❌

Vue normale

Reçu — 19 octobre 2026 ⏭ Next - Articles gratuits

☕️ Les États-Unis bannissent l’IA chinoise DeepSeek dans l’administration civile fédérale

19 octobre 2026 à 16:24


Le département états-unien de la Sécurité intérieure (DHS) ordonne le retrait des produits DeepSeek et services tiers utilisant le modèle d’IA chinois des systèmes informatiques des agences civiles fédérales, rapporte l’agence Reuters. Le DHS leur interdit également d’acquérir des produits DeepSeek, ainsi que des services tiers développés à l’aide des outils de l’entreprise chinoise.

L’AFP précise que le DHS, qui a autorité sur les services civils du gouvernement (mais pas sur l’armée ni le renseignement américain), ne motive pas sa décision dans l’avis.

Reuters souligne cela dit que dans une note de service datée de juillet et rendue publique ce lundi, en annexe du mémo, le DHS avait déjà demandé aux agences fédérales de surveiller le trafic entrant et sortant des sites web gouvernementaux afin de faire face aux risques potentiels liés à DeepSeek.

Le DHS expliquait que les modèles DeepSeek comportent « plusieurs vecteurs de menace », qu’ils « peuvent contenir des logiciels malveillants ou d’autres vulnérabilités de sécurité », et que « plusieurs vulnérabilités critiques » avaient été découvertes dans son application mobile iOS en 2025.

Il s’inquiétait également du fait que l’utilisation de ce produit « pourrait entraîner le transfert de données sensibles vers la République populaire de Chine s’il était utilisé par des employés du gouvernement américain ou des prestataires ». Le DHS indiquait enfin que l’utilisation de DeepSeek par des agences gouvernementales « pourrait générer des renseignements exploitables concernant des ressortissants américains et/ou des agences gouvernementales ».

Cette interdiction n’est pas la première aux États-Unis, relève Reuters. Plusieurs agences américaines, notamment le ministère du Commerce et la Marine, avaient ainsi déjà interdit l’utilisation de DeepSeek sur les appareils gouvernementaux. Plusieurs États, dont New York, le Tennessee et la Virginie, avaient pris des mesures similaires.

En juillet, la Federal Communications Commission (FCC) avait par ailleurs voté l’interdiction de la vente aux États-Unis d’appareils contenant des composants matériels clés provenant d’entreprises chinoises considérées comme présentant un risque pour la sécurité nationale. La FCC avait aussi proposé d’interdire aux opérateurs de télécommunications américains de s’interconnecter avec des entreprises de télécommunications chinoises considérées comme présentant un risque pour la sécurité nationale.

Reçu — 12 octobre 2026 ⏭ Next - Articles gratuits

La consultation des principaux sites d’information a chuté de près de 25 % en un an

12 octobre 2026 à 10:31
« Don't feed the press » is the new « Don't be evil »
La consultation des principaux sites d’information a chuté de près de 25 % en un an

Alors que la vague exceptionnelle de « pics de chaleur » et d’incendies de forêts aurait a priori dû amener de nombreux internautes à s’informer, les 40 plus importants sites d’information français ont vu chuter leur trafic de près de 20 % en août, et de 10 à plus de 50 % en un an. Le lancement par Google de ses « aperçus » de réponses générées par IA, et son algorithme de recommandation de contenus Discover, sont pointés du doigt. L’Alliance de la presse d’information générale a saisi l’Autorité de la concurrence, au motif que Google ne respecte toujours pas ses engagements pris envers la presse en 2022, ce qui lui a déjà valu 750M€ de sanctions.

Alors que la fréquentation des sites et applications de l’ensemble des marques numériques recule de 4 %, relève Le Monde, celle des marques d’actualités chute, elle, de près 23 % en un an. Le chiffre émane du dernier classement des marques numériques de l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM), le tiers certificateur des sites et applis d’information en France.

The Media Leader l’a en effet comparé avec celui de septembre 2025 sur un panel de 40 médias, dont le trafic totalise 1,70 milliard de visites, contre 2,14 milliards un an plus tôt, soit un recul de 20,8 %. Si leurs applications ne reculent que de 9,4 %, leurs sites web le sont de près de 23 %, avec de grandes disparités.

Ici (ex France Bleu, le réseau local de Radio France) voit ainsi son trafic chuter de - 55,8 % (du fait du changement de nom de domaine de francebleu.fr à ici.fr, plaide sa direction), mais son application progresse de 21,8 %. Les consultations de franceinfo.fr baissent quant à elles de 32,9 %, ses applis de 9,9 %. LeParisien.fr recule de 43,5%, et ses applis 19,3 %.

Deux autres sites perdent plus de la moitié de leur trafic : LePoint.fr (- 57,5 %) et Marianne.fr (- 51,7 %), L’Express et La Provence se contentant de n’en perdre respectivement que - 43,8 % et - 42,9 %.

En tête des marques d’information, Ouest-France totalise 191,9 millions de visites (- 9,6 %), et monte à la 3e place du classement général, « grâce à l’agrégation services hors infos (annonce, shopping, TV, podcasts…) », souligne The Media Leader. Le fait que les articles générés par IA de plusieurs de ses verticales thématiques soient boostés par l’algorithme Discover de Google y contribue aussi probablement. Suivent Le Figaro, avec 167,2 millions (- 21,8 %), et Le Monde, avec 151,9 millions (- 19,6 %).

« Le bain de sang du trafic des sites d’information »

Sur X.com, le spécialiste des médias en ligne Emmanuel Parody évoque un « bain de sang du trafic des sites d’information », la quasi-totalité des chiffres accusant une baisse de plus de 10 %. Alors que plusieurs pointent du doigt le lancement en France des « aperçus » de réponses générées par IA (AI Overviews) par Google le 22 juillet dernier, dont on sait qu’ils ont affecté le trafic des sites de médias dans de nombreux pays, d’autres tempèrent, avançant d’autres explications. D’autant que les aperçus IA concernent surtout les recherches « froides », et moins l’actualité « chaude », et qu’une mise à jour anti-spam déployée par Google au même moment pourrait brouiller l’analyse.

La quasi-totalité des médias ont perdu de 10 à plus de 50 % de trafic en un an – ACPM, The Media Leader, X

Clément Pessaux, un professionnel du SEO qui a développé un dashboard de Discover, Gnewsalyzer.com, répond ainsi à Parody que « Les chiffres bruts sont violents, mais on ne peut pas attribuer cela qu’aux IAO et le search de Google qui ne représentent (en moyenne que 15 - 20 % max) du [trafic] total, le plus gros passant par Discover ». L’algorithme de recommandation de contenus de Google, qui représentait en effet, à lui seul, plus de 70% du trafic en provenance de Google en juin 2025 (.pdf), étant devenu la principale source de trafic pour la presse française.

