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L’ICE veut multiplier ses sources de données auprès des publicitaires et des Big Tech

5 février 2026 à 16:20
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L’ICE veut multiplier ses sources de données auprès des publicitaires et des Big Tech

Les services de l’immigration et des douanes s’intéressent aux données collectées par les sociétés de technologies publicitaires pour renforcer leurs pratiques d’enquête.

Les données sensibles récupérées par l’industrie publicitaire peuvent-elles servir des enquêtes menées par les autorités gouvernementales ? Si l’on en croit le service de l’immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE) des États-Unis, la réponse pourrait être : oui.

L’émanation de son ministère de l’Intérieur (DHS, Department of Homeland Security) cherche en effet à mettre la main sur les vastes sommes de données de localisation que s’échangent des courtiers de données publicitaires. Présentée comme une étude de marché plutôt qu’un appel d’offres, une récente Request for Information (RFI) de l’entité indique en effet rechercher des renseignements « d’entreprises conformes aux normes de l’AdTech et de services de données de localisation ».

En parallèle, le DHS a tenté à plusieurs reprises d’obtenir des informations sur des comptes de réseaux sociaux critiquant le gouvernement Trump. De manière moins publique, rapporte TechCrunch, ses services se sont adressés à Meta, Google et d’autres pour obtenir des informations sur les comptes d’opposants au président des États-Unis, ou le contenu de leurs échanges en ligne – des requêtes contestées en justice par des ONG, dont l’American Civil Liberties Union (ACLU).

Évaluation de marché

Le document a été émis par le service des enquêtes du ministère de l’Intérieur (Homeland Security Investigations) des États-Unis, relève Biometric Update, ce qui souligne un intérêt actif des services de l’ICE pour des démonstrations de plateformes et d’outils permettant d’accéder à ce type de données.

Comme toutes les RFI, elle précise néanmoins, en majuscule : « IL S’AGIT UNIQUEMENT D’UNE DEMANDE D’INFORMATIONS. Il ne s’agit pas d’un appel d’offres. Cette demande d’informations est uniquement destinée à des fins d’étude de marché, de planification et de collecte d’informations. »

Plus loin, l’ICE explique travailler avec un « volume croissant de dossiers criminels, civils, légaux et administratifs venus de multiples sources internes et externes ». Et déclare chercher à estimer si le marché de l’adtech (technologies publicitaires) propose « des solutions commerciales prêtes à l’emploi existantes et émergentes comparables à celles proposées par les grands fournisseurs de données d’enquête et d’analyses juridiques/de risques ».

L’ADINT, investigation via données publicitaires

L’écosystème de l’ « adtech » est composé d’une multitude de sociétés aussi bien spécialisées dans le logiciel, les plateformes d’analyse de données, que des courtiers de données. Des sociétés comme Gravy Analytics, Datastream, ou l’américain Xander ont ainsi pour activité de réunir des données publicitaires de multiples origines en de vastes jeux de données qu’elles redistribuent ensuite à leurs clients, souvent pour leur permettre de viser plus précisément des « segments d’audience ».

Comme l’ont montré de multiples enquêtes, leurs pratiques de collectes de données de localisation, d’identifiants d’équipements, d’adresses IP ou autres peuvent se révéler très invasives, y compris dans des pays protégés par le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD), comme en Union européenne, ou par des textes similaires.

L’ICE est d’ailleurs loin d’être le premier service à s’intéresser à ce type de jeu de données. En 2022, l’Electronic Frontier Foundation constatait qu’un petit courtier nommé Fog Reveal (Dissipation de brouillard) revendait aux forces de l’ordre locales des milliards de données géolocalisées. Concrètement, ce type d’outil permet de géolocaliser un téléphone portable, sans que les autorités n’aient nécessairement les mandats de perquisition appropriés.

