❌

Vue normale

Reçu — 21 août 2026 ⏭ Next - Articles gratuits

Le piratage du ministère de l’Intérieur : un coup de bol opportuniste, et même pas ciblé

21 août 2026 à 13:58
Ils ne savaient pas que c'était possible, alors ils l'ont fait
Le piratage du ministère de l’Intérieur : un coup de bol opportuniste, et même pas ciblé

L’enquête de l’Office anticybercriminalité (OFAC) sur le piratage de fichiers du ministère de l’Intérieur révèle qu’il a commencé par la compromission de l’ordinateur personnel d’un fonctionnaire du ministère de… l’Agriculture. Le ou les auteurs de l’intrusion ont ensuite passé deux mois et demi à farfouiller leurs systèmes respectifs, parvenant à franchir près d’une dizaine de lignes de défense en profondeur, avant de réussir à exfiltrer 96 fichiers policiers… auxquels ils n’auraient initialement jamais pensé pouvoir accéder.

Fin décembre, Le Canard enchaîné révélait que le « fric-frac informatique du ministère de l’Intérieur » avait duré du dimanche 9 novembre au jeudi 4 décembre, soit 26 jours, « une très longue journée portes ouvertes ». « C’est la consultation compulsive – le week-end et la nuit – de ce listing ultra-sensible qui a déclenché l’alerte », soulignait le caneton.

D’après un bilan du ministère de l’Intérieur, que le Canard avait pu consulter, « les dégâts sont bien plus importants qu’annoncé : 37 serveurs de messagerie sur 250 ont été compromis, et 14 fichiers de police ont été visités, dont celui des personnes recherchées, qui contient notamment les fichés S ».

Il expliquait que l’intrusion aurait été facilitée du fait que « nombre de poulets se tamponnent le coquillard de la sécurité informatique ». Pour se connecter au système de Circulation Hiérarchisée des Enregistrements Opérationnels de la Police Sécurisés (CHEOPS), le portail permettant d’accéder aux fichiers de la police et de la gendarmerie, il faut normalement utiliser sa carte professionnelle, dotée d’une puce, ainsi qu’un code à quatre chiffres.

Or, « les poulets, moins disciplinés que les pandores, utilisent à tort et à travers un système de secours sans carte, reposant sur le seul identifiant et un code à six chiffres », qu’un policier aurait partagé en clair dans un e-mail auquel le pirate avait pu accéder.

Un cleptogiciel commercialisé entre 300 et 500 $ par mois

L’enquête de l’Office anticybercriminalité (OFAC) de la police judiciaire, que Le Monde a pu consulter, révèle une intrusion autrement plus complexe qui, à défaut d’être particulièrement sophistiquée, montre que les pirates ont passé deux mois et demi à errer dans un labyrinthe de systèmes informatiques interconnectés, et dû franchir de nombreuses défenses en profondeur avant de pouvoir parvenir aux fichiers qu’ils avaient exfiltrés.

La compromission du ministère de l’Intérieur remonte en réalité à un fonctionnaire du ministère de l’Agriculture, surnommé « patient zéro de l’attaque » par les enquêteurs. Dans la soirée du 19 septembre 2025, l’intéressé consulta sa boîte mail professionnelle, depuis son domicile dijonnais, sur son ordinateur personnel.

L’article du Monde laisse entendre qu’il aurait alors cliqué sur un lien adressé à son e-mail professionnel, le conduisant « sur un faux site proposant le téléchargement de logiciels d’édition musicale ». L’article ne précise pas s’il en avait téléchargé un ou s’il s’était contenté de visiter le site, reste que son ordinateur personnel fut contaminé par l’ « infostealer » (« cleptogiciel » en français) Rhadamanthys.

Le journaliste Valéry Rieß-Marchive, rédacteur en chef du MagIT, et l’un des meilleurs observateurs français des arcanes de ce type de cyberattaques, relève sur LinkedIn et sur X que la mention du nom du cleptogiciel utilisé est « rare et ce n’est pas anodin » : le détournement de comptes légitimes suite au passage de tels infostealers, « c’est classique. L’établir est plus rare. Beaucoup plus rare. »

Il émet l’hypothèse selon laquelle cette mention serait potentiellement liée au fait qu’Europol avait annoncé le démantèlement de l’infrastructure de Rhadamanthys, en novembre dernier, dans le cadre d’Endgame, une opération de grande envergure visant à démanteler les botnets et infrastructures criminelles qui y sont associées.

