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Valérie Devon : Caraïbes, nazisme et vidéos

Par : La Rédaction

En quelques années, cette secrétaire de formation est devenue l’un des maillons du néo-nazisme numérique. Enquête.

Valérie Devon (montage CW, décembre 2021).

Si vous êtes un nostalgique du Troisième Reich et que vous avez une connexion internet, les noms de « Valérie Devon » ou de « Didi 18 » ne vous sont probablement pas étrangers. En collaboration avec l’association OpenFacto, Conspiracy Watch a consacré une enquête de plusieurs semaines à cette néo-nazie française qui est derrière la traduction de centaines de contenus négationnistes, antisémites et racistes. Elle a permit d’établir qu’elle avait pour véritable nom Valérie Dewonck.

Alors qu’elle ne s’était encore jamais montrée physiquement, Valérie Dewonck a récemment laissé entrevoir dans une vidéo son visage masqué derrière une paire de lunettes de soleil et un chapeau de cow-boy. Elle y apparaissait particulièrement dépitée de ne pas être suffisamment écoutée et du peu de vues que cumulaient certaines de ses vidéos pourtant « capitales pour comprendre pourquoi (et) à cause de qui on est dans la merde aujourd’hui » (sic).

Devant l’insuccès d’une œuvre à laquelle elle a consacré le plus clair de ses dernières années, elle disait songer à mettre fin à sa très chronophage activité de traduction. Originaire de Lorraine et issue d’un milieu familial plutôt de gauche selon ses propres déclarations, Valérie Dewonck se présente comme quelqu’un qui, depuis l’enfance, s’est toujours « levée pour prendre la défense des plus faibles ». Aujourd’hui, elle reconnaît avoir perdu « tous (ses) amis, toute (sa) famille » à cause de ses convictions national-socialistes.

Secrétaire de formation, Valérie Dewonck se tourne vers les « médecines douces » avant de devenir « praticienne et enseignante Reiki ». C’est en juillet 2015 qu’elle découvre qu’on « nous a menti sur la Seconde Guerre mondiale » malgré ses connaissances en histoire qu’elle avoue « assez limitées ». C’est en visionnant un documentaire révisionniste américain de plus de six heures réalisé par un certain Dennis Wise, Adolf Hitler, la plus grande histoire jamais racontée, qu’elle a une véritable révélation. Une vidéo découverte au hasard d’un commentaire posté sur le site « d’information dissidente » Les Moutons enragés.

« La seule en France à fournir ce travail-là »

Bouleversée, elle décide désormais de consacrer sa vie à la traduction de contenus qui réécrivent l’histoire du point de vue… nazi. À un rythme effréné : travaillant « tous les jours non-stop », elle traduit ainsi en quelques années un nombre impressionnant de vidéos ainsi que de nombreux ouvrages, grâce notamment à son très bon niveau d’anglais, acquis pendant les longues années où elle a vécu au Canada.

Grâce à son hyperactivité en ligne, Valérie Dewonck se construit assez vite un important réseau de sociabilité néonazie, nouant en particulier des contacts avec des personnalités-clés de la sphère négationniste. Elle collabore ainsi avec Vincent Reynouardnégationniste français exilé en Grande-Bretagne, aux côtés duquel elle intervient dans des podcasts. Elle traduit d’ailleurs ses vidéos, ainsi que celles d’Hervé Ryssen, du français vers l’anglais.

Elle affirme également que Robert Faurisson l’aurait personnellement encouragée à poursuivre sa boulimique œuvre de traduction, puisqu’elle était « la seule en France à fournir ce travail-là ». Elle ne cache pas non plus ses contacts, passés comme présents, avec plusieurs négationnistes étrangers de premier plan tels que l’Allemand Horst Mahler, qu’elle traduit en français, le néo-nazi allemand Ernst Zündel, qu’elle regrette de ne pas avoir rencontré avant sa mort en 2017, ou encore la négationniste allemande Ursula Haverbeck, dite « mamie nazie ».

Echantillons de vidéos mises en ligne par Valérie Dewonck (capture d’écran Odysee, décembre 2021).

Dissimulée derrière le pseudonyme de « Valérie Devon », elle a également entretenu des contacts étroits avec le vidéaste français Le Grand Monarque. Son blog était d’ailleurs hébergé, jusqu’en 2018 sur le site « The Savoisien », animé également par Le Grand Monarque. Mais en 2020, Valérie Dewonck lance son propre site, Didi18 Éditions – le chiffre « 18 » étant une allusion aux première et huitième lettres de l’alphabet, « A » et « H », pour les initiales d’Adolf Hitler.

Un antisémitisme obsessionnel

Fervente admiratrice du régime nazi, Valérie Dewonck en a gardé en principal héritage une haine obsessionnelle à l’égard des Juifs, accusés d’être responsables de tous les malheurs du monde. « Juif qui parle, bouche qui ment » explique-t-elle ainsi dans un entretien en ligne, précisant que l’« instinct nous signale qu’on est en présence d’un juif et qu’il vaut mieux s’en écarter ». Elle croit savoir que c’est « la circoncision au huitième jour » qui, à cause de ses « effets néfastes sur le développement du système nerveux ou du système glandulaire », transforme les Juifs en « monstres ».

Valérie Dewonck reprend les conclusions d’Arnold Leese, fondateur dans les années 1930 d’un parti nazi britannique, dont elle a traduit les ouvrages : selon elle, « toutes les guerres sont initiées par la même clique [comprendre, les Juifs – ndlr], dans un but de contrôle, d’asservissement, de prise de capitaux. » Elle s’inquiète aussi de l’existence de meurtres rituels perpétrés par les Juifs et prophétise que de nombreux morts sont à prévoir si l’on continue d’ignorer le complot juif, estimant que « nous sommes aujourd’hui pris en otage, avec cette fausse pandémie, par ceux qui contrôlent le monde, et vous savez de qui il s’agit », les mêmes qui orchestreraient en France un duel politique qui n’en serait pas un entre « le juif Mélenchon et puis le juif Zemmour » (sic)…

Selon Valérie Dewonck, nous vivons dans une « société dans laquelle les gens sont mentalement handicapés au point qu’ils sont totalement conditionnés » : « Nous baignons dans un mensonge perpétuel. […] Le national-socialisme est en nous. C’est l’ordre naturel des choses. Il coule naturellement dans nos veines, nous, le peuple des créateurs ». Elle déplore une « submersion migratoire » et un « génocide des Blancs », dans « un monde communiste qui est régi par le Talmud » aux ordres du « Nouvel Ordre Mondial ».

Valérie Dewonck a également fait siennes les croyances ésotériques et les positions anti-chrétiennes du nazisme. Reprenant la thèse d’une obscure auteure publiée et traduite en anglais par ses soins, Jacqueline Berger, qui fut notamment candidate du groupe catholique intégriste Civitas aux élections législatives de 2017, elle affirme que « le christianisme est une invention du judaïsme ». Elle prétend que « les Chrétiens sont les esclaves des Juifs » et qu’ils vénèrent un faux dieu, « Yahvé, le dieu des Juifs, Satan ». Valérie Dewonck souscrit plutôt à l’idée de « la réincarnation » de l’âme, et pense pouvoir découvrir, par l’interprétation des rêves, « qu’il se passe des choses dans les mondes invisibles ». Ses recherches l’ont également conduite à la conclusion que les hommes auraient été « capables de faire par le passé » des choses telles que« la téléportation » et « la télépathie »

Jonction

Les nombreux ouvrages traduits et édités par Valérie Dewonck, réhabilitant le nazisme ou défendant des thèses racistes et antisémites, se retrouvent en vente sur des grandes plateformes de e-commerces. Y figurent par exemple Le testament politique de Julius Streicher, directeur du journal antisémite de l’entre-deux-guerres Der Stürmer, publié en 2018 par les éditions néo-nazies Vettazedition, ou encore Meurtre rituel juif et La guerre de survie juive, d’Arnold Leese, édités par Didi18.

Pour violations répétées des règles proscrivant les contenus à caractère raciste, Valérie Dewonck a vu sa chaîne YouTube et son compte Twitter supprimés. Elle a cependant repris sa propagande sur des plateformes alternatives comme Odysee depuis septembre 2021, où sa chaîne propose bien sûr les nombreuse vidéos pro-nazies qu’elle a traduites, mais aussi par exemple une vidéo dénonçant Richard Boutry comme un « gourou » du complot « jésuite », des contenus contre les « enfants transgenres », le documentaire Vaxxed d’Andrew Wakefield, grand classique de la cause antivaccinale, ou encore une interview de David Icke, théoricien du « complot reptilien ».

Car les combats de Valérie Dewonck ne se limitent plus simplement au « révisionnisme », mot qu’elle utilise systématiquement pour présenter ses idéaux nazis : elle est également adepte des théories platistes. Dénonçant ce qu’elle appelle « l’hérésie du globe », elle est saluée par certains militants comme celle qui a réalisé « la jonction » entre les communautés « révisionnistes » et les platistes. Une croyance dans cette théorie complotiste radicale et considérée comme farfelue par une importante fraction de la « Dissidence », qui lui a cependant valu des frictions avec une partie d’entre elle, comme avec Pierre Hillard.

Cette jonction prouve une nouvelle fois la perméabilité entre les différentes chapelles complotistes, comme sa propre adhésion aux thèses covido-sceptiques en fournit l’indice. Ainsi, Valérie Dewonck relaie-t-elle à partir de la mi-avril 2020 la vidéo « Le gouvernement mondial de Valérie Bugault » [archive] et conseille de « la visionner sur la chaîne de [Silvano] Trotta sur YouTube ».

Après avoir longtemps vécu au Canada, Valérie Dewonck s’est installée avec son époux, Claude Popelska, par ailleurs personnellement impliqué dans le travail de sa femme, au Belize, minuscule pays anglophone d’Amérique centrale. Le couple y tient une maison d’hôtes dans village de pêcheurs sur la mer des Caraïbes, facétieusement appelée « Chez Didi ».

Leur fils, Alexandre, âgé de 20 ans, a lui fait son coming-out national-socialiste au début du mois d’octobre dernier, dans un entretien avec une petite chaîne conspirationniste sur Odysee. Il y faisait étalage de toute l’admiration qu’il porte à sa mère et à ses combats « pour la vérité, pour le bien, pour la lumière », se félicitant de n’avoir pas été « endoctriné par l’école » et d’avoir du même coup échappé à cette société en « dégénérescence » qui « normalise l’homosexualité et maintenant la pédophilie ». Il y disait son « dégoût pour les Chrétiens », accusait les Juifs d’être derrière l’immigration de masse, la diffusion de l’athéisme… ou encore de la croyance en une Terre sphérique.

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Omicron

Par : Morgan Navarro

La présidente d’honneur de VIA (ex-Parti chrétien démocrate) s’est attirée les moqueries sur les réseaux sociaux pour avoir suggéré que le choix du nom du nouveau variant sud-africain du Covid-19, Omicron, avait pour but de favoriser la réélection d’Emmanuel Macron…

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Conspiracy News #48.2021

Par : La Rédaction

L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 22/11/2021 au 28/11/2021).

DÉCONSPIRATEURS. Dans le dernier épisode des « Déconspirateurs », David Medioni, Tristan Mendès France et Rudy Reichstadt ont reçu Aurélie Jean, docteure en sciences des matériaux et en mécanique numérique, fondatrice et dirigeante de la société In Silico Veritas spécialisée en algorithmique, auteure de Les algorithmes font-ils la loi ? (éd. de l’Observatoire, 2021). Au sommaire du cinquième numéro : l’étude de l’ISD sur les mèmes, l’islamisme radical et l’ultra-droite ; les condamnations d’Alex Jones et de Jake Angeli alias « QAnon Shaman » ; les projets violents de Rémy Daillet ; le rôle des algorithmes dans la lutte contre la haine en ligne et le complotisme.

MAMANS LOUVES. Vaccination pour les 5-11 ans, port du masque à l’école, les enfants sont de plus en plus concernés par la lutte contre l’épidémie dans le monde. En France, le mouvement des Mamans Louves, dirigé par Roxane Chafeï, réclame l’ouverture d’un débat public sur la question. Un leurre qui dissimule une idéologie complotiste antivax et anti-masque, réunissant plus de 7 000 personnes sur Telegram et plus de 10 000 sur Facebook (source : RFI, 19 novembre 2021).

MÈMES. Dans sa dernière chronique « Antidote » sur France Inter, Tristan Mendès France s’est intéressé aux « mèmes », ces « contenus viraux qui se partagent en ligne et qui peuvent prendre le plus souvent la forme d’une image, et qui s’accompagnent en général d’un ton humoristique, piquant, ironique. » Ils sont devenus une modalité de propagande en ligne, « l’expression visuelle, d’une véritable alliance objective entre mouvances extrémistes » (source : France Inter, 26 novembre 2021).

ISLAMOGRAM. L’Institute for Strategic Dialogue (ISD) et le Digital Salafi Ecosystem viennent de publier un rapport consistant en une plongée ethnographique dans l’écosystème salafiste en ligne, auquel ses membres se réfèrent en parlant d’islamogram. Cette communauté en ligne très active fusionne les idées salafistes avec des mèmes de l’extrême droite et les sous-cultures des gamers. Elle représente le défi d’une multiplateforme hybride, s’adressant à un courant qui se caractérise par une fluidité idéologique croissante entre diverses communautés extrémistes en ligne (source : rapport de l’ISD à télécharger).

RADICALISATION. Les extrémistes de droite utilisent les controverses autour du Covid-19 et les jeux en ligne comme moyen de recrutement des jeunes : les chiffres officiels montrent que la moitié des cas les plus graves de radicalisation présumée signalés par les écoles et les collèges impliquent désormais des activités d’extrême droite. Le ministère de l’Intérieur britannique vient en effet de publier des chiffres qui montrent qu’il y a eu deux fois plus de radicalisation chez les élèves, en Angleterre et au Pays de Galles, pour la période avril 2020-mars 2021, en raison de la propagande d’extrême droite, que de celles des extrémistes islamistes (source : The Guardian, 19 novembre 2021).

PUTSCHISTES. Après une enquête de la DGSI « dans le cadre du suivi de la mouvance d’ultradroite » et une saisine du Parquet national antiterroriste, un réseau « composé de cellules clandestines hiérarchisées sur le territoire national » dirigé par le complotiste Rémy Daillet-Wiedemann a été démantelé entre le printemps et la rentrée. 14 suspects ont été mis en examen pour « association de malfaiteurs terroriste ». Ces hommes et ces femmes se préparaient à prendre d’assaut l’Élysée mais aussi, voire surtout, à s’attaquer à des « ennemis » de l’intérieur fantasmés, principalement francs-maçons et juifs, ou supposés tels (source : Libération, 21 novembre 2021).

