Vue normale

L’État autorise la vente d’Exaion à Mara sous conditions, Xavier Niel entre au capital

20 février 2026 à 14:17
Une ténébreuse affaire
L’État autorise la vente d’Exaion à Mara sous conditions, Xavier Niel entre au capital

Bercy a annoncé vendredi après-midi son accord pour la vente d’Exaion par EDF à l’américain Mara, assorti de plusieurs conditions censées garantir la protection des intérêts français. Le montage prévoit l’entrée d’un nouvel investisseur au capital : Xavier Niel, via sa holding NJJ.

L’affaire était devenue très politique, avec un retentissement qui dépassait sans doute la portée réelle des activités d’Exaion en matière de souveraineté énergétique ou industrielle. Qu’importe, l’État semble avoir réussi à négocier avec Mara des conditions à même d’éteindre la polémique : Bercy a en effet annoncé vendredi avoir autorisé la vente d’Exaion à l’américain, mais en l’assortissant de plusieurs conditions contraignantes.

Ancrage et gouvernance propice aux intérêts français garantis

Bercy impose en premier lieu l’internalisation chez EDF de la plupart des activités que son ancienne filiale réalisait pour le groupe, de façon à assurer « l’absence d’hébergement de toute donnée sensible d’EDF sur les serveurs d’Exaion ». Pour les sujets moins sensibles, l’accord prévoit le maintien en France des activités réalisées par Exaion au profit de son ancienne maison mère.

L’État indique par ailleurs avoir fait lever la clause de non-concurrence exigée au départ par Mara de l’ancien propriétaire, qui aurait pu empêcher l’énergéticien de développer certains projets en rapport avec le calcul ou les infrastructures informatiques.

Xavier Niel dans les bagages

Enfin, il a obtenu que l’offre d’acquisition soit révisée pour faire entrer un nouvel acteur autour de la table, le fonds NJJ détenu par Xavier Niel. Du fait de ce nouvel actionnaire, présent aux côtés d’EDF Pulse Holding et donc du nouveau majoritaire qu’est Mara, « les intérêts français représentent désormais près de la moitié du capital d’Exaion », affirme Bercy.

L’investissement de NJJ s’incarne par une prise de participation de 10 % au capital de Mara France, la société de tête qui va intégrer les activités d’Exaion.

« Le conseil d’administration d’Exaion comptera trois représentants désignés par Mara Inc, trois représentants désignés par EDF Pulse Ventures, un représentant désigné par NJJ et le directeur général et co-fondateur d’Exaion. Xavier Niel ainsi que Fred Thiel, CEO Mara Inc, siégeront au sein du conseil d’administration d’Exaion. », précise EDF, qui reste donc à la fois client et actionnaire d’Exaion.

« Dans cette opération, l’État avance sur deux jambes : nous confirmons l’attractivité de la France pour les investissements internationaux, tout en assurant une protection intransigeante de nos intérêts stratégiques et de notre souveraineté technologique. », se félicite Roland Lescure, ministre de l’Économie, dans un communiqué.

Élections municipales : comment TikTok se prépare aux ingérences et désinformations

20 février 2026 à 14:02
La taca-taca-taca-tac-tactique de TikTok
Élections municipales : comment TikTok se prépare aux ingérences et désinformations

À l’aune des élections municipales, prévues les 15 et 22 mars, TikTok, qui dénombre près de 28 millions d’utilisateurs actifs quotidiens en France, explique reposer sur 588 modérateurs « en langue française », et 50 experts en intégrité électorale, modération, presse et juridique.

« Pour ces municipales, nous avons adopté le dispositif que nous réservons d’ordinaire aux scrutins nationaux », indique aux Échos Gaultier Brand-Gazeau, l’ex-chef du service économique de la Direction générale du Trésor à Dublin, devenu en septembre 2025 directeur des affaires publiques et gouvernementales de TikTok France (dont le siège européen est en Irlande) :

« Nous avons une équipe de 50 experts en intégrité électorale, modération, presse et juridique. Nous travaillons avec l’ONG A voté, nous faisons de la pédagogie avec les créateurs de contenus, et j’ai rencontré tous les partis politiques. »

TikTok échange aussi régulièrement avec le Réseau de coordination et de protection des élections (RCPE), créé en réponse à la menace des ingérences étrangères en période électorale et composé d’administrations et d’autorités indépendantes compétentes en matière électorale : l’Arcom, la CNCCFP, le secrétariat général du Gouvernement, le ministère de l’Intérieur, le service de vigilance et protection contre les ingérences numériques étrangères VIGINUM et son Comité éthique et scientifique, chargé de suivre son activité.

588 modérateurs « en langue française »

« Nous n’avons jamais eu la prétention de devenir la place du village politique », pointe Gaultier Brand-Gazeau, mais a dû s’adapter, relèvent Les Échos avec près de 28 millions d’utilisateurs actifs quotidiens en France, dont des personnalités politiques très en vues : Jordan Bardella y dénombre 2,3 millions d’abonnés et près de 79 millions de « J’aime », Jean-Luc Mélenchon 2,7 millions d’abonnés et près de 47 millions de « J’aime », Emmanuel Macron 6,6 millions d’abonnés et près de 67 millions de « J’aime ».

Et ce, d’autant que TikTok était au cœur des opérations d’influence ayant conduit à l’annulation des élections en Roumanie en 2024, et que la Commission européenne a récemment « conclu à titre préliminaire que TikTok enfreignait la législation sur les services numériques en raison de sa conception addictive. Cela inclut des fonctionnalités telles que le défilement infini, la lecture automatique, les notifications push et son système de recommandation hautement personnalisé ».

