Comme lors du précédent changement de version, c’est autour de l’interface que se concentrent les nouveautés de Vivaldi 8.0, publié jeudi 21 mai par l’éditeur norvégien. Il en parle comme de sa « plus grande refonte de design à ce jour » et promet des éléments désormais « unifiés » au sein d’un même ensemble plus lisse.
« Nous avons abordé l’interface de Vivaldi moins comme une collection de composants que comme un système en couches. Auparavant, ces couches (onglets, barres d’outils, panneaux et contenu) présentaient des séparations subtiles. C’était utile, mais aussi un peu fragmenté. Avec l’unification de l’interface, ces frontières sont supprimées », explique Jon von Tetzchner, CEO de Vivaldi, dans un billet d’annonce.
C’est au travers des nouveaux thèmes (au nombre de six, sans compter les contributions de la communauté) que s’incarne le mieux ce changement. L’habillage graphique englobe en effet l’intégralité des éléments d’interface, là où la version précédente laissait effectivement apparaître une forme de zonage, ou des démarcations, entre les éléments de navigation, les onglets, les actions contextuelles, etc.
Vivaldi 8.0 et son thème SunForest – crédit Vivaldi
« Les fonds d’écran ressemblent moins à de la décoration qu’à une partie de l’environnement, surtout lorsqu’ils sont combinés avec la translucidité et le flou. Du point de vue du système, cela réduit la complexité. Moins de couches, moins d’exceptions et une base plus cohérente sur laquelle s’appuyer », fait remarquer Jon von Tetzchner.
Cette dimension liée à la personnalisation transparait également dans les nouvelles options d’agencement proposées au premier lancement du navigateur puis accessibles depuis les options (Réglages / Apparence / Dispositions prédéfinies). L’utilisateur se voit ainsi proposer six configurations par défaut qui régissent l’emplacement des onglets et de la barre d’adresse, ainsi qu’un mode « Masquage automatique » qui fait disparaître les éléments d’interface dès que la souris les quitte pour obtenir un rendu plein écran. Sur le plan fonctionnel, Vivaldi conserve sans surprise toutes les options de gestion des onglets qui font son succès.
Vivaldi 8.0 est dès à présent disponible au téléchargement pour Windows, MacOS et Linux. Les utilisateurs d’une version antérieure devraient rapidement basculer vers la nouvelle version si l’option de mise à jour automatique est activée dans leurs réglages.
SpaceX a déposé mercredi le document préliminaire à son introduction en bourse, qui révèle pour la première fois les comptes de l’entreprise, à défaut de préciser la valorisation recherchée à l’issue de l’opération. Ces derniers soulignent l’extrême rentabilité de Starlink, mais aussi le poids croissant des investissements dans l’IA orchestrés au nom de X et xAI. Ils confirment enfin qu’Elon Musk prévoit de garder un contrôle total sur le groupe.
Cette fois, c’est la bonne : depuis son nouveau siège du Texas, SpaceX a déposé mercredi après-midi auprès du gendarme états-unien de la bourse le document d’enregistrement préalable à son introduction en bourse. Ce document, dit Form-S1, est important à double titre. D’abord, parce qu’il lève le voile sur les conditions prévues par SpaceX pour cette ouverture du capital aux marchés. Ensuite, parce qu’il permet d’enfin obtenir des éléments tangibles sur la santé financière de l’entreprise, son chiffre d’affaires et la rentabilité de ses différentes composantes.
Il manque toutefois une information parmi les plus importantes : les modalités exactes de l’introduction en bourse, la part de capital proposée aux investisseurs, et la valorisation envisagée par l’entreprise. Ce sont ces informations, pour l’instant laissées en blanc dans le S-1, qui permettront de déterminer la somme que SpaceX espère lever grâce à cette opération.
Elon Musk garde un contrôle total sur son entreprise
Une chose est sûre : Musk, connu pour être un véritable control freak, s’est assuré de garder la mainmise sur le devenir de SpaceX. Le capital de l’entreprise va, pour ce faire, être divisé en deux classes d’actions. Les actions de classe A, proposées au marché, donnent un droit de vote simple à leurs détenteurs, mais une part significative (non précisée) du capital sera dirigée vers des actions de classe B, qui donnent quant à elles dix votes par titre, mais aussi des droits supplémentaires pour tout ce qui touche à l’élection des membres du conseil d’administration de l’entreprise. Or Elon Musk sera le principal détenteur de ces actions « bonifiées », et détiendra dans les faits 85,1 % des droits de vote, contre 93 % avant l’opération. De ce fait, c’est toujours à lui que reviendra le pouvoir de décision (a minima tant qu’il conserve cette majorité), comme l’écrit explicitement SpaceX :
« En tant que détenteur de la majorité de nos actions ordinaires de catégorie B, M. Musk pourra élire, révoquer ou pourvoir à tout poste vacant parmi les administrateurs de catégorie B. De plus, tant qu’il détiendra plus de 50 % des droits de vote de nos actions ordinaires, M. Musk contrôlera le pouvoir de vote relatif à la sélection de notre conseil d’administration. Par conséquent, M. Musk aura le pouvoir d’influencer l’issue des décisions nécessitant l’approbation des actionnaires, notamment l’élection de tous nos administrateurs, et de contrôler nos activités et affaires. »
L’introduction en bourse va donc donner la possibilité aux investisseurs (particuliers mais surtout institutionnels) de s’exposer financièrement à SpaceX, mais sans contrôle direct.
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L’hébergeur suisse Infomaniak fait évoluer sa gouvernance en transférant la majorité de ses droits de vote à une fondation d’utilité publique. Le mouvement est présenté comme une façon de garantir l’indépendance de l’entreprise tout en lui donnant les moyens de se développer, y compris en accueillant de nouveaux investisseurs.
Actionnaire majoritaire historique d’Infomaniak, son fondateur Boris Siegenthaler a transféré le 13 mai dernier une part significative de ses droits de vote à une nouvelle instance : une fondation d’utilité publique à but non lucratif (statuts en PDF).
En pratique, la nouvelle fondation détient désormais 65 % des droits de vote liés à la gouvernance de l’entreprise, tandis que les 35 % restants sont conservés par le fondateur et 36 salariés actionnaires. La répartition précédente était de 75 % de droits de vote pour Boris Siegenthaler, et de 25 % pour les salariés.
Résumé de l’évolution des droits de vote associés à la gouvernance d’Infomaniak – crédit Infomaniak
Accueillir des investisseurs sans compromettre l’indépendance
« Avec la majorité des droits de vote, on contrôle une société. On peut tout changer. Tout défaire. Il fallait un point d’ancrage qui ne dépende plus d’une seule personne », explique l’entreprise dans un billet de blog dédié. Les droits de vote en question sont transférés sous la forme d’actions spéciales, non cessibles. Elles ne donnent en revanche aucun contrôle direct sur la marche opérationnelle de l’entreprise, qui reste pilotée par son équipe dirigeante actuelle.
Elles garantissent par ailleurs que la fondation reste majoritaire même en cas d’entrée de nouveaux investisseurs au capital. « Aucun investisseur, présent ou futur, ne pourra altérer l’ADN, la mission ou l’indépendance de l’entreprise. L’entreprise peut accélérer son développement et accueillir, en toute sécurité, les ressources nécessaires à sa croissance, sans jamais compromettre les engagements pris envers ses clients », affirme à ce niveau Infomaniak. La société annonce à ce niveau l’arrivée d’investisseurs « alignés sur ses valeurs » dans les prochains mois, « pour développer un cloud souverain à l’échelle européenne, dans un contexte où la souveraineté numérique est un enjeu stratégique ».
La fondation, qui bénéficie de certains avantages fiscaux selon le droit suisse, se finance quant à elle grâce à une participation susceptible de monter à 5 % des bénéfices de l’entreprise. Ses statuts prévoient qu’elle utilise ses moyens pour des projets de soutien au numérique éthique, à l’éducation, à la transition énergétique et à la protection de l’environnement.
Infomaniak présente cette évolution comme « un geste irrévocable et rare en Europe, qui place l’entreprise hors de portée de tout rachat et qui grave son ADN dans le marbre ». Son compatriote Proton avait défriché le sujet pour ses dix ans en 2024. En France, le groupe Pierre Fabre est l’un des pionniers de ce modèle de transmission vers une fondation actionnaire, également étudié par le rochelais Lea Nature. La démarche est en revanche inédite dans le monde du cloud.
Un chercheur indépendant a publié la preuve de concept d’une faille qui permet de lire le contenu d’un disque dur chiffré avec BitLocker à partir d’une simple clé USB. La vulnérabilité semble exploiter la façon dont l’environnement de récupération Windows lit les journaux de transaction NTFS d’un volume externe. L’auteur de la découverte y voit une démarche intentionnelle.
Baptisée YellowKey par son auteur, la faille est à la fois simple à mettre en oeuvre, puisqu’il suffit de disposer d’une clé USB piégée et d’un accès physique à la machine, et particulièrement problématique, puisqu’elle compromet BitLocker, le dispositif de chiffrement censé garantir la confidentialité des informations stockées sur les périphériques de stockage d’un environnement Windows.
