La France est prête pour s’hyper-électrifier selon le bilan électrique 2025
Malgré une demande toujours inférieure à son niveau pré-crise, le système électrique français affiche en 2025 une production abondante, décarbonée et compétitive. Dans son bilan prévisionnel et son bilan annuel, le gestionnaire du réseau estime que les conditions sont désormais réunies pour accélérer l’électrification de l’économie. L’essai est à portée de câble, manque plus qu’à le transformer.
Le verre à moitié plein. C’est, en substance, la lecture que propose RTE dans son bilan électrique 2025. La consommation française d’électricité reste stable – 451 TWh, soit +0,4 % par rapport à 2024 corrigée de la météo – mais elle reste 6 % en dessous de la moyenne observée entre 2014 et 2019.
Plusieurs raisons à cela. Les grands consommateurs raccordés au réseau de transport ont vu leur demande reculer de 1,7 % en 2025, chimie en tête. Au total, leur consommation reste inférieure de 13 % à son niveau pré-crise.
Pourtant, l’électrification progresse, mais lentement. Les véhicules purs électriques représentent 19,9 % des ventes neuves en 2025, contre 16,8 % en 2024. Dans le résidentiel, la consommation liée aux pompes à chaleur a dépassé 10 térawattheures (TWh) en 2023, c’est un peu moins de 3 % de la consommation énergétique des logements.
Les grands chiffres de l’électricité en France en 2025 / Infographie : Révolution Énergétique.
Un difficile sevrage des énergies fossiles
Malgré cela, les énergies fossiles couvrent encore 90 % de la consommation énergétique des transports et 43 % du chauffage résidentiel (68 % dans le tertiaire). Au total, elles représentent 56 % de la consommation finale d’énergie en France, contre 27 % pour l’électricité. Selon RTE, le rythme actuel ne permet pas d’atteindre les objectifs climatiques fixés pour 2030.
En miroir, l’offre est solide. La production d’électricité a atteint 547,5 TWh en 2025 (+1,5 %) et 95,2 % de cette production est bas-carbone. Le nucléaire a retrouvé un niveau proche de celui de 2019, à 373 TWh, grâce à l’amélioration de la disponibilité du parc. Le solaire a bondi de 33 % sur un an, dépassant pour la première fois (en puissance installée) l’hydroélectricité. En énergie, l’hydroélectricité reste devant, avec son meilleur facteur de charge.
La consommation de fossiles, elle, poursuit son recul et atteint son niveau le plus bas depuis près de 75 ans. L’intensité carbone moyenne de l’électricité française s’établit à 19,6 grammes de dioxyde de carbone par kWh (gCO₂/kWh), l’une des plus faibles d’Europe. Les émissions liées à la production électrique tombent à 10,9 mégatonnes d’équivalent CO2 (MtCO₂éq). Pour RTE, ça change la donne : le principal levier de réduction des émissions ne réside plus dans la décarbonation de l’électricité, mais dans la substitution des usages fossiles par des usages électriques.
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Cette abondance de production bas-carbone se traduit sur les marchés. Les prix Spot se sont stabilisés autour de 61 €/MWh, bien en deçà des pics atteints en 2022. Les prix à terme chutent et convergent vers les prix spot, fini l’épisode de contango. Surtout, la France bénéficie d’écarts de prix (spreads) intéressants avec l’Allemagne ou l’Italie, signe d’une compétitivité maintenue sur les prix de l’électricité. Les marchés anticipent des prix durablement inférieurs aux coûts variables des centrales à gaz, reflet d’un mix dominé par des moyens à faible coût marginal. L’ordre de mérite (merit order) change.
Nous l’avions écrit, 2025 marque un nouveau record d’exportations. Le solde net atteint 92,3 TWh en 2025 soit 17 % de la production nationale, une sacrée performance. La France reste le premier exportateur net d’électricité en Europe. La valorisation nette rapporte 5,4 milliards d’euros contre, à l’inverse, 53 milliards d’euros déboursés en 2025 pour importer les fossiles.
À fin novembre 2025, environ 30 GW de droits d’accès au réseau étaient sécurisés pour de nouveaux usages : 14 GW pour des centres de données, 9,5 GW pour des unités de production d’hydrogène et 6,5 GW pour l’électrification de sites industriels existants ou nouveaux. Près de la moitié de ces capacités pourraient entrer en service entre 2025 et 2029. Balle à main, l’essai est presque marqué. L’électricité est décarbonée. Manquera plus qu’à (ne pas) buter sur l’électrification pour la faire décoller.
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