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La consultation des principaux sites d’information a chuté de près de 25 % en un an

12 octobre 2026 à 10:31
« Don't feed the press » is the new « Don't be evil »
La consultation des principaux sites d’information a chuté de près de 25 % en un an

Alors que la vague exceptionnelle de « pics de chaleur » et d’incendies de forêts aurait a priori dû amener de nombreux internautes à s’informer, les 40 plus importants sites d’information français ont vu chuter leur trafic de près de 20 % en août, et de 10 à plus de 50 % en un an. Le lancement par Google de ses « aperçus » de réponses générées par IA, et son algorithme de recommandation de contenus Discover, sont pointés du doigt. L’Alliance de la presse d’information générale a saisi l’Autorité de la concurrence, au motif que Google ne respecte toujours pas ses engagements pris envers la presse en 2022, ce qui lui a déjà valu 750M€ de sanctions.

Alors que la fréquentation des sites et applications de l’ensemble des marques numériques recule de 4 %, relève Le Monde, celle des marques d’actualités chute, elle, de près 23 % en un an. Le chiffre émane du dernier classement des marques numériques de l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM), le tiers certificateur des sites et applis d’information en France.

The Media Leader l’a en effet comparé avec celui de septembre 2025 sur un panel de 40 médias, dont le trafic totalise 1,70 milliard de visites, contre 2,14 milliards un an plus tôt, soit un recul de 20,8 %. Si leurs applications ne reculent que de 9,4 %, leurs sites web le sont de près de 23 %, avec de grandes disparités.

Ici (ex France Bleu, le réseau local de Radio France) voit ainsi son trafic chuter de - 55,8 % (du fait du changement de nom de domaine de francebleu.fr à ici.fr, plaide sa direction), mais son application progresse de 21,8 %. Les consultations de franceinfo.fr baissent quant à elles de 32,9 %, ses applis de 9,9 %. LeParisien.fr recule de 43,5%, et ses applis 19,3 %.

Deux autres sites perdent plus de la moitié de leur trafic : LePoint.fr (- 57,5 %) et Marianne.fr (- 51,7 %), L’Express et La Provence se contentant de n’en perdre respectivement que - 43,8 % et - 42,9 %.

En tête des marques d’information, Ouest-France totalise 191,9 millions de visites (- 9,6 %), et monte à la 3e place du classement général, « grâce à l’agrégation services hors infos (annonce, shopping, TV, podcasts…) », souligne The Media Leader. Le fait que les articles générés par IA de plusieurs de ses verticales thématiques soient boostés par l’algorithme Discover de Google y contribue aussi probablement. Suivent Le Figaro, avec 167,2 millions (- 21,8 %), et Le Monde, avec 151,9 millions (- 19,6 %).

« Le bain de sang du trafic des sites d’information »

Sur X.com, le spécialiste des médias en ligne Emmanuel Parody évoque un « bain de sang du trafic des sites d’information », la quasi-totalité des chiffres accusant une baisse de plus de 10 %. Alors que plusieurs pointent du doigt le lancement en France des « aperçus » de réponses générées par IA (AI Overviews) par Google le 22 juillet dernier, dont on sait qu’ils ont affecté le trafic des sites de médias dans de nombreux pays, d’autres tempèrent, avançant d’autres explications. D’autant que les aperçus IA concernent surtout les recherches « froides », et moins l’actualité « chaude », et qu’une mise à jour anti-spam déployée par Google au même moment pourrait brouiller l’analyse.

La quasi-totalité des médias ont perdu de 10 à plus de 50 % de trafic en un an – ACPM, The Media Leader, X

Clément Pessaux, un professionnel du SEO qui a développé un dashboard de Discover, Gnewsalyzer.com, répond ainsi à Parody que « Les chiffres bruts sont violents, mais on ne peut pas attribuer cela qu’aux IAO et le search de Google qui ne représentent (en moyenne que 15 - 20 % max) du [trafic] total, le plus gros passant par Discover ». L’algorithme de recommandation de contenus de Google, qui représentait en effet, à lui seul, plus de 70% du trafic en provenance de Google en juin 2025 (.pdf), étant devenu la principale source de trafic pour la presse française.

Interrogé à ce sujet, 1492.vision, un autre dashboard dédié à Discover, plus complet, leur répond que « sur les 1 000 articles les plus exposés chaque mois, l’exposition cumulée de septembre est 32 % sous janvier-février en France, et - 40 % en IT/EN/ES ».

Exposition cumulée sur le mois des 1 000 articles les plus exposés sur Discover (médiane) – 1492.vision

Dans un billet dédié, 1492.vision précise que leur durée d’exposition recule en outre davantage : un article reste en moyenne 1,9 jour dans le flux français, contre 2,3 à 2,8 jours au premier semestre. En septembre, la baisse va de 32 % en France à 42 % en Espagne, ce qui indique un changement systémique :

« Un cycle d’actualité propre à un pays ne ferait pas bouger quatre marchés en même temps, dans le même sens. Le changement vient donc du fonctionnement de Discover. »

De plus, en France, la presse nationale perd un quart de sa part de voix, quand la presse régionale la triple. « Une hypothèse circule : les titres nationaux qui publient en grand volume seraient les plus touchés », résume 1492.vision : « Nos données confirment la première moitié, la presse nationale perd », alors qu’ « aucun des 35 titres régionaux suivis ne recule par rapport au début d’année ».

