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Clair Obscur est disqualifié des Indie Game Awards pour utilisation de l’IA générative

22 décembre 2025 à 14:50
Cachez cette IA que je ne saurais voir
Clair Obscur est disqualifié des Indie Game Awards pour utilisation de l’IA générative

Clair Obscur : Expedition 33 a reçu jeudi 18 décembre le prix du meilleur jeu lors de la cérémonie des Indie Game Awards, avant d’en être destitué. Le studio montpelliérain Sandfall Interactive a en effet admis avoir recouru à l’IA générative pendant le développement du jeu, alors que le règlement du concours en proscrit l’usage.

Déjà sacré jeu de l’année lors des Game Awards, Clair Obscur : Expedition 33 partait grand favori pour leur pendant dédié aux jeux indépendants, les Indie Game Awards. Et sans trop de surprise, compte tenu de son succès critique et commercial, c’est bien le jeu du studio français Sandfall Interactive qui a été déclaré Game of the Year (GOTY) lors de la cérémonie diffusée en ligne le 18 décembre dernier.

Deux jours plus tard, coup de théâtre : le comité en charge des nominations aux Indie Game Awards annonce la rétractation du prix : Sandfall Interactive est disqualifié, en raison du recours, admis publiquement, à une IA générative au cours du processus de développement du jeu.

The IGAs Nomination Committee is officially retracting Debut Game and Game of the Year, awarding both categories to new recipients. Additionally, we are retracting one of the Indie Vanguard recipients. Full details can be found in our FAQ under Game Eligibility: www.indiegameawards.gg/faq

[image or embed]

— The Indie Game Awards (@indiegameawards.gg) 20 décembre 2025 à 19:45

Omission à l’enregistrement du jeu…

Le règlement du concours proscrit formellement l’utilisation de l’IA générative. « Bien que les éléments en question aient été corrigés et que le jeu soit excellent, leur utilisation contrevient à notre règlement », résument les organisateurs du concours dans leur FAQ. Ils y explicitent aussi le quiproquo.

« Lors de la soumission de Clair Obscur: Expedition 33, un représentant de Sandfall Interactive avait confirmé qu’aucune IA générative n’avait été utilisée dans son développement », rapporte l’organisation.

Problème : entre temps, des déclarations d’un représentant du studio évoquant le recours à l’IA ont fait surface. D’après Polygon, ce revirement de situation pourrait découler d’un article du quotidien espagnol El País, daté de juin dernier, dans lequel intervient François Meurisse, directeur de la production chez Sandfall. « Nous utilisons un peu d’IA, mais pas beaucoup », y déclarait ce dernier.

Clair Obscur conserve son titre de jeu de l’année pour de nombreux joueurs et critiques – crédit Sandfall Interactive

… et oublis dans le code

À la sortie du jeu, certains internautes s’étaient émus d’y découvrir quelques visuels manifestement générés par IA, notamment sur Reddit. Cette découverte n’avait pas particulièrement été médiatisée à l’époque, mais elle avait conduit le studio à produire un droit de suite destiné à El País :

« Lorsque les premiers outils d’IA sont devenus disponibles en 2022, certains membres de l’équipe les ont brièvement expérimentés pour générer des textures provisoires. Après la sortie du jeu, ces textures provisoires ont été supprimées dans les cinq jours et remplacées par les textures définitives, prévues dès le départ mais qui avaient été oubliées lors du contrôle qualité ».

Aujourd’hui, il n’y aurait donc plus d’éléments produits via IA générative dans le jeu, mais c’est la reconnaissance de cet oubli qui a conduit l’équipe des Indie Game Awards à détrôner Clair Obscur, au profit de son dauphin, Blue Prince, qui se voit donc promu au titre de GOTY indépendant de l’année.

Une anecdote révélatrice des tensions qui animent l’industrie

L’incident n’aura sans doute pas un grand impact sur la carrière de Clair Obscur, mais illustre bien comment le sujet de l’IA générative est source de crispation dans le monde du jeu vidéo, où tout le monde explore plus ou moins discrètement les capacités offertes par les outils en vogue du moment.

Un sondage (PDF) commandité par Google et réalisé au début de l’été révélait par exemple que 87 % des développeurs dans le monde du jeu vidéo recourent déjà à des modèles d’IA générative dans le cadre professionnel.

D’après ce sondage commandité par Google, 63 % des professionnels du jeu vidéo expriment une inquiétude quant aux risques liés aux problématiques de propriété (intellectuelle ou des données) dans le champ de l’IA

Ils sont dans le même temps 63 % à craindre les risques que cet usage peut faire encourir en matière de propriété intellectuelle ou d’utilisation des données personnelles… avec en fond la crainte d’un scandale préjudiciable en termes d’image et donc de ventes. Mi-novembre, Ubisoft s’était par exemple fait épingler en ligne pour avoir oublié des visuels générés par IA dans certains écrans du dernier épisode de la série Anno.

