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Lecornu en équilibre entre soutien aux solutions de la DINUM et recours à la French tech

17 février 2026 à 16:27
Je choisis la french tech après la DINUM
Lecornu en équilibre entre soutien aux solutions de la DINUM et recours à la French tech

Le Premier ministre a publié une circulaire « relative à la commande publique numérique » couchant noir sur blanc la doctrine de l’État concernant les choix et achats de logiciels par ses services. Elle priorise l’utilisation de solutions internes existantes avant l’achat de produits « sur étagère ». Le développement de solutions en interne n’arrive qu’après.

Depuis la mise en avant de la Suite numérique de l’État et notamment sa solution de visioconférence Visio, une partie du milieu de l’industrie numérique français criait à la concurrence déloyale. Une circulaire relative à la commande publique numérique signée par Sébastien Lecornu essaye de jouer l’équilibre entre la mise en avant des solutions mutualisées développées en interne et le soutien aux startups françaises.

Publiée le vendredi 13 février au Journal officiel, cette circulaire relative à la commande publique numérique avait été évoquée par le gouvernement Lecornu lors de l’annonce, au début du mois, d’une nouvelle phase de déploiement pour le programme « Je Choisis La French Tech ».

À cette occasion, David Amiel, le ministre délégué chargé de la Fonction publique et de la Réforme de l’État, affirmait que « l’État n’a pas pour mission de concevoir des produits » et qu’il fallait se tourner vers le secteur privé. Mais c’est, en même temps, ce même ministre qui a récemment annoncé la généralisation de Visio, développé par la Dinum au sein de sa plateforme La Suite numérique.

Priorité aux solutions mutualisées existantes…

Avant la publication de la circulaire, Bercy affichait que son but était de clarifier la doctrine d’achat de solutions numériques de l’État. Tout en essayant de ménager les startups françaises, ce texte donne priorité aux « solutions mutualisées déjà développées […] disponibles au sein de l’administration, en particulier via les services offerts par les opérateurs mutualisés ».

La circulaire donne une liste non exhaustive de ces opérateurs : DINUM, IGN, Opérateur des systèmes d’information interministériels classifiés (OSIIC), Centre interministériel de services informatiques relatifs aux ressources humaines (CISIRH), Agence pour l’Informatique financière de l’État (AIFE). « Leur recours doit être étudié en premier lieu en prenant en compte, le cas échéant, les besoins de développements complémentaires qui pourraient être nécessaires », explique encore le texte. C’est la DINUM elle-même qui tient le catalogue des solutions disponibles.

… puis aux solutions privées « sur étagère »

Ce n’est qu’après avoir vérifié qu’aucune solution mutualisée n’existe qu’un service de l’État peut s’équiper via des solutions « sur étagère » du privé. Le texte affirme que « l’État accorde une priorité forte à l’achat auprès de PME innovantes pour soutenir la recherche et développement au sein de l’écosystème européen » et ajoute que « chaque secrétariat général se fixe pour objectif d’augmenter sa part d’achats auprès de PME innovantes ».

Le développement d’un logiciel en interne ne peut intervenir que s’il n’existe pas de solutions « sur étagère » ou si celles-ci existent mais ne sont pas satisfaisantes. La circulaire évoque quand même de nombreux motifs d’insatisfactions autres que le coût, ainsi sont énumérées « les conditions de sécurité, de durabilité, de besoin ou de délais précitées ».

La souveraineté numérique en critère essentiel

Lorsqu’il y a achats numériques, la circulaire pose des objectifs prioritaires à prendre en compte. Le premier est « la performance métier ». La « souveraineté numérique » arrive en deuxième, puis la sécurité, le coût, la disponibilité, l’adaptabilité et la réversibilité, l’interopérabilité et enfin la durabilité.

Si la souveraineté numérique est bien placée, il restait à la définir. Le texte affirme qu’en pratique, elle s’appuie « en particulier » sur trois points : l’immunité au droit extra-européen à portée extraterritoriale, la capacité de l’État à substituer une composante de ses systèmes numériques par une solution alternative, la maîtrise des technologies clefs.

« La qualification SecNumCloud permet notamment d’attester qu’une offre de service d’informatique en nuage bénéficie d’une protection adéquate à l’égard des réglementations extra-européennes à portée extraterritoriale. Cette immunité est en particulier requise lorsque la sensibilité des données le justifie », affirme le texte, toujours sur le volet souveraineté.

Côté sécurité, le besoin doit être « défini dès le lancement du projet en prenant en compte les exigences réglementaires spécifiques à certains types de données ou d’activité ». La qualification SecNumCloud y est aussi évoqué pour l’hébergement de « données d’une sensibilité particulière telles que définies par la loi ».

Le texte fait enfin un « zoom sur l’open source », affirmant : « que les solutions soient directement disponibles auprès d’un opérateur ou résultent d’un achat « sur étagère », il est recommandé de privilégier, lorsque c’est pertinent, le recours à des produits open source ». L’utilisation des logiciels open source permet « d’investir dans les mêmes technologies et de bénéficier des avancées de chacun ». « Une attention particulière doit être portée sur les contributions au code ouvert, tant sur la qualité que sur la quantité, afin de garantir sa pérennité et sa sécurité », précise le texte.

Zero Knowledge : une étude pointe les carences de Bitwarden, LastPass et Dashlane

17 février 2026 à 16:13
Zero virgule cinq Knowledge
Zero Knowledge : une étude pointe les carences de Bitwarden, LastPass et Dashlane

Une étude réalisée par des chercheurs de l’École polytechnique fédérale de Zurich révèle que Bitwarden, LastPass et Dashlane pourraient, dans des conditions exceptionnelles, permettre la divulgation du mot de passe principal de leurs utilisateurs, en dépit de leur promesse relative au chiffrement « Zero Knowledge ». Les trois services indiquent avoir déjà implémenté les corrections nécessaires.

Devenus incontournables dans le quotidien de millions d’internautes, les gestionnaires de mot de passe opérés dans le cloud offrent-ils les garanties de sécurité nécessaires et suffisantes ? Une étude menée sous l’égide de l’École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich) conclut que trois services parmi les plus populaires du secteur présentaient des vulnérabilités susceptibles de conduire à la divulgation ou à la modification du mot de passe principal du compte de l’utilisateur.

Au cours de leurs travaux, les chercheurs ont exploité un scénario possible, mais très hypothétique : celui d’une prise de contrôle du serveur chargé des interactions avec l’utilisateur final. Dans ce contexte exceptionnel, ils indiquent avoir réussi à mener douze attaques différentes conduisant à une compromission du mot de passe chez Bitwarden, contre sept pour LastPass et six chez Dashlane. Les chercheurs ne remettent pas en cause la sécurité des chiffrements mis en œuvre : d’après leurs observations, c’est principalement au niveau des mécanismes chargés de faciliter la vie des utilisateurs que se situent les vulnérabilités.

