Vue normale

OpenAI met en pause pour une durée indéterminée la sortie de sa version adulte de ChatGPT

27 mars 2026 à 15:50
Le business contre la « règle 34 »
OpenAI met en pause pour une durée indéterminée la sortie de sa version adulte de ChatGPT

Faisant face à une opposition interne depuis des mois et à un besoin de montrer que son entreprise peut proposer des outils utiles dans l’environnement professionnel, Sam Altman semble (non sans mal) accepter d’abandonner l’idée de mettre en place une version pornographique de ChatGPT.

Suivant les velléités d’Elon Musk avec son IA Grok de permettre aux utilisateurs de générer des images et des textes pornographiques, en octobre dernier, Sam Altman affirmait vouloir « traiter les utilisateurs adultes comme des adultes » en leur créant un mode particulier une fois que leur âge était vérifié.

Mais le monde des adultes ramènerait le CEO d’OpenAI vers le « serious business ». Comme l’explique le Financial Times quelques jours après que l’entreprise a annoncé l’abandon de Sora 2, OpenAI a suspendu « pour une durée indéterminée » son projet de lancement de la version pornographique de son chatbot pour se concentrer sur ses autres projets. La version « adulte » de ChatGPT avait déjà été reportée au début du mois. L’entreprise affirmait toujours croire au projet mais « il faudra plus de temps pour acquérir l’expérience nécessaire », ajoutait-elle à l’époque.

Des investisseurs peu motivés par le projet

Les voix de certains investisseurs se seraient jointes aux critiques émises en interne sur le projet. En effet, celui-ci était déjà critiqué par des salariés mais aussi par un comité d’experts furieux et unanimement opposé, créé le jour même où Sam Altman avait exprimé sa volonté de créer ce mode « adulte ».

L’entreprise a affirmé au journal économique britannique qu’elle voulait finalement d’abord mener des recherches à long terme sur les effets des conversations à caractère sexuel explicite et l’attachement affectif avant de prendre une décision sur le lancement de cette version de son chatbot, ajoutant qu’il n’y avait pour l’instant pas de « preuve empirique » sur la question.

Mais, selon des sources du Financial Times, certains investisseurs étaient inquiets à la fois des risques liés à ce genre d’outil et du peu de potentiel de croissance qu’il pouvait apporter à l’entreprise.

Des risques de faux positifs sur l’estimation de l’âge des mineurs

Concernant les risques, ce n’était pas seulement lié à de potentielles polémiques et attaques en justice sur la gestion de tel ou tel contenu problématique, comme ce qu’on a pu voir avec les deepfakes générés par Grok visant à dénuder des femmes, parfois mineures. Mais comme nous l’expliquions, l’entreprise a aussi du mal à proposer un outil de prédiction d’âge maison qui ne laisse aucun enfant passer la barrière. Ainsi, il classait encore récemment à tort 12 % des mineurs comme des adultes.

Ces décisions sont prises une semaine après que le Wall Street Journal affirme qu’OpenAI allait réduire ses projets parallèles pour se concentrer sur son cœur de métier. Le journal économique américain expliquait que l’entreprise de Sam Altman était sous la pression d’Anthropic qui s’est imposée comme la startup rivale qui propose des solutions pratiques et novatrices dans le cadre du travail, comme Claude Code ou Cowork.

« Nous ne pouvons pas laisser passer cette occasion parce que nous sommes distraits par des activités secondaires », affirmait la responsable des applications d’OpenAI, Fidji Simo, à son équipe récemment selon Business Insider, ajoutant que l’entreprise devait absolument améliorer sa productivité dans le secteur professionnel, puis dans le secteur grand public.

La Wikipedia anglophone interdit l’édition assistée par modèles de langage

27 mars 2026 à 14:48
IA pas d'arrangement
La Wikipedia anglophone interdit l’édition assistée par modèles de langage

La version anglophone de l’encyclopédie participative a décidé d’interdire l’utilisation de l’IA générative pour la plupart des modifications de ses pages. Wikipédia en allemand a aussi récemment restreint cette utilisation.

« Les textes générés par des grands modèles de langage (LLM) tels que ChatGPT, Gemini, DeepSeek, etc. enfreignent souvent plusieurs des principes fondamentaux de Wikipédia », explique maintenant une page de la version anglophone de l’encyclopédie consacrée à la rédaction d’articles à l’aide de grands modèles de langage.

Deux petites exceptions pour l’usage de l’IA générative dans la Wikipédia anglophone

Les éditeurs ont donc décidé que, désormais, « l’utilisation des grands modèles de langage (LLM) pour générer ou réécrire le contenu d’articles est interdite » (toujours concernant la version anglophone). Même si peu de personnes ont participé au vote (46), une large majorité (44) a voté en faveur de cette nouvelle règle quand seulement deux personnes s’y sont opposées, comme on peut le lire dans le résumé des discussions.

Le texte ajoute quand même deux exceptions pour lesquelles les utilisateurs de la Wikipédia anglophone peuvent utiliser des outils intégrant des LLM.

Ainsi, la règle permet cette utilisation aux éditeurs pour « obtenir des suggestions de corrections de fond concernant leurs propres textes ». L’intégration de ces suggestions doit néanmoins se faire « après vérification humaine », et « à condition que le LLM n’ajoute pas de contenu de son propre chef ».

La Wikipédia anglophone accepte aussi l’utilisation de ces outils pour traduire des pages d’autres versions linguistiques de l’encyclopédie, à condition de suivre les règles récemment mises en place à ce sujet. En effet, les « hallucinations » venues de traductions par IA avaient déjà fait bouger les lignes à ce sujet.

Une utilisation difficile à objectiver et un déni toujours possible

Un dernier paragraphe concède que certains utilisateurs peuvent avoir un style d’écriture qui se rapproche de celui d’une IA générative. Ainsi, le texte demande à ce que les éventuelles sanctions prises au nom de l’utilisation de modèles de langage s’appuient plus sur l’infraction des principes fondamentaux de Wikipédia que sur l’éventuelle signature stylistique et linguistique d’un texte.

Mais l’une des éditrices ayant voté en faveur de cette règle exprime quand même la crainte que son adoption soit vaine : « Je crains tout de même un peu que l’approche que nous adoptons dans ces directives n’encourage le mensonge (surtout compte tenu de la réserve selon laquelle, si le texte est de bonne qualité, la directive ou la politique ne sera pas appliquée, alors à quoi bon ?) et qu’il soit difficile de les faire respecter correctement ».

Une interdiction d’usages jugée utile par certains

Pour l’une des personnes qui s’y est opposée, la formulation proposée ne fait pas la distinction entre l’utilisation des LLM pour générer du « slop » et « un processus de travail beaucoup plus restreint, dans lequel un éditeur expérimenté identifie les sources, définit le cadre de la tâche, vérifie le résultat par rapport aux sources et assume l’entière responsabilité de ce qui est publié ».

« Mettre tout cela dans le même panier n’aide personne », ajoute celle pour qui « « l’utilisation des LLM pour générer ou réécrire le contenu d’articles est interdite » : c’est tout simplement trop radical ».

Dans les discussions avant vote, un autre utilisateur expliquait en quoi, pour lui, les LLM pouvaient être utiles dans l’édition de Wikipédia : « une utilisation que j’ai trouvée utile consiste à importer le fichier PDF d’une source que je viens de lire dans le LLM en lui donnant la consigne suivante : « génère une référence au format Wikipédia pour ce document. Si des informations bibliographiques manquent, effectue une recherche sur Internet pour les trouver et fournis-moi les liens vers les sources où tu as trouvé ces informations manquantes afin que je puisse vérifier leur exactitude » ».

Mais, comme l’explique une des personnes en faveur de l’interdiction, le besoin de « remédier au déséquilibre flagrant entre l’effort nécessaire pour générer du contenu IA slop et celui requis pour le nettoyer » l’a emporté.

Les Wikipédia germanophone et francophone avancent aussi sur le sujet

L’utilisation des outils s’appuyant sur les LLM n’agite pas que la communauté anglophone. Comme nous l’expliquions l’année dernière, la communauté francophone a déjà adopté, à l’époque, un texte de recommandation sur l’usage de l’IA générative.

Le résumé de ce texte affirme que « l’intelligence artificielle générative (IAg) n’apporte aucune garantie sur la fiabilité, la libre réutilisation et la vérifiabilité du contenu. Son utilisation est donc vivement déconseillée ».

Jules*, l’un des administrateurs de Wikipédia en français, affirme cependant sur Bluesky qu’ « en pratique, les blocages pour mésusage de l’IA générative se multiplient » et il ajoute qu’« il est probable qu’une nouvelle itération [de la recommandation] survienne dans les prochains mois ».

Il pointe aussi qu’en février dernier, la Wikipédia germanophone s’est dotée « d’une recommandation stricte sur l’IA générative », dixit la newsletter francophone du projet.

