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Après la cybersécurité, Claude Code fait trembler IBM en bourse en s’attaquant à Cobol

24 février 2026 à 16:44
Colosses aux pieds d'argile ?
Après la cybersécurité, Claude Code fait trembler IBM en bourse en s’attaquant à Cobol

Anthropic a coup sur coup procédé à deux annonces qui ont fait l’effet de petits séismes sur les marchés financiers. Plusieurs grands noms de la cybersécurité ont ainsi vu leur cours de bourse chamboulé suite à l’annonce, vendredi, de Claude Code Security. Lundi, c’est le géant IBM qui a connu la plus mauvaise journée boursière de son histoire, en partie parce qu’Anthropic prétend désormais s’attaquer à l’une de ses chasses gardées : la modernisation des applications COBOL.

Si les études peinent encore à quantifier la contribution exacte de l’intelligence artificielle générative à l’économie réelle, son impact en matière de volatilité boursière n’est plus à démontrer. Anthropic vient d’en donner deux illustrations concrètes à quelques jours d’intervalle, avec deux annonces qui ont successivement fait vaciller les acteurs de la cybersécurité et IBM en bourse.

Claude Code Security bientôt concurrent des éditeurs spécialisés ?

Dévoilé le 20 février dernier, Claude Code Security se présente comme une nouvelle fonctionnalité intégrée à Claude Code, capable, selon Anthropic, de scanner des pans de code à la recherche de vulnérabilités.

Pour l’instant disponible sous forme de préversion limitée aux comptes Team et Entreprise, recommandée uniquement à des fins de recherche, l’outil ne se limite pas à la détection : il sait aussi suggérer des corrections logicielles à son validateur humain, de façon à « détecter et corriger les problèmes de sécurité que les méthodes traditionnelles ne parviennent souvent pas à identifier ».

D’après Anthropic, l’IA générative offre, dans le domaine cyber, une réelle avancée par rapport aux méthodes d’analyse statiques, qui reposent notamment sur la détection de motifs (des patterns) déjà identifiés au préalable :

« Claude Code Security se concentre sur les vulnérabilités critiques telles que la corruption de mémoire, les failles d’injection, les contournements d’authentification et les erreurs logiques complexes que les outils de correspondance de motifs ne détectent généralement pas. Il est particulièrement efficace pour identifier les vulnérabilités contextuelles qui nécessitent l’analyse du code dans plusieurs fichiers. »

Anthropic affirme que Claude Code Security est également capable de prendre du recul sur ses propres découvertes, avec un processus de vérification en plusieurs étapes, qui conduit à établir un score de sévérité et un indice de confiance, pour qu’une équipe humaine puisse ensuite déclencher, ou non, les éventuelles réponses suggérées.

Alors que le phénomène Openclaw illustre les dérives potentielles d’un agent IA laissé en roue libre, Anthropic insiste sur cette dimension de contrôle. L’entreprise présente par ailleurs son outil comme un complément, et non comme une alternative, aux outils de cybersécurité existants.

Sur la page dédiée, elle souligne que Claude Code Security a été testé (avec succès) sur son propre code, et promet que ces capacités d’analyse seront mises au service de la communauté open source. En guise de bonne foi (et de vitrine), Anthropic indique avoir découvert plus de 500 vulnérabilités au sein de logiciels courants, notamment open source, et promet une divulgation responsable au fur et à mesure que les mainteneurs ont mis en place les corrections nécessaires.

CrowdStrike, Datadog et consorts flanchent en bourse

Impossible, à ce stade, de juger de l’efficacité technique de Claude Code Security, ni de mesurer son éventuel impact sur le marché de la cyber. En bourse, l’annonce d’Anthropic a toutefois entraîné une réaction de défiance des investisseurs, avec une baisse immédiate de plus de 10 points du cours d’acteurs spécialisés comme CrowdStrike, Datadog ou Zscaler. Toujours sensible mardi, le mouvement de baisse a également affecté dans des proportions moindres le cours de Fortinet, Palo Alto Networks ou SentinelOne.

Sans préjuger des capacités de Claude Code Security, il convient toutefois de rappeler que ces sociétés, dont la valorisation se compte en dizaines de milliards de dollars, ont un portefeuille de produits et de solutions bien plus large que ce que promet Anthropic avec ce nouvel outil.