QANON ET KENNEDY. Il y a quelques semaines, des centaines d’activistes QAnon se sont réunis à Dallas pour assister au retour annoncé de John Kennedy Jr. Ce groupe pense que ce dernier, et de nombreuses autres célébrités décédées, ne sont pas seulement toujours en vie, mais qu’ils font partie d’un groupement secret pour éliminer une cabale pédophile mondiale qui contrôlerait secrètement le monde. Rencontre entre des adeptes de QAnon et des partisans de la théorie du complot autour de l’assassinat de Kennedy (source : Rolling Stone, 22 novembre 2021).

DARRELL BROOKS JR. « Les gens qui ont un cerveau savent que vous essayez de déclencher la Troisième Guerre mondiale. » Ces mots avaient été postés sur Twitter en décembre 2015 par Darrell Brooks Jr., qui fustigeait alors « la propagande du gouvernement » sur Daech. C’est lui qui a foncé avec sa voiture, le dimanche 21 novembre, sur une parade de Noël à Waukesha (Wisconsin, USA), occasionnant la mort de 6 personnes (dont un enfant de 6 ans décédé par la suite) et faisant 62 blessés (source : 20 Minutes, 24 novembre 2021).

🇺🇸 "Les gens qui ont un cerveau savent que vous essayez de déclencher la 3ème Guerre mondiale."
Ce sont les mots postés sur Twitter en décembre 2015 par Darrell Brooks Jr., alias #MathBoiFly. Il y fustigeait "la propagande du gouvernement" sur Daech⤵️https://t.co/G04COZzSoG

— Conspiracy Watch (@conspiration) November 23, 2021

FLORIAN PHILIPPOT. À la faveur de la crise sanitaire du Covid-19, Florian Philippot, président des Patriotes et ardent défenseur du « Frexit », est devenu le fer de lance des opposants aux vaccins contre le Covid-19 et au passe sanitaire. Il s’approprie tous les thèmes explosifs qui y sont liés, du reconfinement en Autriche aux violences aux Pays-Bas en passant par les grèves en Guadeloupe, quitte à verser ouvertement dans la désinformation et le populisme… (source : Le Monde, 27 novembre 2021).

L’annonce de la positivité au Covid-19 du Premier ministre Jean Castex, contaminé par sa fille, a ainsi été interprétée par Philippot comme une opération destinée à étendre la vaccination aux moins de 12 ans et à servir les intérêts de l’entreprise Pfizer (source : Conspiracy Watch/Twitter, 23 novembre 2021).

Un tweet contenant une vidéo, privée de son, dans laquelle Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, est censé annoncer que « le gouvernement va mettre en place le vote électronique pour la présidentielle » a circulé sur les réseaux sociaux. Cette décision permettra, explique le tweet, « des fraudes massives, invérifiables ». La manipulation de ce faux est grossière mais elle n’a pas empêché Florian Philippot de la relayer en appelant à s’« opposer de toutes nos forces » à la « fraude » et à la « tricherie en marche » (source : Raphaël Grably/Twitter, 22 novembre 2021).

Plus récemment, jeudi 25 novembre, le président des Patriotes a dénoncé sur Twitter un « pacte mondial de corruption autour du covid ».

LE DESSIN DE LA SEMAINE. L’oeil de Morgan Navarro pour Conspiracy Watch.

COMPLORAMA. Nous connaissions les climato-sceptiques, voici les climato-complotistes. Qu’importe pour eux le bilan de la COP26, puisque le réchauffement climatique est un mensonge des puissants. Ils se nourrissent du complotisme sanitaire et réinterprètent les lois de la nature sur les réseaux sociaux. « Climat et complotisme », c’est le 18e épisode de Complorama, avec Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, et Tristan Mendès France, maître de conférence et membre de l’observatoire du conspirationnisme, spécialiste des cultures numériques. Un podcast à retrouver sur le site de Franceinfo, l’application Radio France et plusieurs autres plateformes comme Apple podcastsPodcast AddictSpotify ou Deezer.

WIKIPÉDIA. Plusieurs pages Wikipédia dans différentes langues, passées en revue par BBC News, font la promotion de théories du complot et de déclarations trompeuses au sujet du changement climatique. Un certain nombre, parmi lesquelles des pages en swahili, kazakh et biélorusse, suggèrent que les scientifiques sont divisés sur ses causes. Le consensus scientifique autour du fait que le réchauffement climatique est le résultat des activités humaines, est pourtant écrasant. Un représentant de la Wikimedia Foundation, qui gère Wikipédia, a fait part de son inquiétude face à ces résultats et déclaré qu’il fallait davantage d’éditeurs bénévoles (source : BBC, 19 novembre 2021).

FACEBOOK. Les « Facebook Files » sont ces fichiers internes du réseau social, copiés par l’ex-employée Frances Haugen et transmis au Monde et à plusieurs médias par un employé du Congrès américain. Grâce aux gigantesques quantités de données à leur disposition, les employés de Facebook ont pu mener, à plusieurs reprises, des études sociologiques d’ampleur d’une grande précision. Elles permettent notamment de mieux comprendre le comportement des adeptes du mouvement QAnon (source : Le Monde, 26 novembre 2021).

HOLD ON. La première partie du « documentaire » Hold on : Primum Nocere a été mise en ligne le 22 novembre. Il s’agit de la suite de la vidéo Hold-up, réalisée par Pierre Barnérias, qui entendait dénoncer une vaste « manipulation » mondiale autour du Covid-19. Une image plus léchée, des plans plus travaillés (au drone notamment) et quelques effets spéciaux… Sur le fond en revanche, rien de très nouveau : le film, d’une durée de 150 minutes, reprend les mêmes procédés que le premier opus, en les appliquant au sujet des vaccins contre le Covid-19. Et comme pour le premier, la promotion de Hold on a été assurée par le site conspirationniste FranceSoir (source : Libération, 24 novembre 2021). Parmi les intervenants du film, il faut signaler Jean-Dominique MichelPierre Jovanovic, Amine Umlil, Etienne Chouard, Francis Lalanne, Me Emmanuel Ludot (ancien avocat de Saddam Hussein et de Youssouf Fofana) et, à nouveau, Christian Perronne, Astrid Stuckelberger. Une séquence de deux minutes du Dr Vladimir Zelenko, sur laquelle Conspiracy Watch avait contre-enquêté, est même intégrée au film sans autre commentaire (source : Conspiracy Watch, 13 août 2021). Le compte Debunker des Etoiles propose une critique en ligne du film sur Twitter.

Je résume les hypothèses du documentaire complotiste Hold On :
– Le vaccin contient du graphène, du chlore, du brome, de l’aluminium, du sélénium, des parasites vivants et des isotopes radioactifs
– les vaccinés émettent un code Bluetooth
– les vaccinés sont magnétiques
…⬇️ pic.twitter.com/NedUcLwbKX

— Debunker des Etoiles (@DeBunKerEtoiles) November 26, 2021

RUSSIA TODAY. Le 28 septembre 2021, YouTube a définitivement supprimé RT Deutsch et Der Fehlende Part, deux chaînes en langue allemande liées au diffuseur public russe RT, après qu’elles ont enfreint les conditions d’utilisation de la plate-forme d’hébergement vidéo. RT avait utilisé un compte alternatif pour contourner une interdiction de téléchargement, décidée en raison de la diffusion répétée de fausses informations sur le COVID-19 (source : medium.com, 24 novembre 2021).

BEST OF. Une photo, issue de la manifestation antivax de Bruxelles du 21 novembre et partagée sur Twitter par l’Extracteur, a amusé la toile : on y voit deux personnes tenir un panneau affirmant « les médias mainstream vous mentent, pas nous » et incitant les gens à s’informer « rééllement » (sic), en proposant un véritable florilège de nombreux médias de « réinformation » francophones qui se sont distingués par des prises de position complotistes.

On est sur un bingo de la désinformation. https://t.co/OPVYBdcIQe

— L'Extracteur #CitoyensDuWeb (@l_extracteur) November 22, 2021

MAGNÉTIQUES. Des personnes estiment qu’elles sont devenues magnétiques après injection du vaccin contre le Covid-19. Sur une chaîne américaine, un couple qui n’avait fait que côtoyer des personnes vaccinées, est venu en faire la démonstration… peu probante (source : Guillaume Hoaxbuster/Twitter, 24 novembre 2021).

ANTISÉMITISME. Auteure des Temps inquiets : Réflexions sociologiques sur la condition juive (Odile Jacob, 2021), la sociologue Dominique Schnapper avertit que les menaces contre les Juifs ont toujours précédé le naufrage de la démocratie. Dans un entretien accordé à L’Express, elle s’arrête notamment sur le cas de l’antisémitisme qui existe à des taux plus élevés, en France, dans les populations musulmanes, que chez les autres : « les enquêtes montrent que globalement les populations musulmanes manifestent une adhésion systématiquement plus élevée (de 10 à 20 points) aux préjugés qui lient les Juifs au pouvoir, à l’argent et à un complot de domination mondiale que les non-musulmans des mêmes catégories sociales » (source : L’Express, 26 novembre 2021).

CSA. Les initiatives d’éducation aux médias et à l’information se sont multipliées dans l’audiovisuel, particulièrement depuis 2015, malgré le manque de moyens dans le service public, constate le régulateur de l’audiovisuel, qui préconise de renforcer les actions auprès des adultes. « Tout le monde joue le jeu à tous les niveaux », salue Carole Bienaimé Besse, membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), à l’occasion de la publication, jeudi 18 novembre, du premier rapport du régulateur sur l’éducation aux médias et à l’information (source : Le Monde, 18 novembre 2021).

JACLINE MOURAUD. Candidate à l’élection présidentielle 2022, cette ancienne Gilet jaune adepte de la théorie des chemtrails et qu’on avait vu défiler en juillet dernier contre le pass sanitaire aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan, Florian Philippot, Martine Wonner, Francis Lalanne et Fabrice Di Vizio, s’est distinguée à nouveau vendredi 26 novembre par un tweet complotiste relatif au suicide d’un médecin allemand, Thomas Jendges. Ce dernier, prétendent plusieurs sites complotistes comme Wikistrike, aurait laissé une lettre dans laquelle il aurait qualifié la vaccination de « génocide ». Vérification faite, il s’agit d’une fausse information. Aucune lettre n’a été laissée par le médecin qui, au contraire, était un fervent partisan de la vaccination (source : 20Minutes.fr, 16 novembre 2021).

Source : Twitter, 26/11/2021.

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Les Déconspirateurs – l’émission #05

Par : La Rédaction

Tristan Mendès France et Rudy Reichstadt décryptent l’actualité du complotisme, de la désinformation et de la haine en ligne avec David Medioni.

Au sommaire de ce cinquième numéro des Déconspirateurs : l’étude de l’ISD sur les mèmes, l’islamisme radical et l’ultra-droite ; les condamnations d’Alex Jones et de Jake Angeli alias « QAnon Shaman » ; les projets violents de Rémy Daillet ; les algorithmes peuvent-ils nous aider à lutter contre la haine en ligne et le complotisme ?

Invitée : Aurélie Jean, docteure en sciences des matériaux et en mécanique numérique, fondatrice et dirigeante de la société In Silico Veritas spécialisée en algorithmique, autrice de Les algorithmes font-ils la loi ? (éd. de l’Observatoire, 2021).

(Emission enregistrée mardi 23 novembre 2021)

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L’heure est grave

Par : Morgan Navarro

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Conspiracy News #47.2021

Par : La Rédaction

L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 15/11/2021 au 21/11/2021).

DÉCONSPIRATEURS. Dans le dernier épisode des « Déconspirateurs », David Medioni, Tristan Mendès France et Rudy Reichstadt reçoivent le journaliste indépendant Élie Guckert, membre du collectif citoyen Syrie Factuel, créé en 2018 pour lutter contre la désinformation relative au conflit syrien. Au sommaire du quatrième numéro : le procès des attentats du 13-Novembre, Éric Zemmour, le questionnement du lien présumé entre terrorisme et immigration, le média Blast et la Syrie, RT et les antivax, le complotisme climatique et une infographie d’Internet.

FRANCESOIR. Dans une interview de l’ancien ambassadeur britannique en Syrie Peter Ford, le site web FranceSoir a réussi le tour de force de lier les théories conspirationnistes sur la pandémie, le réchauffement climatique, et le conflit syrien. Autant de « fabrications » qui seraient destinées à nous gouverner par la peur (source : Conspiracy Watch, 21 novembre 2021).

MARTINE WONNER. Depuis le 20 septembre 2021, la députée du Bas-Rhin Martine Wonner est officiellement la marraine de l’ONG autoproclamée « Alliance Humaine – Santé Internationale ».  Fondé en 2021 par Antoine Cuttitta, Christophe Charret et Astrid Stückelberger, ce groupe se veut humanitaire et tourné vers les soins « alternatifs ». Son site propose des produits et des protocoles dans le traitement symptomatique de la Covid-19, de la grippe et de la vaccination, mais aussi des consultations en visio avec des naturopathes, magnétiseurs, hypnothérapeutes ou encore des énergéticiens. Cuttitta, animateur de la chaîne complotiste Alliance Humaine 2020, revendique lui-même son appartenance à la mouvance QAnon (source : Fact & Furious, 18 novembre 2021).

FAKE NEWS. La remontée actuelle du nombre de cas en France ne sera-t-elle qu’une vaguelette hivernale ou annonce-t-elle une nouvelle vague ? Est-elle le signe du passage de la transformation de la pandémie en épidémie saisonnière ? Nul ne le sait encore. Ce qui est certain en revanche, c’est que la cinquième vague de fake news, elle, est déjà là. « 2% des hospitalisations », incidence faible, inefficacité des vaccins en Allemagne… L’infectiologue Gilles Pialoux démonte les dernières fausses informations autour du Covid-19 (source : L’Express, 14 novembre 2021).

HOLD-UP (BIS). Réalisateur du film complotiste « Hold-up », Pierre Barnérias s’apprête à en sortir la suite. La bande-annonce visionnée par l’équipe de « Vrai ou Fake » laisse présager un film utilisant des ficelles identiques. Ainsi, les journalistes de France Info ont-ils pu relever la présence dans ce trailer du directeur d’une entreprise de pompes funèbres de la ville de Milton Keyne, au Royaume-Uni, un homme persuadé que le vaccin n’est qu’un vaste complot destiné à éliminer une partie de l’humanité (source : Franceinfo/Twitter, 15 novembre 2021).

