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Des neurones humains vivants jouent à Doom : derrière la hype, quelle réalité ?

9 mars 2026 à 15:48
Et le démineur ?
Des neurones humains vivants jouent à Doom : derrière la hype, quelle réalité ?

Depuis ce week-end, l’affaire fait les choux gras de la presse : des neurones humains apprendraient à jouer à Doom. L’« annonce » fait un carton au bingo bullshit 2026 : Doom, de l’intelligence artificielle et des neurones humains. La réalité est différente. Si l’histoire est intéressante, nous sommes loin d’un cerveau humain dans une boite de pétri maitrisant Doom.

La vidéo de Cortical Labs, qui développe des puces avec des cellules humaines, a déjà presque deux semaines. Même chose pour le dépôt GitHub du projet « doom-neuron » de Sean Cole, un développeur « partenaire » de Cortical Labs. On trouve aussi des actualités datant de plus d’une semaine parlant de 200 000 neurones humains « jouant » à Doom. C’est le cas de Tom’s Hardware ou de NewScientist, pour ne citer que ces deux-là.

Cortical Labs explique que la machine utilisée est une CL1 avec 200 000 « neurones humains vivants » installés sur une puce baptisée « multi-electrodes array », précise Alon Loeffler, scientifique et post-doctorant à Cortical Labs. Pour « jouer » à Doom, Sean Cole a utilisé une API mise à disposition par l’entreprise pour exploiter un de ses réseaux de neurones sur une machine CL1.

« Les cellules se comportent un peu comme un débutant »

Dans sa vidéo marketing de présentation, Cortical Labs explique que, avant d’utiliser ses puces, il faut d’abord « traduire le monde numérique apocalyptique de Doom dans le langage biologique des neurones, qui est l’électricité ». Pour faire simple, passer des éléments de l’image du jeu à des flux électriques. En effet, les neurones humains du CL1 ne « voient » pas vraiment le jeu via des caméras ou n’importe quel dispositif optique.

David Hogan, CTO de Cortical Labs, explique que « lorsqu’un démon apparait sur la gauche de l’écran, des électrodes bien précises stimulent la zone sensorielle des neurones sur le côté gauche. Les neurones réagissent et nous écoutons leur réponse (via des spikes [des pics électriques, ndlr]) et nous interprétons cette activité ». Suivant les réponses des neurones, le programme décide de tirer, de bouger, etc. :

« Est-ce un champion e-sport de Doom ? Absolument pas. Pour le moment, les cellules se comportent un peu comme un débutant qui n’a jamais vu d’ordinateur auparavant… et c’est le cas des neurones. Mais ils démontrent qu’ils peuvent trouver et tirer sur les ennemis. Et même s’ils meurent souvent, ils apprennent. »

L’entreprise explique qu’un des enjeux est de réussir à renvoyer un résultat aux neurones, une récompense en cas de bonne action (tuer un ennemi) ou au contraire un mauvais point s’ils ne font pas ce qu’il faut. Ce mécanisme ressemble à celui utilisé avec les intelligences artificielles. C’est du renforcement positif/négatif, par électrostimulation dans le cas présent.

ViZDoom ->_get_observation()-> réseau de neurones

La lecture rapide du code permet de comprendre les grandes lignes du fonctionnement du programme, qui est loin, très loin, de tourner entièrement sur un réseau de neurones humains.

La première étape exploite ViZDoom et, associée à la fonction _get_observation(), vise à transformer l’image du jeu (320 x 240 pixels) en données structurées pour la suite des opérations. On parle de la position du joueur, de son niveau de vie, de la présence de monstres, etc. Le tout est ensuite transformé en signaux prêts pour aller rendre visite aux neurones du CL1.

C’est donc seulement maintenant qu’intervient la seule et unique étape sur les réseaux de neurones humains vivants. Ces signaux sont alors envoyés aux électrodes du CL1 qui envoie des signaux électriques aux neurones.

Ces derniers font leur tambouille interne et génèrent des spikes (potentiels d’action) qui sont envoyés à l’ordinateur classique où un décodeur s’occupe de les transformer en actions comme avancer, tirer, se tourner, etc.

L’action est placée dans le jeu et une récompense est calculée pour faire un retour aux neurones. Il y a deux fonctions distinctes pour les bons et les mauvais points. L’amplitude du signal est la même dans les deux cas, mais en cas de mauvaise décision la fréquence et le nombre de pulsations sont plus élevés. Ce n’est pas tout, différentes électrodes (channels) sont utilisées suivant les cas.

