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Trump enrôle le secteur privé pour les missions de cybersécurité des États-Unis

13 août 2026 à 12:01
Le club des cyber-flibustiers
Trump enrôle le secteur privé pour les missions de cybersécurité des États-Unis

Via un mémo officiel, Donald Trump change la politique de cybersécurité de son pays. Il autorise, sous contrôle de l’État fédéral américain, des entreprises préalablement listées à mener des cyberattaques contre des « organisations criminelles transnationales ».

Jusque-là, aux États-Unis, ce sont les agences gouvernementales fédérales qui menaient les missions de cybersécurité du pays. Mais, dans un mémo officiel, Donald Trump vient d’enclencher une nouvelle doctrine qui implique beaucoup plus facilement les acteurs privés du secteur. C’est un changement important qui était attendu depuis des années par le lobby de la cybersécurité américain. Ce dernier plaidait pour la relance des anciennes « lettres de marque » mises au gout du jour « cyber ».

Dans le mémo publié par la Maison-Blanche ce mercredi 12 aout, Donald Trump demande au National Coordination Center (NCC) du Département de la Sécurité intérieure des États-Unis de « mettre en place, gérer et d’assurer le suivi d’un programme visant à autoriser les entreprises participantes » à mener des opérations de cyber-surveillance mais aussi des opérations d’attaques (« Cyber Effects Operation », en anglais) contre des « organisations criminelles transnationales étrangères opérant sur Internet (CE-TCO), « sous le contrôle et la supervision du gouvernement fédéral ».

Des opérations de contre-attaques comme celles autorisées en mer par les « lettres de marque »

Le texte d’explication du mémo publié par la Maison-Blanche cite comme cibles les organisations étrangères aux États-Unis qui mettent en place des attaques par ransomware, des campagnes de phishing, des fraudes financières, du chantage sexuel et des escroqueries par usurpation d’identité sur internet.

Dans son mémo, Donald Trump parle de « Cyber Effects Operation » et en donne une définition permettant aux entreprises autorisées à mener des opérations « de manipulation, de perturbation, de déni d’accès, de dégradation ou de destruction de systèmes d’information, de réseaux, d’infrastructures physiques ou virtuelles contrôlées par des systèmes d’information, ou des informations qui y sont stockées ». Nous ne sommes plus ici dans la simple défense mais dans des opérations d’attaques.

L’entourage de Donald Trump préparait ce changement depuis quelque temps. Comme nos confrères de Bloomberg le soulignaient en décembre dernier, cette nouvelle politique ouvre « de nouvelles perspectives commerciales lucratives aux entreprises qui, traditionnellement, ont conclu des contrats avec l’État dans le cadre de stratégies défensives plutôt que de mesures offensives », même si elles seront exposées à de nouveaux risques et notamment à celui d’être plus rapidement la cible de cyberattaques.

Depuis plusieurs années, le lobby de la cybersécurité américain pousse (ici ou là, par exemple) à la mise en place de ce qu’il appelle des « lettres de marque cyber », adaptant à Internet le concept de « lettre de marque », existant dans la constitution américaine, qui permet aux navires privés de contre-attaquer dans les eaux internationales. Le concept a été repris récemment par le sénateur républicain qui a proposé une loi le 15 juillet dernier pour « autoriser le président des États-Unis à délivrer des lettres de marque et de représailles dans le domaine cybernétique, ainsi qu’à d’autres fins ».

Les budgets des agences en berne

Du côté des agences fédérales états-uniennes et de l’armée, l’argument est notamment de sous-traiter ces tâches de cybersécurité pour se concentrer sur leurs missions primaires. Surtout, que l’administration Trump a attaqué leur budget en matière de cybersécurité.

« Alors que nos adversaires gagnent du terrain grâce à l’IA, la posture cyberfédérale a été affaiblie », déclarait le premier directeur de la CISA, Chris Krebs (nommé par Donald Trump avant d’être mis sur la touche par le même pour avoir nié le piratage des élections de 2020). « La stratégie manque de clarté, les effectifs sont en baisse et les capacités ont été considérablement réduites », estimait-il avant d’ajouter : « Que cela nous plaise ou non, nous ne sommes pas aussi forts aujourd’hui que nous devrions l’être ».

Ce changement de doctrine arrive aussi quelques mois après les annonces d’Anthropic concernant Mythos et la polémique entre Trump et Anthropic sur l’usage militaire de l’IA allant jusqu’à la désignation de l’entreprise de Dario Amodei comme « fournisseur à risque pour la sécurité nationale », même si finalement le Pentagone continue à utiliser Mythos.

Trump enrôle le secteur privé pour les missions de cybersécurité des États-Unis

13 août 2026 à 12:01
Le club des cyber-flibustiers
Trump enrôle le secteur privé pour les missions de cybersécurité des États-Unis

Via un mémo officiel, Donald Trump change la politique de cybersécurité de son pays. Il autorise, sous contrôle de l’État fédéral américain, des entreprises préalablement listées à mener des cyberattaques contre des « organisations criminelles transnationales ».

Jusque-là, aux États-Unis, ce sont les agences gouvernementales fédérales qui menaient les missions de cybersécurité du pays. Mais, dans un mémo officiel, Donald Trump vient d’enclencher une nouvelle doctrine qui implique beaucoup plus facilement les acteurs privés du secteur. C’est un changement important qui était attendu depuis des années par le lobby de la cybersécurité américain. Ce dernier plaidait pour la relance des anciennes « lettres de marque » mises au gout du jour « cyber ».

Dans le mémo publié par la Maison-Blanche ce mercredi 12 aout, Donald Trump demande au National Coordination Center (NCC) du Département de la Sécurité intérieure des États-Unis de « mettre en place, gérer et d’assurer le suivi d’un programme visant à autoriser les entreprises participantes » à mener des opérations de cyber-surveillance mais aussi des opérations d’attaques (« Cyber Effects Operation », en anglais) contre des « organisations criminelles transnationales étrangères opérant sur Internet (CE-TCO), « sous le contrôle et la supervision du gouvernement fédéral ».

Des opérations de contre-attaques comme celles autorisées en mer par les « lettres de marque »

Le texte d’explication du mémo publié par la Maison-Blanche cite comme cibles les organisations étrangères aux États-Unis qui mettent en place des attaques par ransomware, des campagnes de phishing, des fraudes financières, du chantage sexuel et des escroqueries par usurpation d’identité sur internet.

Dans son mémo, Donald Trump parle de « Cyber Effects Operation » et en donne une définition permettant aux entreprises autorisées à mener des opérations « de manipulation, de perturbation, de déni d’accès, de dégradation ou de destruction de systèmes d’information, de réseaux, d’infrastructures physiques ou virtuelles contrôlées par des systèmes d’information, ou des informations qui y sont stockées ». Nous ne sommes plus ici dans la simple défense mais dans des opérations d’attaques.

L’entourage de Donald Trump préparait ce changement depuis quelque temps. Comme nos confrères de Bloomberg le soulignaient en décembre dernier, cette nouvelle politique ouvre « de nouvelles perspectives commerciales lucratives aux entreprises qui, traditionnellement, ont conclu des contrats avec l’État dans le cadre de stratégies défensives plutôt que de mesures offensives », même si elles seront exposées à de nouveaux risques et notamment à celui d’être plus rapidement la cible de cyberattaques.

Depuis plusieurs années, le lobby de la cybersécurité américain pousse (ici ou là, par exemple) à la mise en place de ce qu’il appelle des « lettres de marque cyber », adaptant à Internet le concept de « lettre de marque », existant dans la constitution américaine, qui permet aux navires privés de contre-attaquer dans les eaux internationales. Le concept a été repris récemment par le sénateur républicain qui a proposé une loi le 15 juillet dernier pour « autoriser le président des États-Unis à délivrer des lettres de marque et de représailles dans le domaine cybernétique, ainsi qu’à d’autres fins ».