Le prochain doc de Pierre Barnerias sort bientôt. Sera-t-il truffé de fausses infos comme "Hold up"? On regardé la bande annonce et un personnage nous a intéressés. Il travaille aux pompes funèbres d'une ville anglaise. Et il en aurait la preuve: le vaccin tue. #VraiOuFake pic.twitter.com/ykRdsE4S4X

— Julien Pain (@JulienPain) November 15, 2021

ANTIVAX (SUISSE). Le 12 novembre, une nouvelle manifestation des opposants à la loi Covid était organisée à Berne (Suisse). L’affiche d’« experts internationaux » en thèses alternatives sur la pandémie était alléchante pour le mouvement anti-Covid « Querdenker » : Robert F. Kennedy Jr., Reiner Fuellmich et Sucharit Bhakdi. Sur les trois, seul le neveu du président Kennedy était présent physiquement. L’homme tient une position extrême sur la pandémie et sur les vaccins en particulier. À ses côtés, une bonne dizaine d’orateurs ont dit tout le mal qu’ils pensaient de la loi Covid. Heidi.news a passé l’après-midi sur place (source : Heidi.news, 12 novembre 2021).

ÉTIENNE CHOUARD. Pour l’ancienne figure du mouvement des gilets jaunes, défenseur du « référendum d’initiative citoyenne » (RIC), cela ne fait pas de doute : le gouvernement poursuit l’objectif d’un « enfermement des opposants politiques sous prétexte médical ». Une sortie dans la continuité des prises de position complotistes du personnage depuis plusieurs années (source : Conspiracy Watch/Twitter, 16 novembre 2021).

PHILIPPE DE VILLIERS. Le 16 novembre 2021, Philippe de Villiers a posté un tweet explicitement complotiste, dans lequel il explique que le but réel des mesures sanitaires « est le traçage numérique et le contrôle total de la population » (source : Conspiracy Watch/Twitter, 16 novembre 2021).

L’occasion de lire ou relire un article de L’Express, paru en juin dernier, dans lequel nous décryptions la méthode de Villiers, fondée sur le recyclage des thèses conspirationnistes (source : L’Express, 4 juin 2021).

ONE NATION. Sur les réseaux sociaux, ils se font connaître sous le nom de One Nation. Dans leurs vidéos, ils appellent à faire sécession. One Nation délivre à ses membres ses propres cartes d’identité ou permis de conduire. En quelques semaines, sous un nom d’emprunt, une journaliste de France 2 est parvenue à gagner la confiance de la cheffe de file du mouvement, Alice Pazalmar, sur Telegram. Jusqu’à pouvoir participer à l’un de ses ateliers. « L’Œil du 20 heures » a infiltré le mouvement durant trois jours (source : Franceinfo, 15 novembre 2021).

ALEX JONES. Des parents des écoliers assassinés par un tueur dans l’école primaire Sandy Hook le 14 décembre 2012 dans le nord-est des États-Unis seront indemnisés en justice par le complotiste américain d’extrême droite Alex Jones. Celui-ci affirmait en effet que le drame (26 morts dont 20 enfants) était une mise en scène pilotée par le gouvernement américain afin de retirer aux Américains le droit constitutionnel de posséder une arme à feu (source : La Presse, 15 novembre 2021).

« VILAINS FACHOS ». Après les révélations de StreetPress sur les soutiens armés d’Éric Zemmour, la « fachosphère » s’est mobilisé et a menacé l’auteur de l’enquête, Mathieu Molard, ainsi que plusieurs journalistes et politiques. Directement visés, Jean-Luc Mélenchon et Danièle Obono ont porté plainte contre le canal Telegram néonazi, « Les Vilains Fachos ». Au début du mois, ce média, affichant des sympathies pour Zemmour, avait publié un photomontage raciste et antisémite, comportant neuf portraits avec chacun une cible sur le front (source : StreetPress, 15 novembre 2021).  La plateforme Telegram a procédé à la fermeture de la chaîne (source : Pierre Plottu/Twitter, 17 novembre 2021).

ATTAQUE DU CAPITOLE. Prison ferme pour le « chamane » de l’assaut du Capitole, Jacob Chansley, aussi connu sous le nom de Jake Angeli. Le militant pro-Trump complotiste et pro-QAnon, devenu avec sa coiffe aux cornes de bison un des visages de l’attaque du Capitole le 6 janvier, a été condamné le mercredi 17 novembre à près de trois ans et demi de prison par un tribunal de Washington, une peine plus légère que celle réclamée par l’accusation (source : Huffington Post, 17 novembre 2021).

BIÉLORUSSIE.  Le régime d’Alexandre Loukachenko instrumentalise la crise des migrants à des fins politiques. Les autorités biélorusses ont escorté une importante colonne de migrants jusqu’à la frontière avec la Pologne, sur la base de fausses promesses d’émigration vers l’Union européenne, créant une crise humanitaire et mettant des milliers de vies en danger. Des personnalités médiatiques de la télévision biélorusse contrôlée par l’État se sont rendues sur place pour capitaliser sur l’émotion suscitée par ces images. Le résultat, de connivence avec les médias contrôlés par le Kremlin, est une opération de désinformation de grande ampleur (source : EUvsDisinfo, 13 novembre 2021).

METAVERS. L’interconnexion de plus en plus grande des mondes réels et virtuels est-elle de nature à brouiller, chez les enfants, la capacité à distinguer la réalité de la fiction ? Sur fond de l’intérêt grandissant pour le « métavers », le monde virtuel fictif, et toutes les formes qu’il pourrait prendre, Meta-Media (Franceinfo) a posé la question à Grégoire Borst, professeur de psychologie du développement et de neurosciences cognitives de l’éducation, membre du Comité d’experts jeune public du CSA. Rappelant que les adolescents, dont la première source d’information sont des plateformes numériques, sont plus sujets à être influencés par leurs émotions pour juger de la véracité d’une information, le chercheur estime cependant que seulement une infime partie des enfants auront du mal à distinguer le vrai du faux, les jeunes étant par exemple habitués depuis l’enfance à jouer un personnage dans le monde numérique (source : Franceinfo, 17 novembre 2021).

EXTRÉMISME. Les observateurs des mouvements anti-confinement en Australie et en Nouvelle-Zélande butent sur des difficultés d’analyse. Les médias et les commentateurs y scrutent obstinément l’influence de l’extrême droite. Or, cette insistance sur le fait que covido-scepticisme serait une « passerelle » vers l’extrême droite passe à côté d’une réalité cruciale : ces mouvements complotistes revêtent déjà un caractère extrémiste (source : Institute for Strategic Dialogue, 16 novembre 2021).

DARK SOCIAL. Depuis la fin du confinement, Telegram, la messagerie chiffrée, a vu naître une multitude de médias diffusant des théories complotistes ou une idéologie d’extrême droite. Chassés des réseaux sociaux grand public comme Facebook, ces groupes, suivis par plusieurs dizaines de milliers de personnes, se sont réfugiés dans le « dark social ». Il s’agit d’un ensemble de messageries semi-privées et presque sans modération comprenant pour les plus connues, WhatsApp, Signal et Telegram. Déjà, au milieu des années 2010, ces messageries avaient été le point de ralliement de nombreux groupes djihadistes qui pouvaient y communiquer de manière discrète… (source : L’ADN, 15 novembre 2021).

RÉCITS COMPLOTISTES. Les groupes Telegram anti-confinement et anti-vaccin, qui se concentraient autrefois exclusivement sur la pandémie, introduisent désormais dans le débat sur le changement climatique les mêmes récits complotistes auxquels ils avaient recours pour expliquer la pandémie. Les messages vont bien au-delà de la critique politique et du débat – ils sont remplis d’informations incorrectes, d’infox et de pseudosciences. (source : BBC, 16 novembre 2021).

LECTURE. Collègues, amis, parents… Les discours conspirationnistes progressent dans tous les milieux jusqu’à infiltrer notre sphère intime. Pourquoi séduisent-ils autant ? Comment réagir sans rompre le fil du dialogue ? Pour William Audureau, journaliste de vérification au journal Le Monde (« Les Décodeurs »), cela passe par l’écoute. Exercice auquel il s’est prêté pour écrire son livre Dans la tête des complotistes (Allary Éditions). Interview de l’auteur de cette plongée au cœur de la mécanique de pensée conspirationniste (source : L’Express, 16 novembre 2021). Rappelons que William Audureau était également l’invité la semaine passée des « Déconspirateurs ».

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Covid, climat, Syrie : la convergence des luttes complotistes par FranceSoir

Par : Élie Guckert

Dans une interview de l’ancien ambassadeur britannique en Syrie, le site web FranceSoir a réussi le tour de force de lier les théories conspirationnistes sur la pandémie, le réchauffement climatique, et le conflit syrien. Autant de « fabrications » qui seraient destinées à nous gouverner par la peur.

Le directeur de FranceSoir, Xavier Azalbert (à gauche), s’entretient avec l’ex-diplomate britannique Peter Ford (captures d’écran FranceSoir.fr, 13/11/2021).

L’acrobatie intellectuelle a été réalisée par Peter Ford, ancien ambassadeur britannique à Bahreïn (1999-2003) et en Syrie (2003-2006) dans un entretien exclusif accordé à FranceSoir, publié le 13 novembre et intitulé « Covidisme, climatisme, anti-syrianisme : même combat ? ». Pendant 45 minutes, le directeur du site, Xavier Azalbert, l’interroge sur son expérience en Syrie et sur le Moyen-Orient en général, puis dérive sur « le covidisme » et le « climatisme », trois thématiques totalement différentes qui ne formeraient en réalité qu’une seule et même manipulation.

Ford est présenté par FranceSoir comme « l’un des diplomates les plus chevronnés du Royaume-Uni » et comme la victime d’une censure médiatique « rapidement cantonnés aux médias dits alternatifs ». Un « homme libre » et qui n’aurait « aucun conflit d’intérêt ». FranceSoir oublie de mentionner que la British Syrian Society dont Peter Ford est le co-directeur a été fondée en 2003 par nul autre que Fawaz Akhras, le père d’Asma el-Assad, l’épouse du dictateur syrien Bachar el-Assad. Au cours de l’entretien, Ford affirme avoir quitté l’organisation il y a peu. Il apparaît pourtant toujours en tant que « co-chairman » juste à côté de Fawaz Akhras sur le site officiel de la British Syrian Society [archive].

« Militant pour la justice en Syrie »

En janvier 2021, Ford était signataire d’un appel à la levée des sanctions en Syrie en compagnie de l’eurodéputé Rassemblement national (RN) Thierry Mariani ou encore le youtuber pro-Assad Pierre Le Corf. En 2017, il avait participé à une conférence en faveur de la réhabilitation du régime syrien organisée par le Centre européen pour l’étude de l’extrémisme (EuroCSE) en présence de deux ministres syriens et du démocrate américain Dennis Kucinich. En contrepartie, ce dernier avait perçu 20 000 dollars versés par une organisation pro-Assad. On retrouve aussi Peter Ford aux côtés de figures bien connues de la désinformation sur le conflit Syrien, comme les blogueuses Vanessa Beeley ou Eva Bartlett. La même année, enfin, Peter Ford niait sur la BBC l’implication du régime syrien dans l’attaque chimique au gaz sarin à Khan Cheikhoun. L’ONU a néanmoins clairement désigné l’armée d’Assad comme responsable.

Comme le note Xavier Azalbert, Peter Ford, qui se qualifie de « militant pour la justice en Syrie », a plusieurs cordes à son arc : « On vous a vu ces dix-huit derniers mois sortir dans les rues pour manifester contre les mesures anti-Covid ». Mais avant de l’amener à parler « du Covid et du rôle de l’OMS pour faire un parallèle avec celui de l’OTAN au Moyen-Orient », le directeur de FranceSoir laisse l’ambassadeur britannique refaire l’histoire du conflit syrien à sa guise. D’après lui, les Occidentaux ne chercheraient à « punir » la Syrie que pour atteindre la Russie. Il décrit le rôle de l’Iran comme « très positif », arguant que « sans l’Iran, le gouvernement syrien serait tombé et la Syrie aurait sombré dans le chaos. Il y aurait eu des massacres ». Et tant pis si des ONG dénoncent les crimes contre les civils commis par les milices iraniennes en Syrie.

Ford ne se contente pas de nier les exactions du régime syrien et de ses alliés, et n’hésite pas à verser dans le complotisme. Interrogé par Xavier Azalbert sur le document douteux révélé par Blast selon lequel Bernard Henri-Lévy et le premier ministre qatari auraient « programmé » la guerre en Syrie dès 2011, l’ancien ambassadeur répond que l’on y apprendrait rien de nouveau : « On savait que la France, la Grande Bretagne et les États-Unis ont partagé le travail avec le Qatar qui a financé les pires djihadistes. Nous ne pouvions pas nous permettre d’appuyer les djihadistes d’Al-Nosra, succursale d’Al-Qaïda. Mais le Qatar le pouvait, c’était ça le partage du travail. »

« La Gestapo de la santé »

Mais pour Azalbert, « ce qu’il y a d’intéressant c’est de faire lien avec le Covid ». Ford s’y plie volontiers et embraie sur la pandémie. Il assure qu’en Grande-Bretagne « les restrictions montrent que les vaccins ne sont pas très efficaces » et se félicite de ne pas avoir à présenter ses papiers d’identité à « la Gestapo de la santé » pour prendre le train ou aller au restaurant, contrairement aux Français.

Bonus : il fait aussi lien avec ce qu’il qualifie de « climatisme ». « Voilà à quoi nous avons affaire dans les trois cas », estime-t-il :

« À première vue, ce qu’ont en commun la Syrie, le covidisme et le climatisme, c’est que nous avons affaire aux bien-pensants libéraux qui veulent imposer leurs idées sur la démocratie, leur humanitarisme sur la Syrie. […] Ce sont les mêmes tartuffes, les mêmes organes médiatiques, les mêmes gouvernants, qui nous imposent ces politiques restrictives au nom du covidisme, qui attisent l’hystérie et qui catastrophisent sur le climat ».

Au cas où le rapprochement ne serait pas assez clair, il ajoute plus loin : « On remarque l’utilisation des mêmes techniques de manipulation de l’opinion : la fabrication d’incidents, avec les soi-disantes armes chimiques et autres… On utilise les mêmes moyens avec le covidisme, avec les images de personnes dans des lits d’hôpitaux. On assiste aux mêmes phénomènes d’intox et de fabrication d’information. » Il en profite au passage pour s’en prendre à la militante écologiste Greta Thunberg, apparemment coupable d’être coiffée comme « une petite puritaine ».

