Vue normale

Guerre en Iran : nouvelles perturbations pour les infrastructures d’Amazon au Bahreïn

24 mars 2026 à 16:02
Collateral damages
Guerre en Iran : nouvelles perturbations pour les infrastructures d’Amazon au Bahreïn

De nouvelles perturbations sur le centre de données d’AWS localisé au Bahreïn soulignent les enjeux que le conflit en Iran pose pour les projets d’infrastructure numérique lancés au Moyen-Orient.

Début mars, AWS faisait déjà partie des victimes collatérales des combats entre États-Unis, Israël et Iran. Ce 23 mars, d’après les informations de Reuters, ses services installés à Bahreïn sont de nouveau perturbés par des activités de drones.

Si ces interruptions de service ont été confirmées par un porte-parole de l’entreprise, ce dernier n’a pas indiqué si le centre de données concerné avait été directement touché par un tir, ou s’il subissait des aléas dus à des frappes à proximité. L’épisode illustre la situation délicate dans laquelle l’attaque de l’Iran par les États-Unis place les plus grands acteurs du numérique, qui ont multiplié ces dernières années les investissements au Moyen-Orient.

Migration encouragée vers d’autres régions

Depuis les premières perturbations liées au conflit, tout début mars, Amazon semble avoir cessé de mettre à jour sa communication sur la situation de ses équipements. Les informations relatives à « me-south-1 », comme le centre de données du Bahreïn est nommé dans la nomenclature d’AWS, restent en effet inchangées depuis le 3 mars.


Services qui restent « touchés » par des perturbations (et non « réparés ») à la suite de perturbation du centre de données me-south-1, en date du 24.03.26
 / Capture d’écran Amazon

Auprès de Reuters, l’entreprise indique aider sa clientèle à migrer ses charges vers d’autres régions où les services d’AWS sont disponibles, le temps que les capacités de ce bâtiment puissent être rétablies. Début mars, l’entreprise avait indiqué plusieurs perturbations, notamment en termes d’approvisionnement électrique, aux Émirats arabes unis et au Bahreïn. L’entreprise affirmait que les frappes du moment avaient causé des « dommages structurels », et qu’à ce titre, la remise en état des équipements serait « longue ».

Multiplication de projets au Moyen-Orient

Mis en service en 2019, le centre de données du Bahreïn est le premier qu’Amazon ait construit dans le Golfe persique. Depuis, elle a développé des infrastructures aux Émirats arabes unis et travaille désormais à un projet à 10 milliards de dollars en Arabie saoudite. Mais les tensions actuelles risquent de mettre en péril certains projets, que ceux-ci visent à fournir de l’infrastructure classique, ou des projets plus spécifiquement dédiés à l’intelligence artificielle. 


En quelques années, les Émirats, le Qatar et l’Arabie Saoudite ont en effet dépensé des milliers de milliards de dollars dans l’industrie du numérique, tandis que géants historiques de l’industrie technologique et projets plus directement liés à l’essor de l’IA venaient y réaliser leurs propres larges investissements. Oracle, Nvidia et Cisco soutiennent ainsi financièrement le projet de campus dédié à l’IA d’Open AI, appelé UAE Stargate (en écho au Stargate états-unien) et financé en collaboration avec la société émiratie G42.



Au total, en 2025, les dépenses liées au numérique orienté business et consommateur auraient dépassé les 65 milliards de dollars en 2025, soit près du double des 36 milliards relevés en 2020, selon la société IDC. Les seuls secteurs du cloud et des centres de données ont enregistré une augmentation de 75 % des dépenses, pour un total de 895 millions de dollars en 2025, relève le New-York Times.

Déjà au moins de septembre, alors que Doha, la capitale qatarie, était touchée par des frappes israéliennes, des investisseurs questionnaient auprès de CNBC la stabilité géopolitique de la région. Et si Donald Trump lui-même a salué, voire aidé à la conclusion de certains projets, sa décision de se lancer dans l’attaque récente contre l’Iran vient largement rebattre les cartes.

Rien n’empêche de considérer, souligne en effet le directeur du Center for Strategic and International Studies, que des centres de données puissent devenir des « cibles d’attaques légitimes dans les conflits armés modernes ». Mi-mars, l’Iran durcissait justement le ton, qualifiant d’« infrastructures technologiques ennemies » les équipements d’Amazon, Microsoft, Google, Palantir, Nvidia, IBM et Oracle.

Si les projets initiés dans la région ne devraient pas disparaître du jour au lendemain, des analystes préviennent qu’à défaut de détente, les prochaines vagues d’investissements pourraient se tourner vers d’autres régions du monde pour s’épargner des risques géopolitiques. Un tel cas de figure pourrait notamment profiter à l’Europe du Nord, l’Inde ou l’Asie du Sud-Est.

☕️ Pour le patron de Grammarly, tout expert pourrait tirer profit d’agents d’IA à son nom

24 mars 2026 à 13:56


Patron de Superhuman, la société éditrice de Grammarly, Shishir Mehrotra est revenu sur les débats relatifs à sa fonctionnalité « Expert Review », qui permettait de réviser un texte avec l’aide de rendus automatisés présentés comme inspirés des travaux d’autrices et auteurs, scientifiques ou journalistes réels.

Après avoir créé un large débat dans la sphère anglophone, cette dernière a été suspendue le 12 mars, quelques heures après que nous retrouvions les noms de plusieurs scientifiques, écrivaines et journalistes francophones dans l’outil.

Sur les 1 500 personnes travaillant chez Superhuman, nom adopté par la société quelques mois après une levée de fonds d’un milliard de dollars, Shishir Mehrotra explique à The Verge que la décision de lancer un tel outil est revenue à une poignée de personnes, « probablement un gestionnaire de produit et quelques ingénieurs ». Il explique sa décision de la supprimer au fait qu’il s’agissait d’une « mauvaise fonctionnalité », utile « ni pour les utilisateurs, ni pour les experts ».

Illustration : Flock

Interrogé sur la rémunération qui aurait dû être proposée aux universitaires, journalistes, ou autrices et auteurs cités par la machine, l’entrepreneur répond sur la thématique de la visibilité : « Comme experts, vous avez besoin de vous rendre visibles sur internet. »

N’importe quelle personne qui publierait en ligne, estime-t-il, veut voir son contenu utilisé par d’autres, que d’autres utilisateurs y fassent référence, et que les auteurs des contenus en question soient cités. « Et pour citer, il faut utiliser votre nom ». C’est, en substance, ce que Grammarly souhaitait mettre en avant avec son outil « expert review », avance l’entrepreneur, qui considère les accusations d’usurpation d’identité « un peu exagérées ».

La journaliste Julia Angwin et d’autres poursuivent néanmoins l’entreprise en justice aux États-Unis pour usage non consenti du nom et de l’identité de personnes, sans leur consentement.

Relancé sur la question de la rémunération qui aurait pu être proposée aux personnalités citées par la machine, Shishir Mehrotra évacue à nouveau : « Nous ne devrions pas usurper votre identité, point. Nous ne l’avons pas fait. Si nous utilisons votre travail, si n’importe quel LLM ou n’importe quel produit utilise votre travail, il devrait citer la source de ces éléments et fournir les liens qui y renvoient. »

Interrogé une troisième fois sur le sujet, l’entrepreneur évoque finalement un modèle d’affaire en cours de construction – notamment la possibilité de créer des agents d’IA supposés représenter un ou une experte, qui pourrait ensuite partager les revenus tirés de l’usage de cet outil avec Grammarly, sur une répartition de l’ordre de 70 % pour l’auteur, 30 % pour la plateforme. Concrètement, Shishir Mehrotra propose un mode de financement très similaire à ce qui existe déjà dans l’écosystème des créateurs et créatrices de contenu, sans considération particulière sur la volonté des universitaires, journalistes ou autrices et auteurs cités pour ce type de nouvelle activité.

Quant aux noms cités par la fonctionnalité Expert Review – côté français, nous avions noté la présence de Valérie Masson-Delmotte, Annie Ernaux ou encore Florence Aubenas – ces derniers « viennent directement des LLM populaires ». Autrement dit, Grammarly n’aurait rien construit d’autre qu’une forme d’itération sur la pratique consistant à interroger Claude ou Gemini en lui demandant d’améliorer un texte en « s’appuyant sur les personnes les plus utiles pour donner des retours constructifs, prenant leurs travaux les plus intéressants, et utilisant cela pour fournir une révision ».

☕️ Sur Tiktok, une campagne d’influence en amont des élections législatives hongroises

24 mars 2026 à 10:19


À chaque échéance électorale ou presque, désormais, son lot d’opérations d’influence : alors que la population hongroise doit se rendre aux urnes le 12 avril pour des élections législatives, des centaines de vidéos générées par IA circulent sur TikTok dans un but affiché d’améliorer l’image du Premier ministre Viktor Orbán et de discréditer son concurrent Péter Magyar.