Ancien responsable des affaires internationales de La French Tech, puis haut fonctionnaire de la Direction générale du Trésor, Gaultier Brand-Gazeau souligne que TikTok entend « protéger l’intégrité de l’information » grâce à 4 600 modérateurs, dont 588 « en langue française », sans pour autant préciser combien couvrent la France en propre, et non les pays francophones. À titre de comparaison, TikTok revendiquait, à l’aune des élections européennes de 2024, qu’« en Europe, plus de 6 000 personnes sont dédiées à la modération de contenu ».

Afin de protéger l’intégrité des élections, lutter contre la désinformation et les opérations d’influence, TikTok travaille en partenariat avec plus de 20 organisations de vérification des faits accréditées par l’International Fact-Checking Network (IFCN), dont l’AFP en France, chargés d’évaluer l’exactitude du contenu sur TikTok dans plus de 60 langues et 130 marchés du monde entier.

Des informations électorales « validées par le ministère de l’Intérieur »

TikTok aurait également investi 2 milliards d’euros dans l’IA, développé des modèles internes de détection des contenus générés par IA, et adhéré à la norme C2PA pour authentifier les contenus créés par IA.

Sur TikTok, les contenus réalistes générés par l’intelligence artificielle doivent en effet être étiquetés par leur créateur, rappelait un communiqué de presse en novembre dernier, qui avançait que 1,3 milliards de vidéos GenAI avaient déjà été étiquetées.

Ces derniers mois, TikTok a aussi enrichi l’étiquetage des contenus générés par l’IA (AIGC) en ajoutant davantage de contexte pour indiquer si un contenu avait été étiqueté grâce à la détection automatisée, par le créateur lui-même ou au moyen d’outils IA proposés sur la plateforme.

Les Échos précisent que l’application aurait aussi créé une page rassemblant les informations électorales, « validées par le ministère de l’Intérieur » (sans plus de précisions), qui renvoie vers du texte et bientôt des vidéos conçues par l’AFP.

L’AFP y publiait récemment un tour du monde de la désinformation électorale, mêlant contenus générés par IA, détournements d’images, manques de contexte, mais nous ne l’intégrerons pas à cette page : non content de ne pas proposer de fonctionnalité de confidentialité avancée comme le propose YouTube, la vidéo se lance en outre automatiquement, en autoplay.

☕️ La CFDT confirme un vol de données qui concerne aussi les ex-adhérents

20 février 2026 à 13:30

La Confédération française démocratique du travail (CFDT) a signalé mercredi 18 février par voie de communiqué (PDF) avoir été victime « d’une attaque informatique impliquant un téléchargement illégal de fichiers contenant des données personnelles d’adhérents ».

« Dès qu’elle a eu connaissance de cet incident, la CFDT a isolé et stoppé le serveur hébergeant ses applications. Des investigations sont en cours pour estimer l’impact de cette violation de données informatiques », écrit encore la confédération, qui indique avoir déposé plainte et averti à la fois la Cnil et l’ANSSI, conformément à ses obligations.

L’information aux adhérents a débuté dans la foulée avec une communication par email, dans laquelle la CFDT liste plus précisément la nature des données potentiellement compromises. Outre les coordonnées complètes et le couple prénom / nom, l’exposition concerne également la date d’adhésion à la confédération, et le syndicat d’affiliation. « À ce stade, aucune donnée bancaire ne serait concernée par cette faille de confidentialité », indique avec précaution ce courrier. Rappelons que la Cnil considère l’appartenance syndicale comme relevant des données sensibles.

Communiqué de presse de la CFDT daté du 18 février 2026

« Au 31 décembre 2024, la CFDT comptait 640 631 adhérentes et adhérents », indique l’organisation, qui ne précise pas le volume de comptes concernés par cette fuite de données. Le chiffre total pourrait cependant se révéler supérieur au total du nombre actuel d’adhérents. La confédération a en effet également entrepris d’avertir certains ex-adhérents que leurs données ont pu être exfiltrées dans le contexte de cette attaque.

« En tant qu’ex-adhérent.e, vos données ont pu être impactées : en effet, et conformément aux dispositions légales et réglementaires, nous conservons les données de nos ex-adhérent.es pour une durée de 4 ans à partir de la clôture de l’exercice après leur départ de la CFDT, et pendant 10 ans en ce qui concerne les documents comptables (par exemple les pièces justificatives de remboursement de frais) », justifie l’organisation dans un email consulté par Next.

Une annonce revendiquant un piratage de la CFDT est apparue le 18 février sur un forum dédié aux échanges de données volées. L’auteur y affirmait disposer des coordonnées de 1,4 million de personnes, ainsi que les informations professionnelles d’une partie des employés de la confédération. Le lien entre cette annonce et l’attaque reconnue par la CFDT n’a pas été établi.


Pannes chez AWS dues à son agent IA : Amazon se défausse sur ses employés

20 février 2026 à 11:23
La faute à celui qui est entre la chaise et le clavier, encore ?
Pannes chez AWS dues à son agent IA : Amazon se défausse sur ses employés

Plusieurs pannes chez AWS sont liées à l’utilisation en interne de ses propres agents IA par ses ingénieurs. L’entreprise qui a lancé son agent Kiro en assurant qu’il allait « au-delà du vibe coding » rejette la faute sur ses employés qui auraient laissé faire son IA.

