Vue lecture

Non, la baisse de la démographie n’est pas liée aux pesticides

L’humanité fait de moins en moins d’enfants, et la France n’est pas en reste. Conception plus tardive ? Difficultés immobilières ? Pour certains, la réponse est plus simple : les pesticides dégradent notre fécondité. Vraiment ?

La semaine dernière, Anne-Cécile Mailfert faisait la tournée des médias pour promouvoir son livre La Panique démographique, une réponse féministe. Dans Libération le 15 avril, puis sur France Inter, la présidente de la Fondation des femmes répète la même thèse : si les Français font moins d’enfants, c’est aussi parce qu’on les empoisonnerait. Elle dénonce le « paradoxe » d’un État qui autorise les néonicotinoïdes tout en prétendant lutter contre l’infertilité. Elle affirme qu’il y a « effectivement une baisse de la qualité du sperme depuis plusieurs dizaines d’années ». Et elle conclut : pour permettre aux Français de réaliser leurs désirs d’enfants, « il va falloir s’attaquer aux polluants dans notre environnement ». Ce narratif circule depuis des années et il est aussi empiriquement et catégoriquement faux, sur chacun de ses points.

Médicalement, « l’infertilité » se définit comme l’absence de grossesse après 12 mois d’essais. Ça inclut beaucoup de couples qui finiront par concevoir, naturellement ou avec une aide médicale légère. Rien à voir avec la stérilité, qui, elle, désigne une incapacité à concevoir. Dans le débat public, on glisse constamment entre les deux. Le discours sur les pesticides profite de cette confusion : il laisse entendre que des millions de Français sont devenus biologiquement incapables de concevoir, ce que les données démentent formellement.

L’histoire de ce mythe remonte à 1992. Un papier de Carlsen annonce une chute de 50 % des concentrations spermatiques depuis 1940. Panique mondiale. En 2017, puis dans une mise à jour en 2023, Shanna Swan et son équipe reprennent le flambeau : 51,6 % de baisse entre 1973 et 2018, avec une « accélération depuis 2000 ». Le problème, c’est que quand on fait les choses proprement, le déclin s’évapore.

Au Danemark, un programme de recherche a suivi 6 386 hommes entre 1996 et 2016, avec le même protocole, le même laboratoire, sans sélection sur la fertilité. Verdict : aucune évolution sur 20 ans. Le sperme des Danois de 2016 valait celui de 1996.

Aux États-Unis, une méta-analyse publiée en 2025 a examiné 75 populations, 11 787 hommes, de 1970 à 2018 : la concentration spermatique est stable. Le nombre total de spermatozoïdes a même augmenté de 2,9 millions par an. La revue la plus prestigieuse en urologie a fait le bilan : les données disponibles « ne permettent pas de conclure que la qualité du sperme se détériore globalement, ni en Occident ».

Les pesticides ne causent pas la crise démographique

Existe-t-il des études qui trouvent des effets des pesticides sur la reproduction ? Oui, quelques-unes. Une méta-analyse de 2023 trouve par exemple un effet modeste des organophosphates sur la concentration spermatique. Ces études ont plusieurs problèmes que leurs propres auteurs reconnaissent.

Tout d’abord, elles portent sur des travailleurs agricoles, des applicateurs professionnels, des ouvriers chimiques. Pas sur le grand public qui consomme des résidus alimentaires à des doses infimes. L’extrapolation du professionnel à la population générale est scientifiquement injustifiée.

Ensuite, presque toutes ces études comparent des hommes exposés à des hommes non exposés à un moment donné, sans les suivre dans le temps. Mais ce type d’étude ne dit pas grand-chose : on ne sait pas si le polluant a causé le problème ou si les hommes au sperme dégradé ont simplement un mode de vie qui les expose davantage. Les études qui suivent les mêmes personnes pendant des années, bien plus rigoureuses, ne trouvent quasiment rien. Sur les pesticides organochlorés, les premières indiquent un risque 47 % plus élevé de dégradation du sperme chez les hommes exposés. Les secondes ne trouvent aucun effet. Le signal disparaît quand on fait les choses proprement.

Autre donnée gênante : la méta-analyse sur les organochlorés reconnaît elle-même un « biais de publication important ». Et le DDE, métabolite principal du DDT (le pesticide le plus emblématique), ne montre aucune association avec la dégradation du sperme.

Enfin, tout cela reste au niveau des biomarqueurs. Aucune de ces études ne mesure la fertilité effective. Et sur les néonicotinoïdes spécifiquement, la revue de référence publiée en 2025 conclut qu’il n’y a pas de preuve d’impact sur la fertilité humaine. Les études existantes sont quasi exclusivement animales, à doses élevées.

Infertilité : le mythe des vaccins contre la Covid

J’approfondis

Faut-il plus de temps pour concevoir un enfant ?

Imaginons maintenant qu’il y ait une petite dégradation quelque part. Est-ce que cela se traduit par une vraie crise de fertilité ? La question est mal posée quand on parle de spermogrammes. Ce qui compte vraiment, c’est le temps qu’il faut aux couples pour concevoir. Les couples d’aujourd’hui conçoivent-ils moins vite qu’avant ?

La méta-analyse de référence sur le sujet a examiné 28 études humaines et 19 cohortes sur les polluants environnementaux et le délai de conception. Verdict : « little or no support » pour une association. Il n’y a pas de lien.