Une faille présentée comme une porte dérobée
Mise en ligne le 12 mai dernier sur GitHub, la preuve de concept prend la forme d’un dossier « FsTx » à copier sur une clé USB. L’attaquant doit ensuite se tourner vers une machine Windows chiffrée via BitLocker, brancher la clé USB, puis démarrer en déclenchant l’environnement de récupération (WinRE). « Si vous avez tout fait correctement, un shell s’ouvrira avec un accès illimité au volume protégé par BitLocker », affirme l’auteur, qui se fait appeler Nightmare-Eclipse.
Via cette fenêtre en ligne de commandes (cmd.exe), le contenu du disque devient donc accessible sans qu’il ait été nécessaire d’entrer la clé de récupération BitLocker habituellement exigée au cours du processus. Plusieurs chercheurs en sécurité, dont Will Dormann et Kevin Beaumont, indiquent avoir réussi à reproduire la manœuvre. Ils confirment donc l’existence de la faille, même s’ils en relativisent certains aspects.
« Je viens de faire un petit test rapide et oui, ça fonctionne. En gros, BitLocker possède une porte dérobée », résume notamment Kevin Beaumont sur Mastodon. Nightmare-Eclipse souscrit aussi à l’hypothèse de la porte dérobée (backdoor) dans le Readme de sa preuve de concept :
« Pourquoi dirais-je qu’il s’agit d’une porte dérobée ? Le composant responsable de ce bug est introuvable (même sur Internet) sauf dans l’image WinRE. Ce qui est troublant, c’est que ce même composant, portant le même nom, est également présent dans une installation Windows normale, mais sans les fonctionnalités qui permettent de contourner BitLocker. Pourquoi ? Je ne vois aucune autre explication que celle d’une intention délibérée. »
L’actualité récente a sans doute de quoi étayer les théories du complot : l’information selon laquelle Microsoft pouvait transmettre aux autorités des clés BitLocker en réponse à une ordonnance judiciaire quand ces dernières étaient stockées sur ses serveurs a par exemple refait surface en début d’année. Ici, la faille ne fonctionne que si les clés sont stockées localement, au niveau de la puce TPM (Trusted Platform Module). Cette porte dérobée serait-elle donc la solution trouvée par Microsoft pour circonvenir les utilisateurs qui ne font pas confiance au cloud ? Rien à ce stade ne permet de l’affirmer.
L’histoire de BitLocker, développé depuis 2004 et introduit deux ans plus tard avec Windows Vista, a révélé de nombreuses vulnérabilités au fil des années, dont un contournement présenté début 2025 et réalisé, là aussi, à partir d’une clé USB, même si la charge se révélait alors plus complexe que la preuve de concept YellowKey.
La sécurité de Windows entachée de plusieurs failles zero-day
Pour Will Dormann, la vulnérabilité pourrait être liée au mode transactionnel de NTFS, et à la façon dont ce dernier permet à un répertoire situé sur un support externe de modifier le contenu d’un autre volume lors de sa lecture.
Si son analyse se vérifiait, la faille ne signifierait pas nécessairement que le chiffrement dans le couple BitLocker / TPM est intrinsèquement défaillant, mais plutôt que Windows recèle un défaut compromettant l’intégrité de sa mise en œuvre. « Ce processus garantit (modulo les failles du TPM) que le disque ne sera déchiffrable que sur l’ordinateur d’origine exécutant le système d’exploitation d’origine. Il ne garantit cependant pas que ce dernier n’accordera pas ultérieurement un accès root à quiconque saisirait un « cheat code », ce qui est précisément le cas ici », estime un lecteur de Hackernews.
Sur un blog sous pseudonyme, l’auteur de la découverte corrobore que la direction est bonne sans entrer plus précisément dans les détails techniques. Il affirme aussi disposer d’une autre preuve de concept qui serait susceptible d’invalider les méthodes de protection évoquées par Dormann ou Beaumont dans leurs analyses, notamment le fait d’associer le chiffrement BitLocker à un code PIN.
Il témoigne par ailleurs d’un ressentiment certain à l’égard de Microsoft. D’après la description qu’il en fait dans son premier message public, ce ressentiment semble lié à la façon dont les équipes de l’éditeur ont réagi lors de la gestion d’une précédente faille de sécurité découverte par ses soins en avril dernier. Baptisée Bluehammer et elle aussi partagée sur GitHub, elle ciblait Windows Defender et permettait une élévation de privilèges sous Windows. « Microsoft a choisi d’aggraver la situation au lieu de la régler comme des adultes. Ils ont eu recours à toutes les manœuvres puériles possibles. Ma patience a des limites et vous faites payer tout le monde », écrit notamment Nightmare-Eclipse, qui promet par ailleurs disposer de munitions supplémentaires dans sa vendetta contre l’éditeur.
La publication de YellowKey s’est d’ailleurs accompagnée de celle d’un autre exploit, GreenPlasma, puis de la découverte fortuite de MiniPlasma, une zero-day d’autant plus embarrassante qu’elle reprend les termes d’une vulnérabilité mise au jour en 2020 par James Forshaw du Google Project Zero (qui pour l’anecdote s’était déjà illustré dans la découverte des vulnérabilités de TrueCrypt il y a dix ans). « Après enquête, il s’avère que le même problème signalé à Microsoft par Google Project Zero est toujours présent, et non corrigé », affirme Nightmare-Eclipse.
Microsoft, qui vient de livrer sa traditionnelle fournée mensuelle de correctifs de sécurité à l’occasion du patch tuesday, n’a pour l’instant pas réagi publiquement à ces failles.
Sony a annoncé lundi une hausse de prix imminente pour les versions 1 mois et 3 mois de l’abonnement PlayStation Plus. Mise en œuvre à partir du 20 mai, la hausse épargne temporairement les joueurs déjà abonnés : elle ne concerne que les nouveaux souscripteurs, sauf en Inde et en Turquie, « à moins que l’abonnement existant ne soit modifié ou ne prenne fin ».
Décidée « en raison des conditions actuelles du marché », sans plus de précisions, la hausse fait passer l’abonnement PlayStation Plus 1 mois de 8,99 à 9,99 euros (+ 11,12 %), tandis que l’abonnement 3 mois prend trois euros et passe donc de 24,99 à 27,99 euros (+ 12 %).
Sony a annoncé ces nouveaux tarifs le 18 mai sur X
Signalée par l’intermédiaire d’un message sur X, la hausse ne semble pas concerner à ce stade la formule 12 mois, facturée 71,99 euros. Cela laisse supposer une volonté d’entraîner les joueurs vers la formule de longue durée, qui garantit un revenu immédiat plus important, même si elle diminue le chiffre d’affaires potentiel sur la durée en cas de rétention.
Plus laconique, tu meurs : un communiqué commun signé des quatre principaux opérateurs téléphoniques français a annoncé vendredi le report de la date de fin attendue pour les négociations liées au rachat de SFR par ses trois concurrents.
« Le groupe Altice France avait accordé au consortium une période d’exclusivité initiale jusqu’au 15 mai 2026. Les parties poursuivent leurs discussions constructives et, dans ce contexte, Altice France a accepté de prolonger la période d’exclusivité jusqu’au 5 juin 2026. »
Ces trois semaines supplémentaires doivent donc permettre à Bouygues Telecom, Free et Orange de finaliser le montage de la proposition formulée à Patrick Drahi et à son groupe, Altice. Les négociations restent à ce stade engagées sur la base du montant formulé par les trois acquéreurs potentiels le 17 avril dernier, à savoir 20,35 milliards d’euros pour le rachat de l’essentiel des actifs liés à SFR et Altice France.
La construction du montage en question serait ralentie par sa « complexité juridique folle », indique au Monde une source proche du dossier.
Rappelons que selon les termes de l’offre formulée le 17 avril, la répartition du prix et de la valeur globale de l’opération serait de l’ordre de 42% pour Bouygues Telecom, 31% pour Free et 27% pour Orange.
Illustration : Flock
Dans le détail, les trois opérateurs se partageraient les activités et la clientèle grand public (dite B2C). Bouygues Telecom mettrait la main sur tout le volet entreprise (dit B2B). Enfin, « les autres actifs et ressources (notamment les infrastructures et les fréquences) seraient partagés entre Bouygues Telecom, Free-Groupe iliad et Orange, à l’exception du réseau mobile de SFR en zone non dense qui serait repris par Bouygues Telecom ».
En cas d’accord au terme de la période de négociations, la complexité de ce découpage induirait une période de transition pendant laquelle la structure SFR pourrait perdurer, sous gouvernance de ses trois nouveaux propriétaires, avant démantèlement effectif.
Hasard du calendrier, c’est également vendredi 15 mai que le fournisseur d’accès à Internet associatif Franciliens.net a formulé sa propre proposition relative à l’avenir de SFR, associée à une offre de rachat pour l’euro symbolique.