George Kurtz, CEO de CrowdStrike, a d’ailleurs choisi cet angle d’attaque pour tenter de minimiser l’impact de cette annonce. Sur LinkedIn, il explique ainsi avoir demandé à Claude Code de lui construire un produit destiné à remplacer CrowdStrike. Sans surprise, le modèle décline, et fait valoir, que la comparaison directe n’est pas valable.

Si les analystes financiers suivent globalement la même logique dans leurs recommandations sur le secteur, ils remarquent qu’à défaut de remplacer une plateforme de sécurité bout-en-bout, la promesse de Claude Code Security a tout de même de quoi fragiliser certains pans de l’activité.

Anthropic s’attaque à l’héritage COBOL

Non content d’avoir secoué le monde de la cyber, Anthropic a déclenché un nouvel épisode boursier lundi 23 février, en chahutant cette fois le cours d’IBM. L’action a en effet reculé de 13 % à Wall Street, soit près de 40 milliards de dollars de capitalisation effacés en une seule séance, du jamais vu dans l’histoire de Big Blue !

Cette baisse intervient dans un contexte de volatilité particulier, lié notamment aux incertitudes qui entourent les futurs plans de Trump sur les droits de douane, mais elle semble découler principalement d’un simple billet de blog.

Publié lundi par Anthropic, celui-ci décrit comment Claude Code peut intervenir dans la mise en œuvre d’un projet de modernisation de code COBOL. Rappelons que ce vénérable langage sous-tend encore de nombreux systèmes informatiques utilisés dans la banque, l’assurance, les services publics ou la finance de marché. Sa maintenance soulève un défi identifié de longue date : la formation de nouveaux mainteneurs, capables de remplacer les ingénieurs et développeurs ayant conçu ces systèmes il y a plus de 40 ans.

Comme nous le rappelions dans notre article dédié aux systèmes COBOL, le langage suppose une logique d’ingénierie différente de celle des projets informatiques modernes. Dans son billet, Anthropic fait valoir que Claude Code permet de reprendre la main sur un projet dont la documentation est partie avec les développeurs qui l’avaient conçue, notamment grâce à ses capacités d’exploration et de cartographie automatique de la base de code.

Anthropic reprend d’ailleurs à ce niveau l’un des arguments avancés dans le domaine de la cybersécurité, à savoir la capacité à aller plus loin que les modèles d’analyse statiques.

« Structures de données partagées, opérations de fichiers qui créent un couplage entre les modules, séquences d’initialisation qui affectent le comportement d’exécution – ces dépendances implicites n’apparaissent pas dans l’analyse statique parce qu’elles impliquent des données partagées par le biais de fichiers, de bases de données ou d’état global », décrit Anthropic.

Son billet de blog se conclut, comme souvent dans le monde du marketing BtoB, par un appel à laisser ses coordonnées pour télécharger un livre blanc, en l’occurrence un playbook dédié à la modernisation d’un projet COBOL vers « des langages modernes comme Java ou Python ».

« La modernisation du code existant a été bloquée pendant des années car comprendre ce code coûtait plus cher que de le réécrire. L’IA inverse cette équation », clame encore Anthropic. IBM ne dira pas nécessairement le contraire : Big Blue dispose depuis 2023 dans son propre catalogue de watsonx Code Assistant, une solution assistée par IA précisément dédiée à la modernisation des projets informatiques, dont le portage de COBOL vers Java…

☕️ Sur LinkedIn, drôle de passe d’armes entre Jean-Baptiste Kempf (VLC) et Gérald Darmanin

24 février 2026 à 10:07

Jean-Baptiste Kempf, l’un des principaux contributeurs du projet VideoLAN et de son célèbre lecteur VLC, s’est fendu lundi 23 février d’une charge virulente adressée au garde des Sceaux Gérald Darmanin. « J’envisage de quitter la France, et c’est intégralement la faute de M.Darmanin », titre l’ingénieur, dont la publication LinkedIn devient très vite virale.

Il y raconte les démêlés de sa femme, Audrey Prévost Kempf, avec l’administration en charge des admissions au concours de l’École nationale de la magistrature (ENM), qu’elle passe avec brio à sa seconde tentative, avant d’être informée, par courrier, qu’elle n’a finalement pas le droit de concourir.