Les budgets des agences en berne

Du côté des agences fédérales états-uniennes et de l’armée, l’argument est notamment de sous-traiter ces tâches de cybersécurité pour se concentrer sur leurs missions primaires. Surtout, que l’administration Trump a attaqué leur budget en matière de cybersécurité.

« Alors que nos adversaires gagnent du terrain grâce à l’IA, la posture cyberfédérale a été affaiblie », déclarait le premier directeur de la CISA, Chris Krebs (nommé par Donald Trump avant d’être mis sur la touche par le même pour avoir nié le piratage des élections de 2020). « La stratégie manque de clarté, les effectifs sont en baisse et les capacités ont été considérablement réduites », estimait-il avant d’ajouter : « Que cela nous plaise ou non, nous ne sommes pas aussi forts aujourd’hui que nous devrions l’être ».

Ce changement de doctrine arrive aussi quelques mois après les annonces d’Anthropic concernant Mythos et la polémique entre Trump et Anthropic sur l’usage militaire de l’IA allant jusqu’à la désignation de l’entreprise de Dario Amodei comme « fournisseur à risque pour la sécurité nationale », même si finalement le Pentagone continue à utiliser Mythos.

Evo 2 : le ChatGPT de l’ADN a « un potentiel énorme » pour François Rousset (CNRS)

12 août 2026 à 14:16
Escherichia Connor ?
Evo 2 : le ChatGPT de l’ADN a « un potentiel énorme » pour François Rousset (CNRS)

Des chercheurs de Stanford ont créé un modèle de langage génomique puis l’ont utilisé pour générer le génome de 16 bactériophages viables, des virus de bactéries, proches du bactériophage naturel ΦX174 qui attaque la bactérie Escherichia coli. Une révolution pour son domaine, nous explique François Rousset, chercheur CNRS au Centre International de Recherche en Infectiologie.

À Stanford, une équipe de bioengineering travaille depuis quelque temps sur des modèles de langage très particuliers capables de générer des génomes. La semaine dernière, ils ont annoncé avoir pu générer des génomes de bactériophages (des virus de bactéries, sans danger pour l’humain) viables qui n’existent pas dans la nature.

Samuel H. King et ses collègues ont publié jeudi 6 aout un article dans la revue Science qui explique leur méthode. En novembre 2024, ils annonçaient avoir créé un premier modèle de langage génomique baptisé Evo et en mars dernier la deuxième version de ce modèle, Evo 2.

Celui-ci est « un genre de ChatGPT de l’ADN », nous indique François Rousset, chercheur CNRS au Centre International de Recherche en Infectiologie, « De la même façon qu’un modèle de langage comme ChatGPT peut générer du texte en ayant appris des énormes corpus de textes, ce modèle peut faire quelque chose de similaire sur des séquences d’ADN en apprenant quelles sont les contraintes sur les séquences de bases nucléotidiques A,T,G et C. Le modèle va apprendre la base suivante un peu comme ChatGPT va apprendre à prédire le mot suivant ».

Une période « assez révolutionnaire »


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DSA : la transparence limitée et les oublis des audits de Pornhub, Stripchat et XVideos

11 août 2026 à 14:14
Voile pudique
DSA : la transparence limitée et les oublis des audits de Pornhub, Stripchat et XVideos

Considérés par la Commission européenne comme de très grandes plateformes en ligne, ces trois sites pornographiques sont contraints par le DSA de rendre un rapport d’audit régulièrement. Une étude scientifique estime que ces rapports manquent de transparence et qu’ils oublient d’évoquer les libertés en jeu.

Malgré leurs propres estimations très basses du nombre de leurs utilisateurs, la Commission européenne a considèré en décembre 2023 que Pornhub, Stripchat et XVideos sont de très grandes plateformes en ligne au titre du DSA (le règlement sur les services numériques). À ce titre, elles doivent régulièrement rendre publics des rapports d’évaluation des risques qui remplissent surtout une « conformité symbolique », selon une étude scientifique. Précisons que, depuis, StripChat a été enlevé de la liste.

Ces rapports doivent évaluer les risques systémiques qui découlent de leur conception et de leur fonctionnement, les plateformes doivent aussi mettre en place des « mesures d’atténuation raisonnables, proportionnées et efficaces, adaptées » tout « en tenant compte en particulier de l’incidence de ces mesures sur les droits fondamentaux » (articles 34 et 35 du règlement).

La Commission européenne liste les différents rapports des VLOPS et VLOSE (très grandes plateformes/très grands moteurs de recherche) sur cette page. Remarquons que Xvideos a déménagé certains de ses rapports dont les liens répertoriés par la Commission sont, pour les plus anciens, caduques. Une page du site pornographique les liste. Pour les deux autres plateformes, les liens répertoriés par la Commission sont toujours valides.

Les chercheuses Isotta Rossoni et Carlotta Rigotti de l’université de Leiden (Pays-Bas) et leur collègue, Nicola Döring de l’université Ilmenau (Allemagne), ont analysé les 217 pages des rapports 2025 de ces trois plateformes et publié leur étude dans la revue scientifique Porn Studies.

Les rapports de la plateforme XNXX, désignée un peu plus tard comme une très grande plateforme en ligne en juillet 2024, ne font pas partie de l’analyse. Étonnamment, les chercheurs affirment que XNXX n’a pas encore publié de rapport alors qu’on peut les trouver en lien sur le site de la Commission.

Une opacité méthodologique

Alors que le DSA a pour but d’augmenter la transparence des plateformes, l’étude explique que, de fait, « l’opacité méthodologique [des rapports] compromet la vérifiabilité [de leurs] conclusions ». Les chercheuses et chercheur ajoutent que leur « imprécision conceptuelle fausse l’identification et l’évaluation des risques ». Les évaluations ayant été faites essentiellement en interne aux plateformes, ils pointent le manque de « diversité épistémique nécessaire à une gouvernance des risques efficace ».

Concernant la violence de genre, l’étude souligne que les trois plateformes restreignent ce risque à la diffusion non consensuelle de contenus à caractère sexuel (appelée souvent « revenge porn »), oubliant de prendre en compte les risques concernant les violences contre les femmes en général et les violences conjugales. « En axant si fortement leur identification des risques sur cette seule catégorie, les plateformes en ligne sous-estiment non seulement l’ampleur des préjudices liés au genre que leurs services peuvent favoriser, mais elles restreignent aussi implicitement la portée des obligations de prévention auxquelles elles sont tenues de se conformer », expliquent les chercheuses et chercheur.

Des problèmes de définition

Isotta Rossoni, Carlotta Rigotti et Nicola Döring pointent aussi la mauvaise définition de Stripchat concernant la traite des êtres humains qui la caractérise comme « le fait d’impliquer de force des modèles contre leur gré et d’en tirer un revenu grâce à Stripchat ». Cette définition « confond des activités distinctes et omet les actes, moyens et finalités spécifiques requis par les définitions juridiques établies », expliquent-ils renvoyant à la directive de l’Union européenne sur le sujet.

Concernant le rapport d’Aylo (la maison mère de Pornhub), l’étude met en avant la mauvaise prise en compte des risques des deepfakes. En effet, ce rapport considère que les spectateurs ne sont affectés par les contenus « deepfake » que lorsqu’ils reconnaissent la victime-survivante. Ce qui « ne reflète ni la littérature établie sur les abus sexuels par le biais d’images, ni la logique élémentaire du risque, puisque les préjudices causés par les images intimes synthétiques non consensuelles ne dépendent pas de la reconnaissance de la victime », explique l’étude citant des recherches (ici et là).