Dans un colloque organisé en 2024 par la CNIL et la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR), le directeur général de la Sécurité extérieure (DGSE) Nicolas Lerner avait évoqué le boom de ce que les professionnels du renseignement qualifient d’ADINT (pour Advertising Intelligence). Une pratique qui peut d’ailleurs aussi bien compromettre la sécurité des personnels des armées ou de services de renseignement que celle des citoyens, comme l’ont démontré des journalistes allemands de Bayerischer Rundfunk et netzpolitik.org.

En un simple coup de téléphone, l’un d’eux avait en effet obtenu un fichier de 3,6 milliards de points de localisation via la plateforme Datarade, ce qui avait notamment permis de repérer des dizaines d’appareils (et leurs mouvements) dans des établissements soupçonnés d’accueillir des membres de la NSA, ou encore dans une base aérienne cruciale dans les opérations de drones américaines.

Dans le cas présent, cela dit, l’intérêt exprimé par l’ICE ne peut se lire sans évoquer le croisement de jeux de données sensibles déjà réalisé par l’éphémère ministère de l’efficacité gouvernementale (DOGE) dans les premiers mois du second mandat de Donald Trump. Ni sans être rapproché des actions violentes de l’ICE contre des citoyens des États-Unis comme des ressortissants d’autres pays présents sur le territoire.

Elon Musk avait personnellement supervisé la dérive sexuelle de Grok

5 février 2026 à 14:43
Qui c'est qu'a la plus Grok ?
Elon Musk avait personnellement supervisé la dérive sexuelle de Grok

En 2025, le nombre de signalements par X de contenus à caractère pédosexuel a chuté de 81 % après que l’entreprise en ait internalisé la détection. Dans le même temps, Musk poussait les équipes de Grok à entraîner son chatbot débridé à reproduire des contenus à caractère sexuel.

Réagissant à la polémique autour de la vague massive de deepfakes en bikinis générés par Grok, le compte @Safety de X.com précisait le 14 janvier dernier : « Nous restons déterminés à faire de X une plateforme sûre pour tous et continuons à appliquer une politique de tolérance zéro envers toute forme d’exploitation sexuelle des enfants, de nudité non consentie et de contenu sexuel non désiré ».

« Nous prenons des mesures pour supprimer les contenus violents hautement prioritaires, notamment les contenus pédopornographiques (CSAM) et la nudité non consentie, et prenons les mesures appropriées à l’encontre des comptes qui enfreignent nos règles X. Nous signalons également aux autorités compétentes les comptes qui recherchent des contenus liés à l’exploitation sexuelle des enfants, si nécessaire. »

X.com n’a pas mis à jour son rapport de transparence depuis son rachat par Elon Musk en 2022. Et le parquet de Paris explique au Monde que X aurait commencé, l’an passé, à utiliser une technologie « maison », en remplacement du système Safer de détection de contenus pédopornographiques de l’organisation Thorn, qui avait elle-même été accusée de lobbying intense en faveur du projet #ChatControl de surveillance des messageries chiffrées.

Le 18 juin 2025, @Safety avait en effet annoncé « une mise à jour importante concernant notre travail continu de détection des contenus pédopornographiques (CSAM) et […] que nous avons lancé des efforts supplémentaires de correspondance de hachage CSAM […] grâce au travail incroyable de notre équipe d’ingénieurs en sécurité, qui a mis au point des systèmes de pointe pour renforcer encore nos capacités d’application de la loi ».

En 2024, précisait @Safety, « X a envoyé 686 176 signalements au National Center for Missing and Exploited Children (NCMEC) et suspendu 4 572 486 comptes. Entre juillet et octobre 2024, @NCMEC
a obtenu 94 arrestations et 1 condamnation grâce à ce partenariat
 ».

Or, le parquet précise au Monde qu’« entre juin et octobre 2025, il a été constaté une baisse de 81,4 % des signalements concernant la France adressés par X au National Center for Missing & Exploited Children en matière de pédopornographie ».

Ce qui a entraîné les magistrats à étoffer leur enquête sur des faits de « complicité de détention d’images de mineurs représentant un caractère pédopornographique », de « complicité de diffusion, offre ou mise à disposition en bande organisée » de ces contenus.

