Vue normale

Tensions sur le Groenland : et si Trump coupait le robinet de la tech US ?

22 janvier 2026 à 17:10
28 jours plus tard
Tensions sur le Groenland : et si Trump coupait le robinet de la tech US ?

Après le Venezuela, l’escalade déclenchée par Donald Trump autour du Groenland fait redouter à certains l’exercice d’un moyen de pression sans précédent : l’interruption des principaux services numériques émanant d’entreprises ou d’organisations placées sous l’autorité des États-Unis.

Groenland oblige, on a vu revenir, sur les réseaux sociaux, l’hypothèse d’un Donald Trump furibard qui, lassé des protestations de l’Union européenne, appuierait sur le kill switch des services numériques états-uniens. Et nous priverait donc, braves Européens que nous sommes, de nos outils bureautiques, de nos moteurs de recherche et de nos réseaux sociaux.

L’hypothèse se double depuis lundi d’un autre scénario en forme de réponse du berger à la bergère : celui d’une privation, volontaire cette fois, que l’Europe pourrait décider en vertu d’un dispositif réglementaire entré en vigueur en décembre 2023, l’Instrument anti-coercition (ACI, pour Anti-Coercion Instrument).

Quel que soit le côté depuis lequel s’exerce la tentative de chantage, il parait peu plausible que les mesures de rétorsion aillent jusqu’à une interruption complète de services en ligne, ou d’approvisionnement en équipements de pointe. Mais, nous aurait-il paru réaliste il y a 24 mois que les États-Unis déclarent publiquement envisager l’option militaire pour prendre le contrôle d’un territoire souverain, administré par un pays ami de l’OTAN ?

Quand les fluctuations de l’actualité gagnent en amplitude dans de telles proportions, il est permis (et même conseillé) d’interroger les scénarios extrêmes.

Début 2025, le déclenchement, par Donald Trump, de la guerre des droits de douane nous avait conduit à nous demander s’il était possible de boycotter la tech américaine. Début 2026, il convient peut-être de se poser la question en des termes différents : risque-t-on de se trouver privés de tech américaine ?

Dire qu’il aurait suffi d’un Nobel

Rappel pour les retardataires : après une extraction en forme de coup d’État au Venezuela, c’est donc le Groenland que lorgne Donald Trump, à la fois pour sa proximité géographique avec les États-Unis, et pour les immenses réserves foncières, géologiques et énergétiques que représente ce territoire de 2,17 millions de km².

Trump a multiplié les sorties publiques au sujet du Groenland ces derniers jours, et plusieurs pays européens, dont la France, ont en réaction envoyé quelques troupes d’élite sur place, afin de montrer leur soutien au Danemark et leur détermination à ne pas laisser passer un acte offensif.

Samedi 17 janvier, le locataire de la Maison-Blanche a répondu en annonçant l’introduction de nouveaux droits de douane : à compter du 1er février 2026, les exportations de la France, du Royaume-Uni, du Danemark, de la Suède, de la Finlande, des Pays-Bas et de l’Allemagne seront ainsi frappées par une taxe de 10 %, qui sera ensuite relevée à 25 % au 1er juin. « Ces droits de douane resteront applicables et payables jusqu’à la conclusion d’un accord portant sur l’achat complet et total du Groenland », promet Trump.

Comme si cette annonce ne suffisait pas, le président des États-Unis a franchi un nouveau cap dans la provocation dimanche, en laissant circuler un courrier adressé par ses soins au Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre. « Cher Jonas, puisque votre pays a décidé de ne pas me décerner le prix Nobel de la paix pour avoir empêché plus de huit guerres, je ne me sens plus tenu de penser uniquement à la paix, même si elle restera toujours ma priorité », y écrit Trump.