Au moins deux pannes internes à Amazon Web Services récentes sont liées à l’utilisation de ses outils d’IA générative comme Kiro, utilisés par ses employés pour gérer ses infrastructures.

L’entreprise avait présenté son agent IA Kiro en juillet 2025 en le proposant d’abord via inscription sur liste d’attente avant de le lancer pleinement fin décembre lors de sa conférence annuelle re:Invent.

AWS présentait Kiro comme un « environnement de développement IA qui vous aide à passer du concept à la production grâce à une expérience de développement simplifiée pour travailler avec des agents IA. Kiro excelle dans le « vibe coding », mais va bien au-delà : la force de Kiro réside dans sa capacité à intégrer ces prototypes dans des systèmes de production grâce à des fonctionnalités telles que les spécifications et les hooks ».

Suppression et recréation de l’environnement sur un système en production

Mais, comme l’explique le Financial Times, l’utilisation de ces outils provoque, même en interne, des doutes sur la qualité qui en résulte. Ainsi, des employés d’AWS ont expliqué au journal économique britannique que deux pannes ont eu lieu sur les systèmes de l’entreprise alors que des ingénieurs les ont utilisés pour les gérer.

« Nous avons déjà constaté au moins deux interruptions de production [au cours des derniers mois] », explique une des sources de nos confrères. « Les ingénieurs ont laissé l’ [agent] IA résoudre un problème sans intervenir. Les interruptions étaient mineures, mais tout à fait prévisibles. »

L’une d’entre elles concerne un service utilisé par les clients ayant subi une interruption de 13 h à la mi-décembre. AWS a fait circuler en interne un postmortem de l’incident. L’outil d’Amazon Kiro aurait été utilisé par un ingénieur de l’entreprise. Et il aurait déterminé que la meilleure solution consistait à « supprimer et recréer l’environnement » du système.

Concernant l’autre panne, c’était l’outil Amazon Q Developer qui était impliqué, selon les sources du Financial Times, sans plus de détails.

Une erreur de l’utilisateur, et non une erreur de l’IA, selon AWS

Amazon a affirmé qu’il s’agissait « d’une coïncidence que des outils d’IA aient été impliqués [et que] le même problème pourrait se produire avec n’importe quel outil de développement ou action manuelle ».

L’entreprise a ajouté que « dans les deux cas, il s’agissait d’une erreur de l’utilisateur, et non d’une erreur de l’IA ». Elle assure que l’incident de décembre était un « événement extrêmement limité » qui n’a touché qu’un service dans certaines régions de Chine, et que l’autre n’a eu aucune conséquence sur les services AWS orientés client.

Amazon continue en parallèle de promouvoir l’utilisation de ses outils d’IA générative en interne qui sont en retard par rapport à certains outils de ses concurrents. L’entreprise interdit même l’utilisation de Claude Code à ses employés au profit de Kiro, ce qui a attiré des critiques en interne.

Dans un fil de discussion sur l’outil de chat de l’entreprise, environ 1 500 employés d’Amazon ont poussé à l’adoption officielle de Claude Code en interne, expliquait la semaine dernière Business Insider. Cette situation est d’autant plus étrange qu’Amazon propose à ses clients un accès à Claude Code via sa plateforme Bedrock.

Après Sonnet 4.6 chez Claude, Gemini 3.1 Pro promet un raisonnement amélioré

20 février 2026 à 10:51
Brain Dead
Après Sonnet 4.6 chez Claude, Gemini 3.1 Pro promet un raisonnement amélioré

La course aux LLM se poursuit chez les grands noms de l’IA avec, cette semaine, deux annonces successives, qui concernent respectivement Claude Sonnet 4.6, dernière version en date du modèle généraliste d’Anthropic et Gemini 3.1 Pro qui, chez Google, promet des capacités améliorées en matière de raisonnement.

Le calendrier s’accélère encore sur le front des grands modèles de langage, avec deux sorties quasi concomitantes cette semaine : Claude Sonnet 4.6 chez Anthropic et Gemini 3.1 Pro chez Google. Deux semaines plus tôt, ce sont Claude Opus 4.6 et GPT-5.3 Codex qui s’affrontaient dans l’actualité, illustrant le caractère presque frénétique du rythme de publication adoptés par les acteurs de l’IA générative.

Sonnet 4.6 se rapproche d’Opus

Chez Anthropic, Opus (le modèle haut de gamme dédié aux tâches complexes) n’aura pas conservé longtemps l’exclusivité des nouveautés de Claude 4.6. Sonnet (le modèle courant proposé par défaut, moins gourmand en tokens) intègre en effet les principales, à commencer par sa fenêtre contextuelle désormais étendue à un million de jetons. Ce paramètre est important pour les usages avancés, puisqu’il définit la quantité d’information que le modèle peut traiter et conserver en mémoire dans le cadre d’une conversation avec l’usager.

Anthropic ne détaille pas les emprunts précis de Sonnet à Opus, mais affirme dans le tableau qui résume les performances de ses modèles et les compare à la concurrence que Sonnet 4.6 talonne, voire dépasse, son aîné sur la plupart des scénarios fonctionnels (code, analyse financière, traitements agentiques). Opus 4.6 garderait tout de même une longueur d’avance sur les raisonnements complexes.