Interrogé à ce sujet, 1492.vision, un autre dashboard dédié à Discover, plus complet, leur répond que « sur les 1 000 articles les plus exposés chaque mois, l’exposition cumulée de septembre est 32 % sous janvier-février en France, et - 40 % en IT/EN/ES ».

Exposition cumulée sur le mois des 1 000 articles les plus exposés sur Discover (médiane) – 1492.vision

Dans un billet dédié, 1492.vision précise que leur durée d’exposition recule en outre davantage : un article reste en moyenne 1,9 jour dans le flux français, contre 2,3 à 2,8 jours au premier semestre. En septembre, la baisse va de 32 % en France à 42 % en Espagne, ce qui indique un changement systémique :

« Un cycle d’actualité propre à un pays ne ferait pas bouger quatre marchés en même temps, dans le même sens. Le changement vient donc du fonctionnement de Discover. »

De plus, en France, la presse nationale perd un quart de sa part de voix, quand la presse régionale la triple. « Une hypothèse circule : les titres nationaux qui publient en grand volume seraient les plus touchés », résume 1492.vision : « Nos données confirment la première moitié, la presse nationale perd », alors qu’ « aucun des 35 titres régionaux suivis ne recule par rapport au début d’année ».

Une chute de 17% du trafic, en pleine vagues de canicules et d’incendies

Les sites thématiques sont eux aussi affectés. En février, un conseil de jardin restait ainsi deux fois plus longtemps dans le flux qu’un article de sport. En septembre, l’écart n’est plus que d’un jour. « Témoignages, retraite, jardin : sur le marché, leur durée d’exposition baisse de 22 à 40 % », constate 1492.vision.

Il souligne en conclusion que, « à l’échelle du marché », la « cassure » de cette chute de recommandations de l’algorithme Discover de Google « commence en juillet », sans qu’il puisse cela dit faire de lien avec le lancement en France de ses « aperçus IA » ce même mois. D’autant qu’elle affecte également l’Espagne, la Grande-Bretagne et l’Italie, où ils étaient déjà en production.

En avril, 1492.vision relevait par ailleurs un « virage net vers le contenu social » avec une « explosion » du nombre de contenus recommandés par Discover et renvoyant vers YouTube, X et les réseaux sociaux, diminuant d’autant la mise en avant d’articles de presse.

The Media Leader évoque une autre explication, plus prosaïque. Septembre 2025 avait en effet été un « mois exceptionnel pour l’information en ligne », du fait d’un contexte politique et médiatique intense : le vote de confiance, la démission de François Bayrou et la nomination de Sébastien Lecornu, le nouveau Premier ministre. L’ACPM avait alors vu les sites et applis d’information battre leur record annuel avec plus de 104 millions de visites.

La comparaison des mois d’août 2025 et 2026 montre cela dit un net recul, relève The Media Leader : sur le même panel, les visites baissent de 16,5% sur un an selon l’ACPM, dont 18,8% pour les sites, alors que les applications comparables ne perdent que 2,5 %. Et l’ACPM avait déjà enregistré une chute de trafic de - 17 % en août, comparé à juillet.

Or, la série exceptionnelle de vagues de chaleur et de canicules, ainsi que l’ampleur des incendies cet été, auraient a priori dû entraîner une augmentation du trafic des sites d’information, d’autant qu’avec des températures flirtant avec les 40 °C, la majeure partie de la population restait cantonnée à la maison.

Le contexte estival, conduisant les internautes à moins s’informer, et la « fatigue informationnelle » dont semblent souffrir de plus en plus de citoyens, pourraient expliquer une partie de cette chute de trafic. Mais pas une telle chute de plus ou moins 20 % en un an.

Google ne respecte pas ses engagements, malgré 4 décisions de l’Autorité de la concurrence

Début août, l’Alliance de la presse d’information générale (APIG) a saisi l’Autorité de la concurrence (ADLC), suite au lancement en France d’AI Overviews et d’AI Mode, afin qu’elle respecte ses engagements pris en 2022, et rémunère les contenus utilisés par ses aperçus IA au titre du droit voisin de la presse.

En avril 2020, l’ADLC avait en effet sanctionné Google pour pratiques déloyales et lui imposait de négocier de bonne foi avec les éditeurs. En juin 2022, elle lui infligeait une amende de 500 millions d’euros pour non-respect de ces obligations. Le mois suivant, Google prenait des engagements de négociation de bonne foi, de transparence et de non-discrimination, rendus obligatoires par l’Autorité et valables jusqu’en 2027.

En 2024, l’ADLC, rappelant que c’est « la 4ᵉ décision rendue par l’Autorité de la concurrence sur ce dossier en quatre ans », prononçait une nouvelle sanction de 250 millions d’euros à l’encontre de Google pour, là encore, non-respect de quatre des sept engagements pris en juin 2022 :

  • « conduire des négociations de bonne foi, sur la base de critères transparents, objectifs et non discriminatoires dans un délai de trois mois (engagements n°1 et 4).
  • transmettre aux éditeurs ou agences de presse les informations nécessaires à l’évaluation transparente de leur rémunération au titre des droits voisins (engagement n°2).
  • prendre les mesures nécessaires pour que les négociations n’affectent pas les autres relations économiques existant entre Google et les éditeurs ou agences de presse (engagement n°6) ».

L’ADLC relevait également, au sujet des droits voisins en matière de développement des outils d’intelligence artificielle, que « Google a utilisé du contenu issu de domaines d’éditeurs de presse et d’agences de presse […] sans que ni les éditeurs et agences de presse, ni l’Autorité n’aient été informés de ces utilisations ».

Dans un communiqué, Google se présenterait presque en cavalier blanc, évoquant sa volonté de « régler un différend qui dure depuis trop longtemps », et soulignant qu’ « il est désormais temps de clarifier qui nous devons rémunérer, et comment, afin de mettre en place un cadre de négociation pérenne » :

« Nous avons transigé car il est temps de tourner la page et, ainsi que le prouvent nos nombreux accords avec les éditeurs, nous souhaitons nous concentrer sur des approches pérennes afin de connecter les internautes avec des contenus de qualité et travailler de manière constructive avec les éditeurs français ».

