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Sondage de DPO à l’appui, noyb affirme que la simplification RGPD est à côté de la plaque

6 mars 2026 à 14:17
À lobbying, lobbying et demi
Sondage de DPO à l’appui, noyb affirme que la simplification RGPD est à côté de la plaque

Que disent les délégués à la protection des données personnelles de la simplification du RGPD envisagée par la Commission européenne ? Un sondage organisé par l’association noyb révèle que leurs préoccupations portent essentiellement sur la simplification des démarches administratives, et non sur la redéfinition des données personnelles ou sur la limitation du droit d’accès, pourtant envisagés par Bruxelles en réponse aux demandes de l’industrie.

Dans l’univers tech, on entend souvent dire que l’excès de norme est un frein à l’innovation, et que le régulateur ferait bien de s’intéresser aux signaux qui remontent de la base (les entreprises) plutôt que de décider du cadre depuis le sommet.

L’association autrichienne noyb a décidé de prolonger la logique en descendant un cran plus bas : plutôt que d’interroger les entreprises, elle a cherché à connaître la position des individus qui, au sein de ces dernières, se situent en première ligne de la mise en œuvre du cadre réglementaire.

Ratio entre charge de travail et utilité perçue

En l’occurrence, les fameux Délégués à la protection des données (souvent abrégé en DPO, pour Data Protection Officer), instaurés par les articles 37 et suivants du non moins fameux Règlement général sur la protection des données (RGPD).

L’association a donc demandé à environ 500 de ces derniers quels étaient les points de friction liés au RGPD les plus fréquents dans leur quotidien. Elle en a profité pour essayer d’évaluer, toujours par la voie du sondage déclaratif, la part du temps de leur activité de DPO associée à chacune des grandes exigences du règlement. Elle a enfin tenté d’évaluer la façon dont ces DPO percevaient la valeur du service rendu à l’internaute en matière de respect de la vie privée.

Les enseignements de cette étude, présentés jeudi 5 mars, illustrent selon noyb à quel point la Commission européenne fait fausse route en matière de simplification du RGPD. Rappelons que Bruxelles a publié en novembre 2025 un paquet législatif dédié au numérique qui vise à amender plusieurs des grands textes de loi européens, dont le RGPD, la directive e-Privacy, le règlement sur l’IA, etc..

Qualifié de « digital omnibus » du fait de ce caractère fourre-tout, le texte est vivement attaqué pour les allègements qu’il propose en matière de défense de la vie privée. Mi-janvier, deux organisations européennes ont ajouté de l’huile sur le feu en arguant que certaines des mesures de ce Digital Omnibus seraient le reflet du message porté par les lobbys de l’industrie de la tech à Bruxelles. L’un des points de crispation concerne l’article 15 relatif au droit d’accès aux données personnelles, que la Commission européenne prévoit de réduire au motif qu’il y aurait des « abus ».

C’est donc dans ce contexte tendu que noyb dégaine son étude, dont les résultats se veulent donc représentatifs des attentes non pas d’un secteur d’activité, mais d’une fonction bien précise, dont l’avis semble tranché. L’association résume :

« Il s’avère que la plupart des professionnels ne souhaitent pas une réduction des protections, mais une simplification des obligations de documentation et des formalités administratives. Dans bien des cas, ils demandent même des lois plus claires plutôt qu’une plus grande « flexibilité », difficile à mettre en œuvre pour la plupart des entreprises. »

Les DPO ne veulent globalement pas moins de protections

Le sondage a été réalisé en juillet 2025, et une fois nettoyées, les données permettent à noyb de consolider (voir l’étude au format PDF) les réponses de 510 DPO, dont la moitié évolue dans des sociétés comptant plus de 500 employés. Il est à noter que l’association a recruté les sondés par ses propres canaux de communication (réseaux sociaux et newsletter centrée sur les enjeux liés au RGPD).

