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Zuckerberg pressé devant la justice de justifier la politique de Meta relative aux préados

19 février 2026 à 16:51
Cibler les préados pour gagner les ados
Zuckerberg pressé devant la justice de justifier la politique de Meta relative aux préados

Auditionné devant un jury à Los Angeles dans l’affaire qui oppose, entre autres, Meta à une jeune femme reprochant la mise en place de mécanismes d’addiction sur les plateformes de réseaux sociaux, Mark Zuckerberg a du expliquer pourquoi, comme l’indiquait un document de 2018, son entreprise estimait qu’il y avait 4 millions d’utilisateurs d’Instagram de 10 à 12 ans. Il a défendu la mise à disposition de « filtres de beauté » sur Instagram comme une liberté d’expression des utilisateurs.

Une jeune femme de 20 ans, Kaley G. M., et sa mère accusent les géants des réseaux sociaux, et notamment Google (via YouTube) et Meta (via Facebook et surtout Instagram), de provoquer et d’entretenir l’addiction chez les jeunes.

Après Adam Mosseri, patron d’Instagram, c’était ce mercredi 18 février à Mark Zuckerberg de s’y rendre. Le patron de Meta est arrivé au tribunal encadré par plusieurs personnes portant des lunettes connectées de l’entreprise.

Comme l’explique le Los Angeles Times, la juge Carolyn B. Kuhl a estimé nécessaire de prendre un moment pour avertir la salle que l’usage de ces lunettes était interdit : « Si vos lunettes enregistrent, vous devez les retirer. La cour ordonne qu’il ne doit y avoir aucune reconnaissance faciale du jury. Si vous l’avez fait, vous devez supprimer l’enregistrement. C’est très sérieux. »

Un filtre des enfants peu efficace

Les débats se sont notamment concentrés sur la politique de Meta concernant la création de comptes de jeunes enfants. Comme le Los Angeles Times l’explique, Mark Zuckerberg a rappelé qu’Instagram n’a jamais autorisé, dans ses conditions d’utilisation, les enfants de moins de 13 ans à s’inscrire.

Mais la plaignante, Kaley G. M., affirme dans sa plainte avoir créé son compte à l’âge de 9 ans. « Je pense généralement qu’il existe un groupe de personnes, potentiellement assez important, qui mentent sur leur âge afin d’utiliser nos services », a affirmé Mark Zuckerberg, évoquant également « une autre question séparée et très importante concerne la mise en application, et celle-ci est très difficile ».

Le patron de Meta en a profité pour réaffirmer que, selon lui, c’était aux responsables des systèmes d’exploitation comme Apple et Google que devrait revenir la charge de contrôler l’âge des utilisateurs.

Cibler les préados pour attirer les ados

Mais ce n’est qu’en décembre 2019, a pointé l’avocat de Kaley, Mark Lanier, qu’Instagram a commencé à demander leurs dates de naissance aux nouveaux inscrits, relate CNN. Il a aussi montré à la cour un document interne à Meta qui évaluait en 2015, selon NPR, à 30 % les enfants de 10 à 12 ans aux États-Unis qui utilisaient Instagram.

« Je ne me souviens pas du contexte de cet e-mail datant d’il y a plus de dix ans », a répondu Mark Zuckerberg. « Je pense que nous devons créer des services utiles qui permettent aux gens de rester en contact avec leur famille et leurs amis et d’apprendre à connaître le monde », a-t-il ajouté.

Mark Lanier a cité un autre document interne à l’entreprise, datant cette fois de 2018, dans lequel était affirmé « si nous voulons vraiment gagner auprès des adolescents, nous devons les attirer dès leur préadolescence ».

La liberté d’expression pour défendre les filtres « beauté » d’Instagram

Le patron de Meta a aussi été interrogé sur la volonté de son entreprise de pousser ses utilisateurs à utiliser toujours plus ses réseaux sociaux. L’avocat de la plaignante lui a demandé si son entreprise avait mis en place des buts à atteindre pour maximiser le temps d’exposition des utilisateurs, relate CNN.