D’après le résumé qu’en fait Jean-Baptiste Kempf, le ministère de la Justice décide de retoquer sa participation, a posteriori et alors qu’elle se classe 9ᵉ à l’issue du grand oral, « au motif d’une prétendue insuffisance d’activité juridique qualifiante ».

Intro du billet publié par J-B Kempf le 22 février sur LinkedIn

Audrey Prévost Kempf avait elle-même relaté cette déconvenue quelques jours plus tôt. Son éviction du concours de l’ENM (qui concerne également au moins un autre candidat) intervient dans le cadre des nouvelles modalités d’admission introduites suite à la réforme de 2023.

Aux premier et deuxième concours (destinés respectivement aux jeunes diplômés et aux salariés de la fonction publique), elle ajoute un troisième concours réservé aux candidats venus du privé, sous réserve que ces derniers puissent justifier d’au moins quatre ans d’une expérience « particulièrement qualifiante dans le domaine juridique, administratif, économique ou social ».

Et c’est là que le bât semble avoir blessé dans le cas d’Audrey Prevost Kempf : ses dix ans d’implication aux côtés de Jean-Baptiste Kempf dans VideoLAN n’auraient pas été reconnus comme une expérience « particulièrement qualifiante ».

« Le légal dans VideoLAN est plus compliqué et complexe que dans la plupart des sociétés que je connais, et avec un champ d’application bien plus large. Et devinez qui m’a aidé dans tout ce travail pendant dix ans ? Audrey, évidemment. Moi, je n’ai aucune base scolaire en droit. »

S’ensuivent cinq mois d’échanges avec le ministère avec un recours au fond, jusqu’à cette interpellation publique.

« Le travail autour de VideoLAN est titanesque, même bénévole, et il n’appartient pas au Garde des Sceaux ni à son administration de déjuger notre travail. Le mieux, c’est lorsque M. Darmanin écrit que  « le numérique […] et le droit du numérique ne sont pas utiles au magistrat de l’ordre judiciaire » », écrit Jean-Baptiste Kempf, fait chevalier de l’ordre national du Mérite en 2018, qui jure qu’on ne l’y prendra plus.

« Jamais plus je n’aiderai l’État français gratuitement par mon travail, et tant pis pour les agents de la justice (utilisant beaucoup VLC) qui auraient besoin de lire de nouveaux formats de vidéo. Cracher sur le professionnalisme du travail de VideoLAN est totalement inadmissible. »

Quelques heures plus tard, Gérald Darmanin lui répond en commentaire de sa publication LinkedIn, indiquant d’abord ne pas avoir été saisi personnellement du litige et regrettant le ton agressif de la missive, avant de finalement écrire : « il me semble que ma réponse avant le recours formulé devant le Conseil d’État était de demander à mon administration de revoir sa décision. Mais je veux vous le lui confirmer de façon certaine ».

« J’ai le plus grand respect pour elle d’avoir réussi ce difficile concours et, en effet, la magistrature manque de personnes connaissant le numérique », écrit encore le ministre.

Les 375 nouveaux auditeurs de justice qui constituent la promotion 2026 de l’ENM, dont 49 issus du troisième concours, ont fait leur rentrée le 16 février dernier.

En plein boom de l’IA, Microsoft ferme le centre d’ingénierie sur l’IA de son siège parisien

24 février 2026 à 09:01
Refactoring RH
En plein boom de l’IA, Microsoft ferme le centre d’ingénierie sur l’IA de son siège parisien

Le Microsoft Engineering Center d’Issy-les-Moulineaux va faire l’objet d’un plan de cessation d’activités d’ici l’été. Officiellement motivée par la volonté de réunir les ingénieurs autour de grands hubs internationaux comme Redmond ou Dublin, la décision suscite l’incompréhension parmi la centaine de collaborateurs concernés, qui travaillent au quotidien sur certaines des briques sous-tendant les principaux produits d’IA de l’entreprise.

Inauguré en 2011 aux portes de Paris, et recentré à partir de 2019 sur les sujets liés à l’intelligence artificielle, le Microsoft Engineering Center français va fermer ses portes d’ici l’été. L’annonce en a été faite le 19 février dernier à la centaine de collaborateurs concernés, à qui il a été confirmé qu’il s’agissait bien d’un plan de cessation d’activité et non d’une simple réduction d’effectifs.