Xvideos en prend aussi pour son grade puisque son rapport s’appuie sur une catégorie des « contenus problématiques » « sans autre précision, [mélangeant] des critères juridiques, éthiques et moraux d’une manière qui obscurcit, plutôt que d’éclairer, la nature et la gravité des risques sous-jacents ».

Les chercheuses et chercheur soulignent que ces problèmes de définition ne sont pas de « simples préoccupations théoriques ». « Comme le souligne depuis longtemps l’épistémologie féministe, les catégories de préjudice ne sont jamais neutres : elles codifient des points de vue particuliers, rendent certaines expériences lisibles tout en en occultant d’autres, et répartissent ainsi la protection de manière inégale », expliquent-ils.

Une sous-évaluation systématique des problèmes… et un oubli des droits des acteurs et des créateurs de contenus

Autre problème : les trois plateformes pornographiques sous-évaluent systématiquement la gravité des problèmes : « les risques de gravité élevée sont systématiquement reclassés en risques moyens ou faibles sur la base des mesures d’atténuation existantes, sans vérification indépendante de l’efficacité de ces mesures ». Ainsi, par exemple d’Aylo, qui classe en risques lointains ou improbables le matériel pédocriminel et les discours de haine, alors que, « malgré leur gravité critique », ils « se retrouvent à des degrés divers sur les trois plateformes ». Les chercheurs y voient ici une confusion entre l’existence d’une mesure de protection et son efficacité avérée, en contradiction avec des recherches existantes montrant l’existence de ces problèmes.

Surtout, les autrices et auteur soulignent que les trois plateformes « abordent la gouvernance des contenus à caractère sexuel et liés au genre presque exclusivement sous l’angle de la prévention des dangers, tout en passant largement sous silence les libertés en jeu, à savoir les droits des acteurs et des créateurs de contenus à produire et à partager de manière consensuelle des contenus à caractère sexuel sans ingérence discriminatoire ou disproportionnée, ainsi que le droit des utilisateurs d’accéder à ces contenus en tant qu’expression de leur autonomie sexuelle ».

« Ce silence n’est pas politiquement neutre », soulignent-ils : « En présentant la gestion des contenus à caractère sexuel principalement comme un problème de protection de l’enfance et de violence de genre – aussi importantes que soient ces préoccupations –, ces évaluations, ainsi que le discours réglementaire et public plus large qu’elles reflètent, reproduisent une asymétrie dans laquelle les préjudices découlant de la présence de contenus illégaux ou préjudiciables sont identifiables et donnent lieu à des mesures concrètes, tandis que ceux générés par la conception hégémonique masculine et hétéronormative des plateformes restent invisibles et ne sont pas pris en compte ».

Les chercheurs ajoutent qu’aborder ces sujets « n’implique pas de devoir choisir entre la protection des utilisateurs contre tout préjudice et la protection de leur liberté d’exercer leur autonomie sexuelle ».

L’équipe estime néanmoins que « les documents de conformité de première génération sont rarement exemplaires : il s’agit, par nature, de points de départ itératifs » et espèrent que les plateformes vont améliorer leurs rapports, en s’appuyant notamment sur cette étude.

DSA : la transparence limitée et les oublis des audits de Pornhub, Stripchat et XVideos

11 août 2026 à 14:14
Voile pudique
DSA : la transparence limitée et les oublis des audits de Pornhub, Stripchat et XVideos

Considérés par la Commission européenne comme de très grandes plateformes en ligne, ces trois sites pornographiques sont contraints par le DSA de rendre un rapport d’audit régulièrement. Une étude scientifique estime que ces rapports manquent de transparence et qu’ils oublient d’évoquer les libertés en jeu.

Malgré leurs propres estimations très basses du nombre de leurs utilisateurs, la Commission européenne a considèré en décembre 2023 que Pornhub, Stripchat et XVideos sont de très grandes plateformes en ligne au titre du DSA (le règlement sur les services numériques). À ce titre, elles doivent régulièrement rendre publics des rapports d’évaluation des risques qui remplissent surtout une « conformité symbolique », selon une étude scientifique. Précisons que, depuis, StripChat a été enlevé de la liste.

Ces rapports doivent évaluer les risques systémiques qui découlent de leur conception et de leur fonctionnement, les plateformes doivent aussi mettre en place des « mesures d’atténuation raisonnables, proportionnées et efficaces, adaptées » tout « en tenant compte en particulier de l’incidence de ces mesures sur les droits fondamentaux » (articles 34 et 35 du règlement).

La Commission européenne liste les différents rapports des VLOPS et VLOSE (très grandes plateformes/très grands moteurs de recherche) sur cette page. Remarquons que Xvideos a déménagé certains de ses rapports dont les liens répertoriés par la Commission sont, pour les plus anciens, caduques. Une page du site pornographique les liste. Pour les deux autres plateformes, les liens répertoriés par la Commission sont toujours valides.

Les chercheuses Isotta Rossoni et Carlotta Rigotti de l’université de Leiden (Pays-Bas) et leur collègue, Nicola Döring de l’université Ilmenau (Allemagne), ont analysé les 217 pages des rapports 2025 de ces trois plateformes et publié leur étude dans la revue scientifique Porn Studies.

Les rapports de la plateforme XNXX, désignée un peu plus tard comme une très grande plateforme en ligne en juillet 2024, ne font pas partie de l’analyse. Étonnamment, les chercheurs affirment que XNXX n’a pas encore publié de rapport alors qu’on peut les trouver en lien sur le site de la Commission.

Une opacité méthodologique

Alors que le DSA a pour but d’augmenter la transparence des plateformes, l’étude explique que, de fait, « l’opacité méthodologique [des rapports] compromet la vérifiabilité [de leurs] conclusions ». Les chercheuses et chercheur ajoutent que leur « imprécision conceptuelle fausse l’identification et l’évaluation des risques ». Les évaluations ayant été faites essentiellement en interne aux plateformes, ils pointent le manque de « diversité épistémique nécessaire à une gouvernance des risques efficace ».

Concernant la violence de genre, l’étude souligne que les trois plateformes restreignent ce risque à la diffusion non consensuelle de contenus à caractère sexuel (appelée souvent « revenge porn »), oubliant de prendre en compte les risques concernant les violences contre les femmes en général et les violences conjugales. « En axant si fortement leur identification des risques sur cette seule catégorie, les plateformes en ligne sous-estiment non seulement l’ampleur des préjudices liés au genre que leurs services peuvent favoriser, mais elles restreignent aussi implicitement la portée des obligations de prévention auxquelles elles sont tenues de se conformer », expliquent les chercheuses et chercheur.

Des problèmes de définition

Isotta Rossoni, Carlotta Rigotti et Nicola Döring pointent aussi la mauvaise définition de Stripchat concernant la traite des êtres humains qui la caractérise comme « le fait d’impliquer de force des modèles contre leur gré et d’en tirer un revenu grâce à Stripchat ». Cette définition « confond des activités distinctes et omet les actes, moyens et finalités spécifiques requis par les définitions juridiques établies », expliquent-ils renvoyant à la directive de l’Union européenne sur le sujet.

Concernant le rapport d’Aylo (la maison mère de Pornhub), l’étude met en avant la mauvaise prise en compte des risques des deepfakes. En effet, ce rapport considère que les spectateurs ne sont affectés par les contenus « deepfake » que lorsqu’ils reconnaissent la victime-survivante. Ce qui « ne reflète ni la littérature établie sur les abus sexuels par le biais d’images, ni la logique élémentaire du risque, puisque les préjudices causés par les images intimes synthétiques non consensuelles ne dépendent pas de la reconnaissance de la victime », explique l’étude citant des recherches (ici et là).