Une chute de 17% du trafic, en pleine vagues de canicules et d’incendies

Les sites thématiques sont eux aussi affectés. En février, un conseil de jardin restait ainsi deux fois plus longtemps dans le flux qu’un article de sport. En septembre, l’écart n’est plus que d’un jour. « Témoignages, retraite, jardin : sur le marché, leur durée d’exposition baisse de 22 à 40 % », constate 1492.vision.

Il souligne en conclusion que, « à l’échelle du marché », la « cassure » de cette chute de recommandations de l’algorithme Discover de Google « commence en juillet », sans qu’il puisse cela dit faire de lien avec le lancement en France de ses « aperçus IA » ce même mois. D’autant qu’elle affecte également l’Espagne, la Grande-Bretagne et l’Italie, où ils étaient déjà en production.

En avril, 1492.vision relevait par ailleurs un « virage net vers le contenu social » avec une « explosion » du nombre de contenus recommandés par Discover et renvoyant vers YouTube, X et les réseaux sociaux, diminuant d’autant la mise en avant d’articles de presse.

The Media Leader évoque une autre explication, plus prosaïque. Septembre 2025 avait en effet été un « mois exceptionnel pour l’information en ligne », du fait d’un contexte politique et médiatique intense : le vote de confiance, la démission de François Bayrou et la nomination de Sébastien Lecornu, le nouveau Premier ministre. L’ACPM avait alors vu les sites et applis d’information battre leur record annuel avec plus de 104 millions de visites.

La comparaison des mois d’août 2025 et 2026 montre cela dit un net recul, relève The Media Leader : sur le même panel, les visites baissent de 16,5% sur un an selon l’ACPM, dont 18,8% pour les sites, alors que les applications comparables ne perdent que 2,5 %. Et l’ACPM avait déjà enregistré une chute de trafic de - 17 % en août, comparé à juillet.

Or, la série exceptionnelle de vagues de chaleur et de canicules, ainsi que l’ampleur des incendies cet été, auraient a priori dû entraîner une augmentation du trafic des sites d’information, d’autant qu’avec des températures flirtant avec les 40 °C, la majeure partie de la population restait cantonnée à la maison.

Le contexte estival, conduisant les internautes à moins s’informer, et la « fatigue informationnelle » dont semblent souffrir de plus en plus de citoyens, pourraient expliquer une partie de cette chute de trafic. Mais pas une telle chute de plus ou moins 20 % en un an.

Google ne respecte pas ses engagements, malgré 4 décisions de l’Autorité de la concurrence

Début août, l’Alliance de la presse d’information générale (APIG) a saisi l’Autorité de la concurrence (ADLC), suite au lancement en France d’AI Overviews et d’AI Mode, afin qu’elle respecte ses engagements pris en 2022, et rémunère les contenus utilisés par ses aperçus IA au titre du droit voisin de la presse.

En avril 2020, l’ADLC avait en effet sanctionné Google pour pratiques déloyales et lui imposait de négocier de bonne foi avec les éditeurs. En juin 2022, elle lui infligeait une amende de 500 millions d’euros pour non-respect de ces obligations. Le mois suivant, Google prenait des engagements de négociation de bonne foi, de transparence et de non-discrimination, rendus obligatoires par l’Autorité et valables jusqu’en 2027.

En 2024, l’ADLC, rappelant que c’est « la 4ᵉ décision rendue par l’Autorité de la concurrence sur ce dossier en quatre ans », prononçait une nouvelle sanction de 250 millions d’euros à l’encontre de Google pour, là encore, non-respect de quatre des sept engagements pris en juin 2022 :

  • « conduire des négociations de bonne foi, sur la base de critères transparents, objectifs et non discriminatoires dans un délai de trois mois (engagements n°1 et 4).
  • transmettre aux éditeurs ou agences de presse les informations nécessaires à l’évaluation transparente de leur rémunération au titre des droits voisins (engagement n°2).
  • prendre les mesures nécessaires pour que les négociations n’affectent pas les autres relations économiques existant entre Google et les éditeurs ou agences de presse (engagement n°6) ».

L’ADLC relevait également, au sujet des droits voisins en matière de développement des outils d’intelligence artificielle, que « Google a utilisé du contenu issu de domaines d’éditeurs de presse et d’agences de presse […] sans que ni les éditeurs et agences de presse, ni l’Autorité n’aient été informés de ces utilisations ».

Dans un communiqué, Google se présenterait presque en cavalier blanc, évoquant sa volonté de « régler un différend qui dure depuis trop longtemps », et soulignant qu’ « il est désormais temps de clarifier qui nous devons rémunérer, et comment, afin de mettre en place un cadre de négociation pérenne » :

« Nous avons transigé car il est temps de tourner la page et, ainsi que le prouvent nos nombreux accords avec les éditeurs, nous souhaitons nous concentrer sur des approches pérennes afin de connecter les internautes avec des contenus de qualité et travailler de manière constructive avec les éditeurs français ».

Dans son communiqué, l’APIG relève de son côté que, non content de ne pas respecter ses engagements, Google pourrait en outre encore accentuer un peu plus cette chute du trafic vers les sites d’actualités. Sur les marchés européens où les AI Overviews sont déjà actifs, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) évalue en effet entre 33 % et 38 % la perte de trafic attribuable aux résumés générés par intelligence artificielle.