Les données de la National Survey of Family Growth (l’enquête de référence du CDC américain sur la famille et la fertilité) montrent que le temps passé en essai de conception, contrôlé par l’âge, n’a pas bougé entre 2002 et 2023. Pour les femmes dans la quarantaine, il a même diminué. Peu importe ce qu’on trouve dans les spermogrammes. Quand on mesure la vraie fertilité, celle qui produit des bébés, elle est stable.

Pourquoi les gens font-ils moins d’enfants ?

Les gens font moins d’enfants pour une raison simple : ils essaient trop tard. En France, l’âge moyen à la première maternité est passé de 26 ans en 1977 à 31 ans aujourd’hui. Cinq ans de fenêtre de procréation perdus, c’est mécanique.

Une équipe de l’Université du Texas à Austin a reconstruit, à partir des données de 3 millions de femmes, la vraie courbe de fécondabilité par âge. Le résultat renverse ce que la médecine enseigne depuis 40 ans. Le pic se situe vers 19-20 ans. Le déclin est quasi linéaire jusqu’à 40 ans. Il n’y a pas de « falaise » à 35 ans, contrairement à ce que raconte le consensus médical basé sur un papier de 1986.

À 33 ans, une femme a environ un tiers des chances de concevoir par mois qu’à 20 ans. À 40 ans, 10 %. Et seulement 10 % des femmes savent que la fertilité décline déjà dans la vingtaine.

Un autre effet mécanique et souvent négligé : le temps comprime la fratrie finale. Un couple qui commence à 25 ans avec l’idée d’en avoir deux peut se dire, huit ans plus tard, qu’un troisième serait bienvenu. Un couple qui commence à 35 ans avec le même projet n’a plus cette fenêtre. La femme aura 43 ou 44 ans au moment où l’envie pourrait surgir. La possibilité même de réviser le projet familial à la hausse disparaît. C’est une des raisons de la disparition des familles nombreuses : les familles françaises avec trois enfants ou plus sont passées de 25 % en 1975 à 16 % aujourd’hui. Reste à comprendre pourquoi les couples essaient si tard.

Le mariage s’effondre, pour commencer. Le démographe Lyman Stone a fait le calcul : si les taux de mariage par âge étaient restés au niveau de 2007, la fécondité américaine serait aujourd’hui proche du seuil de remplacement. Aux États-Unis, 75 % de la baisse de la fécondité depuis 2007 s’explique par la seule baisse du mariage. Les couples mariés continuent en effet d’avoir des enfants comme avant. Ce sont les non-mariages qui creusent l’écart.

En France, la tendance est la même : le nombre de mariages a chuté de 20 % depuis 2000, et la part des jeunes vivant en couple a été divisée par deux depuis 1975. Pourquoi les jeunes Français ne se mettent plus en couple ? Parce qu’ils entrent de plus en plus tard sur le marché du travail, avec des emplois précaires, parce que tout a été retardé : les profils de carrière, l’aisance financière, l’obtention d’un logement.

À cela s’ajoute un phénomène en amont, documenté partout en Occident : les jeunes se rencontrent moins, sortent moins ensemble, couchent moins ensemble. Une enquête Ifop de 2024 montre que 28 % des 18-24 ans initiés sexuellement n’ont pas eu de rapport dans les 12 derniers mois, contre 5 % en 2006, soit cinq fois plus. Avant même la question du mariage, les jeunes ne forment plus de couples.

Le logement pèse aussi sur la fécondité elle-même, indépendamment des couples et du mariage. 47 % des moins de 30 ans vivent chez leurs parents, contre 30 % en 2006. Aux États-Unis, la hausse des coûts du logement explique 11 % de la baisse du nombre d’enfants depuis 1990. La garde d’enfants coûte trop cher et n’est pas toujours disponible. Aux États-Unis, une hausse de 10 % des prix de garde fait chuter la natalité de 5,7 %.

C’est une source d’espoir : les gens veulent plus d’enfants qu’ils n’en ont. Selon la dernière enquête de l’INED, les Françaises jugent idéal d’avoir 2,3 enfants en moyenne. Elles en ont 1,68. 38 % des parents déclarent avoir renoncé à un enfant qu’ils auraient voulu avoir. L’écart persiste depuis 25 ans. Le problème n’est pas biologique, il est social, économique et culturel. Les gens veulent des enfants. Ils ne peuvent pas les avoir.

Détourner le regard de l’hiver démographique

Pourquoi cette rhétorique tient-elle malgré les faits ? Parce qu’elle n’est pas là pour informer, mais pour détourner.

Pour certains, la dénatalité n’est pas un problème. Au mieux une « panique » agitée par des conservateurs, au pire un bienfait écologique. L’idée même qu’une société puisse souffrir de faire moins d’enfants les dérange. Il faut donc neutraliser le sujet. Deux stratégies : nier le problème ou le renvoyer à des causes qu’on sait irrésolvables à court terme. Les pesticides sont parfaits pour ça. On peut les invoquer indéfiniment, accuser le capitalisme productiviste, refuser toute politique familiale, et finir par conclure qu’il n’y a de solution que dans la décroissance et la remise en cause du modèle.

Le vrai paradoxe est là. Accuser les néonicotinoïdes alors qu’aucune étude ne les relie à la fertilité humaine. Proclamer un déclin du sperme alors que les grandes cohortes comparables dans le temps ne le trouvent pas. Réclamer une politique environnementale au nom de la natalité, tout en refusant les politiques qui marchent vraiment : soutenir les jeunes couples, construire du logement familial, financer la garde d’enfants, promouvoir une culture qui permet aux jeunes de se rencontrer et accueillante pour les familles.