« Le point premier de notre projet est de mettre en œuvre des évolutions de la forme juridique de l’entreprise pour faire une place de premier plan dans les instances dirigeantes de l’opérateur à ses salariés, afin qu’ils et elles puissent devenir acteur des choix stratégiques », clame le FAI citoyen qui en appelle à la droiture de l’actuel propriétaire de SFR :
« Nous affirmons que si le succès de Patrick Drahi tel qu’évoqué par les journaux et les magazines est bien vrai, les montants de la vente de SFR ne lui sont pas nécessaires, et que la seule chose qui reste à conquérir pour un homme qui possède déjà une île dans les Caraïbes est la stature morale que l’acceptation de notre offre pourrait lui valoir. »
Protégé par les négociations exclusives déjà engagées, Altice France n’a pas (encore ?) répondu à cette nouvelle proposition.
J’vais pas surfer aujourd’hui… j’ai l’impression que l’océan ne me veut pas
La récente participation de Peter Thiel au tour de table de la startup spécialisée Panthalassa relance l’intérêt autour de l’énergie houlomotrice pour alimenter des datacenters. Si l’idée d’exploiter cette nouvelle énergie renouvelable se révèle particulièrement séduisante sur le papier, sa mise en oeuvre à grande échelle soulève encore de nombreuses questions.
Il fallait bien s’attaquer à l’océan pour essayer d’étancher la soif inextinguible des datacenters en électricité. Panthalassa, une entreprise basée à Portland (Oregon) et constituée en 2016 sous forme d’entreprise à but lucratif, mais à mission (statut dit Public Benefit Corporation), a annoncé le 4 mai dernier avoir réuni 140 millions de dollars pour tester, dès 2026, un « nœud » de calcul informatique « autonome et flottant » dédié à de l’inférence IA.
Panthalassa, qui revendique une équipe d’ingénieurs venus d’horizons très variés, s’enorgueillit du soutien financier d’investisseurs en vue. Cette série B (deuxième levée de fonds après l’amorçage) est en effet emmenée par Peter Thiel (Palantir, entre autres), avec la participation de nombreux fonds en vue dans la Valley. D’après le Financial Times, l’opération valoriserait l’entreprise aux alentours de 1 milliard de dollars.
Un « node » plongé dans l’eau et connecté par satellite
Panthalassa compte déjà deux prototypes à son actif, Ocean-1 et Ocean-2, qui selon ses dires lui ont permis de valider la viabilité technique et financière de son modèle. L’entreprise, qui revendique 120 employés, a imaginé un dispositif baptisé « node » (noeud), qui prend la forme d’un bouchon flotteur d’environ 65 mètres de long et surmonté par une sphère d’environ 50 mètres de diamètre.
Au gré des vagues, l’eau sort de la colonne en suivant un circuit qui lui permet de faire tourner une turbine, laquelle produit de l’électricité. La sphère située au sommet fait office de réservoir tampon, pour garantir que la turbine tourne en continu, quelle que soit la période de la houle. L’air qu’elle contient assure quant à lui la flottaison de l’ensemble.
Jusqu’ici, l’entreprise utilisait ses prototypes comme des barrages flottants, reliés à la terre. Avec son prochain prototype, baptisé Ocean-3, elle ambitionne un fonctionnement autonome : la structure serait équipée de puces dédiées à l’inférence IA, directement alimentées par l’énergie houlomotrice, et refroidies par l’océan. Le tout serait doté d’un système de propulsion autonome (pour compenser la dérive liée aux courants) et d’une connexion satellite pour la transmission des données nécessaires aux calculs.
Une énergie à l’intermittence limitée
Outre son caractère encore inexploité, le principal intérêt de la houle serait son caractère peu intermittent. Garth Sheldon-Coulson, cofondateur, explique sur le site de l’un de ses investisseurs viser une production sensible 90 % du temps, contre 30 ou 40 % pour l’éolien et 25 % pour le photovoltaïque.
La mécanique mise en œuvre serait en outre relativement simple (similaire à une centrale à gaz pour ce qui est des matériaux et des coûts de fabrication). De ce fait, l’entreprise affirme pouvoir envisager un coût de production de l’ordre de 0,02 dollar du kWh, soit 20 dollars du MWh.
Panthalassa revendique de ce fait une énergie plus abordable que l’ensemble des sources de production courante, à commencer par les renouvelables. Le baromètre LCOE (Levelized cost of energy) de Lazard, qui fait partie des indicateurs courants dans le monde de l’investissement, confirme le principe général, puisque l’éolien est affiché à 37 dollars du MWh, contre 38 dollars du MWh pour le photovoltaïque. La comparaison suppose toutefois que Panthalassa tienne sa promesse, sans même parler du stockage nécessaire pour pallier le reliquat d’absence de production.
Extrait de l’édition 2025 du rapport annuel de Lazard sur les coûts de l’énergie – capture d’écran
L’exploitation de tels systèmes autonomes en pleine mer (c’est-à-dire loin des côtes, indispensable pour bénéficier d’une houle quasi constante) soulève par ailleurs ses propres défis, dont la résolution risque de renchérir le coût de chaque unité de production, sans même parler des limites liées à l’exploitation en pleine mer de puces IA (latence, bande passante etc.). Bref, la partie n’est pas gagnée d’avance, ce qui n’empêche pas Panthalassa d’imaginer, déjà, parsemer les mers de ses nodes flottants.
« Pour un milliard de dollars environ, on peut construire une usine capable de produire un gigawatt de nœuds par an, expliquait Garth en juin 2025. La structure est d’une simplicité enfantine, et on peut produire ces unités en masse depuis une seule usine côtière, en fabriquant la même chose à l’infini, ce qui permet de réaliser des économies d’échelle considérables. »
Outre l’inférence, Panthalassa imagine également des débouchés dans la transformation d’énergie, notamment via la production d’hydrogène vert.
D’autres acteurs étudient la houle
Si les projecteurs médiatiques se braquent vers Panthalassa, qui surfe habilement sur la problématique des besoins en énergie associés à l’IA, l’entreprise n’est pas la seule à s’intéresser sérieusement à la houle. Le fonctionnement de son node n’est d’ailleurs pas radicalement différent des stations flottantes développées par la société suédoise CorPower Ocean, dont les financeurs ne viennent pas du monde de la tech, mais précisément de celui de l’énergie. L’entreprise a ainsi annoncé en juillet 2025 avoir sécurisé 118 millions d’euros auprès d’industriels du secteur, dont le français GTT (spécialisé dans le transport naval et le confinement de gaz naturel liquéfié).
Elle aussi s’attend à surfer pleinement sur la vague de l’énergie houlomotrice grâce à ses premiers prototypes déployés au large du Portugal, et de premiers engagements commerciaux passés au Royaume-Uni pour une unité test de 5 MW. Sur son site, l’entreprise estime le potentiel houlomoteur à quelque 1,8 TW d’énergie renouvelable.
Plus modestement, les Bordelais se souviennent peut-être d’avoir observé, il y a quelques années, une petite installation chargée de produire de l’électricité à partir du courant de la Garonne. Élaborée par l’entreprise Seaturns, elle aussi préfigurait des installations houlomotrices de plus forte puissance qui, là aussi, prennent le chemin de l’industrialisation.
Crédit Seaturns
En mars dernier, la société girondine a ainsi annoncé avoir remporté un appel à projets pilote porté par Maurice, qui va lui permettre de déployer un parc de 2 MW de générateurs alimentés par les vagues, en attendant un autre démonstrateur prévu à Bordeaux. Son dispositif adopte un fonctionnement différent, puisqu’il repose sur un cylindre horizontal ayant vocation, au moins pour l’instant, à être raccordé au réseau terrestre.
Au-delà de la simple production d’énergie, plusieurs acteurs de premier plan, aux États-Unis comme en Chine, rêvent d’immerger leurs datacenters, à défaut de les envoyer dans l’espace…
Un Français a découvert début mars que le fournisseur chinois qui équipe des dizaines de modèles de caméras IP et babyphones vendus sur Amazon, Fnac, Cdiscount ou en marque blanche chez les opérateurs mobiles disposait d’un accès direct aux images de centaines de milliers d’appareils, au travers d’une infrastructure ouverte aux quatre vents. Deux mois plus tard, il publie l’ensemble de ses découvertes, qui dressent un tableau particulièrement inquiétant, et laissent supposer une utilisation à grande échelle des alertes émises par les caméras en question.
Quel meilleur cheval de Troie qu’un appareil dédié à la sécurité ? Le Français Sammy Azdoufal, développeur qui se présente comme spécialiste IA, a découvert début mars que plusieurs centaines de références de caméras IP, babyphones et autres accessoires dédiés à la surveillance domestique étaient susceptibles de présenter des failles béantes exposant les images capturées, et donc l’intimité des foyers concernés. En cause ? Une entreprise chinoise baptisée Meari, qui vend ses produits ou ses services principalement en marque blanche à des tiers.
Ces derniers distribuent ensuite les produits finaux concernés soit sous leurs propres couleurs, au travers notamment des places de marché de grands noms tels que Amazon, Fnac, Darty ou Cdiscount, mais aussi chez les opérateurs téléphoniques ou les acteurs de la télésurveillance, en marque blanche, à l’image du brésilien Intelbras.