La consultation des principaux sites d’information a chuté de près de 25 % en un an

12 octobre 2026 à 10:31
« Don't feed the press » is the new « Don't be evil »
La consultation des principaux sites d’information a chuté de près de 25 % en un an

Alors que la vague exceptionnelle de « pics de chaleur » et d’incendies de forêts aurait a priori dû amener de nombreux internautes à s’informer, les 40 plus importants sites d’information français ont vu chuter leur trafic de près de 20 % en août, et de 10 à plus de 50 % en un an. Le lancement par Google de ses « aperçus » de réponses générées par IA, et son algorithme de recommandation de contenus Discover, sont pointés du doigt. L’Alliance de la presse d’information générale a saisi l’Autorité de la concurrence, au motif que Google ne respecte toujours pas ses engagements pris envers la presse en 2022, ce qui lui a déjà valu 750M€ de sanctions.

Alors que la fréquentation des sites et applications de l’ensemble des marques numériques recule de 4 %, relève Le Monde, celle des marques d’actualités chute, elle, de près 23 % en un an. Le chiffre émane du dernier classement des marques numériques de l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM), le tiers certificateur des sites et applis d’information en France.

The Media Leader l’a en effet comparé avec celui de septembre 2025 sur un panel de 40 médias, dont le trafic totalise 1,70 milliard de visites, contre 2,14 milliards un an plus tôt, soit un recul de 20,8 %. Si leurs applications ne reculent que de 9,4 %, leurs sites web le sont de près de 23 %, avec de grandes disparités.

Ici (ex France Bleu, le réseau local de Radio France) voit ainsi son trafic chuter de - 55,8 % (du fait du changement de nom de domaine de francebleu.fr à ici.fr, plaide sa direction), mais son application progresse de 21,8 %. Les consultations de franceinfo.fr baissent quant à elles de 32,9 %, ses applis de 9,9 %. LeParisien.fr recule de 43,5%, et ses applis 19,3 %.

Deux autres sites perdent plus de la moitié de leur trafic : LePoint.fr (- 57,5 %) et Marianne.fr (- 51,7 %), L’Express et La Provence se contentant de n’en perdre respectivement que - 43,8 % et - 42,9 %.

En tête des marques d’information, Ouest-France totalise 191,9 millions de visites (- 9,6 %), et monte à la 3e place du classement général, « grâce à l’agrégation services hors infos (annonce, shopping, TV, podcasts…) », souligne The Media Leader. Le fait que les articles générés par IA de plusieurs de ses verticales thématiques soient boostés par l’algorithme Discover de Google y contribue aussi probablement. Suivent Le Figaro, avec 167,2 millions (- 21,8 %), et Le Monde, avec 151,9 millions (- 19,6 %).

« Le bain de sang du trafic des sites d’information »

Sur X.com, le spécialiste des médias en ligne Emmanuel Parody évoque un « bain de sang du trafic des sites d’information », la quasi-totalité des chiffres accusant une baisse de plus de 10 %. Alors que plusieurs pointent du doigt le lancement en France des « aperçus » de réponses générées par IA (AI Overviews) par Google le 22 juillet dernier, dont on sait qu’ils ont affecté le trafic des sites de médias dans de nombreux pays, d’autres tempèrent, avançant d’autres explications. D’autant que les aperçus IA concernent surtout les recherches « froides », et moins l’actualité « chaude », et qu’une mise à jour anti-spam déployée par Google au même moment pourrait brouiller l’analyse.

La quasi-totalité des médias ont perdu de 10 à plus de 50 % de trafic en un an – ACPM, The Media Leader, X

Clément Pessaux, un professionnel du SEO qui a développé un dashboard de Discover, Gnewsalyzer.com, répond ainsi à Parody que « Les chiffres bruts sont violents, mais on ne peut pas attribuer cela qu’aux IAO et le search de Google qui ne représentent (en moyenne que 15 - 20 % max) du [trafic] total, le plus gros passant par Discover ». L’algorithme de recommandation de contenus de Google, qui représentait en effet, à lui seul, plus de 70% du trafic en provenance de Google en juin 2025 (.pdf), étant devenu la principale source de trafic pour la presse française.

Interrogé à ce sujet, 1492.vision, un autre dashboard dédié à Discover, plus complet, leur répond que « sur les 1 000 articles les plus exposés chaque mois, l’exposition cumulée de septembre est 32 % sous janvier-février en France, et - 40 % en IT/EN/ES ».

Exposition cumulée sur le mois des 1 000 articles les plus exposés sur Discover (médiane) – 1492.vision

Dans un billet dédié, 1492.vision précise que leur durée d’exposition recule en outre davantage : un article reste en moyenne 1,9 jour dans le flux français, contre 2,3 à 2,8 jours au premier semestre. En septembre, la baisse va de 32 % en France à 42 % en Espagne, ce qui indique un changement systémique :

« Un cycle d’actualité propre à un pays ne ferait pas bouger quatre marchés en même temps, dans le même sens. Le changement vient donc du fonctionnement de Discover. »

De plus, en France, la presse nationale perd un quart de sa part de voix, quand la presse régionale la triple. « Une hypothèse circule : les titres nationaux qui publient en grand volume seraient les plus touchés », résume 1492.vision : « Nos données confirment la première moitié, la presse nationale perd », alors qu’ « aucun des 35 titres régionaux suivis ne recule par rapport au début d’année ».

Une chute de 17% du trafic, en pleine vagues de canicules et d’incendies

Les sites thématiques sont eux aussi affectés. En février, un conseil de jardin restait ainsi deux fois plus longtemps dans le flux qu’un article de sport. En septembre, l’écart n’est plus que d’un jour. « Témoignages, retraite, jardin : sur le marché, leur durée d’exposition baisse de 22 à 40 % », constate 1492.vision.