Alors que les jets privés du monde entier commencent à converger vers le Forum économique mondial de Davos, la tension est depuis encore montée d’un cran. Pour punir la France, dont le président a publiquement déclaré qu’il refusait de s’asseoir au Conseil de paix imaginé par Trump comme une alternative plus facile à manier que l’ONU, le président des États-Unis a par exemple menacé d’une surtaxe à l’importation de 200 % sur les vins hexagonaux.

Mercredi 21 janvier, les leaders politiques et économiques du monde moderne, réels ou supposés, sont donc réunis à Davos, et la cacophonie monte encore d’un cran. Gavin Newsom, le gouverneur de Californie, marque des points dans les médias européens en appelant le Vieux Continent à s’affirmer devant Donald Trump et à le frapper à la figure si nécessaire pour le faire reculer sur la question du Groenland.

Une petite avarie électrique à bord d’Air Force One a retardé Trump, mais lui aussi arrive à Davos mercredi. Dans son discours officiel, très critique vis-à-vis de la vieille Europe, il réaffirme sa détermination à acquérir le Groenland, mais exclut, au moins pour l’instant, l’usage de la force.

Si les nuages de la guerre armée s’éloignent, quels sont donc les moyens de pression qu’envisage l’homme d’affaires devenu chef d’État ?

Des limites de la guerre commerciale

Pour les États souverains qu’il ne peut pas se permettre de traiter comme le Venezuela, la guerre commerciale à base d’interdictions et de droits de douane est le principal levier employé par Donald Trump. Le problème de cette lame, efficace même si elle dépasse les prérogatives du président, comme le souligne Hugo Toudic, c’est qu’elle est à double tranchant.

Comme nous le détaillions il y a un an, les États-Unis et l’Europe entretiennent en effet une balance commerciale globalement équilibrée. En 2023, les échanges représentent un total de 1 600 milliards d’euros, qui se répartissent entre biens et services.

Sur le volet des biens, la balance commerciale de l’Europe est excédentaire : le Vieux Continent exporte 503 milliards d’euros de marchandises vers les États-Unis, et en importe 347 milliards d’euros. La situation s’inverse quand on regarde les services : l’Union européenne exporte l’équivalent de 319 milliards d’euros vers les États-Unis, alors que ces derniers génèrent 427 milliards d’euros à partir du marché européen.

Les masses ne sont pas identiques, mais il n’existe pas de déséquilibre patent qui constituerait un moyen de pression absolu. D’autant que les deux côtés de l’Atlantique sont des terres d’investissements croisés, avec d’importants flux bilatéraux de capitaux.

Chacune des deux parties essaie d’ailleurs de jouer sur les positions dominantes de l’autre. Ainsi, l’Europe regarde comment taxer plus efficacement les flux financiers qui traversent l’Atlantique en direction des géants du numérique. En face, la politique de droits de douane de Trump cible en premier lieu l’acier allemand ou les vins français quand il est question d’engager un bras de fer. Mais sur ces dossiers, on crée simplement de la friction : on n’enraye pas totalement la machine.

Les États-Unis peuvent-ils couper leurs services numériques en Europe ?

Si le bras de fer dure trop longtemps, on s’épuise, et Trump n’aime pas particulièrement gagner à l’usure, il préfère la blitzkrieg. D’où cette idée, inconcevable il y a seulement un an, d’un président qui déciderait de couper l’Europe de certains services numériques ou technologiques vitaux : les équipements de cœur de réseau, le Web en .com, Windows, les réseaux sociaux, pourquoi pas l’iPhone, Gmail, Hotmail, Netflix ou ChatGPT. Le cloud d’AWS peut-être, dont les interruptions de service paralysent Internet ? Ou les CDN comme Akamai et Cloudflare, qui assurent la desserte vers d’innombrables services français ou européens.

Trump peut-il le faire, au sens politique du terme ? Les premiers mois de son deuxième mandat ont montré qu’il ne s’embarrassait ni de scrupules, ni du Congrès, alors pourquoi pas…

« Trump n’a aucune limite. Son arme majeure : le numérique (Microsoft etc) et les systèmes de paiements (Mastercard, visa, Apple Pay…) Il peut tout couper. Il l’a déjà fait », s’alarme (sur X) Aurore Lalucq (Place publique), Présidente de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen.

