces gens, à l’intérieur du Gouvernement des États-Unis, qui sont des fonctionnaires de carrière, qui ne peuvent pas être licenciés par les gens que nous élisons au Congrès ou à la présidence. […] Y a-t-il un État profond ? Oui ! Peut-on virer ces gens ? Non ! Le président peut-il les virer ? Non ! […] Ça n’a rien de “secret”. C’est aussi transparent que possible. […] L’État profond contrôle effectivement l’Amérique. Réveillez-vous, s’il vous plaît. C’est l’évidence même. »

Is there a deep state? Does it secretly control America?

Use your common sense!
Have a listen. pic.twitter.com/yIwmnPf8Di

— John McAfee (@officialmcafee) July 25, 2020

Les prises de position excentriques et les multiples séjours en prison de John McAfee ont construit l’image d’un personnage aussi atypique que polémique. Soupçonné d’avoir commandité le meurtre de son voisin lorsqu’il résidait au Bélize et d’être impliqué dans un trafic de stupéfiants, ruiné, McAfee était également dans le collimateur des autorités américaines pour évasion fiscale.

C’est pour ce motif, qui lui faisait encourir jusqu’à 30 ans de prison, et en application d’un mandat d’arrêt d’Interpol, qu’il a été arrêté à l’aéroport de Barcelone le 3 octobre 2020 alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol pour Istanbul.

Incarcéré depuis lors à la prison de Sant Esteve Sesrovires (près de Barcelone), John McAfee a été entendu par la justice espagnole à la mi-juin sur la question de son extradition. Sa ligne de défense était simple : les accusations d’évasion fiscale qui le visaient trouveraient leur origine dans la circonstance qu’il a brigué l’investiture du Parti libertarien en vue de l’élection présidentielle de 2016. Il aurait, de ce fait, constitué un risque voire un danger pour les États-Unis… Un argumentaire qui n’a pas convaincu la justice espagnole.

John McAfee a été informé mercredi 23 juin de la décision des autorités espagnoles de l’extrader vers les États-Unis. À quatre heures de l’après-midi, il a demandé à passer un peu de temps seul dans sa cellule. Deux heures plus tard, à l’heure où normalement les détenus se réunissent dans la cour de la prison, les surveillants pénitentiaires ont constaté qu’il ne s’était pas manifesté. En pénétrant dans sa cellule, ils ont découvert son corps sans vie, des lacets noués autour du cou et attachés à la fenêtre. Ils ont tenté de le réanimer, en vain. McAfee aurait laissé dans la poche de son pantalon un écrit dont le contenu n’a pas encore été révélé.

L’annonce de son extradition a-t-elle motivé son passage à l’acte ? Il est permis de le penser. Mais c’est à une toute autre version que les conspirationnistes veulent croire.

Dès l’annonce de sa mort, la complosphère a rejeté catégoriquement l’idée que McAfee ait pu se suicider. Il faut dire que l’ex-millionnaire avait mentionné à plusieurs reprises une possible tentative d’assassinat sur sa personne. Le 6 juin 2019, il écrivait sur Twitter :

« J’ai rassemblé des dossiers sur la corruption dans les gouvernements. Pour la première fois, je donne des noms et des détails. Je commencerai par un agent corrompu de la CIA et deux officiels des Bahamas. A venir aujourd’hui. Si je suis arrêté ou si je disparais, plus de 31 téraoctets de données compromettantes seront divulgués à la presse. »

I've collected files on corruption in governments. For the first time, I'm naming names and specifics. I'll begin with a corrupt CIA agent and two Bahamian officials. Coming today. If I'm arrested or disappear, 31+ terrabytes of incriminating data will be released to the press.