Dans son communiqué, l’APIG relève de son côté que, non content de ne pas respecter ses engagements, Google pourrait en outre encore accentuer un peu plus cette chute du trafic vers les sites d’actualités. Sur les marchés européens où les AI Overviews sont déjà actifs, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) évalue en effet entre 33 % et 38 % la perte de trafic attribuable aux résumés générés par intelligence artificielle.

Reçu — 29 septembre 2026 ⏭ Next - Articles gratuits

Agents IA : des « dizaines de milliers d’incidents » sont en cours d’examen

29 septembre 2026 à 15:42
It's not AI bug, it's AI feature
Agents IA : des « dizaines de milliers d’incidents » sont en cours d’examen

OpenAI a reconnu que des sites du gouvernement états-unien avaient été attaqués par certains de ses agents IA, portant le nombre d’incidents documentés à plus de quinze. En élargissant le spectre à Anthropic et aux découvertes faites par des chercheurs extérieurs, le nombre d’incidents problématiques se chiffrerait en « dizaines de milliers ». En attendant, OpenAI a suspendu les activités d’entraînement de ses modèles les plus performants.

OpenAI a reconnu vendredi 25 septembre avoir appris que certains de ses agents IA avaient perturbé le fonctionnement des sites web des ministères états-uniens de l’Éducation et du Commerce, ainsi que de la Commission des opérations de bourse (SEC), rapporte le New York Times.

Selon des chercheurs du cabinet de recherche en IA Transluce, la technologie d’OpenAI a en effet tenté de pirater le site web du ministère de l’Éducation afin de collecter des données auprès du bureau des droits civiques de ce dernier, mais sans succès.

L’IA a également extrait des données du site web du Bureau du recensement, qui relève du ministère du Commerce, en utilisant des identifiants de connexion trouvés en ligne. Par ailleurs, des agents d’OpenAI ont aussi partagé des données publiques provenant du site web de la SEC sur un forum en ligne.

Des révélations qui font suite à l’annonce, en marge de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée aux risques de l’IA qui se tenait la semaine passée, que des sites du gouvernement australien avaient eux aussi été attaqués. Réunion qui avait vu de nombreux pays, mais également les principaux patrons des IA, en appeler à une régulation mondiale.

OpenAI suspend les activités d’entraînement de ses modèles les plus performants

OpenAI a également révélé avoir identifié 53 cas d’images partagées par des utilisateurs avec ChatGPT qui ont été publiées sur des sites d’hébergement d’images sous forme de liens non accessibles au public. Ces images provenaient de comptes dont les propriétaires avaient autorisé l’utilisation de leurs données pour améliorer les modèles. OpenAI précise avoir dissocié ces images de leurs comptes respectifs avant de les soumettre à un filtre de confidentialité.

Autre révélation d’OpenAI : un agent IA a conclu qu’il pouvait accéder à l’Internet public via un résolveur DNS. Son objectif était de savoir si un service de domaine public pouvait aider à déléguer une recherche vers une adresse intégrée dans le nom d’hôte : « Notre système de surveillance des désalignements a détecté cette anomalie en moins de 15 minutes, et une personne a commencé à l’examiner trois minutes plus tard. L’exécution a été interrompue 2 heures et demie plus tard. »

« Toutes les activités d’entraînement, d’évaluation et d’inférence liées à l’utilisation d’outils (au sens large) de nos modèles les plus performants restent suspendues », rajoute OpenAI.

Sam Altman a de son côté déclaré vendredi que l’entreprise n’avait « pas agi aussi rapidement qu’elle l’aurait souhaité » pour rendre publics ces incidents. « Nous établissons nos priorités du mieux que nous pouvons en fonction de la gravité », ajoutant que la violation de données chez Hugging Face en juillet dernier restait « l’incident le plus grave » que l’entreprise ait découvert.

Pour OpenAI, ces incidents ne constituent pas des failles de sécurité

L’entreprise a précisé qu’aucun de ces incidents ne constituait une faille de sécurité, mais qu’il s’agissait néanmoins d’exemples illustrant le comportement inattendu et préoccupant de sa technologie. « La plupart des activités que nous avons examinées jusqu’à présent concernaient des tâches de recherche courantes, telles que l’accès à des contenus web publics pour répondre à des questions », a précisé une porte-parole d’OpenAI au NYT. « Certaines concernaient des sites web gouvernementaux, car nos modèles s’y réfèrent souvent comme à des sources fiables d’informations publiques. »

Transluce, le labo de recherche IA a révélé la semaine passée que des agents d’OpenAI ont tenté de pirater deux sites gouvernementaux australiens. Il précise que ces incidents avaient comme points communs des agents IA cherchant à sonder des sites web gouvernementaux à l’aide de tactiques telles que l’utilisation d’identifiants exposés, le contournement des systèmes anti-bots et la création de faux comptes.

Sur le dossier australien, OpenAI veut faire amende honorable. « Nous sommes désolés et nous nous efforçons de faire mieux à l’avenir », écrit l’entreprise dans un billet de blog. « Les gens veulent savoir que l’IA est développée en toute sécurité, et cela commence par ce que les entreprises comme la nôtre font elles-mêmes. »

Histoire de montrer patte blanche, elle a annoncé plusieurs mesures : soutien aux agences touchées, financement et assistance technique pour renforcer la cybersécurité des infrastructures critiques, et la création d’une « task force » australienne afin de proposer des améliorations pour les alertes, la coordination avec les pouvoirs publics et la protection des systèmes du gouvernement.

Samedi, le chercheur en sécurité Rowan Howard-Jones révélait que des agents d’OpenAI avaient tenté d’attaquer par force brute l’API du site statistique de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) plus de 16 000 fois entre avril et juin.

Ils semblaient avoir pour mission de collecter des données relatives à l’indice des capacités de production (PCI), aux secteurs exportateurs, au commerce des denrées alimentaires et à d’autres thèmes. Ils ont utilisé des proxys, des techniques d’obfuscation et même le jeu XSS de Google, créé pour familiariser ses utilisateurs à la notion de failles de sécurité XSS (pour cross-site scripting).

Des modus operandi faisant clairement penser à ceux utilisés dans les tentatives de piratage des sites gouvernementaux australiens. Les agents IA, bridés dans leur accès au web, chercheraient ainsi à répondre aux questions qui leur sont posées, par quelque moyen que ce soit, quitte à utiliser des tactiques, techniques et procédures (TTP) relevant du piratage informatique.

