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Reçu — 19 novembre 2025 Actualités numériques

Des articles générés par IA sont hébergés chez Ouest-France et 20Minutes

19 novembre 2025 à 13:53
The Sound of Silence
Des articles générés par IA sont hébergés chez Ouest-France et 20Minutes

Le tsunami de soi-disant sites d’informations générés par IA (GenAI) auquel nous assistons depuis des mois, émanant de professionnels du marketing numérique et du référencement (SEO), contamine aussi la presse. Nous avons en effet identifié (au moins) cinq sites hébergés par deux des plus importants groupes de presse français et reposant eux aussi, « en tout ou partie », sur la GenAI, et susceptibles de doper artificiellement leurs statistiques de fréquentation.

Ce lundi 3 novembre, à 6h46, le journaliste Sylvain Ernault, cofondateur du site d’investigation breton Splann, racontait sur BlueSky avoir été surpris de découvrir qu’un site hébergé par Ouest-France.fr, sain-et-naturel.ouest-france.fr, déclenchait le message d’alerte de l’extension que Next a développée afin d’alerter ses utilisateurs lorsqu’ils consultent un site dont les articles « semblent avoir été (en tout ou partie) générés par IA » (GenAI). Nous en avons identifié, à ce jour, plus de 8 500 (rien qu’en français).

Dans son thread, il s’étonnait en outre de découvrir que certains des articles de ce site, à la ligne éditoriale un peu fourre-tout (il y est tout autant question de nature et d’écologie que de psychologie ou de « bien-être », avec une section dédiée à des tests de personnalité ou de QI, défis, énigmes et casse-têtes logiques), figurent dans la rubrique Environnement d’Ouest-France, comme s’il s’agissait d’articles signés par l’un de ses journalistes, ce qui n’est pas le cas.

Il émettait également l’hypothèse que ce recours à l’IA pourrait artificiellement gonfler les statistiques de trafic du groupe de presse. Ce dernier figure en effet en tête du classement des sites grand public et des groupes web de l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM), en termes de visites totales.

Ce même 3 novembre à 15h34, soit quelques heures seulement après que Sylvain Ernault eut posté son message, les mentions légales de Sain et naturel ont été discrètement mises à jour, afin de préciser que « Le contenu peut être partiellement généré par l’IA », ce qu’elles ne mentionnaient pas jusque-là.

Sain et Naturel avait par ailleurs ajouté une discrète mention en bas de ses articles, indiquant que « Ce texte a pu être partiellement rédigé avec l’aide d’une IA », ce qui n’était pas non plus le cas jusque-là. Cette mention, constatée par nos soins et attestée par la mémoire de Google, n’est toutefois plus affichée le 19 novembre, date de publication de cet article.

Capture d’écran Google, datée du 19 novembre 2025

« Fasciné par toutes les méthodes d’investigation, vérifiables et reproductibles »

Le responsable du site, Cyril Renault, se présente comme « fasciné par toutes les méthodes d’investigation, vérifiables et reproductibles ayant pour but de produire des connaissances ». Ses articles, publiés dans les rubriques Nature et Écologie de Sain et Naturel, font d’autant plus bonne figure qu’il s’agit de traductions en français de publications anglo-saxonnes de vulgarisation scientifique.

Ses rubriques Psychologie et Bien-être sont quant à elles truffées d’articles « feel good », non sourcés pour ceux que nous avons consultés, mais eux aussi illustrés d’images générées par IA.

Illustration GenAI publiée sur sain-et-naturel.ouest-france.fr

La majeure partie des membres de la petite dizaine des auteurs de Sain et naturel n’y ont plus rien publié depuis des années. Mais plusieurs d’entre eux ont, a contrario, brusquement recommencé à y signer des articles après l’apparition des premières IA génératives, fin 2022.


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Reçu — 18 novembre 2025 Actualités numériques

☕️ Le ministère des Armées victime de 5 à 10 incidents cyber graves par an

18 novembre 2025 à 14:09

« Nous comptons un peu plus de 4 900 cybercombattants, avec un objectif de 5 500 d’ici 2030 », explique à Libération Emmanuel Naëgelen (LinkedIn), ancien chef des opérations du ComCyber de 2018 à 2020, puis directeur adjoint et n°2 de l’ANSSI et, depuis août, nouveau commandant de la cyberdéfense (COMCYBER) de l’état-major des armées.

Il succède à Aymeric Bonnemaison qui, après avoir œuvré dans plusieurs unités de guerre électronique, était devenu adjoint du directeur technique de la DGSE, et a été nommé cet été à la tête de la Direction du renseignement et de la sécurité de la Défense (DRSD), le service de contre-espionnage militaire.

Si les unités du ComCyber ne rassemblent qu’ « environ 500 personnes », elles bénéficient du soutien de 20 autres unités opérationnelles chargées de « combattre dans le cyberespace et renforcer la cyberdéfense des armées françaises », précise le COMCYBER. Ces dernières sont réunies au sein de la Communauté cyber des armées (CCA), comme nous le relevions à l’occasion de la création, en août, du Commissariat au Numérique de Défense (CND), le « 1ᵉʳ intranet militaire européen », composé de 6 745 hommes et femmes (dont 55 % militaires et 45 % civils).

Interrogé sur le nombre de cyberattaques visant les armées françaises, le général de division aérienne Naëgelen avance que le nombre d’incidents graves (à savoir le fait qu’un attaquant a « réussi à pénétrer nos systèmes et à en extraire de l’information ») « se compte sur les doigts d’une à deux mains, et nous sommes plus près de 5 que de 10 », par an.

« Si les IA génératives facilitent clairement le travail de nos adversaires », notamment pour « générer des mails trompeurs extrêmement crédibles », précise-t-il, « nous n’avons pas encore observé des attaques informatiques complexes qui seraient pilotées par un moteur d’intelligence artificielle ».

Rappelant qu’« un char, un avion, un bateau embarquent de l’informatique », il résume ce que le cyber représente en termes d’armements : « Du point de vue du ComCyber, un bateau, c’est un data center qui flotte ! »

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