Pour ce qui est de la charge de travail, les répondants déclarent que les tâches les plus chronophages sont liées aux obligations déclaratives, à la mesure d’impact, et à la conformité en matière de sécurité. Les principes qui constituent le cœur du règlement, les obligations d’information ou la gestion du droit d’accès sont quant à eux considérés comme relativement indolores. D’après noyb, plus de 70 % des sondés répondent ainsi que le droit d’accès ne génère que « peu », « un peu » ou « pas » de travail.

L’association affirme que ce chiffre confirme sa propre lecture du phénomène, selon laquelle la plupart des entreprises ne font l’objet que de rares demandes d’accès, tandis que les acteurs susceptibles d’être fréquemment sollicités (secteur de la publicité par exemple) ont de toute façon des routines de traitement automatisées.

Le sondage évalue les différentes missions afférentes à la conformité RGPD en fonction de la charge de travail engendrée – crédit noyb

L’association interroge ensuite son échantillon de DPO sur leur perception de l’utilité des missions en question. Ici, ce sont les obligations liées à la sécurité, les principes fondamentaux du texte, et l’obligation d’information qui apparaissent comme les éléments les plus utiles, juste devant le droit à l’accès. Elle s’étonne dans ce contexte que Bruxelles propose de limiter le droit d’accès ou les obligations de transparence.

« Cette étude révèle un fossé immense entre les besoins des personnes qui travaillent concrètement au respect de la conformité et les problèmes alimentés par la « bulle du lobby bruxellois ». Nous n’aidons pas les entreprises européennes dans leur fonctionnement normal ; la proposition de la Commission empiète même souvent sur ce que les professionnels considèrent comme utile », résume Max Schrems, fondateur de noyb.

L’association évalue le rapport entre niveau de protection perçu et charge de travail pour les principales obligations du RGPD – crédit noyb

Le « one size fits all » ne fait pas consensus

noyb profite de son étude pour interroger les DPO sur l’intérêt, ou non, de créer des paliers en fonction desquels le niveau d’obligation pourrait varier, de façon par exemple à ce que les exigences réglementaires soient alourdies pour les grands acteurs spécialistes de la vente de données, et allégées pour les petites et moyennes entreprises chez qui la gestion de données personnelles n’est qu’une problématique satellite.

La question n’est pas totalement innocente : dans sa communication autour du paquet numérique, Bruxelles fait en effet valoir que la simplification du RGPD profitera à toutes les entreprises, sans prendre en compte cette différence d’impact. Qu’en disent les intéressés ? « Malgré le fait que beaucoup d’entre eux représentent de plus grandes entreprises (500 + employés), 70% des répondants ont déclaré qu’il y avait un besoin de règles plus strictes pour les grandes entreprises », argue noyb, qui défend donc l’idée d’un système de paliers, avec des règles très claires, ne laissant que peu de place à l’interprétation juridique, pour les PME.

L’association interroge également la perception des DPO sur la proposition, faite par Bruxelles, d’un système de liste blanche, pour automatiser le consentement de certains recueils et traitements à finalité claire (la mesure d’audience par exemple) et donc réduire la pression au niveau des fameux bandeaux de cookies.

noyb, qui avait exprimé en novembre dernier des craintes sur les possibilités réellement offertes par cette liste blanche, note à ce niveau que 84 % des sondés sont globalement favorables à l’idée, mais ajoute à l’équation une autre hypothèse, jusqu’ici écartée par Bruxelles : celle d’un fonctionnement par liste noire, qui interdirait donc les traitements « clairement illicites », à la façon de ce qu’énonce l’article 5 du règlement européen sur l’IA. L’idée recueille un accueil favorable (totalement ou partiellement) chez 91 % des sondés.

« Étonnamment, les spécialistes de la protection de la vie privée (…) ne pensent pas qu’une « liste noire » limiterait excessivement [les responsables de traitement]. Il semble que la sécurité juridique soit privilégiée par rapport à la flexibilité de la loi. On peut supposer que la garantie d’une concurrence loyale est un facteur justifiant l’établissement de « listes noires », étant donné que les concurrents seraient eux aussi soumis à des règles plus claires. », commente l’association, qui appelle par conséquent à un débat plus large autour du Digital Omnibus.





