Sur le dark web, plusieurs hommes ont tenté de commanditer des féminicides en France
Till death do us part
Se présentant comme des places de marché pour tueurs à gage, la galaxie de sites « Hitman Scam » dissimulait une vaste escroquerie opérée depuis la Roumanie. Toutefois, ses utilisateurs ont formulé de véritables projets d’assassinats, ciblant notamment des femmes en France. Next a pu accéder aux échanges glaçants entre les commanditaires et les faux assassins, alors que la justice tarde à se saisir du dossier.
4 000 euros pour assassiner une ex-petite amie à Nancy. 1 000 euros pour frapper une femme et lui faire perdre son bébé à Paris. 575 euros pour en brûler une autre vive dans l’incendie de son appartement parisien. Voici quelques-uns des projets de féminicides, ciblant des victimes françaises, que Next dévoile pour la première fois.
Nous avons pu accéder à l’intégralité des données de plusieurs sites hébergés sur le dark web, se présentant comme des plateformes permettant d’embaucher des tueurs à gage, aux noms et adresses changeantes : Hire a hitman, Besa Mafia, #1 Hitman marketplace, Internet Killers, Hydra Hitmen, The Sinaloa Cartel Marketplace…
Ces noms ronflants cachaient en réalité une arnaque simple mais lucrative, opérée depuis la Roumanie, qui délestait de leurs bitcoins des individus prêts à payer le prix fort pour, pensaient-ils, faire éliminer ou tabasser quelqu’un. Nombre d’utilisateurs français étaient des hommes cherchant à éliminer des femmes, par vengeance ou appât du gain.
Après une première interpellation en avril 2022, les administrateurs du site, qui avaient par la suite été libérés, ont été à nouveau interpellés en Roumanie le mois dernier dans le cadre d’une enquête pilotée par la police britannique, en partenariat avec Europol. Depuis, l’activité y a considérablement diminué.
« Bien qu’aucun des services proposés [n’ait été] authentique, des poursuites fructueuses ont déjà été engagées par les forces de police contre des individus qui tentaient de l’utiliser pour nuire à autrui, et des victimes potentielles ont été protégées dans le monde entier », indique le communiqué de la police britannique.
De 2016 à 2023, le chercheur britannique Chris Monteiro, spécialiste du cybercrime, est parvenu à pirater le site et à scraper (extraire de façon automatisée) l’intégralité de son contenu, c’est-à-dire son forum public mais aussi sa messagerie interne et ses relevés de transactions. Depuis, au moins 46 personnes ont été arrêtées pour avoir tenté de commanditer des assassinats ou des agressions via Besa Mafia. Lorsque des enquêtes ont été ouvertes, les suspects ont souvent été trahis par leurs transactions en bitcoins : guère familiers du concept de blockchain, ils croyaient la cryptomonnaie intraçable.
« Les administrateurs demandent aux utilisateurs de déposer 5 000 ou 10 000 euros [en bitcoins] dans l’escrow du site [un compte séquestre, NDR], soi-disant pour montrer qu’ils sont sérieux », explique Chris Monteiro à Next. « Une fois qu’ils ont trouvé un pigeon, les administrateurs inventent alors des histoires pour tenter de lui soutirer encore plus d’argent, ce qui marche une fois sur deux : le tueur s’est fait arrêter donc il faut en embaucher un autre, on doit faire appel à un assassin expert pour cette mission, etc. Néanmoins, les utilisateurs sont dangereux et veulent vraiment tuer des gens. »