Tiré par les cheveux ? Pour de nombreux complotistes, de « la dictature sanitaire » à « la dictature climatique » il n’y aurait pourtant qu’un pas. Des militants écologistes ont d’ailleurs relevé une augmentation de 76 % des interactions en ligne vers des pages climatosceptiques sur Facebook depuis le début de l’année, marquée par la crise sanitaire.

Comme le relève le journaliste Brian Whitaker, de nombreuses figures de la désinformation sur le conflit syrien se sont également illustrées pendant la pandémie en « dénonçant les confinements, les masques et les vaccins comme un complot pour imposer un contrôle sur le comportement des individus ». Selon le Centre for Analysis of the Radical Right (Centre pour l’analyse de la droite radicale), organisation de recherche en sciences politiques basée en Grande-Bretagne, les théories du complot sur la pandémie et sur la Syrie ont même permis l’introduction de discours fascisants au sein de mouvements anti-impérialistes et internationalistes catalogués à gauche.

« Attention à l’intox ! »

Comme l’avait annoncé l’apparition de la mouvance QAnon, c’est donc à une sorte de syncrétisme de toutes les grandes théories conspirationnistes à l’aune de la crise sanitaire mondiale à laquelle on assiste. Le site FranceSoir, qui contre toute attente a bénéficié en avril dernier du renouvellement de son statut de site « d’information politique et générale » par la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP), rattachée au ministère de la Culture, est devenu à l’occasion de la pandémie un acteur majeur de l’importation de ce syncrétisme en France, avec un record de plus de 7 millions de visites en août 2021, d’après les données de SimilarWeb.

Et avec, c’est une forme d’internationale conspirationniste qui prend forme. « Chez FranceSoir on a énormément donné la parole à des étrangers de manière à pouvoir ramener leurs visions des choses », se vante Azalbert.  « Merci de m’avoir invité », répond Peter Ford. « Je ne suis plus écouté par les médias britanniques parce qu’ils ne veulent pas écouter un message dissident, donc bravo FranceSoir ! »

Et de livrer ses conseils au public français : « Attention à l’intox ! Sur tous les grands thèmes, sur le terrorisme, la santé, le climat, l’environnement, la politique internationale, les gouvernements veulent toujours nous effrayer. Nous sommes plus maniables comme ça. Et les médias de masse sont de connivence avec les gouvernements dans tout cela. Donc le rôle de FranceSoir et d’organes de presse similaires est devenu très important. Les gens devraient suivre assidûment ce que vous dites et maintenir leur esprit ouvert et sceptique face aux intox des médias et des gouvernements. » Xavier Azalbert le remercie chaleureusement et conclut : « trop d’information tue l’information ». On lui accordera que ce n’est certes pas en consultant FranceSoir qu’on risquerait l’overdose.

 

Voir aussi :

Etats-Unis : Dennis Kucinich a perçu des milliers de dollars pour défendre le régime de Bachar el-Assad

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Les Déconspirateurs – l’émission #04

Par : La Rédaction

Tristan Mendès France et Rudy Reichstadt décryptent l’actualité du complotisme, de la désinformation et de la haine en ligne avec David Medioni.

Au sommaire de ce quatrième numéro des Déconspirateurs : terrorisme, procès du 13-Novembre, Salah Abdeslam, Éric Zemmour, y a-t-il un lien entre terrorisme et immigration, Blast et la Syrie, RT et les antivax, code de Nuremberg, le complotisme climatique, Internet : une infographie.

Invité : Élie Guckert, journaliste indépendant (Mediapart, Slate, Syrie Factuel, Conspiracy Watch).

(Emission enregistrée mardi 16 novembre 2021)

 

Mise à jour du 22/11/2021 (droit de réponse) :

Lundi 22 novembre, la rédaction de Blast nous a fait parvenir une demande de droit de réponse de 4 pages, intégralement consultable ici.

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Conspiracy News #46.2021

Par : La Rédaction

L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 08/11/2021 au 14/11/2021).

« PFIZERGATE ». L’« amplification » est un outil de manipulation de l’information très utilisé sur les réseaux sociaux. Le nouveau pseudo-scandale qui a éclaté sur la toile, à partir d’une enquête publiée le mardi 2 novembre dans le British Medical Journal en est un parfait exemple. Le géant pharmaceutique Pfizer est en effet épinglé pour la façon dont certains essais cliniques ont été conduits en amont de la mise sur le marché de son vaccin contre le Covid-19. La sphère antivax, emmenée par Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan, réclament la suspension immédiate du vaccin. En réalité, les essais cliniques de Pfizer en phase 3 ont concerné près de 44 000 participants dans 153 centres répartis dans le monde. Quant aux défaillances observées, elles ne portent que sur un échantillon de 1 000 personnes, ce qui n’est pas de nature à modifier le résultat global de l’essai clinique (source : RFI, 5 novembre 2021).

ANTIVAX. Le magazine en ligne The Intercept révèle la manière dont les promoteurs des différents traitements alternatifs contre le coronavirus à base d’ivermectine ou d’hydroxychloroquine ont propagé des fausses informations pour détourner le public de la vaccination et commercialiser des traitements alternatifs inefficaces voire potentiellement dangereux. Dans le collimateur de l’enquête, le collectif America’s Frontline Doctors (source : The Intercept, 1er novembre 2021).

Les personnes non-vaccinées seraient moins « dangereuses » que les vaccinées qui devraient être placées en « quarantaine », avancent plusieurs articles partagés des milliers de fois ces dernières semaines, citant une interview de Christian Perronne et prétendant s’appuyer sur les affirmations d’un médecin israélien. Le propos est infondé et va à l’encontre des données scientifiques connues à ce jour, selon les spécialistes interrogés par l’AFP. En outre, les citations du médecin israélien utilisées dans l’article sont des extraits trompeurs d’une interview dans laquelle il se prononce en faveur de l’injection d’une troisième dose de vaccin dans son pays (source : AFP, 12 novembre 2021).

À Belfort, une centaine d’activistes antivax se sont introduits le 6 novembre dans les locaux de L’Est Républicain où ils s’en sont pris à quatre journalistes et une secrétaire. Une agression condamnée par le Syndicat national des journalistes (source : SNJ/Twitter, 7 novembre 2021).

Le 10 novembre, dans une interview à Europe 1, Marine Le Pen a révélé que, si elle avait été à la place d’Emmanuel Macron pendant la crise sanitaire, elle aurait permis aux médecins de prescrire les traitements de leur choix, estimant que le vaccin n’est pas une « solution » contre le Covid-19.

Marine Le Pen aurait fait "radicalement différemment" que Emmanuel Macron sur la gestion de la crise sanitaire #Punchline pic.twitter.com/waMRgv0t9v

— Europe 1 🎧🌍📻 (@Europe1) November 10, 2021

DIDIER RAOULT. Le 5 novembre dernier, l’infectiologue marseillais Didier Raoult a été entendu par la chambre disciplinaire de l’ordre des médecins de Nouvelle-Aquitaine à Bordeaux. Il y était convoqué pour, entre autres faits, avoir prodigué et pratiqué des soins non conformes aux données acquises de la science. Selon la rapporteuse, ces soins s’apparentent à du « charlatanisme ». Qualifié par Franck Ferrand dans les colonnes de l’hebdomadaire Valeurs Actuelles de « cible désignée d’une société bien-pensante à l’agonie », le Pr Raoult a été interviewé sur BFM TV, tenant des propos souvent surprenants voire complotistes (source : Europe 1, 12 novembre 2021).

Le professeur Raoult va beaucoup mieux ! "Sa melonite a parfaitement dégonflée et sa boursouflure du cigare, aussi… plus de problème" d'après Bruno Donnet

C'est dans Culture médias sur #Europe1 pic.twitter.com/pTz5TSisza

— Europe 1 🎧🌍📻 (@Europe1) November 12, 2021

Au terme de son échange avec le journaliste Bruce Toussaint, ce dernier a déclaré : « Vous avez cité FranceSoir, vous avez cité le professeur Perronne et vous avez cité Bill Gates en disant […] qu’il contrôlait la politique vaccinale du monde […]. Vous êtes libre de vos propos, mais mon boulot à moi aussi c’est de vous dire que là vraiment vous enchaînez les déclarations les plus complotistes. » (source : Fabrice Frank/Twitter, 10 novembre 2021).

"Vous avez cité France Soir, vous avez cité le professeur Perronne et vous avez cité Bill Gates […] vous êtes libre de vos propos, mais mon boulot à moi aussi c'est de vous dire que là vraiment vous enchainez les déclarations les plus complotistes" pic.twitter.com/qlDi1FN7Pp

— Fabrice FRANK (@fabrice_frank) November 10, 2021

A noter qu’une procédure disciplinaire a été ouverte le 9 novembre contre Me Fabrice Di Vizio, avocat de Didier Raoult (source : Julien Pain/Twitter, 10 novembre 2021).

ANTISÉMITISME. La pandémie de Covid-19 a « ravivé » les discours antisémites et donné lieu à de nouvelles théories du complot dénonçant le rôle des Juifs dans la crise sanitaire, d’après une enquête européenne réalisée par Ipsos. Concernant la Belgique, cette enquête rapporte que la tendance à discriminer et/ou agir de manière antisémite concerne un Belge sur quatre. En outre, près d’un Belge sur 20 se montre capable de discriminer une autre personne en raison de son origine juive (source : RTBF, 9 novembre 2021).

MIREILLE KNOLL. Le 10 novembre, Yacine Mihoub a été reconnu coupable du meurtre de Mireille Knoll, commis le 23 mars 2018 à Paris, avec « les circonstances aggravantes qu’il savait que la victime était vulnérable et en raison de son appartenance à la religion juive ». L’homme avait notamment témoigné ses sympathies à l’égard d’Amedy Coulibaly, l’auteur de la tuerie à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, le 9 janvier 2015. Dans le prétoire, Mihoub s’est notamment illustré par des propos de facture négationniste. « Lors de l’audience, relate Le Monde, un ex-codétenu de Mihoub a témoigné à la barre qu’un soir où ils regardaient à la télévision une émission sur la seconde guerre mondiale, Mihoub avait exprimé des doutes sur la réalité de la Shoah. « Auschwitz, de la blague ? », l’interpelle Me Goldnadel. « Je n’ai jamais dit ça, se défend l’accusé. J’ai dit 1 million ou 2 millions de morts, on ne sait pas. On ne peut pas faire parler les chiffres. On ne peut pas vérifier. On ne peut pas le prouver. Faudrait faire des recherches qui n’ont jamais été faites. » Avec une assurance qui ne l’a pas quitté de la journée, il ajoute : « Il y a des débats d’historiens » sur ce sujet. » Yacine Mihoub a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité (source : Le Monde, 10 novembre 2021).

FRANCIS MAGINOT. Candidat pour le Front national aux législatives de 2012, Francis Maginot est soupçonné d’avoir voulu renverser le gouvernement aux côtés du complotiste d’extrême droite Rémy Daillet-Wiedemann. Selon le dossier d’enquête que StreetPress a pu consulter, les enquêteurs de la DGSI estiment qu’il a joué un rôle prépondérant dans cette tentative de coup d’État, visant à renverser « un pouvoir tyrannique criminel, liberticide et complice du nouvel ordre mondial. » StreetPress révèle également que Francis Maginot suggérait de s’en prendre physiquement à des « journalopes » et qu’il était en contact étroit avec le groupe de néo-nazis interpellés dans le cadre du « projet Alsace », un projet d’attentat à l’explosif contre une loge maçonnique (source : StreetPress, 9 novembre 2021).

KARL ZÉRO. « L’Envers des affaires », c’est le nom du nouveau magazine de Karl Zéro. Dans deux affaires emblématiques, celles du meurtrier Nordhal Lelandais et du tueur en série Michel Fourniret, Zéro met en cause de mystérieux « réseaux ». Sans jamais apporter de preuves, pas plus dans son magazine que dans son documentaire, « 1 sur 5 », diffusé sur YouTube et consacré à la pédocriminalité en France (source : Arrêt sur images, 6 novembre 2021).

BAUDIS. Le 18 mai 2003, Dominique Baudis, alors président du CSA, était invité au journal de 20 heures de TF1. Il souhaite couper court à une rumeur qui commence à se répandre. L’ancien maire UDF de Toulouse a appris, 48 heures plus tôt, que deux prostituées l’accusaient d’avoir été le complice de Patrice Alègre, un tueur en série. Le voici obligé de répondre à des accusations imaginaires de viols, de pédocriminalité et de meurtres… (source : FranceInfo, 31 octobre 2021).

DÉCONSPIRATEURS. Dans le dernier épisode des « Déconspirateurs », David Medioni, Tristan Mendès France et Rudy Reichstadt  reçoivent William Audureau, journaliste au Monde, membre de l’équipe des « Décodeurs » et auteur de Dans la tête des complotistes (Allary Editions, 2021). Au sommaire du troisième numéro : Karl Zéro et son film anti-pédocriminalité « 1 sur 5 », Charlottesville quatre ans après, la fascination des QAnon pour la réapparition de John F. Kennedy Jr et comment réagir face au complotisme ?

CLIMATO-COMPLOTISME. Dans sa dernière chronique « Antidote » sur France Inter, Tristan Mendès France s’est intéressé au complotisme climatique, « une posture classique dans la complosphère et qui revient à remettre en cause le consensus scientifique sur ces questions, en expliquant que d’obscurs lobbies chercheraient à en tirer profit ». Une désinformation largement propagée par Facebook mais également relayée par certains dirigeants de la planète (source : France Inter, 12 novembre 2021).

CAPITOLE. Jacob Chansley, alias Jake Angeli, « shaman » autoproclamé et adhérent aux théories du complot de QAnon, avait participé, le 6 janvier dernier, à l’envahissement du Capitole, aux côtés de centaines de partisans de Donald Trump. Au total, quelque 658 personnes ont été inculpées pour cette attaque. La justice américaine a requis 51 mois de prison contre lui pour avoir notamment « attisé l’ardeur d’autres émeutiers autour de lui, proféré des insanités et des menaces [et] laissé un mot de menaces » à l’adresse du vice-président Mike Pence (source : Europe 1, 11 novembre 2021). À propos de Jake Angeli, on pourra voir ou revoir notre interview de Julian Feeld, l’un des co-animateurs du podcast américain à succès « QAnon Anonymous » qui, depuis août 2018, a consacré plusieurs centaines d’épisodes à l’analyse des théories du complot.

