Vue normale

☕️ Pegasus : la justice française a auditionné deux des cofondateurs de NSO

20 avril 2026 à 15:39


Deux fondateurs de NSO Group, la société israélienne qui a créé le logiciel espion Pegasus (passée sous pavillon étatsunien en novembre dernier), ont été entendus dans le cadre de la procédure judiciaire ouverte sur la surveillance de plusieurs téléphones portables français. Celle-ci avait été lancée en juillet 2022 suite à la plainte déposée par Reporters sans frontières après les révélations faites par le consortium Pegasus Project réunis par l’ONG Forbidden Stories en 2021.

Shalev Hulio, l’ancien CEO de NSO Group a été entendu par le juge Serge Tournaire le 29 janvier dernier et l’autre cofondateur, Omri Lavie a été auditionné en février. Les deux hommes ont déjà quitté l’entreprise. « Nous vendons la boîte noire au client et nous n’y avons pas accès », a assuré Shalev Hulio au juge, selon Médiapart, tout en reconnaissant que l’entreprise pouvait accéder aux logs des activités de ses clients dans certaines conditions et qu’elle pouvait suspendre l’accès en cas de violation de ses conditions d’utilisation.

NSO Group
NSO Group

Serge Tournaire a obtenu de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE) qu’elle verse au dossier une note datée de novembre 2022 résumant ses connaissances sur l’entreprise et son logiciel espion. Elle y explique « le fait que NSO, et éventuellement Israël, connaît les pays ciblés par ses clients » et « estime hautement probable que NSO, et éventuellement Israël, connaissent les téléphones ciblés par son outil, voire les données qui en sont exfiltrées ».

En France, 23 personnes ont déposé plainte sur le sujet dont l’ancienne ministre des Armées Florence Parly mais aussi des journalistes de Médiapart comme Edwy Plenel et Lénaïg Bredoux ou l’ancienne journaliste du Canard enchainé Dominique Simonnot. Selon Médiapart, l’avocat d’Omri Lavie a affirmé au juge Tournaire qu’aucune personnalité française n’avait été espionnée à l’aide de Pegasus, défaussant la responsabilité d’espionnages évoqués dans la presse à des concurrents.

Les deux co-fondateurs ont été placés sous le statut de témoins assistés à l’issue de leur audition. Auprès de Médiapart, les avocats de plusieurs parties civiles, William Bourdon et Vincent Brengarth, considèrent ce placement comme « une avancée au regard de l’absence de coopération d’Israël et de l’opacité dans laquelle les faits se sont déroulés », tout en ajoutant qu’ « il est raisonnable de penser que le dossier est très loin d’être terminé. D’autres évolutions doivent être envisagées ».

La baisse du budget du CNRS, « une rupture » dans le financement de la recherche française

20 avril 2026 à 14:29
Désorganisation scientifique
La baisse du budget du CNRS, « une rupture » dans le financement de la recherche française

Les agents du CNRS s’alarment d’une nouvelle coupe budgétaire : « On assiste à un net désengagement de l’État ». La France est-elle en train de suivre le chemin tracé par Donald Trump aux États-Unis ? Nous sommes en tout cas à contre-courant de la Chine qui renforce ses investissements dans la recherche.

« Ce qui se joue n’est pas un ajustement budgétaire. C’est une rupture », explique le texte signé par 735 agents du CNRS, dont 540 directrices et directeurs d’unité.

Le PDG de l’organisme de recherche, Antoine Petit, a annoncé récemment en interne que « le cabinet du Premier ministre a demandé au CNRS de présenter un budget rectificatif incluant une diminution des prévisions de dépenses de 20 M€ afin de conserver une trésorerie non fléchée de quelques dizaines de millions d’euros en fin d’exercice 2026 ». Dans ces 20 millions d’euros, 13,5 sont pris sur les dépenses des laboratoires, 6,5 sont économisés sur des investissements immobiliers.

Il a donné cette information aux salariés du CNRS quelques semaines après avoir été reconduit en tant que PDG, cette fois par intérim. Antoine Petit a épuisé la possibilité d’être de nouveau pleinement à la tête de l’organisme de recherche après avoir été nommé deux fois par Emmanuel Macron à ce poste. Mais la nomination de son successeur prend plus de temps que prévu dans ce contexte de baisse drastique de financement de la recherche.