Quantique : Pasqal lève 340 millions d’euros et vise déjà le Nasdaq

6 mars 2026 à 08:08
L'anti dead cat bounce
Quantique : Pasqal lève 340 millions d’euros et vise déjà le Nasdaq

Pasqal, startup française du quantique, a annoncé coup sur coup une levée de fonds de 340 millions d’euros et son association avec un SPAC en vue de préparer son introduction en bourse, avec l’objectif d’une double cotation, à Paris et à New-York. L’opération valoriserait la société deux milliards de dollars.

Non contente d’avancer sur le développement d’ordinateurs quantiques à base d’atomes neutres, la startup française Pasqal fait cette semaine la démonstration de ses talents en matière d’ingénierie financière. Depuis son siège de Palaiseau, elle vient en effet de dévoiler une double opération, qui lui permet à la fois de muscler sa trésorerie immédiatement disponible et de préparer l’avenir en posant les bases d’une double introduction en bourse : d’abord sur le Nasdaq (l’indice des valeurs technologiques de Wall Street) à New-York puis sur Euronext à Paris.

170 millions d’euros en capital…

Dans le détail, Pasqal a annoncé mercredi avoir procédé à un tour de table qui lui permet de réunir au moins 340 millions d’euros (environ 395 millions de dollars), en deux temps. La première moitié de cette manne (soit 170 millions d’euros) est amenée sous forme de capital, avec un tour de table qui réunit, selon la startup, un groupe d’investisseurs internationaux de premier plan.

L’opération est emmenée par le fonds états-unien Parkway Ventures, le taïwanais Quanta Computer, le coréen LG Electronics et le français CMA CGM. Pasqal indique que ses investisseurs historiques, parmi lesquels le français ISAI, fonds européen pour l’innovation, le fonds souverain de Singapour Temasek et la branche investissement de Saudi Aramco remettent également au pot.

Bpifrance, qui compte parmi les investisseurs de Pasqal depuis sa série A de 2021, ne semble pas participer directement, mais la startup prend soin de préciser que la banque publique d’investissement « maintient un rôle stratégique à long terme dans la structure du capital ».

… et un engagement équivalent en vue de l’entrée en bourse

La seconde tranche de 170 millions d’euros prend quant à elle la forme d’un engagement sous forme de financement convertible (les investisseurs prêtent de l’argent à l’entreprise dans l’optique d’un remboursement sous forme d’actions). Cette seconde tranche intervient dans le contexte d’une introduction en bourse programmée en deux temps : à Wall Street d’ici fin 2026, puis à Paris sur Euronext dans les mois suivants.

Pour ce faire, Pasqal va s’adosser à un SPAC (special purpose acquisition company), une coquille vide introduite spécifiquement en bourse pour préparer le terrain à une autre société. En l’occurrence, le véhicule concerné est déjà identifié : il s’agit de la société Bleichroeder Acquisition Corp. II, qui compte un certain Michel Combes parmi ses fondateurs. Ancien PDG de SFR et directeur général d’Altice, Michel Combes a par la suite occupé un poste de directeur financier chez l’opérateur Sprint, avant de prendre la tête du japonais Softbank pendant deux ans.

Cette tranche convertible associe elle aussi un aréopage d’investisseurs institutionnels, parmi lesquels le fonds indien Inflection Point, et le fonds Large Ventures de Bpifrance.

Si l’opération va à son terme dans les conditions décrites ici, Pasqal sera valorisée 2 milliards de dollars avant conclusion des financements, et environ 2,6 milliards de dollars en prenant en compte la trésorerie disponible via ses différents véhicules.