DONALD TRUMP. Pendant ses quatre années à la présidence des États-Unis, Donald Trump a mis en place un vaste mouvement de déstabilisation de la démocratie américaine en utilisant le mensonge comme arme de guerre politique. Trump a disséminé les graines du doute, remobilisant ainsi l’Amérique conservatrice. En 2020, il a fait de sa défaite politique une victoire idéologique et a soutenu sans preuve, pendant des mois, que sa victoire avait été volée par les Démocrates. Cette théorie du complot s’est répandue grâce aux protestations et aux réseaux sociaux et s’est transformée en mouvement de contestation. « Trump, le pirate de la démocratie », un nouvel épisode de la série « La fabrique du mensonge » à voir ou revoir en replay sur le site de France TV.

SYRIE. Dans un article paru le 5 novembre dans Blast, le site fondé par Denis Robert, il est affirmé que la guerre en Syrie aurait été « programmée » par le Qatar et la France par l’entremise de Bernard-Henri Lévy. La preuve ? Un document confidentiel douteux déjà apparu sur le web il y a dix ans, beaucoup d‘incohérences et un brin de conspirationnisme. Contre-enquête (source : Syrie Factuel, 10 novembre 2021).

DÉSINFORMATION. Le Parlement européen examine à l’heure actuelle un règlement décisif sur les plateformes numériques, le « Digital Services Act » (DSA). Toutefois, une inquiétante proposition de la commission des affaires juridiques du Parlement visant à inclure une clause d’exemption pour les médias risque de faire reculer et d’annuler des années de progrès dans la lutte contre les discours de haine et la désinformation en ligne. Des journalistes, des spécialistes en factchecking et des chercheurs ont rédigé une lettre ouverte exhortant les députés européens à rejeter toute proposition incluant une telle clause. Conspiracy Watch en publie la version française en exclusivité (source : Conspiracy Watch, 11 novembre 2021).

COMPLORAMA. Six ans après les attentats du 13 Novembre, une théorie du complot s’est invitée au procès de ces attaques. Le complotisme se révèle à la fois un instrument de radicalisation et un outil pour prolonger l’effroi terroriste. « Terrorisme et complotisme », c’est le 17e épisode de Complorama, avec Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, et Tristan Mendès France, maître de conférence et membre de l’Observatoire du conspirationnisme, spécialiste des cultures numériques. Un podcast à retrouver sur le site de franceinfo, l’application Radio France et plusieurs autres plateformes comme Apple podcastsPodcast AddictSpotify ou Deezer.

TEDX. Lors de TEDx Rennes 2021, Rudy Reichstadt est monté sur scène afin de décrypter les théories complotistes. Comment ces thèses conspirationnistes s’immiscent-elles dans notre quotidien ? Dans quelle mesure peuvent-elles influencer nos comportements ? Et à qui profitent-elles en définitive ?

SAVE THE DATE. En partenariat avec l’Observatoire du conspirationnisme et le magazine L’Histoire, le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MahJ) accueillera les jeudi 18 et vendredi 19 novembre un colloque intitulé « Théories du complot : mythes et mythologies à travers les siècles », avec les interventions de Dominique Schnapper, Carlo Ginzburg, Jean-Noël Allard, Franck Collard, Jérôme Grévy, Jean-Philippe Schreiber, Jacob Rogozinski, Patrice Gueniffey, Patrick Cabanel, Bénédicte Lhoyer, Pierre-André Taguieff, Jean-Pierre Adam, Galia Ackerman et William Audureau.

18 et 19 novembre#Colloque "Théories du complot : mythes et mythologies à travers les siècles"

Organisé avec l’Observatoire du conspirationnisme @conspiration
Sous la direction scientifique de @ValerieIgounet, @RReichstadt et Paul Salmonahttps://t.co/5LwuZyb4tC pic.twitter.com/n9An8sGISp

— mahJ (@mahjparis) November 5, 2021

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[TEDx Rennes 2021] A qui profite le complotisme ?

Par : TEDx Rennes

Lors de TEDx Rennes 2021, Rudy Reichstadt est monté sur scène afin de décrypter les théories complotistes. Comment ces thèses conspirationnistes s’immiscent-elles dans notre quotidien ? Dans quelle mesure peuvent-elles influencer nos comportements ?

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[PODCAST] Procès du 13-Novembre : le complotisme n’est jamais loin des attentats

Par : La Rédaction

Six ans après les attentats du 13-Novembre, une théorie du complot s’est invitée au procès de ces attaques. Le complotisme est à la fois un instrument de radicalisation, et un outil pour prolonger l’effroi terroriste.

Des tortures, infligées aux victimes de l’attentat du Bataclan le 13 novembre 2015, seraient depuis cachées par les autorités : c’est la théorie du complot relayée au procès du 13-Novembre il y a quelques semaines, via un échange entre un père endeuillé et le président de la cour d’assises, qui a pris le temps de lui expliquer pourquoi il n’y a aucun crédit à donner à cette hypothèse.

Mais sur les réseaux sociaux, seuls les doutes allant dans le sens de cette théorie ont été récupérés par certains comptes d’extrême droite. C’est ce que raconte pour Complorama Aurélia Gilbert, rescapée du Bataclan et partie civile au procès, qui tente via les réseaux sociaux d’aller contre la propagation du complotisme au sujet du 13-Novembre. « Parfois, les gens finissent par savoir mieux que moi ce qui m’est arrivé », regrette-t-elle.

Dans ce nouvel épisode de Complorama, zoom sur les liens entre complotisme et terrorisme : les notions de « false flag » ou encore de « crisis actors », ces supposés acteurs qui seraient payés mettre en scène de faux attentats commandités par les gouvernements ou les services secrets.

Le complot pour justifier des massacres

Rudy Reichstadt et Tristan Mendès France reviennent aussi sur le « comme par hasard » qui accompagne tous les attentats, comme lorsque des « gilets jaunes » sous-entendaient que l’attentat de Strasbourg n’était qu’une mascarade pour détourner l’attention des Français de leur mouvement.

Avant les attentats, le complotisme est un outil de radicalisation, il est fréquemment utilisé par les instigateurs des attaques pour justifier leurs crimes. Après les attentats, leur associer des théories du complot prolonge l’effroi terroriste, comme lorsque Samuel Sandler, père et grand-père endeuillé par l’attentat contre l’école juive Ozar HaTorah à Toulouse en 2012, à qui l’on a dit que les cercueils des victimes étaient en réalité vides… Aurélia Gilbert dénonce le cynisme de ceux qui relaient ces théories du complot à des fins politiques.

« Terrorisme et complotisme », c’est le 17e épisode de Complorama, avec Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, et Tristan Mendès France, maître de conférence et membre de l’observatoire du conspirationnisme, spécialiste des cultures numériques. Un podcast à retrouver sur le site de franceinfo, l’application Radio France et plusieurs autres plateformes comme Apple podcastsPodcast AddictSpotify ou Deezer.

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DSA : un collectif d’experts alerte les parlementaires européens

Par : Collectif

La commission des affaires juridiques du Parlement européen a proposé une clause d’exemption de modération pour les médias. Une initiative qui risque de compromettre des années d’efforts dans la lutte contre la désinformation selon des experts.

La Commission européenne (crédits : CW, 2021).

Le Parlement européen examine à l’heure actuelle un règlement décisif sur les plateformes numériques, le « Digital Services Act » (DSA). Toutefois, une inquiétante proposition de la commission des affaires juridiques du Parlement visant à inclure une clause d’exemption pour les médias risque de faire reculer et d’annuler des années de progrès dans la lutte contre les discours de haine et la désinformation en ligne. Des journalistes, des spécialistes en fact-checking et des chercheurs ont rédigé une lettre ouverte exhortant les députés européens à rejeter toute proposition incluant une telle clause. Conspiracy Watch en publie la version française en exclusivité :

Chers membres de la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs,

Alors que vous débattez de la position du Parlement européen sur le règlement sur les services numériques (DSA), nous vous exhortons à rejeter la proposition formulée in extremis par la commission des affaires juridiques visant à inclure dans ce texte une clause d’exemption pour les médias.

Une exemption pour les médias annulerait des années de progrès dans la lutte contre les discours de haine et la désinformation en ligne, empêchant les très grandes plateformes en ligne de sanctionner, de supprimer ou même d’étiqueter tout contenu provenant d’une publication de presse, qu’une publication diffuse ou non un contenu haineux, manifestement faux ou préjudiciable. Non seulement cela protégerait des milliers de comptes revendiquant des privilèges conférés par le statut de média du DSA, mais cela empêcherait ou dissuaderait les plateformes elles-mêmes de prendre des mesures correctives volontaires.

En tant que journalistes et experts sur les questions de désinformation, nous sommes préoccupés par la définition large et ambiguë de ce qui constitue une « publication de presse » et un « service de médias audiovisuels ». La définition proposée par la commission des affaires juridiques inclut certainement les journaux et magazines « traditionnels », et exclut définitivement les publications universitaires et scientifiques, mais, comme l’a indiqué une étude précédente de cette commission, « entre les deux se trouve un grand nombre d’entités en ligne et hors ligne, qui ne sont pas clairement incluses ou exclues de la définition ». Un amendement similaire de la commission de la culture et de l’éducation faisait également référence aux « fournisseurs de contenus éditoriaux », une définition encore moins claire.

Des travaux de recherche ont systématiquement identifié des acteurs malveillants ou tout simplement peu fiables présentant leurs contenus comme du journalisme crédible, tout en partageant des informations fausses, haineuses ou trompeuses, intentionnellement ou non. Cela inclut la presse jaune et les tabloïds qui sont régulièrement rappelés à l’ordre par les conseils de presse nationaux et les organes de surveillance des médias. Cela inclut également les opérations de désinformation qui s’appuient régulièrement sur des comptes de médias pour diffuser du contenu. L’année dernière, EU DisinfoLab a révélé que plus de 750 médias dans 116 pays participaient à une importante opération indienne de désinformation. Facebook et Twitter ont également pris des mesures l’année dernière contre un média qui embauchait des journalistes indépendants américains, après avoir découvert qu’il faisait partie d’une opération de désinformation russe. Notre expérience de journalistes et chercheurs en désinformation nous a montré qu’il est pratiquement impossible de définir de manière significative qui ou quoi est une « publication de presse » légitime dans l’environnement en ligne.

Nous sommes préoccupés par le fait que les plateformes agissent fréquemment de manière arbitraire dans leurs décisions de modération de contenus. Par exemple, Frances Haugen et Sophie Zhang, lanceuses d’alerte de Facebook, ont toutes deux révélé de profondes failles dans la façon dont l’entreprise priorise les zones géographiques et les individus sur lesquels elle concentre ses efforts de modération de contenu. Cependant, la solution n’est pas de créer une échappatoire pour les organisations qui prétendent être des médias fiables. Une meilleure solution consiste à se concentrer sur le renforcement des dispositions relatives à la transparence, à l’examen des données et à l’application du DSA. Les pouvoirs d’audit en particulier sont essentiels pour s’assurer que soient définies les responsabilités autour des pratiques automatisées de modération de contenus. Les dispositions d’audit devraient être améliorées en permettant à la société civile et aux journalistes d’investigation – pas seulement aux chercheurs – d’accéder aux données de la plateforme pour aider à identifier et atténuer les risques systémiques. En outre, les plateformes ne devraient pas pouvoir invoquer le secret lié à la sécurité ou le secret commercial comme excuse pour ne pas accorder l’accès aux données qui sont nécessaires pour protéger l’intérêt public.

Le DSA doit refléter notre besoin de pluralisme des médias, de diversité culturelle et linguistique et d’accès facile à des nouvelles et des informations fiables. Cependant, en donnant un blanc-seing aux « fournisseurs de contenu éditorial » et aux « fournisseurs de services multimédias » au sens large et en les exemptant de toute modération, nous risquons de transformer le DSA en une autoroute pour les discours de haine et la désinformation.

Tous vos groupes politiques ont fait des déclarations publiques fortes sur la lutte contre la haine et la désinformation en ligne. Nous pensons qu’il est maintenant temps de transformer ces paroles en actes.

À la lumière de ce qui précède, nous vous exhortons à rejeter au sein de la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs toute proposition qui inclurait une exemption pour les médias.

 

Les signataires : Cathrin Schaer, journaliste chez Wired ; Anne-Sophie Novel, journaliste indépendante ; David Schraven, éditeur chez CORRECTIV et Responsable de CORRECTIV.Fakt ; Lorenzo Marini, co-directeur de Verificat ; Tommaso Canetta, vice-directeur, Pagella Politica ; Thedoros Daniilidis, Fondateur d’Ellinika Hoaxes ; Carlos Hernández-Echevarría, responsable des politiques publiques et du développement institutionnel chez Maldita.es ; Michał Pawela, analyste en chef chez FakeNews.Pl ; Vytautas Benokraitis, PDG de Delfi Lituanie ; Guillaume Kuster, co-fondateur et président, Check First OY ; Guillermo Beltrà, chef de l’équipe numérique UE à l’Open Society European Policy Institute (OSEPI) ; Mária Bieliková, directrice et chercheuse experte au Kempelen Institute of Intelligent Technologies ; professeur Kalina Bontcheva, Université de Sheffield ; Emerson T. Brooking, chercheur principal résident, Digital Forensic Research Lab de l’Atlantic Council ; Stéphane Duguin, PDG du CyberPeace Institute ; Cooper Gatewood, directeur senior de la recherche numérique à l’Institute for Strategic Dialogue ; Dominika Hajdu, directrice du Centre for Democracy & Resilience, GLOBSEC ; Pavel Havlicek, chercheur au AMO Research Centre Prague ; Anna-Lena von Hodenberg, directrice, HateAid ; Julian Jaursch, directeur de projet, SNV ; Torben Klausa, journaliste et chercheur sur la régulation des plateformes ; Tomáš Kriššák, expert en sécurité de l’information chez Gerulata Technologies ; Xavier Brandao, président de Je Suis Là ; Arber Kuci, chercheur anti-désinformation chez Avaaz ; Adam Lelonek, PhD, chercheur indépendant ; professeur Stephan Lewandowsky, Université de Bristol ; Gary Machado, directeur général du EU Disinfo Lab ; Nathalie Maréchal, PhD, Senior Policy & Partnerships Manager chez Ranking Digital Rights ; Lucina de Meco, co-fondatrice de #ShePersisted Global ; Clare Melford, co-fondatrice et directrice exécutive de The Global Disinformation Index ; Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l’Université de Paris, responsable de l’initiative #StopHateMoney ; prof. Trisha Meyer, directrice de recherche du Centre pour la numérisation, la démocratie et l’innovation à la Brussels School of Governance, Vrije Universiteit Brussel, (VUB) ; Rosie Morgan-Stuart, chercheuse anti-désinformation chez Avaaz ; Luca Nicotra, directeur de campagne et chercheur anti-désinformation chez Avaaz ; Jordy Nijenhuis, co-fondateur de Dare to be Grey ; Tanya O’Carroll, experte indépendante sur la technologie et les droits de l’homme ; Dr Rafal Pankowski, professeur au Collegium Civitas (Pologne) ; Symeon Papadopoulos, Centre de recherche et de technologie Hellas ; Stephen Perrotti, chercheur anti-désinformation chez Avaaz ; Sarah Andrew, directrice juridique de la campagne anti-désinformation d’Avaaz ; Flora Rebello Arduini, consultante principale en campagnes et chercheuse anti-désinformation chez SumOfUs ; Hannah Richter, gestionnaire de campagne, Dare to be Grey ; Ann Cathrin Riedel, présidente de l’association LOAD eV pour la politique libérale ; Domen Savič, PDG de Državljan D / Citizen D ; Kristína Šefčíková, coordinatrice de projet à l’Institut d’études de sécurité de Prague ; Matej Spišák, rédacteur en chef d’Infosecurity.sk ; Alexander Sängerlaub, directeur de Futur Eins ; Nathan Sparkes, PDG de Hacked Off ; Alice Stollmeyer, directrice exécutive de Defend Democracy ; Georgios Terzis, Brussels School of Governance ; Nicolas Vanbremeersch, président de Renaissance Numérique ; Kristina Wilfore, professeure auxiliaire à la Elliott School of International Affairs de l’Université George Washington ; Romain Badouard, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, Université Paris 2 Panthéon-Assas.