Au total, le développeur affirme, liste à l’appui, avoir pu établir un lien direct entre Meari et 378 références distinctes de caméras, distribuées dans au moins 15 pays. Surtout, il explique à Next avoir pu directement compter plus de 1,1 million d’appareils vulnérables se connecter, en clair, aux serveurs de Meari, sur une simple période de 24 heures. « Si j’avais laissé tourner mon script une semaine, le volume d’appareils aurait sans doute été bien plus conséquent », estime-t-il.
Deux mois après sa découverte initiale, l’équipementier chinois est censé avoir sécurisé son backend, mais de nombreux comportements problématiques subsistent. « Disons que si j’avais un enfant, je n’achèterais pas une caméra équipée par Meari », résume Sammy Azdoufal.
Le précédent DJI
Si son nom vous dit quelque chose, c’est peut-être parce que l’intéressé n’en est pas à son coup d’essai. Mi-février, le développeur a eu les honneurs de la presse mondiale : il révèle avoir découvert de façon fortuite une faille de sécurité majeure affectant des milliers de robots aspirateurs DJI, alors qu’il bidouillait le sien pour voir s’il était possible de le commander à distance avec une manette de PS5.
Via cette porte dérobée, il devient en mesure de prendre le contrôle d’un robot aspirateur de son choix et donc d’accéder aux images que transmet le robot, simplement à l’aide de son numéro de série. Reproduite et racontée dans le détail par The Verge, sa découverte aboutit sur une conclusion effrayante : la prise de contrôle est possible parce que les robots de la marque communiquent en clair avec les serveurs MQTT de DJI, et que l’accès à ces derniers n’est pas dûment sécurisé.
Le 6 mars dernier, DJI a confirmé un problème de sécurité. Le constructeur a alors annoncé avoir corrigé une vulnérabilité au niveau de son infrastructure et évoqué, sans les nommer, la contribution de deux chercheurs indépendants. Sammy Azdoufal a de son côté indiqué avoir reçu la promesse d’un virement de 30 000 dollars dans le cadre du programme bug bounty de la marque.
Une application Android un peu trop bavarde
Ses travaux relatifs à Meari partent eux aussi d’une découverte fortuite, survenue le 2 mars dernier, avant même le dénouement de l’affaire DJI. « Je parlais de cette histoire d’aspirateur avec une collègue, elle m’explique qu’elle a acheté un babyphone sur Amazon, et se demande si c’est sûr de l’utiliser pour sa fille », nous raconte Sammy Azdoufal, contacté début mars. L’appareil fait partie des références premier prix vendues sur la plateforme.
Il ne dispose pas d’un environnement logiciel à ses couleurs mais fait appel à Cloudedge, une application « hub » dédiée aux objets connectés. En étudiant le code de l’application, le développeur découvre « plein de choses qui ne vont pas », dont des routes en clair vers des brokers MQTT : « J’essaie de me connecter pour voir, et là ça fonctionne ».
Avant d’aller plus loin, un petit point de vocabulaire s’impose peut-être. Dans le monde de l’Internet des objets (IoT), MQTT est un protocole de messagerie en étoile, qui sous-tend les échanges entre un serveur central (le broker MQTT dont il est question ici), et deux acteurs dont les rôles peuvent permuter : l’expéditeur (par exemple la caméra IP) et le destinataire (l’application mobile utilisée par son propriétaire). Quand votre caméra IP détecte un mouvement, elle envoie une alerte au broker MQTT, qui la relaie ensuite vers l’application mobile installée sur votre téléphone.
Dans le cas de l’application CloudEdge, nous avons pu vérifier début mars les affirmations de Sammy Azdoufal sur la base du client Android distribué via Google Play, et tout particulièrement la présence, en clair dans le code, d’une URL pointant vers la console d’administration du backend de Meari.
Le développeur pousse son investigation plus avant. « Après quelques tests, je me rends compte qu’ils ont laissé le mot de passe par défaut ». Une fois passée cette porte béante, « je réalise qu’il n’y a pas de vérification de la propriété par appareil, en m’abonnant à un broker je peux donc voir tout le monde ».
Dit autrement, une fois connecté au serveur, il est en mesure d’en observer l’activité, et par exemple d’y brancher le script grâce auquel il affirme avoir comptabilisé plus d’un million d’appareils connectés et donc vulnérables. Il indique également avoir pu accéder au CMS (l’outil de gestion du site Web) de Meari, utilisé notamment par les clients de l’entreprise pour gérer leurs propres flottes d’appareils ou leurs propres applications en marque blanche.
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Microsoft prépare la mise en place d’une fonction intégrée à Windows Update capable de procéder à la récupération d’un pilote matériel si celui-ci n’offre pas le niveau de performances attendu. Cette récupération « initiée par le cloud » pourrait être déployée d’ici le mois de septembre.
S’il est indéniable que le processus des mises à jour de Windows 11 a souffert de quelques problèmes de contrôle qualité ces derniers mois, il faut reconnaître que les dysfonctionnements qui surviennent parfois lors d’une mise à jour ne sont pas toujours à mettre au crédit de Microsoft. Il n’est en effet pas rare que des problèmes de performance ou des plantages soient dus à la mise à jour d’un pilote matériel, dont la nouvelle version crée par exemple un conflit inédit sur la machine hôte.
On arguera légitimement que c’est précisément le rôle du contrôle qualité que d’éviter ces problèmes, mais nul n’étant infaillible, Microsoft vient d’annoncer la mise en place prochaine d’un dispositif automatisé de « récupération » de pilotes (recovery, soit une restauration vers une version fonctionnelle), initiée depuis ses serveurs, en cas de problème identifié pendant la phase de distribution d’une mise à jour.
Un retour à meilleure fortune déclenché à distance
Microsoft rappelle le fonctionnement du circuit de distribution actuel :
« Aujourd’hui, lorsqu’un pilote publié via Windows Update présente des problèmes de qualité après sa distribution, la solution repose soit sur le fournisseur de matériel qui soumet un pilote mis à jour, soit sur l’utilisateur final qui désinstalle manuellement le pilote problématique. Il en résulte un risque que des appareils restent avec un pilote de mauvaise qualité pendant une période prolongée ».
Le nouveau système vise à accélérer la réponse en cas de problème, et surtout à la rendre transparente pour l’utilisateur final.
« Grâce à la récupération de pilotes initiée par le cloud, Microsoft peut désormais déclencher une action de récupération directement depuis le centre de développement matériel et restaurer un pilote problématique à une version fonctionnelle antérieure via le pipeline Windows Update. Cette opération s’effectue par des mises à jour coordonnées de la pile de pilotes PnP [plug and play]et des services de déploiement et de publication des pilotes. »
Blocage préventif
Initiée par Microsoft, la récupération se fait donc soit sur la dernière version fonctionnelle, soit sur la meilleure alternative générique connue. Sur le papier, la réponse est élégante, mais son efficacité réelle va dépendre de la capacité de l’éditeur à détecter suffisamment tôt qu’un pilote dont le déploiement a été approuvé pose finalement des problèmes. C’est d’ailleurs tout l’objet du processus de déploiement progressif des pilotes et de ses différentes étapes de validation.
Microsoft explique par ailleurs introduire une protection supplémentaire au niveau de ce dispositif, avec la création d’une liste de blocage préventif des binaires ayant déjà posé des problèmes de fiabilité. « À l’avenir, si une soumission de signature contient un fichier figurant sur la liste de blocage de publication, elle sera rejetée avant la signature du pilote. Les partenaires recevront un message d’erreur identifiant le fichier problématique afin qu’ils puissent prendre les mesures correctives nécessaires », décrit l’éditeur.
La liste de blocage est censée entrer en vigueur courant mai 2026. La fonction de récupération de pilotes va quant à elle faire l’objet de tests entre mai et août, avant un déploiement programmé pour septembre 2026.
Un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne rejette la demande de Meta, qui cherchait à faire invalider la « compensation équitable » mise en place par l’Autorité italienne de régulation des communications au profit des éditeurs de presse en ligne. Ce faisant, la CJUE renforce en droit, à défaut de le consacrer, le mécanisme de droits voisins de la presse, régulièrement attaqué, en France comme dans le reste de l’Union, par les géants du numérique.
Dans son arrêt daté du 12 mai 2026, la Cour statue que le droit européen ne s’oppose pas à une réglementation nationale prévoyant que les éditeurs de presse puissent obtenir « une rémunération équitable en contrepartie de l’autorisation d’utiliser leurs publications donnée aux fournisseurs de services de la société de l’information ».
De la même façon, la CJUE valide que l’autorité nationale (en l’occurrence, l’Arcep italienne) impose aux fournisseurs de services en ligne d’entamer des négociations avec les éditeurs de presse, mais aussi qu’ils mettent à sa disposition les « informations nécessaires à la détermination du montant d’une telle rémunération équitable ».
La Cour a estimé à ce niveau que la mesure était appropriée, compte tenu de la « position de négociation faible » dans laquelle se trouvent les éditeurs de presse face aux géants du numérique, et de l’objectif d’équité poursuivi.
Crédit Greg Bulla (@gregbulla)
La Cour dispose enfin que la réglementation nationale est conforme au droit européen dès lors qu’elle respecte la possibilité pour les éditeurs de refuser l’autorisation de réutiliser leurs contenus, et tant qu’elle n’impose pas aux plateformes sociales ou moteurs de recherche de payer un acteur dont ils n’utiliseraient pas les contenus.