Elle indique : « Wikipédia est un projet dont le contenu est documenté et rédigé par des humains pour des humains. L’utilisation de l’intelligence artificielle générative dans le cadre de l’élaboration de contenus pour Wikipédia est donc fondamentalement indésirable, à quelques exceptions près, qui sont énumérées ci-dessous ».

Sont ainsi autorisés le recours à la traduction automatique, qui fonctionne avec le support de l’IA, l’utilisation d’outils basés sur l’IA pour la détection des erreurs (mais, contrairement aux robots de Wikipédia, toute modification doit être validée par un humain), ainsi que la recherche avec l’aide de l’IA.

TurboQuant veut réduire grandement les besoins en mémoire des IA génératives… et ça marche

27 mars 2026 à 10:39
On en revient toujours à Shannon
TurboQuant veut réduire grandement les besoins en mémoire des IA génératives… et ça marche

Des chercheurs de Google ont publié un ensemble d’algorithmes de quantification, nommé TurboQuant. Ils permettent une compression massive réduisant l’utilisation de la mémoire, notamment pour l’IA générative, alors que le prix de la RAM est dans toutes les têtes.

Le nombre de paramètres et la taille de la fenêtre contextuelle des modèles de langage (LLM) prennent une place de plus en plus importante dans leur utilisation, notamment pour traiter des quantités énormes de documents et leur permettre d’augmenter leur acuité. Mais son utilisation intensive demande une quantité importante de mémoire. L’optimisation de la compression de ces informations devient primordiale.

On vous explique le nerf de la guerre : la quantification

La quantification vectorielle est une technique déjà utilisée pour cette compression. Mais jusqu’ici, celle-ci créait au fur et à mesure un « surcoût de mémoire ». Google a annoncé ce mardi 24 mars que ses chercheurs avaient justement mis en place une série d’algorithmes de quantification qui « répond de manière optimale » à ce problème.

De fait, ils avaient mis en ligne leur article sur la plateforme de prépublication scientifique arXiv dès le 28 avril 2025 et celui-ci était passé assez inaperçu. Dans leurs billets, les chercheurs de Google expliquent que leur article a été accepté pour présentation à la conférence scientifique ICLR qui se déroulera du 23 avril au 27 avril 2026 à Rio.


Il reste 80% de l'article à découvrir.
Vous devez être abonné•e pour lire la suite de cet article.
Déjà abonné•e ? Générez une clé RSS dans votre profil.

☕️ Le Conseil de Trump sur les sciences et technologies rempli de CEO de la tech

26 mars 2026 à 14:07


Plus d’un an après son investiture et après avoir maintes fois attaqué les agences scientifiques de son pays, Donald Trump a nommé les membres de son Comité présidentiel des conseillers en science et technologie (President’s Council of Advisors on Science and Technology PCAST).

Ce comité est présidé, comme annoncé en janvier 2025, par Michael Kratsios (conseiller de Donald Trump depuis son premier mandat) et l’investisseur David Sacks (PayPal, Facebook, Uber, SpaceX, Palantir…).

Illustration : Flock

S’ajoutent à la liste, les noms de :

  • Marc Andreessen (fondateur de Netscape)
  • Sergey Brin (cofondateur de Google)
  • Safra Catz (CEO d’Oracle)
  • Michael Dell (fondateur de Dell)
  • Jacob DeWitte (fondateur d’Oklo)
  • Fred Ehrsam (co-fondateur de Coinbase et Paradigm)
  • Larry Ellison (co-fondateur d’Oracle)
  • David Friedberg (financier)
  • Jensen Huang (CEO de NVIDIA)
  • John Martinis (responsable du Google Quantum AI Lab et prix Nobel de physique 2025)
  • Bob Mumgaard (CEO de Commonwealth Fusion Systems)
  • Lisa Su (CEO d’AMD)
  • Mark Zuckerberg (CEO de Meta)

Si une bonne partie de ces personnalités ont fait des études longues, et parfois dans des universités prestigieuses, ArsTechnica pointe le fait qu’aucun n’est actuellement chercheur.

De fait, ce comité a été créé en 2001 sous George W. Bush et n’a pas une importance primordiale dans la gestion de la politique de la recherche aux États-Unis. Mais cette longue liste de responsables de la tech états-unienne marque en creux le manque de chercheuses et chercheurs sur tous les autres sujets que peuvent couvrir les différentes disciplines scientifiques.

Meta et YouTube jugés responsables des troubles psychiques d’une mineure

26 mars 2026 à 10:50
Addiction by design
Meta et YouTube jugés responsables des troubles psychiques d’une mineure

Le procès opposant Kaley G. M. et sa mère à Google et Meta se termine sur une condamnation des deux entreprises à quelques millions d’euros chacune. Le montant est moins élevé que d’autres affaires médiatiques concernant les GAFAM, mais cette décision pourrait faire jurisprudence dans de nombreux cas similaires, si elle est confirmée en appel.

Meta et YouTube ont mis en place des fonctionnalités conçues pour créer une dépendance à leurs réseaux sociaux et plateformes de vidéos, et celles-ci ont entraîné des troubles de santé mentale sur une jeune utilisatrice, a conclu le jury de la Cour supérieure de justice de Los Angeles.

Le procès opposait depuis un mois et demi Kaley G. M, une plaignante âgée actuellement de 20 ans accompagnée par sa mère, à Google et Meta.

Le jugement inclut des dommages-intérêts de 4,2 millions de dollars à verser par Meta et 1,8 million par YouTube. Kaley G. M les accusait d’avoir provoqué et entretenu son addiction à leur service alors qu’elle était mineure. Elle avait pu créer son compte Instagram à l’âge de 9 ans alors que l’application ne demandait pas encore la date de naissance de l’utilisateur à l’inscription.

« Je pense généralement qu’il existe un groupe de personnes, potentiellement assez important, qui mentent sur leur âge afin d’utiliser nos services », avait affirmé Mark Zuckerberg alors qu’il était pressé de justifier la politique de Meta relative aux préados au cours du procès.

L’avocat de Kaley G. M, Mark Lanier a montré que Meta a enterré une recherche menée en interne sur les conséquences de ses produits sur les adolescents qui ne lui convenait pas.

Le New York Times explique que, lors du procès, l’avocat a insisté sur les fonctionnalités de défilement infini, d’algorithmes de recommandation et de vidéos en autoplay, qui seraient conçues pour capter notamment les jeunes utilisateurs, et qu’ils utilisent Instagram, YouTube et autres plateformes de manière compulsive.

La jeune femme avait expliqué qu’elle était tous les jours sur les réseaux sociaux. « Je ne peux tout simplement pas m’en passer », répondait-elle à la question « Pourquoi n’arrêtez-vous pas ? ».

Son avocat avait insisté sur la politique interne de Meta pour attirer les ados, citant un document interne à l’entreprise datant de 2018 affirmant que « si nous voulons vraiment gagner auprès des adolescents, nous devons les attirer dès leur préadolescence ».

Si Meta et Google sont les deux seules entreprises à être condamnées, Snap et TikTok étaient aussi initialement visées. Mais celles-ci ont préféré négocier un accord confidentiel leur évitant que soient déballées au grand public des informations internes sur leur politique vis-à-vis des jeunes utilisateurs.

Le verdict de ce procès arrive juste après que l’entreprise de Mark Zuckerberg a été condamnée à 375 millions de dollars d’amende pour le déploiement d’outils dangereux pour la santé mentale des mineurs.

Si la somme versée ici à Kaley G. M est très inférieure à cette amende, cette décision pourrait faire tache d’huile. En effet, près de 2 500 autres procès attendent les quatre entreprises de réseaux sociaux aux États-Unis, selon le média spécialisé Courthouse News. Et le verdict pourrait faire jurisprudence si la décision est confirmée en appel.

Car les deux entreprises ont déjà planifié de faire appel, selon Reuters. « Cette affaire repose sur une mauvaise compréhension de YouTube, qui est une plateforme de streaming conçue de manière responsable, et non un réseau social », assure au New York Times le porte-parole de Google.

Les deux entreprises avaient mis en avant le fait que les poursuites étaient irrecevables selon l’article 230 du Communications Decency Act, qui protège les plateformes de la responsabilité des contenus publiés par leurs utilisateurs. Mais, comme l’explique Reuters, les juges avaient rejeté cet argument et avaient permis la poursuite de l’instruction. Il sera cependant sans doute réutilisé par les avocats de Google et Meta en appel.

