« Le passage à Linux, c’est quand même un peu le boss de fin de niveau »
Comment les mairies peuvent-elles s’emparer des questions de souveraineté numérique ? À l’occasion des municipales qui auront lieu les 15 et 22 mars 2026, Next vous propose un entretien avec Nicolas Vivant, directeur de la stratégie numérique embauché par la ville d’Échirolles en 2021 pour mettre en œuvre une politique du numérique prenant en compte une volonté d’autonomie.
Les élections municipales approchent et les questions sur la souveraineté et l’utilisation des logiciels libres sont de nouveau sur le devant de la scène. Next a voulu savoir comment ça se passait concrètement dans une ville qui a choisi de passer au libre.
La ville d’Échirolles (dont la maire est Amandine Demore, PCF), près de Grenoble, est connue depuis quelques années pour avoir mis en place une politique du numérique tournée vers le logiciel libre. Next a interrogé Nicolas Vivant qui travaille pour la ville en tant que directeur de la stratégie numérique depuis 2021.
>> Quand la ville d’Échirolles a vraiment eu une politique tournée vers les logiciels libres ?
C’est difficile à dire. En 2014, l’élu en charge du sujet, Aurélien Farge, a signé la charte des logiciels libres et a cette volonté d’avancer sur le sujet. Mais, il n’y a pas grand-chose d’autre qui est structuré à ce moment-là. Le lien avec le service informatique n’est pas vraiment établi. C’est une prise de parole politique mais qui, sur le mandat 2014 - 2020, n’est pas vraiment déclinée au niveau opérationnel.
Mais, en 2020, il y a, de la part du même élu, une volonté d’avancer concrètement sur le sujet en disant qu’il y a des enjeux politiques autour du numérique et qu’il faut les travailler.
Il y a donc deux périodes, 2014 - 2020 puis 2020 - 2025, avec cette fois-là, la direction générale qui affirme que si on veut vraiment avancer sur ce sujet, il faut se structurer. Ça passe par la commande d’une étude sur le numérique à un cabinet local. Mais aussi par la création d’un groupe de travail des élus sur le numérique.
Ça, c’est vraiment très intéressant, j’ai rarement vu ça : cet adjoint réunit 5 ou 6 autres adjoints (celui aux CCAS, aux RH,…) et ils réfléchissent ensemble sur ce que représente le numérique chacun dans leur délégation. Et, ils rédigent une feuille de route du numérique pour la ville. En parallèle, avec l’appui de la direction générale des services, il crée un poste de directeur de la stratégie et de la culture numérique. Un très bon réflexe qu’ils ont, c’est de mettre le service informatique interne sous ma responsabilité hiérarchique, ce qui me donne les moyens d’influer sur ce qui peut se passer.
Depuis 2021, je déroule, ça a commencé doucement car on avait une équipe qui n’avait ni compétence ni appétence particulière pour ces problématiques : nous étions une DSI comme toutes les autres. Il a fallu prendre le temps de construire une DSI compétente et partante pour avancer sur ces sujets.
L’une des premières choses que j’ai faites était de revoir notre politique de recrutement pour qu’à chaque fois qu’un informaticien quitte le service, on prenne garde de recruter un informaticien avec des compétences sur des logiciels open source et une conviction que c’était une voie sur laquelle il était intéressant de s’engager.
Ça fait que peu à peu, depuis septembre 2023, on dispose de « furieux » avec de vraies compétences techniques et qui sont capables d’installer à peu près n’importe quoi, de maintenir, de documenter, de monitorer dans un environnement open source. Et on commence à mettre des logiciels libres partout.
>> Combien de personnes travaillent pour la DSI d’Échirolles ?
Ça dépend comment on compte et ce qu’on inclut dans la DSI, mais nous sommes dix personnes avec 8,5 équivalents temps plein d’informaticiens.
« Quand on travaille avec des logiciels libres, on ne dépense plus d’argent »
>> Cette question des logiciels libres change-t-elle quelque chose à la taille de la DSI ?
Non, rien. À l’exception de mon recrutement, on a fonctionné à budget constant. On a remplacé les informaticiens qui partaient sur leurs postes jusqu’à fin 2025, où on a demandé la création d’un poste côté support.