Un ancrage français conservé

Pasqal, qui indique compter environ 275 employés, revendique 25 clients et partenaires pour ses premiers ordinateurs quantiques, ainsi qu’un carnet de commandes de l’ordre de 80 millions de dollars. L’entreprise affirme que ces fonds vont lui permettre d’accélérer significativement ses développements :

« En France, Pasqal prévoit de doubler sa capacité de production en 24 mois, d’augmenter ses effectifs de près de 20 % avec 50 nouvelles embauches au cours des 18 prochains mois et d’investir massivement dans la R&D pour développer un ordinateur quantique avancé et tolérant aux pannes d’ici la fin de la décennie. »

Pasqal, qui compte parmi les quelques pépites hexagonales du quantique aux côtés de sociétés comme Quandela, C12, Alice&Bob ou Quobly, assure par ailleurs de son intention de rester une société de droit français, avec un ancrage français, en dépit de la ventilation de son capital :

« La gouvernance envisagée (…) prévoit la nomination d’un nouveau président non exécutif de nationalité française. Cette structure de gouvernance a été élaborée en étroite collaboration avec les actionnaires et reflétera l’engagement de Pasqal à consolider son ancrage français tout en poursuivant son expansion internationale. L’entreprise devrait conserver son statut juridique français et son siège social à Palaiseau. »

☕️ OpenAI sort GPT-5.4, avec deux versions tournées vers les tâches « professionnelles »

6 mars 2026 à 06:47


OpenAI avance un nouveau pion dans la course effrénée que se livrent les acteurs de l’IA générative avec la sortie, jeudi 5 mars, de GPT‑5.4, dernière itération en date de son grand modèle de langage. Immédiatement disponible au travers de ChatGPT, des API proposées aux entreprises ou de Codex, l’outil dédié aux développeurs, GPT‑5.4 est décliné en deux versions : GPT‑5.4 Pro, « pour les personnes qui recherchent une performance maximale sur des tâches complexes », et GPT‑5.4 Thinking, qui promet des capacités plus poussées en matière de recherche en ligne, de taille de contexte et de gestion des requêtes complexes.

Dans un long article de présentation, rempli de tests de performance superlatifs, OpenAI indique avoir mis, avec GPT‑5.4, l’accent sur la capacité à créer et éditer des documents bureautiques (un nouveau plugin Excel est par ailleurs lancé en même temps), mais aussi sur la capacité à contrôler un ordinateur et à voir (c’est-à-dire à analyser le contenu de captures d’écran) le résultat de ses actions au fil de l’eau. Difficile de ne pas y voir une réponse directe aux comportements agentiques développés par Anthropic avec Claude Cowork.

OpenAI accompagne le déploiement de GPT‑5.4 d’une série de mesures de performance qui attestent, selon l’entreprise, de la supériorité de son nouveau modèle sur les deux références concurrentes du moment, à savoir Claude Opus 4.6 et Gemini 3.1 Pro.

Comparaison, selon OpenAI, des performances de GPT-5.4 avec les modèles précédents et la concurrence d’Anthropic et de Google – crédit OpenAI

GPT‑5.4 fait actuellement l’objet d’un déploiement progressif, et doit selon OpenAI s’imposer auprès des utilisateurs comme le nouveau modèle de référence. Le nouveau venu va d’ailleurs évincer GPT-5.2 Thinking qui sera mis à la retraite d’ici trois mois. Le changement n’est pas tout à fait anodin pour les gros consommateurs : GPT-5.4 est en effet facturé plus cher que son prédécesseur. En version API, il faut ainsi compter 2,5 dollars par million de jetons, quand GPT-5.2 était à 1,75 dollar.

Prix d’accès aux modèles GPT du moment, en dollars par million de jetons en entrée, puis en dollars par million de jetons en sortie – capture d’écran

Au fait, pourquoi GPT-5.4, alors que les versions Pro utilisaient jusqu’ici GPT-5.2, sorti en décembre, et que OpenAI a en parallèle sorti GPT-5.3 Codex début février et GPT-5.3 Instant début mars ? OpenAI l’explique de la façon suivante :

« GPT-5.4 est notre premier modèle de raisonnement principal intégrant les fonctionnalités de codage avancées de GPT-5.3-codex et déployé progressivement sur ChatGPT, l’API et Codex. Nous l’appelons GPT-5.4 pour refléter cette évolution et simplifier le choix entre les modèles lors de l’utilisation de Codex. Nos modèles Instant et Thinking évolueront à des rythmes différents au fil du temps. »

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