IA : des milliards de dettes retirés des bilans, des taux d’intérêt 70 % plus élevés
Bulle market
Obligées d’emprunter plusieurs centaines de milliards de dollars sur les marchés, plusieurs entreprises de la tech’ ont eu recours à des mécanismes complexes pour retirer de leur bilan « plus de 120 milliards de dollars » de dettes à rembourser. D’autres se retrouvent à devoir emprunter à des taux jusqu’à 70 % plus élevés que les entreprises similaires, du fait de leur exposition aux risques associés à l’IA.
Avec le boom de l’IA, les entreprises spécialisées doivent emprunter des milliards de dollars à des investisseurs obligataires qui, prudents voire sceptiques, les obligent à payer des taux d’intérêt élevés, remarque le New York Times.
Si le cours des actions des entreprises liées à l’IA a explosé (tout comme la fortune de leurs milliardaires), ignorant les craintes de l’explosion d’une bulle spéculative, « le marché de la dette raconte une autre histoire », souligne le NYT.
Wulf Compute, qui est passé du minage de bitcoins à la construction de datacenters, doit par exemple verser à ses investisseurs un rendement de 7,75 %, « nettement supérieur au rendement moyen des émetteurs d’obligations bénéficiant d’une notation similaire, qui s’élève à environ 5,5 % », précise le NYT.
Applied Digital, un autre constructeur de datacenters, a de son côté « dû payer jusqu’à 3,75 points de pourcentage de plus que des entreprises bénéficiant d’une notation similaire, soit environ 70 % d’intérêts supplémentaires ». L’entreprise a en effet vendu 2,35 milliards de dollars de dettes en novembre pour un coupon de 9,25 %, reflétant une estimation du risque accrue pour les investisseurs.
Le NYT relève qu’Applied Digital « dépend fortement » de CoreWeave, son principal locataire, qui loue sa puissance de calcul aux hyperscalers et a conclu d’importants contrats avec Meta, OpenAI et Microsoft, notamment. Or, cette dépendance d’un sous-traitant envers un petit nombre de gros clients inquiète tant les investisseurs que les agences de notation.
CoreWeave avait, en outre, lui-même emprunté 1,75 milliard de dollars en juillet, pour un coupon de 9 % car, n’étant que locataire de ses datacenters, il ne pouvait pas les mettre en garantie, comme c’est le cas d’ordinaire.
Le cours de son action est par ailleurs passé de 40 à 186 dollars au printemps (soit + 350 %), avant de retomber à 75 dollars en cette fin d’année. Ce qui explique pourquoi le rendement de sa dette est « désormais supérieur à 12 %, ce qui correspond au coupon que l’entreprise devrait payer si l’opération était mise sur le marché aujourd’hui », précise le NYT, alors que les entreprises similaires affichent en moyenne un rendement « inférieur à 7 % ».