Ponctionné de plus d’un demi-milliard d’euros en 2 ans

Car si Antoine Petit annonce une baisse de 20 millions d’euros, celle-ci n’est pas la première. Le texte des agents du CNRS la remet en contexte : « En l’espace de deux ans, le CNRS a vu son budget et sa trésorerie ponctionnés de plus d’un demi-milliard d’euros, du fait notamment de charges nouvelles décidées par le gouvernement qui ne sont pas compensées ».

« Contrairement à une idée répandue, les budgets des laboratoires ne financent pas une abstraction. Ils permettent de travailler. Ils servent à acheter des équipements, à mener des expériences, à accueillir des doctorantes et doctorants et des jeunes chercheuses et chercheurs, à échanger avec des collègues étrangers, à faire vivre une communauté scientifique. Les réduire, c’est arrêter concrètement des recherches », expliquent-ils.

À Challenges, Antoine Petit affirme que « jusqu’à présent le CNRS avait trouvé des marges de manœuvre permettant ne pas répercuter la contrainte budgétaire sur les moyens financiers alloués aux laboratoires, mais c’est désormais malheureusement impossible ».

Un collectif de directeurs de laboratoire de mathématiques a publié une tribune dans Le Monde mardi 14 avril dans laquelle il s’alarme de cette réduction supplémentaire de 20 millions d’euros. « De manière très concrète, en mathématiques, le budget qui a déjà été versé aux laboratoires pour 2026 sera ponctionné de plus de 8 %. […] Un quart de l’exercice 2026 est déjà écoulé et les engagements prévus sont brutalement remis en cause ».

Désorganisation et désengagement aux États-Unis et en France, investissement en Chine

L’année dernière, aux États-Unis, l’administration Trump avait chargé le DOGE de couper dans le budget des agences scientifiques en les désorganisant brutalement et en poussant la NASA, la NOAA ou encore la National Science Foundation à licencier massivement.

Dans leur tribune, les mathématiciens du CNRS constatent qu’en France aussi, « on assiste à un net désengagement de l’État. Cette situation touche aussi les universités et l’ensemble des organismes de recherche » en dépit de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche votée sous le premier mandat d’Emmanuel Macron qui devait « mieux financer et évaluer la recherche publique, améliorer l’attractivité des métiers de la recherche et replacer la science dans une relation ouverte avec toute la société », expliquent-ils.

Ils ajoutent que « la recherche publique est un investissement pour le futur, dont il faut assumer le caractère imprévisible ». « La diminution du budget du CNRS renforce encore, dans le financement de la recherche, le poids des appels à projets, ciblés et peu ouverts à l’inattendu », expliquent ces chercheurs en mathématiques.

Ils pointent aussi que « pendant qu’en France, l’État impose une baisse drastique des budgets de ses fleurons de la recherche, la Chine […] annonce une hausse de 10 % du budget gouvernemental consacré à la recherche scientifique ».

Fin 2023, le président de la République avait voulu reprendre la main pour une énième réforme du milieu de la recherche publique qui devait tout chambouler en transformant les organismes scientifiques en « agences de programmes » et renforcer ainsi le poids de la gestion de la recherche par les appels à projets. Si leurs directions ont mis en place des changements pour aller dans ce sens, aucun texte de loi n’a finalement éclairci la nouvelle orientation voulue par Emmanuel Macron.

Mais ces coupes dans les budgets récurrents des infrastructures scientifiques et l’obligation de passer par des appels à projets poussent toutes les équipes de recherche à fonctionner avec des bouts de ficelle administratifs : « Avec la baisse de 10 %, il va nous manquer 3 000 euros pour payer le contrat de travail de six mois qu’on a fait à un jeune postdoctorant. Ceux qui avaient encore des crédits dans notre unité vont être solidaires et nous prêter l’argent au détriment d’autres projets », explique l’océanographe et directrice de recherche au CNRS Katell Guizien à Reporterre.

☕️ [MàJ] Fuite de données à France Titres : au moins 11,7 millions de comptes touchés

22 avril 2026 à 06:09


Le site du gouvernement français vous permettant d’effectuer vos démarches de passeport, carte d’identité, permis de conduire et carte grise a subi un « incident de sécurité », selon un email que le service a envoyé à des utilisateurs.

Dans son communiqué de presse publié ce mardi 21 avril, le ministère de l’Intérieur annonce le chiffre de 11,7 millions de comptes concernés.