« Faire progresser notre compréhension collective de l’univers »

Une enquête de trois journalistes du Washington Post intitulée « Dans les coulisses du pari de Musk pour attirer les utilisateurs qui a transformé Grok en générateur de porno » permet de mieux comprendre comment X et Grok en sont arrivés là.

Quelques semaines avant qu’Elon Musk ne quitte officiellement le DOGE du gouvernement de Donald Trump au printemps dernier, les employés de l’équipe chargée d’aider à définir la manière dont le chatbot Grok de xAI répond à ses utilisateurs reçurent en effet une « dérogation surprenante » de leur employeur, raconte le Post.

Elle leur demandait en effet de s’engager à travailler sur du « contenu vulgaire [profane en anglais], y compris sexuel ». La note les prévenait que leur travail les exposerait dès lors à « des contenus sensibles, violents, sexuels et/ou autres contenus choquants » qui, précisait la décharge, « peuvent être perturbants, traumatisants et/ou causer un stress psychologique ».

Peu après le retour de Musk chez xAI, une note des ressources humaines a demandé à l’équipe qui supervise des centaines de « tuteurs IA », chargés d’étiqueter les résultats de Grok afin de les améliorer, de demander aux candidats à un poste s’ils seraient à l’aise pour travailler avec du contenu « explicite ».

L’entreprise modifia également certains protocoles relatifs aux contenus à caractère sexuel. À l’origine, xAI conseillait à ses employés d’éviter d’examiner ce type de contenus sensibles, afin d’éviter d’apprendre au chatbot à pouvoir les reproduire, selon trois des personnes interrogées par le Post.

Mais le protocole fut modifié durant l’été 2025, de sorte qu’il soit acceptable d’étiqueter les images de personnes nues générées par l’IA. L’un des employés qui travaillait avec le générateur d’images de Grok raconte même avoir « souvent » reçu des demandes pour que Grok « déshabille » des gens depuis le printemps 2025, et estime que le bot s’y conformait environ 90 % du temps.

Des employés évoquent « une nouvelle orientation inquiétante » pour une entreprise qui demande explicitement à être présentée comme « une entreprise qui travaille à la mise au point d’une intelligence artificielle visant à accélérer les découvertes scientifiques humaines, dont la mission est de faire progresser notre compréhension collective de l’univers ». Une dérive leur laissant penser que l’entreprise était désormais prête à produire tout type de contenu susceptible d’attirer et de fidéliser les utilisateurs.

Accroître la popularité de Grok avec des contenus à caractère sexuel

Dans les mois qui ont suivi, ces employés ont ainsi été exposés à ce que le Post qualifie de « flot d’enregistrements audio à caractère sexuel », émanant notamment de « conversations obscènes » entre des occupants de Tesla et le chatbot de leur voiture, ainsi que des interactions à caractère sexuel d’autres utilisateurs avec Grok.

Après avoir quitté le DOGE en mai, Musk a maintenu une « présence constante » dans les bureaux de xAI, jusqu’à y passer parfois la nuit, souligne le Post. Certains employés ont été invités à ne pas prendre de vacances à la fin du printemps ou au début de l’été, mais également, et régulièrement, à y travailler la nuit et pendant des week-ends.

L’objectif assigné par Musk était d’accroître la popularité de Grok. Au fil de nombreuses réunions, il défendait une nouvelle mesure, les « secondes d’activité de l’utilisateur », censée mesurer de manière précise le temps passé par les gens à converser avec le chatbot.

À cet effet, xAI s’est mis à créer du contenu à caractère sexuel et des compagnes IA sexy. L’entreprise a aussi levé les restrictions préalablement mises en place en ignorant les avertissements internes au sujet des risques juridiques et éthiques liés à la production de tels contenus, selon des documents obtenus par le Post et des entretiens menés auprès de plus d’une demi-douzaine d’anciens employés de X et xAI, et plusieurs personnes proches de M. Musk.