Mark Zuckerberg a reconnu que ces buts avaient existé « plus tôt dans l’entreprise » mais qu’ils avaient été modifié pour se focaliser sur l’« utilité et la valeur apportée ». « Je pars du principe que si quelque chose a de la valeur, les gens le feront davantage », a-t-il ajouté.

Mark Lanier a aussi pointé le problème des filtres de beauté sur Instagram, qui permettent de modifier l’apparence du visage en y ajoutant du faux maquillage et des fausses modifications chirurgicales. Selon lui, Instagram a consulté 18 experts qui lui ont fait remarquer que ces filtres pouvaient être nuisibles. L’entreprise a décidé de laisser aux utilisateurs la possibilité de les créer tout en ne les mettant pas en avant.

« Je pensais que l’équilibre de la liberté d’expression devait permettre aux gens de créer ces filtres, mais que nous ne devions pas les créer nous-mêmes », a répondu Mark Zuckerberg, ajoutant que l’entreprise avait consulté des experts sur la liberté d’expression à ce sujet.

L’administration Trump prépare un site débloquant l’accès aux discours de haine en Europe

19 février 2026 à 13:33
Trolling étatique
L’administration Trump prépare un site débloquant l’accès aux discours de haine en Europe

Alors que la Commission européenne et plusieurs pays de l’UE ouvrent des enquêtes sur les manquements des différents réseaux sociaux et notamment X aux législations européennes, l’administration Trump met en place freedom.gov, un site qui doit permettre de consulter les contenus interdits en Europe, y compris les discours de haine et la propagande terroriste.

Utilisant le vocabulaire de la liberté sur lequel Donald Trump a surfé lors de sa campagne électorale de 2024, son administration prévoit de lancer le site Freedom.gov pour viser le public européen. Le nom de domaine a été créé le 12 janvier.

N’affichant pour l’instant qu’une page statique avec des petits effets suggérant le dévoilement de la liberté, il doit être l’un des premiers outils concrets de l’offensive trumpiste contre la régulation numérique européenne.

Un projet mené par la diplomatie américaine

Reuters a eu vent du projet mené par Sarah B. Rogers, la responsable du sous-secrétaire d’État à la diplomatie publique et aux affaires publiques étatsunien. Le site doit prochainement accueillir un portail qui permettrait aux personnes résidant en Europe mais aussi ailleurs de voir les contenus interdits dans leurs pays, y compris les discours de haine et la propagande terroriste qu’interdisent les différentes législations européennes.

Selon les sources de l’agence de presse, l’administration Trump présente cette initiative comme une contre-mesure contre la censure. Le projet aurait dû être lancé la semaine dernière alors qu’avait lieu la Conférence sur la sécurité de Munich.

Ce forum est régulièrement utilisé comme un théâtre des tensions diplomatiques : discussions sur le parapluie nucléaire français, remise en question de la guerre en Irak ou, plus récemment, en 2025, le discours de JD Vance. Dans celui-ci, le vice-président étatusien dénonçait un « recul » de la liberté d’expression en Europe, reprenant les arguments d’Elon Musk qui avait défendu le parti d’extrême-droite Alternative für Deutschland.

Finalement, l’administration Trump, représentée cette fois par Marco Rubio, a voulu montrer un visage rassurant à l’Europe, tout en gardant le même cap. Et le lancement du projet Freedom.gov aurait été repoussé sans qu’on en connaisse la raison, selon les sources de Reuters, mais des responsables du secrétariat d’État auraient exprimé des doutes sur le projet.

Du flou sur le service qui sera réellement proposé

Officiellement, le secrétariat d’État n’admet aucun retard ni aucun doute juridique sur le sujet. Il rejette tout projet de contournement de censure visant spécifiquement l’Europe tout en affirmant que « la liberté numérique est toutefois une priorité pour le Département d’État, ce qui inclut la prolifération des technologies de protection de la vie privée et de contournement de la censure, telles que les VPN ».

L’agence de presse ne détaille pas la façon dont Freedom.gov permettrait ce contournement. Si le terme VPN est utilisé, ce n’est pas un outil utilisable directement via un site web. On imagine plutôt un service comme les sites de « proxy » qui reroutent les requêtes via l’intégration des pages dans les pages principales du site.