À Courthouse News, l’une des jurées a affirmé : « Nous voulions que [Meta et Google] comprennent que cela n’était pas acceptable ». Mais, selon elle, le jury craignait de « remettre la totalité de la somme à une seule personne », avant d’ajouter : « Nous avons pensé que si cette somme pouvait être versée petit à petit, pour être dépensée à bon escient et durer longtemps, nous aurions probablement fixé un montant plus élevé. »

Palantir s’étend encore au Pentagone et dans le système britannique

24 mars 2026 à 16:22
Des data à gogo !
Palantir s’étend encore au Pentagone et dans le système britannique

Le Pentagone a décidé de mettre au cœur de sa stratégie militaire le système Maven de Palantir. En parallèle, l’entreprise dirigée par Alex Karp a décroché un contrat avec l’autorité financière britannique lui donnant accès à des données très sensibles concernant le pays.

Le département étatsunien de la Défense (ou de la Guerre, selon la nouvelle appellation trumpiste) a décidé d’accélérer l’introduction dans son processus décisionnel de la solution logicielle Maven de Palantir.

Le secrétaire adjoint de la Défense des États-Unis, Steve Feinberg, a officialisé dans un mémo interne qu’a pu consulter Reuters que le système Maven devient un programme officiel du Pentagone, ce qui garantit à Palantir l’utilisation à long terme de sa technologie au sein de l’armée américaine.

Investissement massif de l’armée américaine dans l’IA et dans les solutions de Palantir en particulier

Comme nous l’expliquions l’année dernière, ce logiciel est déjà utilisé par le Pentagone, l’armée israélienne et par l’OTAN depuis l’année dernière. Ce programme utilise des données massivement agrégées pour alimenter la prise de décision sur les terrains d’opérations et notamment la reconnaissance automatique de véhicules ou de cibles observées par des drones ou des satellites.

Steve Feinberg affirme dans son mémo que Maven fournira aux combattants américains « les outils les plus récents nécessaires pour détecter, dissuader et dominer [leurs] adversaires dans tous les domaines ».

« Il est impératif que nous investissions dès maintenant et de manière ciblée pour renforcer l’intégration de l’IA au sein de la Force interarmées et faire de la prise de décision fondée sur l’IA la pierre angulaire de notre stratégie », y affirme-t-il encore.

Cette décision renforce encore la position de Palantir au sein du système de décision militaire étatsunien et dans l’administration américaine en général. Comme nous l’expliquions déjà en août dernier, Palantir a profité à fond de l’élection de Donald Trump.

Cette intégration de Maven se met en place alors que le budget prévu pour « l’autonomie et les systèmes autonomes » au sein du département de la Défense par l’administration Trump est de 13,4 milliards de dollars, dont 9,4 milliards pour les drones, 1,7 milliard pour les systèmes maritimes autonomes, 210 millions pour les véhicules terrestres, 7,34 millions pour les capacités sous-marines et 1,2 milliard de dollars pour les logiciels de supervision de l’IA chargés de sous-tendre le fonctionnement de ces différents systèmes.

Analyser la criminalité financière britannique et accès aux données sensibles

En parallèle, Palantir a obtenu un contrat avec la Financial Conduct Authority (FCA) pour analyser, sur une période d’essai, ses données et l’aider dans sa lutte contre la criminalité financière, dont la fraude, le blanchiment d’argent et les délits d’initiés. Le Guardian explique que l’entreprise d’Alex Karp doit toucher 30 000 livres sterling (34 670 euros) par semaine pour cet essai.

Si le montant peut paraitre comme un enjeu beaucoup plus faible que le contrat avec le Pentagone, certains membres du parlement britannique ont soulevé des questions de souveraineté. « Des entreprises comme Palantir n’ont pas leur place au sein des systèmes gouvernementaux britanniques lorsqu’elles sont étroitement impliquées dans les guerres illégales du président Trump » affirme ainsi l’écologiste Siân Berry, qui a appelé le gouvernement à « intervenir immédiatement et à protéger notre sécurité nationale et économique en bloquant l’attribution de ce contrat ».

Questionné sur le fait que le Royaume-Uni devienne « dangereusement dépendant » des entreprises américaines et notamment de Palantir, le premier ministre travailliste Keir Starmer a répondu : « Je ne pense pas que nous soyons trop dépendants ».

L’immersion de Palantir dans le système britannique ne se résume pourtant pas à cet essai. Elle a déjà remporté un contrat auprès du NHS, le système de santé britannique, en 2023. Celui-ci est encore décrié au Royaume-Uni. « Il existe un risque qu’un gouvernement actuel ou futur utilise la plateforme de données fédérées système de planification (FDP) gérée par Palantir pour commettre des abus de pouvoir fondés sur les données, d’une manière qui serait impossible avec les systèmes de données actuels du NHS », expliquait le 12 mars dernier l’ONG britannique Medact.

Le Guardian expliquait récemment que Scotland Yard utilise aussi des logiciels de Palantir pour surveiller le comportement de son personnel.

En France, rappelons que la DGSI a renouvelé encore son contrat avec l’entreprise d’Alex Karp en décembre dernier.

Piratage : l’Arcom revendique le blocage de plus de 15 000 noms de domaine depuis 2022

24 mars 2026 à 13:22
Sisyphe
Piratage : l’Arcom revendique le blocage de plus de 15 000 noms de domaine depuis 2022

La liste des sites bloqués à la demande de l’Arcom s’allonge de jour en jour depuis que l’autorité a mis en place la possibilité pour les chaînes de signaler de nouvelles adresses. Elle se concentre notamment sur les sites sportifs à la demande des chaînes, alors que, dans ses chiffres, la pratique du live streaming est moins importante que d’autres comme le streaming ou le téléchargement de films ou de séries.

Fraîche de la fusion entre le CSA et l’Hadopi, en 2022, l’Arcom mettait en place un formulaire pour signaler les miroirs à bloquer concernant le streaming illicite de compétitions sportives. Trois ans après, l’autorité se targue d’avoir fait bloquer près de 15 200 sites.

Une augmentation significative des blocages en 2025

L’Arcom a publié, ce lundi 23 mars, un bilan de sa lutte contre le piratage des contenus culturels et sportifs [PDF]. L’autorité y met notamment en avant l’intensification de ce nombre de noms de domaines bloqués à sa demande. Ainsi, alors que le chiffre concernant le blocage de sites sportifs était de 772 en 2022, l’autorité revendique près de 6 500 noms de domaines bloqués à sa demande en 2025 :

Ce chiffre serait notamment dû à une prise en main plus importante des ayants droit du secteur de son outil puisque l’autorité affiche que leurs demandes ont augmentées significativement en 2024. Ainsi, l’autorité peut leur montrer que, lorsqu’ils s’en emparent, le dispositif semble fonctionner.

Ce lundi 23 mars, avait lieu le forum de l’Association pour la Protection des Programmes Sportifs (APPS), le lobby regroupant des chaînes comme beIN SPORTS, Canal+ ou Eurosport, mais aussi des fédérations sportives comme la Ligue de Football Professionnel, la Ligue Nationale de Handball, la Ligue Nationale de Rugby ou encore la Fédération Française de Tennis.

Devant ce parterre, le président de l’Arcom, Martin Ajdari affirme que « le premier constat, c’est que la lutte contre le piratage, ça fonctionne : depuis que la mission confiée à l’Arcom a été étendue en 2021, elle est devenue à la fois beaucoup plus efficace, mais aussi plus consensuelle ». Et le responsable de l’autorité d’affirmer une baisse « de 70 % depuis 2021 » du live-streaming notamment utilisé pour le piratage sportif, avec, selon lui, un nombre de visites mensuelles sur ce genre de sites par habitant en France de 20 % inférieur à la moyenne dans l’UE.

Dans son bilan, l’Arcom veut montrer qu’elle prend en considération les différents acteurs et rappelle que depuis juin 2024, elle fait aussi des demandes de blocage aux fournisseurs de DNS alternatifs (Google, Cloudflare, Quad9, Comodo, Whalebone et NextDNS sont dans son viseur) et depuis juin 2025 aux fournisseurs commerciaux de VPN (NordVPN, ExpressVPN, CyberGhost, SurfShark et ProtonVPN sont cités) :

Le représentant de l’autorité affiche la capacité de celle-ci à « s’adapter aux évolutions du marché : d’abord, par l’action sur les intermédiaires, y compris les nouveaux acteurs : en 2025, nous avons notifié 1 800 moteurs de recherche, mais également 5 300 services de DNS alternatifs, et, nouveauté en 2025, près de 600 services de VPN. Ensuite, celle des nouveaux modèles de piratage : en 2026, sur les 6500 notifications, 4 000 concernent des services d’IPTV ».

Une concentration sur le piratage de contenus sportifs

Depuis quelque temps, la lutte contre le piratage en ligne de l’Arcom semble répondre essentiellement à ce lobby alors que, d’après les propres chiffres de l’Arcom, le live streaming et l’IPTV ne sont pas les pratiques de piratage illicite les plus courantes en France. Ainsi, toujours selon le bilan de l’Arcom, le streaming et le téléchargement représentent 79 % de ces pratiques alors que le live streaming n’en représente que 12 % comme l’IPTV.

