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Polymarket, Kalshi… : les États-Unis parient sur l’IA pour détecter les délits d’initiés

18 mai 2026 à 15:09
L'IA is the new 42
Polymarket, Kalshi… : les États-Unis parient sur l’IA pour détecter les délits d’initiés

Alors que les plateformes de paris en ligne sont de plus en plus pointées du doigt pour encourager les délits d’initiés, l’agence de régulation CFTC explique s’appuyer sur l’IA pour les détecter.

L’administration Trump commence à voir s’amonceler les critiques sur la non-régulation des plateformes de paris en ligne comme Polymarket et Kalshi. Elle y répond en mettant en avant son utilisation de l’IA pour la détection de potentiels délits d’initiés.

Début avril, sept membres démocrates du Congrès américain ont écrit à Michael Selig [PDF], le responsable de l’agence de régulation des bourses de commerce (Commodity Futures Trading Commission, CFTC). Ils s’inquiétaient « que les marchés prédictifs en soient venus à ressembler à un « Far West » sans aucune réglementation ».

« De récentes affaires très médiatisées d’allégations de délit d’initié sur des plateformes de marchés prédictifs concernant des actions du gouvernement américain — notamment l’intervention militaire au Venezuela et notre récente attaque contre l’Iran — ont alimenté les inquiétudes quant à l’insuffisance des contrôles exercés par la CFTC sur ces marchés en pleine expansion », ajoutaient-ils.

Deux semaines après, on apprenait l’arrestation d’un soldat états-unien dans le cadre du pari sur la chute de Maduro, qui lui avait permis d’empocher 430 000 dollars sur Polymarket. Mais ce pari est loin d’être le seul qui soulève des questions sur de possibles délits d’initiés.

Ainsi, le New York Times racontait la semaine dernière qu’un petit groupe de 13 personnes a parié un total de 140 000 dollars le 12 juin 2025 sur le fait qu’Israël allait bombarder l’Iran avant la fin de la semaine. Dans la nuit du 12 au 13 juin, Israël lançait une offensive qui déclenchera une guerre de douze jours. Le groupe de parieurs a empoché plus de 600 000 dollars de profit.

11 000 comptes suspicieux détectés par le New York Times

Le journal américain explique avoir repéré plus de 11 000 comptes suspicieux. Ceux-ci correspondent aux comptes qui, soit ont fait des paris risqués gagnants, des mises effectuées au bon moment par des comptes récemment ouverts, ainsi que des paris placés par des utilisateurs qui ne misent que sur quelques thèmes géopolitiques comme ceux-là sans jamais perdre, expliquent-ils, tout en ajoutant qu’en se basant seulement sur les données publiques trouvées sur Polymarket, « il est impossible de déterminer si ces utilisateurs étaient des initiés ayant accès à des informations non publiques ».

En plongeant dans les données, le New York Times a pu remarquer néanmoins que sept utilisateurs ont, par exemple, parié sur l’annonce d’un cessez-le-feu dans la guerre contre l’Iran le 7 avril quelques heures avant l’annonce par Donald Trump sur Truth Social, remportant en tout 1,4 million de dollars.

Les opérations militaires sont particulièrement sujettes à des paris suspects, explique l’association états-unienne Anti-Corruption Data Collective qui a récemment publié un rapport [PDF] sur le sujet. Notamment depuis le début de l’année 2026 :

L’IA à la rescousse

Face à ces différents éléments, l’administration Trump commence à réagir publiquement. Ainsi, Michael Selig a affirmé à Wired que son agence allait finalement recruter, alors que, comme la plupart des agences états-uniennes depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, elle manque d’effectifs. Et, même si Elon Musk a quitté le DOGE depuis près d’un an, l’IA semble encore la solution apportée.

« On a tellement de données », s’exclame-t-il devant nos confrères, « quand on les intègre dans l’IA, on obtient des informations très utiles. Cela peut nous aider à comprendre certaines choses, par exemple où il faudrait mener une enquête, ou quand il faudrait envoyer une assignation à un trader  ». L’agence explique, outre le développement d’outils internes, utiliser des outils comme Chainalysis, qui permet de faire des enquêtes sur les transactions de cryptomonnaies.

Michael Selig assure à nos confrères que l’agence est prête à affirmer sa compétence extraterritoriale sur des plateformes qui ne seraient pas installées aux États-Unis, tout en ajoutant ne l’envisager que dans « des circonstances extrêmes ». « Dans tout litige extraterritorial, notre autorité sera contestée, ce qui pourrait également nuire à notre capacité à intenter des poursuites à l’avenir », avoue-t-il, évoquant aussi la possibilité de s’en remettre à une autorité non états-unienne.

arXiv : les chercheurs qui soumettent des articles genAI erronés seront suspendus un an

18 mai 2026 à 10:16
À inondation massive, solution massive
arXiv : les chercheurs qui soumettent des articles genAI erronés seront suspendus un an

Alors que les plateformes de prépublications et éditeurs scientifiques sont inondés d’articles générés par IA, arXiv s’affiche plus sévère. Elle annonce une suspension d’un an pour celles et ceux qui soumettent des articles dont la génération n’a manifestement pas été vérifiée.