Quand on travaille avec des logiciels libres, on ne dépense plus d’argent et on déploie beaucoup plus facilement des outils ouverts pour tout le monde. Entre 2021 et 2025, le nombre de logiciels disponibles pour les agents a été multiplié par deux, ce qui augmente la charge de travail de manière assez significative. De 2021 à 2025, nous n’avons proposé que des budgets en baisse, mais là, en fin de mandat, on commençait à tirer la langue côté support.
>> Ce nouveau besoin de support arrive-t-il parce que les gens sont peu habitués à ces solutions ?
Non, nous aurions mis le même nombre de solutions propriétaires avec l’ancienne équipe et il nous aurait fallu un poste supplémentaire aussi. Ce n’est pas une spécificité des logiciels libres.
On dématérialise de plus en plus : il y a dix ans, personne n’avait de cloud et maintenant tout le monde en veut un. Avant le Covid-19, il n’y avait pas de solution de visioconférence dans les mairies, mais aujourd’hui tout le monde a des solutions de visioconférence. Tout ça, ce sont des solutions qu’il faut installer, intégrer, maintenir et sur lesquelles il faut faire le support. Quel que soit le choix technique ou politique, on aurait donc demandé un poste supplémentaire.
>> Concernant les budgets proposés en baisse, est-ce possible de chiffrer précisément ?
Les économies sur la durée du mandat, c’est 350 000 euros par an, multiplié par 6, ça fait à peu près 2 millions d’euros d’économie à l’échelle du mandat, pour 1 500 PC et 1 000 employés environ. C’est d’ailleurs l’un des changements du passage aux logiciels libres que je n’avais pas du tout anticipé.
Quand on travaille avec des logiciels propriétaires, il faut les acheter et payer un contrat de maintenance et il faut donc un budget. La période de la préparation budgétaire est donc une période où l’on donne de la visibilité sur les projets qu’on va mener dans l’année. Et l’arbitrage budgétaire donne la feuille de route pour l’année. Et les élus et la direction générale savent exactement ce sur quoi on va travailler, avec comme facteur limitant le budget alloué. Il a fallu retravailler le reporting pour mettre en évidence les économies réalisées et les projets que nous menons d’année en année.
>> Est ce que la mise en place de logiciels libres simplifie ou complexifie le travail des agents de la DSI ?
Globalement et avec une équipe différente, ça a simplifié. Les logiciels libres n’ont rien à envier en termes d’ergonomie aux logiciels propriétaires, vraiment rien. La raison de la simplification n’est pas vraiment les logiciels libres mais le travail que nous avons fait autour. Quand j’arrive, il n’y a aucune documentation dans l’équipe, pas de monitoring et personne ne sait ce qu’il se passe sur le réseau ou sur les serveurs. Le gros travail que nous avons fait est une réorganisation du service, la mise en place de monitoring… Tout est documenté chez nous, aussi bien pour les utilisateurs que pour les personnes en charge de la maintenance des différentes solutions. C’est ça qui nous simplifie la vie.
Globalement, l’équipe commence à ressentir une baisse de la charge de travail. Ça ne veut pas dire qu’on a du temps à ne rien faire mais qu’on a de nouveau le temps de gérer des projets alors qu’avant la vie était complètement bouffée par le quotidien et en mode réactif en permanence.
>> Dans la feuille de route donnée par l’équipe municipale au départ, quelles sont les motivations pour s’orienter en majorité vers les logiciels libres ?
On me demande de travailler quatre grands domaines qui n’ont rien de très original à l’époque. L’inclusion numérique, parce qu’on est une ville avec de vraies problématiques de langue, de formation au numérique et d’accès au droit. L’impact environnemental du numérique, en le réduisant et le maîtrisant le plus possible. L’autonomie, avec l’idée d’être le moins dépendant possible d’acteurs extérieurs et notamment des géants de la technologie américains, russes ou chinois. Et la bonne gestion des données personnelles des habitants.
On ne me demande donc pas de mettre en place les logiciels libres mais de répondre à ces quatre enjeux. Les logiciels libres sont la réponse à un certain nombre de sujets et notamment la partie autonomie, impact environnemental, bonne gestion des données personnelles, sécurité…
« Le passage à Linux, c’est quand même un peu le boss de fin de niveau »
>> Sur le site de la mairie, vous affichez utiliser Zorin OS, est-ce le cas pour tous les postes ? Et quels sont les autres outils que vous avez mis en place ?