Meta de son côté ne remettait pas en cause la directive de 2019 qui encadre le mécanisme des droits voisins à l’échelle de l’Union, mais arguait que l’Italie outrepassait le cadre prévu par cette dernière. Le groupe états-unien, représenté par sa filiale irlandaise, dénonçait le caractère obligatoire de cette compensation. Il invoquait par ailleurs la liberté d’entreprise et le principe de proportionnalité garantis par les articles 16 et 52 de la Charte des droits fondamentaux pour défendre son droit à refuser de négocier ou communiquer des informations à caractère stratégique.
La Cour admet que ces obligations, assorties du pouvoir de sanction dont dispose l’autorité italienne, constituent bien une forme de restriction à la liberté d’entreprise, mais comme elle l’explique dans son communiqué [PDF], elle l’estime « justifiée et proportionnée par rapport aux objectifs du droit de l’Union d’assurer un marché du droit d’auteur performant et équitable ».
Trois acteurs de la tech ont annoncé ces derniers jours des plans de départ significatifs. Chacun à sa façon, l’Allemand Deepl et les deux États-uniens Cloudflare et GitLab affirment que ces réductions de voilure sont liées à l’adoption d’outils d’intelligence artificielle dans leurs processus internes.
Deepl, Cloudflare et GitLab ont tour à tour annoncé des restructurations significatives de leurs équipes ces derniers jours. Et dans le discours de ces trois acteurs, qui évoluent pourtant dans des secteurs assez distincts de la tech (la traduction, le réseau, le développement logiciel), on retrouve un paradoxe en passe de devenir une antienne : l’IA est utilisée pour justifier à la fois les ambitions de croissance de l’entreprise et les coupes franches qu’elle déclenche au sein des effectifs.
« Nous sommes nous-mêmes notre client le plus exigeant »
La communication de Cloudflare est sans doute la plus éloquente à ce niveau. L’entreprise a publié le 7 mai dernier des résultats qui font état d’une activité en hausse de 34 % sur un an, avec un chiffre d’affaires de 640 millions de dollars sur le premier trimestre 2026.
« Nous avons connu un excellent début d’année 2026. L’IA est à l’origine d’une refonte fondamentale d’Internet et d’un changement de paradigme dans la création et l’utilisation des logiciels ; elle s’annonce comme le plus grand atout que nous ayons jamais connu dans l’histoire de Cloudflare », déclare à cette occasion Matthew Prince, CEO de Cloudflare.
Quelques lignes plus tard, il annonce la mise en place d’un plan de restructuration qui doit conduire au départ de 1 100 personnes, soit environ 20 % de l’effectif, au nom de l’évolution vers un modèle opérationnel axé sur l’IA agentique.
« Notre activité ne consiste pas qu’à développer et vendre des plateformes et des outils assistés par IA. Nous sommes nous-mêmes notre client le plus exigeant. L’utilisation de l’IA par Cloudflare a augmenté de plus de 600 % au cours du seul dernier trimestre (…). La décision d’aujourd’hui n’a pas pour objectif de réduire les coûts ni d’évaluer individuellement les performances de nos collaborateurs. Il s’agit pour Cloudflare de définir la manière dont une entreprise d’envergure mondiale en forte croissance fonctionne et crée de la valeur à l’ère de l’IA agentique. »
La rhétorique employée, et cette idée selon laquelle Cloudflare réfléchirait à une transformation structurelle plutôt qu’à une réduction de coûts motivée par des objectifs de court terme, rappellent l’annonce formulée fin février par Block, le groupe de Jack Dorsey, qui avait soudainement décidé de supprimer 40 % de ses effectifs.
À l’époque, certains commentateurs observaient que le fondateur de Twitter mettait sans doute la charrue avant les bœufs : l’IA n’a pas encore fait la preuve de sa capacité à remplacer 40 % de la main-d’œuvre humaine dans les secteurs financiers. Ils y voyaient donc une volonté de plaire aux marchés financiers plutôt qu’une décision véritablement motivée par des considérations opérationnelles.
Dans le cas de Block, l’annonce avait été accueillie favorablement, avec un sursaut de l’action à Wall Street. Chez Cloudflare, dont la rentabilité n’est pas aussi évidente, la publication du 7 mai a été sanctionnée par une baisse immédiate de 20 %.
GitLab inaugure son « acte 2 »
Chez GitLab, le couperet est tombé lundi 11 mai, là aussi sous forme de lettre ouverte annonçant l’entrée de la célèbre forge logicielle dans son acte 2. « L’ère des agents offre à GitLab la plus grande opportunité de notre histoire en tant qu’entreprise, et nous prenons les décisions structurelles et stratégiques nécessaires pour la saisir », attaque l’entreprise, avant d’annoncer la révision à la baisse de son « périmètre opérationnel ».
GitLab annonce ainsi se retirer d’un tiers des marchés dans lesquels l’entreprise entretient une présence physique, en ciblant les pays où les équipes sont les plus réduites, qui seront désormais gérés commercialement par un réseau de partenaires revendeurs. L’entreprise annonce également travailler à supprimer jusqu’à trois niveaux hiérarchiques dans son organisation, et à remodeler ses effectifs R&D en équipes à la fois plus petites et plus spécialisées.
Après l’acte 1, qui a vu l’entreprise traverser la période Covid et s’introduire en bourse, GitLab annonce son acte 2, dessiné par l’IA agentique – capture d’écran
Cette nouvelle structure devrait être sous-tendue par de nouveaux outils. « Nous sommes en train de repenser nos processus internes grâce à des agents d’IA, d’automatiser les révisions, les approbations et les transferts afin d’accélérer notre travail, et nous prévoyons d’adapter la taille des postes dans toute l’entreprise en conséquence », écrit GitLab. Le périmètre exact des départs n’est pas spécifié, mais l’entreprise s’engage à communiquer plus précisément sur le sujet d’ici le 1er juin.
Au-delà de l’annonce proprement dite, le discours de Bill Staples, CEO de GitLab, illustre lui aussi l’ambigüité de la situation :
« Ce processus de restructuration est différent de ceux dont vous avez pu entendre parler dans l’actualité. Bien sûr, l’IA transforme nos méthodes de travail et fait partie intégrante de notre plan de transformation, mais il ne s’agit pas ici d’une optimisation liée à l’IA ni d’une opération de réduction des coûts. »
Les trois fondamentaux de ce fameux Acte 2 ne sonnent pourtant pas radicalement différemment des discours lus ou entendus chez d’autres grands noms de la tech engagés dans des licenciements. Outre la nécessité d’investir dans des infrastructures, il évoque ainsi la nécessité de combiner plus efficacement rapidité d’exécution et qualité (notamment grâce à l’automatisation de tout ce qui peut l’être), le renforcement des responsabilités individuelles et l’attention primordiale accordée aux clients.
D’après son dernier rapport d’activité (PDF), GitLab comptait 2 375 salariés dans 60 pays au 31 janvier 2025. Le groupe a réalisé 260 millions de dollars de chiffre d’affaires sur le quatrième trimestre de son exercice fiscal 2026, clos le 31 janvier dernier. Il avait annoncé à cette occasion un plan de rachat d’actions à hauteur de 400 millions de dollars, une opération qui vise à doper le cours en bourse et donc à augmenter la valeur du titre pour les actionnaires.
C’est via LinkedIn que Jarek Kutylowski, CEO de DeepL, a lui aussi annoncé le 7 mai un plan de licenciement à grande échelle, puisque 250 employés sont concernés, soit environ un quart des effectifs de cette entreprise allemande, pionnière de la traduction automatisée, notamment grâce aux grands modèles de langage. Il invoque la nécessité de s’adapter face à une technologie qui évolue nettement plus vite que ne peut le faire son entreprise.
« Comment assurer la pérennité d’une entreprise mondiale spécialisée dans l’IA face à ce rythme d’évolution ? Sommes-nous prêts à relever ce défi ? La réponse honnête était non. Ce qui nous a permis d’en arriver là ne nous mènerait pas là où nous devons aller. Nous avons donc choisi d’agir. »
Kutylowski a peut-être inspiré Staples chez GitLab. Le patron de DeepL annonce lui aussi sa volonté de transformer l’entreprise vers de petites équipes plus agiles, au sein desquelles l’IA gèrerait les tâches courantes pour que l’humain se concentre sur ce qui amène le maximum de valeur.
En creux, le CEO de DeepL révèle tout de même que cette restructuration vise à soutenir les capacités d’investissement de l’entreprise : il annonce coup sur coup l’intégration de la startup Mixhalo, spécialisée dans la diffusion audio, et l’ouverture d’un bureau à San Francisco.
Lui aussi convoque enfin l’argument de l’urgence, qui présente l’avantage de déporter une partie de la responsabilité sur une contrainte conjoncturelle. « Nous n’attendons pas que le changement soit parfaitement évident pour tous les acteurs du marché ; le bon moment pour agir ainsi, c’est avant d’y être contraint. »
La France Insoumise (LFI) a informé certains de ses adhérents ou sympathisants d’un vol de données personnelles survenu au niveau de ses outils internes. Elle y indique avoir été victime d’une attaque cybercriminelle susceptible d’avoir conduit à l’exposition d’informations telles que le nom et prénom, l’adresse email, l’adresse postale, les « informations de profil » et la « participation à certains groupes ou événements ».