La plateforme pionnière de prépublication scientifique arXiv va suspendre pour un an tout chercheur qui aurait mis en ligne un article erroné et manifestement généré par IA.

« Si un article contient des preuves irréfutables indiquant que les auteurs n’ont pas vérifié les résultats générés par un grand modèle de langage (LLM), cela signifie que nous ne pouvons avoir confiance en quoi que ce soit contenu dans cet article », expliquait dans un thread sur X jeudi dernier Thomas Dietterich, le responsable adjoint de la plateforme.

Une année de suspension et un retour très balisé ensuite

Il ajoutait que l’équipe avait décidé d’une suspension d’un an de la plateforme pour tout auteur ayant signé un tel article. Après cette année de suspension, la plateforme acceptera les articles signés par cet auteur s’ils ont déjà été acceptés par une revue ou une conférence qui aura déjà effectué le filtre de relecture par les pairs. Autant dire que l’intérêt de mettre en ligne sur arXiv deviendra quasiment inexistant pour ces personnes.

« Notre code de conduite stipule qu’en apposant sa signature en tant qu’auteur d’un article, chaque auteur assume l’entière responsabilité de l’ensemble de son contenu, quelle que soit la manière dont celui-ci a été élaboré », justifie-t-il.

Certains chercheurs comme l’économiste James D. Miller s’inquiètent du fait que tous les auteurs d’un article pourraient être sanctionnés : « Cela signifie-t-il donc que vous attendez de chaque auteur qu’il vérifie chaque référence et s’assure que chacune d’entre elles est authentique et exacte ? Que se passe-t-il si l’un des auteurs n’est pas en mesure de vérifier une référence parce que celle-ci est rédigée dans une langue qu’il ne maîtrise pas ou porte sur un sujet technique qu’il ne comprend pas, alors qu’un autre auteur de l’article en est capable ? », demande-t-il.

« Nous notons que les outils peuvent produire des résultats utiles et pertinents, mais aussi des erreurs ou des résultats trompeurs ; c’est pourquoi il est important de savoir quels outils ont été utilisés pour évaluer et interpréter les travaux scientifiques », expliquait le site dans sa politique de modération.

Et l’équipe d’arXiv y rappelait déjà à ses collègues « qu’en apposant leur signature en tant qu’auteur d’un article, ils assument chacun individuellement l’entière responsabilité de l’ensemble de son contenu, quelle que soit la manière dont celui-ci a été généré. Si des outils linguistiques d’IA générative produisent des propos inappropriés, du contenu plagié, du contenu biaisé, des erreurs, des fautes, des références erronées ou du contenu trompeur, et que ces résultats sont intégrés dans des travaux scientifiques, la responsabilité en incombe au(x) auteur(s) ».

Mais la masse d’articles contenant ce genre de problèmes est telle qu’arXiv semble avoir dû, si ce n’est relever la barre de la sanction, au moins la rendre publique.

Thomas Dietterich finit son thread en donnant quelques exemples de preuves indiscutables de ce genre d’utilisation : « références fantaisistes, méta-commentaires du LLM ( » voici un résumé de 200 mots ; souhaitez-vous que j’y apporte des modifications ? » ; « les données de ce tableau sont données à titre indicatif, complétez-le avec les chiffres réels issus de vos expériences ») ». Interrogé par 404 Media, il ajoute que la plateforme ne fera aucune exception à cette règle tout en ajoutant qu’une procédure d’appel existe et que les modérateurs de la plateforme doivent documenter clairement le signalement. Le responsable d’arXiv pour la discipline doit confirmer avant sanction.

Les revues et actes de conférences sont aussi inondés de genAI problématiques

Les plateformes de prépublication comme les revues scientifiques sont de plus en plus inondées d’articles générés par IA et non vérifiés. Récemment, une étude montrait que les actes des conférences scientifiques peuvent accueillir massivement des articles rédigés (ou générés par IA) dans le but de vendre aux chercheurs une place bien au chaud pour leur signature moyennant 11 à 400 dollars.

On peut aussi régulièrement repérer des articles scientifiques incluant des schémas fantaisistes générés par IA. Ainsi, on peut trouver, par exemple, cet article, publié en mars 2025 dans la revue Alexandria Engineering Journal éditée par Elsevier, censé présenter une modélisation mathématique de la mécanique cochléaire et des dysfonctionnements liés à la cochlée. On peut y trouver ce genre d’illustrations totalement fantaisistes et inappropriées :

L’article n’a actuellement pas encore été rétracté.

L’ACL prend aussi des mesures

Les plateformes de prépublication ne sont pas les seules à réagir. Ainsi, par exemple, les responsables de la conférence de l’Association for Computational Linguistics qui doit avoir lieu en juillet prochain ont dû publier une déclaration spécifique concernant le rejet d’articles contenant des références fantaisistes. L’organisation explique que beaucoup de propositions ont été rejetées dès le début pour ce genre de problème.