Face à la concurrence, les deux modèles 4.6 seraient supérieurs à GPT-5.2 et Gemini 3 Pro sur la plupart des scénarios d’usage. Rappelons que les chiffres présentés dans ce tableau émanent d’outils de mesure (benchmarks) choisis et opérés par Anthropic. L’entreprise double ces mesures de quelques sondages réalisés auprès de ses utilisateurs, qui mettent quant à eux en lumière un réel progrès en passant de 4.5 à 4.6, notamment sur le code.

Anthropic revendique des performances en nette hausse pour Claude Sonnet 4.6

Sonnet 4.6 est désormais utilisé par défaut sur tous les abonnements à Claude, y compris dans sa version gratuite. « Nous avons également mis à niveau notre offre gratuite vers Sonnet 4.6 par défaut ; elle inclut désormais la création de fichiers, les connecteurs, les compétences et la compression. », indique à ce sujet l’entreprise.

Gemini 3.1 Pro mise sur le raisonnement

Chez Google, c’est donc le déploiement de Gemini 3.1 Pro qui commence au travers des différents produits et modèles de la gamme.

3.1 Pro offrirait, selon Google, des performances doublées en matière de raisonnement sur ARC-AGI-2, l’outil de mesure de la fondation ARC Prize, qui fait aussi office de mètre étalon chez Anthropic. Gemini 3.1 Pro obtiendrait à ce niveau un score de 77,1 %, soit près de dix points de plus que ce qu’obtient Claude Opus 4.6.

Au-delà des performances synthétiques, Google promet une amélioration sensible des performances dans les usages appliqués, prenant comme exemple la génération d’une animation SVG à partir d’une requête texte.

« À compter d’aujourd’hui, Gemini 3.1 Pro est déployé dans l’application Gemini avec des limites plus élevées pour les utilisateurs disposant des abonnements Google AI Pro et Ultra. La version 3.1 Pro est également disponible sur NotebookLM, exclusivement pour les utilisateurs Pro et Ultra. Les développeurs et les entreprises peuvent dès maintenant accéder à la version préliminaire de Gemini 3.1 Pro via l’API Gemini, grâce à AI Studio, Antigravity, Vertex AI, Gemini Enterprise, Gemini CLI et Android Studio. », précise Google.

Gemini 3.1 Pro est censé écraser la concurrence sur les raisonnements abstraits

La Chancellerie et VIGINUM accélèrent la lutte contre les manipulations de l’information

20 février 2026 à 10:01
Le changement c'est maintenant !
La Chancellerie et VIGINUM accélèrent la lutte contre les manipulations de l’information

Le ministère de la Justice vient de publier deux circulaires relatives à la mobilisation de l’autorité judiciaire dans la lutte contre les ingérences étrangères et les manipulations de l’information. VIGINUM, de son côté, a accéléré le rythme et le volume de ses initiatives et partenariats.

La « Stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l’information 2026 - 2030 » que vient de publier le Secrétariat de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), et à laquelle nous avons déjà consacré trois articles, ne chiffre aucun budget dédié. Reste donc à savoir si l’intendance suivra.

Signe cela dit que cette stratégie ne relève ni d’une lettre d’intention ni d’un vœu pieux, le garde des Sceaux vient de publier deux circulaires relatives à la mobilisation de l’autorité judiciaire dans la lutte contre les ingérences étrangères et les manipulations de l’information.

En outre, de nombreuses initiatives initiées par ou avec le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (VIGINUM) ont d’ores et déjà été mises en œuvre ces trois derniers mois.

Les manipulations de l’information ne font l’objet d’aucune définition juridique

La première circulaire, datée du 21 janvier 2026 et relative à la mobilisation de l’autorité judiciaire dans la lutte contre les ingérences étrangères, précise que « si les critères d’attribution de compétence en vigueur aboutissent déjà en pratique au traitement de l’essentiel de ces procédures par le parquet de Paris (au titre de sa compétence en matière militaire, de cybercriminalité ou encore de criminalité organisée complexe), cette centralisation doit être pleinement entérinée par l’établissement d’une compétence exclusive de fait du parquet de Paris en la matière ».

La circulaire réclame également, « afin de faciliter et de fluidifier l’échange d’information », qu’un magistrat du parquet référent en matière d’atteintes aux intérêts fondamentaux de la Nation (AIFN) soit désigné au sein de chacun des neuf parquets des juridictions spécialisées en matière militaire d’ici le 31 janvier 2026.

La seconde, datée du 26 janvier 2026 et relative à la mobilisation de l’autorité judiciaire dans la lutte contre les manipulations de l’information, relève que si « les manipulations de l’information ne font l’objet d’aucune définition juridique », elles « revêtent certaines caractéristiques, qui permettent de les distinguer de l’exercice normal du droit de chacun à s’exprimer librement, constitutionnellement garanti » :

  • « un caractère délibéré, la manipulation ne pouvant procéder d’une simple erreur de celui qui s’exprime ;
  • un caractère clandestin, l’altération de l’information étant masquée à son destinataire ;
  • un caractère malveillant ou hostile ;
  • l’intention d’agir sur l’opinion publique et/ou de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation au sein de laquelle elles s’expriment ».

La circulaire souligne que « si les manipulations de l’information ne sont pas nécessairement en elles-mêmes pénalement répréhensibles, certains comportements relevant de ce phénomène peuvent néanmoins être constitutifs d’infractions pénales ».

Sont visées des infractions de droit commun (à l’image du délit d’usurpation d’identité) ou prévues par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse (telle que la publication, diffusion ou reproduction de fausses nouvelles), relevant du champ de la cybercriminalité (réprimant par exemple la publication de deepfake) ou du code électoral (comme le délit de diffusion de fausses nouvelles afin de fausser un scrutin) ainsi que les infractions d’atteintes aux intérêts fondamentaux de la Nation.