Une confrontation d’approches ancienne, poussée sur le terrain par Donald Trump

Les approches étatsunienne et européenne sur la liberté d’expression divergent depuis des décennies. Ainsi, le linguiste américain Noam Chomsky et l’historien français Pierre Vidal-Naquet se sont affrontés au début des années 80 sur la question de la possibilité ou non de laisser diffuser la propagande négationniste en démocratie.

Mais l’administration Trump veut maintenant imposer sa propre définition au Vieux continent alors que la Commission européenne mais aussi des États comme la France, l’Espagne ou le Royaume-Uni ont lancé des enquêtes judiciaires notamment contre le réseau social X et son IA Grok. Rappelons que l’année dernière, le dirigeant états-unien a imposé aux agences de son pays la censure, sur leurs sites web, d’au moins 200 mots, dont injustice, femmes, victimes, noir ou encore pollution.

À l’occasion d’une visite de quatre jours en Inde et du sommet mondial de l’IA qui s’y déroule, Emmanuel Macron s’est emporté contre cette « soi-disant liberté d’expression », relate Ouest-France. « Nous sommes en faveur de l’algorithme libre mais totalement transparent », a-t-il affirmé. « La liberté d’expression c’est du pur bullshit si personne ne sait comment on est guidé à travers cette soi-disant liberté d’expression », a ajouté le président français, qui continue à n’utiliser essentiellement que X lorsqu’il s’agit de communiquer sur un réseau social.

☕️ Un bug dans Microsoft 365 Copilot lui permettait de résumer des emails confidentiels

19 février 2026 à 09:24

L’assistant IA inclus dans Microsoft 365 Copilot avait la possibilité de passer outre les mesures de sécurités censées être mises en place pour qu’il n’accède pas à tous les contenus des utilisateurs de la suite.

BleepingComputer a relevé que Microsoft avait signalé depuis le 21 janvier ce bug dans son outil réservé aux administrateurs Microsoft 365 sous le numéro CW1226324.

Copilot Chat pouvait accéder aux emails envoyés ou en brouillon des utilisateurs même s’ils étaient étiquetés par l’utilisateur comme confidentiels (étiquette pourtant explicitement mise en place pour éviter cela). Ainsi ses résumés pouvaient intégrer des informations issues de ces emails confidentiels.

Selon Microsoft elle-même, ce bug entraine le fait que « les emails des utilisateurs auxquels une étiquette confidentielle a été appliquée sont traités de manière incorrecte par le chat Microsoft 365 Copilot » et que « l’ « onglet travail » du Chat de Copilot Microsoft 365 résume les emails même si ceux-ci sont assortis d’une étiquette de confidentialité et qu’une politique DLP [data loss prevention, ndlr] est configurée ».

L’entreprise affirme avoir commencé à déployer le correctif début février et indique qu’elle a contacté une partie des utilisateurs concernés pour vérifier qu’il fonctionnait. Mais elle ne s’est encore engagée sur aucune date de correction complète du bug et n’a donné aucune information sur le nombre d’organisations touchées.

Plus tôt, la direction des services informatiques du Parlement européen avait décidé de bloquer l’accès à tous les outils d’IA générative sur ses appareils pour s’assurer que des informations ne fuitent pas via ces outils.

☕️ Le Parlement européen bloque l’accès aux outils d’IA générative sur ses appareils

19 février 2026 à 07:28

Pour des raisons de cybersécurité et de protection des données, le Parlement européen a bloqué les fonctionnalités d’IA génératives des appareils qu’il fournit aux députés européens et à leurs équipes.

Dans un email obtenu par Politico, l’institution a informé ses membres lundi qu’elle avait désactivé les « fonctionnalités d’intelligence artificielle intégrées » sur les tablettes qu’elle leur fournit.