Les équipes de X chargées de la sécurité avaient pourtant averti à plusieurs reprises la direction que ses outils d’IA pouvaient permettre aux utilisateurs de créer des images sexuelles d’enfants ou de célébrités à l’aide de l’IA, ce qui pourrait enfreindre la loi, selon deux de ces personnes.

Les sources du Post précisent qu’au sein de xAI, l’équipe chargée de la sécurité de l’IA de l’entreprise ne comptait en outre que deux ou trois personnes pendant la majeure partie de l’année 2025, contre des dizaines d’employés dans les équipes similaires chez OpenAI ou d’autres concurrents.

Le Post relève aussi que trois cadres supérieurs du petit groupe chargé de superviser la sécurité des produits, la sécurité de l’IA et le comportement des modèles avaient annoncé leur départ début décembre.

+ 72 % de téléchargements grâce aux deepfakes en bikinis

« La stratégie de Musk a porté ses fruits pour l’entreprise », relève le Post. Alors que Grok était autrefois classé plusieurs dizaines de places derrière ChatGPT dans le classement des applications gratuites de l’App Store d’Apple, il figure désormais dans le top 5, aux côtés du chatbot d’OpenAI et de Gemini de Google.

Selon la société d’études de marché Sensor Tower, le nombre moyen quotidien de téléchargements de l’application Grok dans le monde a bondi de 72 % entre le 1er et le 19 janvier par rapport à la même période en décembre.

Le 15 janvier, xAI publiait une offre de recrutement d’un superviseur de la sécurité chargé de « superviser la modération du contenu et le service client afin de lutter contre le spam, la fraude et les contenus préjudiciables, en appliquant les politiques de manière impartiale » afin de « faire de X un espace plus sûr et plus fiable pour les utilisateurs du monde entier ».

Le Post précise que ni Musk, ni xAI ni X n’ont répondu à sa demande détaillée de commentaires.

Nitasha Tiku, l’une des trois signataires de l’enquête du Post, fait partie de la centaine de journalistes à avoir appris leur licenciement hier. Les deux autres, Faiz Siddiqui et Elizabeth Dwoskin, semblent avoir été épargnés.

Anthropic et OpenAI se clashent sur l’introduction de la pub dans les chatbots IA

5 février 2026 à 13:21
Don't be evil?
Anthropic et OpenAI se clashent sur l’introduction de la pub dans les chatbots IA

Alors que mi-janvier OpenAI a confirmé l’arrivée de la publicité dans ChatGPT, Anthropic tient publiquement une position antipublicité dans les chatbots et promet que Claude n’en contiendra pas. L’entreprise de Dario Amodei va jusqu’à troller OpenAI en prévoyant de diffuser une publicité sur le sujet lors du Super Bowl.

La publicité est un modèle économique qui a envahi le web notamment avec son adoption massive par Google. La question de son introduction dans les chatbots d’IA générative était dans toutes les têtes depuis la sortie de ChatGPT mais elle est exposée au grand jour depuis qu’OpenAI teste sa mise en place. C’est l’occasion pour Anthropic, outsider des startups du milieu, de jouer le rôle de l’entreprise éthique en argumentant contre.

Les conversations avec les assistants IA, contexte différent du moteur de recherche et des réseaux sociaux

L’entreprise de Dario Amodei a d’abord annoncé dans un billet de blog ce mercredi que son chatbot IA restera sans pub. « Il existe de nombreux endroits propices à la publicité. Une conversation avec Claude n’en fait pas partie », affirme-t-elle. « Inclure des publicités dans les conversations avec Claude serait incompatible avec ce que nous voulons que Claude soit : un assistant véritablement utile pour le travail et la réflexion approfondie », ajoute Anthropic.