Avec le CL1 c’est mieux que rien ou que de l’aléatoire

Dans le fichier ppo_doom.py, les lignes 918 à 932 sont intéressantes et parlent d’une fonction d’ablation pour vérifier que le réseau de neurones fait mieux que rien ou que de l’aléatoire. Il y a deux changements possibles : zero alors tous les spikes sont à 0, et random avec des valeurs aléatoires.

C’est un point important, comme le précise Sean Cole dès la première question de sa FAQ, qui se demande si ce n’est pas le décodeur qui fait tout le travail et si le réseau de neurones est donc réellement utile :

« Les images que vous voyez dans la vidéo ont été prises en utilisant un décodeur linéaire sans biais, ce qui signifie que l’action sélectionnée est une fonction linéaire des spikes produits par le CL1 ; c’est le CL1 qui fait l’apprentissage. Il y a une différence notable quand on utilise l’ablation (aussi bien les spikes aléatoires que nuls n’entraînent aucun apprentissage) par rapport aux vrais spikes du CL1. »

Un beau coup médiatique pour Cortical Labs

En conclusion, on peut dire que le réseau de neurones ne voit certainement pas le jeu Doom et ne le comprend pas. Le réseau produit des patterns électriques en fonction de données prémachées par l’encodeur et s’améliore sur le principe du renforcement positif/négatif. Avec les tests d’ablation, le développeur confirme que les neurones contribuent vraiment au système, que ce n’est pas juste un hasard.

Cortical Labs avait déjà fait parler d’elle en 2022 avec un réseau de neurones jouant à Pong, rien de vraiment neuf, si ce n’est la hype autour de Doom et la fameuse question qui revient toujours : « Will it run DOOM? ».

L’objectif visé par Cortical Labs n’est pas de battre les humains aux jeux vidéo, mais de « développer des architectures informatiques qui réduisent considérablement la consommation d’énergie tout en créant des outils pour accélérer la recherche médicale, supprimer les tests sur les animaux et améliorer la santé humaine pour tous ». Avec Doom, Cortical Labs s’assure là un bon coup marketing, et ça n’a pas loupé.

La guerre avec l’Iran aura-t-elle un impact sur les investissements dans la tech ?

9 mars 2026 à 13:11
Si vis pacem, para silicium
La guerre avec l’Iran aura-t-elle un impact sur les investissements dans la tech ?

Le conflit qui s’étend au Moyen-Orient aura-t-il des répercussions économiques sur l’industrie de la tech ? La question se pose à plus d’un titre : les puissances pétrolières du Golfe sont en effet à la fois une terre de datacenters pour les grands acteurs du numérique, et un partenaire financier de premier plan pour leurs projets d’infrastructures autour de l’IA.

Déclenchée par l’attaque des États-Unis et d’Israël le 28 février dernier, la guerre d’Iran a rapidement touché, à des niveaux divers, l’ensemble du Moyen-Orient, et aucune perspective de résolution rapide n’émerge, alors que les belligérants poursuivent leurs campagnes de bombardements respectives. Faut-il s’attendre à un conflit qui dure, à l’image de la guerre en Ukraine ? S’il se prolonge pendant des mois, voire des années, il aura vraisemblablement un impact direct sur l’économie du secteur de la tech et du numérique.

Répercussions inflationnistes

Analystes et commentateurs n’ont pas attendu longtemps pour élaborer leurs scénarios du pire. Le cabinet IDC a par exemple sorti dès le 2 mars une première étude visant à décrire et tenter de chiffrer les conséquences de la guerre sur l’industrie de l’IT.

Trois des six impacts identifiés vont dans le sens d’une accélération des dépenses et donc des investissements, ce qui peut être vu comme un signal positif pour le secteur. IDC évoque ainsi un renforcement des stratégies de résilience informatique en matière de cloud et de datacenter (pour se prémunir des interruptions de service telles que celle connue par Amazon Web Services dans ses zones Moyen-Orient) et une priorité accrue accordée aux problématiques de souveraineté. De la même façon, le cabinet s’attend à ce que le conflit entraîne une augmentation des investissements en matière de cybersécurité.

Du côté des conséquences négatives, IDC s’attend sans surprise à une hausse du coût de l’énergie, mais aussi à un ralentissement des dépenses d’équipement, a minima dans les pays directement concernés par le conflit. Outre ces répercussions inflationnistes, les analystes préviennent aussi d’un risque de tensions accrues sur la chaîne d’approvisionnement en équipements informatiques et en semiconducteurs.

« Si le Moyen-Orient est exposé à des risques immédiats, l’industrie informatique mondiale subira des répercussions indirectes à travers les coûts de l’énergie, l’approvisionnement en semi-conducteurs et les décisions d’allocation des capitaux », résument les analystes d’IDC.