En l’espèce, Newsguard indique avoir identifié un réseau de 34 comptes anonymes dédiés à moquer Péter Magyar – par exemple en faisant prononcer des textes critiques par des animaux – ou à tromper très directement les internautes en singeant des reportages vidéos dénigrant le candidat. Ces derniers éléments reprennent de vraies images de Péter Magyar, mais y ajoutent divers commentaires négatifs, ou de faux présentateurs le qualifiant d’agressif.

L’Ukraine est régulièrement visée dans ces contenus, et les images de stars internationales comme Leonardo DiCaprio ou Johnny Depp utilisées pour diffuser des messages politiques.

Les images de Leonardo DiCaprio et Johnny Depp utilisées pour interférer dans les débats en amont des élections législatives hongroises / Capture d’écran Newsguard

À l’heure actuelle, les vidéos en question ont accumulé de l’ordre de 10 millions de vues. En parallèle, Newsguard constate que des émanations de la campagne russe Matriochka – qui s’était attaquée à l’Ukraine et à l’organisation des Jeux olympiques de 2024 dans l’espace informationnel français – visent aussi le public hongrois. Ces dernières recourent plutôt à X et Telegram pour diffuser de fausses informations, là encore mentionnant régulièrement l’Ukraine pour en critiquer la population.

Alors que Viktor Orbán est décrit comme le « canal d’influence le plus direct de Vladimir Poutine au sein de l’UE », plusieurs spécialistes alertent contre les risques d’ingérence dans le scrutin de la part de la Russie.

☕️ Chez Arte, les revenus des traducteurs chutent à mesure que l’IA est adoptée

24 mars 2026 à 08:49


Début février, chez Arte, des représentants du collectif de traducteurs et traductrices qui travaillent aux sous-titres de la chaîne franco-allemande étaient venus sonner l’alerte : depuis le début de l’année 2025, leurs revenus étaient en forte baisse.

Depuis plus d’une décennie, la chaîne recourt à leurs services pour adapter les magazines et documentaires vers l’anglais, l’espagnol, le polonais, l’italien et le roumain.

Sur place, les responsables du programme multilingue de la chaîne ne s’en sont pas cachés, rapporte Mediapart : ils sont très satisfaits des résultats de leurs expérimentations de traduction automatisée, menées à partir de mai 2023 et généralisées un an plus tard. À terme, le recours à l’intelligence artificielle devrait devenir « inéluctable ».

Illustration : Flock

Concrètement, cela leur permet de réduire de moitié la facture actuelle versée au prestataire d’Arte Transperfect. Pour un traducteur humain, cette facture s’élève à 10 euros la minute, dont 4 à 5 euros sont finalement reçus par le ou la traductrice. Pour ces derniers, en revanche, cela réduit la qualité du travail tout en réduisant les revenus.

Comme nous l’expliquait Margot Nguyen Béraud, membre du collectif En chair et en os, dans le dernier épisode d’Entre la chaise et le clavier, à l’ère de l’IA, le travail demandé aux professionnels de la traduction n’est plus de partir du texte initial pour l’adapter, mais d’une version « pré-mâchée » par le robot, qu’il s’agit ensuite de « post-éditer ».

L’effet sur les revenus est direct : quand bien même les principaux concernés estiment que ces post-éditions ne leur font pas tellement gagner de temps, Transperfect ne paye plus la minute que 2 ou 2,5 euros lorsqu’un système d’IA (ici, Claude d’Anthropic) est mobilisé.

Côté Arte, en revanche, l’économie permettrait de multiplier les traductions vers vingt-quatre langues à terme, et de mettre ces traductions à disposition en moins de 24 h pour les programmes d’actualité.
Pour les représentants de plusieurs syndicats et collectifs de traducteurs et traductrices, l’affaire est malheureusement « banale », le symptôme d’une tendance qui conduit de plus en plus de professionnels à quitter le métier.

Le public n’y gagne pas forcément, pointe la présidente de l’Association des traducteurs adaptateurs de l’audiovisuel (Ataa), avec des traductions médiocres dans lesquelles des marqueurs comme le tutoiement ou le vouvoiement sont mélangés, des mots intervertis, ou encore l’intégralité du texte retranscrite, alors que les experts du sous-titre tendent à proposer des élisions pour permettre au public de suivre.

☕️ IA : un homme plaide coupable d’avoir détourné des millions de dollars en streams musicaux

23 mars 2026 à 11:29


Michael Smith, un homme de 52 ans originaire de Caroline du Nord, a plaidé coupable, ce 20 mars, d’avoir détourné des millions de dollars de royalties en inondant les plateformes de streaming musical de morceaux générés par IA.

Non content de fabriquer la musique grâce à des systèmes d’IA générative, il avait promu ces morceaux sur les plateformes à l’aide de robots dédiés à faire grimper leur nombre d’écoutes à plusieurs milliards.

Dans le cadre d’un accord passé avec les procureurs fédéraux de New York, cet homme a plaidé coupable de complot en vue de commettre une fraude électronique, rapporte the Guardian. Cette décision fait de l’affaire l’une des premières pour fraude liée à l’IA qui aboutit.

Image by Sang Hyun Cho from Pixabay

De fait, le prévenu a « créé des milliers de fausses chansons à l’aide de l’IA », mais les revenus obtenus, eux, « étaient réels », souligne le procureur Jay Clayton dans un communiqué. D’après les termes de son accord, Michael Smith risque maintenant jusqu’à cinq ans de prison et 8 millions de dollars au titre de la confiscation de ses gains lorsque sa peine définitive sera prononcée, en juillet.

En janvier, le magazine Rolling Stones révélait que ce père de famille avait utilisé 1 040 comptes pour diffuser de l’ordre de 636 morceaux générés par IA par jour.

L’affaire illustre une tendance plus large à la diffusion de musique créée automatiquement, dont l’un des effets de bord revient à menacer directement les revenus des artistes.
Des plateformes dédiées à la fabrication de ce type de morceaux, à commencer par Udio et Suno, sont ainsi attaquées devant la justice états-unienne.

Un projet « hypothétique » de centre de données doit-il être évalué dans son entier ?

19 mars 2026 à 17:07
Par étapes ou en entier ?
Un projet « hypothétique » de centre de données doit-il être évalué dans son entier ?

Ce 19 mars, à Versailles, le projet de centre de données de CyrusOne dans la ville de Wissous se retrouvait de nouveau devant la justice. Objet des débats : en vertu du Code de l’environnement, aurait-il dû être présenté en entier à l’administration et au public dès le début, ou son découpage en trois phases reste-t-il recevable ?

Au sortir du tribunal, les opposants au projet de centre de données de CyrusOne à Wissous avaient repris un peu d’espoir : le juge Even avait posé deux questions sur le raisonnement économique qui avait poussé l’opérateur états-unien à initier son projet. D’après Philippe de Fruyt, tête de la liste Wissous notre ville, qui vient d’être battu au premier tour des municipales, « c’est la première fois que ce point était abordé » devant la Justice.

Ce 19 mars, c’est pourtant la deuxième fois que ce retraité de l’industrie automobile se retrouvait face à la justice en tant que représentant de l’association Wissous-notre-ville, cette fois-ci devant la Cour administrative de Justice de Versailles. L’enjeu, comme nous l’expliquions dans un précédent article : contester la manière dont le projet a été porté par l’opérateur CyrusOne.

Désormais rejointe par deux associations nationales, France Nature Environnement (FNE) et Data For Good, Wissous-la-Ville estime que l’opérateur a découpé son projet en trois phases taillées à dessein pour passer sous les différents seuils de contrôle imposés par le code de l’environnement, et repousser ainsi au plus tard possible le déclenchement des audits environnementaux et de la consultation publique les plus poussés.

Sous les 20 mégawatts (MW) de puissance, les opérateurs d’installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) n’ont qu’à soumettre une déclaration à l’administration pour pouvoir lancer leurs travaux. Entre 20 et 50 MW, ils doivent l’enregistrer auprès de la préfecture. Au-dessus de 50 MW, ils doivent demander une autorisation, qui implique entre autres de réaliser des études environnementales et de consulter le public.

Projet complet en devenir vs. phases successives d’un projet hypothétique

Mais, au-delà de l’existence de ces seuils, le Code de l’environnement indique : « Lorsqu’un projet est constitué de plusieurs travaux (…), il doit être appréhendé dans son ensemble, y compris en cas de fractionnement dans le temps et dans l’espace et en cas de multiplicité de maîtres d’ouvrage, afin que ses incidences sur l’environnement soient évaluées dans leur globalité. »


Il reste 72% de l'article à découvrir.
Vous devez être abonné•e pour lire la suite de cet article.
Déjà abonné•e ? Générez une clé RSS dans votre profil.