Et d’argumenter que si on a l’habitude de voir des pubs sur les moteurs de recherche et les réseaux sociaux, « les conversations avec les assistants IA sont très différentes ». « Le format est conçu pour permettre des réponses ouvertes ; les utilisateurs partagent souvent le contexte et en révèlent davantage qu’ils ne le feraient dans une requête de recherche. Cette ouverture contribue à rendre les conversations avec l’IA précieuses, mais elle les rend également susceptibles d’être influencées d’une manière que les autres produits numériques ne sont pas », affirme encore Anthropic. Bref, elle assure vouloir « se concentrer sur les entreprises, les développeurs et l’épanouissement de ses utilisateurs » et ce, sans introduire de publicité.

Des pubs d’Anthropic sur le sujet, avec diffusion lors du Super Bowl

Mais Anthropic a aussi été plus loin que ce billet de blog. L’entreprise a mis en ligne sur son profil YouTube quatre publicités qui mettent en scène des situations où l’introduction de la pub dans une conversation avec un chatbot IA semble étrange.

« Infraction », « trahison », « déception », « tricherie », les quatre pubs d’Anthropic commencent avec l’un de ces mots clairement tournés vers son concurrent direct, OpenAI.

Selon le Washington Post, l’une d’entre elles sera diffusée en version 30 secondes lors du Super Bowl. Elle met en scène un jeune homme dans un parc qui demande à un autre plus musclé comment obtenir des abdos en tablette de chocolat. Celui-ci commence à lui répondre avec une voix un peu robotique avant d’ajouter une publicité pour les semelles « StepBoost Max ».

Une offensive qui a du mal à passer pour Sam Altman

Sur X, Sam Altman s’est fendu d’un long post pour répondre à cette campagne. Reconnaissant sur le bout du clavier que ces pubs d’Anthropic sont drôles. « Mais je me demande pourquoi Anthropic opte pour quelque chose d’aussi clairement malhonnête. Notre principe le plus important en matière de publicité stipule que nous ne ferions pas exactement cela ; nous ne diffuserions évidemment jamais de publicités de la manière dont Anthropic les décrit. Nous ne sommes pas stupides et nous savons que nos utilisateurs rejetteraient cela », affirme-t-il, faisant comme si ces publicités n’assumaient pas d’être des caricatures.

« Je suppose que c’est dans la lignée de la double rhétorique d’Anthropic d’utiliser une publicité trompeuse pour critiquer des publicités théoriques trompeuses qui ne sont pas réelles, mais je ne m’attendais pas à voir cela dans une publicité diffusée pendant le Super Bowl », ajoute le CEO d’OpenAI.

En 2024 à l’école de business d’Harvard, il avait assuré « détester les pubs » et affirmé : « Je pense que les publicités ont joué un rôle important dans la mise en place d’un modèle économique pour les débuts d’Internet. Mais je pense aussi qu’elles créent en quelque sorte un décalage fondamental entre les motivations des utilisateurs et celles des entreprises qui fournissent les services ».

Et Sam Altman d’ajouter : « Je trouve que la combinaison des publicités et de l’IA est particulièrement dérangeante. Quand je pense à GPT qui me rédige une réponse, si je devais déterminer exactement qui paie pour influencer ce qui m’est présenté, je ne pense pas que cela me plairait ». Cette déclaration rejoint finalement la position actuelle d’Anthropic et montre que les affirmations des uns et des autres peuvent fluctuer au gré de leurs intérêts.

Le Pape peut-il susciter un véritable sursaut mondial face à l’IA ?

5 février 2026 à 11:15
Omnia vanitas
Le Pape peut-il susciter un véritable sursaut mondial face à l’IA ?

Deepfakes, agents autonomes, oligopoles des entreprises de la Silicon Valley : depuis son élection, Léon XIV multiplie les prises de position offensives sur l’intelligence artificielle. Le pape pourrait consacrer sa première encyclique à ces technologies qu’il juge porteuses de risques majeurs, appelant secteur privé et États à reprendre la main.