Quand on regarde la courbe de ces pratiques sur le long terme, on remarque que, si le live streaming a eu un frémissement en 2021, il n’a jamais vraiment décollé. Toujours selon les chiffres de l’Arcom, la progression de l’IPTV existe mais cette pratique resterait marginale.

Alors que les institutions semblent se concentrer sur ces pratiques à la demande des acteurs du secteur sportif, on peut constater une inflexion de la baisse des pratiques de streaming et de téléchargement illicites d’autres contenus (films ou séries notamment) depuis 2022.

Mais la seule action de l’Arcom ne semble pas encore satisfaire la LFP qui s’est félicitée la semaine dernière de la sanction, par le parquet d’Arras, d’une vingtaine d’utilisateurs de boîtiers IPTV permettant d’accéder gratuitement aux chaines payantes.

L’Arcom a aussi indiqué à l’AFP qu’elle prévoyait de demander le blocage du site pornographique xGroovy car il n’aurait pas mis en place de contrôle d’âge pour ses utilisateurs, ce qui lui permettrait d’augmenter son utilisation chez les plus jeunes.

Interrogé par Le Figaro, Martin Ajdari expliquait que la fréquentation des mineurs des sites pornos les plus connus aurait baissé d’environ 40% entre août et novembre 2025. Mais, « manifestement, il y a un phénomène de report » sur des sites comme xGroovy qui serait « assez utilisé » alors qu’il n’a pas d’adresse postale dans l’Union européenne ni d’actionnariat identifié par l’autorité. « XGroovy est le site pornographique sur lequel les mineurs passent actuellement le plus de temps, mais il représente à peine 10% de celui qu’ils passaient sur Pornhub », assure-t-il à nos confrères.

La plateforme de preprints arXiv devient une structure indépendante à but non lucratif

23 mars 2026 à 16:17
Archive aux pieds solides
La plateforme de preprints arXiv devient une structure indépendante à but non lucratif

Après 35 ans au sein du laboratoire de Los Alamos puis de l’université Cornell, la plateforme de preprint s’institutionnalise pour diversifier ses sources budgétaires mais aussi avoir une organisation des ressources humaines plus claires.

Fini la dépendance totale à l’université Cornell : arXiv prévoit de devenir une structure à part entière avec son CEO, son propre budget et son indépendance officielle à partir de juillet 2026.

C’est via une petite annonce pour le poste de CEO que des chercheurs ont repéré le changement. Il y a une dizaine de jours, le mathématicien de l’université d’Édimbourg, John Baez a remarqué sur Mastodon l’annonce de l’ouverture du poste le 11 mai prochain.

Le texte explique qu’ « après des décennies de collaboration fructueuse avec l’université Cornell, et grâce au soutien de la Fondation Simons, arXiv s’établit désormais comme une organisation indépendante à but non lucratif, marquant ainsi une nouvelle étape dans son histoire de 35 ans en tant que pionnier de la science en libre accès ».

Depuis 1991 et de simples échanges par mails à la banalisation au-delà du domaine académique

Effectivement, c’est en 1991 qu’est né le serveur pionnier de la prépublication scientifique, et même un peu avant. L’astrophysicienne Joanne Cohn a déjà raconté qu’elle a petit à petit mis en place un système d’échange de fichiers TeX de preprints par emails à partir de l’automne 1989. Mais c’est elle qui centralisait tous les échanges.

Finalement, à l’été 1991, son collègue Paul Ginsparg lui a proposé d’automatiser le fonctionnement avec quelques scripts et a commencé le serveur de preprint arXiv au sein du fameux laboratoire américain de Los Alamos. 10 ans après, Paul Ginsparg changeait de laboratoire pour rejoindre l’université de Cornell, avec arXiv dans ses bagages.

Mais 35 ans après sa création, arXiv n’est plus un petit serveur qui permet à quelques chercheurs de s’échanger les prépublications pour une prochaine conférence. Comme le dit l’annonce pour la recherche d’un nouveau CEO, 27 personnes travaillent actuellement sur le projet et son budget annuel est d’environ 6 millions de dollars par an.

Une bonne partie de la recherche en physique, mathématiques, informatique, ingénierie électrique et des systèmes et bien d’autres disciplines est déposée sur les serveurs d’arXiv avant d’être éventuellement publiée dans une revue scientifique ou présentée lors d’une conférence.

En parallèle, des outils comme les modèles de langage ont été notamment entrainés sur ces articles qui représentent des données de très haute qualité.

Diversification des donateurs et besoin d’une structure de direction

Interrogé par Science, Greg Morrisett, le responsable du Centre de recherche Cornell Tech qui s’occupe actuellement du serveur, explique que la modification de statut va permettre de lever « davantage de fonds auprès d’un éventail plus large de donateurs afin de financer les ressources humaines et les technologies nécessaires pour prendre en charge le nombre croissant de prépublications sur le site, qui devrait dépasser les 300 000 cette année ». Jusque-là, arXiv était surtout financé par Cornell et par la fondation Simons.

« Son indépendance permettra à arXiv de suivre tous les aspects de son évolution, de moderniser son infrastructure, d’élargir la couverture thématique et de renforcer ses liens avec les acteurs internationaux », est-il précisé dans l’annonce.

Greg Morrisett explique aussi qu’au sein de Cornell, le serveur de preprint est aussi en concurrence budgétaire avec d’autres projets : « Lorsque nous avons discuté [du serveur de prépublications] avec certaines organisations, celles-ci craignaient que Cornell n’exerce une influence trop importante. Elles redoutaient un peu de verser un chèque à l’université Cornell en espérant que celui-ci finisse dans les caisses d’arXiv. »

« Une certaine structure est nécessaire pour assurer une fonction de direction. Comme l’ont mentionné d’autres intervenants, la configuration « 501c3 [le texte qui encadre les structures non lucratives aux États-Unis] + CEO » est courante chez nous, et étant donné que nous travaillons avec un centre géographique à New York, un CEO peut accomplir beaucoup de choses, non seulement au sein d’arXiv, mais aussi à l’extérieur », explique aussi Deyan Ginev, un ingénieur qui travaille pour le projet en réponse au post de John Baez.

Le mathématicien relevait aussi le salaire pour ce poste de CEO qui « devrait se situer autour de 300 000 $ ». Rappelons que, Sudip S Parikh, le CEO de la structure à but non lucratif American Association For The Advancement Of Science (AAAS), qui édite la revue scientifique Science, émarge, lui, à plus de trois fois plus avec 983 185 dollars en 2024.

WordPress.com permet la gestion d’un site de A à Z par des agents IA

23 mars 2026 à 13:38
AIpress
WordPress.com permet la gestion d’un site de A à Z par des agents IA

La plateforme d’hébergement aux près de 2 millions de sites et blogs renforce encore les possibilités d’utiliser des agents IA pour ses utilisateurs : via son serveur MCP, Claude, ChatGPT, OpenClaw et Cursor peuvent maintenant publier automatiquement des contenus ouvrant la voie à encore plus de contenus GenAI sur la plateforme.

WordPress.com plonge totalement dans l’IA, au risque de faire plonger encore plus facilement le web dans un magma de contenus générés et publiés automatiquement.

La plateforme d’hébergement de blogs et sites web (à ne pas confondre avec le logiciel libre WordPress qu’elle utilise, comme Next et une très grande partie des sites web) a décidé de permettre à ses utilisateurs de pouvoir utiliser des agents IA pour à peu près tout ce qui est possible dessus.

En octobre dernier, la plateforme annonçait déjà le support du Model Context Protocol (MCP). Celui-ci, lancé il y a un peu plus d’un an par Anthropic, propose une interface universelle entre un environnement informatique (logiciel, serveur, service) et les modèles de langage et agents IA. Le protocole est de plus en plus utilisé.

Ainsi, data.gouv.fr a lancé son serveur MCP pour permettre aux agents d’IA d’accéder directement aux données publiques françaises. OVH, par exemple, a aussi lancé son serveur MCP permettant de gérer un compte, mais aussi des services et infrastructures de l’hébergeur.

Comme son concurrent israélien Wix, qui propose aussi le support de MCP, WordPress.com a poussé ses utilisateurs à configurer l’entièreté de leurs sites via ses outils d’IA pour se passer de son interface et accéder par exemple à leurs statistiques. Mais depuis vendredi dernier, l’entreprise a lâché la bride. Plus question de bloquer le MCP en « read only ».

Possibilité de tout laisser dans les mains de l’agent IA

L’assistant IA des utilisateurs de la plateforme peut rédiger et publier des articles de blog, créer et mettre à jour des pages, gérer les commentaires, organiser le contenu ou encore mettre à jour les métadonnées des médias, et « corriger les textes alternatifs, les légendes et les titres pour améliorer l’accessibilité et le référencement naturel (SEO) », comme l’affirme WordPress.com.