— John McAfee (@officialmcafee) June 9, 2019

Le 30 novembre 2019, il enfonçait le clou :

« Je reçois des messages subtils de la part d’officiels américains qui me disent : “On vient te chercher McAfee ! On va te suicider !” Je me suis fait tatouer aujourd’hui, juste au cas où. Si je me suicide, je ne l’ai pas fait. J’ai été buté. Vérifiez mon bras droit. »

Getting subtle messages from U.S. officials saying, in effect: "We're coming for you McAfee! We're going to kill yourself". I got a tattoo today just in case. If I suicide myself, I didn't. I was whackd. Check my right arm.$WHACKD available only on https://t.co/HdSEYi9krq🙂pic.twitter.com/rJ0Vi2Hpjj

— John McAfee (@officialmcafee) November 30, 2019

Ces déclarations, tenues l’année qui a précédé son incarcération, ont évidemment nourri la thèse d’un assassinat déguisé. Une chose est  pourtant certaine à ce jour : concernant les fameux « 31 téraoctets de données compromettantes » qu’il avait promis de faire fuiter en cas d’arrestation, McAfee bluffait. Non seulement ces données n’ont jamais été diffusées mais il n’y a apparemment pas fait référence une seule fois pendant les plus de six mois qu’a duré sa détention.

Si, de l’avis de sa compagne, de son avocat espagnol et des sources interrogées au sein de la prison où il était détenu, cet excentrique de 75 ans ne présentait pas le comportement d’une personne ayant des tendances suicidaires, le sujet hantait cependant ses déclarations comme l’atteste encore ce tweet du 15 octobre 2020 dans lequel il écrit : « Sachez que si je me pends, à la Epstein, ce ne sera pas de ma faute. »

McAfee souscrivait aussi à la théorie du complot sur le suicide de Jeffrey Epstein, allant jusqu’à lancer, quelques semaines après l’annonce de la mort de l’ancien trader poursuivi pour trafic sexuel de mineurs, une cryptomonnaie baptisée « Epstein Didn’t Kill Himself » [« Epstein ne s’est pas suicidé »].

La complosphère a immédiatement vu dans la mort de John McAfee une reproduction à l’identique du cas Jeffrey Epstein. Dans les heures qui suivent l’annonce de sa mort, le hashtag #JohnMcAfeeDidntKillHimself [« John McAfee ne s’est pas suicidé »] est monté en tendance sur Twitter.

L’apparition énigmatique de la lettre Q sur son compte Instagram (une allusion transparente aux théories QAnon) après l’annonce officielle de son décès – l’avait-il lui-même programmé à l’avance ? – a achevé de faire de la mort de McAfee un événement décidément hors norme et propre à alimenter durablement les spéculations conspirationnistes.

Tim Pool, un influenceur pro-Trump qui s’était illustré lors du mouvement Occupy en 2011 (il cumule un million d’abonnés sur YouTube et 78 000 sur Twitter), a notamment écrit le jour même de l’annonce du décès : « John McAfee en savait trop », accompagné du hashtag #JohnMcAfeeDidntKillHimself.

John McAfee knew too much. #johnmcafeedidntkillhimself

💦 Pool 🏊 Patch ☀ Lyds 🌿 (@sourpatchlyds) June 23, 2021

Sur Telegram, Maria Zakharova, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères a ironisé, laissant entendre que la mort de McAfee ne serait pas élucidée « avant les 50 prochaines années. »

En France, les influenceurs complotistes n’ont pas attendu longtemps pour dégainer.

Le chanteur Francis Lalanne s’est fendu d’un tweet interrogateur accompagné des hashtags #EtatProfond et #Epstein. Le site complotiste Réseau International a relayé un court texte issu du site conspirationniste Strategika51 sobrement intitulé « John McAfee exécuté ». De son côté, l’auteur complotiste Laurent Glauzy a relayé sur son blog un texte issu du même site où l’on peut lire que « les liquidations physiques extra-judiciaires déguisées en “suicides apparents”, “suicides accompagnés” ou “suicides assistés” vont se multiplier dans les prochains mois. »

Lundi 28 juin, le quotidien espagnol El País annonçait que l’autopsie préliminaire confirmait la mort par suicide de John McAfee. Sa famille avait déjà annoncé quelques jours auparavant qu’elle réclamerait en tout état de cause une contre-expertise médico-légale.