Pokémon Go signe un partenariat avec la société de livraison robotisée Coco Robotics

18 mars 2026 à 15:13
Share your localization with Coco's robots
Pokémon Go signe un partenariat avec la société de livraison robotisée Coco Robotics

Le partenariat de l’ex-éditeur de Pokémon Go avec Coco Robotics agite les discussions en ligne. Étant donné la spécialisation croissante de Niantic dans la construction de modèles de géolocalisation, il illustre pourtant un débouché classique de systèmes d’automatisation vers la robotique.

Oui, les données des joueurs de Pokémon Go servent à entraîner des systèmes d’IA. La nouvelle a fait bruisser les discussions numériques, ces derniers jours, alors que Niantic, l’éditeur du jeu vidéo ultra-populaire de l’été 2016 Pokémon Go, annonçait un partenariat avec Coco Robotics.

En cause : une partie du public semblait y découvrir que les multiples données de géolocalisation collectée par l’entreprise au gré des sessions de chasse aux Pokémon en réalité virtuelle servaient des finalités plus concrètes. Mais l’annonce n’est que la traduction de deux tendances : l’évolution du modèle initial de Niantic Labs, et la pratique plus globale de recherche de nouveaux débouchés économiques aux collecte de données orchestrées par les sociétés numériques.

D’éditeur de jeu vidéo à éditeur de modèle géospatial

Initialement lancée au sein de Google, en 2010 par John Hanke, Niantic Labs est en effet une société qui a pris son indépendance en 2015. Depuis, son business model a évolué, pour s’appuyer au fil du temps sur deux pieds : les revenus tirés des jeux eux-même (achats au sein des applications, événements liés à des succès comme Pokémon Go, ou encore publicité) et ceux obtenus par sa filiale Niantic Spatial, dédiée à faire évoluer les technologies de réalité augmentée et d’IA.

Depuis plusieurs années, cette dernière s’emploie en particulier à construire des modèles géospatiaux dont l’efficacité est précisément permise… par la somme de données récoltées grâce aux différents jeux en réalité augmentée de Niantic Labs. En 2024, l’entreprise dévoilait notamment son Large Geospatial Model (LGM), un système qui vient alimenter le Visual Position System (VPS) construit par l’entreprise, et à la base des jeux Pokémon Go, Ingress et Peridot. 



Le but de ces différents outils : permettre aux terminaux des utilisateurs de comprendre où ils se situent dans le monde réel. L’entraînement du LGM, expliquait alors l’entreprise, avait été permis par les « milliards d’images du monde, toutes reliées à des endroits précis du globe » que lui avaient partagées les joueurs de Pokémon Go.

À l’époque, Niantic avait d’ailleurs déployé une nouvelle fonctionnalité, Pokémon Playgrounds, dans laquelle joueuses et joueurs pouvaient placer leur Pokémon dans des lieux donnés, afin que d’autres internautes puissent les voir et jouer avec. L’entreprise se targuait de recevoir en moyenne 1 million de nouveaux points de localisation par semaine, et en détenir déjà 10 millions.

La robotique, débouché industriel à part entière

Depuis Niantic a encore évolué : en mars 2025, l’entreprise vendait sa branche jeux vidéos à Scopely, pour faire de Niantic Spatial une société à par entière. Concrètement, John Hanke indiquait prendre la tête de Niantic Spatial, qui se lançait de manière indépendante grâce à 200 millions de dollars des revenus de Niantic et 50 millions de dollars d’investissements de Scopely. Le projet : faire prendre leur essor aux outils de vision et géolocalisation spatiale auxquels travaillait déjà l’entreprise.

Dans ces conditions, et sachant que l’essentiel des sociétés qui ont fait de la collecte de données un pan de leur modèle d’affaire ont ensuite mobilisé ces données pour construire divers systèmes technologiques, Niantic Spatial a assez logiquement cherché des débouchés pour son VPS et son modèle géospatial.

Ce 10 mars, la société indiquait la mise en place d’un partenariat stratégique avec la société Coco Robotics, qui construit des robots dédiés à la livraison automatisée. Une telle alliance s’explique techniquement : les systèmes de visualisation dans l’espace réel développé par Niantic Spatial pourraient servir d’« yeux » aux robots de Coco. « La navigation dans les rues chaotiques des villes est un des défis d’ingénierie les plus complexes » déclare John Danke dans leur communiqué commun, et c’est à ce défi que les deux sociétés prévoient de s’atteler ensemble.

En l’espèce, leur alliance n’est qu’un symptôme d’une recherche plus large de débouchés des technologies d’IA dans le monde hors ligne. En France, ces dernières semaines, le cofondateur d’AMI Labs Yann LeCun ne s’est ainsi pas caché de chercher des débouchés à ses futurs modèles dans « l’automatisation, les dispositifs portables, la robotique », entre autres exemples.

Bien sûr, cela signifie que Niantic tire profit des activités ludiques et bénévoles des joueurs de Pokémon Go au cours de la décennie passée. Mais est-ce une spécificité, quand on sait que l’essentiel des réseaux sociaux font de même, voire que les tests CAPTCHA que les internautes remplissent pour entrer sur des sites web permettent d’entraîner des modèles d’IA ?

IA : Meta investit dans l’infrastructure, mais pourrait licencier 20 % de ses équipes

18 mars 2026 à 11:04
Investissements non humains
IA : Meta investit dans l’infrastructure, mais pourrait licencier 20 % de ses équipes

Alors que l’entreprise multiplie les projets dédiés à étendre ses capacités de hardware et d’infrastructure dédié à l’intelligence artificielle, elle pourrait licencier jusqu’à 20 % de ses effectifs actuels.

Meta s’apprêterait à licencier 20 % de ses équipes, selon les informations de Reuters, une réduction d’effectif qui représenterait donc environ 16 000 emplois sur les 79 000 que la société compte actuellement.

S’il n’a pas encore été confirmé, ce projet se ferait dans un contexte de poursuite des investissements de l’entreprise dans l’intelligence artificielle. Ce 17 mars, la société néerlandaise Nebius indiquait par exemple avoir signé un contrat de 27 milliards de dollars avec Meta pour lui fournir diverses capacités d’infrastructure (data center, serveurs, GPU) sur les cinq prochaines années. Mi-mars, le géant des réseaux sociaux annonçait par ailleurs le développement de quatre nouvelles puces MTIA (Meta Training and Inference Accelerator), qu’elle produit depuis 2023, sur les deux prochaines années.

Investissements accélérés dans l’IA

Ces différents éléments s’intègrent dans une redirection plus large de la société vers l’intelligence artificielle générative. À l’été 2025, Mark Zuckerberg annonçait ainsi son projet d’investir des « centaines de milliards de dollars » dans l’industrie, que ce soit du côté du développement ou de la sous-traitance de centres de données spécialisés dans l’équipement dédié à faire tourner de grands modèles de langage, ou dans le recrutement de personnalités de l’IA.

À l’époque, les packages au montant faramineux proposés à des ingénieurs d’Apple, Google ou Open AI avaient défrayé la chronique : pour tenter de rattraper ses concurrents, Mark Zuckerberg avait en effet proposé jusqu’à un milliard de dollars sur plusieurs années à certains spécialistes. Début septembre, cela n’avait pas empêché certaines embauches récentes (ou plus anciennes) de repartir aussi rapidement, quelquefois pour aller directement chez la concurrence – l’ancienne directrice de produits d’IA générative Chay Nayak a rejoint OpenAI –, quelquefois pour créer leurs propres entreprises – ainsi de l’ancien directeur du laboratoire Facebook Artificial Intelligence Research (FAIR) Yann LeCun, rentré en France pour cofonder la start-up AMI.

Licenciements dans la tech

Mais maintenir ce rythme implique de larges dépenses. En novembre, l’entreprise prévoyait d’investir 600 milliards de dollars dans des infrastructures et des emplois sur les trois prochaines années, sachant que la société avait déjà dépensé 135 milliards de dollars dans le domaine sur la seule année 2025.

Auprès de Business Insider, des cadres de Meta n’en avancent pas moins que le projet de licenciements de la société pourrait débuter dès ce mois de mars. S’il se confirme, ce serait le plus gros réalisé depuis la pandémie. En novembre 2022, la société avait licencié 11 000 employés, avant de se séparer de 10 000 personnes supplémentaires en mars 2023. Début janvier 2026, elle remerciait par ailleurs 1 500 personnes de son Reality Labs, actant son détournement du métavers, pourtant ardemment promu par Mark Zuckerberg pendant la pandémie.

Outre le contexte spécifique à l’entreprise, il s’inscrirait dans une tendance plus large de licenciements dans l’industrie numérique : l’éditeur de logiciel Atlassian a par exemple indiqué se séparer de 10 % de ses effectifs il y a quelques jours, suivi notamment par Block, la société dirigé par le fondateur de Twitter Jack Dorsey. Cette dernière a annoncé fin février se séparer d’un coup de 40 % de ses 10 000 employés.