Des référés de droit commun, de presse et électoraux

La circulaire invite également les procureurs à « recourir, autant que de besoin, aux dispositifs civils que peut activer le ministère public afin de prévenir des manipulations de l’information ou d’y mettre fin », au travers de référés, une procédure judiciaire d’urgence qui permet au juge de prononcer rapidement des mesures provisoires, dans le respect du débat contradictoire, en attendant un jugement sur le fond.

Un focus annexé à la circulaire et consacré à l’appréhension judiciaire de la lutte contre les manipulations de l’information rappelle que le « référé de droit commun » permet de prescrire « les mesures conservatoires (…) pour prévenir un dommage imminent ou pour faire cesser un trouble manifestement illicite » en cas de diffusion de fausses informations. Il souligne qu’il est possible, pour obtenir une décision encore plus rapide, de solliciter l’autorisation d’assigner « d’heure à heure ».

La loi pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN) permet en outre au président du tribunal judiciaire « statuant selon la procédure accélérée au fond de prescrire à toute personne susceptible d’y contribuer toutes les mesures propres à prévenir un dommage ou à faire cesser un dommage occasionné par le contenu d’un service de communication au public en ligne », rappelle le ministère.

Le « référé presse » de l’article 50 - 1 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse permet quant à lui au juge des référés saisi par le ministère public ou toute personne physique ou morale ayant intérêt à agir de « prononcer l’arrêt d’un service de communication au public en ligne » lorsque des infractions « résultent de messages ou informations mis à disposition du public par un service de communication au public en ligne et qu’ils constituent un trouble manifestement illicite ».

« Le référé presse ne peut toutefois être employé que pour faire cesser certaines infractions limitativement énumérées », tempère le ministère :

  • messages tendant à la provocation de certains crimes ou délits (atteintes volontaires à la vie, à l’intégrité de la personne, agressions sexuelles, destructions, dégradations et détériorations volontaires dangereuses pour les personnes),
  • apologie ou contestation de crimes de guerre, de génocide, contre l’humanité ou de collaboration avec l’ennemi, « y compris si ces crimes n’ont pas donné lieu à la condamnation de leurs auteurs »,
  • diffamation et injure aggravée (envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion, leur sexe, orientation sexuelle ou identité de genre ou handicap).

Enfin, le « référé électoral » permet de son côté de lutter contre la diffusion de fausses informations pendant les trois mois précédant le premier jour du mois d’élections générales et jusqu’à la date du tour de scrutin, « lorsque des allégations ou imputations inexactes ou trompeuses d’un fait de nature à altérer la sincérité du scrutin à venir sont diffusées de manière délibérée, artificielle ou automatisée et massive par le biais d’un service de communication au public en ligne ».

Le ministère souligne que ce référé est exclu en cas d’élections locales, et qu’il est limité « à la lumière de la réserve de constitutionnalité » émise par le Conseil constitutionnel en 2018, pour qui « les allégations ou imputations mises en cause ne sauraient, sans que soit méconnue la liberté d’expression et de communication, justifier une telle mesure que si leur caractère inexact ou trompeur est manifeste ».

Le document rappelle enfin que « lorsqu’il est recouru à la procédure du référé, la décision rendue est provisoire : cela signifie concrètement que la mesure prescrite en référé peut être remise en cause par une décision du juge du fond ».

« Eu égard à leur sensibilité, l’ensemble des faits relevant de la manipulation de l’information qui seraient constatés devront faire l’objet d’une information précise et complète, transmise au bureau de lutte contre la criminalité organisée, le terrorisme et le blanchiment de la direction des affaires criminelles et des grâces », conclut la circulaire.

Elle invite les procureurs de la République en charge de la direction d’enquêtes portant sur des faits de manipulation de l’information à « déployer une communication particulièrement active, réactive et précise, de nature à préserver la sincérité du débat public et à protéger les institutions que ces manipulations visent justement à remettre en cause, et ce à tous les stades de la procédure ».

Une accélération de la lutte contre la désinformation

En attendant de savoir comment ces deux circulaires contribueront à la mobilisation de l’autorité judiciaire dans la lutte contre les ingérences étrangères et les manipulations de l’information, VIGINUM a d’ores et déjà, ces trois derniers mois, accéléré le rythme et le volume de ses activités.

VIGINUM a ainsi publié en décembre un guide de sensibilisation à la menace informationnelle en contexte électoral, en prévision des élections municipales puis, en partenariat avec le CDSE (Cercle des directions de la sécurité des entreprises), un panorama de la menace informationnelle à destination des acteurs économiques français.

L’Assemblée nationale avait de son côté publié début décembre le rapport d’information d’une mission d’information consacrée à l’irruption de l’intelligence artificielle dans les ingérences étrangères, formulant une quinzaine de propositions.

Elles visent notamment à « renforcer les moyens humains, matériels et financiers de Viginum afin d’accompagner sa montée en puissance et l’extension de son champ d’activité », encourager un « financement vertueux de l’information par les entreprises privées et leurs pratiques publicitaires », et « encourager la conclusion de partenariats public-privé pour développer massivement les techniques de vérification de l’information »

Les rapporteurs proposent également d’ « imposer aux plateformes de réseaux sociaux d’étiqueter les contenus avec un score d’artificialité indiquant dans quelles proportions l’IA a été utilisée pour les générer » ou encore d’ « envisager une labellisation informationnelle selon un modèle de nutri‑score avec des critères objectifs et en sources ouvertes afin que chacun puisse vérifier l’impartialité du système ».