Valéry Rieß-Marchive précisait dans l’article qu’il y avait alors consacré que Rhadamanthys « était proposé avec de multiples plugins et commercialisé entre 300 et 500 $ par mois, payables en cryptopépettes ». À défaut de savoir si les auteurs du piratage du ministère de l’Intérieur étaient eux-mêmes clients de Rhadamanthys, ou s’ils avaient acheté à l’un de ses utilisateurs et/ou revendeurs les données liées au « patient zéro de l’attaque », cette dernière reposait donc aussi sur toute une chaîne logistique, en matière de cyberdélinquance, allant bien au-delà d’un simple piratage de login et mot de passe.

« Une faille sur un outil interne accessible depuis un simple navigateur web »

L’article du Monde ne précise pas si les antivirus et autres systèmes de sécurité du ministère de l’Agriculture auraient pu bloquer l’installation de cet infostealer sur l’ordinateur professionnel du fonctionnaire, mais il est loisible de le penser.

« Quand l’ordinateur personnel d’un collaborateur devient le vecteur d’attaque, le rebond vers le réseau professionnel est désormais quasi immédiat », remarque de son côté Henri d’Agrain, délégué général du Cigref (ex-club informatique des grandes entreprises françaises), en réponse à Valéry Rieß-Marchive.

Le cleptogiciel a ensuite permis aux pirates d’accéder au Google Drive du « patient zéro de l’attaque », où il avait stocké son certificat d’authentification au VPN du ministère, ce qui, là aussi, n’aurait pas dû se produire : une chose est de pouvoir accéder à son email professionnel depuis son ordinateur personnel, une autre est de stocker dans un espace personnel un certificat de sécurité professionnel.

Disposant de « droits particulièrement élevés » en raison de ses fonctions, l’accès au compte du fonctionnaire permit aux pirates de naviguer « durant des semaines » sur les réseaux du ministère de l’Agriculture, et d’y découvrir, le 9 novembre, « une passerelle informatique menant jusqu’aux réseaux du ministère de l’Intérieur ».

Ils y évoluèrent ensuite « durant presque un mois », afin de « se familiariser avec l’architecture des systèmes informatiques du ministère, en particulier des serveurs de la direction générale de la police nationale », avant que leurs consultations compulsives de fichiers, le soir et la nuit, ne soient détectées par le centre de cyberdéfense de Beauvau.

Ils avaient pour cela dû passer outre deux nouvelles « défenses en profondeur ». D’abord en identifiant « une faille sur un outil interne accessible depuis un simple navigateur web », qui permit aux pirates de « prendre possession de comptes de gestionnaires e-mail de différentes directions interrégionales de la police », puis d’ « activer la réinitialisation des mots de passe d’agents du ministère, en particulier d’enquêteurs de police ».

La consultation des messageries piratées leur permit, dans un second temps, de trouver dans des pièces jointes des certificats d’authentification permettant de se connecter au VPN du ministère de l’Intérieur, « avec les mots de passe associés dans le corps de texte ».

C’est uniquement à ce stade, et donc après avoir franchi au moins huit niveaux de défenses en profondeur que, « grâce aux données dérobées, les intrus pénètrent sur le très sensible portail CHEOPS, la boîte à outils des policiers et gendarmes », résume Le Monde.

Dans un précédent article, nous relevions que les pirates avaient certes partagé une capture d’écran du portail d’accès à CHEOPS, mais sans que l’on sache s’ils y avaient réellement pu y accéder, soit via une carte professionnelle compromise, soit par identifiant/mot de passe.

Les pirates ciblent la France (ou le font croire) pour se venger

L’article du Monde rapporte que les pirates accédèrent ensuite au fichier des personnes recherchées (FPR) ainsi qu’au traitement des antécédents judiciaires (TAJ), « sans avoir besoin de carte professionnelle sécurisée », mais sans non plus que l’on sache, comme l’avançait Le Canard Enchaîné, s’ils seraient passés par « un système de secours sans carte, reposant sur le seul identifiant et un code à six chiffres ». Reste qu’ils n’en avaient pas moins franchi un neuvième palier.