Cette rhétorique n’est pas seulement fausse, elle est cruelle. Elle donne aux femmes qui font une fausse couche, aux couples qui enchaînent les FIV, aux parents qui renoncent à un troisième enfant faute de moyens, une explication rassurante et inutile : c’est la chimie, c’est la société industrielle, c’est la faute des autres. La vraie réponse (vous essayez trop tard, vous ne vous êtes pas mis en couple assez tôt, on ne vous a pas donné les moyens matériels d’accueillir un enfant) ouvre la voie à des solutions réelles.

Défendre une vision décroissante de la société est parfaitement légitime. Mais que le débat se tienne avec ses vrais arguments, pas en mobilisant des faits scientifiques qui n’existent pas.

L’article Non, la baisse de la démographie n’est pas liée aux pesticides est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

  •  

Wine [Wiki de sebsauvage.net]

J'ai mis à jour mon guide d'installation/configuration de Wine pour prendre en compte Wine 11, et en particulier ntsync.
Tout est indiqué pour activer ntsync dans votre système, puis pour installer la bonne version de Wine et vérifier qu'elle utilise bien ntsync.

Pour information, plus de 90% des jeux Windows fonctionnent sous Linux grâce à Wine.
(Permalink)
  •  

Ex-Microsoft engineer blames Azure problems on talent exodus • The Register

Témoignage d'un ancien ingénieur d'Azure (le cloud de Microsoft). Apparemment, Azure est vraiment un feu de poubelle, monté à la va-vite pour concurrencer Amazon AWS, sans réelle vision. Situation aggravée par le fait que les ingénieurs séniors - ceux qui maitrisaient vraiment le truc - se sont barrés, et le fait que Microsoft préfère investir dans l'IA que dans les personnes.
(Permalink)
  •  

Question pour les gamers de science-fiction spatiale !

Étienne Ledolley Poher @eledolley.bsky.social posted:
Question pour les gamers de science-fiction spatiale !
Je cherche des références de vaisseaux et stations spatiales à gravité artificielle par rotation. Je pense par exemple à Elite Dangerous, Outer Wilds, Starfield ... L'important c'est la rotation de la structure, ça vous évoque des exemples ?

  •  

Le blé qui s’autofertilise : bientôt la fin des engrais ?

Avec la guerre en Iran, le prix des engrais azotés explose et asphyxie nos agriculteurs. Et s’il était possible de s’en passer définitivement ? Cette idée, qui semble relever de la science-fiction, est en réalité à portée de main, grâce aux progrès du génie génétique.

Des milliards de vies sauvées. Sans les engrais azotés de synthèse, mis au point au début du XXe siècle grâce au procédé Haber-Bosch, l’agriculture moderne n’existerait tout simplement pas. Véritables piliers de la « Révolution verte », ils ont permis de nourrir une humanité en pleine explosion démographique en décuplant les rendements agricoles.

Car l’azote est au cœur du vivant. Présent dans la composition de l’ADN et de l’ARN, il est surtout indispensable à la fabrication des protéines, ces couteaux suisses moléculaires qui assurent la grande majorité de nos fonctions cellulaires. Les plantes le puisent normalement dans le sol, sous forme d’ions ammonium (NH₄⁺) ou nitrate (NO₃⁻). Dans les écosystèmes naturels, ce précieux élément circule en boucle : la matière organique morte est décomposée, puis recyclée en nutriments. Mais dans nos champs, cette boucle est rompue. Les récoltes emportent l’azote avec elles, créant un déficit que les agriculteurs doivent compenser.

À cette fin, la méthode la plus ancienne consiste à utiliser les effluents d’élevage, comme le fumier ou le lisier, dont la décomposition libère lentement ces précieux nutriments. Mais face aux besoins titanesques de l’agriculture moderne, les apports organiques ne suffisent pas. Aujourd’hui, en France, environ la moitié de la fertilisation provient d’engrais de synthèse. Leur fabrication consiste à capturer l’azote de l’air ambiant pour le combiner, à très haute pression et haute température, avec de l’hydrogène généralement extrait du gaz naturel.

Un procédé technique devenu incontournable pour remplir nos assiettes. Pourtant, malgré tout ce que l’on doit à ces engrais, le revers de la médaille est bien réel, avec des impacts environnementaux désormais difficiles à ignorer…

Des engrais pas toujours verts

Le problème commence dès l’usine. Particulièrement énergivore, le procédé Haber-Bosch engloutit des quantités astronomiques de gaz naturel. Résultat, son bilan carbone donne le vertige. Rien qu’en France, la fabrication de ces engrais synthétiques génère chaque année 12 millions de tonnes d’équivalent CO₂, soit 2,5 % de nos émissions nationales. C’est trois fois plus que l’ensemble de notre transport aérien domestique.

Et une fois dans les champs, l’addition s’alourdit encore bien davantage. Car l’épandage libère massivement du protoxyde d’azote (N₂O), un gaz à effet de serre au pouvoir réchauffant près de 300 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone. À elles seules, ces émanations pèsent pour 40 % de l’empreinte climatique du secteur agricole, soit près de 10 % des émissions totales du pays. Précisons au passage que les engrais organiques, comme le fumier, n’échappent pas à la règle : même si leur impact est moindre grâce à une diffusion plus lente, ils relâchent eux aussi ce redoutable gaz au gré de leur décomposition.