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Les Déconspirateurs – l’émission #03

Par : La Rédaction

Tristan Mendès France et Rudy Reichstadt décryptent l’actualité du complotisme, de la désinformation et de la haine en ligne avec David Medioni.

Au sommaire de ce troisième numéro des Déconspirateurs : Karl Zéro et son film anti-pédocriminalité « 1 sur 5 », Charlottesville 4 ans après, la fascination des QAnon pour la réapparition de John F. Kennedy Jr, comment réagir face au complotisme.

Invité : William Audureau, journaliste au Monde, chargé de la lutte contre les fausses informations et de l’étude du complotisme au sein de la rubrique « Les Décodeurs », auteur de Dans la tête des complotistes (Allary Editions, 2021).

(Emission enregistrée mardi 9 novembre 2021)

 

Voir aussi :

[PODCAST] Affaire Mia : un enlèvement d’enfant sur fond de théories du complot

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Conspiracy News #45.2021

Par : La Rédaction

L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 01/11/2021 au 07/11/2021).

ALEC BALDWIN. Le 21 octobre, l’acteur américain Alec Baldwin a tiré mortellement, par accident, sur la directrice de photographie du western qu’il était en train de tourner, The Rust, dans l’État américain du Nouveau-Mexique. Alors que l’enquête est encore en cours, une théorie complotiste selon laquelle la victime en savait trop sur Hillary Clinton, a fleuri sur les réseaux sociaux, notamment relayée par… Francis Lalanne (source : La Dépêche, 31 octobre 2021).

SUISSE. Fraîchement élu à la tête de son parti, l’Union démocratique du centre du Valais romand (UDCVr, Suisse), Donald Moos a soutenu dans Le Nouvelliste des thèses complotistes. D’après lui, l’élection présidentielle américaine a été truquée et Donald Trump est le véritable président américain élu. Le Covid-19 serait en outre une arme biologique créée en laboratoire. Bill Gates, George Soros et les époux Clinton seraient quant à eux les « exécutants visibles » d’une convergence d’intérêts dirigeant la société… Des propos qui ont provoqué un tollé dans la classe politique, alors que Moos a reçu, au sein de son propre parti, le soutien d’Oskar Freysinger, figure politique historique de cette formation populiste d’extrême droite (source : Le Temps, 28 octobre 2021).

FAMILLE GALLICANE. Dans une forêt de l’Ouest de la France, des militants d’extrême droite, s’entraînent au tir sur des caricatures racistes de juifs, de musulmans et de Noirs. Il s’agit d’un groupuscule d’extrême droite dénommé la Famille Gallicane et comptant, d’après une enquête publiée par Street Press, quelques dizaines de membres actifs et quelques centaines de sympathisants. À l’approche de l’élection présidentielle, ils ont un favori : Éric Zemmour (source : Street Press, 2 novembre 2021).

KEMI SEBA. Le 31 octobre, Juan Branco a annoncé qu’il avait été désigné comme son avocat par le militant panafricaniste et agitateur antisémite Kemi Seba suite à l’interpellation de ce dernier au Burkina Faso et son expulsion vers le Bénin. Présentant l’avocat comme un « activiste et écrivain anticapitaliste français » et un « ténor du barreau » (sic), Kemi Seba a commenté la chose en ces termes : « un joli pied de nez aux fragiles qui me taxent d’être antiblanc ».

PÉDOSATANISTES. Dans sa dernière chronique « Antidote » sur France Inter, Tristan Mendès France s’est intéressé à la place de la pédocriminalité dans l’imaginaire complotiste. Notre collaborateur évoque ces thèses selon lesquelles des élites pédosatanistes engagées dans un complot mondial seraient à la manœuvre, justifiant un combat absolu du Bien contre le Mal. Des thèses propagées par les activistes QAnon et aujourd’hui partagées par 18% des Américains, d’après une étude récente (source : France Inter, 5 novembre 2021).

Malgré des prophéties qui ne se réalisent jamais, le mouvement complotiste QAnon reste actif. En France, ses relais totalisent des audiences conséquentes et fédèrent une communauté autour de ses théories fallacieuses. Avec un impact bien réel en termes de sécurité (source : Libération, 29 octobre 2021).

SEXISME. Les attaques de désinformation sexiste en ligne sont une tactique bien connue que des acteurs illibéraux du monde entier, dont la Russie, la Hongrie et le Brésil, ont développée pour saper leurs opposants. En s’appuyant sur des récits sexistes, ils intimident les femmes afin d’éluder les critiques et de consolider leur pouvoir. Ces tactiques sont de plus en plus adoptées à la fois par des acteurs étrangers et par l’extrême droite en Europe (source : Brookings, 29 octobre 2021).

VACCINATION. Aux États-Unis, de nombreux médecins, experts en santé publique et chercheurs en désinformation anticipent un flot de propagande antivaxx centré sur les jeunes enfants, à la suite d’un vote, fin octobre, par un comité consultatif de la Food and Drug Administration (l’agence américaine des denrées alimentaires et des médicaments) visant à autoriser le vaccin anti-Covid-19 de Pfizer-BioNTech pour les enfants de 5 à 11 ans. Le comité consultatif sur les pratiques de vaccination des Centers for Disease Control and Prevention, qui forment la principale agence fédérale des États-Unis en matière de protection de la santé publique, vient de recommander à l’unanimité les vaccins anti-Covid pour cette tranche d’âge (source : NBC News, 3 novembre 2021).

LE DESSIN DE LA SEMAINE. L’œil de Morgan Navarro pour Conspiracy Watch.

QUENELLE D’OR. Damien Tarel, l’homme qui avait giflé Emmanuel Macron le 8 juin 2021 à Tain-l’Hermitage (Drôme) et à qui la cérémonie des « Bobards d’or » avait rendu hommage quelques jours plus tard, a été récompensé le vendredi 29 octobre par une « Quenelle d’or », remise par Dieudonné M’Bala M’Bala (source : Conspiracy Watch/Twitter, 3 novembre 2021).

CLIMAT. Un nouveau rapport du Center for Countering Digital Hate révèle que dix médias en tout sont à l’origine de 69% de l’engagement sur Facebook en matière de désinformation sur le changement climatique. Parmi ces dix médias, on trouve Breitbart, Newsmax, The Washington Times ou encore Russia Today (télécharger le rapport).

KENNEDY. Des adeptes de la mouvance complotiste QAnon se sont réunis à Dallas dans l’espoir de voir le fils du président Kennedy, John F. Kennedy Jr (mort accidentellement en 1999) réapparaitre et annoncer le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Ce rassemblement aussi invraisemblable qu’inquiétant a eu lieu le mardi 2 novembre à Dealey Plaza, au cœur de Dallas, là où Kennedy a été assassiné en 1963 (sources : France Inter, 3 novembre 2021 ; Le Monde, 7 novembre 2021).

COLLOQUE. Conspirationnisme et complotisme : ces mots ont fait leur entrée dans le dictionnaire depuis moins de dix ans, mais ils renvoient à des théories plus anciennes qui ont perduré sous différentes formes et dont on voit la résurgence à l’heure de la circulation des fake news et des théories du complot sur Internet. Le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) accueillera les 18 et 19 novembre un colloque intitulé « Théories du complot : mythes et mythologies à travers les siècles », sous la direction scientifique de Valérie Igounet (IHTP), Rudy Reichstadt (directeur de l’Observatoire du conspirationnisme) et Paul Salmona (directeur du MAHJ), en partenariat avec l’Observatoire du conspirationnisme et le magazine L’Histoire.

WIKISTRIKE. Le site complotiste français Wikistrike fête ses 12 ans d’existence. Un site dont l’administrateur est anonyme et qui est à l’origine de la propagation de nombreuses fausses informations ainsi que des messages à caractère antisémite. Près d’un million de visites par mois et, sans doute, des bénéfices financiers considérables… (source : Veille extrême/Twitter, 3 novembre 2021).

PATRIOT PURGE. Tucker Carlson, le présentateur vedette de la chaîne conservatrice américaine Fox News, a annoncé la diffusion d’une nouvelle série en trois parties, Patriot Purge. Le documentaire reprend la thèse du « Big Lie » de Donald Trump, selon laquelle l’élection présidentielle de 2020 aurait été volée et qui a contribué à l’insurrection au Capitole le 6 janvier dernier. Un film qui, selon le magazine Rolling Stone, relève de la propagande fasciste en ce qu’il repose sur « un sentiment de danger écrasant, qui menace de faire de la majorité dominante du pays une minorité impuissante et menacée » (source : Rolling Stone, 2 novembre 2021).

ÉTHIOPIE. En Éthiopie, la guerre civile qui oppose les troupes loyalistes (armée fédérale et milices) du gouvernement aux rebelles des Forces de défense tigréennes (TDF) et leurs alliés, a commencé il y a un an précisément. Dans ce contexte, des commentaires enflammés se propagent sur les réseaux sociaux et les discours de haine prennent de l’ampleur. Le camp gouvernemental traque la présence d’« espions » et les dénonciations, sur les différentes plateformes numériques, vont bon train… (source : Le Monde, 4 novembre 2021).

NÉGATIONNISME. Historienne spécialiste du négationnisme, Stéphanie Courouble Share vient de faire paraître Les idées fausses ne meurent jamais (Le bord de l’eau). Conspiracy Watch en publie en exclusivité les bonnes feuilles (source : Conspiracy Watch, 5 novembre 2021). À écouter également, Stéphanie Courouble Share au micro de Xavier Mauduit dans l’émission « Le cours de l’histoire » (source : France Culture, 4 novembre 2021).

CINÉMA. Sorti sur les écrans le 13 octobre dernier, L’Homme de la cave, un film de Philippe Le Guay, met en scène la manière dont le complotisme et le négationnisme peuvent gangréner la société. Hélène (Bérénice Béjo) et Simon Sandberg (Jérémie Renier) vendent la cave qu’ils possèdent dans l’immeuble parisien où ils habitent à un soi-disant professeur d’histoire à la retraite. Le nouveau propriétaire, Jacques Fonzic (François Cluzet), s’installe dans le sous-sol pour y vivre. L’homme s’avère rapidement être un négationniste acharné, distillant régulièrement son complotisme et son antisémitisme sur Internet. Il ne tarde pas à bouleverser le quotidien de ses voisins… (source : Conspiracy Watch, 4 novembre 2021).

RAISON. Comment une espèce si intelligente que la nôtre peut-elle être si crédule ? La question se trouve au cœur de l’ouvrage de Rationalité. Ce qu’est la pensée rationnelle et pourquoi nous en avons plus que jamais besoin (Les Arènes). Le psychologue cognitiviste canado-américain Steven Pinker y livre un vibrant plaidoyer pour la raison à une époque qui ne jure que par la subjectivité. « La rationalité, c’est pas cool », note ce professeur à Harvard, soulignant que dans la culture populaire, de la « grosse tête » au « nerd », les personnages cérébraux n’ont pas forcément bonne presse. Pourtant, la rationalité est un trésor qui, selon lui, a permis à l’humanité de réaliser ses plus grands progrès. Nous vivrions ainsi l’ère la plus pacifique de l’histoire de notre espèce (source : L’Express, 2 novembre 2021).

🔴 « La rationalité, ce n’est pas cool »

La formule du psychologue cognitiviste @sapinker peut prêter à sourire. Mais elle saisit bien une époque.

Comment retrouver la raison, notre dossier, à lire cette semaine ⤵️

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— L'Express (@LEXPRESS) November 4, 2021

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Range ta chambre

Par : Morgan Navarro

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La dénonciation et la révélation : les logiques négationnistes

Par : Stéphanie Courouble Share

Historienne spécialiste du négationnisme, Stéphanie Courouble Share publie ce jour Les idées fausses ne meurent jamais*Conspiracy Watch en publie en exclusivité les bonnes feuilles.

Les idées fausses ne meurent jamais, de Stéphanie Courouble Share (éd. Le Bord de l’eau, 2021).

En énonçant la question « Faut-il croire aux chambres à gaz ? », les négationnistes tentent de faire passer un fait historique dans le domaine de la « croyance ». Or, ce procédé tient de la logique de dénonciation définie par le sociologue français Luc Boltanski. En effet : « La dénonciation de l’injustice suppose […] la référence à un coupable ou à un responsable [1]. » Le dénonciateur doit « instituer une croyance et, au moyen d’une rhétorique, convaincre d’autres personnes, les associer à sa protestation, les mobiliser, et pour cela non seulement les assurer qu’il dit vrai, mais aussi que cette vérité est bonne à dire et que la violence consécutive au dévoilement est à la mesure de l’injustice dénoncée [2] ».