L’intrusion, signalée le 5 décembre, sera suivie le 17 décembre par l’interpellation d’un suspect de 23 ans, qui « a répété qu’il n’était pas l’auteur du piratage, expliquant avoir seulement fourni le serveur ayant permis aux véritables hackeurs, toujours dans la nature, d’agir », précise Le Monde, « mais à la demande des auteurs du piratage, qui auraient exercé sur lui des pressions », et dont il ne connaîtrait que les pseudonymes.

S’il se définit comme « autodidacte » en informatique, il avait déjà été condamné en 2025 à un an de prison avec sursis dans une affaire de cyberescroquerie, et est en attente de procès dans un dossier de « swatting », « deux affaires pour lesquelles il est suspecté d’avoir fourni les moyens techniques à des complices », écrit Le Monde.

Les pirates se seraient plus particulièrement intéressés, via le FPR, à trois profils de jeunes majeurs, « dont l’un est recherché par la brigade de lutte contre la cybercriminalité de la Préfecture de police de Paris », souligne Le Monde. Ils ont également recherché des noms, prénoms et pseudonymes dans le TAJ, « dont ceux, là encore, d’un jeune homme connu pour son implication dans une affaire d’atteintes à un système automatisé de traitement de données ».

Selon les chiffres fournis par le ministre de l’Intérieur lors de son audition par la commission des lois du Sénat en janvier, rappelle Le Monde, le ou les assaillants ont exfiltré 23 fiches et 3 000 « éléments de sommaires » (sortes de résumé, émanant du FPR), 72 fiches, plusieurs dizaines de milliers de sommaires provenant du TAJ, ainsi qu’une fiche Interpol.

Le rapport de l’OFAC révèle également que les pirates « sont également parvenus à consulter le contenu de plusieurs procédures judiciaires en cours », sans que Le Monde précise là non plus s’ils auraient pour cela franchi une dixième ligne de défense en profondeur, ou s’ils y avaient eu accès via l’un des comptes compromis, sinon que plusieurs de ces procédures judiciaires portaient elles-mêmes sur des enquêtes cyber :

« Au moins trois d’entre elles portent sur des faits de cybercriminalité et sont diligentées par les services de police de l’Office anti-cybercriminalité, en charge du piratage de l’intérieur, et de la brigade de lutte contre la cybercriminalité de la Préfecture de police, dont l’une a été ouverte en 2025. »

« Les suspects ont-ils voulu se renseigner sur des investigations les visant ou visant leur communauté ? » s’interroge Le Monde, qui souligne que « pour l’heure, la piste privilégiée est que l’attaque constituait une opération de représailles à l’arrestation, en juin 2025, de membres présumés du groupe cybercriminel ShinyHunters ».

Dans le portrait-type que nous consacrions aux pirates auteurs d’attaques de ce type interpellés par les autorités ces derniers mois, nous rappelions que dans son rapport annuel sur la cybercriminalité, le commandement du ministère de l’Intérieur dans le cyberespace (COMCYBER-MI) soulignait en effet que l’interpellation de plusieurs Français, à la demande du FBI ou par les autorités françaises, membres présumés du groupe de pirates ShinyHunters, aurait incité plusieurs pirates à s’attaquer aux institutions, administrations, organisations, fédérations, associations et entreprises françaises, pour se venger.

Ce qui explique aussi, en partie, la succession de piratages improprement qualifiés de « fuites de données » auxquels nous assistons depuis l’an passé. L’enquête de l’OFAC révèle enfin qu’il s’agirait également d’une cyberattaque opportuniste, et que ses auteurs ne cherchaient pas, initialement, à s’attaquer au ministère de l’Intérieur, et encore moins à pouvoir en extraire des fichiers policiers.

Reçu — 14 août 2026 ⏭ Next - Articles gratuits

Le Conseil constitutionnel censure le contrôle de l’âge des internautes, mineurs ou pas

14 août 2026 à 14:31
Panpan CC
Le Conseil constitutionnel censure le contrôle de l’âge des internautes, mineurs ou pas

Les Sages ont jugé que la loi qui prévoyait d’interdire l’accès des mineurs de moins de 15 ans aux réseaux sociaux va d’une part à l’encontre de la liberté d’expression des mineurs, et d’autre part au droit à la vie privée des majeurs. Ces derniers ne devraient pas être obligés de faire vérifier leur âge sans « garanties légales ». L’Élysée réclame un nouveau texte d’ici à la présidentielle de 2027.