Comme si le climat ne suffisait pas, les milieux aquatiques paient également un lourd tribut. Lessivés par les pluies, les excédents d’azote terminent leur course dans les rivières et les littoraux. Cette fuite azotée déclenche la prolifération des algues vertes et des cyanobactéries qui, en se décomposant, pompent tout l’oxygène de l’eau… étouffant la biodiversité aquatique au passage. C’est l’eutrophisation. Sans oublier que ces nitrates — toxiques pour l’homme — s’infiltrent parfois jusqu’à nos nappes phréatiques, nous contraignant à financer de coûteuses usines de dépollution pour sécuriser l’eau de notre robinet.

Moins médiatisée que la question des pesticides, la fertilisation azotée constitue ainsi le véritable talon d’Achille de notre agriculture. Un point faible écologique, mais aussi économique et géopolitique. Puisque leur fabrication dépend viscéralement du gaz naturel (qui dicte 70 % de leur prix de vente), ces engrais enchaînent la France à des fournisseurs étrangers, et la moindre secousse internationale fait vaciller nos fermes. La guerre en Iran en est la parfaite illustration, menaçant de faire bondir les prix des engrais de 20 % et d’asphyxier un monde agricole déjà exsangue. S’affranchir de cette perfusion chimique relèverait donc du salut public, tant pour l’environnement que pour notre souveraineté.

99 % d’émissions en moins : l’exploit de l’usine d’Ambès

J’approfondis

Les superpouvoirs des légumineuses

Et si la solution existait déjà ? Car certaines plantes se moquent éperdument des engrais de synthèse. Ces plantes, ce sont les légumineuses — pois, lentilles, haricots, soja… — capables d’exploiter une ressource pourtant inaccessible à la plupart du vivant : l’azote de l’air, un gisement illimité qui compose 78 % de notre atmosphère.

Leur secret ? Une alliance souterraine fascinante. Dès le début de sa croissance, la jeune pousse émet un signal chimique pour appâter des bactéries naturellement présentes dans la terre, les Rhizobium. Une fois le contact établi, la plante les invite à l’intérieur de ses racines et leur construit des petites boursouflures charnues : les nodosités. À l’intérieur de ces minuscules usines souterraines, un pacte vital est scellé. La légumineuse offre un abri sûr et des sucres issus de sa photosynthèse. Et en retour, les bactéries transforment l’azote de l’air en nutriments directement assimilables, jouant le rôle d’un engrais naturel produit à la demande.

La clé de voûte de cette symbiose est une enzyme baptisée nitrogénase. C’est elle qui réalise l’exploit de briser la triple liaison extrêmement solide qui unit les deux atomes du diazote gazeux (N₂), réalisant ainsi à température ambiante ce que le procédé industriel Haber-Bosch fait sous des chaleurs et des pressions infernales…

Biberonnées à cette potion magique, les légumineuses peuvent s’épanouir sans la moindre goutte d’engrais azoté. Mieux encore, elles enrichissent le sol pour les cultures qui leur succéderont. Sur le papier, il suffirait donc de multiplier les champs de pois, de fèves ou de luzerne pour régler les problèmes posés par la fertilisation… mais la réalité économique est malheureusement plus cruelle. Car ces cultures restent minoritaires dans notre alimentation, et la filière française peine à rivaliser face au rouleau compresseur du soja sud-américain. Sensibles aux maladies, aux ravageurs et aux sécheresses, les légumineuses ne peuvent porter à elles seules le poids de notre souveraineté alimentaire.

D’où cette idée folle, digne des meilleurs récits d’anticipation : et si l’on transférait ces superpouvoirs à nos cultures principales ? Imaginez un instant d’immenses champs de blé ou de maïs capables de s’autofertiliser en collaborant avec les bactéries du sol. Une percée agronomique qui balayerait d’un revers de main notre dépendance aux engrais de synthèse et au gaz naturel. Et loin d’être un simple fantasme d’agronome, cette révolution verte est déjà en train de germer dans les laboratoires, portée par une discipline souvent décriée mais diablement prometteuse : le génie génétique.

Des processus à décrypter

Transposer ce miracle de la nature à nos céréales semblait relever de la pure science-fiction. Devant la complexité vertigineuse des mécanismes moléculaires en jeu, les scientifiques ont longtemps cru l’exploit impossible. Jusqu’à ce que de récentes recherches en génétique ne viennent bousculer nos certitudes avec une découverte de taille : l’évolution n’a pas créé ce système en partant de zéro.

En réalité, la machinerie utilisée par les légumineuses n’est qu’un habile « copier-coller » d’un mécanisme bien plus ancien. Un langage universel que la quasi-totalité des végétaux, blé et maïs compris, utilisent déjà pour s’allier avec les champignons mycorhiziens du sol et décupler ainsi leur absorption d’eau ou de minéraux.

L’espoir est immense. Cela signifie que les céréales possèdent déjà dans leur ADN l’essentiel de la boîte à outils nécessaire. Il suffirait de pirater légèrement ce programme ancestral pour qu’il ouvre grand la porte aux bactéries fixatrices d’azote, en plus des champignons habituels. Mais pour réussir ce piratage, il faut d’abord décrypter le mode d’emploi. Les biologistes ont ainsi débusqué un gène maître, véritable architecte de ces usines souterraines. Son nom de code est NIN, pour « Nodule Inception ». C’est lui qui donne l’ordre explicite aux racines de lancer la construction.