VIGINUM s’est aussi associé avec le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information (CLEMI), rattaché au réseau Canopé pour développer un nouveau parcours de formation Magistère « Désinformation et ingérences numériques étrangères » à destination des enseignants souhaitant se former aux enjeux de lutte contre la manipulation de l’information et permettre aux élèves de développer leur esprit critique.

En janvier, l’École de journalisme de Sciences Po et VIGINUM ont par ailleurs créé un nouveau cours visant à mieux préparer les jeunes journalistes aux manipulations de l’information.

VIGINUM vient aussi de signer un « partenariat stratégique » en vue d’associer « l’expertise opérationnelle de VIGINUM à l’excellence scientifique d’Inria », et d’annoncer la création d’un Prix scientifique annuel VIGINUM-Inria, à l’échelle européenne, afin de « soutenir la recherche pour accélérer notre capacité collective à exploiter concrètement l’innovation, et en particulier l’IA, pour développer des outils opérationnels performants » au service de la lutte contre les manipulations de l’information.

VIGINUM a également partagé, sur LinkedIn, le jour de la publication de la stratégie nationale (qu’elle n’a pas, par contre, partagée), une revue de la littérature existante des principales mesures identifiées pour lutter contre les manipulations de l’information et sensibiliser les citoyens à ces enjeux, qu’elle avait commandée à la Direction interministérielle de la transformation publique (DITP) un an plus tôt.

Une consultation publique, lancée par le SGDSN sur make.org en décembre, vient de son côté de réunir 8 740 participants ayant déposé 691 propositions et 103 619 votes. Ses résultats indiquent notamment que la proposition la plus plébiscitée, recueillant jusqu’à 96 % des suffrages, vise à identifier et signaler les contenus générés par IA, « exiger leur traçabilité » via du watermarking et développer des outils de détection des contenus GenAI.

Près de 150 sites pro-russes usurpant la PQR ont été désactivés

Depuis fin janvier, VIGINUM publie également, chaque semaine, un bulletin de son réseau de coordination et de protection des élections (RCPE), composé d’administrations et d’autorités indépendantes compétentes en matière électorale. Il estime que « quatre stratégies d’ingérence numérique étrangère pourraient être mises en œuvre par des acteurs malveillants à l’occasion des élections municipales de 2026 » :

  • « Décrédibiliser la procédure électorale : aucune opération informationnelle servant cette stratégie n’a été caractérisée.
  • Alimenter la défiance vis-à-vis des médias du pays visé : bien que plusieurs noms de domaine, imitant des sites français d’information locale, soient désormais inactifs, cette campagne se poursuit. Huit noms de domaine supplémentaires ont ainsi été identifiés par VIGINUM, dont un enregistré le 5 février 2026
  • Exposer la réputation d’un candidat ou d’un parti politique : aucune opération informationnelle servant cette stratégie n’a été caractérisée.
  • Instrumentaliser certains thèmes afin de polariser le débat public numérique : aucune opération informationnelle servant cette stratégie n’a été caractérisée. »

Début février, il rapportait que depuis février 2024, les membres d’un réseau pro-russe lié au mode opératoire informationnel Storm-1516 avaient lancé une campagne « probablement destinée à se prépositionner dans l‘espace informationnel francophone » via l’enregistrement de plus d’une centaine de noms de domaines en « .fr » imitant des sites de presse locaux et alimentés par des articles de presse générés par des outils d’intelligence artificielle.

Nous avions rajouté un peu plus de ces 140 sites associés au réseau CopyCop de John Mark Dougan à la liste des sites signalés par notre extension GenAI, mais leurs noms de domaine ont récemment été désactivés, probablement par l’AFNIC.

Dans son bulletin n°3, en date du 13 février, VIGINUM relève toutefois que « bien que plusieurs de ces noms de domaine soient désormais inactifs, cette campagne se poursuit. Huit noms de domaine supplémentaires ont ainsi été identifiés par VIGINUM, dont un enregistré le 5 février 2026 ».

L’administration Trump compte sur les patrons de la tech pour former sa Tech Force

20 février 2026 à 08:59
Qui veut relever un défi ambitieux ?
L’administration Trump compte sur les patrons de la tech pour former sa Tech Force

Alors que l’opposition monte, au sein du camp républicain, envers le soutien affiché de Donald Trump et ses équipes à l’industrie technologique, l’administration crée une task force face à laquelle l’essentiel des patrons du secteur devrait venir s’exprimer.

Après le ministère de l’efficacité gouvernementale (DOGE), la « Tech Force d’élite ». Le gouvernement américain recrute plusieurs dirigeants de l’industrie numérique pour entraîner un groupe d’agents de l’administration dont la mission consistera à moderniser les équipements numériques fédéraux.

Fin 2025, l’administration annonçait le recrutement d’un millier d’ingénieurs logiciel au sein d’un groupe de travail dédié. « Le président Trump a rendu évident que s’assurer du leadership américain en matière d’IA était le défi national essentiel de cette génération », indiquait-elle dans son communiqué.

Pour le relever, le programme des experts recrutés consistera à passer les deux prochaines années à déployer des outils d’IA et des applications technologiques variées au sein de l’administration, à commencer par le Trésor ou la NASA. Et ce, sous la gouvernance des principaux acteurs de l’industrie locale : Apple, Meta, Nvidia, OpenAI, xAI, Coinbase, ou encore Palantir.