Le Conseil constitutionnel vient d’annoncer par communiqué avoir conclu à une « non conformité partielle » de l’article 1er de la loi qui prévoyait d’interdire l’accès des mineurs de moins de 15 ans aux services de réseaux sociaux en ligne, qui s’en trouve dès lors censuré.

Les Sages avaient en effet été saisis par plus de soixante députés du groupe parlementaire la France insoumise et du groupe Socialistes et apparentés après que l’Assemblée a entériné, le 21 juillet dernier, la proposition de loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans.

Son adoption ouvrait la voie à une entrée en vigueur dès la rentrée de septembre, date à partir de laquelle les moins de 15 ans ne devaient plus pouvoir créer de compte sur les réseaux sociaux. L’interdiction devait s’étendre aux comptes déjà existants dans un délai de quatre mois. Le texte ne donnait cependant aucune indication quant à l’indispensable méthode de vérification de l’âge qui, par définition, devait s’appliquer à l’ensemble de la population.

Le Conseil constitutionnel juge que « les dispositions contestées, d’une part, portent une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression et de communication et, d’autre part, n’ont pas prévu les garanties légales propres à assurer le droit au respect de la vie privée ».

La liberté d’expression s’applique aussi aux mineurs

Le Conseil se fonde d’abord sur l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui protège la liberté d’expression et de communication, et rappelle qu’ « il en découle la liberté d’accéder aux services de communication au public en ligne et de s’y exprimer ».

Il reconnaît certes qu’ « il est loisible au législateur d’instituer des dispositions destinées à faire cesser des abus de l’exercice de la liberté d’expression et de communication qui portent atteinte à l’ordre public et aux droits des tiers », mais en rappelle aussi les limites :

« Cependant, [cette liberté] est d’autant plus précieuse que son exercice est une condition de la démocratie et l’une des garanties du respect des autres droits et libertés. Il s’ensuit que les atteintes portées à l’exercice de cette liberté doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées à l’objectif poursuivi. »

Or, le Conseil juge que le législateur a brassé bien trop large, et de façon indistincte, alors qu’il ne pouvait « instituer une interdiction de portée générale ayant pour effet de priver des mineurs de leur liberté d’accès à de nombreux services de communication en ligne, sans considération ni de la situation du mineur ni des risques propres à chacun de ces services ».

Les réseaux sociaux ne sont pas tous forcément dangereux

Les Sages relèvent, « en premier lieu », que l’interdiction instituée par la loi est susceptible de s’appliquer à des services « dont les risques pour la santé et la sécurité des mineurs ne sont pas établis » :

« En effet, elle n’est soumise à aucune condition tenant aux fonctionnalités ou aux contenus proposés, aux dangers auxquels ils exposent et à l’insuffisance des protections dont ils sont assortis, et les exceptions prévues sont limitées. »

Le Conseil observe, « en second lieu », que l’interdiction prévue, étant applicable à l’ensemble des mineurs âgés de moins de quinze ans, « ne donne lieu à aucune appréciation particulière du risque pour le mineur, tenant compte notamment de son âge, de son degré de maturité et de sa situation familiale » :

« À cet égard, la loi ne prévoit pas les conditions dans lesquelles les titulaires de l’autorité parentale peuvent, dans l’intérêt de l’enfant, décider de lever l’interdiction, d’en limiter la portée ou d’autoriser l’accès à certains services. »

Devoir faire la preuve de son âge requiert des « garanties légales »

Les Sages rappellent par ailleurs que la liberté proclamée par l’article 2 de la Déclaration de 1789 implique le droit au respect de la vie privée.

Il souligne à ce titre qu’en interdisant l’accès de tout mineur de moins de quinze ans à certains services en ligne, « la loi implique, par elle même, que toute personne, même majeure, fasse la preuve de son âge avant d’y accéder », sans pour autant en avoir « prévu les garanties légales » :

« Or, faute de déterminer les conditions et les limites dans lesquelles il devra ainsi en être justifié, le législateur n’a pas prévu les garanties légales de nature à assurer le respect de ces exigences constitutionnelles. »

L’Élysée réclame un nouveau texte d’ici à la présidentielle

Emmanuel Macron vient de son côté de charger le Premier ministre Sébastien Lecornu de revoir le dispositif et proposer une nouvelle version « juridiquement robuste » d’ici au printemps 2027. Il s’agissait d’un engagement présidentiel de longue date, rappellent Le Monde et l’AFP.