Le pape a déclaré la guerre aux deepfakes. Le 24 janvier 2026, Léon XIV adressait une sérieuse mise en garde contre les « réalités parallèles » créées par les systèmes d’intelligence artificielle (IA), capables d’usurper nos visages et nos voix. Le seul moyen de lutter contre le « contrôle oligopolistique » des algorithmes ? Que les « développeurs de modèles d’IA [fassent] preuve de transparence et de responsabilité sociale », tout comme les régulateurs supranationaux, « chargés de veiller au respect de la dignité humaine ».

Deux jours plus tard, la Commission européenne lançait une enquête sur Grok et la plateforme X, inondée d’images de femmes et d’enfants dénudés générées et diffusées à leur insu par le chatbot d’Elon Musk.

Depuis son élection en mai 2025, le pape Léon multiplie les prises de position en faveur d’une plus grande régulation du secteur. Next recense une quinzaine de prises de parole au sujet des risques liés aux intelligences artificielles depuis son élection il y a à peine neuf mois. À Rome, il se murmure que sa toute première encyclique pourrait être en partie consacrée à la révolution engendrée par ces nouveaux outils. Un document attendu puisque ces lettres solennelles, adressées à l’ensemble de l’Église catholique, permettent traditionnellement à chaque souverain pontife de poser les fondements de sa doctrine.


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Propriété de Jeff Bezos, le Washington Post licencie plus de 300 employés

5 février 2026 à 10:45
The Washington Post dies in darkness
Propriété de Jeff Bezos, le Washington Post licencie plus de 300 employés

Le Washington Post licencie plus de 300 personnes, principalement dans sa rédaction, après plusieurs années de résultats en déclin. L’influence croissante de son propriétaire Jeff Bezos a, ces derniers mois, participé directement au mécontentement d’une partie des abonnés.

Propriété du fondateur d’Amazon Jeff Bezos, le Washington Post a procédé au licenciement de 30 % de ses effectifs le 4 février, se séparant de fait plus de 300 personnes.

Cette saignée se traduit par la fermeture des pages sports et livres du journal, par la fin de son podcast quotidien d’actualité « Post Reports », et par diverses autres réductions du côté de la couverture des actualités internationales et locales. Des employés des activités commerciales sont aussi touchés.

Difficultés accrues depuis 2020

Créé en 1877, média emblématique aux États-Unis, connu notamment pour les révélations du scandale du Watergate, le Washington Post lutte depuis plusieurs années contre de difficultés économiques similaires à celles que rencontrent de nombreux autres médias. Le média a été racheté par Jeff Bezos en 2013, époque à laquelle le magnat des technologies avait aussi pris 3 % des parts du journal spécialisé dans les informations économiques et financières Business Insider (racheté deux ans plus tard par le groupe média allemand Axel Springer SE).

Pendant les premières années,le Washington Post a continué de s’étendre, jusqu’à ce que ses difficultés économiques s’accroissent au tournant de la pandémie. Fin 2023, Jeff Bezos a embauché Will Lewis comme directeur de la rédaction pour que ce dernier trouve une manière de rendre le Washington Post rentable. En 2024, ce dernier avait indiqué aux rédactions que le journal avait perdu la moitié de son audience en quatre ans et 77 millions de dollars en 2023 (pour comparaison, Amazon a dépensé 40 millions de dollars pour obtenir les droits sur le documentaire Melania et 35 millions de dollars supplémentaires pour en faire le marketing).

Remettre le média à flot reste une gageure dans un environnement médiatique où les chiffres de circulation papier continuent de chuter, concurrencés par les pratiques numériques. L’écosystème s’est par ailleurs vu capter l’essentiel de ses revenus publicitaires par les géants numériques, tandis que l’émergence des réseaux sociaux, puis l’explosion récente des systèmes d’IA générative sont venus concurrencer directement les productions journalistiques dans les tentatives d’obtenir l’attention du public. Pour certains observateurs, le choix de l’ancien cadre de médias britanniques Will Lewis était aussi une décision de Jeff Bezos questionnable, ne serait-ce que pour sa méconnaissance de l’écosystème médiatique américain.

