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Vassalisation de l’Europe : le numérique est « une infrastructure de pouvoir »

21 janvier 2026 à 13:27
Souveraineté collaborative
Vassalisation de l’Europe : le numérique est « une infrastructure de pouvoir »

Invités par l’Institut des Systèmes Complexes, le juge à la Cour Pénale Internationale Nicolas Guillou alerte sur la vassalisation de l’Europe aux États-Unis et à ses géants numériques, tandis que la députée européenne Aurore Lalucq appelle à une planification numérique au niveau de l’Union.

« Quand on a vu que Donald Trump serait réinvesti, on s’est dit qu’il utiliserait nécessairement les infrastructures de réseau social pour arriver à ses fins. » Quelques semaines avant le retour de Donald Trump au pouvoir, le mathématicien David Chavalarias et plusieurs partenaires lançaient la campagne HelloQuitteX. « Comme les démocraties vont où les opinions les mènent, explique le chercheur, quand vous possédez les réseaux sociaux, vous avez le pouvoir. »

Un an après cette première campagne, et alors que le contexte géopolitique et numérique ne cesse de se tendre entre l’Union européenne et les États-Unis, l’Institut des Systèmes Complexes de Paris Île-de-France (ISC-PIF) que dirige David Chavalarias publie sa plateforme OpenPortability. À la fois projet de recherche sur l’organisation de nos espaces informationnels numériques et outil concret pour reconstituer le paysage social (abonnés et abonnements) existant sur X vers d’autres plateformes sociales (pour le moment : Bluesky et Mastodon), Open Portability est une forme de suite à cette campagne initiale.

« Vassalisation » de l’Europe au numérique américain

Pour son lancement, l’Institut des Systèmes Complexes de Paris Île-de-France (ISC-PIF) et la récente Fondation INRIA organisaient une soirée pour explorer une question brûlante : comment agir pour le développement d’un « espace numérique européen souverain et résilient aux perturbations géopolitiques » ? L’enjeu est d’autant plus important que des acteurs comme les onze juges de la Cour pénale internationale (CPI) soumis aux sanctions des États-Unis ont pu en faire l’expérience : l’Europe est en situation de « vassalisation, dans un contexte de déclin de l’ordre mondial », explique Nicolas Guillou, ce qui signifie que « du jour au lendemain, vous pouvez vous retrouver banni du numérique de votre propre pays ».

S’ils votent pour la catégorisation des data centers en « projets d’intérêt national majeur », comme l’a acté ce 20 janvier la commission mixte paritaire sur la loi de simplification de la vie économique, les parlementaires français donneraient paradoxalement (mais comme le souhaite le gouvernement) à tous les acteurs de cette industrie, américains compris, un outil pour faciliter leur implantation physique sur le territoire.

Intervenant à distance, le juge de la CPI a de nouveau exposé les conséquences très concrètes que les sanctions « initialement pensées pour lutter contre le terrorisme et le trafic d’êtres humains » imposent à sa vie numérique. Depuis la décision du gouvernement Trump, en août, de viser nommément plusieurs juges de la CPI en mesure de rétorsion contre les mandats d’arrêt émis par la CPI contre Benyamin Nétanyahou et l’ancien ministre israélien de la Défense Yoav Gallant, « toute personne physique ou morale américains, y compris les filiales d’entreprises à l’étranger, y compris les personnes découlant de ces filiales » se retrouvent interdites de le servir.


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