Xvideos en prend aussi pour son grade puisque son rapport s’appuie sur une catégorie des « contenus problématiques » « sans autre précision, [mélangeant] des critères juridiques, éthiques et moraux d’une manière qui obscurcit, plutôt que d’éclairer, la nature et la gravité des risques sous-jacents ».

Les chercheuses et chercheur soulignent que ces problèmes de définition ne sont pas de « simples préoccupations théoriques ». « Comme le souligne depuis longtemps l’épistémologie féministe, les catégories de préjudice ne sont jamais neutres : elles codifient des points de vue particuliers, rendent certaines expériences lisibles tout en en occultant d’autres, et répartissent ainsi la protection de manière inégale », expliquent-ils.

Une sous-évaluation systématique des problèmes… et un oubli des droits des acteurs et des créateurs de contenus

Autre problème : les trois plateformes pornographiques sous-évaluent systématiquement la gravité des problèmes : « les risques de gravité élevée sont systématiquement reclassés en risques moyens ou faibles sur la base des mesures d’atténuation existantes, sans vérification indépendante de l’efficacité de ces mesures ». Ainsi, par exemple d’Aylo, qui classe en risques lointains ou improbables le matériel pédocriminel et les discours de haine, alors que, « malgré leur gravité critique », ils « se retrouvent à des degrés divers sur les trois plateformes ». Les chercheurs y voient ici une confusion entre l’existence d’une mesure de protection et son efficacité avérée, en contradiction avec des recherches existantes montrant l’existence de ces problèmes.

Surtout, les autrices et auteur soulignent que les trois plateformes « abordent la gouvernance des contenus à caractère sexuel et liés au genre presque exclusivement sous l’angle de la prévention des dangers, tout en passant largement sous silence les libertés en jeu, à savoir les droits des acteurs et des créateurs de contenus à produire et à partager de manière consensuelle des contenus à caractère sexuel sans ingérence discriminatoire ou disproportionnée, ainsi que le droit des utilisateurs d’accéder à ces contenus en tant qu’expression de leur autonomie sexuelle ».

« Ce silence n’est pas politiquement neutre », soulignent-ils : « En présentant la gestion des contenus à caractère sexuel principalement comme un problème de protection de l’enfance et de violence de genre – aussi importantes que soient ces préoccupations –, ces évaluations, ainsi que le discours réglementaire et public plus large qu’elles reflètent, reproduisent une asymétrie dans laquelle les préjudices découlant de la présence de contenus illégaux ou préjudiciables sont identifiables et donnent lieu à des mesures concrètes, tandis que ceux générés par la conception hégémonique masculine et hétéronormative des plateformes restent invisibles et ne sont pas pris en compte ».

Les chercheurs ajoutent qu’aborder ces sujets « n’implique pas de devoir choisir entre la protection des utilisateurs contre tout préjudice et la protection de leur liberté d’exercer leur autonomie sexuelle ».

L’équipe estime néanmoins que « les documents de conformité de première génération sont rarement exemplaires : il s’agit, par nature, de points de départ itératifs » et espèrent que les plateformes vont améliorer leurs rapports, en s’appuyant notamment sur cette étude.

En Australie, Meta paye des suprémacistes blancs et anti-vaccins pour publier sur Facebook

10 août 2026 à 10:20
Business de la haine
En Australie, Meta paye des suprémacistes blancs et anti-vaccins pour publier sur Facebook

Depuis octobre 2024, Meta a mis en place un programme de monétisation de contenus sur Facebook. En Australie, l’entreprise y a invité des influenceurs connus pour leurs propos racistes et anti-vaccins.

Meta a mis en place, depuis plus d’un an, un programme de monétisation de contenu Facebook regroupant tous ses outils permettant aux « créateurs » «de générer plus facilement des revenus grâce à un plus grand nombre de formats de contenu ». L’entreprise filtre les utilisateurs qui peuvent y avoir accès. Mais, en Australie, des influenceurs suprémacistes blancs et antivaccins y ont été invités par l’entreprise de Mark Zuckerberg et ainsi y poster des contenus qui violent les règles que Meta a elle-même écrites.

Selon le média australien ABC, ce programme permet notamment au militant d’extrême droite Hugo Lennon d’être rémunéré pour la promotion de ses idées racistes.

Hugo Lennon, un jeune et riche influenceur d’extrême droite invité par Meta

D’après notre consœur Lucy Carter,Hugo Lennon bénéficie du programme de monétisation de contenus de Meta depuis le mois de septembre 2025. Ce même mois, Hugo Lennon (connu sous le pseudo « auspill ») a organisé une marche xénophobe contre les immigrés devant le Parlement australien.

L’événement et sa promotion en ligne ont rapidement fait passer ce jeune homme de 21 ans, fils d’une famille dirigeant un vaste empire immobilier, de TikTokeur publiant des vidéos conseillant de « glacer ses testicules » à influenceur de l’extrême droite australienne accusant les migrants d’être responsables de la crise du logement dans le pays, expliquait à l’époque le Sydney Morning Herald.

Le journal australien indique que l’influenceur inquiétait même son homologue états-unien Charlie Kirk, qui lui avait exhorté à se détourner de « l’ethno-nationalisme blanc » lors d’un débat peu avant sa mort. Plus d’un an auparavant, sous pseudo, Hugo Lennon participait à une discussion sur Telegram avec des figures clés du mouvement néonazi australien où les utilisateurs discutaient de doxxing et débattaient sur leurs traductions préférées de l’ouvrage d’Hitler, Mein Kampf. Bref, les positions d’extrême droite étaient connues publiquement avant même qu’il soit invité par Meta dans son programme de monétisation de contenus.

Hugo Lennon a bénéficié de ce programme, selon ABC qui a obtenu l’information grâce à l’association What to fix!. Celle-ci a mis en place une base de données récupérant les informations des listes des « éditeur·ices partenaires » de Meta. L’entreprise a fait un petit effort de transparence en proposant d’examiner ces listes, mais celles-ci ne sont pas ouvertes à tous. Pour les consulter, il faut avoir un « portefeuille business dans Meta Business Suite ».

En violation des règles mises en place par Meta pour ce service

Selon notre consœur de ABC, lorsqu’elle l’a consultée, la page Facebook de Hugo Lennon était en violation directe avec les règles de Facebook en matière de monétisation de contenus. Celles-ci indiquent notamment que le contenu qui « traite ou aborde des sujets relevant de « sujets sociaux contreversées » » comme la « race », le genre ou les origines nationales et ethniques ne peut être monétisé.

Hugo Lennon n’est pas le seul partenaire de Meta pointé du doigt par ABC. Ainsi, le site web d’extrême droite australien The Noticer qui promeut les idéologies de suprémacisme blanc et néo-nazie, a été intégré au programme de Meta depuis novembre 2025 (avec une courte période sans gain entre janvier et février 2026).

Ce média avait pourtant été suspendu sur une autre plateforme : X l’avait bloqué pour infraction à ses règles relatives aux profils incitant à la haine. Il vient néanmoins d’être débloqué par le réseau social d’Elon Musk. Dans son message de retour, Noticer affirme avoir été démonétisé par Meta ce week-end : « Nous avons également été démonétisés sur Facebook ce week-end et soumis à des restrictions de portée sur cette plateforme ainsi que sur Instagram, sans pouvoir savoir quelles publications auraient enfreint les règles de Meta, ni demander un réexamen ou faire appel, ce qui est inhabituel. »

Une influenceuse anti-vaccins invitée aussi, Meta se défausse de toute responsabilité

Dans la liste des influenceurs australiens inclus dans le programme de monétisation de Meta, ABC relève aussi la présence d’une page d’organisation d’une marche anti-immigration et celle de Monica Smit, une influenceuse anti-vaccins et anti-confinement. Sa page publie de la désinformation contre les vaccins ainsi que de la promotion de bracelets de « protection contre les radiations ».