Il souligne en conclusion que, « à l’échelle du marché », la « cassure » de cette chute de recommandations de l’algorithme Discover de Google « commence en juillet », sans qu’il puisse cela dit faire de lien avec le lancement en France de ses « aperçus IA » ce même mois. D’autant qu’elle affecte également l’Espagne, la Grande-Bretagne et l’Italie, où ils étaient déjà en production.

En avril, 1492.vision relevait par ailleurs un « virage net vers le contenu social » avec une « explosion » du nombre de contenus recommandés par Discover et renvoyant vers YouTube, X et les réseaux sociaux, diminuant d’autant la mise en avant d’articles de presse.

The Media Leader évoque une autre explication, plus prosaïque. Septembre 2025 avait en effet été un « mois exceptionnel pour l’information en ligne », du fait d’un contexte politique et médiatique intense : le vote de confiance, la démission de François Bayrou et la nomination de Sébastien Lecornu, le nouveau Premier ministre. L’ACPM avait alors vu les sites et applis d’information battre leur record annuel avec plus de 104 millions de visites.

La comparaison des mois d’août 2025 et 2026 montre cela dit un net recul, relève The Media Leader : sur le même panel, les visites baissent de 16,5% sur un an selon l’ACPM, dont 18,8% pour les sites, alors que les applications comparables ne perdent que 2,5 %. Et l’ACPM avait déjà enregistré une chute de trafic de - 17 % en août, comparé à juillet.

Or, la série exceptionnelle de vagues de chaleur et de canicules, ainsi que l’ampleur des incendies cet été, auraient a priori dû entraîner une augmentation du trafic des sites d’information, d’autant qu’avec des températures flirtant avec les 40 °C, la majeure partie de la population restait cantonnée à la maison.

Le contexte estival, conduisant les internautes à moins s’informer, et la « fatigue informationnelle » dont semblent souffrir de plus en plus de citoyens, pourraient expliquer une partie de cette chute de trafic. Mais pas une telle chute de plus ou moins 20 % en un an.

Google ne respecte pas ses engagements, malgré 4 décisions de l’Autorité de la concurrence

Début août, l’Alliance de la presse d’information générale (APIG) a saisi l’Autorité de la concurrence (ADLC), suite au lancement en France d’AI Overviews et d’AI Mode, afin qu’elle respecte ses engagements pris en 2022, et rémunère les contenus utilisés par ses aperçus IA au titre du droit voisin de la presse.

En avril 2020, l’ADLC avait en effet sanctionné Google pour pratiques déloyales et lui imposait de négocier de bonne foi avec les éditeurs. En juin 2022, elle lui infligeait une amende de 500 millions d’euros pour non-respect de ces obligations. Le mois suivant, Google prenait des engagements de négociation de bonne foi, de transparence et de non-discrimination, rendus obligatoires par l’Autorité et valables jusqu’en 2027.

En 2024, l’ADLC, rappelant que c’est « la 4ᵉ décision rendue par l’Autorité de la concurrence sur ce dossier en quatre ans », prononçait une nouvelle sanction de 250 millions d’euros à l’encontre de Google pour, là encore, non-respect de quatre des sept engagements pris en juin 2022 :

  • « conduire des négociations de bonne foi, sur la base de critères transparents, objectifs et non discriminatoires dans un délai de trois mois (engagements n°1 et 4).
  • transmettre aux éditeurs ou agences de presse les informations nécessaires à l’évaluation transparente de leur rémunération au titre des droits voisins (engagement n°2).
  • prendre les mesures nécessaires pour que les négociations n’affectent pas les autres relations économiques existant entre Google et les éditeurs ou agences de presse (engagement n°6) ».

L’ADLC relevait également, au sujet des droits voisins en matière de développement des outils d’intelligence artificielle, que « Google a utilisé du contenu issu de domaines d’éditeurs de presse et d’agences de presse […] sans que ni les éditeurs et agences de presse, ni l’Autorité n’aient été informés de ces utilisations ».

Dans un communiqué, Google se présenterait presque en cavalier blanc, évoquant sa volonté de « régler un différend qui dure depuis trop longtemps », et soulignant qu’ « il est désormais temps de clarifier qui nous devons rémunérer, et comment, afin de mettre en place un cadre de négociation pérenne » :

« Nous avons transigé car il est temps de tourner la page et, ainsi que le prouvent nos nombreux accords avec les éditeurs, nous souhaitons nous concentrer sur des approches pérennes afin de connecter les internautes avec des contenus de qualité et travailler de manière constructive avec les éditeurs français ».

Dans son communiqué, l’APIG relève de son côté que, non content de ne pas respecter ses engagements, Google pourrait en outre encore accentuer un peu plus cette chute du trafic vers les sites d’actualités. Sur les marchés européens où les AI Overviews sont déjà actifs, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) évalue en effet entre 33 % et 38 % la perte de trafic attribuable aux résumés générés par intelligence artificielle.

3 datacenters de Yandex attaqués par des drones ukrainiens : le géant russe accuse le coup

12 octobre 2026 à 09:38
Le numérique a bel et bien besoin d'une infrastructure physique
3 datacenters de Yandex attaqués par des drones ukrainiens : le géant russe accuse le coup

Depuis jeudi 8 octobre, Yandex a subi trois attaques de drones ukrainiens contre des datacenters situés sur le territoire russe. L’entreprise, souvent présentée comme le « Google russe », a annoncé que ses services de moteur de recherche, de cartographie mais aussi de paiement en ligne étaient en panne. Plus insidieusement, la question se pose d’un impact sur le réseau d’influence numérique de la Russie.