Il suffit aux utilisateurs d’aller sur wordpress.com/me/mcp pour activer l’accès et de le configurer avec leur compte Claude et ChatGPT, et leur blog est prêt pour publier en ligne des billets rédigés automatiquement par ces outils. Remarquons que la simple activation de cet accès active, par défaut, toutes les possibilités de la liste ci-dessous. Il faut ensuite décocher à la main chaque action qu’on ne voudrait pas autoriser à son agent IA.

Ainsi l’agent IA pourra rédiger, étiqueter, catégoriser et publier des billets/articles, ou encore modérer les commentaires et y répondre.

WordPress fournit même un tuto pour configurer l’utilisation avec ChatGPT ou avec Claude.

Une accélération des contenus générés par IA sur le web à prévoir ?

Le billet met en avant comme « l’un des principaux atouts » de ce système l’ « intégration au thème de votre site ». Ajoutant, « avant de créer du contenu, votre agent IA peut analyser la mise en page de votre thème et en comprendre les couleurs, les polices, l’espacement et la disposition des blocs ». Il nous parait étonnant de souligner l’intégration stylistique de tels outils alors que l’éditeur de WordPress (qui utilise des styles d’édition et le CSS) la permet depuis longtemps.

« Avant de créer, de mettre à jour ou de supprimer quoi que ce soit, votre agent IA vous explique précisément ce qu’il compte faire et vous demande votre confirmation explicite », assure WordPress.com et les billets sont enregistrés par défaut en brouillon.

Par contre, on imagine que ça va encore accélérer la création de sites où les contenus sont de moins en moins liés à la création humaine et où les articles générés par IA sont publiés en masse, sans qu’ils ne soient relus réellement par les utilisateurs de WordPress.com.

☕️ Après OpenAI et Microsoft, Perplexity lance son chatbot santé

23 mars 2026 à 09:41


Une semaine après Microsoft et un mois après OpenAI, Perplexity lance son chatbot au nom peu original : Perplexity Health.

Comme ses concurrents, Perplexity explique que son service est connecté avec Apple Health et des services de fitness et de santé comme Fitbit, Ultrahuman, Withings et surtout permet de connecter les « dossiers médicaux électroniques de plus de 1,7 million de prestataires de soins », et de prendre en compte « vos résultats d’analyses ».

Illustration : Flock

La startup assure s’appuyer sur « de la littérature médicale premium, notamment des recommandations cliniques et des revues à comité de lecture » sans pour autant détailler lesquelles et quel a été le processus de sélection. « Chaque réponse inclut des citations reliées directement aux documents sources afin que vous puissiez lire sur quoi la réponse est fondée », assure-t-elle.

Perplexity évoque le problème de l’utilisation des moteurs de recherche actuellement concernant les informations sur la santé : « À l’heure actuelle, la plupart des réponses en ligne sur la santé reposent sur des contenus optimisés pour le SEO et rédigés pour être bien classés ». Soulignons que le marketing numérique a déjà fait naitre le Generative Engine Optimization (GEO, l’Optimisation pour les moteurs génératifs).

« Les réponses de Perplexity Health incluent de véritables garde-fous, notamment des indications claires sur le moment où il faut consulter », assure l’entreprise sans aller plus loin sur le sujet. Une étude pointait justement le mois dernier des problèmes dans les recommandations de consultation de ChatGPT Health.

Perplexity assure que les données de santé « sont protégées par un chiffrement en transit et au repos, par des contrôles d’accès stricts et par des outils permettant de gérer ou de supprimer des informations à tout moment », et que « les informations ne sont jamais utilisées pour entraîner des modèles d’IA ni vendues à des tiers ».

Comme ses concurrents, la startup précise que son chatbot santé n’est pas « destiné à diagnostiquer, traiter ou prévenir des maladies ou d’autres affections et ne remplace pas un avis médical professionnel », et demande de « parler à votre médecin avant d’utiliser Perplexity Health » si « vous allaitez, si vous avez des antécédents de troubles du comportement alimentaire ou toute autre affection médicale ».

Rappelons qu’en janvier dernier, la Food and Drug Administration, l’agence états-unienne responsable de la régulation concernant les médicaments et les produits alimentaires, a réduit sa surveillance des dispositifs de santé portables ou s’appuyant sur l’IA.

☕️ GNOME 50 « Tokyo » est officiellement sorti

19 mars 2026 à 17:22


L’environnement de bureau GNOME arrive aujourd’hui dans sa version 50, nom de code « Tokyo ». Au menu, comme nous l’expliquions lors de la sortie alpha en janvier, la suppression totale de X11 au profit de Wayland.

Cette nouvelle version active par défaut le taux de rafraîchissement variable (ou Variable Refresh Rate, VRR, en anglais) et le « fractional scaling » après « des corrections de bogues, des améliorations en matière de stabilité et d’expérience utilisateur », explique l’équipe de GNOME dans sa note présentant les nouveautés.

GNOME 50 améliore aussi l’utilisation de la fonction de bureau à distance en s’appuyant sur le GPU pour « une amélioration significative des performances ». La note de l’équipe met aussi en avant l’ajout, dans la visionneuse de documents, de la possibilité de créer des annotations :

L’équipe souligne aussi son effort sur le contrôle parental avec la possibilité de régler des horaires de coucher et la définition d’un temps limite qui verrouille l’écran quand les limites sont dépassées. L’équipe explique qu’elle a mis en place les fondements pour un filtrage web « sans compromettre la sécurité du Web ni s’appuyer sur des listes préétablies » qui seront utilisables via l’interface dans de futures mises à jour. Elle précise que ce travail a été financé par la fondation Endless.

Les fonctionnalités d’accessibilité ont aussi été améliorées, notamment le lecteur d’écran Orca, mais aussi l’ajout d’une option « mouvements réduits » qui permet de réduire la gêne et les distractions causées par les animations de l’interface.

Côté outils de développeurs, l’équipe a amélioré l’éditeur de Builder mais aussi Mutter Devkit avec la possibilité de simuler des configurations matérielles et des workflows complexes. GNOME 50 utilise maintenant la dernière version de GTK (4.22) qui supporte nativement le SVG. Cela permet notamment de créer directement des icônes :

L’équipe annonce enfin que « GNOME 50 sera bientôt disponible dans de nombreuses distributions, telles que Fedora 44 et Ubuntu 26.04 ». La prochaine version, GNOME 51, est prévue pour septembre 2026.

« Perroquets stochastiques » : une notion toujours valide malgré les critiques

19 mars 2026 à 14:39
🦜 🤖
« Perroquets stochastiques » : une notion toujours valide malgré les critiques

Introduite par quatre chercheuses en 2021, la notion de « perroquets stochastiques » est critiquée cinq ans après. Elle ne représenterait pas ce qu’est l’état de l’art actuel et bloquerait les réflexions critiques sur l’IA générative. Le travail de ces chercheuses sur les dangers des grands modèles de langage et leur métaphore reste, cependant, toujours valide concernant les modèles de langage.

Depuis quelques semaines, plusieurs critiques fleurissent à propos de l’article scientifique fondateur pour la réflexion sur les modèles de langage et l’IA générative qui introduisait la notion de « perroquets stochastiques » (ou, en termes plus accessibles, « perroquets probabilistes »).

Certains demandent carrément aux autrices de revenir dessus, alors que d’autres soulignent surtout sa « réception publique paresseuse » dans les argumentations anti-IA bloquant toute réflexion autour des transformations que l’IA générative implique dans nos vies.

Les perroquets stochastiques ont plus de cinq ans

Comme nous l’expliquions il y a déjà trois ans, les chercheuses Emily Bender, Timnit Gebru, Angelina McMillan-Major et Margaret Mitchell ont mené cette réflexion sur les modèles de langage (LLM) en 2020 (l’article a été publié en 2021), alors que ChatGPT n’était pas encore sorti.

L’article ne minimisait pas la puissance des LLM mais il prévenait des dangers des grands modèles de langage, des risques de dissémination des biais et de désinformation aux coûts environnementaux.

Elles y reconnaissaient les « qualités de plus en plus fluides du texte généré automatiquement ». Mais elles alertaient justement sur le fait qu’ils pouvaient facilement nous faire croire, « en apparence », à une réflexion et une interaction humaine.

C’est là où elles mobilisaient leur notion de « perroquets stochastiques » pour expliquer que, même si c’est contre-intuitif, c’est « notre perception du texte en langage naturel [qui] est médiée par notre propre compétence linguistique et notre prédisposition à interpréter les actes de communication comme véhiculant un sens et une intention cohérents ».

Des demandes insistantes pour gagner un point


Il reste 72% de l'article à découvrir.
Vous devez être abonné•e pour lire la suite de cet article.
Déjà abonné•e ? Générez une clé RSS dans votre profil.