Drapeaux de l’Union européenne

« Certaines de ces fonctionnalités utilisent des services cloud pour effectuer des tâches qui pourraient être traitées localement, envoyant ainsi des données hors de l’appareil », explique la direction des services informatiques du Parlement :

« Alors que ces fonctionnalités continuent d’évoluer et deviennent disponibles sur un plus grand nombre d’appareils, l’étendue totale des données partagées avec les fournisseurs de services est encore en cours d’évaluation. Tant que cela n’aura pas été entièrement clarifié, il est considéré comme plus sûr de garder ces fonctionnalités désactivées. »

Les fonctionnalités visées seraient celles d’aide à l’écriture et au résumé de textes. La DSI du parlement pousse aussi les députés et leurs équipes à éviter ce genre d’outils sur leurs autres appareils.

☕️ Pédopornographie genAI: le gouvernement espagnol à l’offensive contre X, Meta et TikTok

18 février 2026 à 14:21

« L’impunité des géants doit cesser », affirmait le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, dans un message diffusé sur le réseau social X ce mardi 17 février. Il y annonçait ainsi que le gouvernement espagnol allait demander à la justice « d’enquêter sur les délits que X, Meta et TikTok pourraient commettre en créant et en diffusant de la pornographie infantile par le biais de leurs IA ».

« Ces plateformes portent atteinte à la santé mentale, à la dignité et aux droits de nos enfants », a-t-il ajouté, « l’État ne peut pas l’admettre ».

L’agence Reuters rapporte qu’un jeune Espagnol sur cinq, principalement des filles, affirme que des deepnudes d’elles et eux ont été créées par l’IA et partagées en ligne alors qu’ils et elles étaient mineurs, a déclaré le bureau de Sanchez, citant l’organisation de défense des droits Save the Children.

Jusque-là, c’est X et les deepfakes de Grok qui étaient surtout visés par des menaces judiciaires, mais le gouvernement espagnol semble élargir sa cible à Meta et TikTok sans pour autant détailler les reproches qu’il leur fait.

« TikTok dispose de systèmes robustes pour contrecarrer les tentatives d’exploitation ou de préjudice envers les jeunes, et nous continuons à donner la priorité et à investir dans des technologies de pointe afin de garder une longueur d’avance sur les acteurs malveillants », affirme le réseau social de partage de vidéos dans un communiqué envoyé à Reuters, tandis que X et Meta n’ont pas répondu à nos confrères sur le sujet.

Addiction aux réseaux sociaux : Meta a enterré une recherche qui ne lui convenait pas

18 février 2026 à 13:01
Sous le tapis
Addiction aux réseaux sociaux : Meta a enterré une recherche qui ne lui convenait pas

L’affaire qui oppose, aux États-Unis, une jeune femme aux plateformes de réseaux sociaux documente la façon dont Meta gère les recherches internes que l’entreprise lance sur les conséquences de ses produits. Des emails montrent ainsi que des travaux sont enterrés quand ils ne vont pas dans le sens de l’entreprise.

La semaine dernière s’est ouvert aux États-Unis le procès opposant Meta et Google à une plaignante âgée de 20 ans, Kaley G. M., et sa mère, qui les accusent de provoquer et entretenir l’addiction chez les jeunes. Comme nous l’expliquions, Snap et TikTok ont aussi été mis en cause mais ces deux entreprises ont préféré négocier un accord avec les plaignantes.

Les techniques pour attirer et garder l’auditoire de YouTube mais aussi des plateformes de réseaux sociaux Facebook et Instagram de Meta vont donc être particulièrement scrutées pendant ce procès.

Mais l’avocat de Kaley G. M, Mark Lanier, profite de l’accès aux documents internes de Meta que lui offre ce procès pour pointer la façon dont Meta choisit de rendre publiques ou pas, voire d’abandonner totalement les recherches que l’entreprise fait sur l’utilisation de ses produits.

Une étude interne de Meta qui remonte via le procès

En effet, comme nous en faisions part récemment, de plus en plus de recherches sur le numérique sont menées en lien avec les entreprises du secteur. Souvent, les auteurs n’informent pas correctement sur les liens qui les relient à Meta, X, Google ou Microsoft, par exemple. Ainsi, 29 % des articles scientifiques à propos des réseaux sociaux oublient de mentionner leurs liens d’intérêt.