Coup de frein sur les investissements à l’étranger ?

Le dernier point n’est pas trivial, loin de là. Les fonds souverains des Émirats arabes unis, du Qatar, d’Arabie saoudite ou du Koweït investissent en effet des sommes significatives dans de nombreux pans de l’économie mondiale. En France, on pense bien sûr aux hôtels parisiens ou aux clubs de foot, mais l’émirati MGX constitue aussi, par exemple, le principal financeur du projet Campus IA qui doit bientôt voir le jour en région parisienne, tandis que la compagnie pétrolière publique Saudi Aramco fait partie des actionnaires de Pasqal, désormais leader du quantique en France par sa valorisation.

MGX est de la même façon présenté comme l’un des partenaires de premier rang de plusieurs grands projets d’infrastructure portés par les poids lourds de la tech, dont OpenAI, Oracle et consorts via leurs différents projets Stargate, notamment sur le sol américain. MGX, encore, figure par ailleurs aux côtés de BlackRock et de Microsoft dans le tour de table d’un fonds d’investissement dédié aux infrastructures IA. En juin dernier, c’est le fonds souverain du Koweït qui a choisi d’abonder ce fonds.

Cette manne pourrait-elle s’interrompre ? Trois des quatre puissances pétrolières du Golfe envisagent ouvertement la possibilité de réviser leur trajectoire d’investissement, a révélé jeudi 4 mars le Financial Times.

« Plusieurs pays du Golfe ont entamé un examen interne afin de déterminer si des clauses de force majeure peuvent être invoquées dans les contrats en vigueur, tout en réexaminant leurs engagements d’investissement actuels et futurs dans le but d’atténuer les répercussions économiques prévues du conflit actuel », a déclaré un porte-parole au quotidien britannique.

La réflexion serait motivée par la crainte de revenus énergétiques en baisse (du fait par exemple des difficultés à livrer le pétrole et le gaz), mais aussi par la crainte d’un impact durable sur le tourisme et le transport aérien, deux secteurs particulièrement importants pour les économies du Golfe.

Quand stabilité rime avec prospérité

L’augmentation des dépenses de défense entrerait également en ligne de compte : les démêlés médiatiques des influenceurs français coincés à Dubaï ont contribué à montrer que les Émirats arabes Unis alimentaient par exemple un système anti-aérien bien plus ambitieux que ne le supposaient bon nombre d’observateurs. Les puissances pétrogazières n’en font pas un usage offensif, mais elles investissent en effet massivement dans l’armement.

Trois d’entre elles figurent dans le top dix des principaux importateurs d’armes au monde sur la période 2021 - 2025, indiquent les chiffres de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). L’Arabie saoudite réalise 6,8 % des importations mondiales sur la période, suivie par le Qatar (6,4 %) et le Koweït (2,8 %), avec un approvisionnement issu majoritairement des États-Unis (54 %).

À ce stade, le porte-parole du Golfe évoque un raisonnement pragmatique, sans donner la moindre coloration politique à sa réaction. Difficile toutefois d’ignorer cette dernière : Donald Trump s’était rendu dans la région en mai dernier, accompagné d’un cortège de dirigeants, précisément dans le but d’améliorer les investissements croisés entre les pays du Moyen-Orient et les entreprises basées aux États-Unis. OpenAI était par exemple du voyage, qui a débouché sur l’annonce d’une infrastructure basée aux Émirats arabes unis.

En attendant une éventuelle prise de parole plus officielle, un entrepreneur émirati s’est fait le porte-parole d’une forme de ressentiment envers Donald Trump et sa décision unilatérale de déclencher une guerre avec l’Iran.

« Une question directe : qui vous a donné l’autorisation d’entraîner notre région dans une guerre contre l’Iran ? Et sur quelle base avez-vous pris cette décision dangereuse ?, lance le milliardaire Khalaf Ahmad Al Habtoor dans une lettre ouverte publiée sur X. Avez-vous pensé aux dommages collatéraux avant d’appuyer sur la gâchette ? Et pensiez-vous que les premiers à souffrir de cette escalade seraient les pays de la région ? »

L’homme d’affaires, qui a notamment fait fortune dans le bâtiment, y fait par ailleurs valoir que les pays du Golfe assuraient une part significative du financement des projets envisagés par le Board of Peace de Donald Trump, cette instance non officielle via laquelle le président des États-Unis entend reconstruire Gaza.