La promesse du Zero Knowledge

Les gestionnaires de mot de passe en ligne invoquent en général le concept de Zero Knowledge (littéralement, « aucune connaissance ») pour rassurer leurs utilisateurs quant à la sécurité de leurs données. Bien qu’il n’obéisse pas à une définition ou à des conditions techniques de mise en œuvre strictes, il suppose que le serveur qui stocke les mots de passe est littéralement incapable d’en connaître le contenu, parce que ce contenu est chiffré et que seul l’utilisateur final dispose de la clé privée indispensable à son déchiffrement.

« Techniquement, Dashlane ne possède pas d’autre clé, mais nous avons bâti un mécanisme de chiffrement qui garantit que votre coffre-fort est sécurisé avec votre clé et que les données du coffre-fort ne sont accessibles que par vous, le propriétaire. C’est pourquoi toutes les opérations sensibles de Dashlane, le chiffrement et le déchiffrement de votre coffre-fort en l’occurrence, sont effectuées localement sur votre appareil. Cela garantit que nous ne les voyons pas sur nos serveurs. », illustre par exemple Dashlane.

Cette promesse tient-elle toujours si le serveur qui héberge les mots de passe est compromis ? L’étude complète, annoncée et publiée par l’ETH Zurich (PDF), répond par la négative. Au cours de leurs travaux, les chercheurs indiquent en effet avoir mené avec succès quatre types d’attaques, exploitant respectivement les fonctionnalités de séquestre utilisées pour la récupération de compte et la connexion unifiée (SSO), les manquements du coffre-fort en matière d’intégrité, les fonctionnalités de partage et les outils dédiés à la rétrocompatibilité.

Une surface d’attaque augmentée par la complexité du code

Les auteurs précisent avoir sélectionné Bitwarden, LastPass et Dashlane à la fois parce que ces derniers peuvent être considérés comme représentatifs du secteur (par leur ancienneté et leur parc de clients, estimé à 60 millions d’utilisateurs cumulés, ou 23 % de parts de marché) et parce que le code de leurs clients logiciels est ouvert (totalement pour Bitwarden, partiellement pour les deux autres), contrairement à celui des solutions d’Apple ou de Google, très populaires puisque intégrées à leurs environnements mobiles.

Au total, 25 attaques ont donc ont été menées avec succès sur l’ensemble des services examinés. « Nous avons été surpris par la gravité des failles de sécurité », commente Kenneth Paterson, l’un des auteurs de l’étude, selon qui la découverte est d’autant plus criante que les gestionnaires de mots de passe constituent, par essence, une cible à très forte valeur perçue pour des attaquants. Les auteurs remarquent par ailleurs que si les conditions de test sont particulières (serveur malveillant), leurs attaques sont réalisées par le truchement d’interactions « normales » de l’utilisateur final avec le service.

Dans la discussion qui suit l’exposé de leurs attaques, ils remarquent que les gestionnaires de mot de passe sont tiraillés entre deux exigences contradictoires que sont la sécurité et le niveau de service fonctionnel rendu à l’utilisateur, qui s’attend à pouvoir récupérer son mot de passe en cas de perte, consulter son gestionnaire sur tous les écrans, ou disposer de fioritures telles que la création d’accès partagés.

« Après un examen plus approfondi, nous avons constaté que les gestionnaires de mots de passe sont loin d’être simples : ils ont évolué pour inclure des protocoles complexes pour la synchronisation, la récupération et la rotation des clés, le partage d’éléments chiffrés et la migration entre différentes primitives cryptographiques [les briques qui fournissent les fonctions de base du chiffrement, ndlr] », remarquent les auteurs. C’est, selon eux, cette complexité accrue qui augmenterait la surface d’attaque potentielle.

Les gestionnaires de mots de passe accusent réception

Avertis en amont de la publication de l’étude, les trois éditeurs de services concernés ont accusé réception de ces découvertes. « Tous les problèmes identifiés dans le rapport ont été traités », promet Bitwarden qui détaille les réponses apportées dans un rapport de transparence dédié (PDF). Trois ne seront cependant pas corrigés, parce que le remède compromettrait certaines fonctionnalités du service, indique tout de même l’éditeur. Qui profite de l’occasion pour « réaffirmer que Bitwarden n’a jamais subi de violation de données ».

Dashlane salue également ce travail de recherche, qualifié d’exercice utile, et précise avoir apporté tous les correctifs jugés nécessaires dans sa version 6.2544.1 publiée le 5 novembre dernier. Le service en profite pour souligner que les fonctionnalités de partage (basées sur une clé publique) et les mécaniques de synchronisation basées sur l’échange de transactions chiffrées sont des difficultés intrinsèques au service rendu.

« Cette recherche met en lumière plusieurs enseignements :
– Maintenir les méthodes cryptographiques à jour est essentiel pour la sécurité, mais cela introduit une complexité qui doit être gérée avec soin.
– L’authentification de clé publique à grande échelle est un défi connu que notre secteur doit relever.
 »

Même son de cloche du côté de LastPass, qui indique avoir déjà corrigé l’une des vulnérabilités mises au jour par l’ETH, et ajoute plancher sur la sécurisation des parcours de réinitialisation et de partage, ainsi que sur l’amélioration des mécanismes dédiés au contrôle d’intégrité.

Une démarche à laquelle adhèrent tacitement les chercheurs :

« Les vulnérabilités que nous décrivons sont nombreuses, mais pour la plupart mineures sur le plan technique. Pourtant, elles n’avaient apparemment pas été découvertes auparavant, malgré plus d’une décennie de recherche universitaire sur les gestionnaires de mots de passe et l’existence de multiples audits des trois produits que nous avons étudiés. Ceci motive la poursuite des travaux, tant sur le plan théorique que pratique. »

☕️ Deux anciens de Palantir créent Onodrim, une start-up européenne de défense

17 février 2026 à 14:27

L’Europe accueille une nouvelle start-up de défense, et pas des moindres : installée à Amsterdam, Onodrim Industries veut « jeter les bases d’un nouveau noyau européen de défense », selon son communiqué.


La société indique travailler à une plateforme industrielle dédiée à la gestion de sujets de sécurité nationale. Pour se lancer, elle vient de lever 40 millions d’euros auprès de Founders Fund, l’un des fonds du financier américain Peter Thiel, Lakestar, General Catalyst et plusieurs fonds et business angels européens.

La société a été cofondée par l’ancien conseiller du gouvernement lituanien et responsable technologique de Palantir, Aistis Šimaitis, qui en sera le PDG ; l’ancien responsable ingénierie de Palantir, Alexander Blessing, qui en sera directeur technique ; et le financier Christian Garett. Avec son fonds 137 Ventures, ce dernier possède aussi des parts d’Anduril, société de défense fondée en 2017 par Palmer Luckey, de SpaceX, et de diverses sociétés de technologies militaires.