Dans la guerre de défense de leur territoire contre la Russie, les Ukrainiens ont trouvé une nouvelle cible pour toucher leur ennemi : les datacenters de Yandex. Jeudi 8 octobre, vendredi 9 octobre et dimanche 11 octobre, des drones ukrainiens ont attaqué des datacenters du géant du numérique russe et ont réussi à faire des dégâts, forçant Yandex à annoncer la suspension de l’activité de plusieurs de ses services phares.

Une bonne partie des services de Yandex sont hors service

Selon Reuters, l’entreprise a affirmé que personne n’avait été blessé lors de la dernière attaque sur le data center situé à Vladimir, une ville située à 180 km à l’est de Moscou. Mais cette infrastructure hébergeait notamment certains services de Yandex Pay, l’outil de paiement en ligne de l’entreprise russe lancé en 2021. Dans un message sur Telegram, l’entreprise affirmait à ses utilisateurs dimanche soir que les données concernant leur argent étaient en sécurité, le datacenter touché ne gérant « que » le fonctionnement des services.

Quelques heures avant, Yandex annonçait tout juste que certains de ses services revenaient progressivement à la normale. En effet, d’autres datacenters de l’entreprise russe avaient déjà été touchés par des attaques de drones les jeudi 8 et vendredi 9 octobre dernier. Ceux-ci hébergeaient notamment l’IA de Yandex nommée « Alice », son moteur de recherche, l’outil de cartographie de l’entreprise ainsi que celui d’appels de taxi. Elle s’était d’ailleurs excusée du fait que son service client était aussi touché.

Yandex avait expliqué que son centre de données situé à Sasovo avait été touché dans la nuit du mercredi 7 au jeudi 8 octobre. Puis, le 9 octobre, c’est celui situé à Kalouga qui a été ciblé. L’entreprise affirmait, là aussi, qu’aucun personnel n’avait été blessé.

En attaquant les services de Yandex, les drones ukrainiens ont déstabilisé de façon importante l’infrastructure numérique russe. Même si l’entreprise n’est pas un monopole dans le pays, elle n’a pas à rougir en interne de la comparaison avec Google. Sur le service d’indication des pannes de Yandex, on peut constater qu’un bon nombre de services de Yandex Cloud ne sont plus disponibles depuis le 8 octobre. C’est le cas, par exemple, de ses outils de gestion pour Kubernetes, MySQL, PostgreSQL, ClickHouse, l’API de YandexGPT, son service SpeechKit ou encore de son outil de reconnaissance de caractères « vision OCR ».

Le trafic des crawlers russes non affecté

Rapidement, certains internautes se sont posé la question de la répercussion de ces défaillances chez Yandex sur les outils automatisés russes, que ce soit les bots de propagande sur les réseaux sociaux ou les bots de crawlers. Il est difficile, pour l’instant, de connaître exactement les conséquences sur le dispositif de propagande.

Concernant le trafic des bots en général (crawlers, scan d’adresses IP, etc.), Cloudflare a constaté pendant la nuit du 7 au 8 octobre une baisse de 33 % du trafic des bots provenant de Yandex. Sur le radar de Cloudflare, on peut voir que cette activité s’est complètement arrêtée dimanche 11 octobre pour reprendre de manière très dégradée depuis.

Cependant, selon le même outil de CloudFlare, cela n’aurait pas affecté le trafic total des bots russes :

On peut donc imaginer que les différentes organisations utilisant les services de Yandex pour leurs crawlers ont tout simplement migré vers un autre fournisseur.

3 datacenters de Yandex attaqués par des drones ukrainiens : le géant russe accuse le coup

12 octobre 2026 à 09:38
Le numérique a bel et bien besoin d'une infrastructure physique
3 datacenters de Yandex attaqués par des drones ukrainiens : le géant russe accuse le coup

Depuis jeudi 8 octobre, Yandex a subi trois attaques de drones ukrainiens contre des datacenters situés sur le territoire russe. L’entreprise, souvent présentée comme le « Google russe », a annoncé que ses services de moteur de recherche, de cartographie mais aussi de paiement en ligne étaient en panne. Plus insidieusement, la question se pose d’un impact sur le réseau d’influence numérique de la Russie.

Dans la guerre de défense de leur territoire contre la Russie, les Ukrainiens ont trouvé une nouvelle cible pour toucher leur ennemi : les datacenters de Yandex. Jeudi 8 octobre, vendredi 9 octobre et dimanche 11 octobre, des drones ukrainiens ont attaqué des datacenters du géant du numérique russe et ont réussi à faire des dégâts, forçant Yandex à annoncer la suspension de l’activité de plusieurs de ses services phares.

Une bonne partie des services de Yandex sont hors service

Selon Reuters, l’entreprise a affirmé que personne n’avait été blessé lors de la dernière attaque sur le data center situé à Vladimir, une ville située à 180 km à l’est de Moscou. Mais cette infrastructure hébergeait notamment certains services de Yandex Pay, l’outil de paiement en ligne de l’entreprise russe lancé en 2021. Dans un message sur Telegram, l’entreprise affirmait à ses utilisateurs dimanche soir que les données concernant leur argent étaient en sécurité, le datacenter touché ne gérant « que » le fonctionnement des services.