Une quinzaine de cas documentés, pour l’instant

En se basant sur une source interne, Reuters écrivait ce samedi qu’OpenAI avait recensé « environ deux douzaines d’incidents au cours desquels ses agents avaient agi de manière indésirable » mi-septembre. Deux personnes proches de l’entreprise précisaient à l’agence que le chiffre n’a depuis cessé d’augmenter, à mesure que les équipes d’OpenAI examinent les journaux internes relatifs aux activités des agents, et découvrent des cas jusqu’alors inconnus.

Une centaine de personnes auraient en effet été impliquées d’une manière ou d’une autre dans le processus visant à élucider le piratage de Hugging Face. Au cours de ce processus, des indices laissent supposer que d’autres incidents ont été mis au jour, dont « [une quinzaine] présentant des niveaux de gravité variables, (…) révélés par l’entreprise ».

De nombreux incidents ont par ailleurs été mis au jour par des chercheurs externes plutôt que par OpenAI directement, durant lesquels les agents ont procédé à des actions problématiques passées inaperçues au sein de l’entreprise pendant des mois.

OpenAI a indiqué que son examen « prendrait plusieurs mois, compte tenu de l’ampleur de la tâche », souligne Reuters. L’entreprise précisait également avoir d’ores et déjà signalé des activités inappropriées à des dizaines d’entreprises et organismes tiers.

Des « dizaines de milliers d’incidents » en cours d’examen

OpenAI n’est pas la seule entreprise de l’IA concernée par cette vague d’agents rebelles. Le site Axios a ainsi assuré qu’OpenAI donc, mais aussi Anthropic ainsi que des chercheurs en sécurité et en « sûreté de l’IA » (« AI Safety ») enquêtent actuellement sur « des dizaines de milliers d’incidents au cours desquels leurs modèles de pointe ont pris des mesures que des évaluateurs externes jugeraient problématiques ».

Ces incidents se sont produits lors de tests internes et en conditions réelles, et bon nombre d’entre eux n’ont pas encore été rendus publics, les chercheurs en sécurité poursuivant leurs investigations, précisent les sources.

OpenAI a annoncé le suspension de l’entraînement de ses modèles les plus performants et qu’il ne reprendrait « que lorsque nous serons certains d’avoir mis en place des mesures de sécurité supplémentaires et des améliorations en matière d’alignement », a déclaré un porte-parole. Il a ajouté que « ce n’est pas la première fois que nous faisons une pause pour prendre de telles mesures, et nous ne pensons pas que ce sera la dernière, car les capacités de l’IA ne cessent de progresser ».

Reçu — 11 septembre 2026 ⏭ Next - Articles gratuits

La France a doublé ses exportations de technologies de surveillance

11 septembre 2026 à 14:29
« Au cœur de l’excellence industrielle française »
La France a doublé ses exportations de technologies de surveillance

La France a autorisé l’exportation de 65 millions d’euros de biens et technologies de cybersurveillance en 2025, soit un peu plus de deux fois plus que la moyenne des quatre années précédentes.

Le dernier rapport au Parlement consacré aux exportations des biens à double usage (civils et militaires) de la France indique qu’en 2025, 21,6 milliards d’euros de licences individuelles ont été délivrés, soit une hausse de 37 % par rapport à 2024, « tirée notamment par le nucléaire et l’aérospatial ».

« Les biens à double usage sont au cœur de l’excellence industrielle française », souligne dans la préface du rapport Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, et « contribuent au développement et au maintien d’un savoir-faire de l’industrie française et peuvent représenter un enjeu économique majeur pour les entreprises exportatrices ».

Un bien à double usage est « un bien matériel ou immatériel, équipement, technologie, logiciel, connaissance ou savoir-faire, considéré comme suffisamment sensible en raison de ses caractéristiques intrinsèques pour justifier un contrôle de l’État avant qu’il ne soit exporté, de manière à empêcher, le cas échéant, qu’il ne soit détourné de son utilisation légitime, civile ou militaire, pour une utilisation illégitime pouvant contribuer en particulier à la prolifération d’armes de destruction massive », rappelle le rapport.

Environ 40 % des demandes font l’objet d’instructions complémentaires

Ce pourquoi « le processus de contrôle est mis en œuvre au moyen d’un dispositif interministériel rigoureux, qui peut se traduire par des interdictions d’exportation ». Chaque demande de licence est ainsi « examinée au cas par cas et de manière approfondie », et « mobilise des compétences géopolitiques, économiques, industrielles et techniques » des membres de la Commission interministérielle des biens à double usage (CIBDU).

Présidée par un représentant du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), elle est composée d’un représentant du Commissariat à l’énergie atomique, ainsi que des ministères de l’Europe et des Affaires étrangères, de l’Industrie, de l’Énergie, de l’Intérieur, du Commerce extérieur, de la Recherche, des Armées, de la Santé, de l’Agriculture et des Douanes.

Le rapport précise que l’examen repose sur une première phase d’instruction ministérielle réalisée par les membres de la CIBDU, qui « mènent leurs analyses au regard de la nature du bien, de son utilisation annoncée et de l’utilisateur final déclaré, en tenant compte des risques de détournement » vers un usage contraire aux obligations et engagements internationaux de la France en matière de droits humains notamment, « ainsi que la politique étrangère et de sécurité nationale de la France ».

En fin d’instruction ministérielle, chaque membre de la CIBDU émet dans un second temps un avis sur l’opportunité de procéder à une instruction interministérielle complémentaire « selon la sensibilité identifiée du projet d’exportation », ce qui est le cas d’« environ 40 % des dossiers », précise une note de bas de page.

« Permettre la surveillance discrète de personnes physiques »

Le règlement européen 2021/821 qui avait refondé le régime de l’Union de contrôle des exportations des biens à double usage définit les « biens de cybersurveillance » comme ayant été « conçus spécifiquement pour permettre la surveillance discrète de personnes physiques par la surveillance, l’extraction, la collecte ou l’analyse de données provenant de systèmes d’information et de télécommunications ».

Son 2ᵉ considérant souligne à ce titre qu’ « en ce qui concerne les biens de cybersurveillance, les autorités compétentes des États membres devraient tenir compte en particulier du risque qu’ils soient utilisés à des fins de répression interne ou dans le cadre de la commission de violations graves des droits de l’homme ou du droit humanitaire ».