Dans un contexte de guerre en Ukraine et de grands changements géopolitiques, Onodrim déclare construire les outils qui permettront au Vieux continent de se défendre tout en restant compétitif. Italo-américain, Christian Garett précise avoir une « opportunité unique sur une génération » d’influer sur la manière dont les investissements renforcent « notre sécurité et notre base industrielle » dans la mesure où l’Europe se prépare à investir près de « 800 milliards d’euros pour ses dépenses de défense d’ici 2030 ». Le financement doit permettre de recruter des ingénieurs et créer des usines et des espaces de recherche et développement en Europe.

Onodrim est nommée d’après l’œuvre de Tolkien, dans laquelle il est utilisé pour nommer parfois les Ents, les esprits des forêts qui prennent l’apparence d’arbres. Ce faisant, elle s’inscrit directement dans le sillage de la multitude d’entités créées ou financées par Peter Thiel, à commencer par Palantir, Anduril, la banque Erebor, et diverses sociétés de capital-risque.

Sur X, Christian Garett précise que le projet ne consiste pas à concurrencer Palantir et Anduril. Il évoque plutôt la possibilité de « s’appuyer » sur les « épaules » de ces « entreprises générationnelles ».

Infox, ingérences & cie : la France veut « garantir que chacun puisse penser librement »

17 février 2026 à 13:10
Les complotistes vont adorer le détester
Infox, ingérences & cie : la France veut « garantir que chacun puisse penser librement »

La Stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l’information 2026 - 2030 relève que la menace, en matière d’ingérences étrangères, n’a jamais été aussi élevée, mais également que la France a été l’une des pionnières dans la lutte dirigée contre cette dernière.

« Chaque citoyen, acteur public ou privé, doit disposer des moyens de s’informer de manière éclairée, de comprendre les mécanismes d’ingérence et de contribuer activement au débat démocratique », résume la Stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l’information 2026 - 2030. Son introduction souligne qu’ « au cœur de cette stratégie se trouve l’ambition de dépasser la simple lutte contre les manipulations de l’information pour construire une société capable de maintenir la confiance et des repères communs ».

Un objectif urgent mais probablement hors d’atteinte, d’autant plus louable que le Parlement et donc l’opinion publique n’ont jamais été aussi divisés, que les médias et réseaux sociaux n’ont jamais été autant instrumentalisés et pollués par des manipulations de l’information (franco-françaises comme pouvant relever d’ingérences étrangères).

Cette première Stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l’information, que vient de publier le Secrétariat de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), a pour objectif de doter la France de « moyens renforcés pour protéger son débat public, garantir la capacité de chacun à se forger un jugement éclairé et défendre, avec ses partenaires, un espace informationnel fondé sur la liberté d’expression et la pluralité des opinions » :

« Elle s’articule autour de quatre priorités : renforcer la résilience de la Nation ; encadrer et responsabiliser les plateformes en ligne et les services d’intelligence artificielle générative ; consolider les capacités nationales de détection, d’attribution et de réponse ; agir avec les partenaires européens et internationaux pour préserver un espace informationnel libre, ouvert et sécurisé. »

Dans sa préface, le président de la République souligne que les manipulations de l’information « ne sont plus des accidents marginaux du débat public » et qu’elles sont « devenues des instruments à part entière de confrontation stratégique » :

« Elles visent moins à convaincre qu’à désorienter, moins à imposer une vérité qu’à dissoudre les repères communs, moins à gagner un débat qu’à affaiblir la possibilité même du débat. En brouillant les frontières entre le vrai et le faux et en exploitant les fractures sociales et émotionnelles, elles cherchent à miner de l’intérieur ce que les démocraties ont de plus robuste : la confiance. »

« Face à ces pratiques, la tentation pourrait être grande d’ériger des murs, de restreindre la parole, de surveiller les idées. Ce serait une erreur », poursuit Emmanuel Macron : « La force des régimes autoritaires est de pouvoir contrôler l’information ; la force des démocraties est de pouvoir la confronter ».

« Il ne s’agit pas de dire ce qu’il faut penser, mais de garantir que chacun puisse penser librement », tout en identifiant les auteurs et vecteurs de manœuvres hostiles, « sans jamais soupçonner les citoyens » :

« Cette stratégie repose sur une conviction simple : le premier rempart contre la manipulation est la société elle-même. Une société instruite, capable de discernement, confiante dans ses institutions et dans ses médias, est une société moins vulnérable aux récits de division. »

« Ce n’est pas un hasard si les manipulations de l’information prospèrent d’abord là où existent l’ouverture, le débat et la pluralité », et donc dans nos démocraties, qui « sont aujourd’hui observées, testées, parfois attaquées par des régimes qui redoutent leur exemple » :

« C’est le paradoxe de la liberté : elle attire ceux qui veulent l’affaiblir. Mais c’est aussi sa force : elle permet de leur résister sans leur ressembler. […] Il ne s’agit pas seulement de protéger nos institutions. Il s’agit de défendre la capacité de chacun à se forger un jugement éclairé. »

Des MacronLeaks à l’assassinat de Samuel Paty

Élaborée sous l’égide du SGDSN, la stratégie nationale 2026 - 2030 s’appuie sur des contributions d’experts, de chercheurs, de parlementaires et d’acteurs de terrain engagés dans la lutte contre les manipulations de l’information, mais sans que le SGDSN n’en indique la liste. Elle revient par contre largement sur les différentes étapes ayant conduit à sa rédaction, et souligne que la France a été un « pays précurseur » en matière de lutte contre les manipulations de l’information.

Les MacronLeaks, publiés à la veille du premier tour de la présidentielle 2017, et depuis attribués à Fancy Bear (ou APT28, une unité du GRU, le service de renseignement militaire russe, également à l’origine du piratage de TV5Monde) avaient ainsi conduit à la mise en place, en 2018, d’un réseau de coordination interministérielle placé sous l’égide du SGDSN.

En décembre 2018, la loi relative à la lutte contre la manipulation de l’information avait doté, en parallèle, le CSA (devenu Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, ARCOM) et le juge des référés de nouvelles prérogatives en la matière.

Fin 2020, l’assassinat de Samuel Paty « a marqué un tournant dans la perception de la menace, révélant la dangerosité des dynamiques de haine amplifiées numériquement ». La création de la « Task force Honfleur » interministérielle dédiée, décidée dans la foulée, jeta les bases d’un dispositif de réponse pérenne.

La création du service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (VIGINUM) en 2021 a depuis permis de sortir d’une « logique de gestion de crise », souligne le SGDSN, de structurer la doctrine et de lui dédier des « capacités opérationnelles », d’inscrire la « protection du débat public francophone au cœur de la défense et de la sécurité nationale », mais également de « renforcer la crédibilité de la France dans les coopérations internationales ».