Quelques heures avant, Yandex annonçait tout juste que certains de ses services revenaient progressivement à la normale. En effet, d’autres datacenters de l’entreprise russe avaient déjà été touchés par des attaques de drones les jeudi 8 et vendredi 9 octobre dernier. Ceux-ci hébergeaient notamment l’IA de Yandex nommée « Alice », son moteur de recherche, l’outil de cartographie de l’entreprise ainsi que celui d’appels de taxi. Elle s’était d’ailleurs excusée du fait que son service client était aussi touché.

Yandex avait expliqué que son centre de données situé à Sasovo avait été touché dans la nuit du mercredi 7 au jeudi 8 octobre. Puis, le 9 octobre, c’est celui situé à Kalouga qui a été ciblé. L’entreprise affirmait, là aussi, qu’aucun personnel n’avait été blessé.

En attaquant les services de Yandex, les drones ukrainiens ont déstabilisé de façon importante l’infrastructure numérique russe. Même si l’entreprise n’est pas un monopole dans le pays, elle n’a pas à rougir en interne de la comparaison avec Google. Sur le service d’indication des pannes de Yandex, on peut constater qu’un bon nombre de services de Yandex Cloud ne sont plus disponibles depuis le 8 octobre. C’est le cas, par exemple, de ses outils de gestion pour Kubernetes, MySQL, PostgreSQL, ClickHouse, l’API de YandexGPT, son service SpeechKit ou encore de son outil de reconnaissance de caractères « vision OCR ».

Le trafic des crawlers russes non affecté

Rapidement, certains internautes se sont posé la question de la répercussion de ces défaillances chez Yandex sur les outils automatisés russes, que ce soit les bots de propagande sur les réseaux sociaux ou les bots de crawlers. Il est difficile, pour l’instant, de connaître exactement les conséquences sur le dispositif de propagande.

Concernant le trafic des bots en général (crawlers, scan d’adresses IP, etc.), Cloudflare a constaté pendant la nuit du 7 au 8 octobre une baisse de 33 % du trafic des bots provenant de Yandex. Sur le radar de Cloudflare, on peut voir que cette activité s’est complètement arrêtée dimanche 11 octobre pour reprendre de manière très dégradée depuis.

Cependant, selon le même outil de CloudFlare, cela n’aurait pas affecté le trafic total des bots russes :

On peut donc imaginer que les différentes organisations utilisant les services de Yandex pour leurs crawlers ont tout simplement migré vers un autre fournisseur.

Tesla lâche le FSD en Europe, qui devient « Tesla Conduite Assistée »

12 octobre 2026 à 06:13

Tesla lâche le FSD en Europe, qui devient « Tesla Conduite Assistée »

Ne l’appelez plus FSD ! En Europe, Tesla parle désormais de « conduite assistée » pour son système d’aide à la conduite. Une concession arrachée par l’Allemagne, et un petit prix à payer pour obtenir le feu vert européen pour cette technologie.

Le FSD (Supervised) est devenu « Tesla Conduite Assistée » en Europe. Le ministre allemand des Transports, Steffen Bilger, a arraché ce changement auprès du constructeur automobile : « le nom actuel « FSD » est quelque peu trompeur », explique le ministère, car « il ne s’agit pas d’un système qui prend entièrement en charge la conduite », soulève-t-il.

Une simple aide à la conduite

Le FSD porte mal son nom (« Full Self-Driving ») : il laisse entendre qu’une fois activé, il prend en charge l’ensemble de la conduite. Dans les faits, il faut évidemment que le conducteur soit alerte et toujours prêt à reprendre la main. Sur une page de son site web mise en ligne la semaine dernière, l’entreprise présente sa conduite assistée. Elle précise aussi, en bas et en tout petit certes, que ces fonctions « exigent une surveillance active de la part du conducteur et ne rendent pas le véhicule autonome ».

Tesla y fait également un distinguo explicite : « La conduite entièrement autonome non supervisée n’est actuellement pas disponible et diffère de Tesla Conduite Assistée Basique, dont vous pouvez déjà bénéficier ».

Le ministère allemand des Transports ne dit pas autre chose : « Puisqu’il s’agit d’un système d’aide à la conduite, la responsabilité de la conduite du véhicule reste en principe entre les mains de la personne au volant. Elle demeure entièrement responsable de la conduite sûre du véhicule. » On est très loin de la conduite véritablement autonome qu’Elon Musk promet pour l’année prochaine depuis dix ans.

Malgré tout, les autorités ont elles aussi accepté de mettre de l’eau dans leur vin : elles ont ainsi convenu que cette aide à la conduite pouvait « légèrement » dépasser la limitation de vitesse autorisée, « dans la limite de 10 % au maximum. » Il s’agissait d’une des demandes de dérogation de Tesla, qui souhaitait avoir la possibilité de dépasser temporairement la vitesse maximale en fonction des conditions de trafic.

Steffen Bilger plaide désormais pour une approbation rapide du FSD de la Conduite Assistée de Tesla au niveau européen. Le vote pourrait avoir lieu d’ici la fin de l’année, selon Reuters. L’Allemagne sera rejointe par la France : après avoir dit non au FSD cet été, Philippe Tabarot, le ministre des Transports, s’est finalement laissé convaincre début septembre, après en avoir discuté avec Elon Musk.

En attente du feu vert européen

Pour remporter le morceau, Tesla devra obtenir le soutien des régulateurs de 55 % des États membres, représentant 65 % de la population de l’UE. Le premier régulateur a avoir donné son feu vert est le RDW néerlandais, en avril dernier. Sept autres pays ont suivi : la Lituanie, l’Estonie, le Danemark, la Belgique, la Slovénie, la République tchèque et la Croatie. Dans ce domaine, l’approbation des Pays-Bas créé un effet d’entraînement sur les autres pays, même si la validation n’est pas automatique. Chaque régulateur national conserve en effet la possibilité d’examiner le dossier et de poser ses propres réserves.