Le ressentiment se doublerait même d’une forme d’amertume, « face à l’ingratitude de Donald Trump qui ne les a pas écoutés malgré tous les intérêts et les investissements placés aux États-Unis alors qu’en une demi-heure d’entretien, Nétanyahou a convaincu Trump de lancer l’offensive », note Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève, pour Libération. D’après lui, la guerre « expose la vulnérabilité des pays du Golfe, dont le développement est conditionné par la sécurité et qui sont rattrapés par la réalité géopolitique de leur situation ».

Dépendances croisées autour de l’IA et des datacenters

S’ils investissent massivement à l’étranger, les pays du Golfe misent également sur la création d’infrastructures sur leur propre sol. Derrière les initiatives les plus médiatiques, comme le projet saoudien Neom qui s’est révélé un four, doublé d’un gouffre financier, les puissances pétrogazières voient dans l’IA et la tech un élément prépondérant de leur positionnement futur sur la scène géopolitique.

La carte des infrastructures Microsoft Azure montre l’emplacement stratégique du Moyen-Orient sur la carte des câbles sous-marins – capture d’écran

Sur ce point, les États du Golfe attendent une forme de réciprocité de la part des économies dans lesquelles ils investissent. Avec succès : la carte des infrastructures d’un AWS ou d’un Microsoft Azure montre une volonté de multiplier les points de présence dans la région avec, pour les deux, une ouverture prochaine de datacenters et donc de zones locales en Arabie saoudite. Moins puissant à l’échelle mondiale, un OVHcloud affiche lui aussi des velléités d’ouverture prochaine à Dubaï. Sans oublier bien sûr les promesses déjà évoquées d’OpenAI, qui amènerait Oracle dans ses bagages, etc.

Ce faisant, une forme nouvelle d’interdépendance se crée, particulièrement avec les États-Unis, premier acteur mondial de la scène tech, remarque Mona Yacoubian du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) :

« De même que les réserves pétrolières du Moyen-Orient ont placé la région au cœur de la politique étrangère américaine, la considérant comme essentielle à la stabilité et à l’accessibilité des marchés énergétiques, l’informatique pourrait propulser les pays du Golfe au premier plan de la politique américaine en matière d’IA. ».

Le pétrole et le calcul informatique ont ceci de commun qu’ils exigent tous deux d’importants investissements et peuvent faire l’objet de pressions réglementaires ou de contrôles à l’exportation. « Cependant, contrairement au pétrole, l’informatique ne dispose pas d’un point de captation géographique unique ; elle repose plutôt sur plusieurs points névralgiques stratégiques, tels que les puces, les logiciels, l’énergie et les centres de données. L’absence d’un point de captation unique empêche une domination de type embargo, mais la pluralité de ces points névralgiques crée une vulnérabilité potentielle – bien que beaucoup plus limitée et conditionnelle – aux pressions ou aux perturbations », note encore Mona Yacoubian.

L’ombre de la Chine

La politique des États-Unis en matière de contrôle des exportations de puces graphiques ou composants dédiés à l’IA vers les pays du Golfe illustre toute l’ambivalence de la situation. Fin 2024, l’administration Biden réfléchit ouvertement à imposer des restrictions vers les Émirats arabes unis ou vers l’Arabie saoudite, comme elle le fait déjà pour les ventes de puces NVIDIA en Chine. Plus tôt, elle a déjà obtenu que le fonds souverain d’Abu Dhabi G42 se sépare de ses activités chinoises en échange d’un investissement de Microsoft à hauteur de 1,5 milliard de dollars.

Sous Donald Trump, la Maison-blanche se montre nettement plus conciliante, mais sans signer un blanc-seing à ses partenaires du Golfe : en octobre 2025, Washington s’inquiète par exemple des liens qu’entretient le fonds émirati G42 avec la Chine au moment où ce dernier annonce 2 milliards de dollars d’investissements dans des datacenters au Vietnam, et il aura probablement fallu quelques garanties pour que Trump autorise, un mois plus tard, les fonds HUMAIN (Arabie Saoudite) et G42 à acquérir 35 000 puces IA pour environ un milliard de dollars.

La Pax Silica veut collaborer à une chaine d’approvisionnement apaisée en matière de semiconducteurs – crédit state.gov

Son nom n’est pas cité, mais l’ombre de la Chine plane également sur la Pax Silica (la paix du silicium), la coalition internationale annoncée par Donald Trump mi-décembre. Signée avec le Japon, la Corée du Sud, Singapour, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, Israël, les Émirats arabes unis et l’Australie, l’initiative a vocation à « unir les pays qui accueillent les entreprises technologiques les plus avancées au monde afin de libérer le potentiel économique de la nouvelle ère de l’IA ». En pratique, elle promet de « réduire les dépendances coercitives » dans le développement des semiconducteurs et des technologies de pointe, et promeut une philosophie d’investissements croisés sur ces sujets stratégiques. Taïwan figure dans l’initiative au nombre des « participants non signataires ».