Un « périmètre d’action publique ciblé »

Le décret du 13 juillet 2021 portant création de VIGINUM a défini la notion d’ingérence numérique étrangère (INE) comme étant une « opération impliquant, de manière directe ou indirecte, un acteur étranger (étatique ou non), et visant la diffusion artificielle ou automatisée, massive et délibérée d’allégations ou imputations de faits manifestement inexactes ou trompeuses, de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ».

VIGINUM ne vise donc pas à lutter contre toute forme de désinformation, mais uniquement celles relevant d’une « typologie rigoureuse de la menace, qui repose sur quatre critères cumulatifs : une atteinte potentielle aux intérêts fondamentaux de la Nation ; une allégation ou imputation de fait manifestement inexacte ou trompeuse ; une diffusion, ou une volonté de diffusion, artificielle ou automatisée, massive et délibérée ; l’implication, directe ou indirecte d’un acteur étranger (étatique, paraétatique ou non-étatique) ».

Dès lors, VIGINUM reste circonscrit à un « périmètre d’action publique ciblé » et concentre ses moyens « sur l’amplification artificielle, l’automatisation et la coordination inauthentique », de sorte qu’il « protège le pluralisme interne en dissociant l’analyse des procédés de manipulation de toute appréciation des opinions, des acteurs ou des mouvements » :

« Le dispositif national de lutte contre les manipulations de l’information repose sur un principe démocratique clair : il n’a ni vocation ni mandat pour qualifier les dynamiques nationales. Son champ d’intervention porte sur la détection de manœuvres techniques de manipulation et d’opérations coordonnées impliquant une origine étrangère, dans une logique de sécurité nationale. »

« L’administration US mène une croisade pour sauver l’Europe »

Si le périmètre est délimité, la menace s’accroît. Aux traditionnels acteurs russes, chinois ou azerbaïdjanais, le SGDSN note en effet qu’ « une vision absolutiste de la liberté d’expression telle que conçue par certains courants conservateurs aux États-Unis est délibérément introduite dans le débat public européen ».

Instrumentalisée de manière « désinhibée » et « reprise opportunément par les plateformes en ligne », elle permet d’ « entretenir une conception trompeuse, voire erronée, des objectifs de la réglementation numérique européenne (DSA) », croisade récemment documentée par L’observatoire des multinationales.

Alors que l’administration Trump a pris soin de démanteler ses services et unités en charge (directement, ou via les fonds qu’ils accordaient à la société civile et aux ONG) de la lutte contre la désinformation et les ingérences étrangères, une note de bas de page souligne que l’U.S. National Security Strategy, publiée le 5 décembre 2025, souligne des velléités d’influence politique partisane en faveur des partis politiques européens d’extrême-droite, présentés comme « patriotiques » :

« La diplomatie américaine doit continuer à défendre la démocratie authentique, la liberté d’expression et la célébration sans complexe du caractère et de l’histoire propres à chaque nation européenne. Les États-Unis encouragent leurs alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau spirituel, et l’influence croissante des partis patriotiques européens est en effet source d’un grand optimisme. »

Évoquant un risque d’ « effacement civilisationnel » de l’Europe, la nouvelle stratégie US dénonce pêle-mêle les décisions européennes qui « sapent la liberté politique et la souveraineté ; les politiques migratoires, qui transforment le continent et créent des tensions ; la censure de la liberté d’expression et la répression de l’opposition politique ; la chute des taux de natalité, ainsi que la perte des identités nationales (…) ». Elle souhaite dans le même temps que « l’Europe reste européenne, retrouve sa confiance en elle-même sur le plan civilisationnel et abandonne son obsession infructueuse pour l’asphyxie réglementaire », résume l’AFP :

« Nous rejetons les idéologies désastreuses “changement climatique” et “zéro émission nette” qui ont tant nui à l’Europe, menacé les États-Unis et subventionné nos adversaires. »

Le Financial Times révélait en outre le 6 février que « l’administration américaine mène une croisade pour sauver l’Europe », et que le département d’État états-unien s’apprêtait aussi à financer des groupes de réflexion et des organisations caritatives alignés sur le mouvement Maga à travers l’Europe, afin de diffuser les positions politiques de Washington et de lutter contre ce qu’il qualifie de menaces envers la liberté d’expression.

Les IA nous conduisent « vers une réalité de plus en plus fragmentée »

Cherchant à se projeter à l’horizon 2030, le SGDSN anticipe une banalisation des contenus générés par IA, au fur et à mesure que cette dernière est « intégrée aux outils du quotidien et aux gestes ordinaires de communication et de recherche d’information ». Or, « lorsque des traces numériques peuvent être produites instantanément et en nombre, leur valeur probante tend à s’affaiblir », au point que « ce qui faisait auparavant preuve comme élément visuel ou sonore isolé devient plus fragile et plus facilement contestable » :

« Dans ce contexte, la frontière entre information, commentaire, interprétation et manipulation devient moins lisible […] réduisant la capacité des publics à discriminer une production authentique d’une fabrication artificielle. »

« Cette banalisation s’accompagne d’une personnalisation accrue de l’information », poursuit le SGDSN, pour qui cette « hyper-personnalisation algorithmique » nous conduit « vers une réalité de plus en plus fragmentée ». Or, cette fragmentation crée aussi un terrain favorable aux stratégies d’ingérence, qui peuvent cibler des publics segmentés, adapter les messages et exploiter des clivages existants : « la polarisation ne résulterait alors plus seulement des désaccords d’opinion, mais du fait que les individus n’accèdent plus aux mêmes sujets ou aux mêmes récits, avec des mises en perspective différentes ».

Le SGDSN relève que des dispositifs, « notamment des agents IA ou des modèles agentiques, capables de produire, relayer et amplifier des prises de parole », commencent d’ores et déjà à participer aux échanges en ligne dans certains environnements, sans être toujours identifiables comme tels :

« L’enjeu ne consiste alors plus seulement à convaincre, mais à imposer une dynamique d’attention : capter l’attention, maintenir un sujet au premier plan et, in fine, saturer les capacités d’échange. Le débat public peut ainsi être moins structuré par la qualité des arguments que par la capacité à orienter ou disperser l’attention collective. Ces logiques s’accordent avec des modes opératoires d’ingérence fondés sur la diffusion artificielle et coordonnée de contenus, visant moins la persuasion directe que la perturbation durable du débat public. »

« À mesure que l’intelligence artificielle devient une interface d’accès à l’information (moteurs génératifs, assistants conversationnels, outils de synthèse) », les stratégies d’ingérence informationnelle « pourraient viser non plus seulement les publics, mais les systèmes chargés de produire, d’organiser et de reformuler l’information », souligne le SGDSN, évoquant les risques d’empoisonnement des IA :

« Dans un environnement où la valeur informationnelle repose de plus en plus sur les données – corpus d’entraînement, contenus indexés, signaux d’ajustement des modèles – l’action d’ingérence peut s’exercer en amont, par une intervention directe ou indirecte sur ces ensembles de données, plus facilement sur les couches d’indexation et de recherche dans des environnements ouverts, que sur les modèles fondamentaux eux-mêmes dont les corpus d’entraînement devraient, en théorie, être plus filtrés et préparés. »

Dans un second article, nous reviendrons sur les nombreuses mesures concrètes énumérées dans cette stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l’information 2026 - 2030.