L’article Mort de John McAfee : pourquoi l’autopsie ne mettra pas fin à la théorie du complot est apparu en premier sur Conspiracy Watch | L'Observatoire du conspirationnisme.

Sécession

29 juin 2021 à 12:54

Alice, une vidéaste complotiste française qui évolue dans la mouvance dite des « êtres souverains » a mis en ligne la semaine dernière une vidéo dans laquelle elle détruit son passeport par le feu.

L’article Sécession est apparu en premier sur Conspiracy Watch | L'Observatoire du conspirationnisme.

[PODCAST] Les plateformes, pilier du complotisme

29 juin 2021 à 11:20

L’avènement d’Internet, des sites et des réseaux sociaux, ces plateformes et leurs algorithmes ont donné naissance à l’état des lieux actuel du complotisme.

Twitter, YouTube, SnapChat, Amazon… Ces plateformes, sur lesquelles nous passons tant de temps, ont un rôle essentiel dans la vie de la complosphère… Donald Trump suspendu de Facebook ? C’est la conséquence de l’assaut du Capitole en janvier 2021, où se trouvaient nombre de complotistes.

L’occasion aussi de parler de la partie immergée de l’iceberg de ces plateformes sociales : algorithmes, “rabbit hole”, leur fonctionnement fait-il le jeu de la conspiration, au détriment de l’information ?

Le 11-Septembre, un évènement déclencheur

Les attentats du 11-Septembre sont à ce jour l’évènement qui a généré le plus de production complotiste en ligne, des productions propulsées par l’essor d’internet qui s’est produit au même moment. C’était le début d’une nouvelle ère dans l’information, une ère de liberté mais aussi de dérégulation.

Depuis, les théories du complot s’invitent sur les grandes plateformes généralistes telles YouTube ou Facebook, mais elles font aussi naître des sites “spécialisés”, comme FranceSoir, qui s’appuient souvent beaucoup sur la viralité des réseaux sociaux.

“Les plateformes, pilier du complotisme”, c’est le 11e épisode de Complorama, avec Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, et Tristan Mendès France, maître de conférence et membre de l’observatoire du conspirationnisme, spécialiste des cultures numériques. Un podcast à retrouver sur le site de franceinfo, l’application Radio France et plusieurs autres plateformes comme Apple podcastsPodcast AddictSpotify, ou Deezer.

L’article [PODCAST] Les plateformes, pilier du complotisme est apparu en premier sur Conspiracy Watch | L'Observatoire du conspirationnisme.

Conspiracy News #26.2021

27 juin 2021 à 16:52

L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 21/06/2021 au 27/06/2021).

DIEUDONNÉ. Dieudonné M’Bala M’Bala a été condamné en appel à trois ans d’emprisonnement, dont deux ferme, ainsi qu’à 200.000 euros d’amende, pour avoir notamment détourné plus d’un million d’euros de recettes non comptabilisées de ses spectacles, a-t-on appris vendredi de source judiciaire. La cour d’appel a confirmé mercredi le jugement qui avait été prononcé par le tribunal correctionnel en 2019, en précisant que cette peine serait aménagée – en détention à domicile avec un bracelet électronique, en placement extérieur ou semi-liberté (source : Le Point, 25 juin 2021).

Samedi 26 juin 2021, lors du « Bal des quenelles » 2021, il a remis une quenelle d’or à Rémy Daillet Wiedemann, écroué après avoir été mis en examen pour complicité d’enlèvement dans l’affaire Mia.