L’exemple n’est pas choisi au hasard. Il fait directement référence à l’expérience vécue par le juge Nicolas Guillou, de la Cour pénale internationale, qui a fait l’objet de sanctions prononcées par les États-Unis et s’est vu privé de sa boîte mail ou de ses moyens de paiement. Ce dernier alertait justement mardi sur la façon dont cette dépendance se transforme en vassalisation dès lors que « du jour au lendemain, vous pouvez vous retrouver banni du numérique de votre propre pays ».

Trump peut-il tout couper, au sens technique du terme cette fois ? Mardi, un vrai ou faux de Radio France s’est attaché à démontrer, rapport de la Banque centrale européenne à l’appui, que si Visa et Mastercard disposent d’une position oligopolistique sur le marché des systèmes de paiement, il existe des alternatives européennes. De la même façon, couper l’accès au .com ou aux DNS basés aux États-Unis (voir notre dossier mode d’emploi d’Internet) ne figerait pas d’un seul coup le navigateur de 450 millions d’Européens. Mais ce serait à coup sûr « a major pain in the ass », pour emprunter au langage fleuri de Donald Trump.

L’Europe pourrait-elle rétorquer ?

L’Europe dispose-t-elle d’un potentiel de privation comparable ? S’il existe dans le monde technologique quelques secteurs bien précis qui dépendent exclusivement d’une compétence européenne (on pense par exemple à ASML, premier et unique producteur des machines nécessaires à la fabrication de semi-conducteurs de pointe), la réponse est globalement non. Le numérique européen regorge de sociétés, de services et de produits absolument brillants, mais leur taux de pénétration est sans commune mesure avec celui de la tech américaine, devenue littéralement pervasive dans notre quotidien.

Ce n’est guère plus brillant d’un point de vue politique ou législatif. Plusieurs politiques ont brandi dans les médias ces derniers jours la nécessité d’activer de façon préventive l’ACI, l’instrument anti-coercition européen, évoqué notamment par Emmanuel Macron dimanche en réponse à une énième provocation de Trump. Entré en vigueur le 27 décembre 2023 suite à l’adoption du texte dédié, ce dispositif définit le cadre d’action de l’Union européenne en cas de coercition économique à l’encontre de tout ou partie de ses membres.

C’est un outil puissant, puisqu’il autorise par exemple l’Union européenne à restreindre l’import-export, les droits de propriété intellectuelle, les investissements étrangers ou l’accès aux marchés publics. C’est en revanche un outil fastidieux à mettre en œuvre. « La décision de recourir à l’instrument anti-coercition doit être adoptée par le Conseil à la majorité qualifiée », rappelle par exemple Vie publique. Il n’est donc pas dit qu’il soit efficace face à un décret signé de façon impulsive dans le Bureau ovale…

Le « 28 jours plus tard » de la tech

Le risque parait faible, mais admettons que Trump aille plus loin. Imaginons qu’Intel, Qualcomm, AMD, NVIDIA, Cisco, Broadcom, Apple et tous les autres fournisseurs américains de semi-conducteurs activent d’un seul coup, sans crier gare, les portes dérobées qui leur permettent de désactiver à distance nos appareils. Imaginons que Microsoft, Google, Amazon, Meta, mais aussi IBM, ServiceNow, Salesforce, Oracle, VMware, Shopify, Stripe, Adobe, Infosys, Brocade, Juniper, Rackspace, HashiCorp et une infinité d’autres coupent simultanément leurs services aux Européens.