Ce chef de chantier ne travaille toutefois pas seul. De récentes avancées ont mis en lumière le rôle décisif d’une hormone végétale : la gibbérelline. Grâce à des biocapteurs ultraprécis, capables de s’illuminer en présence de cette molécule, les chercheurs ont pu observer en direct que la gibbérelline se concentre exactement à l’endroit où la nodosité doit émerger. Elle agit comme un déclencheur de la multiplication des cellules, indispensable pour bâtir l’usine à azote. Bloquez cette hormone, et tout le chantier s’effondre.

La quête du Graal

Forts de ce précieux mode d’emploi génétique, les laboratoires du monde entier se sont lancés dans la course et explorent plusieurs pistes fascinantes pour donner naissance à ces super-céréales. À court terme, les chercheurs tablent sur un simple enrobage des graines de blé ou de maïs avec des bactéries naturellement capables de capter l’azote, comme l’Azotobacter. Sans même toucher à l’ADN des plantes, cette méthode limite déjà l’usage d’engrais tout en préservant les récoltes.

L’ambition des scientifiques va cependant bien au-delà. Grâce aux fameux ciseaux moléculaires CRISPR-Cas9, ils espèrent réorienter l’outillage génétique dévolu aux champignons du sol pour forcer la création de nodosités. L’objectif est clair : il s’agit d’apprendre au blé à accueillir les bactéries Rhizobium avec la même hospitalité que le soja.

Mais en biologie, rien n’est jamais gratuit. Briser la triple liaison du diazote atmosphérique réclame une énergie colossale. Pour payer cette dette, la plante doit sacrifier d’énormes quantités de sucres qui viendront inévitablement manquer au moment de garnir les épis. Si la baisse de rendement reste difficile à chiffrer, elle pourrait s’avérer rédhibitoire pour les agriculteurs.

Pour contourner cet obstacle, une ingénieuse parade se dessine. L’idée est d’ajuster l’activité de l’usine souterraine en fonction des ressources déjà présentes dans la terre, afin d’économiser les précieuses réserves de carbone de la plante. Les chercheurs ont ainsi mis au jour un véritable interrupteur naturel basé sur le zinc et des protéines baptisées FUN. Lorsque le sol s’appauvrit, le zinc s’accumule dans les racines et paralyse ces protéines en les forçant à s’agglutiner. La machine à azote tourne alors à plein régime. À l’inverse, si la plante détecte un afflux soudain de nutriments dans la terre, le taux de zinc s’effondre. Les protéines se libèrent, s’activent et ordonnent l’arrêt immédiat de la production. Calibrer ce mécanisme de précision à l’aide de l’édition génétique permettrait de limiter drastiquement la facture énergétique.

Enfin, la voie la plus audacieuse consisterait à insérer directement le gène de la nitrogénase au cœur même de l’ADN de nos cultures. Une chimère qui a soudainement pris corps grâce à une découverte retentissante faite en 2024. Les biologistes ont observé une algue marine ayant fusionné de façon permanente avec une bactérie fixatrice d’azote, donnant naissance à un nouvel organe cellulaire inédit appelé nitroplaste. Reproduire cette fusion intime chez nos céréales offrirait le Graal agronomique absolu. Nous obtiendrions des cultures totalement autonomes, libérées des engrais de synthèse, sans pour autant sacrifier l’abundance de nos moissons.

Optimiser plutôt qu’interdire : ces solutions qui font la différence

J’approfondis

Des ambitions à la hauteur des enjeux

La révolution de l’azote est en marche. Partout dans le monde, elle mobilise des équipes de premier plan, des laboratoires de Cambridge à Wageningen, réunis au sein de grands programmes comme le projet ENSA. Soutenus par des financements massifs — de la Fondation Bill & Melinda Gates au Conseil européen de la recherche — ces travaux ne relèvent plus du simple pari scientifique. Les premières applications sont déjà là : du côté des biofertilisants, sans modification génétique, l’enrobage des semences avec des bactéries fixatrices d’azote a vu son adoption bondir de 200 % en dix ans en Amérique du Sud et en Afrique.

Mais l’objectif ultime reste bien la création de céréales capables de s’autofertiliser. Et si la date de leur arrivée sur le marché reste incertaine, les chercheurs semblent s’accorder sur 2050. À cet horizon, nous serons plus de 9 milliards sur Terre, et il sera plus nécessaire que jamais de produire davantage, sans continuer à déverser des millions de tonnes d’engrais dans les sols.

Pour la première fois, une voie crédible se dessine pour concilier rendements élevés et réduction massive des impacts environnementaux. Une promesse à portée de main… mais suspendue à un dernier verrou. Non pas scientifique, mais politique. Car voir émerger ces cultures en Europe suppose d’accepter ce que beaucoup refusent encore : le recours au génie génétique. Diminuer l’empreinte de notre agriculture n’a jamais été aussi accessible. Reste à savoir si nous choisirons de nous en donner les moyens.

L’article Le blé qui s’autofertilise : bientôt la fin des engrais ? est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

  •  

Tout ce que Claude peut faire pour vous — Épisode 1

Ce n’est pas un modèle un peu plus puissant que les autres. C’est une toute nouvelle façon d’utiliser l’IA. Fini les dialogues interminables et les copier-coller fastidieux : Claude travaille pour vous. Ce n’est pas encore le cas ? Voici comment y remédier.