Les récentes déclarations de Swen Vincke, fondateur et CEO de Larian Studios, illustrent cette ambivalence. Auréolé du succès de Baldur’s Gate 3 (sorti en 2023), il donne à Bloomberg un aperçu de Divinity, son nouvel opus, et laisse entendre, avec moult pincettes, qu’il encourage le recours à l’IA générative mais sans l’imposer, surtout au sein des équipes créatives. Assurant d’un côté qu’il n’y aura aucun élément généré par IA dans le code final, il indique que les créatifs recourent aux modèles pour explorer de nouvelles idées, développer des concepts, ou écrire des textes bouche-trous.

Le propos a déclenché une vague de critiques en ligne, à laquelle Swen Vincke a dû répondre le 16 décembre dernier. « Putain les gars, on ne pousse pas pour remplacer les concept artists par de l’IA ! (…) Nous utilisons des outils d’IA pour explorer les références, tout comme nous utilisons Google et les livres d’art. Dès les premières étapes de la conception, nous nous en servons comme d’une ébauche de composition que nous remplaçons ensuite par des illustrations conceptuelles originales. Il n’y a pas photo ».

« it’s in the game », mais pour combien de temps ?

Le sujet n’en reste pas moins explosif, comme en témoignent les déboires récents de Postal Bullet Paradise. Annoncée le 3 décembre dernier, cette suite spirituelle du célèbre Postal² avait été confiée à un petit studio, Goonswarm Games, et devait sortir sur Steam. La fiche dédiée a très rapidement été inondée de commentaires dénonçant le recours à l’IA générative, conduisant Running With Scissors, détenteur de la licence, à annuler le jeu après seulement 24 heures ! Goonswarm Games a dans la foulée annoncé sa fermeture, tout en niant avoir utilisé l’IA.

Quelques jours plus tôt, c’est le CEO de Nexon, en charge du développement d’Arc Raiders, qui s’est retrouvé exposé, pour avoir déclaré à un média japonais, repris par PC Gamer, qu’il n’avait pas vraiment d’autre choix que d’utiliser l’IA puisque tout le monde dans l’industrie l’utilise déjà. Sa sortie n’est pas passée inaperçue dans la communauté de ce jeu multijoueurs, où plusieurs internautes ont appelé au boycott (sans toutefois d’effet réellement visible sur la fréquentation du jeu, à en croire les statistiques de Steam).

Si certains joueurs s’estiment lésés quand un jeu acheté plein tarif révèle des visuels ou des voix générés par IA, c’est aussi par crainte de voir leur industrie de cœur, déjà sous forte tension, se paupériser. Fin octobre, une enquête de Business Insider a par exemple révélé comment Electronic Arts encourageait l’utilisation de l’IA générative dans la plupart des processus internes, qu’ils soient techniques, créatifs ou même humains.

L’article décrit par exemple des documents internes qui donnent des exemples de prompts pour se faire aider par un modèle de langage dans la gestion des conflits de management. Il souligne également que les gains de productivité associés à l’IA sont utilisés comme arguments pour justifier les campagnes de licenciements.

Air France aura déployé Starlink sur l’ensemble de sa flotte d’ici fin 2026

22 décembre 2025 à 08:07
Qui a remis une pièce dans la machine ?
Air France aura déployé Starlink sur l’ensemble de sa flotte d’ici fin 2026

Air France indique avoir déjà équipé 30 % de sa flotte d’une connexion à très haut débit Starlink et promet que la totalité de ses avions le seront d’ici fin 2026. Ce qui devait n’être qu’un simple point d’étape a relancé la polémique : Air France aurait-elle pu, ou dû, opter pour une solution européenne de type Eutelsat ?

Les communicants d’Air France ne s’attendaient probablement pas à un tel engagement. Jeudi 18 décembre, la compagnie aérienne a diffusé sur son compte X une petite séquence de 27 secondes illustrant la pose d’un module de connexion satellitaire Starlink sur le dos d’un Airbus A220. Quatre jours plus tard, le message d’origine affiche plus de 11 millions de vues, sans sponsorisation.

Sa visibilité a notamment été dopée par un retweet d’Elon Musk, patron de SpaceX (maison-mère de Starlink), qui l’a saluée d’un « très bon » en français dans le texte. Elle a aussi profité de commentaires nettement plus négatifs, dénonçant une erreur au regard des enjeux de souveraineté.

Starlink sur toute la flotte Air France d’ici fin 2026

« Nous poursuivons l’installation du wifi très haut débit à bord de nos avions, permettant de profiter gratuitement d’une qualité de service stable, rapide et sécurisée. En cette fin d’année, déjà 30% de notre flotte est équipée et la totalité le sera fin 2026 », écrit Air France.

La sélection de Starlink comme fournisseur d’accès, destiné à la fourniture d’une connexion Wi-Fi haut débit à destination des passagers, n’est pas précisément un scoop. Air France avait fait part de son projet en septembre 2024.

La compagnie expliquait alors que la constellation de satellites en orbite basse de Starlink allait lui permettre de proposer « une qualité de service de connectivité en très haut débit » à tous ses passagers, avec une structure de coût lui permettant d’envisager la gratuité pour les passagers, et ce « dans toutes les cabines de voyage ».