En s’inscrivant toujours dans la sphère religieuse, nos dénonciateurs se placent également dans une logique prophétique dans le sens où le prophète est investi du rôle de porter une révélation bonne ou mauvaise [3]. Malgré le fait que les négationnistes n’aient pas pour objectif final la révélation, cette définition s’applique partiellement à eux : tout comme les prophètes, ils entendent bien révéler la bonne nouvelle. Dans leur livre L’Échec d’une prophétie, les sociologues américains Leon Festinger, Henry Riecken et Stanley Schachter décrivent cet étrange comportement : « L’homme de foi est inébranlable. Dites-lui votre désaccord, il vous tourne le dos. Montrez-lui des faits et des chiffres, il vous interroge sur leur provenance. Faites appel à la logique, il ne voit pas en quoi cela le concerne. » Les auteurs ajoutent sur l’entêtement du prophète :

« Mais l’ingéniosité de l’homme ne se borne pas à défendre sa foi. Supposons qu’un individu croie de tout cœur à quelque chose. Supposons aussi qu’il se soit engagé et ait commis au nom de cette conviction des actes irréversibles. Supposons enfin qu’on lui fournisse la preuve incontestable et sans équivoque du caractère erroné de sa croyance. Que se passera-t-il souvent ? Non seulement, l’individu ne sera pas ébranlé, mais il en sortira plus convaincu que jamais de la « vérité » de sa foi. Peut-être ira-t-il jusqu’à montrer une ardeur nouvelle à convaincre et à convertir des profanes. »

Car cette mission, il est vrai, ne peut réussir que si le prophète est soutenu :

« Un croyant isolé a peu de chances de tenir face au désaveu des faits. Si, au contraire, il fait partie d’un groupe de fidèles capables de se fournir un soutien réciproque, on peut s’attendre à ce que la croyance soit maintenue : les fidèles se lancent dans le prosélytisme et tentent de convaincre les profanes de la justesse de leurs prédictions avortées [4]. »

Pour les négationnistes, il s’agit de dénoncer un mensonge et de démontrer l’imposture qui se serait emparée du sens commun. Les négationnistes deviennent des pamphlétaires. Dans son livre La Parole pamphlétaire, M. Angenot explique ainsi : « Le pamphlétaire est porteur d’une vérité à ses yeux aveuglante, telle qu’elle devrait de toute évidence imprégner le champ où il prétend agir – et pourtant il se trouve seul à la défendre et refoulé sur les marges par un inexplicable scandale. » Il doit démontrer l’« imposture » qui, semble-t-il, a convaincu le sens commun. Il lui faut donc persuader « avec un long train de raisons d’une évidence qui lui est immédiate. La vérité qu’il va défendre apparaît comme un paradoxe et la stratégie qu’il doit employer pour la défendre est elle-même paradoxale et frustrante [5] ».

Comme dans l’allégorie de Platon, les hommes sont, selon eux, enchaînés dans une « caverne » avec leurs illusions et refusent de faire l’effort nécessaire pour en sortir, pour retrouver lumière et vérité. Les négationnistes vivent ainsi avec le sentiment qu’il existe un complot, nommé par M. Angenot la « paranoïa de la conspiration », se traduisant par des délires d’interprétation, l’amalgame des personnes, des phénomènes, la haine et la peur de l’autre. Avec les négationnistes, la conspiration perdure puisqu’on les empêche de s’expliquer. Selon eux, les lois en vigueur dans plusieurs pays leur interdisant de s’exprimer sont une preuve supplémentaire qu’ils ont raison [6]. Les négationnistes créent des situations où ils peuvent se poser en victimes, ils développent ce que l’on peut nommer le « syndrome de Galilée » : ce sont des « révolutionnaires persécutés » à qui l’on n’octroie pas la parole. Parfois dénoncée, parfois implicite, se dresse une « conspiration juive internationale » qui vient rejoindre les autres théories conspirationnistes [7]. Malgré la difficulté à diagnostiquer de façon stricte la maladie de la paranoïa, l’historien Jacques Kornberg observait déjà, dans un texte paru dans les années quatre-vingt-dix, que les discours d’A. Butz en comportaient indubitablement les signes [8].

 

Notes :
[1] Luc Boltanski, « La dénonciation », Actes de la recherche en sciences sociales, 1984, n°51, p. 3.
[2] En se référant au sociologue Bruno Latour, L. Boltanski entreprend une description des actants, L’Amour et la Justice comme compétences, Paris, Métaillé, 1990, p. 266-300 : le dénonciateur (l’auteur de la dénonciation), la victime (celle au nom de qui on dénonce), le persécuteur (celui dont l’action préjudiciable est dénoncée), le juge (l’autorité devant laquelle la dénonciation est accomplie). Il explique qu’il peut également exister une proximité entre les actants, c’est-à-dire que la relation peut être proche ou distante, déterminant le taux de normalité de la dénonciation. Étant donné que celle-ci entraîne le châtiment du coupable, il semble donc anormal de dénoncer un proche ; c’est pourquoi, pour que la dénonciation soit efficace, il est nécessaire qu’il y ait une relation d’altérité entre la victime et le dénonciateur.
[3] Pour une définition du terme, cf. André Neher, Prophètes et Prophéties: l’essence du prophétisme, Paris, Payot, 1995, 322 p. Le sociologue Max Weber distingue le prophète du prêtre et du sorcier. Selon lui, le prophète, sauveur, n’a qu’un seul but : annoncer sa prophétie. Max Weber, Économie et société II. L’organisation et les puissances de la société dans leur rapport avec l’économie, Paris, Plon, 1971.
[4] Leon Festinger, Henry Riecken et Stanley Schachter, L’Échec d’une prophétie : psychologie sociale d’un groupe de fidèles qui prédisaient la fin du monde, Paris, PUF, 1993, p. 1-2 (traduit de l’anglais : When Prophecy Fails : A Social and Psychological Study of a Modern Group that Predicted the Destruction of the World, University of Minnesota Press, 1956).
[5] Marc Angenot, La Parole pamphlétaire. Typologie des discours modernes, Payot & Rivages, 1995, p. 38-39.
[6] Bradley R. Smith, « The Holocaust Controversy. The Case For Open Debate », The Chronicle, 5 novembre 1991.
[7] Un exemple récent d’une telle théorie est que les Juifs n’étaient pas dans les tours du World Trade Center le 11 septembre 2001 durant les attaques parce que c’étaient eux les organisateurs de cet attentat. Voir le film de Marc Levin, Protocols of Zion (Les Protocoles de la Rumeur), 2005.
[8] Jacques Kornberg, « The Paranoid Style : Analysis of a Holocaust-denial Text », Patterns of Prejudice, vol. 29, 1995.

 

* Les idées fausses ne meurent jamais… Le négationnisme, histoire d’un réseau international (éd. Le Bord de l’Eau, préface de Pascal Ory, 2021, 26 €).

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« L’Homme de la cave », de Philippe Le Guay : descente dans les enfers du négationnisme

Par : La Rédaction

Sorti sur les écrans le 13 octobre dernier, « L’Homme de la cave » met en scène la manière dont le complotisme et le négationnisme peuvent gangréner la société.

Hélène (Bérénice Béjo) et Simon Sandberg (Jérémie Renier) vendent la cave qu’ils possèdent dans l’immeuble parisien où ils habitent à un soi-disant professeur d’histoire à la retraite. A la consternation du couple, le nouveau propriétaire, Jacques Fonzic (François Cluzet), s’installe dans le sous-sol pour y vivre. Sous des dehors polis et serviables, l’homme s’avère rapidement être en fait un négationniste acharné, distillant régulièrement son complotisme et son antisémitisme sur Internet. Il ne tarde pas à bouleverser le quotidien de ses voisins…

En salle depuis le 13 octobre, le film de Philippe Le Guay retrace l’explosion d’une famille soumise à l’influence toxique d’un personnage d’une incroyable perversité et n’hésitant pas à se poser en victime.

Thriller psychologique, « L’Homme de la cave » est directement inspiré d’une histoire vraie survenue à un couple ami du réalisateur. Celui-ci a mûri son long-métrage pendant une dizaine d’années, finalement encouragé à se lancer par la « tendance actuelle au complotisme ».

Le réalisateur confie qu’il a « senti la nécessité de créer un couple mixte. Ainsi le personnage de Bérénice Béjo n’est pas juif, mais elle semble encore plus affectée que son mari. Elle est touchée viscéralement, elle est en proie à des visions… La haine l’atteint frontalement ».

« Penser par soi-même »

« L’Homme de la cave » aborde les conséquences que peuvent avoir les thèses conspirationnistes sur les adolescents par l’entremise du personnage de Justine Sandberg (Victoria Eber), la fille d’Hélène et Simon. Après avoir commencé par rejeter Fonzic, l’adolescente cède peu à peu à son discours. En s’adressant à la jeune fille avec sa voix posée, Fonzic déroule un raisonnement typiquement négationniste : « Moi, je me contente pas de rabâcher la vérité officielle. Je suis un chercheur. La seule chose qui compte Justine, c’est que tu apprennes à penser par toi-même ». Un peu plus tard, Justine protestera auprès de son père que l’homme de la cave « veut juste poser des questions, des questions qui dérangent la vérité officielle ».

La jeune fille appartient à une génération particulièrement exposée aux réseaux sociaux et dont plusieurs enquêtes ont montré qu’elle était plus perméable que la moyenne de la population aux théories du complot. En décembre 2018, un sondage Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès faisait en outre apparaître que 21% des Français âgés de 18 à 24 ans n’avaient jamais entendu parler de la Shoah.

Révoqué lui aussi de l’Éducation nationale, l’activiste d’extrême droite et ancien professeur de mathématiques Vincent Reynouard a réagi à la bande-annonce du film, se présentant comme le « premier concerné ».

En réalité, Jacques Fonzic est un personnage hybride. Il partage avec Reynouard la circonstance d’avoir été révoqué de l’Éducation nationale. Mais « L’Homme de la cave » est en fait inspiré de l’histoire du négationniste belge Herbert Verbeke, co-fondateur en 1985 de la maison d’édition néo-nazie Vrij Historisch Onderzoek (VHO – en français, Libre recherche en histoire). Une maison dont Reynouard créera la branche française. Le site anti-négationniste PHDN.org de Gilles Karmasyn a d’ailleurs consacré un texte à cet épisode au début des années 2000.

Avec « Le Procès du Siècle », « L’Homme de la cave » est l’une des rares oeuvres de fiction à aborder le négationnisme par le septième art. Le spectateur désireux de creuser le sujet pourra utilement visionner le documentaire « Les Faussaires de l’Histoire » de Valérie Igounet et Michaël Prazan.

 

Voir aussi :

Mécaniques du complotisme : Le négationnisme

✇ Conspiracy Watch

Conspiracy News #44.2021

Par : La Rédaction

L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 25/10/2021 au 31/10/2021).

LE DESSIN DE LA SEMAINE.

RÉMY DAILLET. Figure influente de la complosphère française, Rémy Daillet-Wiedemann a été mis en examen le 22 octobre pour terrorisme. Une enquête de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), consultée par le journal Le Parisien, révèle que Daillet avait mis en place une organisation clandestine nationale très structurée et hiérarchisée impliquant environ 300 personnes dont des militaires en activité, un maire ou encore une avocate du barreau. Il avait également monté une branche civile spécialisée dans l’enlèvement d’enfants placés par les services de la protection de l’enfance. Deux ex-gradés de l’armée étaient par ailleurs chargés de recruter de nouveaux membres et de les « filtrer » en leur faisant détruire des antennes 5G, des centres de vaccination et des lieux de stockage de vaccins. Les investigations de la DGSI ont en outre mis au jour un projet de coup d’État, l’opération « Azur », visant à s’emparer de l’Élysée avec l’aide de partisans et d’une vaste organisation paramilitaire (source : Le Parisien, 27 octobre 2021).

« Le climat d’incertitude et de défiance institutionnelle provoqué par le mouvement des Gilets jaunes combiné à la pandémie mondiale a constitué un socle favorable à l’émergence du mouvement Daillet. » Une note confidentielle de la DGSI, en date du 14 septembre, analyse la montée en puissance des courants de l’ultra-droite et explique comment Rémy Daillet a su faire infuser ses idées parmi les complotistes, antivaccins, néonazis et autres contestataires (source : Le Parisien, 27 octobre 2021).

Pour prendre la mesure des idées qui animent les individus impliqués dans le réseau « Honneur et Nation » auquel est lié Rémy Daillet, Le Parisien rapporte ces propos, tenus par l’un de ses membres, Denis L. : « La France ne doit plus jamais être appelée la République, car la République est juive, et la France est française. Cette pieuvre, il faut l’éliminer. C’est dommage car une personne a essayé de le faire et il s’est mis tout le monde à dos, Adolf Hitler. » Une autre adepte de Daillet, Valérie D., serait pour sa part convaincue que « Johnny Hallyday tuait des enfants pour boire leur sang » (source : Le Parisien, 29 octobre 2021).

« En lisant Le Parisien ce matin et en sachant pertinemment ce que contient cette note du 14 septembre dont Le Parisien prétend se faire l’écho, je commence à me demander jusqu’à quel point il existe un complot… mais contre Rémy Daillet », a quant à lui réagi l’avocat de Rémy Daillet, Jean-Christophe Basson-Larbi (source : BFM TV, 28 octobre 2021).

JEAN-JACQUES CRÈVECOEUR. Dans une nouvelle vidéo récemment mise en ligne, le youtubeur complotiste Jean-Jacques Crèvecœur qualifie ses opposant de « fous dangereux », de « malades mentaux » et de « gens qui ne méritent même plus de vivre sur cette planète ». Le message prend une tournure glaçante lorsque l’individu conclut en direction de ses adeptes : « Faites ce qui vous semble juste » (source : Benjamin Lobet/Twitter, 28 octobre 2021).

Une nouvelle étape a encore été franchie récemment par le youtubeur complotiste Jean-Jacques #Crèvecoeur qui qualifie ses opposants de "fous dangereux", de "malades mentaux" et de "gens qui ne méritent même plus de vivre sur cette planète." ⤵️ https://t.co/WQrZzdSn3P

— Conspiracy Watch (@conspiration) October 28, 2021

1 SUR 5. En décembre 2020, l’ancien présentateur Karl Zéro publiait un manifeste « pour en finir avec la pédocriminalité ». Ce 25 octobre 2021, il a publié sur plusieurs plateformes de vidéos en ligne un film dont le titre, « 1 sur 5 », s’inspire d’une campagne du Conseil de l’Europe datée de 2010 à 2015 et dans laquelle l’institution estimait que près d’un enfant sur cinq en Europe était victime de violences sexuelles, un terme qui inclut attouchements sexuels, viols, harcèlements et agressions sexuelles, exhibitionnisme, exploitation sous forme de prostitution et de pornographie, chantage et extorsions sexuelles en ligne.