Le rapport précise que les biens et technologies de cybersurveillance, « qui relèvent majoritairement de la partie 1 de la catégorie 5 (télécommunications) et, dans une moindre mesure de la catégorie 4 (calculateurs), représentent quant à eux environ 11 % du montant des autorisations accordées en 2025 sur l’ensemble des catégories 4 et 5 ».

Les précédents rapports au Parlement indiquent que ce taux avait été de 8 % en 2024 et 2023, 5 % en 2022 et 10 % en 2021. Nous avons donc additionné le montant des licences accordées dans le cadre des catégories 4 et 5 (qui figurent en annexe de ces rapports), et estimé que la France avait autorisé l’exportation d’environ 65 millions d’euros de biens et technologies de cybersurveillance en 2025, contre une moyenne d’environ 30 millions les quatre années précédentes (38 en 2021, 20 en 2022, 34 en 2023 et 30 en 2024).

Exportations de biens de cybersurveillance par la France (en millions d’euros, et en pourcentage par rapport à l’année d’avant)

Un « code de bonnes pratiques » pour les États, et bientôt pour l’industrie

« Si les biens de cybersurveillance font l’objet d’un contrôle strict », souligne le rapport, « notamment pour tenir compte du risque de détournement pour un usage de répression interne ou de commission de violations graves et systématiques des droits de l’homme et du droit humanitaire international, il convient de rappeler que leur utilisation peut aussi être légitime dans la lutte contre la criminalité et le terrorisme en particulier ».

« La sensibilité d’utilisation de ces biens conduit les exportateurs à une vigilance particulière, qui est complétée par un contrôle interministériel rigoureux », poursuit le rapport, « notamment aux risques de violation des droits de l’homme et d’atteinte à la vie privée » :

« Dans ce cas, l’utilisation de ces biens doit s’accompagner de garanties et de mécanismes de supervision adéquats, comme défini dans le cadre du processus de Pall Mall, une initiative diplomatique initiée par la France et le Royaume-Uni dans le but de lutter contre la prolifération et l’usage irresponsable de capacités d’intrusion cyber commerciales, dont certains biens de cybersurveillance. »

Lancé en février 2024 par le Royaume-Uni et la France, ce Pall Mall Process est un « code de bonnes pratiques pour les États » qui, bien que non contraignant, engage ses signataires à lutter contre la prolifération des logiciels espion. Adopté par 27 pays, il a fait l’objet d’une déclaration conjointe cosignée par plusieurs entreprises, dont Google, HackerOne, Meta, Microsoft et YesWeHack.

Le Business and Human Rights Centre, qui en documente l’évolution, relève qu’un « Code de bonnes pratiques pour l’industrie » devrait d’ailleurs être rendu public en novembre 2026. Il note également que « de nombreux États où sont implantées des entreprises spécialisées dans les logiciels espions et/ou où des cas d’abus potentiels ont été signalés » (dont l’Azerbaïdjan, Chypre, l’Inde, Israël, le Mexique, le Maroc, l’Espagne et l’Arabie saoudite) ne figurent pas au nombre des signataires du « code de bonnes pratiques ».

L’Allemagne et l’Italie (connus pour avoir été parmi les pionniers de l’industrie du logiciel espion d’État, avec Finfisher et Hacking Team, qui ont tous deux fermé depuis), ainsi que les États-Unis, figurent par contre parmi les signataires. Quand bien même un groupe d’investisseurs états-uniens dirigé par un producteur hollywoodien a depuis acquis, en novembre 2025, une participation majoritaire dans la sulfureuse entreprise israélienne NSO, connue pour son célèbre logiciel espion Pegasus. Ils ont aussi nommé à la direction de l’entreprise un ancien avocat d’affaires ayant notamment défendu les intérêts de Donald Trump dans le cadre des faillites de ses casinos d’Atlantic City.

Le rapport au parlement 2026 sur les exportations des biens à double usage de la France conclut de son côté son passage consacré aux biens et technologies de cybersurveillance que « les exportations qui entrent dans le cadre d’une utilisation légitime, contribuent au développement et au maintien d’un savoir-faire de l’industrie française dans le domaine de ces technologies de souveraineté, et peuvent s’inscrire dans le cadre de la coopération et des partenariats stratégiques que la France entretient avec certains pays ».

Reçu — 21 août 2026 ⏭ Next - Articles gratuits

Le piratage du ministère de l’Intérieur : un coup de bol opportuniste, et même pas ciblé

21 août 2026 à 13:58
Ils ne savaient pas que c'était possible, alors ils l'ont fait
Le piratage du ministère de l’Intérieur : un coup de bol opportuniste, et même pas ciblé

L’enquête de l’Office anticybercriminalité (OFAC) sur le piratage de fichiers du ministère de l’Intérieur révèle qu’il a commencé par la compromission de l’ordinateur personnel d’un fonctionnaire du ministère de… l’Agriculture. Le ou les auteurs de l’intrusion ont ensuite passé deux mois et demi à farfouiller leurs systèmes respectifs, parvenant à franchir près d’une dizaine de lignes de défense en profondeur, avant de réussir à exfiltrer 96 fichiers policiers… auxquels ils n’auraient initialement jamais pensé pouvoir accéder.

Fin décembre, Le Canard enchaîné révélait que le « fric-frac informatique du ministère de l’Intérieur » avait duré du dimanche 9 novembre au jeudi 4 décembre, soit 26 jours, « une très longue journée portes ouvertes ». « C’est la consultation compulsive – le week-end et la nuit – de ce listing ultra-sensible qui a déclenché l’alerte », soulignait le caneton.

D’après un bilan du ministère de l’Intérieur, que le Canard avait pu consulter, « les dégâts sont bien plus importants qu’annoncé : 37 serveurs de messagerie sur 250 ont été compromis, et 14 fichiers de police ont été visités, dont celui des personnes recherchées, qui contient notamment les fichés S ».

Il expliquait que l’intrusion aurait été facilitée du fait que « nombre de poulets se tamponnent le coquillard de la sécurité informatique ». Pour se connecter au système de Circulation Hiérarchisée des Enregistrements Opérationnels de la Police Sécurisés (CHEOPS), le portail permettant d’accéder aux fichiers de la police et de la gendarmerie, il faut normalement utiliser sa carte professionnelle, dotée d’une puce, ainsi qu’un code à quatre chiffres.

Or, « les poulets, moins disciplinés que les pandores, utilisent à tort et à travers un système de secours sans carte, reposant sur le seul identifiant et un code à six chiffres », qu’un policier aurait partagé en clair dans un e-mail auquel le pirate avait pu accéder.