Les outils, je ne pourrai pas tous les citer, il y en a des dizaines. Je parlerai de Linux après, parce qu’on a attaqué le passage il y a un peu plus d’un an, commencer par ça ce n’est pas la bonne idée. Il y a beaucoup de choses à faire qui ne touchent pas l’environnement des utilisateurs et qui peuvent être faites en open source.
Nous nous sommes mis dans un mode de fonctionnement particulier où, pour toute nouvelle solution qui est déployée, on étudie les solutions pour le faire avec des logiciels libres.
Par exemple, nous avons repris le streaming du conseil municipal (Échirolles a été une des premières villes à streamer en direct le conseil municipal) avec une machine sous Linux, avec Obs Studio (utilisé massivement par les youtubeurs) et un serveur PeerTube. On a acheté nos caméras, déployé notre propre réseau et nous gérons en autonomie. Au final, nous avons mis en place une solution à un coût ridicule par rapport à ce que ça coûte aux autres communes : 6 000 euros en investissement.
C’est valable aussi pour les interphones dans les crèches où on a mis une solution complètement libre. C’est une première, je crois. Le matériel, c’est les interphones du marché, mais on s’appuie sur une solution qui s’appelle FlexiSIP, solution open source développée par une société grenobloise qui s’appelle Belledonne Communications et qui est utilisée par l’immense majorité des constructeurs dans le monde.
On a donc installé chez nous, en interne, un serveur FlexiSIP et quand on appuie sur le bouton de l’interphone, c’est notre FlexiSIP qui est contacté. Nous avons aussi un système de téléphone sur IP avec un IPBX, solution open source aussi, qu’on opère nous-même. Si l’appel est redirigé vers un téléphone fixe chez nous, on a une petite configuration à faire sur notre serveur Xivo. Si l’appel est redirigé vers un smartphone, on a une solution libre qui s’appelle Linhome et qui permet de voir la personne avec la caméra de l’interphone, d’ouvrir la porte, etc.
Nous avons appliqué ça à absolument tout : l’affichage municipal est construit avec des mini-PC sous Linux, récupération de desktop de PC d’agents un peu juste pour faire tourner la bureautique. Ça nous permet de faire de l’affichage municipal sur tous les sites de la ville et que nous maitrisons.
On a aussi changé la messagerie, installé un Nextcloud, un Big Blue Button pour la visio. Aujourd’hui, ce n’est pas loin de 100 solutions libres différentes qu’on utilise, soit déployées sur des serveurs, soit sur des postes clients.
Le passage à Linux, c’est quand même un peu le boss de fin de niveau. Dans notre stratégie, je dis à mon équipe que c’est très bien de passer au libre mais que nous sommes à la merci d’un changement de majorité qui pourrait dire « marche arrière toute, on revient aux outils Microsoft ». Si l’informatique n’est pas un problème, que ça se passe bien et que les gens sont contents, il n’y aura ni pression ni soutien de la part des agents pour un retour en arrière, qui de fait couterait très cher. Il faut donc absolument travailler la satisfaction des utilisateurs.
Linux va directement les toucher car on touche à l’interface qu’ils utilisent au quotidien. On a travaillé sur le choix d’une distribution aussi proche que possible de Windows, qui ne vient pas les bouleverser complètement. On a donc choisi Zorin OS en version gratuite (Core), la version pro a un intérêt si on a besoin de support, ce qui n’est pas notre cas (nous gérons en interne).
Si on avait mis du Ubuntu, on aurait mis tout le monde en panique. Et nous faisons une introduction de Linux dans notre système d’information très très progressive et douce dans l’approche. Aujourd’hui, on a 10 % de PC seulement sous Linux alors qu’on a commencé il y a un an et demi. On a commencé par lancer un appel à volontariat et à déployer Linux chez des gens qui nous l’ont réclamé et qui donc accueillent d’emblée le changement.
Là, nous sommes entrés dans une phase d’incitation, c’est-à-dire qu’on propose systématiquement Linux aux personnes, mais s’ils refusent, aucun problème, on leur installe un Windows 11. On a prévu que cette phase dure trois ans. L’idée est que Linux apparaisse dans l’infrastructure, que les gens voient d’autres personnes utiliser Linux sans difficulté et que ça lève un certain nombre de craintes.