La vidéosurveillance algorithmique dans les magasins adoptée à l’Assemblée nationale

17 février 2026 à 11:01
Algorithmiquement surveillés
La vidéosurveillance algorithmique dans les magasins adoptée à l’Assemblée nationale

Le député Paul Midy a réussi à faire voter à l’Assemblée nationale son texte légalisant l’utilisation de la vidéosurveillance algorithmique dans les magasins. Celui-ci, présenté comme une expérimentation, doit néanmoins continuer son parcours législatif. La gauche met en cause sa constitutionnalité.

La proposition de loi présentée par le député Paul Midy (Ensemble) sur la vidéosurveillance algorithmique dans les magasins a finalement été adoptée à l’Assemblée nationale ce lundi 16 février (60 voix contre 13, détail des votes). Il n’a néanmoins pas fini son parcours législatif.

Comme nous l’évoquions début février, le texte de Paul Midy vise le « vol à l’étalage » qui est, selon celui-ci, un « véritable fléau économique ». De fait, l’élu le dit lui-même, sa proposition vise à légaliser une pratique déjà mise en place dans certains commerces illégalement : « 3 000 commerces utilisent déjà cette technologie », a-t-il affirmé lors des débats.

Il a d’ailleurs, via un amendement, fait changer le titre de sa proposition de loi pour qu’il reflète le contenu du texte « visant à encadrer l’utilisation par les commerçants d’outils d’analyse vidéo automatique pour lutter contre le vol ».

Le député a, par ailleurs, précisé via un amendement les lieux dans lesquels son texte prévoyait d’autoriser la vidéosurveillance algorithmique : des « lieux et les établissements ouverts au public » le texte vise désormais les « commerces de détail, les grandes surfaces et les centres commerciaux ».

Une légalisation anticonstitutionnelle selon la gauche

La députée Élisa Martin (LFI) a pointé lors des débats le flou entretenu par les éditeurs de logiciels embarqués sur les caméras sur ce qu’ils font vraiment dès à présent :

« Des logiciels, qui ont besoin de données pour s’entraîner, pourraient détecter automatiquement, par exemple, un mouvement de foule ou en l’occurrence un vol ou une tentative de vol. Comment les entreprises privées les programment-elles et comment sont-ils précisément entraînés ? À vrai dire, on n’en sait rien. Il est en tout cas certain que ces entreprises sont en avance sur les députés et sur la loi. Ainsi, chacun sait qu’il suffit de cocher une case dans le logiciel pour activer la reconnaissance faciale… »

Lors des débats, la gauche a par ailleurs soulevé sa possible inconstitutionnalité. Ce texte « ne correspond pas aux décisions du Conseil constitutionnel », a affirmé la députée Cyrielle Chatelain (Les Écologistes) : « en effet, en mai 2023, ce dernier a précisé que la technologie de vidéosurveillance algorithmique devait être réservée aux atteintes à l’ordre public et aux risques terroristes. Nous sommes là très loin de ces lignes directrices ».

Le député PS Hervé Saulignac a renchéri : « Je pense que ce texte finira par passer à la moulinette du Conseil constitutionnel, et ce n’est pas plus mal ».

Un alignement de la fin de l’expérimentation sur celle prévue pour les JO

Les amendements du député RN Julien Rancoule et notamment celui visant à élargir l’utilisation de la vidéosurveillance algorithmique « pour la sécurité des personnes » ont été rejetés. Mais, alors qu’il proposait la date du 31 décembre 2029 comme fin de l’expérimentation, les députés ont choisi d’aligner cette date avec celle du texte sur la vidéosurveillance algorithmique pour les JO de 2030 voté récemment.

Ainsi, le texte garde l’affichage d’un projet « à titre expérimental », mais l’amendement du député Renaissance Florent Boudié ramène la date de fin officielle du dispositif au 31 décembre 2027 et prévoit la remise d’un rapport d’évaluation par le gouvernement au 30 septembre 2027.

Pour la vidéosurveillance algorithmique des JO (qui auront lieu en 2030), cette date du 31 décembre 2027 avait été justifiée par la rapporteure du texte, Véronique Riotton (députée Renaissance), du fait que « le législateur bénéficiera d’une évaluation sur les cas d’usage et sur le déploiement de la vidéosurveillance algorithmique qui lui permettra de décider si celle-ci constitue un bon outil en vue des JO », événement ponctuel.

Mais pour l’utilisation dans les magasins, ce texte va mécaniquement engendrer une croissance de l’utilisation du dispositif, notamment par les centres commerciaux qui ont les moyens de le déployer. Il sera d’autant plus difficile de revenir en arrière, alors que le texte est déjà justifié par le fait qu’il est déployé illégalement dans des milliers de commerces.

Le texte adopté par l’Assemblée nationale ce lundi 16 février doit maintenant passer par le Sénat, et devra revenir devant les députés si les sénateurs ne le votent pas en l’état.

[Test] VPS pas cher (5 euros) : LWS utilise la virtualisation LXC(FS) et impose des bridages

17 février 2026 à 10:25
« VPS pas cher »
[Test] VPS pas cher (5 euros) : LWS utilise la virtualisation LXC(FS) et impose des bridages

LWS cible l’entrée de gamme et nos tests sur le VPS LC1 le confirment : des performances ras des pâquerettes, une bande passante limitée à 100 Mb/s, voire 10 Mb/s. Le VPS n’a rien pour se démarquer de la concurrence, si ce n’est de la virtualisation LXC… mais est-ce une bonne nouvelle ? On vous explique de quoi il retourne.

Après Ionos qui ouvrait le bal de notre dossier sur les tests de serveurs virtuels privés à petit prix (5 euros ou moins), nous passons à LWS pour Ligne Web Services, filiale de la société française Groupe LWS qui existe depuis 1999. Elle s’est principalement installée sur l’entrée de gamme, que ce soit sur les noms de domaine, l’hébergement et les serveurs.

La gamme qui nous intéresse est intitulée « VPS pas cher », au moins le ton est donné. Pour 3,59 euros par mois, nous n’avons toutefois pas grand-chose : un seul vCore d’un CPU Intel Xeon E5-1630 v3 (Haswell) selon la fiche produit. Celui-ci commence à accuser un certain âge : 2014, on est donc loin de l’EPYC chez Ionos.

