DNS : Quad9 quitte la France après avoir été condamnée face à BeIN pour défaut de blocage
Jeu, set et match
La fondation suisse qui fournit des services de DNS jette l’éponge en France après avoir été contrainte de bloquer des noms de domaine de sites de streaming sportifs dont BeIN Sports France avait les droits exclusifs.
Les internautes français ne pourront bientôt plus utiliser les serveurs DNS du fournisseur Quad9. En effet, après une décision de justice, l’entreprise suisse a annoncé ne pas pouvoir assurer son service correctement auprès de ses utilisateurs dans le monde tout en s’y conformant à long terme.
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Ce n’est pas la première fois qu’un fournisseur de DNS prend une telle décision. En effet, en 2024, OpenDNS s’était résolu à arrêter de proposer ses services en France à cause d’une décision de justice similaire. À l’époque, l’entreprise américaine était en conflit avec Canal+.
Le litige : le blocage de sites de streaming du tournoi de tennis féminin de la WTA
Cette fois-ci, c’est BeIN Sports France qui incite la fondation suisse à suivre. Le 13 mai dernier [PDF], la chaîne de télévision sportive qatarie avait obtenu devant le Tribunal judiciaire de Paris l’ordre donné à Google et à Quad9 de bloquer, sur le territoire français, l’accès via leurs serveurs DNS respectifs à une liste de sites et services IPTV qui permettaient de regarder le tournoi de tennis féminin de la WTA. Cette décision prévoyait un blocage jusqu’à la fin du tournoi, c’est-à-dire jusqu’au 14 novembre prochain, et ce dans un délai de trois jours maximums suivant la signification de la décision.
Mais Quad9 ne s’y est pas plié et a fait appel. Problème, le jugement était revêtu d’une exécution provisoire. BeIN a relancé la procédure en septembre en faisant assigner la fondation suisse devant le même tribunal pour la forcer à appliquer la décision de justice prise en mai. Le jugement rendu ce 21 octobre (dont Quad9 diffuse la décision, PDF) a décidé d’une astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter du prononcé de la décision jusqu’à la fin du tournoi. BeIN Sports demandait « une astreinte de 10 000 euros par jour de retard et par nom de domaine ou sous-domaine demeurant accessible via les services de Quad9 », ce qui, selon la fondation, aurait donné un total de 580 000 € par jour.
Quad9 retire l’accès à ses services en France à partir du 24 novembre
Dans un billet de blog intitulé « Ce n’est qu’un au revoir, la France », Quad9 qualifie de « bonne nouvelle » le fait que le tribunal a « considérablement réduit » la pénalité financière. Elle annonce, cependant, qu’ « à compter du 24 novembre, Quad9 ne sera plus en mesure d’offrir son service gratuit de cyberprotection aux utilisateurs situés en France ». Pour la fondation suisse, la mise en conformité de la décision juridique française « est techniquement irréalisable, et son exécution contredit directement notre mandat d’intérêt public ».
Elle explique sa décision par son refus de mettre en place un dispositif qui altérait les réponses DNS : « Nous ne pouvons pas nous conformer à cette décision sur le long terme tout en restant fidèles à notre mission de protéger votre vie privée, de vous défendre contre les cybermenaces et de préserver l’intégrité d’Internet. Pour nous, la résolution DNS récursive est un service neutre et passif. Nous refusons catégoriquement d’altérer ou de vous mentir sur les réponses DNS que vous recevez contre vos attentes ».
Quad9 précise que son appel est toujours en cours et que « nous continuerons de défendre notre position devant les tribunaux dans cette affaire comme dans toutes celles que nos moyens permettront de mener ».