« Si l’on considère que Meta entretient une relation commerciale directe avec ses éditeurs, dans la mesure où elle leur verse des redevances et où elle a conclu avec eux un accord de monétisation, on pourrait alors faire valoir qu’elle est, d’une certaine manière, responsable du contenu produit par son partenaire commercial », explique Victoire Rio, responsable de What to Fix!, à ABC.

Aucun des influenceurs d’extrême droite n’a répondu à notre consœur. Meta l’a seulement renvoyé à ses propres règles : « Nous avons mis en place des règles claires auxquelles toute personne utilisant nos outils de monétisation doit se conformer. Lorsque les pages de monétisation de contenu enfreignent nos Règles communautaires, nous appliquons des sanctions telles que la suspension temporaire ou définitive de leur capacité à générer des revenus sur nos plateformes. Les créateurs ou éditeurs qui enfreignent ces règles à plusieurs reprises seront exclus de nos plateformes ».

Elle ajoute considérer « important de faire la distinction entre les propos offensants et les contenus susceptibles d’entraîner des actes de violence dans la vie réelle ». Elle affirme : « Ces propos peuvent être offensants pour beaucoup, mais ce n’est pas à Meta de juger de ce qui est offensant. »

En Australie, Meta paye des suprémacistes blancs et anti-vaccins pour publier sur Facebook

10 août 2026 à 10:20
Business de la haine
En Australie, Meta paye des suprémacistes blancs et anti-vaccins pour publier sur Facebook

Depuis octobre 2024, Meta a mis en place un programme de monétisation de contenus sur Facebook. En Australie, l’entreprise y a invité des influenceurs connus pour leurs propos racistes et anti-vaccins.

Meta a mis en place, depuis plus d’un an, un programme de monétisation de contenu Facebook regroupant tous ses outils permettant aux « créateurs » «de générer plus facilement des revenus grâce à un plus grand nombre de formats de contenu ». L’entreprise filtre les utilisateurs qui peuvent y avoir accès. Mais, en Australie, des influenceurs suprémacistes blancs et antivaccins y ont été invités par l’entreprise de Mark Zuckerberg et ainsi y poster des contenus qui violent les règles que Meta a elle-même écrites.

Selon le média australien ABC, ce programme permet notamment au militant d’extrême droite Hugo Lennon d’être rémunéré pour la promotion de ses idées racistes.

Hugo Lennon, un jeune et riche influenceur d’extrême droite invité par Meta

D’après notre consœur Lucy Carter,Hugo Lennon bénéficie du programme de monétisation de contenus de Meta depuis le mois de septembre 2025. Ce même mois, Hugo Lennon (connu sous le pseudo « auspill ») a organisé une marche xénophobe contre les immigrés devant le Parlement australien.

L’événement et sa promotion en ligne ont rapidement fait passer ce jeune homme de 21 ans, fils d’une famille dirigeant un vaste empire immobilier, de TikTokeur publiant des vidéos conseillant de « glacer ses testicules » à influenceur de l’extrême droite australienne accusant les migrants d’être responsables de la crise du logement dans le pays, expliquait à l’époque le Sydney Morning Herald.

Le journal australien indique que l’influenceur inquiétait même son homologue états-unien Charlie Kirk, qui lui avait exhorté à se détourner de « l’ethno-nationalisme blanc » lors d’un débat peu avant sa mort. Plus d’un an auparavant, sous pseudo, Hugo Lennon participait à une discussion sur Telegram avec des figures clés du mouvement néonazi australien où les utilisateurs discutaient de doxxing et débattaient sur leurs traductions préférées de l’ouvrage d’Hitler, Mein Kampf. Bref, les positions d’extrême droite étaient connues publiquement avant même qu’il soit invité par Meta dans son programme de monétisation de contenus.

Hugo Lennon a bénéficié de ce programme, selon ABC qui a obtenu l’information grâce à l’association What to fix!. Celle-ci a mis en place une base de données récupérant les informations des listes des « éditeur·ices partenaires » de Meta. L’entreprise a fait un petit effort de transparence en proposant d’examiner ces listes, mais celles-ci ne sont pas ouvertes à tous. Pour les consulter, il faut avoir un « portefeuille business dans Meta Business Suite ».

En violation des règles mises en place par Meta pour ce service

Selon notre consœur de ABC, lorsqu’elle l’a consultée, la page Facebook de Hugo Lennon était en violation directe avec les règles de Facebook en matière de monétisation de contenus. Celles-ci indiquent notamment que le contenu qui « traite ou aborde des sujets relevant de « sujets sociaux contreversées » » comme la « race », le genre ou les origines nationales et ethniques ne peut être monétisé.

Hugo Lennon n’est pas le seul partenaire de Meta pointé du doigt par ABC. Ainsi, le site web d’extrême droite australien The Noticer qui promeut les idéologies de suprémacisme blanc et néo-nazie, a été intégré au programme de Meta depuis novembre 2025 (avec une courte période sans gain entre janvier et février 2026).

Ce média avait pourtant été suspendu sur une autre plateforme : X l’avait bloqué pour infraction à ses règles relatives aux profils incitant à la haine. Il vient néanmoins d’être débloqué par le réseau social d’Elon Musk. Dans son message de retour, Noticer affirme avoir été démonétisé par Meta ce week-end : « Nous avons également été démonétisés sur Facebook ce week-end et soumis à des restrictions de portée sur cette plateforme ainsi que sur Instagram, sans pouvoir savoir quelles publications auraient enfreint les règles de Meta, ni demander un réexamen ou faire appel, ce qui est inhabituel. »

Une influenceuse anti-vaccins invitée aussi, Meta se défausse de toute responsabilité

Dans la liste des influenceurs australiens inclus dans le programme de monétisation de Meta, ABC relève aussi la présence d’une page d’organisation d’une marche anti-immigration et celle de Monica Smit, une influenceuse anti-vaccins et anti-confinement. Sa page publie de la désinformation contre les vaccins ainsi que de la promotion de bracelets de « protection contre les radiations ».

« Si l’on considère que Meta entretient une relation commerciale directe avec ses éditeurs, dans la mesure où elle leur verse des redevances et où elle a conclu avec eux un accord de monétisation, on pourrait alors faire valoir qu’elle est, d’une certaine manière, responsable du contenu produit par son partenaire commercial », explique Victoire Rio, responsable de What to Fix!, à ABC.

Aucun des influenceurs d’extrême droite n’a répondu à notre consœur. Meta l’a seulement renvoyé à ses propres règles : « Nous avons mis en place des règles claires auxquelles toute personne utilisant nos outils de monétisation doit se conformer. Lorsque les pages de monétisation de contenu enfreignent nos Règles communautaires, nous appliquons des sanctions telles que la suspension temporaire ou définitive de leur capacité à générer des revenus sur nos plateformes. Les créateurs ou éditeurs qui enfreignent ces règles à plusieurs reprises seront exclus de nos plateformes ».