Un cleptogiciel commercialisé entre 300 et 500 $ par mois

L’enquête de l’Office anticybercriminalité (OFAC) de la police judiciaire, que Le Monde a pu consulter, révèle une intrusion autrement plus complexe qui, à défaut d’être particulièrement sophistiquée, montre que les pirates ont passé deux mois et demi à errer dans un labyrinthe de systèmes informatiques interconnectés, et dû franchir de nombreuses défenses en profondeur avant de pouvoir parvenir aux fichiers qu’ils avaient exfiltrés.

La compromission du ministère de l’Intérieur remonte en réalité à un fonctionnaire du ministère de l’Agriculture, surnommé « patient zéro de l’attaque » par les enquêteurs. Dans la soirée du 19 septembre 2025, l’intéressé consulta sa boîte mail professionnelle, depuis son domicile dijonnais, sur son ordinateur personnel.

L’article du Monde laisse entendre qu’il aurait alors cliqué sur un lien adressé à son e-mail professionnel, le conduisant « sur un faux site proposant le téléchargement de logiciels d’édition musicale ». L’article ne précise pas s’il en avait téléchargé un ou s’il s’était contenté de visiter le site, reste que son ordinateur personnel fut contaminé par l’ « infostealer » (« cleptogiciel » en français) Rhadamanthys.

Le journaliste Valéry Rieß-Marchive, rédacteur en chef du MagIT, et l’un des meilleurs observateurs français des arcanes de ce type de cyberattaques, relève sur LinkedIn et sur X que la mention du nom du cleptogiciel utilisé est « rare et ce n’est pas anodin » : le détournement de comptes légitimes suite au passage de tels infostealers, « c’est classique. L’établir est plus rare. Beaucoup plus rare. »

Il émet l’hypothèse selon laquelle cette mention serait potentiellement liée au fait qu’Europol avait annoncé le démantèlement de l’infrastructure de Rhadamanthys, en novembre dernier, dans le cadre d’Endgame, une opération de grande envergure visant à démanteler les botnets et infrastructures criminelles qui y sont associées.

Valéry Rieß-Marchive précisait dans l’article qu’il y avait alors consacré que Rhadamanthys « était proposé avec de multiples plugins et commercialisé entre 300 et 500 $ par mois, payables en cryptopépettes ». À défaut de savoir si les auteurs du piratage du ministère de l’Intérieur étaient eux-mêmes clients de Rhadamanthys, ou s’ils avaient acheté à l’un de ses utilisateurs et/ou revendeurs les données liées au « patient zéro de l’attaque », cette dernière reposait donc aussi sur toute une chaîne logistique, en matière de cyberdélinquance, allant bien au-delà d’un simple piratage de login et mot de passe.

« Une faille sur un outil interne accessible depuis un simple navigateur web »

L’article du Monde ne précise pas si les antivirus et autres systèmes de sécurité du ministère de l’Agriculture auraient pu bloquer l’installation de cet infostealer sur l’ordinateur professionnel du fonctionnaire, mais il est loisible de le penser.

« Quand l’ordinateur personnel d’un collaborateur devient le vecteur d’attaque, le rebond vers le réseau professionnel est désormais quasi immédiat », remarque de son côté Henri d’Agrain, délégué général du Cigref (ex-club informatique des grandes entreprises françaises), en réponse à Valéry Rieß-Marchive.

Le cleptogiciel a ensuite permis aux pirates d’accéder au Google Drive du « patient zéro de l’attaque », où il avait stocké son certificat d’authentification au VPN du ministère, ce qui, là aussi, n’aurait pas dû se produire : une chose est de pouvoir accéder à son email professionnel depuis son ordinateur personnel, une autre est de stocker dans un espace personnel un certificat de sécurité professionnel.

Disposant de « droits particulièrement élevés » en raison de ses fonctions, l’accès au compte du fonctionnaire permit aux pirates de naviguer « durant des semaines » sur les réseaux du ministère de l’Agriculture, et d’y découvrir, le 9 novembre, « une passerelle informatique menant jusqu’aux réseaux du ministère de l’Intérieur ».

Ils y évoluèrent ensuite « durant presque un mois », afin de « se familiariser avec l’architecture des systèmes informatiques du ministère, en particulier des serveurs de la direction générale de la police nationale », avant que leurs consultations compulsives de fichiers, le soir et la nuit, ne soient détectées par le centre de cyberdéfense de Beauvau.

Ils avaient pour cela dû passer outre deux nouvelles « défenses en profondeur ». D’abord en identifiant « une faille sur un outil interne accessible depuis un simple navigateur web », qui permit aux pirates de « prendre possession de comptes de gestionnaires e-mail de différentes directions interrégionales de la police », puis d’ « activer la réinitialisation des mots de passe d’agents du ministère, en particulier d’enquêteurs de police ».

La consultation des messageries piratées leur permit, dans un second temps, de trouver dans des pièces jointes des certificats d’authentification permettant de se connecter au VPN du ministère de l’Intérieur, « avec les mots de passe associés dans le corps de texte ».

C’est uniquement à ce stade, et donc après avoir franchi au moins huit niveaux de défenses en profondeur que, « grâce aux données dérobées, les intrus pénètrent sur le très sensible portail CHEOPS, la boîte à outils des policiers et gendarmes », résume Le Monde.

Dans un précédent article, nous relevions que les pirates avaient certes partagé une capture d’écran du portail d’accès à CHEOPS, mais sans que l’on sache s’ils y avaient réellement pu y accéder, soit via une carte professionnelle compromise, soit par identifiant/mot de passe.

Les pirates ciblent la France (ou le font croire) pour se venger

L’article du Monde rapporte que les pirates accédèrent ensuite au fichier des personnes recherchées (FPR) ainsi qu’au traitement des antécédents judiciaires (TAJ), « sans avoir besoin de carte professionnelle sécurisée », mais sans non plus que l’on sache, comme l’avançait Le Canard Enchaîné, s’ils seraient passés par « un système de secours sans carte, reposant sur le seul identifiant et un code à six chiffres ». Reste qu’ils n’en avaient pas moins franchi un neuvième palier.

L’intrusion, signalée le 5 décembre, sera suivie le 17 décembre par l’interpellation d’un suspect de 23 ans, qui « a répété qu’il n’était pas l’auteur du piratage, expliquant avoir seulement fourni le serveur ayant permis aux véritables hackeurs, toujours dans la nature, d’agir », précise Le Monde, « mais à la demande des auteurs du piratage, qui auraient exercé sur lui des pressions », et dont il ne connaîtrait que les pseudonymes.