Lundi matin. Vous ouvrez votre boîte mail. Quarante-sept messages. Un client veut un devis pour hier. Votre chef demande une synthèse de 200 pages de contrats. Le comptable a besoin d’un tableau croisé sur les ventes du trimestre. Et vous, vous avez besoin d’un café.

Imaginons qu’au lieu de passer la journée à jongler entre Word, Excel, Google et trois onglets de traduction, vous puissiez dire à votre ordinateur : « Lis ces contrats, sors-moi les cinq clauses à risque et mets-les dans un tableau. » Et qu’il le fasse. Pas demain. Pas dans une version bêta. Instantanément.

C’est exactement ce que permettent les derniers outils d’intelligence artificielle qui sont au cœur de cette série, laquelle analyse les solutions et leur impact sur votre journée de travail. Commençons par l’outil qui, en ce moment, bouscule le plus les habitudes : Claude, développé par Anthropic.

Le mauvais débat

Depuis l’arrivée de ChatGPT fin 2022, le débat public sur l’IA se résume souvent à une question : « Quel modèle donne les meilleures réponses ? » C’est un peu comme comparer des voitures uniquement sur la puissance du moteur, sans regarder si elles ont un coffre, des sièges confortables ou un GPS qui fonctionne.

Pendant longtemps, l’usage dominant se résumait à du question-réponse. Vous interrogiez le modèle et il vous envoyait un texte. Selon cette logique, la qualité brute du modèle était le facteur différenciant. Si vous utilisiez ChatGPT ou Claude comme un oracle, alors oui, le « moteur » était le facteur essentiel. Logique : les premières interfaces étaient littéralement des boîtes de texte.

Ce qui se passe maintenant, c’est que le modèle d’IA passe du rôle d’oracle au rôle de moteur dans une machine plus large. Dit autrement, on passe de « quel modèle est le plus intelligent » à « quel système me rend le plus productif ».

Dans ce registre, ChatGPT est le plus connu et, de très loin, le plus utilisé : 900 millions de personnes s’en servent chaque semaine. Claude, son concurrent développé par Anthropic, est beaucoup moins notoire, avec entre 20 et 30 millions d’utilisateurs mensuels.

Mais les chiffres bruts ne racontent pas tout. Car pendant que OpenAI consolidait sa domination grâce au grand public, Anthropic misait sur une approche différente : un écosystème ouvert d’outils conçu pour que l’IA passe du rôle d’assistant conversationnel à celui d’agent capable d’agir. Et c’est sur ce terrain que l’avenir se joue, particulièrement sur la capacité d’un modèle à raisonner, utiliser des outils et exécuter des tâches de bout en bout.

D’où vient Anthropic ?

En 2021, Dario et Daniela Amodei quittent OpenAI. Il en était le vice-président chargé de la recherche, elle occupait un poste de direction. Ils évoquent publiquement des divergences sur la priorité à accorder à la sécurité des systèmes d’IA face à la course à la mise sur le marché — sans jamais aller jusqu’à la critique frontale de Sam Altman. ChatGPT sort un an plus tard, en 2022.

Avec une poignée de chercheurs, ils fondent Anthropic la même année. Et le 14 mars 2023, ils lancent Claude, un modèle d’IA dont le nom se réfère à Claude Shannon, le père de la théorie de l’information, pilier discret de l’informatique moderne.

Le pari initial est risqué. Cinq ans plus tard, il a payé. En avril 2026, selon Bloomberg, Anthropic vient de franchir les 30 milliards de dollars de revenu annualisé — dépassant OpenAI (environ 25 milliards) pour la première fois. Plus de 1 000 grandes entreprises dépensent chacune plus d’un million de dollars par an pour utiliser Claude. Et le fait que Microsoft et Nvidia, pourtant actionnaires majeurs d’OpenAI, aient investi respectivement jusqu’à 5 et 10 milliards de dollars dans Anthropic fin 2025 en dit long sur la confiance du marché.

Tout cela, Claude ne le doit pas à de meilleures réponses dans un chat, même s’il y excelle. Il le doit à ce qu’il permet de faire.

Un chat qui ne se contente plus de parler

Lorsque vous utilisiez ChatGPT ou Claude en 2024, l’expérience était la même : vous tapiez une question, vous receviez une réponse. Utile, mais passif. Vous étiez le secrétaire de votre propre IA : c’est vous qui copiiez la réponse, qui la colliez dans Word, qui reformatiez le tableau, qui relanciez une recherche quand la première réponse n’était pas satisfaisante.

Depuis, la situation a changé de nature. Le chat de Claude ne se contente plus de répondre, il produit.

Vous pouvez lui demander de créer un vrai document Word, un tableur Excel, une présentation PowerPoint et il le fait directement dans la conversation. Vous lui dites « montre-moi les tendances de ces données » et il génère un graphique interactif sous vos yeux. Vous pouvez lui uploader 400 pages de contrats et lui demander de trouver les clauses problématiques. Vous pouvez lui dire « fais une recherche sur les derniers chiffres du marché immobilier à Lyon » et il va chercher les informations sur le web en temps réel.

Cette évolution se résume ainsi : vous ne recevez plus une réponse. Vous recevez un livrable.

C’est un changement discret en apparence — on est toujours dans une fenêtre de chat — mais radical dans la pratique. Le chat est devenu un environnement de travail.