En attendant de voir les premières manifestations concrètes de cette alliance, l’administration Trump réfléchit à conditionner l’achat de puces dédiées à l’IA à des investissements dans le pays, d’après l’agence Reuters en date du 5 mars. Autrement dit, il faudrait s’engager à financer des datacenters sur le sol américain pour se voir octroyer une licence permettant d’acheter des GPU NVIDIA en volume. Une logique de donnant donnant à laquelle les États du Golfe excellent, du moins tant que la guerre ne vient pas gripper les rouages de l’équation économique.

☕️ Oracle prévoit de supprimer des milliers d’emplois pour financer ses datacenters

9 mars 2026 à 12:59

Oracle envisagerait de licencier des milliers de personnes pour financer son expansion dans l’intelligence artificielle, rapporte Bloomberg, dans toutes ses branches. L’entreprise a déjà annoncé en interne qu’elle étudierait toutes les offres ouvertes dans son département cloud, ralentissant voire stoppant tout processus de recrutement.

L’information vient confirmer un rapport de la banque d’investissement TD Cowen obtenu fin janvier par le média CIO, et dans lequel Oracle chiffrait à 20 000 ou 30 000 le nombre d’emplois à supprimer pour dégager de 8 milliards à 10 milliards de dollars de trésorerie. En mai 2025, ses effectifs mondiaux s’élevaient à 162 000 personnes.

L’entreprise envisagerait par ailleurs de se séparer de Cerner, fournisseur de systèmes d’information spécialisés dans la santé dont l’entreprise avait fait l’acquisition en 2022 pour 28,3 milliards de dollars.

Alors que l’action de la société tutoyait des sommets en septembre 2025, ce qui ne l’empêchait pas, déjà, de tailler dans ses effectifs, elle est aujourd’hui revenue peu ou prou à son niveau de mars 2025.

Dans le cas présent, les différentes pistes sont envisagées alors que diverses banques états-uniennes ont pris leur distance avec certains projets de financement de centres de données portés par le géant du cloud et de la gestion de bases de données.

Au total, d’après TD Bowen, l’entreprise fondée par Larry Ellison aurait besoin de 156 milliards de dollars d’investissements pour mener à bien ses différents projets d’infrastructure. Or, à mesure que les banques se sont faites hésitantes, les prêteurs ont quasiment doublé les primes d’intérêt proposées à Oracle depuis septembre, ce qui leur fait atteindre aujourd’hui un niveau habituellement réservé aux sociétés non cotées.

Entre autres stratégies pour faire face à ces coûts, l’entreprise a notamment commencé à demander 40 % d’acompte à ses nouveaux clients pour que ces derniers participent au financement de l’infrastructure, elle a levé 58 milliards de dollars sur le marché obligataire, et explore désormais des accords dits BYOC (Bring your own chip, apportez vos propres puces). Ceux-ci impliqueraient que les clients apportent leur propre hardware, ce qui allégerait d’autant les comptes d’Oracle.

Le contrat OpenAI-Pentagone fait encore des remous : Caitlin Kalinowski démissionne

9 mars 2026 à 11:30
Le contrat OpenAI-Pentagone fait encore des remous : Caitlin Kalinowski démissionne

La responsable de la branche robotique d’OpenAI, Caitlin Kalinowski, a annoncé sa démission alors que l’entreprise a passé un contrat avec le département de la Défense des États-Unis. Elle le juge précipité.

Le mini mea-culpa de Sam Altman n’aura pas suffi à garder Caitlin Kalinowski dans les rangs de son entreprise. La responsable de la branche robotique d’OpenAI a expliqué samedi soir dans un post sur X qu’elle avait démissionné en affirmant qu’« il s’agissait d’une question de principe, pas de personnes ».

Sam Altman avait déjà reconnu dans un mémo interne rendu ensuite public s’être précipité et avoir signé un contrat qui « paraissait opportuniste et bâclé ». L’entreprise avait sauté sur l’opportunité du refus de son concurrent Anthropic de signer le même contrat avec le département de la Défense, sans clause bloquant l’utilisation de l’outil à des fins de surveillance des citoyens américains et dans des armes totalement autonomes.

La directrice de l’équipe robotique d’OpenAI aurait été au premier rang des responsables de la mise en place d’armes totalement autonomes utilisant les systèmes d’OpenAI.