Une longue enquête de Reuters interroge la volonté réelle du RDW d’examiner sérieusement les systèmes d’aide à la conduite de Tesla. La correspondance obtenue par l’agence de presse entre le régulateur et Tesla, lourdement caviardée, montre ainsi que le constructeur a demandé, et obtenu, une réduction de la précision et de l’intensité de certains contrôles. L’entreprise a également contesté les coûts de certaines opérations, et voulu connaitre et même valider des tests. Le régulateur a parfois répondu en des termes très compréhensifs.

Reuters rapporte ainsi qu’en avril 2025, Tesla a contesté une facture de 365 000 euros liée à des permis d’essai, des travaux techniques et autres prestations du RDW. Le constructeur jugeait ces coûts « extrêmement élevés » et exigeait un décompte très détaillé. Une semaine plus tard, un agent a proposé à Tesla de suggérer des moyens d’ajuster ou de réduire les efforts demandés au groupe.

À cela s’ajoutent les campagnes de harcèlement organisées par Elon Musk et sa meute de suiveurs contre les régulateurs. Ils sont accusés de « ne pas sauver des vies » en rechignant à valider la conduite assistée de Tesla. En novembre dernier, le milliardaire s’était moqué des régulateurs européens durant l’assemblée annuelle des actionnaires de l’entreprise. Il décrivait des « conversations folles [dignes] d’un roman de Franz Kafka ». Il a ajouté : « Des vies humaines sont en jeu ici (…) Donc, clairement, une pression de nos clients en Europe pour pousser les régulateurs à approuver serait appréciée. »

Des promesses de sécurité contestées par les experts

Le cœur du problème réside dans l’affirmation selon laquelle le FSD « sauve des vies ». Un argument répété à l’envi par Elon Musk, par exemple cet été après le « non » de Philippe Tabarot : « Retarder l’approbation du FSD en France coûtera des vies », affirmait-il. Tesla a mis en ligne un rapport mettant en évidence les bienfaits supposés du FSD sur la sécurité routière.

Les sept chercheurs en sécurité routière interrogés par Reuters estiment que les études fournies par Tesla ne permettent pas de prouver une baisse des accidents mortels avec le FSD. L’étude européenne du groupe ne mesure pas vraiment les accidents : elle utilise des indicateurs indirects, comme les coups de klaxon, les freinages brusques, les accélérations ou l’usage de clignotants. Certains de ces signaux peuvent avoir leur utilité, mais ils ne démontrent pas qu’un tel système réduit les accidents mortels.

Cette étude compare des trajets FSD réalisés par des automobilistes lambda avec ceux faits par des conducteurs professionnels de Tesla. Ces derniers connaissent bien mieux le système, ils savent quand et comment intervenir, ils ne représentent donc pas l’usage réel du grand public. Par ailleurs, la comparaison des taux d’accidents entre les trajets accomplis avec et sans le FSD est faussée : le nombre de kilomètres parcourus en FSD est trop faible par rapport aux centaines de millions de kilomètres parcourus manuellement par les véhicules Tesla en Europe.

Tesla reconnaît elle-même dans les détails de son étude que ses comparaisons ne doivent pas être interprétées comme des « estimations causales » : même si le FSD obtient de meilleurs résultats sur certains indicateurs, cela ne permet pas de conclure que le système cause une baisse des accidents ou sauve des vies. Pour Marco Benedetti, chercheur à l’Université du Michigan, parler de « vies sauvées » relève du non sens. Daniel McGehee, de l’Université de l’Iowa, reconnait à l’étude européenne qu’elle met en lumière « des éléments potentiellement utiles sur les performances du système », mais sans démontrer que le FSD sauve effectivement des vies.

Tesla lâche le FSD en Europe, qui devient « Tesla Conduite Assistée »

12 octobre 2026 à 06:13

Tesla lâche le FSD en Europe, qui devient « Tesla Conduite Assistée »

Ne l’appelez plus FSD ! En Europe, Tesla parle désormais de « conduite assistée » pour son système d’aide à la conduite. Une concession arrachée par l’Allemagne, et un petit prix à payer pour obtenir le feu vert européen pour cette technologie.

Le FSD (Supervised) est devenu « Tesla Conduite Assistée » en Europe. Le ministre allemand des Transports, Steffen Bilger, a arraché ce changement auprès du constructeur automobile : « le nom actuel « FSD » est quelque peu trompeur », explique le ministère, car « il ne s’agit pas d’un système qui prend entièrement en charge la conduite », soulève-t-il.

Une simple aide à la conduite

Le FSD porte mal son nom (« Full Self-Driving ») : il laisse entendre qu’une fois activé, il prend en charge l’ensemble de la conduite. Dans les faits, il faut évidemment que le conducteur soit alerte et toujours prêt à reprendre la main. Sur une page de son site web mise en ligne la semaine dernière, l’entreprise présente sa conduite assistée. Elle précise aussi, en bas et en tout petit certes, que ces fonctions « exigent une surveillance active de la part du conducteur et ne rendent pas le véhicule autonome ».

Tesla y fait également un distinguo explicite : « La conduite entièrement autonome non supervisée n’est actuellement pas disponible et diffère de Tesla Conduite Assistée Basique, dont vous pouvez déjà bénéficier ».