Prendre en main Claude.ai

J’approfondis

Trois portes d’entrée, un seul objectif

Le chat n’est que la première porte. Et c’est là qu’Anthropic a poussé plus loin que la plupart de ses concurrents en proposant trois portes d’entrée.

  • Pour les développeurs : Claude Code. Ils ont adopté l’IA massivement depuis 2024 pour écrire du code en décrivant ce qu’ils veulent en langage courant — ce qu’on appelle le « vibe coding ». Anthropic a fait un choix radical : au lieu d’intégrer l’IA dans un logiciel existant, Claude Code s’installe directement dans le terminal, l’espace de travail brut des programmeurs. Résultat : 2,5 milliards de dollars de revenus annualisés début 2026.
  • Pour tout le monde : Cowork. Claude Code est puissant, mais demeure un écran noir avec du texte. Anthropic en a donc fait une vraie application de bureau. Disponible depuis le 9 avril 2026 sur Mac et Windows, Cowork a accès à vos dossiers, vos fichiers et votre environnement de travail. Vous lui parlez comme à un collègue : « Organise mes fichiers par projet », « Tous les lundis, compile les chiffres de vente dans un tableau », et il le fait.
  • Pour les pressés : les plugins. Excel, PowerPoint et Chrome : Claude s’intègre directement dans les outils que vous utilisez déjà. Word est pour l’instant en bêta, réservé aux plans professionnels. L’IA travaille là où vous le faites.

Ce que ça change dans votre journée

Sortons des abstractions. Vous recevez 200 pages de contrats à analyser. Vous les uploadez dans Claude. En quelques minutes, vous avez une synthèse structurée, les clauses inhabituelles surlignées, les points de vigilance identifiés. Ensuite, vous challengez Claude en conversation : précisez un point, creusez une clause ambiguë. Puis vous lui demandez de produire un visuel synthétique de l’analyse comme un document partageable avec vos équipes en un clic.

Résultat : 15 minutes là où vous auriez passé 2 heures. Vous pouvez désormais consacrer votre temps à la lecture fine plutôt qu’à la synthèse.

Mais le changement le plus profond — et le moins commenté — est ailleurs. Vous tombez sur un outil open source sur GitHub : un logiciel de gestion de projet, un outil d’analyse de données. Vous ne savez pas coder. Vous demandez à Claude Code ou Cowork de le télécharger, de l’installer et de le lancer, en conversant normalement.

Il y a encore deux ans, utiliser un logiciel open source nécessitait de comprendre un minimum de programmation. La barrière technique s’abaisse vite. Des outils qui exigeaient hier plusieurs heures de lecture de documentation s’installent aujourd’hui en dialoguant quelques minutes avec Claude. C’est peut-être la révolution la plus silencieuse (et potentiellement la plus démocratique) de cette vague d’IA.

Claude Design : faire son premier slide deck en dix minutes

J’approfondis

Les limites (parce qu’il n’y a pas de baguette magique)

Évidemment, tout n’est pas encore parfait.

  1. La qualité dépend du brief. Claude est un exécutant brillant, pas un devin : si votre demande est vague, le résultat le sera aussi. Savoir coder reste utile pour repérer une erreur, mais ce qui devient décisif, c’est la capacité à cadrer un problème. On ne passe plus ses journées à exécuter ; on les passe à coordonner, superviser et vérifier.
  2. Il se trompe parfois. Les modèles d’IA « hallucinent » : ils inventent des faits avec une assurance déconcertante. Sur un chiffre précis ou une référence juridique, la vérification humaine reste indispensable. Au lieu de passer 80 % de votre temps à produire et 20 % à vérifier, c’est désormais l’inverse.
  3. Le coût peut surprendre. L’abonnement de base (Pro, 20 $/mois) donne accès aux outils, mais les limites d’usage sont vite atteintes. En pratique, beaucoup passent aux abonnements Max (100 $/mois ou 200 $/mois). C’est le prix d’un logiciel spécialisé, sauf que Claude couvre un spectre beaucoup plus large.
  4. La stabilité reste un chantier. Entre fin mars et début avril 2026, Claude a enchaîné une série de pannes. C’est le prix d’une croissance explosive : les utilisateurs actifs sont passés de 4 à 11 millions en deux mois.
  5. Vos données ne restent pas chez vous. Vos fichiers transitent par les serveurs d’Anthropic, soumis au droit américain. L’entreprise s’engage à ne pas entraîner ses modèles sur les plans payants, mais cela n’exclut pas le stockage ou l’analyse. Pour des données ultra-sensibles ou soumises au RGPD, la question mérite un arbitrage. Des alternatives européennes comme Mistral existent et progressent vite.

Par où commencer ?

Si vous n’avez jamais utilisé Claude, commencez par la version gratuite sur claude.ai. Donnez-lui une tâche concrète : reformuler un mail délicat ou synthétiser un document long. Pas un test abstrait, un vrai besoin.

Si le résultat vous convainc, passez à l’abonnement Pro pour débloquer les modèles les plus puissants. Créez un Project avec vos fichiers récurrents : c’est là que Claude devient un véritable collègue.

Le savoir-faire technique qui séparait ceux qui pouvaient créer de ceux qui ne pouvaient que consommer s’érode vite. C’est une bonne nouvelle pour l’accessibilité, à condition de ne pas oublier que déléguer sa production à une IA américaine a aussi un coût, énergétique et financier.

Et la suite ?