Les exceptions : la paie, les finances, l’état civil
>> L’OS est un point clé mais il y a aussi les applications métiers. Avez-vous des logiciels libres qui permettent de gérer la paie et tout ce qu’une mairie doit pouvoir utiliser ?
Non, aujourd’hui, pour la paie, les finances, l’état civil, il n’en existe pas. Pour ce genre d’applications métiers, il y a deux ou trois éditeurs qui se partagent tout le marché des collectivités. Ça s’explique parce que ce sont des logiciels qui sont très dépendants des évolutions législatives et quand un gouvernement décide qu’au 1ᵉʳ janvier, ça va être le prélèvement à la source, il faut qu’au niveau du logiciel RH, du logiciel de paie et du logiciel financier, ça soit prêt. Ça veut dire qu’il faut adapter le logiciel alors que ça ne concerne que la France. Et en général, un logiciel libre ne concerne pas que la France, il est déployé partout mais on ne peut pas avoir une équipe qui maintient en fonction des évolutions législatives de chaque pays.
Mais nous avons créé un collectif qui s’appelle France Numérique Libre qui rassemble 350 informatiques de collectivités représentant plus de 250 collectivités (conseils départementaux, régionaux, communes, partout en France, y compris dans les départements et territoires d’outre-mer).
Nous sommes tous frustrés par le fait qu’on n’ait pas de solution de logiciels libres pour ces logiciels métier. Nous commençons donc à nous organiser pour initier la naissance des logiciels que l’on financerait. Sur l’état civil, un groupe de travail s’est déjà constitué avec plusieurs collectivités qui sont prêtes à y aller et à financer.
>> Justement, y a-t-il des villes qui sont proches des interrogations d’Échirolles sur ces sujets ?
Oui. Il y a déjà une vraie dynamique locale autour de Grenoble : on a des liens très étroits avec un certain nombre de communes, qu’elles soient petites comme Saint-Martin-d’Uriage ou de plus importantes comme Pont-de-Claix, Saint-Martin-d’Hères, ou Saint-Égrève.
Au niveau national, grâce à France Numérique Libre, on a pu échanger avec des collègues et identifier quelques villes qui boostent comme Strasbourg où il y a une vraie dynamique, Colomiers (du côté de Toulouse), Lyon, Villejuif. Et les choix d’outils peuvent être très différents, mais tant mieux.
>> Concernant la gestion du mail qui demande une attention particulière, ça se passe comment ?
L’installation, le paramétrage, la formation des utilisateurs demandent du boulot. Mais nous avons une équipe qui sait gérer une messagerie sans difficulté. Nous avons choisi SOgo. Mais par exemple la ville de Claix est passée cette année de Microsoft Exchange à Open Exchange. Et peut être que demain, si on avait à changer de messagerie, on passerait aussi sur Open Exchange.
Opérer des messageries, ça se fait. Le SITPI, qui est un syndicat intercommunal dont nous sommes membres et par le biais duquel nous mutualisons un certain nombre d’outils avec d’autres collectivités, a fait le choix d’Open Exchange en migrant au mois d’octobre dernier.
On parle beaucoup d’Échirolles parce qu’on raconte ce qu’on fait mais aussi parce qu’on va chercher des choses sur lesquelles d’autres ne sont pas allés. Sur la partie infrastructure, par exemple, notre fournisseur d’accès nous fournit un « tuyau », mais le reste, il ne s’en occupe pas, nous avons nos propres adresses IP, nos propres routeurs BGP pour faire le routage sur Internet.
Et nous travaillons avec notre syndicat communal pour le connecter directement à Internet et qu’il devienne fournisseur d’accès à Internet pour les villes membres.
On construit un cercle vertueux : ça se sait qu’on travaille sur ce genre de projets et finalement, quand on ouvre un poste d’ingénieur réseau, on a des gens d’un niveau de compétence important qui postulent alors même qu’on leur rappelle que le niveau de rémunération n’est pas très élevé. Parce qu’ils savent qu’ils vont bosser sur des projets pointus et sympas et pas sur des contrats avec des prestataires à passer des coups de fil quand ça ne fonctionne plus.