☕️ Les députés européens veulent repousser la régulation des systèmes d’IA à hauts risques

19 mars 2026 à 10:55


L’AI Act est entré en vigueur en août 2024 mais sa mise en application est progressive. Alors que les règles relatives aux systèmes d’intelligence artificielle à haut risque devaient s’appliquer à partir du 2 août 2026, des députés européens se sont prononcés pour le report de près d’un an et demi de ces mesures.

Comme nous l’expliquions, le règlement européen a défini certaines utilisations de l’IA comme « à haut risque » – notamment la biométrie, la gestion d’infrastructures (numériques, routières, d’eau, de gaz, de chauffage ou d’électricité) critiques, l’éducation… Le texte prévoyait que ces systèmes soient plus régulés à partir du 2 août 2026.

IA Act Europe

Mais les commissions du marché intérieur et des libertés civiles du Parlement européen ont adopté une position commune à intégrer à l’omnibus numérique repoussant cette date au 2 décembre 2027, « étant donné que les normes principales pourraient ne pas être finalisées avant l’échéance actuelle », affirme le communiqué du Parlement européen.

Pour les systèmes d’IA couverts par la législation sectorielle de l’UE sur la sécurité et la surveillance du marché (ou utilisés comme composants de sécurité dans des produits couverts par cette législation), les députés européens proposent même de repousser la date au 2 aout 2028.

Enfin, ils proposent de repousser au 2 novembre 2026 l’obligation faite aux fournisseurs d’IA que leurs sorties soient « marquées dans un format lisible par machine et identifiables comme ayant été générées ou manipulées par une IA ». Elle devait aussi initialement s’appliquer au 2 aout 2026.

Ces deux commissions ont aussi ajouté l’interdiction explicite de « systèmes dits de nudification » sans le consentement de cette personne. Rappelons que Grok a permis la génération de millions de deepfakes à ses utilisateurs. L’entreprise d’Elon Musk, xAI, est déjà visée par de multiples enquêtes sur le sujet.

Ces propositions doivent encore être approuvées en plénière par le parlement le 26 mars prochain, puis discutées avec le Conseil européen.

Health Data Hub : en attendant la migration, Microsoft et Capgemini ont empoché 10M€ chacun

18 mars 2026 à 08:09
Santé !
Health Data Hub : en attendant la migration, Microsoft et Capgemini ont empoché 10M€ chacun

Devant la commission d’enquête sur la souveraineté numérique de l’Assemblée nationale, le directeur par intérim du Health Data Hub, Laurent Vilboeuf, chiffre à 10 millions le coût global de l’hébergement sur Microsoft Azure depuis le début du projet en 2019. La plateforme de santé a dépensé la même somme dans les conseils apportés par Capgemini.

Le projet de Health Data Hub était une nouvelle fois scruté par des députés ce mardi 17 mars. En effet, le directeur par intérim de la plateforme de données de santé, Laurent Vilboeuf, était auditionné (après notamment Henri Verdier, ancien ambassadeur pour le numérique) dans le cadre d’une commission d’enquête « sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour l’indépendance de la France » lancée notamment par la députée Cyrielle Chatelain (Les Écologistes) et présidée par le député Philippe Latombe (ModeM).

Alors que la mise en place de la plateforme de santé a été officiellement permise par une loi de juillet 2019, le choix Microsoft Azure pour l’hébergement a été critiqué dès mars 2020. Les députés s’interrogent donc notamment sur ce choix et sur l’évolution que la plateforme est en train de prendre avec, finalement, une bascule sur SecNumCloud d’ici fin 2026 et donc un nouvel appel d’offres en cours.


Il reste 76% de l'article à découvrir.
Vous devez être abonné•e pour lire la suite de cet article.
Déjà abonné•e ? Générez une clé RSS dans votre profil.

Version « adulte » de ChatGPT : des experts internes d’OpenAI unanimement opposés

17 mars 2026 à 13:26
La « règle 34 » est-elle malsaine ?
Version « adulte » de ChatGPT  : des experts internes d’OpenAI unanimement opposés

L’entreprise de Sam Altman est bien embêtée entre la volonté du CEO de lancer une version de son chatbot réservée aux adultes qui pourrait générer des discussions érotiques et l’avis d’un comité d’experts sur le bien-être et l’IA, créé en interne, qui s’est prononcé unanimement contre.

En octobre dernier, Sam Altman annonçait que son entreprise allait rendre ChatGPT bientôt plus amical et ouvert aux conversations érotiques. Mais en janvier, un comité d’experts, que l’entreprise a créé en parallèle pour « éclairer [ses] efforts » concernant le bien-être et l’IA, s’est prononcé clairement contre ce projet.

Sam Altman affirmait vouloir « traiter les utilisateurs adultes comme des adultes » en leur créant un mode particulier une fois que leur âge était vérifié. En janvier dernier, OpenAI annonçait la mise en place de plusieurs barrières pour les mineurs : soit un système interne de « prédiction d’âge » soit une vérification d’âge avec la solution de Persona (selfies ou scan de pièce d’identité). Le système était donc en place pour lâcher la bride sur des sujets sensibles selon l’âge de l’utilisateur.

Mais, même en interne, ce nouveau mode permettant des conversations à caractère sexuel était critiqué. Une des cadres de l’entreprise, Ryan Beiermeister a, par exemple, exprimé publiquement son opposition à cette fonctionnalité. Elle a été ensuite licenciée au motif qu’elle aurait commis une discrimination de genre à l’encontre de l’un de ses collègues masculins. Et l’entreprise continue officiellement d’avancer sur le projet, même si elle a encore reporté son lancement «  afin de pouvoir [se] concentrer sur des tâches qui sont actuellement plus prioritaires pour un plus grand nombre d’utilisateurs ».

Un comité d’experts furieux

Son comité d’experts sur le bien-être et l’IA s’est réuni en janvier après que les responsables de l’entreprise l’eurent informé de l’avancement du projet. Ce comité, créé mi octobre, rassemble des chercheurs comme David Bickham, Tracy Dennis-Tiwary ou Andrew K. Przybylski. Il a été mis en place notamment suite à la plainte contre OpenAI des parents d’Adam Raine, 16 ans, qui s’est suicidé. L’annonce de sa création a été étonnamment faite le jour où Sam Altman a annoncé son intention de mettre en place le mode adulte sur ChatGPT.

Selon le Wall Street Journal, les membres de ce comité étaient furieux et se sont unanimement opposés au projet. Ils ont averti que « l’érotisme généré par IA pouvait favoriser une dépendance affective malsaine pour les utilisateurs vis-à-vis de ChatGPT et que des mineurs pourraient trouver un moyen d’accéder à ces discussions sexuelles », expliquent les sources du journal. L’un des experts se serait appuyé sur plusieurs cas de suicides impliquant des chatbots IA pour affirmer qu’OpenAI prenait le risque de créer un « coach au suicide séduisant ».

Ainsi, en octobre 2024, l’adolescent Sewell Setzer III s’est suicidé alors qu’il avait développé une relation intime et problématique avec les chatbots de Character.AI. Sa mère a récemment conclu un accord avec l’entreprise, qu’elle accusait de ne pas avoir déployé les garde-fous nécessaires.

12 % des mineurs détectés comme des adultes

Si OpenAI a reporté le projet, le Wall Street Journal explique que l’entreprise veut toujours le mettre en place à terme. Mais selon le journal, le système de prédiction d’âge développé par OpenAI classait encore récemment à tort 12 % des mineurs comme des adultes, ce qui permettrait à des millions d’utilisateurs de moins de 18 ans à accéder à ses services censés être réservés aux adultes.

L’entreprise aurait aussi du mal à permettre aux adultes d’utiliser son chatbot pour des conversations érotiques tout en bloquant les contenus pédopornographiques. Son concurrent, xAI, est actuellement sous le coup de plusieurs enquêtes à travers le monde après la génération de deepfakes par son IA Grok visant à dénuder des femmes et des mineurs sur X.

Certaines personnes chez OpenAI ont souligné aussi le risque d’utilisations compulsives, de dépendances émotionnelles par rapport au chatbot, de tomber dans une spirale de recherche de contenus de plus en plus extrêmes, explique le Wall Street Journal.

Une porte-parole d’OpenAI a affirmé au journal que l’entreprise veut générer des discussions avec des « thèmes adultes » en les décrivant plutôt comme « sales » (« smut » en anglais) plus que « pornographiques ». Selon elle, les algorithmes de prédiction d’âge de l’entreprise affichent des résultats similaires à la concurrence mais ne seront jamais infaillibles. L’entreprise affirme qu’elle a mis en place des gardes-fous dans ses modèles pour ne pas encourager les relations exclusives avec les utilisateurs, et leur rappeler qu’ils ont besoin d’entretenir des relations dans la vie réelle.