S’il se définit comme « autodidacte » en informatique, il avait déjà été condamné en 2025 à un an de prison avec sursis dans une affaire de cyberescroquerie, et est en attente de procès dans un dossier de « swatting », « deux affaires pour lesquelles il est suspecté d’avoir fourni les moyens techniques à des complices », écrit Le Monde.

Les pirates se seraient plus particulièrement intéressés, via le FPR, à trois profils de jeunes majeurs, « dont l’un est recherché par la brigade de lutte contre la cybercriminalité de la Préfecture de police de Paris », souligne Le Monde. Ils ont également recherché des noms, prénoms et pseudonymes dans le TAJ, « dont ceux, là encore, d’un jeune homme connu pour son implication dans une affaire d’atteintes à un système automatisé de traitement de données ».

Selon les chiffres fournis par le ministre de l’Intérieur lors de son audition par la commission des lois du Sénat en janvier, rappelle Le Monde, le ou les assaillants ont exfiltré 23 fiches et 3 000 « éléments de sommaires » (sortes de résumé, émanant du FPR), 72 fiches, plusieurs dizaines de milliers de sommaires provenant du TAJ, ainsi qu’une fiche Interpol.

Le rapport de l’OFAC révèle également que les pirates « sont également parvenus à consulter le contenu de plusieurs procédures judiciaires en cours », sans que Le Monde précise là non plus s’ils auraient pour cela franchi une dixième ligne de défense en profondeur, ou s’ils y avaient eu accès via l’un des comptes compromis, sinon que plusieurs de ces procédures judiciaires portaient elles-mêmes sur des enquêtes cyber :

« Au moins trois d’entre elles portent sur des faits de cybercriminalité et sont diligentées par les services de police de l’Office anti-cybercriminalité, en charge du piratage de l’intérieur, et de la brigade de lutte contre la cybercriminalité de la Préfecture de police, dont l’une a été ouverte en 2025. »

« Les suspects ont-ils voulu se renseigner sur des investigations les visant ou visant leur communauté ? » s’interroge Le Monde, qui souligne que « pour l’heure, la piste privilégiée est que l’attaque constituait une opération de représailles à l’arrestation, en juin 2025, de membres présumés du groupe cybercriminel ShinyHunters ».

Dans le portrait-type que nous consacrions aux pirates auteurs d’attaques de ce type interpellés par les autorités ces derniers mois, nous rappelions que dans son rapport annuel sur la cybercriminalité, le commandement du ministère de l’Intérieur dans le cyberespace (COMCYBER-MI) soulignait en effet que l’interpellation de plusieurs Français, à la demande du FBI ou par les autorités françaises, membres présumés du groupe de pirates ShinyHunters, aurait incité plusieurs pirates à s’attaquer aux institutions, administrations, organisations, fédérations, associations et entreprises françaises, pour se venger.

Ce qui explique aussi, en partie, la succession de piratages improprement qualifiés de « fuites de données » auxquels nous assistons depuis l’an passé. L’enquête de l’OFAC révèle enfin qu’il s’agirait également d’une cyberattaque opportuniste, et que ses auteurs ne cherchaient pas, initialement, à s’attaquer au ministère de l’Intérieur, et encore moins à pouvoir en extraire des fichiers policiers.

Reçu — 14 août 2026 ⏭ Next - Articles gratuits

Le Conseil constitutionnel censure le contrôle de l’âge des internautes, mineurs ou pas

14 août 2026 à 14:31
Panpan CC
Le Conseil constitutionnel censure le contrôle de l’âge des internautes, mineurs ou pas

Les Sages ont jugé que la loi qui prévoyait d’interdire l’accès des mineurs de moins de 15 ans aux réseaux sociaux va d’une part à l’encontre de la liberté d’expression des mineurs, et d’autre part au droit à la vie privée des majeurs. Ces derniers ne devraient pas être obligés de faire vérifier leur âge sans « garanties légales ». L’Élysée réclame un nouveau texte d’ici à la présidentielle de 2027.

Le Conseil constitutionnel vient d’annoncer par communiqué avoir conclu à une « non conformité partielle » de l’article 1er de la loi qui prévoyait d’interdire l’accès des mineurs de moins de 15 ans aux services de réseaux sociaux en ligne, qui s’en trouve dès lors censuré.

Les Sages avaient en effet été saisis par plus de soixante députés du groupe parlementaire la France insoumise et du groupe Socialistes et apparentés après que l’Assemblée a entériné, le 21 juillet dernier, la proposition de loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans.

Son adoption ouvrait la voie à une entrée en vigueur dès la rentrée de septembre, date à partir de laquelle les moins de 15 ans ne devaient plus pouvoir créer de compte sur les réseaux sociaux. L’interdiction devait s’étendre aux comptes déjà existants dans un délai de quatre mois. Le texte ne donnait cependant aucune indication quant à l’indispensable méthode de vérification de l’âge qui, par définition, devait s’appliquer à l’ensemble de la population.

Le Conseil constitutionnel juge que « les dispositions contestées, d’une part, portent une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression et de communication et, d’autre part, n’ont pas prévu les garanties légales propres à assurer le droit au respect de la vie privée ».

La liberté d’expression s’applique aussi aux mineurs

Le Conseil se fonde d’abord sur l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui protège la liberté d’expression et de communication, et rappelle qu’ « il en découle la liberté d’accéder aux services de communication au public en ligne et de s’y exprimer ».

Il reconnaît certes qu’ « il est loisible au législateur d’instituer des dispositions destinées à faire cesser des abus de l’exercice de la liberté d’expression et de communication qui portent atteinte à l’ordre public et aux droits des tiers », mais en rappelle aussi les limites :

« Cependant, [cette liberté] est d’autant plus précieuse que son exercice est une condition de la démocratie et l’une des garanties du respect des autres droits et libertés. Il s’ensuit que les atteintes portées à l’exercice de cette liberté doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées à l’objectif poursuivi. »

Or, le Conseil juge que le législateur a brassé bien trop large, et de façon indistincte, alors qu’il ne pouvait « instituer une interdiction de portée générale ayant pour effet de priver des mineurs de leur liberté d’accès à de nombreux services de communication en ligne, sans considération ni de la situation du mineur ni des risques propres à chacun de ces services ».

