Disponible depuis l’automne dernier sous forme de bêta destinée aux internautes des États-Unis et de Corée du Sud, la version Windows du navigateur de Samsung, basée sur Chromium, est désormais accessible à tous les internautes via le site dédié. Le fabricant y invite à découvrir un « navigateur Web simple et rapide qui donne la priorité à votre confidentialité et à votre sécurité ».
Le site officiel n’est pour l’instant décliné qu’en anglais et en coréen, mais le logiciel est bien traduit en français. Après récupération de l’exécutable d’installation et téléchargement en arrière-plan, on découvre un processus d’installation classique, avec validation des conditions d’utilisation, proposition d’import des favoris depuis un autre navigateur, proposition d’activer un bloqueur de publicités, et bien sûr connexion à un compte Samsung existant.
C’est en effet dans la capacité à établir un pont entre un smartphone ou une tablette Samsung Galaxy et le PC sous Windows, notamment pour synchroniser les données de navigation ou les mots de passe, que réside l’essentiel de la promesse. On peut ainsi demander à afficher, sur son PC, une page précédemment ouverte sur son smartphone.
Le Samsung Browser dispose d’une vue partagée, comme Chrome – capture d’écran Next
À cette continuité entre PC et mobile, le Samsung Browser ajoute, ô surprise, une proposition de valeur axée sur l’IA, avec la présence d’un « assistant Web » capable de proposer un résumé de la page affichée ou d’opérer une traduction à la volée, mais aussi d’opérer des tâches plus complexes, dans une logique agentique. Pour ce faire, Samsung revendique un partenariat avec Perplexity, dont les modalités financières n’ont pas été dévoilées.
« Le navigateur Samsung est conçu pour comprendre le langage naturel et le contexte de la page consultée, ainsi que l’activité entre les onglets, facilitant ainsi l’exploration du contenu et la prise de décision. Cette nouvelle intelligence permet non seulement de répondre aux questions sur la page web, mais aussi de gérer les onglets, de consulter l’historique de navigation et de rester productif sans quitter le navigateur », promet à ce sujet le fabricant sud-coréen.
Si les résumés et la traduction sont accessibles à tous (sous réserve de création d’un compte Samsung), les fonctions liées au partenariat avec Perplexity sont pour l’instant cantonnées aux États-Unis et à la Corée du Sud. On pourra consulter la déclaration de confidentialité associée au logiciel via ce lien.
Comme prévu, les binaires et fichiers d’installation de Firefox 149 ont bien fait leur apparition mardi 24 mars sur les FTP de la fondation Mozilla, mais il a fallu attendre le lendemain pour l’annonce formelle et la publication des notes de version associées.
C’est désormais chose faite, et les internautes de quatre pays (France, Allemagne, Royaume-Uni et États-Unis) sont censés pouvoir accéder à la principale nouveauté annoncée mi-mars par Mozilla : l’introduction d’une fonctionnalité de VPN native au sein du navigateur, accessible gratuitement dans la limite de 50 Go de trafic par mois, à des fins de protection de la vie privée.
Firefox 149 intègre un VPN gratuit associé à 50 Go de trafic – capture d’écran Next
La fonction, comme souvent, fait l’objet d’un déploiement progressif chez les utilisateurs finaux, ce qui signifie qu’elle n’apparait pas forcément chez tous les utilisateurs, même avec la version 149 installée. Il est cependant possible de forcer son activation via la page about:config en passant le paramètre browser.ipProtection.enabled à true.
Notez qu’il est nécessaire d’être connecté à un compte Mozilla. Une icône VPN fait alors son apparition à droite de la barre d’adresse du navigateur. Elle permet d’activer la fonction et d’accéder aux paramètres de cette dernière.
Mozilla a fait le choix à ce niveau de proposer une mise en application globale par défaut, avec une désactivation au cas par cas : les paramètres permettent de spécifier quels sont les sites sur lesquels on ne souhaite pas passer par le tunnel. L’inverse aurait pu sembler pertinent, pour limiter l’emploi des 50 Go offerts aux quelques sites dont l’internaute estime qu’ils méritent le recours à un VPN.
Testé rapidement jeudi matin, le VPN donne des résultats disparates, avec une vitesse de chargement anémique lors de certains essais, et un surf tout à fait honnête sur d’autres courtes sessions. L’adresse de sortie est clairement identifiée comme un VPN associé à Firefox, localisé à Paris. Notons que Mozilla ne propose aucune possibilité de choix géographique sur cette version gratuite, alors que l’option existe au sein de son offre de VPN payante, à partir de 59,88 euros par an.
Activation du VPN et réglages associés – capture d’écran Next
Quid de la vie privée ? Mozilla aborde la question dans la FAQ dédiée :
« Mozilla collecte les données techniques nécessaires pour fournir, maintenir et assurer la performance et la stabilité du service, mais aussi des données d’interaction pour comprendre comment est utilisé la fonctionnalité et aider à orienter les améliorations. Par exemple, nous pouvons enregistrer si une connexion réussit ou échoue. Nous pouvons aussi noter que 2 Go de données ont été consommés un même jour. Important ! Le VPN n’enregistre jamais quels sites web vous consultez ni le contenu de vos communications ».
Pile à temps pour la Journée de Libération des Documents
L’Allemagne vient d’imposer le recours à Open Document Format (ODF) comme standard pour l’enregistrement des documents bureautiques au sein de la pile des logiciels et services numériques de son administration. La Document Foundation, qui soutient ce standard ouvert, salue la décision et lance un appel aux autres pays européens.