L’unique cœur est épaulé par 2 Go de mémoire, mais aussi un Vswap de 2 Go supplémentaire qui est du stockage « SSD NVMe (+ 3500 Mo/s) ce qui double la mémoire RAM et améliore les performances ». Si le stockage NVMe est rapide, il est encore très loin des performances de la mémoire et ne devrait pas vraiment faire illusion. Bref, considérez que la machine a uniquement 2 Go de mémoire. Pour le stockage, nous avons 20 Go de SSD.

Il existe aussi un LC2 avec deux cœurs, 4 Go de mémoire et 40 Go de SSD à 7,19 euros, ainsi qu’un LC3 avec de nouveau 2 cœurs, 8 Go de mémoire et 80 Go de stockage pour 11,99 euros. Les tarifs des LC2 et LC3 semblent assez élevés vu les caractéristiques techniques et la concurrence.

100 Mb/s seulement et trafic « illimité* », importante l’étoile !

L’hébergeur annonce la couleur : 100 Mb/s de bande passante et un « trafic illimité » sont inclus dans le pack. D’après nos tests, la limitation à 100 Mb/s est bien présente avec 92 à 94 Mb/s de moyenne en téléchargement sur nos deux fichiers de 1 Go. Le serveur tombe même sous les 40 Mb/s avec le fichier de 10 Go sur les serveurs de Free, et ce sur l’ensemble des cinq passes de notre protocole de test.

À regarder l’interface, on découvre une jauge avec une limite de « Transfert mensuel » à 256 Go (c’est quand même peu selon les usages). Dans l’aide, nous trouvons l’explication : il y a des limites de bande passante sur les serveur VPS en fonction de l‘usage. Avec notre VPS LC1, nous n’avons droit qu’à 256 Go à 100 Mb/s (qui est déjà la limitation la plus forte de notre comparatif), puis la bande passante est divisée par 10 avec seulement 10 Mb/s. C’est comme l’illimité des opérateurs téléphonique : une fois le « fair use » dépassé (256 Go dans notre cas), les performances sont plombées.

Autre limitation qui n’est pas indiquée sur la page produit : on ne peut pas dépasser 3 500 processus sur votre VPS LC1. Là encore, une jauge est présente dans l’interface. Sur la mémoire, seuls les 2 Go de RAM sont indiqués, il n’est pas fait mention du VSwap sur l’interface d’administration.

Dans sa foire aux questions (enfin sa foire aux deux questions), LWS précise la philosophie de son offre (dans un texte bourré de fautes) :

« Le prix, la performance et le niveau de services ! Le VPS pas cher est une offre qui permet d’avoir un serveur VPS avec l’essentiel. réservée au clients avertis, le serveur sera de haute qualité et fiabilité mais vous seul assurerez son administration et système de sauvegarde. Un serveur dédié VPS pro sera sur du métériel toute dénière génération offrant plus de pérformances et il sera inclus de l’infogérance ».

Service d’assistance et d’infogérance en option

Au niveau des systèmes d’exploitation, LWS propose Ubuntu 24.04, AlmaLinux 9, CentOS 9, Rocky Linux 9 et Debian 12. Il y a bien une option Snapshots, mais cliquez dessus et vous aurez le message suivant : « Les snapshots ne sont pas disponibles sur la gamme VPS Low Cost ». Aucun choix géographique n’est proposé, il est juste indiqué que « les serveurs VPS sont tous hébergés en France ». Comme Ionos, LWS propose 30 jours d’essai gratuit.

Dans l’interface de gestion de notre compte, deux niveaux de services payants pour de l’assistance sont disponible. Le premier, dit Business, est à 16,80 euros TTC avec assistance technique prioritaire par astreinte, infogérance niveau 2 pendant 1 h par mois, garantie de temps de rétablissement H+4 jours et heures ouvrables…

Avec le service Sérénité (via un partenaire, dutiko), il faudra débourser 120 euros par mois pour avoir en plus une garantie de temps de rétablissement H+4 24/7, une astreinte 7j/7, 24 h/24, une supervision logiciel 24/7, une intervention pro-active pour les mises à jour de l’OS, du kernel, du pare-feu et de sécurité, de l’infogérance (Debian, Ubuntu server, Gentoo et CentOs)… Il faut donc payer 120 euros en plus des 3,59 euros par mois… D’autres hébergeurs proposent aussi de l’infogérance sur certains VPS, si ce genre de service vous intéresse, comparez les offres !

Performances en berne, et relativement instable

Avant d’entrer dans le détail, voici le diagramme de Kiviat de LWS. Comme avec Ionos, nous avons mis pour référence la moyenne de tous les VPS de notre comparatif (ligne pointillée) et les résultats de LWS sur cinq catégories de benchmarks. L’hébergeur est systématiquement en dessous ou au niveau de la moyenne, sans se démarquer positivement sur un critère particulier.

L’ensemble de nos mesures sur le VPS LWS est disponible dans cette feuille de calcul ODS. Vous pouvez également consulter le rapport Geekbench à cette adresse.

Passons rapidement sur les performances, au ras des pâquerettes : c’est le score CPU le plus faible sur Sysbench 1T… et le VPS n’a rien pour se rattraper puisqu’il ne propose qu’un seul vCore et d’un processeur qui accuse déjà un certain âge (plus de 10 ans selon la fiche produit LWS… mais elle n’est peut-être pas à jour).

Mais surtout LWS est la machine avec la plus grande variation sur les résultats. Pour rappel, chaque mesure est faite cinq fois, nous éliminons le maximum et minimum de chaque benchmark, puis faisons la moyenne des trois résultats restants. L’ensemble des mesures est touché par les variations, qu’on enlève ou pas les extrémités.

L’écart est généralement de l’ordre de quelques pourcents pour les mesures de nos différents VPS, sauf chez LWS où il n’est pas rare de dépasser les 20 % et 50 % sur les performances CPU et la mémoire. Sur le stockage, les performances varient parfois du simple au double… Finalement seuls les tests réseau sont à peu près stables.

Là ou la moyenne des écarts des tests était sous les 3 % chez Ionos, elle est à près de 18 % chez LWS.

Virtualisation LXC : on remonte jusqu’à l’hôte pour voir ce qu’il raconte

Une autre particularité de LWS, partagée avec YorkHost, est d’utiliser LXC (LinuX Containers) pour la virtualisation et donc de partager le même noyau entre les VPS. Cette manière n’est pas sans conséquence pour les utilisateurs : elle « est utilisé pour faire fonctionner des environnements Linux isolés les uns des autres dans des conteneurs, partageant le même noyau et une plus ou moins grande partie du système hôte. Le conteneur apporte une virtualisation de l’environnement d’exécution (processeur, mémoire vive, réseau, système de fichier…) et non pas de la machine. Pour cette raison, on parle de « conteneur » et non de « machine virtuelle » », explique Wikipédia.

Il existe aussi une version plus récente, LXCFS (qui semble être utilisée par LWS). C’est « un système de fichiers FUSE utilisé pour contourner certaines lacunes du noyau Linux en ce qui concerne les informations des ressources système disponibles aux processus exécutant dans des conteneurs ». L’idée est de davantage présenter aux logiciels un état des lieux des ressources allouées au VPS et pas celle de la machine dans son intégralité.