Chaque entreprise a « promis d’envoyer soit son PDG, soit son directeur technique » pour s’exprimer devant la task force, déclare Scott Kupor au Financial Times. Ancien capital-risqueur auprès du fonds Andreessen Horowitz, ce dernier dirige désormais le bureau national du management et la Tech Force.

Relever les « défis les plus ambitieux de notre époque »

Le site officiel de cette « Tech force », disponible à l’adresse techforce.gov, annonce sur fond orange et noir que le projet consistera à « s’attaquer aux défis civils et militaires les plus complexes et les plus ambitieux de notre époque ».

Capture d’écran du site techforce.gov

Outre des présentations notamment réalisées par Alex Karp (Palantir) ou Sam Altman (OpenAI), Scott Kupor annonce que ces sociétés devraient rendre leurs dispositifs de formations et de certifications internes accessibles gratuitement aux membres de la task force.

Quant aux 1 000 premières recrues, elles devraient être encadrées par 100 employés des sociétés tech états-uniennes débauchés directement par le gouvernement. Plusieurs anciens du DOGE seront par ailleurs mobilisés.

Interrogé sur les risques de conflits d’intérêt, le directeur de la Task Force les balaie au motif qu’ils seraient dépassés par les gains envisageables pour le fonctionnement de l’administration états-unienne.

Opposition croissante du camp Trump à sa politique technologique

Cette réaffirmation de la proximité entre l’administration de Donald Trump et son industrie technologique se produit pourtant à un moment où son développement, en particulier celui de l’intelligence artificielle, est de plus en plus débattu au sein du camp républicain.

Alors que les élections de mi-mandat se profilent pour novembre 2026, une partie des effectifs républicains s’oppose de plus en plus ouvertement au soutien du président et de ses équipes au domaine. Selon un sondage mené pour le Financial Times, 60 % des électeurs de Trump s’inquiètent du développement rapide de l’intelligence artificielle, et 80 % pensent que le domaine devrait être plus régulé.

À l’approche des élections de mi-mandat, cela dit, l’industrie de l’IA et celle de la tech derrière elle ont déjà dépensé des millions de dollars pour soutenir des approches promouvant des régulations limitées. Comme en amont de l’élection présidentielle de 2024, ils financent notamment des super PAC (political action committe, comités d’action politique), comme Leading the Future ou Public First Action. À la tête des 50 États, cela dit, au moins 370 mesures relatives au développement de l’IA ont été déposées, dont plus d’un tiers l’ont été depuis des chambres à majorité républicaine.

IDMerit, spécialiste du KYC, aurait exposé 1 milliard d’enregistrements, dont 52 millions relatifs à la France

20 février 2026 à 07:50
La vie privée, ça se mérite
IDMerit, spécialiste du KYC, aurait exposé 1 milliard d’enregistrements, dont 52 millions relatifs à la France

IDMerit, entreprise californienne spécialisée dans les processus de vérification de l’identité du client, est accusée d’avoir laissé en accès libre un jeu de bases de données contenant les données personnelles d’environ un milliard de personnes, dont 52 millions de Français.

Peut-on encore parler d’intrusion dans un système informatique quand la porte d’entrée est laissée béante ? Une enquête de Cybernews, publiée le 18 février, affirme qu’une entreprise spécialisée dans les processus de vérification d’identité du client (ou KYC, pour know your customer) avait laissé en accès libre une instance MongoDB d’environ 1 To.

Cette dernière hébergeait plusieurs bases de données qui, dans leur ensemble, représentaient environ 3 milliards d’enregistrements. Dans le lot figuraient environ 2 milliards de lignes correspondant à des logs (un historique d’activité), et 1 milliard d’informations considérées comme des données personnelles.

1 milliard de données personnelles exposées

« Plusieurs bases de données semblaient contenir des données redondantes pour un même pays. Cependant, notre équipe estime que la plupart des enregistrements étaient uniques », affirme Cybernews. Au total, les informations couvriraient un échantillon significatif de la population de 26 pays différents, avec 52 millions d’enregistrements qui émaneraient d’internautes français.

26 pays seraient concernés par cet ensemble de bases de données – crédit Cybernews

Outre le volume, la nature des données exposées est également particulièrement problématique. Selon Cybernews, l’instance contenait en effet des informations personnelles détaillées, avec coordonnées complètes, date de naissance et pièces d’identité. Dans certains jeux de données apparaissaient aussi des métadonnées liées à la ligne téléphonique ou d’autres critères que les auteurs de la découverte n’explicitent pas tels que des « annotations de profil social ».

« À cette échelle, les risques en aval comprennent la prise de contrôle de comptes, le phishing ciblé, la fraude à la carte de crédit, l’échange de cartes SIM et les atteintes à la vie privée à long terme », alerte Cybernews. Le média souligne par ailleurs le caractère très structuré des différentes bases de données exposées, qui facilite selon lui une exploitation à l’échelle industrielle, notamment grâce à des outils d’IA.

Exposées, mais téléchargées ?

Cybernews affirme que ses chercheurs ont découvert l’instance en question le 11 novembre dernier. Ces derniers ont dans la foulée contacté l’entreprise IDMerit qui a immédiatement sécurisé l’accès aux fichiers concernés. Un temps trop tard ? « Bien qu’il n’existe actuellement aucune preuve d’utilisation malveillante, des robots d’exploration automatisés mis en place par des acteurs malveillants parcourent constamment le web à la recherche d’instances exposées, les téléchargeant presque instantanément dès leur apparition », redoute Cybernews.