Pas une opposition totale, mais un besoin de davantage de réflexion

Dans son message, Caitlin Kalinowski n’affiche pas une opposition totale à la possibilité que l’armée américaine utilise ce genre d’outils. Elle aurait cependant voulu que cette question, ainsi que celle de l’utilisation de l’IA pour surveiller les Américains, ne soient pas prises à la légère : « L’IA joue un rôle important dans la sécurité nationale. Mais la surveillance des Américains sans contrôle judiciaire et l’autonomie létale sans autorisation humaine sont des questions qui méritaient davantage de réflexion qu’elles n’en ont reçu ».

« Pour être clair, mon problème est que l’annonce a été faite précipitamment, sans que les garde-fous aient été définis. Il s’agit avant tout d’une question de gouvernance. Ces questions sont trop importantes pour que les accords ou les annonces soient précipités », a-t-elle ajouté.

Sam Altman avait affiché une volonté de modifier le contrat avec le département de la Défense des États-Unis. Mais si son message aborde le problème de la surveillance des citoyens américains, il n’a pas évoqué directement la question des armes autonomes.

Si Anthropic a posé ses limites à un nouveau contrat avec le département de la Défense, l’entreprise s’était engagée avec le Pentagone dans plusieurs projets, dont le montant s’élevait à 200 millions de dollars. Après ce refus, l’administration Trump l’a officiellement désignée comme menace pour la sécurité nationale « en matière de chaîne d’approvisionnement ».

Mais l’armée américaine engagée en Iran utilise actuellement encore son IA. Selon le Washington Post, le système Maven Smart développé par Palantir et auquel elle recourt intègre l’IA Claude d’Anthropic.

OpenAI reporte le « mode adulte » de ChatGPT

L’organisation interne d’OpenAI semble donc faire les frais de la précipitation de Sam Altman pour emporter le contrat tombé des mains d’Anthropic.

L’entreprise a d’ailleurs encore repoussé le lancement du « mode adulte » dont elle parlait en octobre dernier. « Nous reportons le lancement du mode adulte afin de pouvoir nous concentrer sur des tâches qui sont actuellement plus prioritaires pour un plus grand nombre d’utilisateurs », affirme l’entreprise à Axios. « Nous continuons à croire au principe selon lequel il faut traiter les adultes comme des adultes, mais il faudra plus de temps pour acquérir l’expérience nécessaire », ajoute-t-elle.

Cette fonctionnalité avait été critiquée en interne par une de ses cadres en charge de la sécurité des utilisateurs, Ryan Beiermeister. Celle-ci a été licenciée au motif qu’elle aurait commis une discrimination de genre à l’encontre de l’un de ses collègues masculins.

☕️ Ce que GPT-4o dit de l’attachement émotionnel à l’IA

9 mars 2026 à 10:55

S’il a été controversé, le modèle GPT-4o de l’application ChatGPT a aussi ses fervents défenseurs. Lancé en mai 2024, ce modèle était aussi apprécié que critiqué pour ses capacités de simulation de l’empathie.

Si GPT-4o a valu à OpenAI des poursuites en justice au motif que la machine aurait encouragé des usagers au suicide, elle a aussi été si plébiscitée que, lorsqu’OpenAI a fait le choix de débrancher le modèle, à l’été 2025 d’abord, puis définitivement le 13 février 2026, l’entreprise s’est retrouvée confrontée à une levée de boucliers.

Pour la chercheuse Mai Huiqian Lai, interrogée par Libération, on peut même parler « d’un mouvement de résistance », incarné par exemple dans des pétitions ou d’intenses échanges sur le subreddit r/MyBoyfriendIsAI.

En février 2026, 0,1 % des utilisateurs recouraient à l’option payante de GPT-4o, indique OpenAI. Pour une société en recherche de modèle économique, c’est loin d’être suffisant, mais rapporté aux 900 millions d’utilisateurs de ChatGPT, cela revient tout de même à quelques centaines de milliers d’internautes.

Pour ressusciter GPT-4o – et quelquefois, pour protester contre les récents contrats d’OpenAI avec l’armée américaine, par exemple dans le cadre d’appels au boycott comme QuitGPT –, certains clonent les conversations et la relation entretenue avec la machine sur des services payants, nommés 4o-Revival ou just4o.chat.

OpenAI, de son côté, a promis de lancer un ChatGPT « adulte », mais la réponse ne satisfait pas Mai Huiquian Lai. Autrice d’un article intitulé « « S’il vous plaît, ne tuez pas le seul modèle qui donne une impression d’humanité » : Comprendre le backlash #Keep4o », la chercheuse regrette auprès de Libération que là où des internautes demandent « la reconnaissance de leurs besoins de connexion existentielle », OpenAI ne réponde que par de la pornographie.