Dans ce procès, Mark Lanier a mis en avant une étude menée par Meta en collaboration avec des chercheurs de l’Université de Chicago qui, selon lui, montre que le fait que les parents surveillent de près l’utilisation par leurs ados des réseaux sociaux n’a que très peu d’effet sur une utilisation compulsive ou non. Cette étude, nommée « Project Myst » pour Meta and Youth Social Emotional Trends, sondait 1 000 adolescents et leurs parents à propos de leurs usages des réseaux sociaux, explique Associated Press.

L’avocat n’a pas diffusé l’entièreté de l’étude, mais cite trois extraits repris par l’association The Tech Oversight Project. L’un affirme que « les facteurs parentaux et familiaux ont peu d’influence sur le niveau d’attention que les adolescents déclarent accorder à leur utilisation des réseaux sociaux ». Le deuxième conclut qu’ « il n’y a aucun lien entre ce que rapportent les parents et les adolescents concernant la surveillance/l’accompagnement numérique des parents et les mesures de l’attention ou des capacités des adolescents telles qu’elles ressortent de l’enquête ». Et le troisième que « les adolescents qui ont déclaré avoir vécu un plus grand nombre d’expériences négatives dans leur enfance, telles qu’une relation étroite avec une personne ayant des problèmes d’alcoolisme ou souffrant d’alcoolisme, ou avoir été victimes d’intimidation ou de harcèlement à l’école, ont déclaré être moins attentifs à leur utilisation des réseaux sociaux ».

Sans publication, des interprétations divergentes

Selon TechCrunch, Mark Lanier a interprété devant la Cour ces conclusions de l’étude comme le fait que les outils de contrôle parental d’Instagram ou ceux de limitation du temps d’utilisation sur les smartphones n’auraient pas vraiment d’effet sur l’utilisation excessive des réseaux sociaux sur les ados. Pour autant, il est difficile d’aller dans son sens ou de conclure autre chose sans avoir accès à l’étude en question.

Nos confrères soulignent que, bien qu’un document semble montrer qu’il a donné son accord pour la mise en place de MYST, le patron d’Instagram, Adam Mosseri, a affirmé dans son témoignage ne pas se rappeler du projet : « Nous menons de nombreux projets de recherche », a-t-il affirmé devant la Cour.

Les avocats de Meta ont plus insisté sur le fait que l’étude cherchait à déterminer non pas si les adolescents étaient réellement dépendants, mais s’ils avaient le sentiment d’utiliser trop les réseaux sociaux. Concernant l’utilisation excessive des réseaux sociaux par les adolescents, ils ont mis l’accent sur la responsabilité des parents et les problèmes rencontrés dans la vie plutôt que sur les produits de leur client, pointant le divorce des parents de Kaley, son père violent et le harcèlement qu’elle a subi à l’école.

Lecornu en équilibre entre soutien aux solutions de la DINUM et recours à la French tech

17 février 2026 à 16:27
Je choisis la french tech après la DINUM
Lecornu en équilibre entre soutien aux solutions de la DINUM et recours à la French tech

Le Premier ministre a publié une circulaire « relative à la commande publique numérique » couchant noir sur blanc la doctrine de l’État concernant les choix et achats de logiciels par ses services. Elle priorise l’utilisation de solutions internes existantes avant l’achat de produits « sur étagère ». Le développement de solutions en interne n’arrive qu’après.

Depuis la mise en avant de la Suite numérique de l’État et notamment sa solution de visioconférence Visio, une partie du milieu de l’industrie numérique français criait à la concurrence déloyale. Une circulaire relative à la commande publique numérique signée par Sébastien Lecornu essaye de jouer l’équilibre entre la mise en avant des solutions mutualisées développées en interne et le soutien aux startups françaises.

Publiée le vendredi 13 février au Journal officiel, cette circulaire relative à la commande publique numérique avait été évoquée par le gouvernement Lecornu lors de l’annonce, au début du mois, d’une nouvelle phase de déploiement pour le programme « Je Choisis La French Tech ».