À Rome, le séminaire de Peter Thiel sur l’Antéchrist crée des remous

17 mars 2026 à 11:02
Vade retro
À Rome, le séminaire de Peter Thiel sur l’Antéchrist crée des remous

Peter Thiel lançait ce 15 mars à Rome un nouveau séminaire de quatre jours sur l’Antéchrist. Sa venue a créé des remous dans l’écosystème catholique comme du côté du gouvernement italien.

Après Paris, Rome… et la proximité du Vatican. Après la leçon donnée fin janvier à l’Académie des sciences morales et politiques, Peter Thiel continue sa tournée des pays européens pour se rapprocher cette fois-ci du cœur de la religion dont il a adopté une lecture si personnelle.

Comme il le fait habituellement, sa prise de parole a été organisée dans un secret relatif, éventé notamment par le refus de l’Université pontificale Saint-Thomas-d’Aquin de Rome de lui accorder une salle. L’entrepreneur et capital-risqueur avait pourtant soigneusement préparé son spectacle : messe en latin à l’église Saint-Jean-Baptiste-des-Florentins, puis ouverture de ses quatre jours de séminaires.

Qu’à cela ne tienne, ses hôtes, l’Associazione culturale Vincenzo Gioberti et le Cluny Institute, proche de la Catholic University of America, lui ont trouvé un espace au Palazzo Taverne pour ouvrir, ce 15 mars, une série de conférences à huis clos sur sa figure favorite : l’Antéchrist. L’épisode traduit bien, cela dit, les débats que sa venue à Rome a suscités, aussi bien du côté du Vatican que des représentants politiques italiens.

L’action de Thiel ? Un « acte d’hérésie »

Car au Vatican, le pape prépare sa première encyclique, une de ces lettres solennelles qui permettent aux pontifes de dessiner leur doctrine, et celle-ci pourrait bien se pencher en partie sur l’intelligence artificielle et les technologies. Dans le quotidien Avvenire, lu par les évêques italiens, plusieurs articles très critiques de Palantir ont fleuri. Pour un auditoire plus généraliste, le père Paolo Benanti signait ce week-end dans Le Grand Continent un article très défavorable au positionnement de Thiel.

« L’ensemble de l’action de Thiel peut se lire comme un acte prolongé d’hérésie contre le consensus libéral, écrit cet artisan des travaux du Vatican sur l’IA : une contestation des fondements mêmes de la coexistence civile, qu’il juge désormais dépassés. » Et de préciser que l’hérésie, étymologiquement, n’est pas simple « blasphème » ou « erreur doctrinale », mais un « choix, une option ». Ou, d’un point de vue philosophique, « l’isolement d’une vérité partielle, détaché du tissu relationnel de l’ensemble et élevée au rang de principe absolu ».

S’appuyant sur cette conception, le conseiller du pape appelle à lire le positionnement de Thiel « non comme un simple rejet des valeurs occidentales mais comme la radicalisation pathologique de certaines de leurs composantes — la compétition, la technologie, l’individu — qui, érigées en unique boussole, conduisent à des résultats radicalement divergents du projet démocratique commun ».

Embarras jusque chez Giorgia Meloni

Outre irriter l’écosystème catholique romain, la venue de Peter Thiel a gêné jusqu’à la présidente du Conseil des ministres italiens, Giorgia Meloni, pourtant présidente du parti d’extrême-droite Fratelli D’Italia et ouvertement proche de Donald Trump, J.D. Vance et Elon Musk.

Plusieurs législateurs ont clairement demandé si Thiel rencontrerait Meloni, et si Palantir travaillait déjà pour l’administration publique italienne, rapporte Euractiv. En 2024, le ministère de la Défense avait notamment lancé un appel d’offre susceptible de correspondre à une licence pour la plateforme Gotham, qui permet d’explorer de multiples sources d’information.

Politiquement, analyse par ailleurs l’Opinion, Peter Thiel paraîtrait même trop extrême aux yeux du gouvernement actuel. Aussi proche soit-il des dirigeants politiques et technologique états-unien, ce dernier doit en effet composer avec les retombées de la guerre lancée brusquement par Donald Trump en Iran – guerre contre laquelle plusieurs milliers de personnes ont protesté ce week-end à Rome.

Quand l’IA s’invite dans les municipales

17 mars 2026 à 07:11
IA quoi ?
Quand l’IA s’invite dans les municipales

Utilisée par certains candidats, refusée par d’autres, l’intelligence artificielle s’est aussi immiscée dans certaines discussions de campagne municipale à l’initiative de l’association Pause IA. Peu de candidats sensibles à son discours sur les risques existentiels se sont qualifiés pour le second tour des élections.

L’intelligence artificielle est partout. L’est-elle jusque dans les municipales ? À en croire les usages d’une variété de candidats, oui.

En février, le maire divers gauche de Barentin (Seine-Maritime) Christophe Bouillon comme le communicant politique Paul Brounais le déclaraient au Monde : si tout le monde a de l’IA dans la poche, autant s’en servir aussi pour faire campagne. Cela dit, par conviction personnelle ou mobilisés par des associations comme Pause IA, certains ont décidé de rejeter plus ou moins explicitement le recours à ces technologies.

De l’IA dans la préparation des campagnes

À quoi l’IA peut-elle servir dans un contexte d’élection locale ? Dans certains cas, il s’agit simplement de reproduire des usages du monde professionnel : recourir à l’IA pour prendre des notes de réunions puis en établir la synthèse, comme l’a fait le candidat de Poissy Karl Olive (Renaissance), voire pour les faire lire sous forme de courts podcasts et les rendre ainsi accessibles sur toutes les plateformes, comme l’a proposé Florence Woerth (divers droite) à Chantilly.

Dans d’autres, les moteurs génératifs permettent d’écrire un premier jet de discours, voire d’imaginer des affiches ou des contenus pour les réseaux sociaux, comme l’a largement illustré la candidate Reconquête à Paris Sarah Knafo. Problème, la génération d’images irréelles permet non seulement d’attaquer les politiques menées jusque-là, mais aussi d’attaquer nommément. À Strasbourg, la gestion écologiste a par exemple été critiquée par la candidate Rassemblement National Virginie Joran à l’aide d’une vidéo d’une rue représentée pleine de déchets… sauf que la rue en question n’existe pas : elle a été générée par IA.

À Corbeil-Essonnes, la candidate Samira Ketfi (divers droite) a porté plainte après s’être retrouvée représentée en tenue de danseuse orientale. L’image repose « sur des stéréotypes à connotation raciste et sexiste », a-t-elle écrit au procureur de la République. À Guéret, les candidats Marie-Françoise Fournier (sans étiquette) et Didier Hoeltgen (PS) ont tous deux porté plainte contre la diffusion, par un compte Facebook anonyme, d’images détournées des opposants pour la mairie. Le commissariat « a indiqué qu’il n’y aurait pas de suite, explique le second au Monde. Ils disent que Facebook ne répond pas à la justice en France. L’impunité est totale. »

Les candidats dont s’étaient rapprochés Pause IA en mauvaise posture

Dans ces conditions, quid du développement de l’intelligence artificielle en général ? Quid des enjeux politiques que le développement de l’industrie crée pour la France en général, et les communes en particulier ?

La question a été soulevée par divers acteurs de la société civile, de la dizaine d’associations qui proposaient dès la fin 2025 des mesures pour une « désescalade numérique » jusqu’aux acteurs engagés pour faire de la construction de certains centres de données un sujet de débat à part entière.

L’association Pause IA, elle, se félicitait d’avoir convaincu une dizaine de candidats en France d’avoir signé tout ou partie d’une charte en 14 points sur les risques de l’intelligence artificielle. Parmi ces signataires, seule la maire sortante de Nantes, Johanna Rolland, est arrivée en tête des élections de sa ville au lendemain du premier tour. À la tête d’une liste de gauche hors LFI, elle a remporté 35,24 % des suffrages exprimés, mais est talonnée par le candidat LR, Renaissance, Modem et Horizons Foulques Chombart de Lauwe (33,77%). Elle a signé 13 des 14 engagements proposés par Pause IA, à l’exception de l’adoption d’un « vœu municipal appelant le Gouvernement à une pause du développement des modèles les plus avancés ».

Plusieurs ont obtenu suffisamment de votes pour passer au second tour, mais risquent de se voir embarqués dans les négociations de ralliement. À Metz, l’écologiste Jérémy Roques, qui a signé 12 engagements sur 14, n’a récolté que 9,9 % des suffrages. Il doit négocier avec les candidats du Parti Socialiste (Bertrand Mertz, 13 % des votes) et de La France insoumise (Charlotte Leduc, 10,4 %), sans que l’on sache pour le moment ce que cela impliquera en termes de positionnement sur l’IA.