Mais elle ajoute que même après ces filtres, il y a eu des trous dans la raquette : « lors des derniers contrôles des versions finales des articles acceptés pour l’ACL 2026, nous avons identifié plus d’une centaine d’articles contenant des références à des publications inexistantes ». Et elle ajoute qu’« en conséquence, nous avons pris la décision de rejeter d’office ces articles acceptés afin de préserver la qualité et la fiabilité des actes du colloque ».

Android : Google, RSF et Amnesty ajoutent une option pour tracer les logiciels espions

15 mai 2026 à 06:09
Un peu risqué, non ?
Android : Google, RSF et Amnesty ajoutent une option pour tracer les logiciels espions

Google vient d’annoncer plusieurs nouveautés concernant la protection des utilisateurs. En coopération avec les deux ONG Reporters Sans Frontières et Amnesty International, l’entreprise a notamment mis en place un système de logs (optionnel) permettant de tracer les activités suspectes qui pourraient être la marque de l’intrusion de logiciels espions comme Pegasus.

Une nouvelle fonctionnalité mise en place par Google dans Android s’appelle « Intrusion Logging » Celle-ci fait partie du Mode Protection Avancée (en anglais, Android Advanced Protection Mode, AAPM) du système d’exploitation qui vise à renforcer la sécurité des appareils Android pour les « utilisateurs à risque », à savoir les défenseurs des droits humains, les militants, les journalistes et les dissidents qui pourraient être visés par des logiciels espions comme Pegasus ou Predator. Pour l’instant ce mode n’est disponible que sur les Pixel sous Android 16 et supérieur.

Google explique avoir développé Intrusion Logging « en collaboration avec Amnesty International et Reporters sans frontières, entre autres ».

Comme le rappelle Amnesty International, le Mode Protection Avancée met en place des protections supplémentaires contre d’éventuelles attaques. Ces protections peuvent varier selon la version d’Android mais le mode permet par exemple un verrouillage automatique si le smartphone est déconnecté de tout réseau ou si l’appareil détecte des mouvements trop rapides suggérant son vol, ou le redémarrage s’il reste verrouillé pendant trois jours.

Si ce mode est activé, Google Play Protect l’est aussi et toute installation d’application via une source inconnue est bloquée, rendant le passage par Google Play obligatoire.

Le mode inclut aussi le blocage du transfert de données par USB non autorisé précédemment si l’écran est verrouillé. Ainsi, l’extraction de données par des logiciels est rendue encore plus difficile. « Cela sera bientôt disponible sur davantage d’appareils Android », assure Google.

Système de logging très bavard, chiffré et stocké sur Google cloud

Mais l’ajout de l’ « Intrusion Logging » à ce mode permet à l’utilisateur d’activer, s’il le veut, un mode de journalisation de l’activité de son smartphone et de vérifier qu’un logiciel espion n’utilise pas certaines fonctionnalités sans qu’il s’en aperçoive.

Ainsi, par exemple, l’utilisateur peut vérifier si le téléphone a été déverrouillé par quelqu’un d’autre, s’il y a eu des utilisations suspectes de l’Android Debug Bridge (ADB) ou trouver la localisation d’un éventuel spyware.

Intrusion Logging suit aussi certaines informations de connexion et de DNS pour trouver des traces de communication avec une infrastructure qui pourraient être le signe d’une attaque Command and Control (C2), explique Amnesty :

« Ces logs sont particulièrement utiles car de nombreuses attaques sophistiquées 1-click reposent sur des redirections vers des pages leurres, qui entraînent des visites imperceptibles sur des sites web malveillants. Même si l’utilisateur ne remarque pas la redirection, la requête DNS et la tentative de connexion seront tout de même enregistrées et pourront être comparées à des indicateurs de compromission (IOC) connus. »

L’ONG assure que les logs sont chiffrés « à l’aide d’une clé générée par l’utilisateur avant d’être archivés en toute sécurité dans le compte Google de ce dernier. L’utilisateur peut ensuite accéder à ces journaux et les déchiffrer, mais ni Google ni aucun tiers non autorisé ne peut le faire ». Amnesty précise que « Par défaut, les journaux sont collectés une fois par jour et stockés sous forme chiffrée dans le cloud ».

Des limites et des risques

Dans son annonce, Amnesty pointe elle-même certaines limites de ce système. Comme on l’a déjà dit, AAPM n’est pour l’instant disponible que sur les appareils Google Pixel sous Android 16 et supérieur.

Il faut aussi que l’utilisateur ait lié son smartphone à un compte Google. Ajoutons que, les logs étant téléchargés sur le cloud de Google, l’utilisateur doit avoir une confiance importante dans le système de chiffrement mis en place par l’entreprise, car ces logs comportent énormément d’informations sensibles.

Et bien évidemment, le système doit être activé « avant qu’une attaque ne se produise (ou toute situation à haut risque susceptible d’y conduire), les logs ne peuvent pas être récupérés a posteriori ».

Le responsable du Security Lab d’Amnesty, Donncha Ó Cearbhaill, explique aussi à Cyberscoop que, pour l’instant, il est possible que les logs soient supprimés par les attaquants mais il ajoute que des mesures de protection devraient être ajoutées dans les prochaines versions pour l’éviter.

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