Le ministère allemand des Transports ne dit pas autre chose : « Puisqu’il s’agit d’un système d’aide à la conduite, la responsabilité de la conduite du véhicule reste en principe entre les mains de la personne au volant. Elle demeure entièrement responsable de la conduite sûre du véhicule. » On est très loin de la conduite véritablement autonome qu’Elon Musk promet pour l’année prochaine depuis dix ans.

Malgré tout, les autorités ont elles aussi accepté de mettre de l’eau dans leur vin : elles ont ainsi convenu que cette aide à la conduite pouvait « légèrement » dépasser la limitation de vitesse autorisée, « dans la limite de 10 % au maximum. » Il s’agissait d’une des demandes de dérogation de Tesla, qui souhaitait avoir la possibilité de dépasser temporairement la vitesse maximale en fonction des conditions de trafic.

Steffen Bilger plaide désormais pour une approbation rapide du FSD de la Conduite Assistée de Tesla au niveau européen. Le vote pourrait avoir lieu d’ici la fin de l’année, selon Reuters. L’Allemagne sera rejointe par la France : après avoir dit non au FSD cet été, Philippe Tabarot, le ministre des Transports, s’est finalement laissé convaincre début septembre, après en avoir discuté avec Elon Musk.

En attente du feu vert européen

Pour remporter le morceau, Tesla devra obtenir le soutien des régulateurs de 55 % des États membres, représentant 65 % de la population de l’UE. Le premier régulateur a avoir donné son feu vert est le RDW néerlandais, en avril dernier. Sept autres pays ont suivi : la Lituanie, l’Estonie, le Danemark, la Belgique, la Slovénie, la République tchèque et la Croatie. Dans ce domaine, l’approbation des Pays-Bas créé un effet d’entraînement sur les autres pays, même si la validation n’est pas automatique. Chaque régulateur national conserve en effet la possibilité d’examiner le dossier et de poser ses propres réserves.

Une longue enquête de Reuters interroge la volonté réelle du RDW d’examiner sérieusement les systèmes d’aide à la conduite de Tesla. La correspondance obtenue par l’agence de presse entre le régulateur et Tesla, lourdement caviardée, montre ainsi que le constructeur a demandé, et obtenu, une réduction de la précision et de l’intensité de certains contrôles. L’entreprise a également contesté les coûts de certaines opérations, et voulu connaitre et même valider des tests. Le régulateur a parfois répondu en des termes très compréhensifs.

Reuters rapporte ainsi qu’en avril 2025, Tesla a contesté une facture de 365 000 euros liée à des permis d’essai, des travaux techniques et autres prestations du RDW. Le constructeur jugeait ces coûts « extrêmement élevés » et exigeait un décompte très détaillé. Une semaine plus tard, un agent a proposé à Tesla de suggérer des moyens d’ajuster ou de réduire les efforts demandés au groupe.

À cela s’ajoutent les campagnes de harcèlement organisées par Elon Musk et sa meute de suiveurs contre les régulateurs. Ils sont accusés de « ne pas sauver des vies » en rechignant à valider la conduite assistée de Tesla. En novembre dernier, le milliardaire s’était moqué des régulateurs européens durant l’assemblée annuelle des actionnaires de l’entreprise. Il décrivait des « conversations folles [dignes] d’un roman de Franz Kafka ». Il a ajouté : « Des vies humaines sont en jeu ici (…) Donc, clairement, une pression de nos clients en Europe pour pousser les régulateurs à approuver serait appréciée. »

Des promesses de sécurité contestées par les experts

Le cœur du problème réside dans l’affirmation selon laquelle le FSD « sauve des vies ». Un argument répété à l’envi par Elon Musk, par exemple cet été après le « non » de Philippe Tabarot : « Retarder l’approbation du FSD en France coûtera des vies », affirmait-il. Tesla a mis en ligne un rapport mettant en évidence les bienfaits supposés du FSD sur la sécurité routière.

Les sept chercheurs en sécurité routière interrogés par Reuters estiment que les études fournies par Tesla ne permettent pas de prouver une baisse des accidents mortels avec le FSD. L’étude européenne du groupe ne mesure pas vraiment les accidents : elle utilise des indicateurs indirects, comme les coups de klaxon, les freinages brusques, les accélérations ou l’usage de clignotants. Certains de ces signaux peuvent avoir leur utilité, mais ils ne démontrent pas qu’un tel système réduit les accidents mortels.

Cette étude compare des trajets FSD réalisés par des automobilistes lambda avec ceux faits par des conducteurs professionnels de Tesla. Ces derniers connaissent bien mieux le système, ils savent quand et comment intervenir, ils ne représentent donc pas l’usage réel du grand public. Par ailleurs, la comparaison des taux d’accidents entre les trajets accomplis avec et sans le FSD est faussée : le nombre de kilomètres parcourus en FSD est trop faible par rapport aux centaines de millions de kilomètres parcourus manuellement par les véhicules Tesla en Europe.

Tesla reconnaît elle-même dans les détails de son étude que ses comparaisons ne doivent pas être interprétées comme des « estimations causales » : même si le FSD obtient de meilleurs résultats sur certains indicateurs, cela ne permet pas de conclure que le système cause une baisse des accidents ou sauve des vies. Pour Marco Benedetti, chercheur à l’Université du Michigan, parler de « vies sauvées » relève du non sens. Daniel McGehee, de l’Université de l’Iowa, reconnait à l’étude européenne qu’elle met en lumière « des éléments potentiellement utiles sur les performances du système », mais sans démontrer que le FSD sauve effectivement des vies.

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