À Clermont-Ferrand, la candidate LFI Marianne Maximi, qui avait signé 6 des 14 engagements de la charte de Pause IA, a remporté 17,01 % des voix, ce qui la place derrière le candidat Les Républicains (Julien Rony, 33,93 % des voix) et le maire sortant, le socialiste Olivier Bianchi (29,99 %). À Lille, l’écologiste Stéphane Baly, qui a signé l’intégralité des 14 points proposés par Pause IA, est arrivé troisième avec 18 % des voix. Reste à voir s’il parvient, en s’alliant soit au candidat PS Arnaud Deslandes (26,26 %), soit avec sa concurrente LFI Lahouaria Addouche (23,36 %), à porter ses engagements sur le sujet.

Tous les autres, majoritairement engagés sur des listes citoyennes ou de gauche, à l’exception notable de l’écologiste niçois Jean-Marc Governatori (qui a rallié Éric Ciotti en amont des élections), n’ont pas dépassé le seuil des 10 % de voix qui leur aurait permis de porter ces questions au moins jusqu’au second tour.

☕️ La Fondation des Femmes met Meta en demeure de diffuser sa campagne « Inarrêtables »

16 mars 2026 à 11:33


Après la décision « unilatérale » de Meta d’interdire toute publicité « politique, électorale et sur les sujets sociaux », la Fondation des Femmes en vient cette fois-ci au recours juridique.

Autour de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, l’ONG prévoyait de diffuser sur ses différents canaux de communication, dont les réseaux sociaux de Meta, une vidéo liée à sa campagne « Inarrêtables ».

En application de son interprétation du règlement européen sur la transparence et le ciblage de la publicité à caractère politique (TTPA), plus extensive que celle adoptée par les autres réseaux sociaux, Meta a refusé la diffusion de la vidéo (dont diverses versions sont visibles sur le site de l’ONG ou son compte TikTok). 


Ce 12 mars, la Fondation des Femmes indiquait donc mettre Meta en demeure de publier le clip en question, qui vise principalement à rappeler les activités que finance la fondation (défense du droit à l’avortement, écoute spécialisée et hébergement pour les femmes victimes de violences) et d’appeler aux dons.

L’épisode n’est qu’un nouveau symptôme d’une dynamique relevée par plusieurs ONG dès le mois de novembre et décembre 2025. Alors que le TTPA venait d’entrer en vigueur, l’Unicef relevait un taux inhabituellement élevé de rejet de ses publicités, de même que SOS Méditerranée.

Sur les questions relatives aux droits reproductifs et aux droits des femmes, la Fondation des Femmes décrivait une nouvelle étape dans une logique d’invisibilisation de long terme – auprès de Next, sa directrice de l’engagement Lise Gallard expliquait notamment que les indicateurs des pages Instagram (181 000 abonnés) et Facebook (84 000 abonnés) de l’ONG traduisaient une sous-performance chronique par rapport à d’autres profils aux audiences similaires.

La lecture que Meta a adoptée du TTPA s’inscrit dans un double contexte de lobbying pour une réduction des régulations imposées par l’Union européenne aux plateformes numériques et de modification des règles de modération des services de l’entreprise depuis le retour de Donald Trump au pouvoir.

☕️ The Washington Post utilise les données de ses lecteurs pour adapter ses prix

16 mars 2026 à 10:47


Un journal qui adapte ses prix aux pratiques de ses lecteurs, comme le commerce en ligne le plus classique ?

C’est le positionnement qu’est en train de tester The Washington Post, propriété de Jeff Bezos, en nette perte de vitesse depuis la fin de la pandémie.

Dans leur dernière facture, plusieurs abonnés ont reçu par mail une annonce de future augmentation des prix. Spécificité de cette inflation du coût de l’abonnement : en pied d’e-mail, le journal les informait que le nouveau prix annoncé avait été « fixé par un algorithme recourant à vos données personnelles ».

L’évolution est cohérente avec les récentes et multiples expérimentations du journal de 150 ans d’âge sur l’intelligence artificielle, déployée dans les podcasts comme dans le moteur de recherche interne.

Auprès du Washingtonian, le chercheur Luca Cian rappelle que ces systèmes de personnalisation des prix s’appuient généralement sur les données géographiques et de localisation des internautes pour estimer combien ils seraient prêts à payer pour un service.

des journaux
Crédit AbsolutVision pour Unsplash

Amazon lui-même a été critiqué en 2025 lorsqu’il est devenu évident que ses systèmes de fixation dynamique des prix imposaient des tarifs très variables à différents groupes scolaires pour les mêmes produits, parfois avec des évolutions au fil d’une même journée. 


Luca Cian s’étonne par ailleurs de voir que le Washington Post a rendu l’information d’une fixation dynamique de ses prix d’abonnement publique, dans la mesure où ses travaux tendent à démontrer que l’audience réagit relativement mal à l’annonce du recours à des technologies d’intelligence artificielle. Dans ses travaux, ce dernier a en effet constaté un paradoxe : interrogés, les gens déclarent vouloir connaître le fonctionnement des stratégies de fixation des prix. Mais lorsqu’ils obtiennent l’information, « leur réaction est pire que s’ils ne savaient pas ».

Un groupe pro-iranien revendique l’attaque de la société américaine Stryker

12 mars 2026 à 17:18
Wiped out
Un groupe pro-iranien revendique l’attaque de la société américaine Stryker

Une société états-unienne d’équipement médical a été visée par une cyberattaque revendiquée par un groupe pro-iranien. Une illustration parmi d’autres des cyberactivités iraniennes dans les systèmes d’acteurs états-uniens et israéliens.

Spécialiste états-unienne des équipements médicaux, Stryker a subi « des perturbations mondiales sur son environnement Microsoft à cause d’une cyberattaque ». Dans un communiqué publié ce 11 mars sur LinkedIn, l’entreprise déclare n’avoir trouvé « aucune indication de ransomware ou de malware », et considère que « l’incident est maîtrisé ».

Alors que les États-Unis et Israël ont ouvert des hostilités contre l’Iran depuis le 28 février, un groupe de pirates informatiques pro-iranien, Handala Hack, a revendiqué les faits. Des chercheurs en cybersécurité ont par ailleurs identifié d’autres activités malveillantes dans les systèmes de sociétés états-uniennes, israéliennes et canadiennes.

Un wiper chez Stryker

Du côté de Stryker, les cyberattaquants auraient infecté certains systèmes de l’entreprise avec un « wiper », c’est-à-dire un logiciel de destruction de données, et fait apparaître leur logo sur les équipements des employés, selon le Wall Street Journal et l’Irish Examiner.

Des employés du Costa Rica, d’Australie, d’Irlande et des États-Unis ont témoigné avoir vu leurs smartphones et ordinateurs sous Windows vidés à distance. Pour limiter les dégâts, les employés se sont vu demander de ne pas allumer leurs équipements professionnels pendant le déroulement des processus de réponses à l’incident.

Sur LinkedIn, Stryker indique avoir mis des « mesures de continuité en place » pour lui permettre de continuer de fournir ses clients et de travailler avec ses partenaires. L’entreprise emploie plus de 53 000 personnes à travers la planète et fabrique toutes sortes d’équipements, des brancards aux outils de chirurgie en passant par des prothèses et des neurotechnologies, dont aucun ne semble avoir été touché par l’attaque.

Handala Hack, le groupe qui revendique l’action, est actif au moins depuis 2024. Connu pour soutenir la Palestine, il a notamment déployé des attaques par phishing, vol de données, rançongiciels, extorsion ou destruction contre des sociétés israéliennes ou perçues comme des soutiens à Israël. En février 2026, il affirmait avoir infecté les systèmes de Clalit, la plus grande des quatre entités publiques de santé d’Israël.

Dans le cas présent, les attaquants affirment avoir visé Stryker pour ses supposés liens avec l’État hébreu. En 2019, Stryker a fait l’acquisition de la startup israélienne OrthoSpace, spécialiste des implants orthopédiques.

MuddyWater/SeedWorm dans des réseaux états-uniens

D’autres groupes pro-iraniens voire soutenus par le régime sont actifs dans les systèmes de sociétés américaines. Les équipes de Symantec et Carbon Black ont ainsi repéré des traces du groupe MuddyWater (aussi connu sous les noms de SeedWorm, Temp Zagros ou Static Kitten), affilié au ministère iranien du renseignement et de la sécurité. Les auteurs du rapport estiment que la campagne remonte à début février, avec des mouvements plus récents, après les attaques des États-Unis et d’Israël sur le territoire iranien.