Elle ajoute considérer « important de faire la distinction entre les propos offensants et les contenus susceptibles d’entraîner des actes de violence dans la vie réelle ». Elle affirme : « Ces propos peuvent être offensants pour beaucoup, mais ce n’est pas à Meta de juger de ce qui est offensant. »

Le magazine Time sert aux chatbots IA des pages spécifiques avec de la pub

7 août 2026 à 15:46
La bataille de l'enshittification
IA : séries d’achats « bizarres » auprès de librairies d’occasion anglaises et irlandaises

Le magazine états-unien a commencé à mettre en place des versions différentes des pages de son site, selon qu’il soit consulté par un navigateur ou par un chatbot IA. L’éditeur peut ainsi optimiser ses articles pour qu’ils soient repris par Claude ou ChatGPT en y insérant de la publicité spécifiquement conçue pour être recrachée par les chatbots.

Si les chatbots IA viennent chercher leurs réponses sur les sites des médias, pourquoi ceux-ci n’en profiteraient pas ? C’est ce que s’est dit le magazine américain Time en mettant en place un système servant des pages différentes selon que son site web est consulté par un navigateur habituel ou par un crawler d’un chatbot IA.

L’éditeur a converti toutes les pages de son site web en Markdown, format qui est plus facilement analysable par les agents IA, expliquait Digiday début juillet. De fait, le langage de balisage léger inventé par John Gruber avec l’aide d’Aaron Swartz est idéal pour ces outils : il est explicite et minimise le nombre de tokens utilisés pour analyser le contenu. Si on veut que son contenu soit repris par ChatGPT et Claude, il est donc plutôt malin de le leur servir en Markdown.

La pratique de la redirection sélective pour des buts problématiques n’est pas nouvelle. Par exemple, nous avions déjà montré qu’elle était utilisée pour cacher de la désinformation ou pour adapter des liens sponsorisés en fonction d’attentes parfois nauséabondes d’internautes.

Insérer de la pub spécifiquement rédigée pour les chatbots IA

Ici, l’éditeur a vite compris qu’il pouvait proposer aux marques d’autres services en s’appuyant sur cette technique : le magazine a commencé à glisser des publicités dans certains des fichiers Markdown. Cela permet de faire passer discrètement des messages dans ChatGPT et Claude sans qu’ils n’apparaissent dans les pages proposées aux lecteurs de Time. L’ingénieur allemand Vincent Schmalbach a remarqué le tour de passe-passe et l’a décrit sur son blog.

Ainsi, un article comme celui-ci est proposé en HTML pour tous les navigateurs, mais si on l’ouvre avec le user-agent ClaudeBot, on obtient un texte du genre :

Ici, pas de publicité intégrée. Mais lorsqu’on fait la même opération sur une page listant les « meilleures inventions de 2025 », on se retrouve, contrairement à un lecteur lambda qui l’ouvrirait avec un navigateur, avec un texte promouvant la banque en ligne Ally Bank avant les inventions :

Le texte sur Ally est idéalement écrit pour être cité par un chatbot IA à qui l’utilisateur demanderait « Qui est Ally Bank ? ». Remarquons qu’il est surmonté d’une remarque affirmant : « Contenu sponsorisé. Réalisé en partenariat avec Ally. Ally est le sponsor et la source de ce contenu ».

On obtient le même texte, sous une présentation qui diffère un peu si on utilise les user-agent d’OpenAI GPTBot ou OAI-SearchBot. Remarquons que ce n’est pas le cas si on utilise les crawlers de Google Googlebot, Google-Extended ou GoogleOther mais que le Markdown s’affiche pour le quatrième crawler de Google utilisé par Gemini Google-CloudVertexBot.

Une pratique qui risque de se généraliser

Comme le fait remarquer Vincent Schmalbach, on retrouve dans le fichier Markdown servi à ClaudeBot les traces de l’agence de publicité en ligne Mobian, spécialisée dans la pub pour les agents IA. La page d’accueil de son site reprend spécifiquement l’exemple du Time :

Si nous n’avons pas encore d’exemple d’autres éditeurs de sites très visités qui auraient déjà mis en place ce système, il y a de fortes chances que Time soit rapidement suivi par d’autres. Reste à savoir comment vont réagir les entreprises d’IA générative qui vont devoir faire attention à ce que leurs outils ingèrent.

Va-t-on assister à une nouvelle partie du jeu du chat et de la souris pour bloquer publicités et autres contenus différents de ce qui est affiché dans les pages communément lues par les humains ?

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7 août 2026 à 15:46
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« Aperçus IA » de Google : l’Alliance de la presse saisit l’Autorité de la concurrence

Le magazine états-unien a commencé à mettre en place des versions différentes des pages de son site, selon qu’il soit consulté par un navigateur ou par un chatbot IA. L’éditeur peut ainsi optimiser ses articles pour qu’ils soient repris par Claude ou ChatGPT en y insérant de la publicité spécifiquement conçue pour être recrachée par les chatbots.

Si les chatbots IA viennent chercher leurs réponses sur les sites des médias, pourquoi ceux-ci n’en profiteraient pas ? C’est ce que s’est dit le magazine américain Time en mettant en place un système servant des pages différentes selon que son site web est consulté par un navigateur habituel ou par un crawler d’un chatbot IA.

L’éditeur a converti toutes les pages de son site web en Markdown, format qui est plus facilement analysable par les agents IA, expliquait Digiday début juillet. De fait, le langage de balisage léger inventé par John Gruber avec l’aide d’Aaron Swartz est idéal pour ces outils : il est explicite et minimise le nombre de tokens utilisés pour analyser le contenu. Si on veut que son contenu soit repris par ChatGPT et Claude, il est donc plutôt malin de le leur servir en Markdown.

La pratique de la redirection sélective pour des buts problématiques n’est pas nouvelle. Par exemple, nous avions déjà montré qu’elle était utilisée pour cacher de la désinformation ou pour adapter des liens sponsorisés en fonction d’attentes parfois nauséabondes d’internautes.

Insérer de la pub spécifiquement rédigée pour les chatbots IA

Ici, l’éditeur a vite compris qu’il pouvait proposer aux marques d’autres services en s’appuyant sur cette technique : le magazine a commencé à glisser des publicités dans certains des fichiers Markdown. Cela permet de faire passer discrètement des messages dans ChatGPT et Claude sans qu’ils n’apparaissent dans les pages proposées aux lecteurs de Time. L’ingénieur allemand Vincent Schmalbach a remarqué le tour de passe-passe et l’a décrit sur son blog.

Ainsi, un article comme celui-ci est proposé en HTML pour tous les navigateurs, mais si on l’ouvre avec le user-agent ClaudeBot, on obtient un texte du genre :

Ici, pas de publicité intégrée. Mais lorsqu’on fait la même opération sur une page listant les « meilleures inventions de 2025 », on se retrouve, contrairement à un lecteur lambda qui l’ouvrirait avec un navigateur, avec un texte promouvant la banque en ligne Ally Bank avant les inventions :

Le texte sur Ally est idéalement écrit pour être cité par un chatbot IA à qui l’utilisateur demanderait « Qui est Ally Bank ? ». Remarquons qu’il est surmonté d’une remarque affirmant : « Contenu sponsorisé. Réalisé en partenariat avec Ally. Ally est le sponsor et la source de ce contenu ».

On obtient le même texte, sous une présentation qui diffère un peu si on utilise les user-agent d’OpenAI GPTBot ou OAI-SearchBot. Remarquons que ce n’est pas le cas si on utilise les crawlers de Google Googlebot, Google-Extended ou GoogleOther mais que le Markdown s’affiche pour le quatrième crawler de Google utilisé par Gemini Google-CloudVertexBot.

Une pratique qui risque de se généraliser

Comme le fait remarquer Vincent Schmalbach, on retrouve dans le fichier Markdown servi à ClaudeBot les traces de l’agence de publicité en ligne Mobian, spécialisée dans la pub pour les agents IA. La page d’accueil de son site reprend spécifiquement l’exemple du Time :

Si nous n’avons pas encore d’exemple d’autres éditeurs de sites très visités qui auraient déjà mis en place ce système, il y a de fortes chances que Time soit rapidement suivi par d’autres. Reste à savoir comment vont réagir les entreprises d’IA générative qui vont devoir faire attention à ce que leurs outils ingèrent.