Le chef du gouvernement devra travailler « dans les meilleurs délais » à une rédaction « tenant compte de la décision du Conseil constitutionnel ainsi que du cadre européen », a expliqué l’Elysée dans un communiqué, ajoutant que « la détermination » du chef de l’État à faire aboutir cette réforme « d’ici au printemps 2027 demeure totale », et donc d’ici à la prochaine présidentielle.

La Commission européenne a, de son côté, annoncé en juillet son intention d’instaurer un accès « progressif et gradué » des mineurs aux réseaux sociaux. Un comité d’experts a recommandé une interdiction aux moins de 13 ans, chaque pays pouvant cela dit choisir un autre âge plancher.

Saisi uniquement à propos de l’article premier, le Conseil constitutionnel ne s’est pas, par ailleurs, prononcé sur l’interdiction du téléphone portable au lycée à partir du 1ᵉʳ septembre, qui figurait dans le même texte de loi.

☕️ ASI se penche sur ce que l’IA fait au journalisme, et aux mouvements de résistance anti-IA

14 août 2026 à 11:02


Le replay de la dernière émission d’Arrêt sur images (ASI) « Ce que l’IA fait au journalisme » vient d’être élu gratuit par les asinautes. Pendant 1h13, la journaliste Pauline Block y discute avec Mathilde Saliou, journaliste à Next, Eric Barbier, reporter à l’Est républicain, co-organisateur du contre-sommet de l’IA et référent sur l’IA au bureau national du Syndicat national des journalistes (SNJ), et Olivier Koch, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Sorbonne Paris Nord, qui étudie la transformation des industries médiatiques et des pratiques journalistiques, et donc l’impact de l’IA.

Ils y discutent, entre autres, du rapport parfois trop béat d’une partie des journalistes vis-à-vis de l’effet waouh associé à l’IA, de la disparition du traitement de l’urgence écologique des médias au moment même où cette nouvelle « révolution » technologique très consommatrice en ressources et en énergie bouleverse de nombreux pans de nos activités. Ils abordent aussi la dilution de la responsabilité associée à la génération de contenus médiatiques avec de l’IA, et ses effets sur la confiance (déjà faible !) que le public peut cultiver envers l’information.

[Récap] Nous avons découvert des milliers de sites d’info générés par IA : tous nos articles
Entre la Chaise et le Clavier #11 : Le tsunami d’infos générées par IA, avec Jean-Marc Manach

Dessin : Flock

À noter que les asinautes ont également rendu gratuit « Tout le monde déteste l’algorithme », qui fait écho à l’article « Tout le monde déteste l’IA » que vient de publier le Monde Diplo. Thibault Prévost, chroniqueur technocritique d’ASI, y revient sur le mouvement de contestation contre l’IA, les centres de données « et le projet mortifère de la Silicon Valley ». Un décryptage truffé de liens et de ressources bibliographiques, comme sait si bien le faire Thibault Prévost, ainsi que de nouveaux concepts, tels que « thermocratie », « carbofascisme », « néoluddisme » ou « AI populism ».

Il relève notamment qu’Amnesty International, qui a analysé les systèmes d’IA générative au prisme du respect des droits humains fondamentaux, conclut que « ces logiciels sont « fondamentalement incompatibles » avec les traités internationaux, dans leur architecture même, et doivent être prohibés ».

Pour lui, « la rage qui fleurit partout n’est pas dirigée contre l’IA comprise comme une simple technique informatique, mais contre l’IA comprise comme idéologie et ce qu’elle contient, permet, encode dans le tissu social ». D’autant que, « alors que l’Europe brûle, le projet techno-politique de la tech s’affiche pour ce qu’il est : pyromane ». Ce pourquoi, et « dès lors que l’on défend la dignité humaine, la pérennité du vivant et le droit de vivre sur une planète habitable, la haine de « l’intelligence artificielle », machine génératrice de prétexte technique à l’installation d’un ordre social inhumain, est donc juste et saine. »

Thibault Prévost est aussi l’auteur de deux essais, sur ces mêmes problématiques. « Les prophètes de l’IA – pourquoi la Silicon Valley nous vend l’apocalypse », consacré aux « doomers » « prophètes catastrophistes » et autres « techno-oligarques », publié en octobre 2024, et « Technologie du coup d’État – les programmeurs de l’autoritarisme », sur le « putsch numérique » de la Silicon Valley, à paraître en octobre 2026.

❌