Cette attaque-ci vise une société de logiciel qui fournit les industries spatiale et de défense, notamment en Israël, ainsi qu’une banque et un aéroport états-uniens, ou encore une organisation à but non lucratif canadienne. Le rapport constate que dans les dernières années, les « acteurs iraniens de la menace sont devenus de plus en plus compétents. Non seulement leurs outils et leurs ransomwares ont été améliorés, mais ils ont aussi démontré de fortes compétences d’ingénierie sociale, y compris via des campagnes de spear-phishing [opération de phishing ciblée, ndlr] ou des opérations « honeytrap » utilisées pour créer des relations avec leurs cibles et obtenir l’accès à des comptes ou des informations sensibles. »

En 2025, MuddyWater avait notamment mené une attaque complexe de spear phishing pour distribuer une backdoor sur mesure à diverses organisations internationales du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Concrètement, rapportent Symantec et Carbon Black, l’opération d’espionnage avait visé une centaine d’entités gouvernementales. En novembre 2025, le groupe avait par ailleurs été lié à une attaque contre divers universitaires experts du Moyen-Orient et d’autres experts en politique étrangère.

☕️ IA et copyright : au Royaume-Uni, des milliers d’auteurs publient un livre vide

12 mars 2026 à 14:04


Près de 10 000 auteurs britanniques ont contribué à l’ouvrage Don’t Steal This Book (Ne volez pas ce livre), une publication vide, à l’exception de leurs noms.


Des copies de l’ouvrage étaient distribuées ce 10 mars au Salon du livre de Londres, alors que le gouvernement britannique doit publier la semaine prochaine une évaluation du coût économique des évolutions qu’il propose au droit d’auteur.

Le prix Nobel de littérature Kazuo Ishiguro et l’autrice de fiction historique Philippa Gregory font partie des multiples écrivains mobilisés dans cette campagne, de même que Richard Osman, auteur du roman récemment adapté sur Netflix the Thursday Murder Club, ou Mick Herron, auteur d’une autre série de romans adaptée par Apple TV+, Slow Horses. 


Auprès du Guardian, son initiateur Ed Newton-Rex explique que l’industrie de l’intelligence artificielle a été « construite sur du travail volé, pris sans permission ni paiement ».

Don’t Steal This Book / Capture d’écran

À l’occasion du salon du livre, la société à but non lucratif Publishers’ Licensing Services (PLS) a par ailleurs lancé un système de licence collective dédié à l’IA auquel elle invite le secteur à adhérer. PLS espère permettre ainsi un accès légal aux œuvres nécessaires à l’entraînement de moteurs génératifs.

D’autres artistes et producteurs de contenu (dont des médias) ont déjà réalisé diverses actions pour protester contre les propositions législatives du gouvernement britannique sur l’IA. 


Elton John et Dua Lipa faisaient par exemple partie d’une initiative collective visant à empêcher le gouvernement d’introduire une exception au copyright, selon laquelle les sociétés d’IA pourraient recourir à des travaux soumis aux droits d’auteur sauf si ces derniers signalaient explicitement refuser (opt-out) un tel usage de leurs travaux.

☕️ En pleine accélération dans l’IA, Atlassian licencie 1 600 personnes

12 mars 2026 à 09:28


Le géant du logiciel Atlassian a annoncé le licenciement d’environ 10 % de ses effectifs, alors qu’il se restructure pour investir dans l’intelligence artificielle. 


Plus de 900 personnes touchées travaillent en recherche et développement logiciel, rapporte the Guardian, sachant que plus de la moitié des 13 813 membres à temps plein de ses effectifs relèvent de l’ingénierie et du design logiciel.

Sur le total des personnes licenciées, 640 sont installées en Amérique du Nord, 480 en Australie, 250 en Inde et le reste se répartit entre l’Europe, le Japon, les Philippines, le Moyen-Orient et l’Afrique.

Atlassian, qui édite notamment les outils collaboratifs Confluence, Trello et Jira Work Management, doit faire face à la méfiance de ses investisseurs : alors que ceux-ci craignent que l’IA ne rende les services de la société obsolètes, cette dernière a enregistré une chute de la moitié de sa valeur boursière depuis le début 2026.

Cofondateur de l’entreprise, Mike Cannon-Brookes a indiqué à ses employés que l’approche adoptée ne consistait pas à considérer que « l’IA remplace les gens », mais qu’il serait « malhonnête de prétendre que l’IA ne modifie pas l’éventail des compétences dont nous avons besoin ou le nombre de postes requis dans certains domaines ».

Les ambitions d’Atlassian dans l’IA se traduisent aussi dans sa politique de croissance externe : en septembre dernier, l’éditeur australien a ainsi annoncé le rachat de The Browser Company, la société qui développe les navigateurs Web Arc et Dia, pour 610 millions de dollars. Il affichait alors l’objectif de construire sur cette base « le navigateur IA pour les travailleurs du savoir ».

[MàJ] IA : Grammarly suspend son outil de révision à la manière de vos auteurs préférés

12 mars 2026 à 08:03
Sloppelgänger
[MàJ] IA : Grammarly suspend son outil de révision à la manière de vos auteurs préférés

Désormais équipé d’intelligence artificielle générative, l’assistant d’écriture Grammarly proposait jusqu’au 11 mars des « révisions expertes » supposées émaner de personnalités réelles. Next a repéré les noms d’Annie Ernaux, Valérie Masson-Delmotte ou Florence Aubenas, entre autres personnalités de la recherche, de la littérature ou des médias français. Plusieurs des personnes citées indiquent ne pas avoir donné leur accord à un tel usage de leur nom.

Mise à jour 12 mars, 08h48 : ajout de la plainte déposée contre Grammarly et de la suspension de fonctionnalité.
Mise à jour 11 mars, 16:30 : ajout de la réponse de Valérie Masson-Delmotte

Assistant d’écriture, Grammarly proposait jusqu’au 11 mars des révisions d’IA « expertes » supposées imiter le travail de n’importe quel auteur de fiction ou de non-fiction, vivant ou mort. Spécialiste de la relecture orthographique et grammaticale, Grammarly s’est renommé en octobre « Superhuman ». L’idée, expliquait alors son PDG Shishir Mehrotra : refléter l’évolution de ses outils et services alors que ceux-ci étaient alimentés de fonctionnalités d’IA générative. L’outil d’aide à l’écriture, lui, garde son nom initial.

Outre ce nouveau nom évoquant un dépassement de l’humain, une nouvelle fonctionnalité de l’outil Grammarly crée le débat, depuis la publication d’un premier article de Wired sur le sujet. Son nom : Expert review. Accessible aux utilisateurs payants, cette révision assistée par IA propose une série de noms d’auteurs, de chercheurs ou de journalistes réels, supposés fournir leurs avis pour améliorer le texte en cours d’élaboration.

Grammarly, capture d’écran

Testée depuis le français et l’anglais, la machine nous propose par exemple des relectures du présent article par les chercheuses Kate Crawford (notamment autrice du Contre-atlas de l’intelligence artificielle) et de Timnit Gebru (notamment co-autrice d’un célèbre article sur les « perroquets stochastiques »). Sur des extraits de fiction, la machine nous suggère des reprises supposément données par les autrices Annie Ernaux, Delphine de Vigan ou Marie Darrieussecq. Sur d’autres tests, elle nous propose des éditions présentées comme appuyées sur les travaux des chercheuses Geneviève Pruvost, Valérie Masson-Delmotte, ou encore de la journaliste Florence Aubenas.

Concernée par ces usurpations d’identité d’un nouveau genre, la journaliste Julia Angwin a déposé plainte le 11 mars contre Grammarly, en son nom et en celui d’autres personnes dans la même situation. Dans la soirée, Shishir Mehrotra a indiqué que Grammarly suspendait la fonctionnalité Expert review.

Chercheuses et écrivains automatisés fournissent des suggestions d’édition

Quelques heures plus tôt, nous avons mené l’expérience en français et en anglais sur plusieurs textes journalistiques ou de fiction de l’autrice de ces lignes (traduits avec Deepl lorsqu’ils venaient du français).

Suggestion d’édition de cet article. / Grammarly, capture d’écran

Il reste 73% de l'article à découvrir.
Vous devez être abonné•e pour lire la suite de cet article.
Déjà abonné•e ? Générez une clé RSS dans votre profil.

En amont des municipales, X et TikTok présentent un biais vers l’extrême droite

11 mars 2026 à 08:12
Déséquilibre des forces
En amont des municipales, X et TikTok présentent un biais vers l’extrême droite

En amont des municipales, diverses expérimentations viennent confirmer en direct le biais qui pousse les systèmes algorithmiques de X à amplifier les contenus d’extrême droite plus fortement que ceux du reste du spectre politique. Une expérimentation de People vs Big Tech traduit un potentiel biais similaire, quoique beaucoup moins prononcé, du côté de TikTok.

L’étude a beaucoup circulé en ligne : pendant sept semaines, une équipe de chercheurs a imposé aléatoirement à plus de 6 000 utilisateurs états-uniens de X de choisir entre le classement chronologique (Following, ou Abonnés) et le classement algorithmique (For you, ou Pour vous) des publications reçues sur le réseau social.

Publiés dans Nature mi-février, les résultats de l’étude ont permis de conclure que le classement algorithmique promouvait beaucoup plus régulièrement du contenu à la droite de la droite, entraînant derrière lui l’opinion politique des utilisateurs. L’expérience a aussi démontré une persistance de ce biais conservateur une fois la sélection algorithmique abandonnée, pour la simple raison que les utilisateurs continuent, dans cette configuration, de suivre certains comptes initialement proposés par la sélection algorithmique.