Ingérences éditoriales

Depuis les candidatures à la présidence des États-Unis, en 2024, le multi-milliardaire a par ailleurs agi de manière toujours plus évidente dans la ligne éditoriale du média, initialement relativement centriste. Alors que les journaux d’ampleur nationale ont, aux États-Unis, pour tradition de soutenir l’un ou l’autre des candidats, Jeff Bezos a d’abord interdit au journal de publier son article de soutien à Kamala Harris, une décision directement sanctionnée par la perte de centaines de milliers d’abonnés.

Dans les mois qui ont suivi, la dessinatrice et prix Pulitzer Ann Telnaes démissionnait après s’être vue refuser la publication d’un dessin. Ce dernier représentait Jeff Bezos ployant le genou devant Donald Trump. Les pages opinion du journal ont ensuite dû s’adapter pour ne plus accueillir que des points de vue défendant « deux piliers : les libertés personnelles et les marchés libres », selon les instructions de Jeff Bezos. Cette décision a conduit à la démission du chef de la rubrique, David Shipley.

Un an après les premiers signes de cette reprise en main, le tirage du Washington Post atteignait en octobre 2025 un seuil de faible tirage, passant sous la barre des 100 000 exemplaires quotidiens tirés pour sa version papier pour la première fois en 55 ans (contre 600 000 pour son concurrent le New-York Times en août 2025). Le journal s’est par ailleurs trouvé directement pris dans la promotion d’outils d’intelligence artificielle que son propriétaire participe à promouvoir.

Effets directs sur la qualité de l’information

En décembre, le journal déployait l’outil « Your Personal Podcast », qui devrait permettre au public de créer « leur propre briefing » et notamment de faire lire les articles par deux agents IA. Dès les premiers épisodes, les journalistes avaient demandé des comptes, le résultat multipliant des erreurs allant de problématiques de prononciation à de larges modifications du contenu des articles, de la mauvaise attribution voire de l’invention de citations, ou encore des éléments laissant entendre que certains propos de sources relevaient de la position du journal.

En réduisant les équipes chargées de fabriquer l’information de 800 à moins de 500 personnes, les licenciements annoncés ce 4 février amoindriront de même la capacité du journal à fournir de l’information de qualité. Auprès des équipes, son directeur exécutif Matt Murray a indiqué que le journal avait perdu trop d’argent, trop longtemps, rapporte The New-York Times. Il a expliqué qu’il faudrait repositionner le titre pour le rendre « plus essentiel dans la vie des gens dans ce qui devient un paysage médiatique plus bondé, plus compétitif et compliqué ».

Le plan de licenciement se fait dans un contexte plus large au sein des entreprises de Jeff Bezos. Fin janvier, Amazon annonçait en effet la suppression de 16 000 emplois. Caroline O’Donovan, la journaliste du Post en charge de suivre Amazon, fait d’ailleurs partie des personnes qui se sont vues remercier.

☕️ Mistral sort des modèles pour de la traduction vocale vers le texte instantanée

5 février 2026 à 08:03

La startup française d’IA générative vient de sortir la version 2 de sa famille Voxtral Transcribe, des modèles pour faire de la traduction vocale vers le texte (speech-to-text).

Dans son annonce, Mistral mentionne en fait deux modèles :

  • l’un en open source, Voxtral Mini 4B Realtime 2602, sous licence Apache 2.0, et via son API à 0,006 $ par minute ;
  • l’autre, Voxtral Transcribe 2, est disponible seulement via API à 0,003 $ par minute et sur les services de Mistral comme Mistral Studio et Le Chat.

Voxtral Realtime est « conçu spécialement pour la transcription en direct avec une latence configurable à moins de 200 ms, permettant l’utilisation d’agents vocaux et d’applications en temps réel », explique l’entreprise.

Quant à Voxtral Transcribe 2, il est plus fait pour transcrire des fichiers audio par lots.