C’est le scénario d’un livre blanc collaboratif proposé à discussion depuis quelques jours par Genma de l’association Framasoft. Un document partagé dresse déjà le panorama des dégâts potentiels, avec des effets en cascade virtuellement infinis. Le projet se veut un outil de sensibilisation :

« Ce livre blanc explore un scénario volontairement radical mais techniquement plausible : les États-Unis coupent l’accès aux services numériques américains pour l’Europe (cloud, plateformes, identités, CDN, services associés). L’objectif n’est ni la peur, ni l’idéologie, mais la lucidité : Comprendre ce qui tomberait réellement.  Identifier ce qui continuerait à fonctionner. Mettre en lumière les dépendances invisibles. Aider citoyens, DSI et décideurs à se préparer sérieusement. »

On reproche parfois au courant survivaliste son anticipation presque paranoïaque du pire… mais il arrive que le pire survienne. La population iranienne sait par exemple très bien qu’on peut couper de façon autoritaire l’accès à Internet à l’échelle d’un pays pendant plus de deux semaines.

« Les menaces tarifaires sont inacceptables et n’ont pas leur place dans ce contexte. Les Européens y répondront de façon unie et coordonnée si elles étaient confirmées. Nous saurons faire respecter la souveraineté européenne. », déclarait Emmanuel Macron le 17 janvier dernier. Reste à savoir comment. Un sommet exceptionnel doit justement réunir les chefs d’État et de gouvernement des 27 États membres jeudi soir à Bruxelles.

☕️ Microsoft porte l’app Xbox sur la version Arm de Windows et promet 85 % du Game Pass

22 janvier 2026 à 14:56

Un atout de poids pour le succès des PC Copilot+ équipés en processeurs Qualcomm ? Microsoft a annoncé mercredi la prise en charge officielle de l’application Xbox sur les PC Windows équipés d’un processeur à architecture Arm. Cette dernière ouvre donc la voie au support des jeux vidéo contenus dans le Game Pass, l’abonnement mensuel commercialisé par l’éditeur.

À ce niveau, Microsoft affirme que « plus de 85 % » du catalogue du Game Pass est compatible avec les PC Windows on Arm.

Ce sont notamment les progrès récents réalisés par l’émulateur maison Prism qui sous-tendent cette prise en charge étendue : depuis décembre, celui-ci sait en effet gérer les instructions AVX (Advanced Vector Extensions) et AVX2, indispensables au bon fonctionnement de certains jeux et applications.

Fortnite sur un PC équipé d’une puce Arm, c’est possible via l’app Xbox – crédit Microsoft

Outre les jeux, Microsoft signale également le support de certains systèmes anti-triches tels que celui d’Epic (Epic Anti-Cheat, ou EAC), indispensable pour accéder aux fonctionnalités en ligne de titres tels que Fortnite. Cette disponibilité ne constitue pas réellement un avantage concurrentiel par rapport à d’autres environnements (EAC est disponible sur Linux, dont SteamDeck, ou macOS depuis 2021), mais elle participe à la promesse d’une expérience de jeu complète selon Microsoft, qui renvoie vers son offre Xbox Cloud Gaming pour les titres non pris en charge.

« En collaboration avec Xbox et nos partenaires, nous continuerons à travailler pour proposer au fil du temps encore plus de titres sur les PC Windows 11 équipés de processeurs Arm », promet l’éditeur.

Aux États-Unis, un juge refuse (pour l’instant) que le FBI fouille le téléphone d’une journaliste

22 janvier 2026 à 13:44
Émois au pays du Premier amendement
Aux États-Unis, un juge refuse (pour l’instant) que le FBI fouille le téléphone d’une journaliste

Un juge fédéral a interdit mercredi aux forces de l’ordre de fouiller les appareils électroniques saisis au domicile d’une journaliste du Washington Post. Elle avait chroniqué, le 24 décembre dernier, comment les grandes purges lancées par l’administration Trump lui avaient valu d’entrer en contact avec une myriade de sources prêtes à en dénoncer les travers.