L’agence nationale des titres sécurisés (ANTS) qui le gère s’en est aperçue le mercredi 15 avril dernier. Elle leur indique que les données personnelles concernées sont, entre autres :

  • « les données relatives à [leur] état civil (nom et prénom) ;
  • les identifiants de connexion (identifiant de compte et adresse mail) ;
  • et d’autres données présentes uniquement dans certains comptes (adresse postale et numéro de téléphone). »

L’ANTS assure qu’elle a pris « toutes les mesures nécessaires » depuis et que « les données transmises dans le cadre de vos démarches de passeport, carte d’identité, permis de conduire et carte grise (numéro de demande, statut de demande, pièces justificatives, photographies) ne sont, par ailleurs, pas concernées par cet incident ».

Le communiqué de presse envoyé par le ministère de l’Intérieur à l’AFP détaille un peu plus : « sous réserve des investigations en cours, s’agissant des comptes particuliers, les données à caractère personnel concernées seraient des données d’identification : identifiant de connexion, civilité, nom, prénoms, adresse électronique, date de naissance, identifiant unique du compte ; et, le cas échéant, d’autres données qui ne sont pas systématiquement présentes dans les comptes : adresse postale, lieu de naissance, téléphone ».

Il précise aussi que « la divulgation des données ne concerne pas les données complémentaires transmises dans le cadre de la réalisation des différentes démarches, telles que les pièces jointes. Ces données personnelles ne permettent pas d’accès illégitime au compte du portail ».

L’agence ajoute dans son email avoir notifié la CNIL de l’incident et que le ministère de l’Intérieur a transmis un signalement à la Procureure de la République de Paris en application de l’article 40 du code de procédure pénale en vue de l’ouverture d’une enquête.

Elle affirme aux utilisateurs qu’ils n’ont aucune démarche à effectuer mais leur conseille de redoubler de vigilance concernant les tentatives de phishing.

Le communiqué du ministère explique aussi que les investigations doivent encore déterminer précisément l’origine de l’incident ainsi que son ampleur.

En septembre dernier, l’ANTS avait enquêté sur une fuite de données revendiquée par des pirates, sans trouver de trace d’intrusion tout en affirmant que l’échantillon mis en ligne présentait de « nombreuses incohérences ». France Titres ajoutait que, « en tant qu’opérateur du ministère de l’Intérieur manipulant des données sensibles, l’ANTS fait l’objet de mesures de sécurité renforcées et d’une vigilance permanente des services de l’État contre toute intrusion, physique ou informatique ». Cette fois, c’est officiel, les défenses sont tombées.

Ce n’est malheureusement pas la première fois de l’année qu’une institution française subit une fuite de ce genre. Ainsi l’Urssaf a subi une fuite en janvier concernant 12 millions de victimes potentielles, des données du CNRS ont été récupérées en février dernier, celles du système d’information sur les armes du ministère de l’Intérieur en mars

☕️ OpenAI : trois départs successifs après l’arrêt de Sora

20 avril 2026 à 08:15


Alors qu’OpenAI a abandonné Sora le mois dernier, le responsable du projet en interne, Bill Peebles, a annoncé son départ de l’entreprise.

« Sora était un projet qui n’aurait pu voir le jour nulle part ailleurs qu’à OpenAI, et c’est pour cette raison que j’aimerai toujours profondément cet endroit », affirme-t-il dans un long message posté sur X vendredi 17 avril. « OpenAI fait preuve d’une grande tolérance envers les projets ambitieux et farfelus, mais dès juillet 2023, beaucoup doutaient qu’il fût possible de parvenir à une génération de plusieurs plans en haute définition 1080p en moins d’un an, compte tenu de l’état actuel du secteur de la vidéo dans son ensemble. Nous y sommes parvenus sept mois plus tard », ajoute-t-il, même si le service a été arrêté un an après.

Le même jour, le responsable de « OpenAI for Science » Kevin Weil a aussi annoncé qu’il partait. Son service, qui avait lancé l’éditeur de LaTex Prism et le modèle GPT‑Rosalind, est dissous et sera redispatché dans d’autres équipes, a-t-il annoncé sur X.

Enfin, Srinivas Narayanan, le responsable technique des applications B2B d’OpenAI les a suivis le lendemain. « Diriger l’équipe d’ingénierie B2B a été un immense privilège. Compte tenu des lancements de produits récents et à venir, j’ai estimé que le moment était venu de prendre du recul », affirme-t-il de son côté.

Ces départs suivent l’annonce d’une réorganisation agitée chez OpenAI à la veille d’une possible entrée en bourse dans l’année.

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