☕️ L’Encyclopædia Britannica attaque OpenAI pour « violation massive du copyright »

17 mars 2026 à 09:38


Encyclopædia Britannica et sa filiale Merriam-Webster ont attaqué en justice OpenAI ce vendredi 13 mars.

« D’après les informations dont nous disposons et ce que nous avons pu constater, ChatGPT a copié, et continue de copier, à très grande échelle les contenus protégés par le copyright des plaignants, tant pour entraîner les modèles LLM qui alimentent ChatGPT que pour compléter ou étayer la base de connaissances de ces modèles, notamment par le biais d’un modèle de génération à enrichissement contextuel [retrieval-augmented generation,RAG] », affirme la plainte [PDF].

Le document évoque « près de 100 000 articles en ligne » qui seraient utilisés sans l’accord des ayants droits. Les deux entreprises font remarquer que le chatbot d’OpenAI ressort « parfois des reproductions entières ou partielles des verbatims » de leurs articles et « d’autres fois, ChatGPT reformule des textes qui ressemblent, paraphrasent ou résument » leurs travaux copyrightés.

« GPT-4 a lui-même « mémorisé » une grande partie du contenu protégé par le copyright de Britannica et est capable de reproduire, sur simple demande, des copies quasi mot pour mot de passages importants », ajoute la plainte.

« ChatGPT prive les éditeurs web [comme Encyclopædia Britannica et sa filiale Merriam-Webster] de revenus en générant des réponses aux requêtes des utilisateurs qui se substituent au contenu de ces éditeurs et lui font directement concurrence », assurent leurs avocats.

Plusieurs auteurs ont déjà porté plainte contre OpenAI pour violation du Copyright ainsi que Le New York Times, par exemple.

☕️ L’AfriNIC accuse un broker d’adresses IP de continuer à vouloir le paralyser

16 mars 2026 à 16:15


La guerre des IPv4 en Afrique n’est pas finie. En septembre dernier, l’AfriNIC pensait avoir fait un pas important pour se remettre en selle en élisant son nouveau bureau.

Mais le registre régional d’adresses IP (RIR) desservant l’Afrique continue de subir les attaques de Cloud Innovation, un broker d’adresses IP qui avait réussi à déstabiliser sérieusement l’organisation (dont il est lui-même membre, puisqu’il gère des adresses IP allouées par l’AfriNIC).

Dans une communication sur son site publiée ce jeudi 12 mars, l’AfriNIC alerte sur l’ « intention de perturber et/ou de paralyser le seul registre Internet régional d’Afrique » de la part de Cloud Innovation.

Illustration : Flock

« Nous sommes actuellement confrontés à un enchevêtrement de litiges et d’obstacles procéduraux provoqués par CIL [Cloud Innovation limited], Larus Ltd et les campagnes de sensibilisation qui y sont associées », explique le registre.

L’AfriNIC liste : une contestation de l’élection, une demande de la prolongation de la mise sous tutelle qu’avait décidée la justice mauricienne avant le renouvellement du bureau, l’obstruction à de récentes attributions d’adresses IP, l’injonction toujours en cours de ne pas attribuer d’IP, des campagnes de désinformations et la tentative de faire échouer les réformes de la gouvernance.

L’AfriNIC demande à ses membres de rester vigilants et de continuer à participer activement à la vie du registre.

Russie : depuis 2 semaines, le Kremlin impose des coupures de l’Internet mobile à Moscou

16 mars 2026 à 14:29
Comment traduit-on Minitel en russe ?
Russie : depuis 2 semaines, le Kremlin impose des coupures de l’Internet mobile à Moscou

Depuis plus d’une semaine, les Moscovites subissent des coupures d’internet mobile décidées par le Kremlin et le FSB. La vie dans la capitale russe se voit chamboulée avec parfois l’impossibilité d’utiliser les applications de localisation, de faire fonctionner les TPE ou d’envoyer des messages via mobile avec retour obligatoire au SMS, aux pagers et aux talkies-walkies.

Un pas de plus vers un contrôle drastique de l’Internet en Russie. Mais cette fois-ci, les gestes du quotidien que permet l’Internet mobile depuis son arrivée sont aussi touchés. En effet, depuis le 5 mars, le réseau Internet mobile dans certains quartiers de la capitale russe subit des coupures. Le média russe Novaïa Gazeta explique qu’au moins 23 quartiers de la ville ont subi ce genre de problème. Les services des systèmes de positionnement par satellites semblent aussi parfois brouillés.

« Je roulais sur le périphérique de Sadovoye [qui encercle Moscou], et d’un coup, plus de réseau, plus de GPS [abus de langage pour parler des GNSS, ndlr] », explique au Financial Times, Sergey, un chef de projet.

Le pouvoir russe ne nie pas les coupures et le Roskomnadzor, l’autorité russe de régulation de l’Internet, annonce une baisse de 20 % du trafic mobile comparé au mois précédent. Il y a tout juste un mois la Douma d’État, chambre basse du Parlement russe, avait voté une loi autorisant le service de renseignement du pays, le FSB, à couper l’accès à Internet et la téléphonie mobile.

La vie quotidienne basée sur l’Internet mobile s’est arrêtée

Ainsi, dans certaines rues de Moscou, impossible d’utiliser certains services mobiles pour envoyer des messages, se diriger avec certaines applications de navigation ou payer avec les terminaux de paiement branchés sur le réseau mobile.

Comme l’explique El País, les Moscovites se sont tournés vers des alternatives : le SMS retrouvent de nouveaux aficionados, les hotspots Wi-Fi redeviennent très recherchés. Et même les plateformes de vente en ligne locales Wildberries et Russ annoncent avoir observé une explosion de 170 % des demandes de cartes routières papier, de 73 % des pagers et de 27 % des talkies-walkies.

S’il y avait déjà eu des coupures mobiles dans d’autres régions du pays, c’est la première fois que Moscou est directement touchée. Selon Novaïa Gazeta, les fournisseurs d’accès russes se sont excusés pour les coupures tout en affirmant qu’ils n’en avaient pas le contrôle.

Le Kremlin ne cherche pas à cacher ces coupures. Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a affirmé qu’elles dureraient « tant que des mesures supplémentaires seront nécessaires pour garantir la sécurité de nos citoyens », lors d’une conférence de presse donnée mercredi 11 mars, selon le média russe. Il aurait invoqué des actions hostiles de l’Ukraine pour les justifier : « les méthodes d’attaque de plus en plus sophistiquées de Kiev exigent des contre-mesures technologiquement plus avancées ».

Après une semaine de coupures complètes, l’accès à certains sites aurait été réactivé. Ainsi les sites des principaux services publics, des banques, des plateformes de vente en ligne ou de certains médias proches du Kremlin seraient sur une liste blanche. Interrogé par le Financial Times, le créateur de l’entreprise de VPN Amnezia, Mazay Banzaev, imagine que cette liste blanche puisse être étendue : « L’Internet mobile sert manifestement de terrain d’essai pour renforcer encore davantage le contrôle sur l’ensemble du secteur de l’Internet en Russie ».

Jusqu’à récemment, la Russie misait sur un contrôle plus diffus d’Internet que la Chine et l’Iran. Mais la coupure pure et simple de l’Internet mobile dans certains endroits pourrait être le signe d’un changement de politique.

Des rumeurs de coups d’État, la crainte d’attaques de drones ?

Pour certains, la décision de couper l’internet mobile serait le signe de la crainte de Vladimir Poutine d’un coup d’État de la part de Sergueï Choïgou, ministre russe de la Défense de 2012 à 2024. Mais selon plusieurs experts interrogés par le Kyiv Independent, ça ne serait que le vœu pieux de certains opposants. « C’est n’importe quoi. Si les élites russes avaient voulu se débarrasser de Poutine, cela se serait produit en 2022 », affirme Anton Barbashin, fondateur du média Riddle Russia qui travaille pour le think tank ECFR. « Le manque de transparence contribue certes au caractère spéculatif des commentaires sur le changement de régime, mais dans ce cas précis, il se peut qu’il y ait une part de « vœu pieux » », confirme la chercheuse de la London School of Ecomonics, Tomila Lankina.

Interrogé par Novaïa Gazeta, l’avocat Sarkis Darbinyan, cofondateur de l’ONG russe Roskomsvoboda, pense que ces coupures sont probablement dues à une « crainte panique d’une répétition de l’opération toile d’araignée », au cours de laquelle l’armée ukrainienne avait réussi à mettre en place des frappes coordonnées de drones dans le territoire russe.

Call of Duty, Wii, GTA, Lego… la guerre en Iran entre propagande et gamification

13 mars 2026 à 16:56
Irréalité virtuelle
Call of Duty, Wii, GTA, Lego… la guerre en Iran entre propagande et gamification

Depuis le début de sa guerre contre l’Iran, sur les réseaux sociaux et notamment sur X, la Maison Blanche partage des vidéos mélangeant frappes militaires et images de jeux vidéo comme GTA, Call of Duty ou des jeux de la console Wii. Sur le terrain, ce sont de vrais morts, un vrai hôpital, de vraies écoles et un vrai site classé au patrimoine mondial de l’Unesco qui sont touchés.