Une annonce surprise pour la centaine d’ingénieurs concernés

Révélé la semaine dernière par l’Usine digitale, ce projet de fermeture nous a été confirmé par Microsoft France dans une déclaration :

« Nous avons présenté aux représentants du personnel un projet visant à cesser les activités du Microsoft Engineering Center Paris. Les discussions sont en cours et aucune décision définitive n’a été prise. Nous nous engageons à mener cette consultation de manière responsable et à soutenir tous les collaborateurs tout au long du processus. »

La nouvelle, annoncée par des membres des ressources humaines avec le concours d’un cadre français venu des États-Unis, a d’abord suscité stupeur et incompréhension au sein des équipes concernées. Opérant au sein d’une filiale dédiée, ses ingénieurs avaient été épargnés par la rupture conventionnelle collective mise en place par Microsoft France en novembre dernier (200 postes concernés, soit environ 10 % de l’effectif national).

« On ne comprend pas le signal. D’un côté, on a le discours selon lequel Microsoft investit en France parce que c’est le pays de l’IA et des ingénieurs. De l’autre, on vire une équipe de 100 personnes, dont la capacité à faire des choses n’a jamais été remise en cause. Quand on voit les sujets sur lesquels on travaille, il y a de quoi se poser des questions », nous confie un employé du Microsoft Engineering Center sous couvert d’anonymat.

Un centre d’ingénierie principalement consacré à l’IA

Immatriculé en 2011, le Microsoft Engineering Center français est installé depuis ses débuts au siège social de Microsoft France, à Issy-les-Moulineaux, aux portes de Paris. Au cours des années 2010, le centre se consacre notamment au développement de fonctionnalités et de services chargés d’accompagner la stratégie de l’éditeur en matière de distribution de contenus, qu’il s’agisse de flux vidéo, de musique, de jeux ou d’expériences interactives.

À partir de 2019, Microsoft donne une inflexion particulière à son centre, avec l’ouverture d’un centre de développement spécifiquement dédié à l’intelligence artificielle. « Ce Centre a pour mission d’accompagner les entreprises du monde entier dans leur transformation digitale et dans leur quête d’efficacité et de productivité accrues grâce à l’IA. Elles pourront bénéficier de solutions IA répondant à leurs besoins métiers à travers notamment l’usage des plateformes Dynamics 365 ou Azure. », expliquait alors Microsoft.

Cet axe constitue désormais l’activité principale du centre parisien. « Nous sommes une équipe reconnue, capable de livrer et maintenir des produits à succès, affirme notre contact. Nous étions parmi les premiers à travailler sur l’automatisation avec Copilot dès 2022. Les appels d’IA générative de la Power Platform [la collection d’outils de développement low code de Microsoft, ndlr] passent, par exemple, par un service conçu et développé à Paris ».

Une volonté affichée de rationalisation

Du côté de Microsoft France, un porte-parole indique que ce plan de cessation d’activités découle d’une stratégie, déjà engagée par ailleurs, de concentration des efforts autour de grands hubs internationaux comme Microsoft en compte déjà à Redmond ou à Dublin. Autrement dit, la décision de fermer le centre parisien ne découlerait pas d’une lecture qualitative de ses contributions, mais plutôt d’un changement d’organisation décidé et opéré à plus grande échelle.

« Ces changements proposés n’auront aucune incidence sur les autres activités de Microsoft en France. Nous restons pleinement engagés auprès de nos clients ainsi qu’à poursuivre nos investissements dans le pays », veut par ailleurs rassurer l’éditeur, selon qui des propositions de relocalisation dans l’un de ses centres sont envisageables pour les ingénieurs intéressés.

Le 4 novembre dernier, Microsoft renouvelait ses marques d’intérêt envers la France et l’IA au travers d’un rapport réaffirmant sa double promesse de « former un million de Français à l’IA d’ici 2027 » et « d’accompagner 2 500 startups françaises dans leur développement grâce à l’IA d’ici 2027 ». Au printemps 2024, Microsoft avait par la voix de son président Brad Smith promis 4 milliards d’euros d’investissements « au service de l’intelligence artificielle » dans le pays à l’occasion du salon Choose France.

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