Et hier soir au Bal des quenelles de Dieudo, en plus de Remy Daillet, une quenelle d’or pour les antisémites Jérôme Bourbon (Rivarol) et Hervé Ryssen. Présence de la covido-complotiste Chloé Frammery et une membre de la secte des Brigandes. pic.twitter.com/pEKudwVxNW

— Tristan Mendès France (@tristanmf) June 27, 2021

ALAIN SORAL. Dans une vidéo postée le mois dernier, Alain Soral soutient qu’il n’a jamais prétendu que les Juifs étaient derrière l’incendie de la cathédrale Notre-Dame. C’est pourtant ce qui ressort des propos pour lesquels il a été condamné. Conspiracy Watch revient sur le florilège de déclarations qu’il avait postées sur ce thème sur le réseau social russe VK (source : Conspiracy Watch, 25 juin 2021).

EMPOISONNEURS. Chercheuse associée au Centre d’histoire du XIXe siècle et autrice de Vitriol : Les agressions à l’acide du XIXe siècle à nos jours (Champ Vallon, 2020), l’historienne Karine Salomé a accepté de revenir pour Conspiracy Watch sur les lynchages de prétendus « empoisonneurs » par la foule parisienne lors de l’épidémie de choléra de 1832. Un épisode tragique, dont le contexte épidémique semble parfois faire écho au nôtre, à l’heure où la pandémie de Covid-19 suscite les suspicions, les accusations et les fantasmes les plus farfelus (source : Conspiracy Watch, 24 juin 2021).

RUDY GIULIANI. L’avocat personnel de Donald Trump, Rudy Giuliani, a été suspendu jusqu’à nouvel ordre du barreau de New York. La décision a été prise par la Cour suprême de l’État, en raison des « ravages » provoqués par ses mensonges sur les résultats de l’élection présidentielle de novembre 2020 (source : Huffington Post, 24 juin 2021).

À noter qu’un comité dirigé par les républicains de l’État du Michigan a publié le 23 juin un rapport démystifiant de manière catégorique les allégations de fraude électorale diffusées par les partisans de Trump dans cet État et dans celui de Géorgie (source : New York Times, 23 juin 2021).

JOHN McAFEE. Le 23 juin, John McAfee a été retrouvé mort dans sa cellule de la prison de Sant Esteve Sesrovires (près de Barcelone). Il y était incarcéré dans l’attente d’une probable extradition vers les États-Unis. Les premiers éléments de l’enquête indiquent que l’ancien homme d’affaires, âgé de 75 ans, se serait suicidé. Aventurier, criminel, trafiquant de drogue, inventeur d’une cryptomonnaie appelée « Epstein ne s’est pas suicidé » (sic), l’homme était aussi une star des réseaux sociaux. Quelques heures après sa mort, une image de la lettre Q (en référence à la théorie conspirationniste QAnon) a été publiée sur son compte Instagram, provoquant de vives réactions chez ses partisans (source : Le Monde, 24 juin 2021). À noter que le média Russia Today s’est engouffré sans attendre dans la brèche, en rapportant les interrogations de la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova – qui s’était illustrée en 2016 par des commentaires jugés antisémites –, dont cette réflexion lourde de présupposés : « Je voudrais que pour une fois, le mystère de cette mort très médiatisée soit élucidé avant les 50 prochaines années » (source : Tristan Mendès France/Twitter, 24 juin 2021).

QANON. Anthony Beckett, un Britannique adepte de la théorie QAnon, était persuadé que le gouvernement chinois s’apprêtait à enlever ses deux enfants, et que l’ancien président Donald Trump était la seule personne qui pouvait les sauver. Il a été condamné le 21 juin à dix ans de prison pour avoir tenté d’assassiner sa compagne avec un marteau, alors qu’elle prenait un bain. L’attaque s’était produite le 18 janvier, deux jours avant l’investiture de Joe Biden, jour où, pour les QAnon, l’« État profond » était censé être démasqué par Trump. Lorsque la police est arrivée et a arrêté Beckett, celui-ci a crié : « La grande réinitialisation approche. Ils viennent pour les enfants » (source : Vice, 22 juin 2021).