L’article, paru le 24 décembre dernier, a dû déclencher quelques grincements de dents du côté de la Maison-Blanche. Hannah Natanson, journaliste au Washington Post, y décrit, dans un récit écrit à la première personne, comment son compte Signal est progressivement devenu le réceptacle d’innombrables confidences de collaborateurs de l’administration Trump.

Elle reçoit des centaines de messages de sources internes

Elle y raconte avoir reçu jusqu’à plusieurs dizaines de messages dans la même journée, émanant d’employés d’agences fédérales. Beaucoup témoignent de leurs craintes ou de leur mal-être face aux bouleversements en cours, mais d’aucuns deviennent aussi lanceurs d’alerte pour signaler, entre autres, les actions expéditives du célèbre Doge (le Département pour l’efficacité gouvernementale), un temps piloté par Elon Musk avant de tomber en disgrâce.

Hannah Natanson, qui ne suivait pas particulièrement l’actualité du Doge au départ, relate comment cette avalanche de messages a chamboulé son année, de la soirée de Saint-Valentin flinguée par les notifications Signal jusqu’à la façon dont ses collègues du Washington Post et elle ont été amenés à publier certains scoops, précisément grâce à ces lanceurs d’alerte. L’article est émaillé d’anecdotes tantôt légères, tantôt dramatiques, à l’image de ce message d’une employée fédérale qui annonce vouloir mettre fin à ses jours.

Le FBI saisit son matériel informatique

Trois semaines plus tard, le Post tire publiquement la sonnette d’alarme : le quotidien, d’obédience plutôt démocrate et propriété de Jeff Bezos, annonce le 14 janvier que le FBI vient de perquisitionner le domicile d’Hannah Natanson et de saisir ses équipements informatiques dont deux ordinateurs portables (l’un étant propriété du journal), un smartphone, une montre GPS, un enregistreur vocal et un disque dur externe.

Renseignement pris, le Post affirme dans son article que cette perquisition est en lien avec une enquête relative à Aurelio Perez-Lugones, un administrateur système pour un sous-traitant du Pentagone. Accusé d’avoir consulté et emporté chez lui des rapports de renseignement classifiés, ce dernier aurait été arrêté alors qu’il était en train de rédiger un message à l’attention d’Hannah Natanson.

D’après un commentaire public de Donald Trump évoqué par CNN, la fuite en question concernait le coup de force en préparation au Venezuela, même si le président n’établit pas formellement le lien. Ce serait donc le risque de voir sortir cette opération classée secret défense, par ailleurs objet de spéculations sur Polymarket, qui aurait motivé cette perquisition.

« Il est exceptionnellement rare que les forces de l’ordre effectuent des perquisitions au domicile de journalistes. La réglementation fédérale, destinée à protéger la liberté de la presse, vise à empêcher le recours à des méthodes policières agressives contre les journalistes pour obtenir l’identité de leurs sources ou leurs informations », souligne le journal.

Le Reporters Committee for Freedom of the Press a dans la foulée initié une procédure en justice aux côtés du Post visant à interdire l’exploitation des matériels saisis chez la journaliste. L’association de défense de la liberté de la presse qualifie cette perquisition de première historique, dans la mesure où la journaliste a précisément reconnu qu’elle avait reçu de nombreux messages de sources :

« La saisie par le ministère de la Justice des appareils électroniques de Natanson lui donne accès à une mine d’informations, au-delà de ses communications avec la personne soupçonnée (…). Ceci pourrait compromettre des documents journalistiques sensibles. La situation est d’autant plus préoccupante que Natanson couvre la réforme du gouvernement fédéral. Ses appareils pourraient contenir de nombreuses communications avec des sources gouvernementales. »

Le juge met en pause la procédure

Dans sa procédure, le Post estime que « cette saisie intimide la liberté d’expression, paralyse le journalisme » et invoque sans surprise le Premier amendement pour demander la restitution immédiate des appareils électroniques confisqués. Faute de contradictoire avec le gouvernement ou le ministère de la Justice, le juge en charge a prononcé mercredi le gel de la procédure : le matériel d’Hannah Natanson reste aux mains des forces de l’ordre, mais sans que ces dernières soient autorisées à l’analyser.