Avant cette annonce, Air France disposait déjà d’offres de connectivité à bord de certains de ses appareils, mais le service était payant pour l’utilisateur final, limité en bande passante, et fragmenté d’un point de vue industriel. La compagnie recourait en effet à des solutions différentes selon les appareils et le type de ligne, avec des contrats IFC (In-flight connectivity) passés chez Anuvu (ex Global Eagle), Panasonic Avionics (qui s’appuie en partie sur les capacités d’Eutelsat) ou Intelsat.

Starlink, sélectionnée en 2024 à l’issue d’un appel d’offres, présentait dans ce contexte l’intérêt d’offrir une solution à la fois intégrée et performante. « Nous avons consulté de nombreux acteurs et l’offre de Starlink est actuellement, de loin, la plus attractive du marché. Elle constitue une nette rupture en termes de qualité et de compétitivité. C’est une révolution », illustrait Alexandre Groshenny, responsable du projet dédié chez Air France, auprès de l’Usine Nouvelle. À l’époque, l’annonce du choix de Starlink n’avait pas particulièrement provoqué de réaction politique.

« Choisir Starlink plutôt qu’Eutelsat n’est pas acceptable »

Le point d’étape du 18 décembre a quant à lui suscité quelques commentaires ouvertement désapprobateurs. « Voir Air France choisir Starlink plutôt qu’Eutelsat n’est pas acceptable. Les entreprises européennes doivent comprendre qu’il s’agit désormais d’un enjeu majeur de souveraineté. Pour ma part je limiterai dorénavant mon usage de cette compagnie », a par exemple déclaré samedi Gilles Babinet, ancien coprésident du conseil national du numérique (CNNum).

« Air France, entreprise française historique, confie l’échange de données de ses voyageurs aux US et à Musk. À quand une véritable politique de souveraineté ? », s’interrogeait dès vendredi Cyprien Ronze-Spilliaert, chercheur associé au Centre de recherches de la gendarmerie nationale.

Le sujet a également ému plusieurs élus LFI dans le week-end, jusqu’à Jean-Luc Mélenchon, qui s’est exprimé dimanche soir, lui aussi sur X. « Air France choisit Starlink de Musk pour ses connexions Wi-Fi en vol plutôt que l’entreprise française et sa liaison géostationnaire plus écologique et aussi sûre. Le grand patronat de ce type n’a pas de patrie. Sauf pour les subventions et les aides sans contreparties. L’assistanat des très grandes sociétés doit cesser. »

Air France avait-elle le choix ? En réponse à ces critiques, plusieurs internautes rappellent que la fourniture d’un Wi-Fi performant est un enjeu de compétitivité commerciale pour la compagnie nationale. Or, Starlink dispose de sérieux atouts concurrentiels, notamment face à Eutelsat.

Au dernier décompte (non officiel), la constellation de SpaceX dispose en effet de plus de 9 000 satellites en orbite basse (LEO, pour low earth orbit) à environ 550 km de la Terre. Ils offrent une latence réduite, des débits conséquents et une couverture virtuellement mondiale.

Le leader européen dispose quant à lui d’une offre hybride qui associe ses satellites géostationnaires à une flotte récente d’environ 600 satellites en orbite basse (1 200 km), la constellation OneWeb LEO d’Eutelsat. L’opérateur vient justement de lever 1,5 milliard d’euros pour renforcer ses ressources en orbite basse, mais aussi préparer la future constellation européenne souveraine IRIS².

Une longueur d’avance pour Starlink

En attendant que ces investissements programmés portent leurs fruits, Starlink conserve une longueur d’avance, autant sur les capacités disponibles que sur l’accessibilité tarifaire. C’est d’ailleurs ce qui explique que François Bayrou, alors Premier ministre, avait annoncé recourir à la solution d’Elon Musk fin 2024 à Mayotte pour rétablir en urgence les communications sur l’archipel après la tempête Chido. Une décision vertement critiquée par Orange, dont le responsable des affaires publiques estimait qu’elle laissait « pantois sur le terrain de la souveraineté numérique ».

Remise sur le devant de la scène cette semaine avec Air France, la question de la souveraineté des accès et la bataille commerciale sous-jacente entre Starlink et Eutelsat pourraient bientôt connaître un nouveau rebondissement. La SNCF préparerait en effet son propre appel d’offres en vue d’équiper les TGV d’une liaison satellitaire, et l’entreprise d’Elon Musk semble déjà bien placée.

Une société de droit américain… et Elon Musk aux manettes

Au-delà du patriotisme économique, pourquoi le choix de Starlink soulève-t-il la question de la souveraineté ? SpaceX a son siège à Hawthorne en Californie. L’entreprise est de ce fait soumise aux lois des États-Unis, et plus particulièrement aux textes à dimension extraterritoriale (dont le Cloud Act et le FISA), qui ouvrent une possibilité d’accès, par l’administration ou les agences fédérales américaines, aux données des utilisateurs finaux. Difficile enfin de ne pas prendre en compte l’identité du dirigeant de SpaceX, particulièrement quand ce dernier multiplie, sur son réseau social, les attaques contre l’Europe, allant jusqu’à appeler au démantèlement de l’Union européenne.

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