Et d’appeler à obliger les constructeurs de robots conversationnels à respecter les usagers et l’intimité que ces derniers créent avec des machines. Après tout, celle-ci découle directement de la manière dont les robots conversationnels sont conçus.

Mai Huiquian Lai estime donc qu’il faudrait créer des régulations qui prennent en compte les préjudices « relationnels et émotionnels » créés par la suppression brutale de machines qui avaient initialement été fabriquées pour susciter l’attachement.

☕️ Emma, 21 ans, passe de 7 à 11h devant ses écrans, par jour (mais pas pour travailler)

9 mars 2026 à 09:47

« Mon temps d’écran est énorme, j’en ai bien conscience », raconte Emma à « Tant d’écran », la chronique du Point qui analyse le rapport des Français à leurs téléphones. Cette étudiante de 21 ans passe en effet et en moyenne 7h19 chaque jour devant ses écrans, et parfois plus de 11 heures le week-end : « Il y a eu les bébés Covid. Moi, je fais partie de la génération des ados Covid », résume-t-elle.

Emma reçoit plus de 219 notifications chaque jour sur son smartphone, la conduisant à scroller 3 heures sur TikTok, un peu moins d’une sur WhatsApp, une autre sur Netflix et dans ses notes, une demi-heure sur Safari, et une autre à envoyer des messages, moins de 25 minutes sur Instagram.

« Je me rends bien compte que j’ai un temps d’attention réduit », reconnaît-elle : « J’ai énormément de mal avec le long, que ce soit les vidéos YouTube qui excèdent 50 minutes, ou les épisodes de Bridgerton sur Netflix qui durent plus d’une heure chacun ! »

Un déficit d’attention qu’elle éprouve aussi avec les podcasts, et même avec TikTok : « Quand je vois qu’une vidéo dure plus d’une minute trente, je scrolle, je sais que je ne la terminerai pas, ou en accéléré ! Quand je regarde un film ou une série et qu’une scène m’ennuie, je la saute en avançant de dix secondes. »

« Je passe ma vie dessus et je ne me sens pas coupable », tempère la jeune femme : « Si c’est ce qui me fait plaisir après une longue journée, pourquoi me restreindre ? D’autant plus que j’ai vraiment le sentiment d’être en contrôle : c’est moi qui choisis quand je reste sur une vidéo ou quand je passe à une autre, combien de temps je lui accorde, quel intérêt je trouve… Même si j’ai bien conscience que mon algorithme m’a très bien cernée ! »

À la journaliste qui lui demande si elle a déjà essayé de réduire son temps d’écran, Emma répond qu’ « il arrive que je passe des journées sans mon téléphone, pour me prouver que je peux y arriver. Si je trouve de quoi m’occuper, ça ne me pose aucun souci ! » :

« Ma mère pense que je passe trop de temps sur mon téléphone, mais elle est elle-même les yeux rivés sur son ordinateur à longueur de journée, je ne sais pas si c’est beaucoup mieux ! Mes amis ont à peu près la même consommation que moi, donc il n’y a pas de jugement sur ce point-là. »

Interrogée sur ce qui lui manquerait le plus si elle perdait son téléphone, Emma estime que « ce qui peut me manquer plus que TikTok, ce sont tous mes mots de passe, qui y sont déjà pré-enregistrés : si je le perds, je serais bien incapable de les retrouver ».

Nous avons laissé sept VPS sur Internet, ils sont attaqués 10 000 fois par jour en moyenne

9 mars 2026 à 08:33
Very Particular Service
Nous avons laissé sept VPS sur Internet, ils sont attaqués 10 000 fois par jour en moyenne

Un serveur, fraîchement installé et à peine connecté sur Internet, n’a que quelques dizaines de secondes de répit avant une première tentative d’accès frauduleux. Puis, la tempête ne s’arrête jamais, avec en moyenne plus de 10 000 tentatives par jour.

Depuis plusieurs semaines, nous nous sommes lancés dans des tests et comparatifs de VPS (serveur privé virtuel). Nous en avons profité pour les laisser tourner, à vide ou presque. Ils sont dans leur configuration par défaut, avec le système d’exploitation installé lors de la livraison.

Quatre semaines plus tard, nous récupérons les logs des sept serveurs pour analyser les tentatives de connexion sur le port 22, celui pour SSH (Secure Shell). Ce dernier est « une méthode permettant d’envoyer, de manière sécurisée, des commandes à un ordinateur sur un réseau non sécurisé », rappelle Cloudflare. Via des logiciels comme PuTTY, par exemple, on peut se connecter à distance sur un serveur et réaliser toutes les opérations que l’on souhaite.