Comment cela se traduit-il dans un contexte d’élections municipales ? Plusieurs acteurs ont mené leurs expérimentations. Sur X et LinkedIn, la société Agoratlas constate qu’en lieu et place de considérations locales, le débat est largement nationalisé, et le profil de Sarah Knafo, candidate Reconquête à la mairie de Paris, écrase tous les autres en termes d’audience.

Prenant le point de vue de nouveaux utilisateurs, le mouvement People vs Big Tech a de son côté réalisé des expérimentations sur X et TikTok, et constate dans les deux cas une orientation des internautes vers les partis les plus radicaux.

Moins de visibilité pour les partis modérés

En pratique, People vs Big Tech a testé les comportements de six nouveaux comptes français sur X et six autres sur TikTok. La moitié de chacun de ces comptes ont été paramétrés pour manifester de l’intérêt pour les publications de responsables et de partis classés à gauche (de Place publique jusqu’au Parti communiste), l’autre moitié, pour des publications de responsables et partis de droite (du Mouvement démocrate jusqu’à Reconquête !).

Chaque fois, l’expérimentation a consisté à montrer un intérêt pour les publications de tout candidat aux municipales de Paris, Lyon ou Marseille. Entre le 23 et le 27 février 2026, l’association a fait défiler du contenu sur les deux plateformes observées, en passant rapidement les contenus non politiques et en s’appesantissant sur ceux de partis ou de responsables politiques, jusqu’à collecter 10 heures de contenu.

Extrait de l’étude de People vs Big Tech

Parmi ses constats : sur TikTok comme sur X, les contenus d’extrême droite bénéficient au moins d’une relative suramplification. À droite comme à gauche, les contenus des partis d’extrême droite, et, « dans une moindre mesure, de la gauche radicale », rendent les partis modérés moins visibles (People vs. Big Tech indique classer la France Insoumise dans la gauche radicale malgré la récente classification à l’extrême gauche décidée par le ministère de l’Intérieur).

Extrait de l’étude de People vs Big Tech

Soulignant le faible nombre de comptes sur lesquels l’expérience a été menée, TikTok rappelle par ailleurs l’existence de son espace dédié aux élections municipales, dont les équipes travaillent d’une part à tenter de minimiser la circulation de fausses informations, et au contraire à diffuser des éléments permettant de voter.

Sur X, People vs Big Tech constate que « huit des dix comptes politiques français les plus visibles » appartiennent à l’extrême droite ou à la gauche radicale indépendamment de leur communauté. Quand bien même il est le compte politique le plus suivi de France (10,3 millions d’abonnés), Emmanuel Macron se retrouve ainsi en 28e position des comptes recommandés, loin derrière Manuel Bompard, Rachida Dati, Jean-Luc Mélenchon, Charles Alloncle, Sophia Chikirou ou Marine Le Pen. Sarah Knafo est la 8e personne dont les contenus ont été le plus fréquemment recommandés lors de l’expérience de People vs Big Tech.

Sur X, la surreprésentation de Sarah Knafo

Ce dernier résultat peut paraître étonnant dans la mesure où la candidate Reconquête bénéficie depuis plusieurs semaines de larges boosts de visibilité sur X, en particulier de ses vidéos.

Les résultats collectés au fil du mois de février par la plateforme Arago, montée par l’ancien chef de projet de l’application #TousAntiCovid, poussent même cette dernière à émettre l’hypothèse d’ingérence étrangère. Pour comparaison, Sarah Knafo enregistre dix fois plus de vues que Rachida Dati, pour un nombre d’abonnés similaires, des résultats sans commune mesure avec ceux relevés, par exemple, sur TikTok.

Extrait de l’étude d’Agoratlas, publiée sur LinkedIn

Ce 9 mars, la société d’analyse des réseaux sociaux Agoratlas a publié sa propre cartographie de l’écosystème X français. Ses auteurs y constatent eux aussi une surexposition drastique des publications de Knafo, a priori cohérente avec la survalorisation des contenus d’extrême droite constatée de manière générale sur X.

Mais Agoratlas l’analyse comme le fruit d’une « stratégie de saturation multi-plateforme », dans laquelle Sarah Knafo utilise ses clashs télévisés et les controverses nationales (y compris celle autour du meurtre de Quentin Deranque) pour capter l’attention, puis obliger ses concurrents à signifier leur opposition ou leur ralliement à son parti. Le déséquilibre d’exposition dont elle profite sur X oblige les autres acteurs (médias, opposants, sympathisants) présents sur X à « réagir à ses contenus, multipliant ainsi les mentions directes et les citations », détaille l’entreprise.

Si la plateforme reste très plébiscitée par les représentants politiques comme de nombreux journalistes, rappelons néanmoins que le succès de X faiblit (le réseau affichait 12 millions d’utilisateurs français en octobre 2025, contre 20 millions à l’été 2024) et qu’elle n’est pas le seul espace de débats en ligne. Lors de la campagne présidentielle de 2022, le score final d’Éric Zemmour avait finalement paru très en retrait de sa surreprésentation en ligne, notamment alimentée à l’époque par des pratiques d’astroturfing.

Municipales : à Marseille, Toulouse ou Paris, des candidats visés par de la désinformation

10 mars 2026 à 10:56
Faux comptes, vraie désinfo
Municipales : à Marseille, Toulouse ou Paris, des candidats visés par de la désinformation

Après les élections européennes ou présidentielles, les échéances municipales sont elles aussi le théâtre de campagnes de désinformation alimentées par des faux comptes. Leurs origines sont quelquefois traçables jusqu’à des commanditaires étrangers.

Un blog, des pages Facebook et des comptes X, des tracts placardés dans les rues, même, à l’effigie d’une certaine « Sophie ». À Marseille, le député Sébastien Delogu (La France Insoumise) a beau ne parvenir qu’en quatrième position dans les sondages, quelqu’un se donne beaucoup de mal pour l’attaquer en ligne, l’accusant de viol et de violences.

Sur Facebook, les publications ont enregistré beaucoup de commentaires et de réactions (j’aime, j’adore, etc), mais toutes sont fausses. Après enquête, Le Monde constate que l’essentiel vient de comptes installés en Asie.

À Toulouse et à Paris, d’autres candidats subissent aussi des tentatives d’attaques numériques. Dans la ville rose, un autre candidat LFI, François Piquemal, se voit accusé de pédocriminalité, ses positions sur la Palestine, moquées. À Paris, c’est Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons, qui a signalé à Viginum, le service de vigilance et protection contre les ingérences numériques du Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale, des publications sur X dont les propos attaquaient son image. Si aucune de ces campagnes n’a enregistré de grande viralité, toutes témoignent de tentatives de manipulation de l’information en amont des scrutins municipaux des 15 et 22 mars.

Commanditaires inconnus contre LFI, Storm-1516 contre Bournazel

Dans le cas des candidats LFI, dont le parti est lui aussi visé par un faux site intitulé « L’alternative 2026 », difficile de remonter jusqu’au commanditaire. Le Monde a repéré des similarités techniques entre les faux comptes payés pour tenter de viraliser les publications attaquant Sébastien Delogu, celles qui s’en prennent à François Piquemeal (y compris des deepfakes à caractère pornographique), ou encore le faux site suggérant que l’élection de candidats LFI aboutirait à l’instauration de la charia.

Tous recourent notamment à des images générées par Gemini, l’outil d’IA de Google, les sites web concernés s’appuient sur un même thème WordPress, et leurs noms de domaines sont enregistrés chez un seul et même fournisseur, localisé aux Bahamas. Le quotidien remarque bien que les comptes de réseaux sociaux qui diffusent les messages diffamatoires ont été utilisés par le passé pour publier des éléments relatifs à un scandale nigérian ou à la politique gabonaise, mais cela ne suggère pas grand-chose de plus que le recours à une société spécialisée dans les opérations de manipulation de l’information.

Le Monde remarque aussi que les comptes X utilisés dans ces opérations ont servi par le passé à diffuser les messages du lobby pro-israélien Elnet, en conflit ouvert avec LFI, et que Sébastien Delogu et François Piquemal sont au nombre des candidats LFI ayant le plus fortement souligné leur soutien à la population palestinienne et leur opposition aux opérations militaires d’Israël à Gaza. Mais à défaut de retrouver la société autrice des opérations d’influence, et de pouvoir remonter le fil de sa clientèle, difficile d’affirmer qui a instigué ces opérations.

Du côté parisien, en revanche, Viginum constate que le site web de Pierre-Yves Bournazel a été usurpé, notamment pour diffuser une fausse vidéo du candidat dans laquelle ce dernier annonce qu’il voudrait fermer le centre Pompidou. L’entité a surtout repéré un compte X qu’elle connaissait déjà, et est capable de le relier au réseau Storm-1516, lié à la Russie.