COMPLOTISME ÉLECTORAL. Dans cinq régions françaises au moins, des listes étaient menées par des candidats issus de la mouvance « corona-sceptique » et anti-restrictions sanitaire. Pâtissant d’une forte abstention et d’une faible médiatisation, elles ont recueilli des scores très faibles, inférieurs à 1% des voix. La candidate du collectif « Un Nôtre Monde » dans les Pays de la Loire, Linda Rigeaudau, s’est néanmoins dite « très fière des 6.000 personnes qui ont voté » pour sa liste, soulignant toutefois une défaite en partie due au budget de sa liste qui « n’a permis d’imprimer que 100.000 bulletins » (source : Le Figaro, 21 juin 2021).

CONTRÔLE DES POPULATIONS. Le succès actuel de certaines théories complotistes donne une impression de nouveauté. Elles ne font en réalité bien souvent que recycler d’anciens matériaux, inscrits dans une tradition de défiance à l’égard d’une prétendue volonté de contrôle des populations par le biais des nouvelles technologies. Le complotiste David Icke en donnait ainsi un exemple édifiant dans une vidéo datant de 2009.

Assez fascinant de voir le recyclage du discours complotiste autour des vaccins.
Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Ici le conspi David Icke en 2009. (Celui qui a popularisé les reptiliens et est devenu la star des covido-complotistes britanniques) pic.twitter.com/w1x4UetWnD

— Tristan Mendès France (@tristanmf) June 22, 2021

À visionner également, un extrait de l’émission « Anti-complot », sur LCI, au cours duquel est évoquée l’« anthroposophie », un courant de pensée ésotérique qui voit aujourd’hui dans la vaccination une création du démon Ahriman, dont le but serait « d’affaiblir l’humain » et « d’empêcher l’expression de sa spiritualité » (source : @ChocMeta/Twitter, 21 juin 2021).

ALICE PAZALMAR. Alice est une vidéaste complotiste française qui évolue dans la mouvance dite des « êtres souverains ». Présente au récent rassemblement des covido-sceptiques à Avignon (l’« université citoyenne »), elle vient de mettre en ligne une vidéo où elle fait solennellement état de son absolue liberté, profession de foi qu’elle accompagne de la destruction par le feu de son passeport (source : Conspiracy Watch/Twitter, 25 juin 2021).

Dans sa dernière vidéo, Alice, figure de la mouvance dite des « êtres souverains » (elle a été aperçue récemment lors d'un rassemblement de covido-sceptiques à Avignon, « l'Université citoyenne »), met le feu à son passeport. Extrait (sans montage) ⤵pic.twitter.com/1L7VJWMq4I

— Conspiracy Watch (@conspiration) June 25, 2021

KENY ARKANA. Le lundi 21 juin, la rappeuse Keny Arkana était l’invitée d’Augustin Trapenard dans son émission « Boomerang » (France Inter). L’occasion pour la chaîne publique de célébrer « une figure majeure du rap hexagonal » sans qu’à aucun moment ne soit soulignée la tonalité très complotiste de l’oeuvre de cette artiste-militante. Dans un titre récent, Keny Arkana pourfendait ainsi les « médecins collabos arrosés par Big Pharma »

DÉSINFORMATION RUSSE. Moins de 2% : c’est le pourcentage de la population à avoir été vaccinée sur le continent africain. Des données qui inquiètent lorsqu’on sait qu’une enquête d’opinion récente montrait que 60% des personnes interrogées au Bénin, au Liberia, au Niger, au Sénégal et au Togo déclarent être hostiles à la vaccination. De septembre 2020 à mars 2021, le réseau international de lutte contre la désinformation First Draft News a tenté de mesurer la pénétration des théories du complot liées à la désinformation vaccinale en Afrique de l’Ouest. Un rapport publié il y a quelques jours par l’organisation cofondée par Eliot Higgins (du site Bellingcat), et soutenue par Google, souligne l’importance des réseaux de désinformation pro-russes dans la propagation de ces thèses (source : Conspiracy Watch, 23 juin 2021).