Le parti politique ne précise pas le canal par lequel a été réalisée l’attaque, mais les informations personnelles évoquées, notamment l’allusion aux groupes ou événements, suggèrent qu’il pourrait s’agir du site actionpopulaire.fr, la plateforme via laquelle LFI propose à ses sympathisants d’organiser leurs actions de terrain.
Revendication d’un dump de la base actionpopulaire.fr publiée le 7 mai – capture d’écran Next
Cette allusion aux groupes semble également cohérente avec les revendications publiées par un internaute le 7 mai dernier sur un forum spécialisé. Celui-ci affirmait avoir réalisé un dump (une copie) du site actionpopulaire.fr, qui lui donnerait accès à 120 000 emails uniques, 20 000 numéros de téléphone, un nombre non précisé d’adresses physiques, ainsi qu’aux messages et échanges réalisés par l’intermédiaire de la plateforme.
Outre les messages individuels adressés aux victimes potentielles, LFI a communiqué de façon plus large auprès de ses sympathisants. Signé par Manuel Bompard et diffusé, notamment, sur les canaux Discord du parti, le message admet une fuite, mais ne corrobore pas les allégations du pirate supposé :
« Nous sommes encore en train d’investiguer pour préciser les conséquences de ces attaques. Il semble qu’en effet des données liées à certaines personnes ont pu être compromises. En revanche, contrairement à ce qui a été indiqué sur les réseaux sociaux, il ne s’agit ni du fichier de tou·tes les utilisateur·rices d’Action populaire, ni des signataires sur le site de soutien de la campagne présidentielle. »
Message de Manuel Bompard, diffusé dans le canal Annonces d’un des salons Discord de LFI – capture d’écran Next
Le coordinateur du parti confirme par ailleurs qu’une plainte va être déposée, outre l’alerte transmise à la CNIL et à l’ANSSI. « De manière générale, dans le contexte de généralisation de piratages de données ayant par exemple visé des institutions publiques, nous invitons tou·tes les camarades à faire preuve de la plus grande vigilance dans les messages qu’elles et ils pourraient recevoir sur leurs coordonnées personnelles », écrit encore le parti, avant d’appeler aux habituels conseils de vigilance.
La divulgation de cette attaque intervient alors que le leader du parti, Jean-Luc Mélenchon, a annoncé dimanche 3 mai, au 20 heures de TF1, sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Le dépôt GitHub dédié au code d’actionpopulaire.fr témoigne quant à lui d’une forte accélération du volume de commits depuis le 23 avril dernier.
Rappelons que d’un point de vue réglementaire, les informations qui révèlent l’orientation politique relèvent de ce que le RGPD qualifie, dans son article 9, de « données sensibles ».
L’avantage des SSD sur les disques durs magnétiques traditionnels en matière de densité trouve une nouvelle incarnation éloquente avec l’annonce de la gamme 6600 ION NVMe de Micron : le fabricant états-unien décline en effet cette dernière sur des capacités de 30, 61, 122 et 245 To, le tout dans une enveloppe correspondant à celle du format 2,5 pouces utilisé sur les marchés grand public.
Ici, il n’est cependant pas question d’équiper des PC pour joueurs ou des stations de travail. Ces SSD, qui se déclinent en formats U.2 (15 mm d’épaisseur), E3.S 1T (7,5 mm) et E3.L, sont destinés au monde des datacenters, où ils permettent d’atteindre des capacités de stockage record à l’échelle de la baie ou du rack. Micron revendique ainsi 4,9 Po sur un U (à raison de 40 SSD au format U.2), ce qui permet d’envisager d’intégrer 176,9 Po sur un rack.
Dans sa fiche produit (PDF), Micron met cette promesse de densité et la consommation électrique associée en face de ce qu’autorisent les disques durs magnétiques. Le fabricant de mémoire revendique ainsi une densité 5,6 fois supérieure à celle des disques durs 44 To qui commencent à être disponibles. Côté consommation, il affiche 30 watts par SSD, soit 8,2 To par watt, qu’il compare aux 10 watts avalés par un disque 44 To. L’efficacité serait donc ici 1,9 fois supérieure.
La gamme 6600 affiche des performances de l’ordre de 14 Go/s en lecture séquentielle, soit la bande passante permise par l’interface PCI-Express 5.0 sur quatre lignes – crédit Micron
Sans surprise, Micron se garde bien de donner la moindre indication quant au prix de ces nouveaux modèles, dont le lancement intervient sur fond de tensions persistantes sur le marché de la mémoire (vive ou Flash). Rappelons que le groupe a pris la décision fin 2025 de mettre un terme à sa marque grand public Crucial même s’il affirme ne pas vouloir totalement délaisser le consommateur final.
Victime d’un piratage, le site officiel de JDownloader a pendant 48 heures distribué un malware en lieu et place du fichier d’installation proposé pour Windows et Linux. L’équipe en charge du projet affirme que seuls les liens de téléchargement ont été modifiés : les binaires du logiciel et l’infrastructure sous-jacente n’auraient pas été touchés. Les internautes ayant téléchargé l’utilitaire entre le 6 et le 7 mai sont toutefois invités à la prudence.
Très populaire chez les adeptes du « direct download », du fait de sa capacité à lever les restrictions sur les téléchargements gratuits, l’utilitaire JDownloader a été victime d’un incident de sécurité les 6 et 7 mai dernier. C’est plus précisément le site officiel du logiciel qui a été affecté par une attaque de type supply chain (chaîne d’approvisionnement) : pendant 48 heures environ, certains des liens de téléchargement affichés sur le site ont pointé vers un malware et non vers les binaires légitimes du client.
Des liens modifiés au niveau du CMS
L’équipe en charge du projet indique que deux liens ont été affectés : l’option « Download Alternative Installer » proposée pour Windows, et l’URL pointant vers l’installateur en ligne de commande pour Linux. « Nos packages d’installation originaux n’ont pas été modifiés ; seuls les liens de téléchargement publiés ici pointent vers des fichiers erronés. Les fichiers binaires de l’installateur restent hébergés sur des serveurs externes, comme d’habitude », promet JDownloader dans un billet dédié.
L’incident y est retracé de façon chronologique. D’après l’équipe, les assaillants auraient d’abord procédé à une première modification sur une page peu exposée du site, le 5 mai dans la soirée, avant d’insérer les deux liens piégés sur la page principale dédiée au téléchargement, le 6 mai aux alentours de deux heures du matin (heure de Paris).
Les auteurs du projet ont sonné le branle-bas de combat le 7 mai vers 19 heures, suite à l’alerte lancée par un internaute sur Reddit. « Des téléchargements suspects et des alertes ont été détectés ; le problème a été confirmé et une procédure de gestion d’incident a été lancée. Le serveur a été arrêté à 17h24 UTC [19h24 heure de Paris] », décrit-elle. Le site est ensuite resté hors ligne à des fins de nettoyage et de contrôle, jusqu’à sa remise en route dans la nuit du 8 au 9 mai.
Vérifier la légitimité du fichier téléchargé
C’est au niveau du CMS (gestionnaire de contenus, le « moteur » du site Web) que serait intervenue l’intrusion. Le code de JDownloader, et les mécaniques de mise à jour « in-app » n’ont de ce fait pas été affectées, assure l’équipe : « Chaque mise à jour installée via le système intégré de l’application est signée par RSA et vérifiée par cryptographie. Ce canal est indépendant des liens de téléchargement du site web qui ont été manipulés. »
Reste à accompagner les internautes exposés à un fichier compromis. Sous Windows, l’équipe invite à contrôler la signature du client téléchargé (clic droit, propriétés, signatures numériques). Si l’écran affiche AppWork GmbH, le fichier peut être considéré comme légitime. Elle propose également un tableau récapitulatif des différentes versions du client, avec leur taille exacte et le checksum associé.
La correspondance entre taille et checksum permet de contrôler la légitimité de l’exécutable téléchargé – crédit JDownloader
En cas de fichier téléchargé, puis exécuté, JDownloader invite à la réinstallation complète du système d’exploitation, et à la modification préventive de tous les identifiants susceptibles d’avoir été stockés sur la machine.
Les attaques de la supply chain se multiplient
D’après Thomas Klemenc de Malcat, le fichier distribué par les pirates contient bien l’installeur de JDownloader, associé à une charge malveillante de type RAT (Remote Access Trojan) écrite en Python. Bleeping Computer remarque un comportement similaire sous Linux, où la charge s’installe de façon persistante et dissimule son activité grâce à l’outil d’obfuscation Pyarmor.
Ce nouvel incident illustre la tendance qui consiste à attaquer non pas un logiciel, mais sa chaîne d’approvisionnement. Parfois, c’est le site Web qui sert de vecteur, comme ici ou dans le cas de la mésaventure survenue à l’éditeur de CPU-Z. Bon nombre d’attaques se concentrent également sur la distribution de composants open source populaires, comme l’illustre une alerte lancée le 5 mai dernier sur Daemon Tools, ainsi que les épisodes récents relatifs à Axios ou Trivy.