Financé par une cagnotte en ligne, le film de Karl Zéro a été visionné près de 300 000 fois à ce jour sur YouTube, ce qui ne l’empêche pas d’être sévèrement critiqué dans les colonnes de Marianne : « Le problème de « 1 sur 5 » ne tient évidemment pas dans sa dénonciation des violences sexuelles sur mineurs, un combat d’autant plus important que l’actualité le place au centre des débats (rapport Sauvé, affaire Duhamel…), mais dans sa forme. […] Dans la bouche de l’ex-présentateur, comme de ses intervenants, les dénonciations systémiques pleuvent, mais les démonstrations demeurent bancales. Les réseaux pédocriminels sont dénoncés tout au long du film… sans que jamais le documentaire n’apporte réellement les preuves de leur existence » (source : Marianne, 28 octobre 2021). Critiqué dans sa démarche par le journaliste Thomas Huchon, Karl Zéro fait feu de tout bois, en relayant notamment le tweet d’un complotiste antisémite, Alexandre Lebreton, qui attaque notre collègue (source : Tristan Mendès France/Twitter, 29 octobre 2021), ou encore en se rendant, dimanche 31 octobre, sur La Une TV, le média de Richard Boutry (source : Thomas Huchon/Twitter, 31 octobre 2021).

Et Karl Zero qui retweete au calme un complotiste antisémite, Alexandre Lebreton, qui fait éditer ses bouquins par Omnia Veritas, un éditeur néo nazi.
La lutte contre la pédophilie mérite mieux que ça.
Ref : https://t.co/DVgA3c5b2O pic.twitter.com/hkonm0phgv

— Tristan Mendès France (@tristanmf) October 29, 2021

À relire, l’analyse que nous publiions il y a un an, au sujet de la manière dont les complotistes capitalisent sur le thème de la protection de l’enfance (source : Conspiracy Watch, 25 septembre 2020). À réécouter également, l’épisode de Complorama du 22 avril dernier, où Tristan Mendès France et Rudy Reichstadt évoquaient la question du complotisme anti-pédocriminalité.

QANON. David Trent, de son vrai nom David Todeschini, est un influenceur QAnon qui accuse régulièrement les démocrates, sur les médias sociaux, d’être des pédophiles buveurs de sang. L’homme a en fait été reconnu coupable d’actes pédophiles dans l’État de New York, en 1990, et condamné pour ces faits (source : insider.com, 29 octobre 2021).

David Trent, influenceur QAnon, accuse régulièrement les démocrates d’être des pédophiles buveurs de sang sur ses réseaux. Il s’avère qu’il a été condamné pour agression sexuelle sur un petit garçon de 8 ans dans les années 1990… @conspiration https://t.co/iTkBvRsTgd

— Théo Laubry 🇺🇸 (@TheoLaubry) October 30, 2021

ANTISÉMITISME. Du regain d’antisémitisme tout au long de la crise sanitaire au mouvement QAnon, des Protocoles des Sages de Sion aux propos négationnistes de Jean-Marie Le Pen, en 1987, l’antisémitisme reste le terreau des théories du complot. « Antisémitisme et complotisme », c’est le 16e épisode de Complorama, avec Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, et Tristan Mendès France, maître de conférence et membre de l’observatoire du conspirationnisme, spécialiste des cultures numériques. Un podcast à retrouver sur le site de franceinfo, l’application Radio France et plusieurs autres plateformes comme Apple podcastsPodcast AddictSpotify ou Deezer.

TERRORISME. Un islamiste radical, Sid-Ahmed Ghlam, avait assassiné en avril 2015 une mère de famille de 32 ans et projeté d’attaquer une ou deux églises à Villejuif, dans le Val-de-Marne. À cette époque, l’information avait été accueillie avec sarcasme sur le web conspirationniste (source : Conspiracy Watch, 23 avril 2015). Arrêté quelques jours après la commission des faits, l’homme vient d’être condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Il a admis qu’il comptait commettre un attentat meurtrier dans une église. S’il a demandé pardon à la famille de la victime, il a toutefois refusé de reconnaître qu’il était impliqué dans son assassinat (source : Le Figaro, 28 octobre 2021).

FACEBOOK. Dix-sept médias ont analysé les « Facebook Files », ces documents internes qu’a dévoilé la lanceuse d’alerte Frances Haugen, et qui pointent un certain nombre de dysfonctionnements graves. Des employés de la plateforme avaient averti depuis longtemps, en interne, des effets de la désinformation, tendant à radicaliser le comportement de certains utilisateurs (source : New York Times, 25 octobre 2021).

Le rôle de Facebook dans la propagation, en Inde – où la plateforme compte 340 millions d’utilisateurs –, d’images et de propos haineux de nature à exacerber les conflits intercommunautaires a notamment été mis en avant par ces révélations. Ils montrent que le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, était bien conscient de la présence grandissante de contenus problématiques visant en particulier la communauté musulmane indienne, mais n’a pas déployé les moyens suffisants pour entraver ce phénomène (source : Sud Ouest, 24 octobre 2021).

BRUNO GUIGUE. Le compte Twitter officiel de l’Ambassade de Chine en France relaie les thèses complotistes de Bruno Guigue, un ancien sous-préfet limogé il y a plusieurs années pour avoir manqué à son devoir de réserve et évoluant désormais dans la mouvance complotiste. Ce dernier estime que les Occidentaux « ont aidé les terroristes en Syrie ». Membre de l’équipe de rédaction du site conspirationniste 21st Century Wire, Guigue est régulièrement invité sur Sputnik News, RT et le média chinois CGTN… (source : Antoine Bondaz/Élie Guckert/Twitter, 30 octobre 2021).

RIVAROL. Les animateurs des Sleeping Giants, ces militants anonymes qui luttent contre le financement par la publicité de médias ou d’émissions dont ils estiment qu’ils véhiculent la haine, ont lancé le 27 octobre une campagne destinée à interpeller la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP), une autorité administrative chargée de donner un avis pour le bénéfice du régime économique de la presse. Leur cible ? L’hebdomadaire Rivarol qui, bien qu’accumulant les condamnations pour racisme, antisémitisme et négationnisme, continue d’être reconnu comme une « publication d’information politique et générale », et de bénéficier à ce titre d’un financement public indirect (source : Libération, 28 octobre 2021).

ZEMMOUR. Alors que Marine Le Pen perd progressivement des points dans les sondages les plus récents, Éric Zemmour accumule les percées remarquées ces dernières semaines. Ces deux facettes de l’extrême droite, l’une dédiabolisée, l’autre décomplexée, peuvent-elles correspondre et s’unir avant le premier tour de la présidentielle ? Quel poids politique représente Éric Zemmour ? La stratégie de dédiabolisation du Rassemblement national est-elle en train d’échouer ? Retour sur la construction des extrêmes droites en France et analyse de ce qu’il en reste à l’aube de l’élection présidentielle, avec l’historien Nicolas Roussellier et Valérie Igounet, historienne, directrice adjointe de Conspiracy Watch (source : France Culture, 25 octobre 2021). Signalons aussi le dossier très riche publié par la Fondation Jean-Jaurès sur le même sujet (source : Fondation Jean-Jaurès, 27 octobre 2021).

DREYFUS. À plusieurs reprises, Éric Zemmour a jeté le soupçon sur l’innocence d’Alfred Dreyfus, capitaine d’artillerie accusé à tort d’avoir espionné au profit de l’Allemagne, condamné en 1894 puis finalement réhabilité en 1906. L’historien Marc Knobel revient de manière très complète sur les propos du probable futur candidat à l’élection présidentielle et leur origine (source : La Revue des Deux Mondes, 22 octobre 2021).

AGNOTOLOGIE. En « produisant de l’ignorance », le complotisme détourne notre attention de l’urgence que constitue le dérèglement du climat. L’historien américain Robert Proctor avait conçu, en 1992, un néologisme, « agnotologie », pour désigner une discipline aussi exigeante que singulière : l’étude de l’ignorance, plus précisément de sa « production ». Pour Conspiracy Watch, Nicolas Bernard analyse sous cet angle comment le complotisme alimente le réchauffement climatique (source : Conspiracy Watch, 25 octobre 2021).

APOPHÉNIE. L’apophénie est la tendance à percevoir un lien ou un motif qui a du sens entre des choses sans relations entre elles ou prises au hasard. Un créateur de jeux destinés à être joués dans la réalité, Reed Berkowitz, a été confronté à ce phénomène qui constitue un problème potentiel, puisqu’il peut éloigner les joueurs de l’intrigue. En s’intéressant à QAnon, Berkowitz a décelé ces mécanismes qui lui étaient familiers : QAnon lui est apparu comme un jeu qui joue avec les gens, un jeu aux mécanismes inversés… (source : Fact & Furious, 25 octobre 2021).

RUSSIA TODAY. En Russie, le média gouvernemental RT appelle la population à porter des masques sanitaires, à maintenir les distances physiques et à se faire vacciner. Au contraire, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne ou Espagne, le même groupe d’information met en doute ces différentes mesures. Exagération, déformation des faits, infox, les canaux nationaux jettent le trouble sur les vaccins occidentaux tout en faisant la promotion du vaccin russe Sputnik V. Une désinformation qui alimente les covido-sceptiques et les antivax (sources : Radio Free Europe/Twitter, 27 octobre 2021).

« COMPLOT JÉSUITE ». Avec les juifs et les francs-maçons, les jésuites font partie du trio de tête des cibles du conspirationnisme qui ont marqué l’histoire. Aujourd’hui effacée, la théorie du « complot jésuite » inaugure les grandes théories du complot contemporaines et permet d’en comprendre les mécanismes. Alors que les jésuites fêtent les 500 ans de la conversion de son fondateur, Ignace de Loyola, l’hebdomadaire chrétien La Vie revient sur ce mythe, né au XVIIe siècle, et qui constitue l’une des matrices du complotisme contemporain (source : La Vie, 29 octobre 2021).

BRÉSIL. Dans un texte officiel, les sénateurs de la Commission d’enquête parlementaire (CPI), qui s’est penchée depuis six mois sur l’épidémie ayant fait au moins 605 000 morts au Brésil ont demandé à la Cour suprême et au parquet la suspension « jusqu’à nouvel ordre » des comptes du président Jair Bolsonaro sur Facebook, Twitter et Instagram. Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, celui-ci a en effet associé le vaccin contre le Covid-19 au sida (source : Le Monde, 26 octobre 2021).

ÉTATS-UNIS. Pendant des mois, des théories complotistes sur le vol des élections de 2020 à Donald Trump ont circulé et encouragé les Républicains, à l’échelle nationale, à repenser les lois électorales. Certains représentants du Parti républicain et des personnalités liées à l’ex-président craignent aujourd’hui que les conspirationnistes les plus radicaux nuisent à la réforme électorale et sapent la participation citoyenne (source : Politico, 27 octobre 2021).

LECTURES. Les chercheurs en psychologie Sylvain Delouvée et Sebastian Dieguez viennent de publier aux éditions Mardaga, Le complotisme. Cognition, culture, société (480 pages). Nous aurons l’occasion d’y revenir très prochainement. La même semaine, William Audureau a publié son essai, Dans la tête des complotistes (éditions Allary, 320 pages). Ce journaliste rattaché au service de vérification des faits du Monde, Les Décodeurs, a tenté de comprendre les parcours, les valeurs et les idées de ceux qu’on a pris l’habitude d’appeler les complotistes. Le Monde publie les bonnes feuilles du livre (source : Le Monde, 27 octobre 2021).

“Pour tomber dans le complotisme, il faut trois choses : un terreau personnel, un contexte et un écosystème. Et ce contexte, c’est celui de la pandémie qui vous met en situation de vulnérabilité.”@Willvs, journaliste au journal @lemondef, chez @decodeur, est dans #Clhebdo. pic.twitter.com/Et5ZumW0NA

— C l’hebdo (@clhebdo5) October 30, 2021

✇ Conspiracy Watch

[PODCAST] Du « Qui ? » de Cassandre Fristot aux Protocoles des Sages de Sion : antisémitisme et complotisme, une longue histoire

Par : La Rédaction

Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, et Tristan Mendès France, maître de conférence et membre de l’Observatoire du conspirationnisme, reviennent sur les thèses complotistes qui se sont propagées durant la crise sanitaire et décryptent les liens entre antisémitisme et complotisme.

Cassandre Fristot a été condamnée le 20 octobre dernier à six mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Metz pour avoir brandi une pancarte antisémite lors d’une manifestation anti-pass sanitaire à Metz, le 7 août. Sur cette pancarte, on pouvait lire les noms de politiques, d’hommes d’affaires et d’intellectuels pour la plupart juifs, des noms écrits autour du slogan « Qui ? ». Une pancarte qui, selon les avocats des 13 parties civiles dans ce dossier, portait à la fois « les stigmates profondes de l’antisémitisme et les codes du complotisme. »

L’occasion pour Complorama de poser cette question, dans ce 16e épisode : pourquoi antisémitisme et complotisme sont-ils souvent liés ?

Du regain d’antisémitisme tout au long de la crise sanitaire au mouvement QAnon, Rudy Reichstadt et Tristan Mendès France expliquent pourquoi l’antisémitisme reste le terreau des théories du complot. Ils reviennent aussi sur les Protocoles des Sages de Sion et les propos négationnistes de Jean-Marie Le Pen, en 1987.

« L’antisémitisme est une matrice du complotisme contemporain, juge Tristan Mendès-France. Le complotisme, quel qu’il soit, va avoir une probabilité assez élevée, si on tire le fil jusqu’au bout, de développer un discours antisémite, avec toujours cette idée que si on nous ment sur quelque chose, s’il y a une coordination internationale, quelque part il y a un imaginaire qui se met en branle et qui a de fortes chances de se nourrir avec des référentiels antisémites. »

« Antisémitisme et complotisme », c’est le 16e épisode de Complorama, avec Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, et Tristan Mendès France, maître de conférence et membre de l’observatoire du conspirationnisme, spécialiste des cultures numériques. Un podcast à retrouver sur le site de franceinfo, l’application Radio France et plusieurs autres plateformes comme Apple podcastsPodcast AddictSpotify ou Deezer.

 

Voir aussi :

« L’antisémitisme auquel nous sommes confrontés avance en oblique, il prend des détours »

L’éternel retour des fantasmes complotistes sur les Rothschild

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