À cette occasion, David Amiel, le ministre délégué chargé de la Fonction publique et de la Réforme de l’État, affirmait que « l’État n’a pas pour mission de concevoir des produits » et qu’il fallait se tourner vers le secteur privé. Mais c’est, en même temps, ce même ministre qui a récemment annoncé la généralisation de Visio, développé par la Dinum au sein de sa plateforme La Suite numérique.

Priorité aux solutions mutualisées existantes…

Avant la publication de la circulaire, Bercy affichait que son but était de clarifier la doctrine d’achat de solutions numériques de l’État. Tout en essayant de ménager les startups françaises, ce texte donne priorité aux « solutions mutualisées déjà développées […] disponibles au sein de l’administration, en particulier via les services offerts par les opérateurs mutualisés ».

La circulaire donne une liste non exhaustive de ces opérateurs : DINUM, IGN, Opérateur des systèmes d’information interministériels classifiés (OSIIC), Centre interministériel de services informatiques relatifs aux ressources humaines (CISIRH), Agence pour l’Informatique financière de l’État (AIFE). « Leur recours doit être étudié en premier lieu en prenant en compte, le cas échéant, les besoins de développements complémentaires qui pourraient être nécessaires », explique encore le texte. C’est la DINUM elle-même qui tient le catalogue des solutions disponibles.

… puis aux solutions privées « sur étagère »

Ce n’est qu’après avoir vérifié qu’aucune solution mutualisée n’existe qu’un service de l’État peut s’équiper via des solutions « sur étagère » du privé. Le texte affirme que « l’État accorde une priorité forte à l’achat auprès de PME innovantes pour soutenir la recherche et développement au sein de l’écosystème européen » et ajoute que « chaque secrétariat général se fixe pour objectif d’augmenter sa part d’achats auprès de PME innovantes ».

Le développement d’un logiciel en interne ne peut intervenir que s’il n’existe pas de solutions « sur étagère » ou si celles-ci existent mais ne sont pas satisfaisantes. La circulaire évoque quand même de nombreux motifs d’insatisfactions autres que le coût, ainsi sont énumérées « les conditions de sécurité, de durabilité, de besoin ou de délais précitées ».

La souveraineté numérique en critère essentiel

Lorsqu’il y a achats numériques, la circulaire pose des objectifs prioritaires à prendre en compte. Le premier est « la performance métier ». La « souveraineté numérique » arrive en deuxième, puis la sécurité, le coût, la disponibilité, l’adaptabilité et la réversibilité, l’interopérabilité et enfin la durabilité.

Si la souveraineté numérique est bien placée, il restait à la définir. Le texte affirme qu’en pratique, elle s’appuie « en particulier » sur trois points : l’immunité au droit extra-européen à portée extraterritoriale, la capacité de l’État à substituer une composante de ses systèmes numériques par une solution alternative, la maîtrise des technologies clefs.

« La qualification SecNumCloud permet notamment d’attester qu’une offre de service d’informatique en nuage bénéficie d’une protection adéquate à l’égard des réglementations extra-européennes à portée extraterritoriale. Cette immunité est en particulier requise lorsque la sensibilité des données le justifie », affirme le texte, toujours sur le volet souveraineté.

Côté sécurité, le besoin doit être « défini dès le lancement du projet en prenant en compte les exigences réglementaires spécifiques à certains types de données ou d’activité ». La qualification SecNumCloud y est aussi évoqué pour l’hébergement de « données d’une sensibilité particulière telles que définies par la loi ».

Le texte fait enfin un « zoom sur l’open source », affirmant : « que les solutions soient directement disponibles auprès d’un opérateur ou résultent d’un achat « sur étagère », il est recommandé de privilégier, lorsque c’est pertinent, le recours à des produits open source ». L’utilisation des logiciels open source permet « d’investir dans les mêmes technologies et de bénéficier des avancées de chacun ». « Une attention particulière doit être portée sur les contributions au code ouvert, tant sur la qualité que sur la quantité, afin de garantir sa pérennité et sa sécurité », précise le texte.

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