BookMyName, l’un des bureaux d’enregistrement de noms de domaine de Scaleway (groupe iliad) a temporairement suspendu ses services (web et API) mardi 5 mai en raison d’une activité suspecte détectée au niveau de son système d’information.
« Certains clients ont pu constater une modification de leurs informations de contact associées à leurs noms de domaine, a alerté le service en début de journée. En conséquence, nous avons décidé de suspendre l’ensemble des accès publics à BookMyName le temps de mener les investigations nécessaires. »
Vers 17 heures, le bureau a publié un point d’étape affirmant que les informations de contact modifiées avaient été restaurées et que le service était considéré comme sécurisé, annonçant au passage prendre en charge gracieusement le renouvellement des noms de domaine arrivant à échéance dans les 72 heures.
Le rétablissement du service est finalement intervenu mardi 5 mai vers 22 heures, amputé de certaines fonctionnalités secondaires, dont la récupération de mots de passe.
« Compte tenu du rétablissement effectif du service ce jour, les renouvellements automatiques seront assurés sans interruption. Par conséquent, et contrairement à ce qui a pu être communiqué précédemment, nous ne procéderons pas au renouvellement gracieux des domaines arrivant à échéance ce 5 mai 2026. Ces derniers seront traités selon vos modalités de facturation habituelles », a publié à cette occasion le service.
Rapport d’incident publié mercredi 6 mai – capture d’écran
BookMyName a publié dès mercredi 6 mai le post mortem de l’incident. D’après ce rapport, l’intrusion a permis à l’assaillant de modifier les informations de contact associées à 1 868 comptes clients. « L’adresse e-mail, le prénom, le nom, le mot de passe et le pays ont été modifiés », décrit le bureau d’enregistrement, selon qui aucune opération de transfert non sollicitée n’a été constatée.
« L’incident a été causé par une erreur de logique dans le contrôle d’autorisation du point de terminaison de modification des contacts. Cette faille a permis à un attaquant de modifier n’importe quel champ lié aux contacts en ciblant n’importe quel identifiant de compte en manipulant des paramètres de requête HTTP. Il s’agissait principalement d’une attaque à l’aveugle : aucun compte n’était spécifiquement ciblé », décrit le service sur un volet plus technique.
À peine lancé, le Steam Controller semble avoir été victime de son succès. Valve a en effet annoncé mardi 5 mai, au lendemain de la disponibilité générale de sa nouvelle manette de jeu, avoir écoulé la totalité de ses stocks. Les joueurs intéressés devront donc attendre un réapprovisionnement dont le calendrier n’a pas encore été précisé.
En attendant, les bidouilleurs pourront commencer à envisager leurs travaux de personnalisation ou de création d’accessoires : Valve a publié mardi les fichiers de CAO de la coque extérieure (topologie de surface) du Steam Controller et du Puck (le support qui assure la liaison sans fil à faible latence et la recharge). Les fichiers proposés « incluent un modèle STP, un modèle STL et un dessin technique qui met en évidence les éléments critiques et les zones d’exclusion des deux appareils ».
Valve a publié les fichiers CAO du Steam Controller
Valve a fait le choix de la licence Creative Commons dans sa version « Attribution – Utilisation non commerciale – Partage dans les mêmes conditions » (by-nc-sa 4.0). Le fabricant de claviers mécaniques Keychron a lui aussi récemment procédé à une démarche d’ouverture similaire en publiant les modèles 3D et certains plans de son catalogue de produits.
Certains utilisateurs de Chrome constatent la présence, sur leur machine, d’un fichier d’environ 4 Go, intitulé weights.bin et qui semble lié à des fonctions d’intelligence artificielle. Problème : le navigateur n’a jamais alerté les internautes concernés quant au téléchargement de ces données.
Le navigateur de Google prend parfois ses aises au niveau des machines sur lesquelles il est installé. Plusieurs internautes signalent en effet avoir constaté le téléchargement, à leur insu, d’un fichier pouvant peser jusqu’à 4 Go, baptisé weights.bin (weights signifie poids) et placé dans un dossier intitulé OptGuideOnDeviceModel.
Un mystérieux fichier qui pèse jusqu’à 4 Go
Les premiers témoignages remontent à mi-2025, et le sujet refait surface à intervalles réguliers, ce qui illustre au passage que le fichier en question est susceptible d’apparaître aussi bien sur Windows que sur macOS. Faute d’information donnée par le navigateur, son processus d’installation, ou ses paramètres, les utilisateurs concernés en sont réduits aux spéculations. Et sans surprise, les hypothèses formulées tournent autour de l’IA.
« Le fichier weights.bin suggère qu’il pourrait s’agir d’un modèle d’IA/ML [IA ou machine learning] en cours d’entraînement ou téléchargé », subodore un internaute sur Reddit. « Je n’aime pas ça. Je n’utilise pas cette IA stupide et le fait qu’elle occupe 3 Go sur mon disque C, déjà limité, sans même me demander mon avis, c’est inadmissible », répond un autre.
Le mystère du dossier OptGuideOnDeviceModel est revenu sur le devant de la scène lundi 4 mai avec la publication d’un nouveau billet de blog chez Alexander Hanff dit ThatPrivacyGuy, le consultant en sécurité qui a récemment mis en lumière la façon dont l’application Claude Desktop s’arroge le droit de pré-autoriser ses extensions pour navigateurs, là aussi sans consentement ni information préalable.
Téléchargement non consenti
Comme avec Claude, Alexander Hanff analyse longuement la méthode mise en œuvre et ses éventuels manquements juridiques ou réglementaires. Il constate que Chrome télécharge ce fichier dans le quart d’heure qui suit l’ouverture du logiciel, et que le dossier est recréé à chaque nouveau lancement du navigateur s’il a été supprimé.
Il en conclut une nouvelle fois que ce comportement, orchestré en arrière-plan, sans information préalable, et sans moyen simple et direct de supprimer le fichier, constitue notamment un manquement à la directive européenne e-Privacy de 2002. Il appelle de ce fait Google à clarifier les choses, avec une explication claire, à adopter une logique d’opt-in (consentement préalable à la modification), et à permettre une suppression définitive du fichier.
Pour faire bonne mesure, il se lance également dans un calcul, éminemment discutable, visant à essayer d’estimer l’impact environnemental de ces 4 Go téléchargés sur des centaines de millions d’appareils.
Notons que ce fichier n’est pas téléchargé de façon systématique : nous avons contrôlé mercredi quatre machines (trois ordinateurs, fixes et portables, sous Windows ainsi qu’un MacBook) équipées d’une instance de Chrome, sans trouver trace de ce fichier.
Si vous souhaitez contrôler sa présence sur votre machine, voici les répertoires concernés.
S’il est vrai que Google n’informe pas sur l’existence de ce fichier, et n’a pas encore réagi publiquement (à notre connaissance) à la polémique, la fonction concernée n’est pas si mystérieuse qu’il y parait. Elle est en réalité documentée depuis fin 2024 et concerne, comme on pouvait s’y attendre, l’intégration de modèles Gemini Nano dans Chrome.
Un outil déjà documenté
Ces derniers sont mis à profit dans le navigateur, pour sous-tendre ou améliorer les performances de certaines fonctionnalités liées à l’IA, comme la détection automatique de la langue (pour suggérer les bons choix au niveau des raccourcis vers les outils de traduction). Google associe surtout son modèle à des interfaces de programmation (Prompt API, Summarizer API, Writer API, Rewriter API, Proofreader API), présentées comme autant d’outils destinés aux développeurs pour élaborer des fonctions exploitant l’IA.
Dans cette documentation, Google précise que le téléchargement de Gemini Nano n’intervient que si certaines conditions matérielles sont remplies : il faut notamment 22 Go d’espace disque disponible sur la partition qui stocke le profil Chrome, un CPU doté d’au moins quatre cœurs et un minimum de 16 Go de mémoire vive. Le téléchargement n’est par ailleurs pas censé démarrer si le système est relié à Internet via une connexion limitée (soit à cause d’un paramétrage manuel, soit en raison de l’utilisation d’un smartphone comme intermédiaire par exemple).
Le principe a en revanche vocation à concerner le plus large parc possible, avec Windows, macOS, Linux et ChromeOS sur les ordinateurs. Les plateformes mobiles ne sont quant à elles « pas encore » prises en charge.
Google semble à ce sujet désireux d’implémenter plus largement ses API. « Grâce aux API d’IA intégrées, votre application web peut effectuer des tâches basées sur l’IA sans nécessiter le déploiement ni la gestion de ses propres modèles. Nous travaillons à la standardisation de ces API sur tous les navigateurs. », écrit le moteur de recherche.
Comment s’en débarrasser ?
Reste à voir si et comment Google choisira de communiquer plus ouvertement sur le sujet. Alexander Hanff remarque à ce niveau que le téléchargement du fichier n’est pas opéré par les processus habituellement dédiés et dûment autorisés à procéder aux mises à jour (com.google.GoogleUpdater) mais bel et bien par le navigateur lui-même.