Les ingérences électorales, menace désormais régulière

En mai 2025, sur la foi des travaux de Viginum, le Quai d’Orsay indiquait déjà avoir repéré au moins 20 opérations informationnelles de Storm-1516 visant différents scrutins en Europe et aux États-Unis. Sans être nécessairement le fait de ce réseau précis, les opérations de manipulation se sont multipliées dans l’espace informationnel français et européen, avec des effets plus ou moins importants selon les cas.

Pour des scrutins à échelle plus large, on se rappelle ainsi des élections présidentielles roumaines, réorganisées après des suspicions de manipulation du fonctionnement de TikTok, ou encore de diverses opérations en amont des élections européennes, pas toujours correctement modérées par les plateformes numériques.

États-Unis : la presse tech durement touchée par l’essor des résumés IA de Google

10 mars 2026 à 08:28
Dis Siri, quel est le VPN qui fait le plus de publicité sur Youtube ?
États-Unis : la presse tech durement touchée par l’essor des résumés IA de Google

Avec des chutes d’audience issue de Google allant de 7 à près de 70 % selon les titres étudiés, la presse états-unienne spécialisée dans le numérique subit de plein fouet l’introduction des résumés générés par IA et l’évolution des pratiques d’information, selon une analyse de Growtika.

Les médias ne seraient plus que des « fournisseurs de données » pour les constructeurs d’IA. Tel est du moins le message que Robert Thomson, directeur exécutif de News Corp, a fait passer la semaine dernière, alors que l’empire médiatique de Rupert Murdoch signait un contrat de licence sur ses contenus avec Meta.

Quoique cantonnée à la presse tech, une récente étude des effets des résumés IA de Google sur le trafic des médias tend à confirmer le propos. Menée par la société de SEO Growtica, l’analyse constate une chute drastique du trafic des 10 plus grands médias états-uniens spécialisés dans le numérique depuis que Google a ajouté un premier jet de réponse généré par IA en haut de ses pages de résultats.

Faute de pouvoir s’appuyer sur les chiffres internes des médias concernés, Growtika a collecté les estimations mensuelles de trafic de l’outil Ahrefs entre février 2024 et janvier 2026, pour dix titres phares de la presse technologique états-unienne. L’analyse ne porte donc que sur les audiences venues depuis Google, sans considération pour les éventuels produits et entrées annexes (newsletter, podcasts, trafic issu des réseaux sociaux, etc).

Ampleur de la chute contrastée selon le type de contenu

De The Verge à Tom’s Guide en passant par Digital trends ou Mashable, la société constate que sur la période, ces différents titres ont engrangé, en cumulé, 112 millions de visites lors de leur meilleur mois d’audience. En janvier 2026, en revanche, les dix titres analysés ont cumulé un total de 47 millions de visites. Une chute inévitable, puisque Growtika compare ce chiffre au cumul des meilleurs mois d’audience réalisés sur la période par les sites étudiés.

D’un titre à l’autre, les dynamiques diffèrent, néanmoins : sur les 23 mois précédent janvier 2026, The Verge enregistrait par exemple une moyenne de 2 540 185 visites mensuelles, contre 790 002 visite début 2026. Cela représente une chute de près de 69 % du trafic (et de 85 % lorsqu’on compare l’écart entre son meilleur mois d’audience et janvier 2026).

Sur la même période, Mashable enregistrait une moyenne de 12 174 522 visites, contre 11 331 018 début janvier, soit une chute de près de 7 % du trafic (de 30 % entre son meilleur mois d’audience, mai 2024, et janvier 2026). Pour Growtika, une partie des variations d’un exemple à l’autre s’explique par le type de contenu que produisent chacun de ces médias.

L’agence compare le meilleur mois (audience pic) des médias sur la période à janvier 2026, et met en avant des dynamiques qui varient selon la typologie de contenus produits – capture d’écran

Digital Trends, ZDNet, The Verge et surtout HowToGeek fournissent ainsi beaucoup d’information de service. Le dernier des quatre, qui ont tous enregistré une chute de visites de plus de 85 %, publie ainsi régulièrement des tutoriels de l’ordre de « comme prendre un screenshot sur Windows » ou « comment changer ses paramètres DNS », des questions auxquelles le service Overviews de Google fournit désormais directement des réponses.

Les plus épargnés, Mashable et PCMag (- 41 % entre juillet 2025 et janvier 2026), sont aussi de gros médias (plus de 12 millions de visites mensuelles lors de leur meilleur mois). Growtika souligne par ailleurs que Mashable produit des contenus plus orientés divertissement et culture, potentiellement plus complexes à résumer automatiquement, et PCMag fournit des critiques précises de produits. Mais ces éléments ne restent que des pistes hypothétiques d’explication.

L’intégrité de l’information en question

Growtika constate par ailleurs qu’avec 2,1 millions de visites, les audiences de quatre médias combinés ne dépassent pas celle du seul subreddit r/ChatGPT (4,69 millions de visites). Sans pouvoir établir de causalité directe entre l’effondrement du trafic et l’introduction des résumés dans les pages de résultat Google, la société souligne trois évolutions concomitantes sur la période observée.

Pour commencer, Google a donc déployé ses résumés dès la mi-2024. L’analyse constate que la chute de trafic la plus sévère à début mi-2025, lorsque Google a étendu le service à de plus nombreux types de réponses. Reddit, ensuite, a profité d’une amélioration nette du ranking de ses résultats, en particulier pour des recherches quotidiennes (« quel meilleur enregistreur d’écran », « meilleur vpn gratuit », etc) — l’entreprise, rappelons-le, a signé dès février 2024 un contrat permettant à Google d’entraîner ses IA à partir de ses forums.

Enfin, le succès des robots conversationnels comme ChatGPT, Claude ou Perplexity se traduit par une évolution simple d’usage : une partie du lectorat cherche directement ses informations auprès de ces outils plutôt qu’auprès des producteurs d’information. Outre capter une partie du trafic des médias, les résumés générés par IA soulèvent d’ailleurs le même type de questions relatives à la qualité de l’information fournie que les robots conversationnels.

Les grands modèles de langage qui permettent ce type de fonctionnalité produisent en effet régulièrement des erreurs (dites hallucinations). Autre problématique : ces textes peuvent présenter de nouveaux risques pour les internautes. Des scammeurs ont ainsi manipulé le service de Google pour fournir de fausses informations de contact aux internautes et leur soutirer des fonds.

☕️ Oracle prévoit de supprimer des milliers d’emplois pour financer ses datacenters

9 mars 2026 à 12:59


Oracle envisagerait de licencier des milliers de personnes pour financer son expansion dans l’intelligence artificielle, rapporte Bloomberg, dans toutes ses branches. L’entreprise a déjà annoncé en interne qu’elle étudierait toutes les offres ouvertes dans son département cloud, ralentissant voire stoppant tout processus de recrutement.

L’information vient confirmer un rapport de la banque d’investissement TD Cowen obtenu fin janvier par le média CIO, et dans lequel Oracle chiffrait à 20 000 ou 30 000 le nombre d’emplois à supprimer pour dégager de 8 milliards à 10 milliards de dollars de trésorerie. En mai 2025, ses effectifs mondiaux s’élevaient à 162 000 personnes.

L’entreprise envisagerait par ailleurs de se séparer de Cerner, fournisseur de systèmes d’information spécialisés dans la santé dont l’entreprise avait fait l’acquisition en 2022 pour 28,3 milliards de dollars.

Alors que l’action de la société tutoyait des sommets en septembre 2025, ce qui ne l’empêchait pas, déjà, de tailler dans ses effectifs, elle est aujourd’hui revenue peu ou prou à son niveau de mars 2025.

Dans le cas présent, les différentes pistes sont envisagées alors que diverses banques états-uniennes ont pris leur distance avec certains projets de financement de centres de données portés par le géant du cloud et de la gestion de bases de données.

Au total, d’après TD Bowen, l’entreprise fondée par Larry Ellison aurait besoin de 156 milliards de dollars d’investissements pour mener à bien ses différents projets d’infrastructure. Or, à mesure que les banques se sont faites hésitantes, les prêteurs ont quasiment doublé les primes d’intérêt proposées à Oracle depuis septembre, ce qui leur fait atteindre aujourd’hui un niveau habituellement réservé aux sociétés non cotées.

Entre autres stratégies pour faire face à ces coûts, l’entreprise a notamment commencé à demander 40 % d’acompte à ses nouveaux clients pour que ces derniers participent au financement de l’infrastructure, elle a levé 58 milliards de dollars sur le marché obligataire, et explore désormais des accords dits BYOC (Bring your own chip, apportez vos propres puces). Ceux-ci impliqueraient que les clients apportent leur propre hardware, ce qui allégerait d’autant les comptes d’Oracle.

❌