Les deux modèles sont utilisables pour la traduction en treize langues : anglais, chinois, hindi, espagnol, arabe, français, portugais, russe, allemand, japonais, coréen, italien et néerlandais.

Pierre Stock, le responsable R&D chez Mistral, met en avant la taille relativement petite des modèles de son entreprise comparée à ceux des leaders américains. «Franchement, trop de GPU vous rend paresseux », affirme-t-il à Wired. « Vous testez aveuglément beaucoup de choses, mais vous ne réfléchissez pas à la voie la plus courte vers le succès ». Cette taille des modèles de Mistral peut permettre de bâtir des outils de traduction qui s’exécutent directement sur les smartphones.

L’entreprise donne plus d’explications pour l’utilisation de ses modèles dans sa documentation.

[Test] Trois VPS à moins de 5 euros par mois : performances, latence, débits…

5 février 2026 à 07:37
Vos données valent bien quelques euros
[Test] Trois VPS à moins de 5 euros par mois : performances, latence, débits…

Sur Next, nous préparons une série d’articles autour de la souveraineté de vos données afin de vous permettre de la reprendre en main. Plusieurs solutions peuvent passer par de l’autohébergement, avec le besoin d’avoir un petit serveur privé à disposition. Voici en préambule un comparatif de trois VPS à moins de 5 euros par mois. En bonus, une explication sur la différence de virtualisation entre LXC (chez YorkHost) et KVM (chez OVHcloud et Hetzner).

VPS-1 chez OVHcloud, CX23 chez Hetzner et VPS-4 chez YorkHost

Commençons par les présentations. OVHcloud est un acteur majeur du cloud en France et en Europe. La société est basée à Roubaix, dans les Hauts-de-France. Elle a lancé l’été dernier de nouveaux VPS à des tarifs agressifs. Nous avons loué un VPS-1 avec 4 vCore, 8 Go de mémoire et 75 Go de SSD pour moins de 5 euros par mois à condition de payer directement un an, sinon le tarif mensuel est de 5,5 euros.

Hetzner est une société allemande, qui a lancé de nouveaux VPS en juin 2024, avec une particularité : vous pouvez vous limiter à une IPv6 et économiser 60 centimes par mois. Par défaut la case IPv4 est cochée, mais elle est décochable. Attention, cela veut aussi dire se couper potentiellement d’une partie d’Internet accessible en IPv4 seulement. Nous prenons un CX23 avec 2 vCore, 4 Go de mémoire et 40 Go de stockage.

Enfin, Yorkhost a été lancé en 2020 par une « équipe passionnée de gaming et d’hébergement ». L’hébergeur propose d’ailleurs toute une panoplie de serveurs pour jeux et bots Discord. Ce qui nous intéresse aujourd’hui sont les VPS et plus particulièrement le VPS-4. C’est le modèle le plus entrée de gamme de notre comparatif avec un seul vCore.

Attention avec Yorkhost, l’hébergeur utilisait encore une pratique d’un ancien temps, bannie depuis longtemps : envoyer le mot de passe en clair à la création du compte… sans demander de le changer à la première connexion.

L’hébergeur a par contre été très rapide à corriger le tir dès que nous lui avons signalé le souci. La procédure de mot de passe perdu envoie un lien sur votre email permettant ensuite de créer un nouveau mot de passe, qui n’est cette fois-ci pas renvoyé par email.

Caractéristiques générales et type de cœurs CPU disponibles

Nous avons sélectionné trois hébergeurs avec des approches différentes au niveau de la virtualisation, du nombre de cœurs pour la machine virtuelle et de la génération des processeurs, permettant d’avoir une vision un peu plus large. Mais il existe d’autres hébergeurs qui proposent des VPS à moins de 5 euros par mois.

Les trois VPS du jour se tiennent dans un mouchoir de poche sur le prix pour un an : entre 50 et 55 euros. Attention, les tarifs d’OVHcloud sont plus chers avec un engagement de six mois ou un paiement mensuel.


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