Pour supprimer le fichier litigieux et récupérer l’espace disque correspondant, il devrait en principe suffire de désactiver les fonctions d’IA locale du navigateur, si celles-ci sont proposées (consulter le menu Paramètres, onglet Système pour s’en assurer). Introduites depuis plusieurs mois, celles-ci font en effet l’objet d’un déploiement très progressif chez les utilisateurs finaux, ce qui explique sans doute pourquoi le dossier OptGuideOnDeviceModel n’apparait pas même sur une machine répondant aux matériels requis minimaux.
À défaut, il est possible de bloquer le téléchargement de ce modèle local sous Windows en créant ou modifiant la clé de registre GenAILocalFoundationalModelSettings, ce qui désactivera également l’inférence locale au sein du concurrent Edge (basé sur Chromium), comme documenté par Microsoft.
Google a confirmé mardi une organisation en deux temps pour ses conférences du mois de mai dédiées à l’univers du mobile. Le moteur de recherche tiendra d’abord une présentation baptisée The Android Show, programmée le 12 mai 2026 à 19 heures (heure de Paris).
Comme en 2025, cet événement centré sur Android est pensé comme un prélude aux sessions plus techniques et couvrant un périmètre plus large de sa traditionnelle Google I/O, organisée à Mountain View les 19 et 20 mai prochain.
D’après Sameer Samat, président des activités Android chez Google, l’événement du 12 mai devrait servir à annoncer les plus importantes mises à jour Android jamais réalisées. « Vous ne voudrez pas manquer ça ! », clame-t-il sur X.
Pionnier français de la vente en ligne, l’ex PriceMinister devenu Rakuten cherche un repreneur pour ses activités e-commerce en France. À défaut, l’entreprise envisage l’arrêt pur et simple de la version française de sa place de marché, ce qui se traduirait par la suppression d’environ 180 emplois.
Ce projet à deux issues possible, cession ou fermeture, a été présenté aux représentants du personnel le 7 avril dernier. Révélée par Capital, elle a depuis été confirmée par l’intermédiaire d’une déclaration transmise à l’AFP ainsi qu’à la rédaction de Next.
« Ce projet s’inscrit dans un contexte de déclin de l’activité depuis une dizaine d’années, malgré les efforts et investissements continus du groupe Rakuten en France, écrit l’entreprise. La reprise des activités par un acquéreur est privilégiée, dans la continuité des investissements et innovations menés ces dernières années pour soutenir le développement de la marketplace de Rakuten en France. »
À défaut, la fermeture de l’activité serait envisagée à partir du troisième trimestre 2026.
« L’activité de marketplace de Rakuten en France opère depuis une dizaine d’années dans un marché en rapide mutation et fait face à une perte d’activité chronique. Malgré les efforts marketing et opérationnels importants menés (tels que le lancement d’un programme fidélité de premier plan, le développement de l’offre de seconde main, le lancement de l’affiliation et la mise en place d’une solution logistique à destination des marchands), le nombre de clients a baissé de 33% en 10 ans et le trafic a reculé de 42% sur la même période. », détaille la direction de Rakuten France.
En septembre dernier, Rakuten France annonçait le lancement d’une « version optimisée de sa marketplace » en Espagne.
Fondé en 2001, PriceMinister a fait pendant dix ans figure de poids lourd et de principale alternative à eBay sur le marché e-commerce français, jusqu’à motiver le rachat de l’entreprise par le géant japonais Rakuten en 2010. Renommé Rakuten France en 2018, le site combinait adroitement produits neufs et d’occasion sur sa place de marché, avec des logiques de fidélisation et des mécaniques de cashback avantageuses qui ont longtemps entretenu sa popularité.
La vague a toutefois fini par passer. D’après le baromètre trimestriel Fevad/Médiamétrie, Rakuten France totalisait quelque 9,5 millions de visiteurs uniques mensuels sur son site au troisième trimestre 2025. Une audience toujours très significative, mais inférieure de moitié à celles des nouvelles plateformes vedettes de type Shein et Temu, sans même parler de Vinted ou Leboncoin (30,2 millions de visiteurs uniques par mois) sur la seconde main.
La filiale française n’a communiqué aucun élément financier quant à sa situation, mais les résultats financiers de sa maison mère montrent que l’activité qui réunit Rakuten TV (services de vidéo à la demande) et Rakuten France est déficitaire à hauteur de plusieurs dizaines de millions d’euros depuis au moins trois exercices.
Extrait des résultats financiers 2025 du groupe Rakuten. En rose sur le graphique de droite, la contribution négative de l’ensemble EU qui réunit Rakuten TV et Rakuten France
La direction de Rakuten France assure que le projet se limite à sa marketplace et donc aux activités relevant du pur e-commerce :
« Le groupe Rakuten reste engagé en France et en Europe à travers ses autres entités qui poursuivent leur développement : Rakuten Symphony, Rakuten TV, Rakuten Viki, Rakuten Kobo, Rakuten Viber et Rakuten Advertising. Le Centre technologique Rakuten Europe, basé à Paris et jouant le rôle de pôle clé d’innovation technologique pour l’ensemble du groupe Rakuten, continuera de se développer et de soutenir les activités de Rakuten en France, en Europe et en Asie. »
L’association noyb a déposé plainte contre LinkedIn auprès de l’autorité autrichienne de protection des données. Elle constate que le réseau social refuse de communiquer gratuitement la liste des personnes ayant visité le profil d’un utilisateur au nom de l’article 15 du RGPD, alors que ces informations sont accessibles dans le cadre de l’abonnement LinkedIn Premium.
« 270 personnes ont consulté votre profil au cours des 90 derniers jours », affiche LinkedIn, après clic sur une notification signalant la visite d’un « recruteur » et de trois autres personnes. Problème : le réseau social ne donne que des indices succincts sur le profil des curieux en question. Pour savoir qui ils sont vraiment, la plateforme invite, ou plutôt incite, à souscrire son abonnement payant : « Développez votre carrière ou votre entreprise avec Premium. Accédez à la liste complète maintenant ».
Deux poids deux mesures ?
L’accès à ces données ne devrait-il pas être concédé gratuitement sur demande de l’utilisateur ? C’est l’hypothèse soulevée par l’association de défense de la vie privée noyb (none of your business), dans une plainte (PDF en allemand) déposée mardi 5 mai devant l’autorité autrichienne de protection des données, la DSB. Elle y invoque l’article 15 du RGPD, celui qui dispose qu’un internaute est en droit d’accéder aux données personnelles le concernant, sur demande, auprès d’un responsable de traitement.
Dans le détail, l’association explique représenter un internaute qui a tenté d’obtenir, auprès de LinkedIn, la liste des personnes ayant visité son profil. Pour ce faire, l’utilisateur a d’abord utilisé les fonctions de téléchargement des données personnelles mises à disposition par la plateforme. À défaut d’y avoir trouvé les visiteurs de son profil, il a ensuite sollicité directement le réseau social via son formulaire de contact, et se serait vu opposer une fin de non-recevoir.
Après relance, LinkedIn aurait répondu au plaignant ne pas être tenu de mettre à disposition les données relatives aux personnes ayant consulté son profil, dans la mesure où ce ne sont pas ses propres informations personnelles, mais celles d’autres membres.
LinkedIn utilise la possibilité de voir qui a visité votre profil comme un levier vers ses offres d’abonnement payant – capture d’écran
Autrement dit, le réseau social ne pourrait pas communiquer ces informations dans la mesure où elles concernent d’autres utilisateurs. Mais dans le même temps, son abonnement payant permet de faire sauter cette barrière.
Pour noyb, LinkedIn entretient à ce niveau un double discours difficilement tenable. « Il est clair que si ces données sont affichées dans le cadre d’un abonnement Premium, elles devraient également être accessibles sur demande, conformément à l’article 15 du RGPD », résume l’association dans un communiqué.
L’article 15 mentionne explicitement les « destinataires »
Pour justifier cette position, elle s’appuie notamment sur l’alinéa c) du paragraphe 1 de l’article 15, qui dispose que cette obligation de correspondance englobe « les destinataires » auxquels les données personnelles ont été communiquées. Elle rappelle par ailleurs que cette lecture du règlement a été confirmée par une décision de la CJUE faisant jurisprudence.
Elle fait enfin valoir que LinkedIn offre, au niveau du profil, une option permettant de visiter de façon anonyme la page d’autres utilisateurs du réseau : ceux qui n’activent pas cette option acceptent donc, selon noyb, d’être perçus comme destinataires, ce qui écarterait donc le risque d’une atteinte aux droits et libertés d’autrui telle que prévue par le point 4 de l’article 15.
Sur la base de ces éléments, noyb demande à la CNIL autrichienne de donner suite à la demande d’accès formulée par le plaignant, mais aussi de prononcer une amende dissuasive à l’encontre de LinkedIn. « La protection des droits et libertés d’autrui peut effectivement justifier la non-divulgation de données personnelles partagées. Toutefois, si une entreprise a obtenu le consentement requis et se montre clairement disposée à mettre ces mêmes données à disposition moyennant paiement, cet argument ne tient plus », résume Martin Baumann, l’avocat de noyb.
LinkedIn et sa maison-mère, Microsoft, n’ont pour l’instant pas réagi publiquement.