Va-t-on assister à une nouvelle partie du jeu du chat et de la souris pour bloquer publicités et autres contenus différents de ce qui est affiché dans les pages communément lues par les humains ?

Affaire Jean Pormanove : prison avec sursis et bannissement de Kick pendant 6 mois

7 août 2026 à 08:52
Snuff streaming condamné
Affaire Jean Pormanove : prison avec sursis et bannissement de Kick pendant 6 mois

Après la mort de Raphaël Graven en direct sur la chaine Kick nommée Jean Pormanove, le tribunal correctionnel de Nice a condamné les responsables de la chaine pour des violences et humiliations en ligne. Les peines contiennent notamment de la prison avec sursis et six mois de bannissement numérique applicable seulement sur la plateforme de streaming concernée.

Le tribunal correctionnel de Nice a rendu son jugement ce mercredi 5 aout au soir concernant les deux responsables de la chaine Kick nommée Jean Pormanove, Owen C. (aussi connu sous le pseudo Naruto) et Safine H., les condamnant pour violence et provocation à la haine mais les relaxant des chefs d’abus de faiblesse et diffusion, comme le relève France 3.

Les deux vidéastes avaient été mis en garde à vue pour des violences physiques et psychologiques en janvier 2025 suite à un article de Médiapart et à une enquête ouverte par le parquet de Nice, ce qui n’avait pas arrêté leur projet de diffusion en direct de scènes de violences sur leur chaine Kick. La mort en direct du souffre-douleur Raphaël Graven y a même été diffusée.

Des peines en deçà des réquisitions de la procureure

Ils ont été entendus ce lundi 6 juillet pour « violences en réunion sans ITT, violences en réunion avec arme sans ITT, violences en réunion avec arme sans ITT sur mineurs de 15 ans, violences sur mineur de 15 ans sans ITT, abus de faiblesse, provocation à la haine et à la discrimination en raison du handicap, provocation à la haine et à la discrimination en raison de l’orientation sexuelle, enregistrement et diffusion d’images de violences ».

Lors de l’audience, la procureure, Maud Marty, avait affirmé que « jamais une juridiction n’a eu à connaître avec une telle ampleur un système qui associe l’exploitation de personnes en situation de faiblesse, leur humiliation devant des milliers de spectateurs et la rémunération de ces diffusions qui ne tiennent qu’à la souffrance », rapporte Médiapart.

Elle avait dénoncé, selon France 3, un « système de maltraitance humaine, pas un dérapage ou une provocation » et avait requis 30 mois de prison dont 12 mois ferme (avec bracelet électronique) et 30 000 euros d’amende pour le principal accusé, 18 mois avec sursis et 15 000 euros d’amende pour le second, ainsi qu’un « bannissement numérique » pour les deux.

Un mois après, le tribunal a donc condamné les deux streamers à des peines un peu plus clémentes : 2 ans de prison avec sursis et 15 000 euros d’amende pour Owen C, 8 mois de prison avec sursis et 5 000 euros d’amende pour Safine H. Les deux accusés ont aussi été condamnés à une peine de six mois de bannissement de la plateforme sur laquelle était diffusée leur chaine.

Un bannissement de Kick

Cette nouvelle peine, souvent appelée « bannissement numérique » et utilisée pour la première fois par la justice, a été introduite par la loi SREN (visant à sécuriser et réguler l’espace numérique) de 2024. Contrairement à ce que pourrait faire penser son appellation commune, elle ne prévoit pas l’interdiction de l’usage d’Internet en général ou de tous les réseaux sociaux.

En effet, l’article 16 de la loi prévoit que « le tribunal peut ordonner à titre de peine complémentaire la suspension des comptes d’accès à des services en ligne ayant été utilisés pour commettre l’infraction ». Il interdit aussi aux personnes condamnées de « créer de nouveaux comptes d’accès à ces mêmes services ». Selon ce texte, la durée maximum de cette suspension est de six mois (un an en récidive). Ainsi, en bannissant de Kick pendant 6 mois les deux streamers, le tribunal a pris la mesure la plus forte que le législateur lui a donnée sur le sujet.

Le bannissement est signalé par le tribunal à la plateforme concernée. Ainsi, Kick est responsable du blocage des comptes visés, « de procéder au blocage des autres comptes d’accès à leur service éventuellement détenus par la personne condamnée et d’empêcher la création de nouveaux comptes par la même personne ». La plateforme s’expose à une amende de 75 000 euros si elle ne suit pas cette demande.

Rappelons qu’une autre enquête est toujours ouverte concernant la plateforme elle-même.

[Màj] Après 5 mois de pause, Grokipedia bouge à nouveau

1 octobre 2026 à 08:24
Les IA peuvent aussi s'arrêter de produire
[Màj] Après 5 mois de pause, Grokipedia bouge à nouveau

Aucune des pages du projet d’encyclopédie lancé par Elon Musk fin octobre 2025 n’a été modifiée par du contenu généré par IA depuis avril. Aucune édition proposée par des humains n’a été prise en compte non plus.

Mise à jour le 1er octobre 2026 : Finalement, après 5 mois de pause, Grokipedia a été réactivée ce 30 septembre comme l’annonce le compte X du projet. Le projet, en version 0.3, est maintenant présenté avec un nouveau design et un nouveau logo. On peut constater que de nombreuses éditions sont finalement validées sur la page qui les liste. Le compteur du nombre d’articles dans l’encyclopédie reste cependant bloqué à 6 092 140, chiffre qui n’a pas bougé depuis la publication originelle de cet article datée du 6 août 2026.


Article originel publié le 6 août 2026 :

En janvier dernier, Elon Musk twittait : « Grokipedia connaît une croissance fulgurante. Elle dépassera largement Wikipédia cette année ». Le projet affichait alors plus d’1,8 million d’entrées et un peu plus de 76 000 éditions approuvées par Grok, le système d’IA générative auquel l’encyclopédie est adossée.

Pas de modifications humaines approuvées depuis fin avril

Depuis, le projet raciste et désinformateur a encore grossi puisque la page d’accueil affiche actuellement un nombre de 6 092 140 articles. Mais là où elle listait les modifications en direct, cette page affiche maintenant le message « aucune modification en direct n’est disponible pour le moment ». Et, selon le média Lawfare, aucune modification n’a été approuvée depuis le 24 avril dernier, que ce soit pour des pages au sujet populaire ou obscur.

Ainsi, les journalistes de Lawfare ont repéré 12 modifications approuvées de la page concernant ChatGPT ce 24 avril. Mais toutes les modifications soumises pour cette page en mai, juin et juillet sont restées « en cours d’examen ».

« Ce schéma se retrouve quel que soit le sujet ou le niveau de fréquentation », expliquent-ils. Les utilisateurs peuvent toujours suggérer des modifications. Mais Lawfare a analysé 34 519 entrées de l’encyclopédie avec au moins une suggestion de modification. Et le média a constaté que les 225 496 modifications recommandées que cela représente sur les trois derniers mois n’ont ni été acceptées ni été rejetées.

Après approbation, le processus de Grokipedia prévoit une phase d’implémentation des modifications. Celle-ci a cessé un mois avant : depuis le 22 mars, Lawfare n’a trouvé aucune implémentation de modifications validées.