La portée de l’affaire et les risques de remise en cause du Premier amendement qu’elle fait planer rappellent bien sûr la longue bataille judiciaire des États-Unis visant à faire condamner Julian Assange, qui s’était finalement conclue par un accord de plaider coupable en 2024.

Le dossier d’Hannah Natanson sera bientôt discuté au fond. Le gouvernement est en effet censé justifier par écrit son intervention avant le 28 janvier, en vue d’une première audition orale le 2 février.

Ubisoft se scinde en cinq « maisons », annule six jeux, et annonce de nouveaux licenciements

22 janvier 2026 à 07:31
Sacrée journée !
Ubisoft se scinde en cinq « maisons », annule six jeux, et annonce de nouveaux licenciements

Ubisoft a dévoilé les grandes lignes de son plan de restructuration, basé sur l’articulation du groupe autour de cinq « maisons créatives » autonomes sur le plan stratégique. L’éditeur français annonce dans le même temps l’annulation de six jeux et la fermeture de deux studios dans le cadre d’un nouveau programme de réduction de coûts fixé à 200 millions d’euros sur deux ans. Un syndicat d’employés a immédiatement appelé à un débrayage pour contester ces mesures.

L’année à venir s’annonce mouvementée chez Ubisoft. L’éditeur français a en effet précisé (PDF), mercredi 21 janvier au soir, les contours du grand plan de restructuration qui fait suite à son accord stratégique avec Tencent, et doit lui permettre de renouer avec la croissance (et la rentabilité). Le chantier s’annonce dantesque : il suppose en effet la réorganisation totale du groupe, la révision de la feuille de route à trois ans, et un effort renforcé en matière de réduction des coûts.

D’un groupe unifié à cinq « maisons créatives »

L’annonce la plus structurante concerne la mise en place d’un nouveau modèle opérationnel, dans lequel le groupe Ubisoft s’efface au profit de cinq Creative Houses, présentées comme des « unités d’affaires intégrées regroupant désormais production et distribution ». Ces cinq maisons, qui se partagent le catalogue de licences d’Ubisoft, ont donc vocation à développer et commercialiser leurs propres projets, chacune disposant de ses propres équipes et de son propre compte de résultats.

La première de ces maisons avait été annoncée fin novembre. Baptisée Vantage Studio, elle compte le chinois Tencent comme actionnaire minoritaire, et prend en charge trois des licences les plus puissantes du groupe : Assassin’s Creed, Far Cry, et Tom Clancy’s Rainbow Six.

Cinq grandes maisons se partagent le trésor d’Ubisoft, ses licences

Les quatre autres maisons (ou filiales) se répartissent les autres univers d’Ubisoft, sur la base d’une approche thématique : les jeux de tir à dimension compétitive, les jeux « d’expériences Live ciblées et à forte identité » dont For Honor ou The Crew, les jeux à dimension narrative et immersive (une drôle de catégorie qui réunit aussi bien la stratégie d’un Anno que Rayman ou Beyond Good & Evil) et l’inévitable branche dédiée aux jeux dits casual. Ubisoft indique travailler actuellement au développement de quatre nouvelles marques, mais ne précise pas leur rattachement.

Dans ce nouveau modèle, la direction du groupe, récemment passée de Montreuil à Saint-Mandé (Val-de-Marne), reste en charge de la stratégie globale et de l’allocation du capital, tandis que différents services et fonctions support horizontaux sont censés sous-tendre le fonctionnement des cinq entités de création de jeux. « Cette nouvelle organisation entrera en fonctionnement début avril », affirme Ubisoft.