CROATIE. De 2011 à 2020, Wikipedia Croatie a été « prisonnier » d’un groupe d’une vingtaine d’administrateurs de l’encyclopédie. « Wikipedia Croatie avait reçu beaucoup d’attention à cause de sa tendance à promouvoir des points de vue fascistes, des biais contre les Serbes de Croatie, et une propagande anti-LGBT », a écrit la fondation Wikimedia dans un rapport publié le 21 juin 2021. Les accusations sont nombreuses, et les faits tout aussi graves et impressionnants (source : Numerama, 23 juin 2021).

IRAN. Les autorités américaines ont désactivé une série de sites web d’information liés à l’État iranien, accusés de désinformation. Cette décision s’inscrit dans une opération de répression de grande envergure contre les médias iraniens dans un contexte de tensions accrues entre les deux pays. D’après le ministère américain de la Justice, 33 sites étaient utilisés par l’Union islamique de la radio et de la télévision iranienne pour désinformer et semer la discorde parmi les électeurs américains avant la présidentielle de 2020. Parmi les sites bloqués, Press TV, « l’un des principaux diffuseurs mondiaux d’antisémitisme et de complotisme » d’après l’Anti-Defamation League (source : Associated Press, 23 juin 2021).

MYANMAR. Facebook fait la promotion de contenus qui incitent à la violence contre les manifestants du coup d’État au Myanmar et amplifie la désinformation de la junte, malgré la promesse de réprimer l’utilisation abusive de sa plate-forme. C’est ce que révèle une étude de l’ONG Global Witness, qui pointe des menaces de mort, la glorification de la violence militaire et la désinformation, telles que les allégations erronées selon lesquelles Daech serait présent au Myanmar et que l’armée aurait pris le pouvoir en raison d’une « fraude électorale » (source : The Guardian, 23 juin 2021).

PLATEFORMES ET COMPLOTISME. Les attentats du 11 septembre sont à ce jour l’évènement qui a généré le plus de productions complotistes en ligne, des productions propulsées par l’essor concomitant d’Internet. Depuis, les théories du complot s’invitent sur les grandes plateformes généralistes telles YouTube ou Facebook, mais elles font aussi naître des sites « spécialisés » dans la désinformation. « Les plateformes, pilier du complotisme », c’est le 11e épisode de Complorama, avec Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, et Tristan Mendès France, maître de conférence et membre de l’Observatoire du conspirationnisme, spécialiste des cultures numériques. Un podcast à retrouver sur le site de franceinfo, l’application Radio France et plusieurs autres plateformes comme Apple podcastsPodcast AddictSpotify, ou Deezer.

L’article Conspiracy News #26.2021 est apparu en premier sur Conspiracy Watch | L'Observatoire du conspirationnisme.

Notre-Dame : Alain Soral dit (vraiment) n’importe quoi

25 juin 2021 à 19:06

Dans une vidéo postée le mois dernier, Alain Soral soutient qu’il n’a jamais prétendu que les Juifs étaient derrière l’incendie de la cathédrale Notre-Dame. C’est pourtant ce qui ressort des propos pour lesquels il a été condamné.

Alain Soral et Neal Sutz (capture d’écran YouTube, 31/05/2021).

La preuve que « le sionisme » contrôle la justice et les médias ? Alain Soral a été condamné à quatre mois de prison en semi-liberté pour avoir simplement évoqué un projet immobilier impliquant une société israélienne… C’est en tous cas ce qu’essaie de faire croire le polémiste antisémite.

Le 19 mai 2021, Soral, dont le casier judiciaire cumule près d’une vingtaine de mentions, a vu sa peine alourdie en appel pour avoir, rapportait l’AFP, « imputé aux juifs l’incendie de Notre-Dame ».