Le dernier message d’Elon Musk sur X à propos de son projet d’encyclopédie remonte au 22 février dernier. Il y annonçait la mise en place d’un système de notes de communautés comme celui de son réseau social, « afin de permettre aux utilisateurs d’apporter des modifications précises », mais le projet semble aussi en pause.

Plus de modification par Grok non plus

Selon nos confrères, l’encyclopédie n’est plus éditée non plus automatiquement par l’IA de xAI. Pourtant, en février, le chercheur en datajournalisme du Tow Center for Digital Journalism, C.J. Robinson, montrait, données à l’appui, que les modifications proposées par Grok dépassaient celles soumises par des utilisateurs humains, « représentant plus des trois quarts des suggestions ».

Mais en comparant ces données à l’état actuel de Grokipedia, Lawfare a constaté un autre problème : « un grand nombre de modifications qui figuraient auparavant dans la liste des « acceptées » apparaissent désormais comme « rejetées » ». Selon eux, une modification massive semble avoir eu lieu le 14 mars.

Mais le système de Grokipedia semble incohérent. Sur la page consacrée à l’actrice Prunella Scales, par exemple, 10 modifications faites lors de la semaine de lancement sont « approuvées » dans les archives de C.J. Robinson mais sont maintenant labellisées comme « rejetées », même si l’article les prend toujours en compte.

Wikipédia toujours très active mais avec des tensions dans la fondation

Pendant ce temps-là, un site nommé Babel recense en quasi-direct (avec 3 minutes de retard) les éditions des entrées dans Wikipedia en reconstruisant la tour légendaire du même nom, montrant que celle-ci est toujours aussi active. Dans un autre style, Listen to Wikipedia propose une visualisation et sonorisation en quasi-direct de ces éditions.

Pourtant, tout n’est pas rose dans l’univers de l’encyclopédie collaborative. Comme le relate l’infolettre d’août de la communauté francophone du projet, « alors que plus de 70 % des employés américains de la Fondation Wikimédia (WMF) ont exprimé leur volonté de se syndiquer, la direction de la WMF a refusé fin juillet de reconnaître volontairement le syndicat Wiki Workers United (WWU), préférant recourir à un processus plus long et complexe » :

« La branche américaine du WWU dénonce une obstruction antisyndicale. Le recours par la WMF à un cabinet d’avocats connu pour ses stratégies antisyndicales a conduit des contributeurs bénévoles à appeler ouvertement à la démission de la directrice de la WMF Bernadette Meehan, dont les réponses lors de la Wikimania 2026 n’avaient pas convaincu. »

[Màj] Après 5 mois de pause, Grokipedia bouge à nouveau

1 octobre 2026 à 08:24
Les IA peuvent aussi s'arrêter de produire
[Màj] Après 5 mois de pause, Grokipedia bouge à nouveau

Aucune des pages du projet d’encyclopédie lancé par Elon Musk fin octobre 2025 n’a été modifiée par du contenu généré par IA depuis avril. Aucune édition proposée par des humains n’a été prise en compte non plus.

Mise à jour le 1er octobre 2026 : Finalement, après 5 mois de pause, Grokipedia a été réactivée ce 30 septembre comme l’annonce le compte X du projet. Le projet, en version 0.3, est maintenant présenté avec un nouveau design et un nouveau logo. On peut constater que de nombreuses éditions sont finalement validées sur la page qui les liste. Le compteur du nombre d’articles dans l’encyclopédie reste cependant bloqué à 6 092 140, chiffre qui n’a pas bougé depuis la publication originelle de cet article datée du 6 août 2026.


Article originel publié le 6 août 2026 :

En janvier dernier, Elon Musk twittait : « Grokipedia connaît une croissance fulgurante. Elle dépassera largement Wikipédia cette année ». Le projet affichait alors plus d’1,8 million d’entrées et un peu plus de 76 000 éditions approuvées par Grok, le système d’IA générative auquel l’encyclopédie est adossée.

Pas de modifications humaines approuvées depuis fin avril

Depuis, le projet raciste et désinformateur a encore grossi puisque la page d’accueil affiche actuellement un nombre de 6 092 140 articles. Mais là où elle listait les modifications en direct, cette page affiche maintenant le message « aucune modification en direct n’est disponible pour le moment ». Et, selon le média Lawfare, aucune modification n’a été approuvée depuis le 24 avril dernier, que ce soit pour des pages au sujet populaire ou obscur.

Ainsi, les journalistes de Lawfare ont repéré 12 modifications approuvées de la page concernant ChatGPT ce 24 avril. Mais toutes les modifications soumises pour cette page en mai, juin et juillet sont restées « en cours d’examen ».

« Ce schéma se retrouve quel que soit le sujet ou le niveau de fréquentation », expliquent-ils. Les utilisateurs peuvent toujours suggérer des modifications. Mais Lawfare a analysé 34 519 entrées de l’encyclopédie avec au moins une suggestion de modification. Et le média a constaté que les 225 496 modifications recommandées que cela représente sur les trois derniers mois n’ont ni été acceptées ni été rejetées.

Après approbation, le processus de Grokipedia prévoit une phase d’implémentation des modifications. Celle-ci a cessé un mois avant : depuis le 22 mars, Lawfare n’a trouvé aucune implémentation de modifications validées.

Le dernier message d’Elon Musk sur X à propos de son projet d’encyclopédie remonte au 22 février dernier. Il y annonçait la mise en place d’un système de notes de communautés comme celui de son réseau social, « afin de permettre aux utilisateurs d’apporter des modifications précises », mais le projet semble aussi en pause.

Plus de modification par Grok non plus

Selon nos confrères, l’encyclopédie n’est plus éditée non plus automatiquement par l’IA de xAI. Pourtant, en février, le chercheur en datajournalisme du Tow Center for Digital Journalism, C.J. Robinson, montrait, données à l’appui, que les modifications proposées par Grok dépassaient celles soumises par des utilisateurs humains, « représentant plus des trois quarts des suggestions ».

Mais en comparant ces données à l’état actuel de Grokipedia, Lawfare a constaté un autre problème : « un grand nombre de modifications qui figuraient auparavant dans la liste des « acceptées » apparaissent désormais comme « rejetées » ». Selon eux, une modification massive semble avoir eu lieu le 14 mars.

Mais le système de Grokipedia semble incohérent. Sur la page consacrée à l’actrice Prunella Scales, par exemple, 10 modifications faites lors de la semaine de lancement sont « approuvées » dans les archives de C.J. Robinson mais sont maintenant labellisées comme « rejetées », même si l’article les prend toujours en compte.

Wikipédia toujours très active mais avec des tensions dans la fondation

Pendant ce temps-là, un site nommé Babel recense en quasi-direct (avec 3 minutes de retard) les éditions des entrées dans Wikipedia en reconstruisant la tour légendaire du même nom, montrant que celle-ci est toujours aussi active. Dans un autre style, Listen to Wikipedia propose une visualisation et sonorisation en quasi-direct de ces éditions.

Pourtant, tout n’est pas rose dans l’univers de l’encyclopédie collaborative. Comme le relate l’infolettre d’août de la communauté francophone du projet, « alors que plus de 70 % des employés américains de la Fondation Wikimédia (WMF) ont exprimé leur volonté de se syndiquer, la direction de la WMF a refusé fin juillet de reconnaître volontairement le syndicat Wiki Workers United (WWU), préférant recourir à un processus plus long et complexe » :

« La branche américaine du WWU dénonce une obstruction antisyndicale. Le recours par la WMF à un cabinet d’avocats connu pour ses stratégies antisyndicales a conduit des contributeurs bénévoles à appeler ouvertement à la démission de la directrice de la WMF Bernadette Meehan, dont les réponses lors de la Wikimania 2026 n’avaient pas convaincu. »

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