Que ce soit en LXC ou en LXCFS, nous pouvons remonter jusqu’à l’hôte physique et ainsi voir un peu dans quel état il est, surtout au niveau de sa charge processeur, mémoire et stockage. On utilise pour cela lscpu et sysinfo(). On peut déjà apprendre que l’uptime de l’hôte est de près de 10 500 heures, soit un peu moins de 440 jours (alors que notre VPS n’avait que quelques jours à l’époque).

Et là, surprise. Le CPU retourné est un « Intel(R) Xeon(R) CPU E5-2650 v3 @ 2.30GHz » avec 10 cœurs et 20 threads, avec 128 Go de mémoire vive. C’est également un CPU de la génération Haswell, mais avec une grosse différence : plus de cœurs, mais surtout une fréquence de base et boost bien plus basse.

Alors que le E5-1630 v3 annoncé par LWS est à 3,7 GHz en fréquence de base et monte jusqu’à 3,8 GHz, le E5-2650 v3 détecté dans notre VPS est limité à respectivement 2,3 et 3,0 GHz. Une différence importante avec forcément une influence sur les performances.

Voici des exemples concrets de commandes dans un terminal de notre serveur, avec pour commencer celles interceptées par LXC(FS), qui retournent donc 2 Go de mémoire et un seul cœur (soit les caractéristiques de notre VPS) :

root@vps118018:~# cat /proc/meminfo | head - 1
MemTotal: 2097152 kB

root@vps118018:~# grep processor /proc/cpuinfo
processor : 0

2097152 kB font bien 2 Go, tandis que 0 signifie un cœur accessible, car l’ordinateur les compte de 0 à 19 (il y en a 20 avec l’hyperthreading). En effet, si on interroge directement l’hôte qui répond 128 Go de mémoire et 20 cœurs :

root@vps118018:~# lscpu | grep -E "CPU(s)|On-line|Off-line"
CPU(s): 20
On-line CPU(s) list: 0
Off-line CPU(s) list: 1 - 19

On apprend aussi que la charge moyenne (load) est entre 15 et 16, soit 75 % de saturation moyenne sur une machine avec 20 threads. Niveau mémoire, 90 à 94 % des 128 Go sont utilisés. Afin d’avoir une vision à plus long terme, nous avons lancé un script de suivi du serveur pendant 24 h.

La charge minimum était de 9, le maximum de 32, mais cela n’a pas duré longtemps. La période la plus chargée était entre 1 et 2 h du matin, puis à 12h30, 22 h et 5h30. Dans tous les cas, la moyenne sur 30 minutes de la charge de l’hôte était comprise entre 14 et 18. Nous n’avons pas détecté de CPU Steal sur notre VPS.

Conclusion ? On passe…

L’offre « VPS pas cher » de LWS porte bien son nom, mais on ne conseille pas vraiment de passer chez cet hébergeur à cause de la grande instabilité des performances. Il ne propose en plus qu’un seul cœur là où d’autres en mettent deux ou quatre. Les limitations sur le réseau sont importantes en termes de débit et de quantité.

Le serveur VPS de chez LWS avait par contre un avantage : nous permettre de détailler le fonctionnement de LXC(FS), c’est toujours ça de pris ! Dans l’ensemble des VPS que nous avons testés, un seul autre utilise cette méthode de virtualisation qui partage le même noyau Linux : YorkHost. Les autres sont en KVM et on ne peut donc pas remonter (en tout cas à notre niveau) jusqu’à l’hôte.

Le flou autour de la notion d’IA : une tactique de greenwashing à part entière ?

17 février 2026 à 08:28
IA trop de pétrole
Le flou autour de la notion d’IA : une tactique de greenwashing à part entière ?

L’essentiel des affirmations selon lesquelles l’intelligence artificielle permettra de réduire les émissions de CO2 ou de lutter contre l’urgence climatiques ne reposent sur aucune preuve, ou des éléments très faibles. Par ailleurs, l’absence de définition précise de ce qu’est l’IA participe directement à minimiser les impacts de la filière, selon un rapport publié ce jour.

Que ce soit pour vendre directement ses produits, ou pour assurer que ses prochaines innovations permettront d’améliorer l’état de la planète, l’industrie de l’intelligence artificielle est très forte en marketing. C’est du moins l’une des conclusions qu’on peut tirer d’un rapport publié ce 17 février sur le « canular climatique de l’IA ».

Porté par un consortium d’associations environnementales réunissant Beyond Fossil Fuels, Climate Action against Disinformation, Les Amis de la Terre, Stand.earth, Green Screen Coalition et Green Web Foundation, le document se penche en une trentaine de pages sur les affirmations de l’industrie de l’IA en matière d’impacts environnementaux. En tête de ses constats : trois messages sur quatre affirmant que l’IA servira d’une manière ou une autre le climat ne reposent sur aucune preuve. Lorsqu’elles sont présentes, ces dernières sont généralement fragiles.

L’affirmation selon laquelle l’IA permettra une réduction globale des émissions de dioxyde de carbone (CO₂) joue généralement sur le flou de la définition de l’intelligence artificielle : sur 154 affirmations de bénéfices climatiques étudiées, le rapport constate que 97 % concernent des systèmes « traditionnels », c’est-à-dire spécialisés dans des tâches spécifiques. Toutes issues du Microsoft AI & Sustainability Playbook publié en 2023, seulement 4 concernent des modèles d’IA générative accessibles au grand public. « Cette analyse n’a trouvé aucun exemple dans lequel un système génératif grand public comme ChatGPT, Gemini ou Copilot menaient à des niveaux vérifiables et substantiels de réductions des émissions », indique l’étude.

L’IA générative, ou l’abandon des objectifs d’émission de CO2

La promesse que le développement de l’IA permettra d’obtenir une réduction drastique des émissions de CO₂ se retrouve dans des travaux variés, que ce soit le rapport « Énergie et IA » de l’agence internationale de l’énergie, ou diverses publications dans le média scientifique Nature, par exemple signées par l’économiste britannique Nicholas Stern ou par la directrice des sciences durables et de l’innovation de Microsoft.

Globalement, pourtant, les preuves avancées pour étayer ces promesses sont faibles. La notion d’« intelligence artificielle » participe même à brouiller les messages : selon le type de modèle, les enjeux énergétiques sont loin d’être les mêmes. Dessinant deux grandes catégories en la matière – IA génératives, et modèles traditionnels -, le rapport souligne que pour l’essentiel, les applications d’IA qui fournissent de réelles applications dans différents cas d’usage climatiques sont plutôt antérieures à l’explosion des grands modèles de langage et des systèmes génératifs.

