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Financement du nouveau nucléaire : la France a envoyé son plan à l’Europe et croise les doigts

14 décembre 2025 à 16:16

La France a officiellement transmis à la Commission européenne le montage d’aides d’État destinées à financer les six futurs réacteurs EPR2 d’EDF. Le programme de 70 milliards d’euros n’est pas attendu avant 2038.

C’est un passage obligé pour toute aide d’État européene : la notification à la Commission européenne. Paris l’a effectuée le 19 novembre, la Commission devrait prendre un an pour le valider et/ou l’amender. Dans le dossier transmis par la Délégation interministérielle au nouveau nucléaire et le ministère de l’Économie, l’État détaille les modalités exactes des aides envisagées, leur justification économique et les mécanismes destinés à limiter les distorsions de concurrence sur le marché européen de l’électricité.

Bruxelles doit désormais évaluer si le montage respecte les règles encadrant les aides d’État et surtout s’il est « proportionné » au regard du risque financier du projet. La France considère ce soutien indispensable pour garantir le lancement du programme EPR2 dont aucun acteur privé n’accepterait de porter seul les risques techniques et financiers. L’exécutif espère obtenir une décision de la Commission avant la présidentielle de 2027 afin de sécuriser les conditions de financement d’EDF et d’éviter une remise en cause politique du projet.

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EDF, maitre d’ouvrage et exploitant

Pour convaincre Bruxelles, Paris s’est largement appuyé sur le dossier des réacteurs tchèques de Dukovany, déjà approuvé par la Commission. Le schéma français en reprend les grandes lignes à la différence qu’EDF cumule le rôle de maître d’ouvrage et d’exploitant, là où la République tchèque distingue l’industriel constructeur et l’énergéticien CEZ. Le niveau de risque porté par EDF est donc plus élevé, ce qui justifie, selon Paris, un soutien public plus important et un partage des risques adapté.

Le cœur du dispositif proposé est inchangé : un prêt public à taux zéro couvrant 50 à 60 % du coût du programme accordé via la Caisse des dépôts. L’enveloppe serait fixe, mais sa part réelle dépendrait du montant final des travaux. EDF n’a toujours pas remis son devis actualisé, cela fait déjà un an de retard. La dernière estimation disponible s’établissait à 67,4 milliards d’euros (euros de 2020). Les projections avoisinant désormais les 70 milliards, voire 100 milliards une fois les coûts de financement intégrés (intérêts, etc.).

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Pourquoi les coûts sont-ils bien plus élevés que le premier programme nucléaire ?

C’est d’abord l’effet d’un renforcement des normes de sûreté : récupérateur de corium post-Tchernobyl, protections anti-tsunami après Fukushima, diesels d’ultime secours, résistance accrue aux attaques aériennes ou cyber. Les centrales deviennent bien plus complexes que celles construites dans les années 1970-1980. La flambée du prix des matériaux, des équipements industriels et des composants électriques tirée par l’inflation galopante dans un contexte de tensions mondiales sur les chaînes d’approvisionnement n’arrange pas la hausse de la facture.

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Stockage d’électricité : ce petit opérateur veut construire ses propres STEP

14 décembre 2025 à 06:02

Le récent terrain d’entente trouvé entre la France et l’Europe au sujet de l’hydroélectricité ne devrait pas arranger qu’EDF. Une jeune société, qui mise sur l’énergie hydraulique pour proposer une électricité décarbonée, veut continuer de se développer et de participer aux efforts de flexibilité nationaux. 

Quand on parle d’hydroélectricité en France, on pense presque automatiquement à EDF, voire à la Compagnie nationale du Rhône (CNR). Les plus informés sur le sujet pourraient même évoquer la Société hydroélectrique du Midi (SHEM), qui appartient à Engie. Mais à la quatrième place se dresse un acteur ambitieux, qui se fait une place de plus en plus respectée sur le marché. Il s’agit d’Hydrocop.

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Une coopérative de petites centrales qui voit gros

Fondée en 2011, issue du regroupement de plusieurs entreprises locales d’énergie, elle ne cesse de se développer, en particulier à l’est et au sud-ouest de la France. Forte de ses 40 centrales qui affichent une puissance cumulée de 103 MW, elle produit 437 GWh par an.

Avec quasiment 15 années d’expérience, le groupe veut désormais aller plus loin et ambitionne d’atteindre une production de 500 GWh par an d’ici 2035. Pour cela, elle vient de réaliser une levée de fonds de près de 182 millions d’euros. Ce budget devrait notamment permettre de lancer d’importants travaux sur les trois prochaines années. Au total, 35 millions d’euros seront alloués à la rénovation et l’amélioration de nombreux ouvrages. Il peut s’agir d’augmenter la puissance de barrages sur le Lot ou le Tarn, mais également de restaurer la continuité écologique de certains sites ou encore de renforcer la stabilité du barrage de Fumel.

La centrale hydroélectrique de Merlet : symbole des projets portés par Hydrocop

La centrale du Merlet est un exemple du type d’équipement dont dispose Hydrocop. Cette centrale, dont le projet a été lancé en 2017, a été mise en service en septembre 2024. Située en Savoie, elle permet de produire 11,4 GWh d’électricité locale grâce à une puissance installée de 3,3 MW. Si la centrale est située à 1063 mètres d’altitude, la prise d’eau est située à 1700 mètres d’altitude. La centrale a bénéficié d’une campagne de financement participatif qui a permis de rassembler 600 000 €.

Des STEP et des batteries

Outre des travaux d’augmentation de puissance de ses installations, Hydrocop veut répondre à l’enjeu crucial de la flexibilité. Pour cela, elle travaille à la mise en place de contrats d’achat d’électricité avec ses clients. D’autre part, le groupe réfléchit au développement de plusieurs stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) de petite taille. Ce système de stockage devrait permettre de répondre efficacement à l’intermittence des énergies renouvelables comme l’éolien et le solaire.

Enfin, le groupe pourrait déployer des systèmes hybrides, qui consistent à installer des batteries stationnaires à proximité de centrales hydroélectriques afin d’en stocker la production et de la redistribuer au moment le plus avantageux d’un point de vue financier.

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