Du côté américain, les images de propagande sur les guerres du Golfe des années 90 et 2000 ont laissé en mémoire les images de frappes qualifiées de « chirurgicales ». Depuis son entrée en guerre contre l’Iran avec son opération « Epic Fury », la Maison Blanche abreuve les réseaux sociaux d’une iconographie qui mêle ce genre d’images à celles de jeux vidéo.

Promotion de la guerre par les memes de jeux vidéo

« La Maison Blanche traite, d’une certaine manière du moins, la guerre comme un jeu, en diffusant à la légère ce que l’on pourrait, pour être indulgent, qualifier de vidéos promotionnelles sur leur guerre », commentait le week-end dernier le présentateur de CNN, Jack Tapper.

Effectivement, de Call of Duty (dont la Maison Blanche a finalement retiré sa vidéo), à GTA, la Maison Blanche emprunte à l’univers du jeu vidéo. Les vidéos sont généralement un mélange d’extraits de ces jeux déjà réutilisés en mèmes avec des vidéos embarquées de bombardements.

À certaines critiques, Steven Cheung, le responsable communication de la Maison Blanche, lance un « W’s in the chat, boys! », expression reprise du milieu de Twitch et des streamers pour appeler à célébrer la victoire dans une discussion.

L’administration Trump n’utilise pas que l’imagerie des jeux vidéo. Ainsi, le compte Instagram de la Maison Blanche a diffusé, par exemple, une vidéo accompagnée d’une reprise modifiée de la chanson « Boom Boom » de John Lee Hooker.

La réalité des conséquences n’arrête pas la Maison Blanche

Cette communication sur les réseaux sociaux se voulait la démonstration d’une efficacité de l’armée américaine pour frapper le régime iranien et son programme nucléaire. Alors que les sondages montrent qu’une majorité d’Américains ne comprend pas le but de cette guerre contre l’Iran, « le gouvernement américain ne se contente pas de vouloir que les Américains soutiennent la guerre qu’il a déclenchée avec Israël contre l’Iran ; il veut galvaniser la population », estime l’analyste de CNN Zachary B. Wolf.

Mais, moins de 15 jours après le déclenchement de cette guerre, la communication de la Maison Blanche se heurte à la réalité du conflit racontée par les médias.

La semaine dernière, la BBC identifiait sur images satellitaires que les frappes avaient touché des écoles, l’hôpital Ghandi de Téhéran ou encore le palais du Golestan, site classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Ce mercredi 11 mars, le New York Times confirmait les doutes sur les frappes qui ont touché dès le premier jour de la guerre une école de filles dans la ville iranienne de Minab. Selon le journal, une enquête militaire a déterminé que l’armée américaine a utilisé des données obsolètes et a bien bombardé cette école, faisant au moins 175 morts, dont la plupart étaient des enfants.

Mais le lendemain, la Maison Blanche a continué à poster ses vidéos sur X, l’une jouant sur le mot « strike » au bowling et l’autre mêlant les images de frappes avec celles de plusieurs jeux de Wii.

« La culture du gaming ne mène pas à la jouissance de la guerre », affirme Louis Lapeyrie dans le Grand Continent, « c’est la sphère politique — inspirée de la mouvance néoréactionnaire et d’autres — qui en invoque les codes pour entraîner un large public occidental dans son œuvre finaliste ».

Et l’Iran s’est mis, le même jour, à riposter sur ce terrain de la propagande des réseaux sociaux toutefois sans y aller directement en reprenant les codes des jeux vidéo. Une vidéo met en scène le story telling du régime avec des LEGO, évoquant justement le bombardement de l’école de Minab mais aussi Donald Trump et Benyamin Nétanyahou pactisant avec le diable ou encore Israël en flammes. Une autre, présentée comme « le retour de Khamenei », met en scène la riposte iranienne face à un Donald Trump apeuré.

Peine de mort, énergie, OGM : l’autocomplétion générée par IA influence nos réponses

13 mars 2026 à 13:29
Moi, influençable ?
Peine de mort, énergie, OGM : l’autocomplétion générée par IA influence nos réponses

Les outils d’autocomplétion boostés à l’IA générative ont été intégrés dans bon nombre de logiciels, du webmails à l’outil d’édition en passant par les messageries. Mais outre la façon dont on s’exprime, ils peuvent modifier les idées qu’on partage, montre une étude scientifique.

Au départ, on les a vus apparaitre comme des « réponses rapides » chez Gmail ou d’autres messageries. Maintenant, les propositions de textes d’autocomplétion boostées par l’IA générative sont dans énormément d’outils numériques, de Microsoft Word aux applis de rencontre.

Mais ces réponses ne changent pas seulement notre style d’écriture, elles influencent aussi le fond. Et ceci même si on réécrit entièrement le texte. Comme dans un mouvement de foule où l’humain suit ses congénères, quand un texte nous est pré-édité, nous avons tendance à le suivre.

C’est ce que montre l’étude du chercheur Mor Naaman et de ses collègues publiée ce mercredi dans la revue Science Advances. Ces chercheuses et chercheurs ont fait deux expériences réunissant en tout 2 582 participants américains (1 485 pour la première et 1 097 pour la deuxième). Et ils leur ont demandé de répondre à des questions sur des sujets politiques et sociaux importants.

À une partie des participants, ils proposaient d’utiliser un assistant IA qui fournissait des suggestions de saisie automatique. Mais, au préalable, ils ont fait en sorte que ces suggestions soient biaisées dans un certain sens. Les autres utilisaient la même interface débarrassée de toutes les fonctionnalités autour des suggestions IA.

Des questions pourtant très politisées et débattues

Par exemple, l’une des questions était sur la peine de mort. L’IA était biaisée dans le sens de leur suggérer un texte qui argumente pour son interdiction :

Mais ils ont aussi testé le dispositif sur des suggestions sur le droit de vote des prisonniers, les OGM, la fracturation hydraulique (notamment utilisée pour récupérer le gaz de schiste) ou l’utilisation de tests standardisés dans le système éducatif américain.

Une influence significative

De fait, ce dernier sujet était celui utilisé dans leur première expérience et l’IA était biaisée pour suggérer des réponses en faveur de l’utilisation de ces tests. Dans cette expérience, un troisième groupe recevait en suggestion une liste statique d’arguments aussi en faveur

Les autres sujets étaient présentés dans une deuxième expérience. Dans celle-ci, les chercheurs ont essayé de voir si des messages soulignant les biais pouvaient atténuer l’influence des suggestions, avant avec un message d’avertissement (warning) ou après avec un message de « debrief ». Dans cette expérience, les chercheurs ont aussi comparé les réponses des participants à leurs positions quelques semaines avant l’expérience (pretask).

Résultats ? Les suggestions proposées par l’IA influencent de façon significative les réponses des participants. « Nos résultats apportent des preuves solides que les suggestions de saisie semi-automatique biaisées générées par l’IA peuvent influencer les opinions des gens », affirment les chercheurs.

Et les messages d’avertissement (avant ou après utilisation) n’ont aucune conséquence de modération de cet effet. « Des études antérieures sur la désinformation ont montré que le fait d’avertir les gens avant qu’ils ne soient exposés à la désinformation, ou de leur expliquer la situation après coup, peut leur conférer une sorte d’ »immunité » contre le risque de la croire », explique dans un communiqué Sterling Williams-Ceci, doctorant en sciences de l’information à l’université de Cornell Sterling qui a participé à l’étude. « Nous avons donc été surpris, car aucune de ces interventions n’a réellement atténué l’ampleur du changement d’attitude des gens en faveur du parti pris de l’IA dans ce contexte ».

Persuadés de ne pas être influencés par l’IA

Après les deux expériences, les chercheurs ont demandé aux participants si, de leur point de vue, les suggestions étaient « raisonnables et équilibrées » et si l’assistant les avait inspirés ou avait fait changer leur façon d’aborder la question posée.

La plupart d’entre eux n’ont pas remarqué que l’IA qu’on leur proposait était biaisée et l’ont jugée équilibrée. De même, une majorité était persuadée de ne pas avoir été influencée par l’assistant :

« De nombreuses études ont montré que les grands modèles linguistiques et les applications d’IA ne se contentent pas de produire des informations neutres, mais qu’ils peuvent en réalité générer des informations très biaisées, selon la manière dont ils ont été entraînés et mis en œuvre », explique Sterling Williams-Ceci.

« Ce faisant, ces systèmes risquent, par inadvertance ou délibérément, d’inciter les gens à exprimer des points de vue biaisés, ce qui, comme l’ont démontré des décennies de recherche en psychologie, peut à son tour modifier les attitudes des individus ».

❌