Les réseaux sociaux ne sont pas tous forcément dangereux

Les Sages relèvent, « en premier lieu », que l’interdiction instituée par la loi est susceptible de s’appliquer à des services « dont les risques pour la santé et la sécurité des mineurs ne sont pas établis » :

« En effet, elle n’est soumise à aucune condition tenant aux fonctionnalités ou aux contenus proposés, aux dangers auxquels ils exposent et à l’insuffisance des protections dont ils sont assortis, et les exceptions prévues sont limitées. »

Le Conseil observe, « en second lieu », que l’interdiction prévue, étant applicable à l’ensemble des mineurs âgés de moins de quinze ans, « ne donne lieu à aucune appréciation particulière du risque pour le mineur, tenant compte notamment de son âge, de son degré de maturité et de sa situation familiale » :

« À cet égard, la loi ne prévoit pas les conditions dans lesquelles les titulaires de l’autorité parentale peuvent, dans l’intérêt de l’enfant, décider de lever l’interdiction, d’en limiter la portée ou d’autoriser l’accès à certains services. »

Devoir faire la preuve de son âge requiert des « garanties légales »

Les Sages rappellent par ailleurs que la liberté proclamée par l’article 2 de la Déclaration de 1789 implique le droit au respect de la vie privée.

Il souligne à ce titre qu’en interdisant l’accès de tout mineur de moins de quinze ans à certains services en ligne, « la loi implique, par elle même, que toute personne, même majeure, fasse la preuve de son âge avant d’y accéder », sans pour autant en avoir « prévu les garanties légales » :

« Or, faute de déterminer les conditions et les limites dans lesquelles il devra ainsi en être justifié, le législateur n’a pas prévu les garanties légales de nature à assurer le respect de ces exigences constitutionnelles. »

L’Élysée réclame un nouveau texte d’ici à la présidentielle

Emmanuel Macron vient de son côté de charger le Premier ministre Sébastien Lecornu de revoir le dispositif et proposer une nouvelle version « juridiquement robuste » d’ici au printemps 2027. Il s’agissait d’un engagement présidentiel de longue date, rappellent Le Monde et l’AFP.

Le chef du gouvernement devra travailler « dans les meilleurs délais » à une rédaction « tenant compte de la décision du Conseil constitutionnel ainsi que du cadre européen », a expliqué l’Elysée dans un communiqué, ajoutant que « la détermination » du chef de l’État à faire aboutir cette réforme « d’ici au printemps 2027 demeure totale », et donc d’ici à la prochaine présidentielle.

La Commission européenne a, de son côté, annoncé en juillet son intention d’instaurer un accès « progressif et gradué » des mineurs aux réseaux sociaux. Un comité d’experts a recommandé une interdiction aux moins de 13 ans, chaque pays pouvant cela dit choisir un autre âge plancher.

Saisi uniquement à propos de l’article premier, le Conseil constitutionnel ne s’est pas, par ailleurs, prononcé sur l’interdiction du téléphone portable au lycée à partir du 1ᵉʳ septembre, qui figurait dans le même texte de loi.

☕️ ASI se penche sur ce que l’IA fait au journalisme, et aux mouvements de résistance anti-IA

14 août 2026 à 11:02


Le replay de la dernière émission d’Arrêt sur images (ASI) « Ce que l’IA fait au journalisme » vient d’être élu gratuit par les asinautes. Pendant 1h13, la journaliste Pauline Block y discute avec Mathilde Saliou, journaliste à Next, Eric Barbier, reporter à l’Est républicain, co-organisateur du contre-sommet de l’IA et référent sur l’IA au bureau national du Syndicat national des journalistes (SNJ), et Olivier Koch, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Sorbonne Paris Nord, qui étudie la transformation des industries médiatiques et des pratiques journalistiques, et donc l’impact de l’IA.

Ils y discutent, entre autres, du rapport parfois trop béat d’une partie des journalistes vis-à-vis de l’effet waouh associé à l’IA, de la disparition du traitement de l’urgence écologique des médias au moment même où cette nouvelle « révolution » technologique très consommatrice en ressources et en énergie bouleverse de nombreux pans de nos activités. Ils abordent aussi la dilution de la responsabilité associée à la génération de contenus médiatiques avec de l’IA, et ses effets sur la confiance (déjà faible !) que le public peut cultiver envers l’information.

[Récap] Nous avons découvert des milliers de sites d’info générés par IA : tous nos articles
Entre la Chaise et le Clavier #11 : Le tsunami d’infos générées par IA, avec Jean-Marc Manach

Dessin : Flock

À noter que les asinautes ont également rendu gratuit « Tout le monde déteste l’algorithme », qui fait écho à l’article « Tout le monde déteste l’IA » que vient de publier le Monde Diplo. Thibault Prévost, chroniqueur technocritique d’ASI, y revient sur le mouvement de contestation contre l’IA, les centres de données « et le projet mortifère de la Silicon Valley ». Un décryptage truffé de liens et de ressources bibliographiques, comme sait si bien le faire Thibault Prévost, ainsi que de nouveaux concepts, tels que « thermocratie », « carbofascisme », « néoluddisme » ou « AI populism ».

Il relève notamment qu’Amnesty International, qui a analysé les systèmes d’IA générative au prisme du respect des droits humains fondamentaux, conclut que « ces logiciels sont « fondamentalement incompatibles » avec les traités internationaux, dans leur architecture même, et doivent être prohibés ».

Pour lui, « la rage qui fleurit partout n’est pas dirigée contre l’IA comprise comme une simple technique informatique, mais contre l’IA comprise comme idéologie et ce qu’elle contient, permet, encode dans le tissu social ». D’autant que, « alors que l’Europe brûle, le projet techno-politique de la tech s’affiche pour ce qu’il est : pyromane ». Ce pourquoi, et « dès lors que l’on défend la dignité humaine, la pérennité du vivant et le droit de vivre sur une planète habitable, la haine de « l’intelligence artificielle », machine génératrice de prétexte technique à l’installation d’un ordre social inhumain, est donc juste et saine. »

Thibault Prévost est aussi l’auteur de deux essais, sur ces mêmes problématiques. « Les prophètes de l’IA – pourquoi la Silicon Valley nous vend l’apocalypse », consacré aux « doomers » « prophètes catastrophistes » et autres « techno-oligarques », publié en octobre 2024, et « Technologie du coup d’État – les programmeurs de l’autoritarisme », sur le « putsch numérique » de la Silicon Valley, à paraître en octobre 2026.

❌