Dans une vidéo postée le 31 mai 2021 sur YouTube, le président d’Égalité & Réconciliation conteste cette formulation, arguant qu’il s’est contenté de participer à une émission de radio d’une durée de deux heures dans laquelle il n’aurait rien fait d’autre que souligner l’existence d’un projet de restructuration de l’Île de la Cité à Paris dans lequel interviendrait une société immobilière israélienne :

« Là je viens de prendre quatre mois de prison ferme, tu sais tu l’as dit, et officiellement ils ont mis dans les journaux que c’était parce que j’avais imputé aux Juifs l’incendie de Notre-Dame. En réalité ce n’est même pas le jugement et ce n’est bien sûr pas ce que j’ai dit. […] Là, par exemple, pour ma dernière condamnation, l’AFP – qui est une instance qui contrôle on va dire tout le discours médiatique français et qui est alignée sur le sionisme et le Nouvel Ordre Mondial –, l’AFP produit l’article de base qui dit pourquoi j’ai été condamné. Alors ils disent : “Alain Soral, le militant d’extrême-droite […] a été condamné à de la prison parce qu’il a imputé aux Juifs l’incendie de Notre-Dame”. Et les gens se disent “ah bon, bah il est fou”, et à la limite c’est normal, tu vois ? »

 
Ce que Soral se garde bien de préciser, c’est que la condamnation pour « provocation à la haine » qui le vise ne concerne pas l’émission de radio à laquelle il fait allusion mais un ensemble de publications sur sa page personnelle VKontakte (VK), une plateforme de réseau social russe inspirée de Facebook.

Le 17 avril 2019, deux jours après l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, il avait publié sur VK les messages suivants :

« Rappelons que la haine du Christ et de ses lieux de culte provient d’abord de la Synagogue et de ses succursales maçonniques… »

« Les sionistes font tout pour désigner les musulmans… et faire oublier que brûler les églises est une injonction du Talmud et la haine du Christ au cœur du judaïsme (et de sa succursale la Franc-Maçonnerie). » [archive]

Le lendemain, il avait récidivé en publiant, toujours sur VK :

« Ne laissons pas les sionistes et les franc-macs récupérer l’incendie (volontaire) de Notre-Dame ! » [archive]

« Cet incendie est bien évidemment un incendie criminel, voulu, pour plusieurs raisons, par les plus hautes instances qui dominent et écrasent notre pays… » [archive]

Conspiracy Watch a pu consulter l’arrêt de la cour d’appel du 19 mai 2021. Le jugement est clair : c’est pour ces quatre publications qu’Alain Soral a été condamné.

Clémente, la cour d’appel l’a même relaxé pour les propos suivants, publiés sur Égalité & Réconciliation le 17 avril 2019 :

« Les soldats du mondialisme ont foutu le feu à notre cathédrale chérie et maintenant ils veulent la reconstruire. En synagogue ? On plaisante ! » [archive]

L’avocat d’Alain Soral, Damien Viguier, a fait valoir que la preuve d’un lien entre le compte VK « Alain Soral » et son client n’était pas rapportée. Un argument balayé par la cour d’appel qui souligne que le site Égalité & Réconciliation ainsi qu’Alain Soral lui-même ont invité  publiquement les internautes à le retrouver sur VK avec indication du lien permettant la redirection vers cette plateforme.

VK a finalement banni le polémiste d’extrême droite en juillet 2020, quelques jours après la suppression des deux chaînes YouTube qui lui étaient liées.

Fin novembre 2020, son compte Twitter a été supprimé après qu’un tribunal l’a condamné à 5 400 euros d’amende pour avoir, cette fois-ci, imputé aux juifs les attentats du 11 septembre 2001.

 

Voir aussi :

Un an après l’incendie de Notre-Dame, plus d’un Français sur trois doute de la thèse de l’accident

L’article Notre-Dame : Alain Soral dit (vraiment) n’importe quoi est apparu en premier sur Conspiracy Watch | L'Observatoire du conspirationnisme.

❌