Il y a plusieurs façons d’imaginer une DSI. Je peux tout à fait concevoir que quelqu’un se dise que le cœur de métier d’une mairie n’est pas de faire de l’informatique et qu’il va payer des prestataires pour la messagerie, pour le cloud, etc., et c’est eux qu’on appellera quand il y aura des soucis et on gèrera des contrats. C’est complètement compréhensible. Ce sont des choix politiques. Il y avait une volonté, nous, de la majorité, d’être cohérents, y compris sur la partie numérique, avec leur positionnement politique par ailleurs. D’autres choix sont possibles mais effectivement, on ne recrute pas les mêmes profils de personnes et on ne travaille pas du tout de la même façon…
>> N’y a-t-il pas quand même un coût de formation des personnels, par exemple, pour le passage à Zorin OS ?
Non, l’avantage de Zorin OS, c’est qu’on peut le configurer aux petits oignons et que les raccourcis et les menus sont les mêmes que sous Windows, par exemple. On va peut-être se mettre à faire des formations, mais plus pour faire de la communication. Nos formations à Linux seront plutôt l’occasion de parler du projet échirolois, de ses spécificités et de mettre en avant les quelques points forts de Linux, parce qu’il y en a.
Nous ne les mettons pas en place parce que les gens seraient perdus sous Linux. On a un exemple d’une agente, au début du plan de volontariat du passage à Linux, à qui on l’a refusé parce qu’elle était arrivée six mois avant et qu’en fait, elle était déjà sous Linux mais elle ne s’en était pas rendue compte. Le changement se fait sans difficulté.
Il y a aussi le fait qu’on part sur un plan de volontariat, mais aussi qu’on commence par la facilité : il est hors de question que je passe les infographistes de la ville qui travaillent sous Mac avec la suite Adobe sous Linux en premier. Ça serait de la folie. Ces outils sont tellement inscrits culturellement chez eux et chez tous les infographistes que je me dis que si je passe 1 498 PC sous Linux et que ces deux-là restent sous Mac, on pourra quand même dire qu’on est passé sous Linux. On contourne la difficulté parce que l’idée n’est pas d’avoir 100 % de postes sous Linux mais d’avoir autant de postes sous Linux que possible dans des conditions qui restent acceptables pour nos agents.
Je veux bien qu’on me dise que Zorin OS n’est pas la meilleure distribution pour nous ou que le passage à Linux, c’est très compliqué, mais les arguments portent peu dans la mesure où on l’a fait, voilà.
À l’époque où on choisit Zorin OS, c’est quand j’arrive et j’ai une équipe de Windowsiens convaincus que Windows c’est le meilleur système d’exploitation et c’est eux qui choisissent Zorin OS. Pour moi, c’est important car, culturellement, ils ont le même background que mes utilisateurs. On peut me dire que Debian, c’est mieux. Je recrute que des libristes, et pas un seul était sous Zorin OS, mais peu contestent que Zorin OS était le meilleur choix pour Échirolles parce qu’au quotidien, quand on est face aux utilisateurs à la hotline, on a intérêt à installer un OS dans lequel il est facile de mettre un raccourci sur un bureau, par exemple, parce que c’est comme ça qu’ils bossent.
>> Pour les autres logiciels, c’est comme pour du logiciel propriétaire ?
Oui et parfois mieux. On utilise Odoo, un ERP libre de recrutement. Avec notre service recrutement et avec plusieurs communes dans le cadre de notre syndicat intercommunal, on l’a mis en concurrence avec d’autres solutions du marché et tout le monde nous a dit « c’est celui-là qu’on veut ».
Les personnes qui arrivent à Échirolles et qui ont connu Google Workspace ou Microsoft 365 trouvent que Nextcloud est beaucoup mieux, aussi bien en termes de nombre de fonctionnalités disponibles qu’en termes d’ergonomie. Aujourd’hui, ce n’est plus « ça va être un peu moins bien mais c’est du logiciel libre ». Il y a beaucoup de logiciels libres qui sont meilleurs que les logiciels propriétaires du marché.
Beaucoup de gens nous disent que le passage à LibreOffice, c’est vraiment compliqué, mais on l’a fait et ça fonctionne. D’ailleurs, le passage à LibreOffice a été fait bien avant que j’arrive. Mais ça fonctionne pour tous les logiciels sauf les logiciels métier dont on a parlé avant (finance, RH, état civil).
Passer aux logiciels libres, c’est faisable, on l’a fait. Reste que ce n’est pas juste remplacer un logiciel propriétaire par un logiciel libre, ça nécessite plein de changements au niveau organisationnel pour que les choses soient bien faites.