Une direction et cinq « maisons » soutenues par un réseau de studios, ainsi que des fonctions de production et de support – crédit Ubisoft

Une feuille de route à trois ans recentrée

Insuffler de tels changements, à plus forte raison dans un contexte de réduction des coûts, ne peut se faire sans impact sur la bonne marche des activités. Ubisoft indique donc avoir procédé, entre décembre et janvier, à la revue stratégique de ses projets.

En pratique, le groupe a taillé à la hache : il annonce ainsi l’annulation de six jeux, dont le remake de Prince of Persia The Sands of Time, et quatre jeux encore non annoncés, dont trois nouvelles licences et un jeu mobile.

Il repousse dans le même temps la sortie de sept autres titres.

Studios fermés, réduction de coûts et cinq jours de présence par semaine

Ubisoft dessine enfin les contours d’un nouveau tour de vis budgétaire avec l’annonce d’une troisième phase pour son plan de restructuration, qui vise à limiter les coûts de fonctionnement à hauteur de 200 millions d’euros sur deux ans (soit 100 millions d’euros par an, iso avec l’objectif déjà fixé pour la deuxième phase, qui sera « entièrement atteint » d’ici mars 2026).

« Ce nouvel objectif devrait ramener les coûts fixes totaux à environ 1,25 milliard d’euros sur une base annualisée d’ici mars 2028, contre 1,75 milliard d’euros en FY2022-23 », calcule l’éditeur, qui confirme la fermeture des studios de Stockholm et d’Halifax, et annonce des restructurations à Abu Dhabi, RedLynx et Massive.

Ubisoft ne chiffre pas l’impact de ces efforts sur sa masse salariale, mais il douche en revanche les espoirs des salariés adeptes du travail à distance, avec l’annonce d’un retour au présentiel cinq jours par semaine, complété tout de même « par un quota annuel de jours de télétravail ».

« Cette évolution vise à renforcer la collaboration, incluant un partage constant des connaissances, et la dynamique collective au sein des équipes. Dans un marché AAA durablement plus sélectif, la collaboration en présentiel constitue un levier clé d’efficacité, de créativité et de réussite collective », justifie Ubisoft, qui espère peut-être aussi favoriser des départs volontaires. Rappelons que le sujet avait déjà déclenché des tensions sociales fin 2024.

Perspectives financières : le retournement sera long

Réduction du pipeline de projets, licenciements, fermetures de studio… la restructuration aura logiquement un impact sur l’activité du groupe à l’échelle de l’exercice en cours. Ubisoft annonce à ce niveau une anticipation de net bookings (l’indicateur qui tient lieu de chiffre d’affaires hors éléments différés dans l’industrie du jeu vidéo) de 1,5 milliard d’euros pour l’exercice en cours, et une révision de 330 millions d’euros de ses perspectives de marge brute.

« Le recentrage du portefeuille aura un impact significatif sur la trajectoire financière à court terme du Groupe, notamment sur les exercices 2026 et 2027, mais cette refonte renforcera Ubisoft et lui permettra de renouer avec une croissance durable et une génération de trésorerie robuste. Ubisoft entre dans une nouvelle phase, conçue pour reconquérir son leadership créatif et créer de la valeur durable pour les joueurs et les parties prenantes », résume l’éditeur.

Grève en vue chez les salariés

En attendant de connaître l’impact précis de ces mesures, la section Ubisoft Paris de Solidaires Informatique a immédiatement appelé les salariés du groupe à un débrayage jeudi matin, dénonçant des annonces « catastrophiques ».

Elle revendique l’arrêt du plan de restructuration, l’extension des conditions de télétravail et des augmentations « décentes » pour l’année en cours. « Ceci est une première réponse à l’absurdité des décisions managériale. D’autres mouvements de grève sont actuellement discutés. Il est hors de question de laisser un patron en roue libre démolir nos conditions de travail. Peut être faut il lui rappeler que ce sont ses salarié-es qui font les jeux ».

Tract de Solidaires Informatiques diffusé mercredi 21 janvier au soir sur Blueksy
❌