Trump démantèle le réseau de recueil de données climatiques dans l’océan le plus avancé
Casser le thermomètre, littéralement
Donald Trump continue sa politique consistant à couper les budgets de la recherche états-unienne. Visant particulièrement les recherches sur le changement climatique, son administration vient de décider le démantèlement d’un réseau de bouées particulièrement crucial pour la récolte de données sur le sujet.
La recherche, et notamment celle sur le climat, continue d’être attaquée par l’administration Trump. En effet, après les coupes dans les budgets et dans les effectifs mises en place depuis l’année dernière, la National Science Foundation (NSF) a annoncé le 21 mai dernier le démantèlement d’une grande partie du réseau d’instruments scientifiques du projet Ocean Observatories Initiative (OOI) qu’elle a financé depuis 10 ans.
« Ce plan prévoit le retrait de toutes les infrastructures sous-marines de la mer d’Irminger, ainsi que des réseaux de la station Papa, d’Endurance et de Pioneer, sous réserve des contraintes liées au calendrier des navires et d’autres contraintes opérationnelles. Tout le matériel récupéré sera conservé par l’organisme responsable de l’exploitation dans l’attente de nouvelles instructions », explique la NSF, la principale agence de financement de la recherche aux États-Unis. Cette annonce a été faite moins d’un mois après que Donald Trump a viré tous les membres du conseil d’administration de l’agence (qui étaient des chercheurs ou ingénieurs).
Selon le New York Times, ce n’est pas moins de 900 instruments d’observation qui vont être enlevés. Et la NSF prévoit d’envoyer des bateaux pour les récupérer dès ce mois de juin.
Le fonds ajoute garder pour l’instant le « réseau câblé régional » du projet qui se situe au large de Portland ainsi que le data center de l’OOI pour les opérations en cours. Ironiquement, dans son communiqué, la NSF continue à souligner l’importance du projet : « Nous encourageons la communauté à exploiter les données de l’OOI, accumulées depuis plus de dix ans, en les intégrant dans leurs propositions, publications, présentations et échanges avec leurs collègues. Cet engagement continu met en évidence l’impact scientifique et les applications très variées rendues possibles par l’OOI et ses données, soulignant ainsi son importance en tant que ressource pour la communauté océanographique ».
Le système d’observation océanique le plus avancé au monde
Ce réseau d’instruments scientifiques qui a coûté 365 millions de dollars est un outil très utile pour comprendre le changement climatique. L’OOI est le « système d’observation océanique en fonctionnement continu le plus avancé au monde », estime Jim Edson, qui en était responsable en 2022, au New York Times. Comme l’explique l’Institut océanographique de Woods Hole, dans l’océan Austral par exemple, « les premiers déploiements de balises OOI en 2015 ont permis d’obtenir les premières séries chronologiques jamais enregistrées sur les mouvements de chaleur et de masses d’eau dans la région — des données qui revêtent un intérêt particulier pour la population chilienne, alors que le pays est confronté à une sécheresse persistante due à l’évolution des régimes de vent et de pression atmosphérique au-dessus de l’océan ».
La partie du projet située en mer d’Irminger a permis, elle, de mieux comprendre le fonctionnement de l’Atlantic Meridional Overturning Circulation (AMOC), le système de circulation océanique profonde situé dans l’Atlantique à l’origine des courants. « Ce vaste système de courants marins, dont fait partie le Gulf Stream, joue un rôle essentiel dans la régulation du climat mondial, notamment en transportant de la chaleur des tropiques vers l’Atlantique Nord », explique le CNRS.
Quel pays sera capable de développer un réseau similaire ?
« Cela témoigne une fois de plus du manque de compréhension de la valeur et du mérite scientifiques dont fait preuve l’administration actuelle », se lamente au New York Times Craig McLean, le chercheur qui était le responsable scientifique de la National Oceanic & Atmospheric Administration lors du premier mandat de Donald Trump. « En démantelant un tel système, nous reléguons une nouvelle fois les États-Unis au second plan dans le domaine du leadership scientifique mondial », ajoute-t-il.
Le problème est que le projet n’est pas seulement abandonné mais qu’il est aussi démantelé. Ainsi, pour qu’un autre pays reprenne le relais, il lui faudrait redéployer un réseau d’outils très onéreux.
En mai 2025, en France, des chercheuses et chercheurs tiraient la sonnette d’alarme devant les sénateurs pour que notre pays propose une alternative pour héberger les données menacées par Trump. Le directeur général délégué à la science du CNRS, Alain Schuhl, affirmait que les bases de données étaient « l’urgence absolue ». Mais le sénateur Pierre Ouzoulias (PCF) attirait aussi l’attention sur « les bouées de surface dans l’hémisphère nord [qui mesurent paramètres météorologiques et océanographiques], c’est 50 % ».
«Si on perd ces bouées, on est incapables de prévoir des phénomènes extrêmes. Je ne parle même pas du Pacifique, où là, on est totalement dépendants des données météorologiques américaines et nous serions incapables de prévoir des cyclones à Mayotte, à la Réunion ou en Polynésie. Il y a un souci majeur », expliquait-il.
Mais depuis, la France a continué à baisser, elle aussi, les budgets de recherche. Ainsi, l’océanographe et directrice de recherche au CNRS Katell Guizien se plaignait de ne plus pouvoir payer les contrats de travail de chercheurs de son équipe à cause des restrictions budgétaires au sein de l’organisme de recherche. Et le gouvernement a annoncé récemment des coupes budgétaires plus importantes touchant les universités, la recherche et France 2030.