La nouvelle aurait pu passer inaperçue, perdue qu’elle était au milieu d’un document de spécifications techniques. Elle n’a cependant pas mis longtemps à revenir aux oreilles, ou plutôt aux yeux, des membres de la Document Foundation, qui s’en sont fait l’écho le 19 mars dernier : l’Allemagne demande désormais de façon tout à fait formelle à ses services publics de recourir à deux formats pour l’enregistrement de leurs documents : le PDF et Open Document Format (ODF). « Il ne s’agit pas d’une recommandation ou d’une préférence, il s’agit d’une obligation », jubile Florian Effenberger, directeur exécutif de la Document Foundation.
L’Allemagne précise la doctrine de sa Deutschland Stack
Cette allusion explicite à ODF intervient dans le cadre de la définition, par l’Allemagne, de sa nouvelle politique en matière de souveraineté, baptisée Deutschland Stack, et censée conduire à la création d’un socle technologique commun (la « stack ») pour l’ensemble des systèmes d’information utilisés par ou destinés aux services publics.
Les grandes lignes de ce socle ont été adoptées et présentées le 18 mars dernier par l’IT-Planungsrat, l’organe allemand de coordination en charge de la numérisation de l’administration publique. Elles reposent sur quatre grands principes.
D’abord, une mise en place progressive sous contrôle fédéral, puis un socle technique commun obligatoire garantissant l’interopérabilité (intégrant les principaux services de base comme la gestion de l’identité ou les mécanismes d’échange et de conservation des données). Elles prévoient ensuite un recours admis et encouragé à l’intelligence artificielle avec une logique de standardisation.
Le cadre de la Deutschland Stack dispose enfin que les services publics doivent recourir à des solutions achetées prioritairement sur le marché européen, et opter pour des licences open source pour les développements réalisés via les agences fédérales ou régionales.
Ces quatre piliers sont accompagnés d’une série de principes architecturaux (acheter plutôt que faire, adopter systématiquement des logiques DevOps ou DevSecOps, raisonner exclusivement sous forme de services et d’API, etc.) et de quelques normes techniques, dont le caractère contraignant se justifie au regard des exigences d’interopérabilité évoquées précédemment. À ce niveau, l’IT-Planungsrat spécifie effectivement deux options pour les documents : PDF/UA (pour PDF/Universal Accessibility, ou accessibilité universelle des PDF) et ODF.
La feuille de route liste les formats qui font office de normes techniques pour la mise en oeuvre des technologies sémantiques au sein de l’administration allemande – source (PDF)
À ce stade, ces grands principes et les contraintes afférentes constituent un cadre normatif, dont les contours exacts pourront cependant évoluer jusqu’à l’horizon 2028, présenté comme le premier palier de mise en œuvre de cette nouvelle politique.
L’Allemagne montre la voie pour la Document Foundation
L’administration allemande risque donc de continuer à enregistrer des documents en .docx ou .xlsx pendant encore quelques années, mais l’essentiel n’est pas là pour la Document Foundation, qui voit dans cette décision de l’IT-Planungsrat une reconnaissance au plus haut niveau de la problématique des formats ouverts et par essence indépendants de tout fournisseur.
Rappelons que l’association, basée en Allemagne et qui milite depuis 2010 sur le sujet des formats libres et ouverts, décrie régulièrement Microsoft, qu’elle accuse d’entretenir une impression fallacieuse d’ouverture en ayant réussi à faire d’Office Open XML (OOXML) une norme ISO, alors que c’est une version différente du format qui est implémentée dans ses logiciels.
« La décision de l’Allemagne de placer l’ODF au cœur de son système de gouvernance nationale confirme ce que nous affirmons depuis des années : les formats de documents ouverts et indépendants des fournisseurs ne sont pas une préoccupation marginale pour quelques spécialistes en technologies et défenseurs des logiciels libres. Ils constituent une infrastructure fondamentale pour des administrations publiques démocratiques, interopérables et souveraines », argue Florian Effenberger.
L’association profite de l’occasion pour appeler les autres pays d’Europe à réagir en maniant l’aiguillon de la souveraineté : « À ce stade, la question est claire pour tous les autres gouvernements européens : qu’attendez-vous ? Avec cette décision, la distinction entre ceux qui se soucient de la souveraineté numérique et ceux qui ne s’en soucient pas devient flagrante », écrit-elle dans un nouveau billet daté du 23 mars.
Elle a ensuite remis le couvert deux jours plus tard pour une occasion toute trouvée en ce 25 mars : le dernier mercredi du mois de mars est en effet traditionnellement et depuis 2008 la Journée du document libre au sein de la communauté open source :
« L’utilisation de LibreOffice dans l’administration publique, l’exigence d’ODF dans les politiques d’achat public et la possibilité pour les citoyens d’ouvrir un document gouvernemental sans avoir à acheter de licence logicielle propriétaire ne sont pas de petites victoires, mais la construction progressive d’un espace public numérique qui appartient à tous. »
La France ne s’est pas, à ce stade, dotée d’un cadre aussi normatif que celui envisagé par l’Allemagne, mais le recours à l’open source, aux suites bureautiques libres et aux formats ouverts fait progressivement son chemin chez certaines administrations et collectivités, comme à Lyon ou Échirolles par exemple, dont Next publiait récemment le retour d’expérience.