IBM précise que de son côté que « la plupart des robots automatisés tentent de se connecter à votre serveur SSH sur le port 22 en tant que root avec diverses combinaisons de force brute et de dictionnaire afin d’accéder à vos données ». Une connexion à distance en « root » laisserait l’intégralité de votre serveur à la merci des pirates.

Entre 6 500 et 14 000 tentatives par jour, en moyenne

Avez-vous un ordre d’idée du nombre de tentatives de connexion que subissent des serveurs sur Internet ? Selon nos mesures sur 25 jours d’expérimentation, la moyenne est aux alentours de… 10 000 attaques par jour et par serveur. Dans les logs, nous comptabilisons deux types d’événements. ECHEC, c’est-à-dire quand l’utilisateur existe, mais que le mot de passe est faux. ECHEC_USER_INVALIDE, quand l’utilisateur n’existe pas sur le serveur (le serveur ferme la connexion avant même de demander un mot de passe).

Voici un tableau récapitulatif des tentatives sur chacun des VPS :

Plus de 11 000 IP différentes, certaines attaquent les 7 VPS

Le serveur qui a subi le moins d’attaques est celui de helloserv, avec 163 000 sur 25 jours, soit 6 516 par jour en moyenne. Le plus élevé est chez Hetzner et LWS, avec respectivement 313 245 et 346 334 tentatives sur la même période, soit une moyenne quasiment deux fois plus élevée de 12 529 et 13 853 attaques par jour.

Au total, plus de 11 000 IP différentes se sont attaquées à nos différents serveurs. En tête de la « diversité » des attaquants, pas moins de 4 109 IP différentes ont tenté de se connecter à notre serveur OVHcloud, sans succès évidemment. Sur la totalité des IP qui ont tenté de se connecter, 7 700 l’ont fait sur deux serveurs, près de 2 000 sur trois VPS, et seulement quelques dizaines sont visibles sur 6 ou 7 serveurs.

Root, admin et user : le trio gagnant

Passons maintenant aux noms d’utilisateurs (disponibles dans les logs des serveurs). Sans surprise, root arrive en tête, avec une marge plus que confortable sur le reste du classement : admin, user, ubuntu, test, oracle, postgres, debian, guest, sol, mysql, git, solana, hadoop, centos, pi, ftpuser, backup, solv et déploy pour compléter le top 20.

Enfin, nous avons regardé le temps avant la première attaque, une fois le VPS démarré pour la première fois. C’est-à-dire la durée entre la première tentative d’accès frauduleuse une fois que le VPS a été livré par l’hébergeur. Celui-ci est court : entre 10 secondes et 30 minutes, selon les cas.

Les VPS sont donc attaqués au bout de moins de 30 secondes pour LWS, OVHcloud, moins de 20 minutes pour Pusle et Ionos, et moins de 30 minutes pour HelloServ et York.

☕️ Projet Helix : la console Next Gen de Microsoft, compatible avec les jeux Xbox et PC

9 mars 2026 à 07:18

Fin février, la division Xbox de Microsoft vivait un important séisme : Phil Spencer (38 ans d’ancienneté, présent pour le lancement de toutes les consoles) était remplacé par Asha Sharma. Elle est désormais CEO de Microsoft Gaming, alors qu’elle s’occupait depuis deux ans de la branche produit de Microsoft CoreAI.

Sur X, elle a publié un message annonçant le « projet Helix, nom de code de notre console de nouvelle génération ». Son message est relativement court, sans aucun détail. Elle précise simplement que « project Helix offrira des performances exceptionnelles et sera compatible avec vos jeux Xbox et PC ».

Elle donne rendez-vous aux « partenaires et studios » à la GDC (Game Developers Conference) qui se tient cette semaine, au Moscone Center de San Francisco. Un rendez-vous important de la communauté où elle devra prendre ses marques et s’imposer alors que le « fantôme » de Phil Spencer (qui a écumé les GDC pendant des années) sera certainement présent.

Lors de la présentation des résultats financiers au début du mois, la CEO d’AMD, Lisa Su, expliquait que « le développement de la Xbox de nouvelle génération, équipée d’un SoC semi-personnalisé AMD, progresse bien pour épauler un lancement 2027 », rapporte The Verge. AMD ne dit pas que Microsoft lancera sa console en 2027, mais se tient prêt si besoin.

L’année dernière, le compte officiel Xbox annonçait sur X « construire la prochaine génération d’appareils et de services cloud Xbox, y compris nos futures consoles Xbox, en collaboration avec AMD ». Asha Sharma a donné le coup d’envoi de la guerre des consoles « next gen », à voir maintenant ce qui va en sortir durant la GDC, et notamment si Sony va entrer dans la partie avec la PlayStation 6.

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