Ces derniers sont par ailleurs beaucoup plus énergivores. Leur adoption a mené l’essentiel des géants numériques à abandonner leurs promesses de réduction d’émissions de CO₂.

Visualisation des données d’émission de quatre géants numériques comparés aux cibles d’émissions qu’ils ont fournies dans les dernières années. Les émissions « non ajustées » (unadjusted) estiment le volume d’énergie fossiles dans leur consommation globale d’énergie. Les émissions « ajustées » (adjusted) intègrent leurs certificats d’entreprises de production d’énergie renouvelables et leurs contrats d’achat d’électricité. / The AI Climate Hoax, 2026

L’imprécision tactique, technique de greenwashing à part entière

Les preuves avancées sont, par ailleurs, sujettes à débat. Sur 154 affirmations étudiées, 26 % citent des articles scientifiques, 29 % citent des publications d’entreprises, 8 % se réfèrent à des médias, des institutions, des ONG ou des articles non revus par les pairs. La plus grande part (36 %) ne citent aucune preuve solide. Qu’il s’agisse de sites web ou de rapports de durabilité, les publications d’entreprises ne mentionnent généralement pas d’éléments de preuve vérifiables ou de citations d’articles scientifiques revus par les pairs.

Estimations des consommation d’énergie pour les modèles génératifs ou spécialisés en fonction de quatre scénarii. / The AI Climate Hoax, 2026

La tendance des géants du numérique au greenwashing n’est pas neuve, souligne le rapport. Par le passé, de nombreux acteurs ont diverses tactiques allant de l’opacité sur leurs émissions de CO₂ (y compris via l’achat de compensation carbone), des promesses non remplies de technologies à venir (comme le recours à la fusion nucléaire, la capture carbone, les centres de données installés dans l’espace et alimentés par énergie solaire, etc), le « fatalisme tactique » (qui consiste, pour un dirigeant en vue, à déclarer les objectifs climatiques irréalisables). Le document conclut néanmoins que l’affirmation selon laquelle l’IA (utilisée de manière indéfinie) permettra nécessairement de bénéficier à la situation climatique est une nouvelle tactique à part entière, qu’il qualifie d’« imprécision tactique ».

En octobre 2025, Beyond Fossil Fuels avait par ailleurs fait interroger 5 032 Européens de l’Ouest sur l’expansion des centres de données sur le continent. À travers les cinq pays sollicités (Irlande, Royaume-Uni, Espagne, Allemagne et Suisse), près des trois quarts (72 %) étaient d’accord avec l’idée qu’un nouveau centre de données « ne devrait être construit que s’il est alimenté par des sources d’énergie renouvelables » et les deux tiers (64%) estimaient qu’un centre de données ne devrait pas être construit s’il était alimenté par des énergies fossiles.

Aux États-Unis, fin 2025, des centaines d’organisations environnementales demandaient au Congrès de prendre un moratoire pour freiner le développement du secteur et la pression que celui-ci crée sur l’industrie de l’énergie. Outre-Atlantique, cette dernière est encore issue aux deux tiers des énergies fossiles. En Europe, si la France peut s’appuyer sur sa production nucléaire, ce n’est pas le cas de tous ses voisins européens.

☕️ Chrome et Firefox reçoivent des mises à jour de sécurité

17 février 2026 à 08:01

Chrome et Firefox ont tous deux fait l’objet cette semaine de mises à jour de sécurité. Du côté de la fondation Mozilla, Firefox passe en version 147.0.4, pour corriger une vulnérabilité susceptible d’entraîner un dépassement de tampon, publiée lundi 16 février.

Considérée comme de sévérité haute, elle a été observée au niveau de libvpx, la bibliothèque de codecs vidéo gratuite de Google et de l’Alliance for Open Media. Outre Firefox 147, dernière version en date, le correctif concerne également les versions ESR 140.7.1, et ESR 115.32.1 de Firefox, ainsi que le client de messagerie Thunderbird, qui passe pour sa part en versions 147.0.2 et 140.7.2.

Mozilla profite également de cette version 147.0.4 pour corriger un bug susceptible d’afficher une page vide lors de l’ouverture du navigateur ou d’un nouvel onglet.

Notes de version succinctes pour Firefox 147.0.4

Côté Chrome, la dernière version en date a déjà dû faire son arrivée chez la plupart des utilisateurs puisque Google a annoncé le début du déploiement le 13 février dernier. Estampillé 145.0.7632.75/76 sur Windows/Mac ou 144.0.7559.75 sous Linux, le correctif intervient pour combler une vulnérabilité (CVE-2026-2441) découverte deux jours plus tôt. Elle aussi associée à une sévérité haute, elle présente surtout l’inconvénient d’être déjà exploitée, indique Google.

Vivaldi est également intervenu rapidement pour corriger la faille, avec une version 7.8, diffusée le 13 février dernier, qui en profite pour résoudre plusieurs petits bugs mineurs.

Sous Firefox comme sous Chrome, il est possible de vérifier la version du logiciel dont vous disposez et de demander la recherche de mises à jour en vous rendant dans le menu Aide, onglet À propos.

☕️ Rétrogaming : RecalBox 10 s’ouvre aux Steam Deck et inaugure une nouvelle interface

17 février 2026 à 07:06

La distribution open source dédiée au rétrogaming RecalBox passe en version 10 avec, entre autres nouveautés, une compatibilité matérielle étendue aux dernières machines du moment. L’équipe annonce ainsi la prise en charge des derniers Raspberry Pi 5 (2 Go) et Raspberry Pi 500, des Steam Deck de Valve (LCD ou OLED), le support expérimental des Asus ROG Ally et Lenovo Legion Go, ainsi qu’une meilleure compatibilité globale avec les PC récents.

La prise en charge s’étend aussi au niveau des composants et accessoires plus spécifiques au rétrogaming, avec support des boitiers Retroflag et Argon One v3, des spinners basés sur Arduino, et prise en charge expérimentale des pistolets GunCon 2 pour TV CRT. L’équipe garantit par ailleurs, logiquement, la prise en charge de ses propres accessoires comme le RGB Dual 2 qui avait recueilli 140 000 euros de précommandes sur Kickstarter fin 2025.

RecalBox 10 inaugure de nouveaux thèmes graphiques

Sur le volet logiciel, RecalBox 10 signe le début de l’émulation des consoles de sixième génération. Sur PC et Steam Deck, la Xbox originale est prise en charge, tandis que sur Pi 5 l’environnement donne accès aux jeux Nintendo DS, GameCube et Wii.

Cette nouvelle version promet enfin une amélioration générale des performances et de l’interface avec, entre autres, un nouveau gestionnaire de thèmes et, surtout, une nouvelle fonctionnalité dédiée à la navigation et à l’organisation des bibliothèques de jeux. RecalBox 10 est dès à présent disponible au téléchargement.

Cette frise résume les grandes étapes du projet RecalBox depuis ses débuts en 2015
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