L’hypothèse de pirates capables de littéralement scanner Internet à la recherche de bases de données accessibles est pour mémoire tout à fait sérieuse, a minima pour les adresses IPv4.

Exigences de conformité

Inconnue du grand public, IDMerit est une entreprise californienne qui fournit des services de vérification d’identité à des banques, des émetteurs de services financiers, mais aussi des e-commerçants, des mutuelles, des assurances, des opérateurs téléphoniques ou des acteurs du jeu d’argent en ligne.

Tous ces secteurs ont en effet besoin, à des niveaux divers, de contrôler l’identité précise de la personne qui souscrit un service, notamment à des fins de conformité : une banque doit par exemple pouvoir justifier qu’elle connait ses clients (au sens vérification d’identité) dans le cadre des lois contre le blanchiment d’argent.

Les outils de vérification nécessaires sont généralement implémentés en marque blanche (le nom du prestataire n’apparait pas). À cette première brique très opérationnelle, IDMerit ajoute la promesse d’une capacité à enrichir les données, en croisant les différentes sources d’information à sa disposition, pour aider par exemple un établissement financier à déterminer le profil de risque du client qui cherche à souscrire un crédit.

« Nous intégrons des informations détaillées issues de sources de données officielles pour une analyse de données plus poussée. L’intégration de données démographiques telles que la situation géographique, le statut socio-économique, le sexe et l’âge nous permet d’améliorer considérablement notre capacité à identifier et à signaler les facteurs de risque et à optimiser la détection des fraudes », vante par exemple l’entreprise.

Ces intermédiaires, dont le métier consiste finalement à agréger un maximum de contexte autour de données personnelles, constituent de ce fait une cible de choix pour les pirates.

IDMerit n’a pas, à ce stade, commenté publiquement les informations révélées par Cybernews, et pourra peut-être se permettre de rester silencieuse si aucune action malveillante ne peut être rattachée aux informations issues de cette instance mal sécurisée.

Sumsub alerte sur une intrusion

Sumsub, un autre prestataire de KYC très utilisé par les plateformes spécialisés dans les cryptomonnaies (mais aussi par Duolingo) n’a pas eu cette chance. Début février, l’entreprise (basée à Londres) a communiqué au sujet d’une intrusion survenue dans son système en juillet 2024. L’incident a été découvert a posteriori, à l’occasion d’un audit de sécurité conduit en janvier dernier.

« D’après les informations actuellement disponibles, l’enquête de Sumsub indique qu’en juillet 2024, un acteur malveillant externe a soumis une pièce jointe malveillante via une plateforme de gestion de tickets d’assistance tierce, ce qui a permis un accès non autorisé limité à un environnement interne lié à l’assistance. », décrit Sumsub.

L’entreprise affirme que les données exposées consistaient principalement en une série de noms, mais elle indique aussi qu’une partie des enregistrements contenait des adresses email et des numéros de téléphone. Dans ce cas précis, aucune pièce d’identité, information biométrique ou information bancaire n’aurait été exposée ou compromise.

Sumsub comme IDMerit revendiquent sur leurs sites les certifications courantes de type ISO 27001 ou SOC2, ainsi qu’une totale conformité aux règlements européens ou états-uniens encadrant l’exploitation de données personnelles.

IDmerit vante la sécurité de ses services sur la page d’accueil de son site – capture d’écran

☕️ Chrome introduit la vue partagée, l’annotation PDF et la sauvegarde sur Google Drive

20 février 2026 à 07:32

Google a signalé jeudi l’apparition de trois nouvelles fonctionnalités au sein de son navigateur Chrome.

La première consiste en une vue partagée (ou split view), c’est à dire la possibilité d’afficher côte à côte deux pages Web au sein d’un même onglet, sans qu’il soit nécessaire d’ouvrir une nouvelle instance du navigateur.

L’annonce de Google est récente, mais le déploiement de cette vue partagée a en réalité débuté en novembre dernier, d’abord dans le canal Canary dédié aux testeurs, puis sur une part progressive des utilisateurs de la version stable du logiciel.

Lorsqu’elle est activée, cette vue partagée fait apparaître un bouton contextuel à gauche de la barre d’adresse. Il permet de fermer l’une ou l’autre des vues, d’en inverser l’ordre d’affichage, ou de séparer les deux pages en onglets distincts.

Sur ce volet, Chrome se met simplement à niveau par rapport à la concurrence : la vue partagée vient aussi de faire son apparition chez Firefox, et des navigateurs comme Edge, Vivaldi, Opera ou Safari la proposent de longue date.

Chrome inaugure un mode split view

La visionneuse de PDF intégrée à Chrome évolue elle aussi : elle s’enrichit de possibilités d’annotation et de commentaires sans recours à un outil tiers. « Cette fonctionnalité est idéale pour apposer rapidement des signatures numériques, relire un rapport de travail, prendre des notes sur un programme de cours ou simplement surligner une section clé d’un document personnel », fait valoir Google qui, là aussi, rattrape la concurrence.

Dans la foulée, Google introduit une nouvelle option qui renforce l’intégration entre Chrome et son univers de services en ligne : la possibilité d’enregistrer le PDF ouvert ou annoté directement sur Google Drive, plutôt qu’uniquement en local sur la machine de l’utilisateur.

❌