Cet article est le premier d’une série. Nous y explorerons les usages concrets de l’IA dans vos métiers : gestion, communication, comptabilité, artisanat, professions libérales. Nous aborderons les questions qui fâchent : le coût réel, la confidentialité et l’impact sur l’emploi. L’objectif : vous donner les clés pour décider vous-même.

L’article Tout ce que Claude peut faire pour vous — Épisode 1 est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

  •  

[Exclu] Au nom du séparatisme, le gouvernement veut étendre fortement le blocage en ligne - Next

Oh ben ça alors, un truc qui avait été mis en place JUSTE contre le terrorisme va être étendu à tout un tas d'autres choses ? Quelle surprise.

"Il sera élargi aux contenus « susceptibles de créer un trouble grave pour l’ordre public »"
Oh regardez POUF je fais disparaître un site écologiste parce que ces éco-terroristes troublent l'ordre public.
Tiens ce site syndicaliste HOP bloqué parce qu'ils troublent l'ordre public avec leurs grèves.
Ce site LGBT ? Ce site féministe ? BLOQUÉS ! Ils s'organisent, ça va troubler l'ordre public.
Si vous avez des doutes qu'ils iraient aussi loin, dites-vous qu'ils ont déjà utilisé des lois anti-terroristes pour empêcher les gens de manifester avec des casserolles, et qu'ils ont qualifié des écologistes d'"éco-terroristes".
(Permalink)
  •  

Haute-Loire. Un homme tire à la carabine sur un enfant en proférant des insultes racistes : « Il a cru qu’il allait mourir »

Et du coup je cherche encore dans l'actu les violences de la soit-disant "extrême-gauche".
Des végans qui agressent à coup de légumes ?
Des punks qui vont planter des seedbombs dans l'espace public ?
Des cyclistes qui s'en prennent violemment aux conducteurs de SUV ?
Des handicapés noirs LGBT qui s'attaquent à des familles blanches ?
Je cherche toujours...
(Permalink)
  •  

Toute considération technique mise à part, cette photo a quelque chose.

Tristan K. @tristankamin.bsky.social posted:
Toute considération technique mise à part, cette photo a quelque chose.

Quoted post from Aurélien Genin @astroaure.eurosky.social:
🧑‍🚀 On en sait enfin plus sur l'état du bouclier thermique d'Artemis II ! Juste après l'amerrissage, un plongeur de la marine états-unienne a pris cette photo sous la capsule. Et il semblerait que le bouclier soit en très bon état, sans morceaux arrachés contrairement à celui d'Artemis I 🥳

📸 US Navy

Photo du bouclier thermique d'Artemis II prise sous l'eau juste après l'amerissage. Le bouclier est usé de manière symétrique et ne semble pas avoir perdu de morceaux

  •  

Palantir veut faire du numérique un instrument de puissance coercitive - Next

« La capacité des sociétés libres et démocratiques à triompher exige bien plus qu’un simple appel à la morale. Elle requiert une puissance coercitive, et cette puissance coercitive, au XXIᵉ siècle, reposera sur des outils numériques »

Voilà : Les milliardaires de la Silicon Valley le disent tout haut : Ils veulent dominer le monde (comme les vrais vilains des films), par la force, à l'aide du numérique. POUR LE BIEN DE TOUS.
ÇA Y EST C'EST BON, ON PEUT DÉCROCHER TOUTE NOTRE INFORMATIQUE DES USA OU IL NOUS FAUT ENCORE D'AUTRES MANDALES DANS LA GUEULE ?

Voir aussi : "Palantir Goes Mask-Off For Fascism. It Won’t End Well. " - https://www.techdirt.com/2026/04/20/palantir-goes-mask-off-for-fascism-it-wont-end-well/



EDIT: OH WOW.  L'article qui suit donne un éclairage tout à fait pertinent sur ces milliardaires: Pour eux, la notion de "conséquence" de leurs actes n'existe plus. C'est comme ça qu'on perd son empathie et son humanité.
https://www.theatlantic.com/magazine/2026/05/billionaire-consequence-free-reality/686588/?gift=7cjjyPZIuS21UKXXq4Z-JNg5WJmVwq9FbLl-9yvqo1Y
(Copie de l'article ici : https://app.wallabag.it/share/69e712b908b5d5.43422870)

Extrait traduit : "Bezos et deux des autres hommes les plus riches du monde — Mark Zuckerberg et Elon Musk — ont clairement laissé le monde des conséquences derrière eux. Ils flottent dans un caisson d'isolation sensorielle de la taille de la planète, dans lequel leurs actes ne sont jugés que par eux-mêmes."

Un autre exemple est Trump : "Interrogé récemment sur l'existence d'une quelconque limite à son pouvoir, le président Trump — lui-même milliardaire et de loin le président le plus riche de l'histoire américaine — a répondu : « Oui, il y a une chose. Ma propre moralité. Mon propre esprit. C'est la seule chose qui peut m'arrêter. » Ni le droit national ou international, ni la volonté des électeurs, ni Dieu ni la morale séculaire de la vie civique et religieuse."

Peter Thiel (Palantir) : "Je ne crois plus que la liberté et la démocratie soient compatibles."

Elon Musk (Twitter/Tesla/SpaceX) : "L'empathie est faiblesse fondamentale de la civilisation occidentale."

Larry Ellison (Oracle) pense que tout le monde se comporterait mieux sous une surveillance totale. (https://sebsauvage.net/links/?OjjOlw)

Je crois que c'est clair : Les milliardaires sont des psychopathes, dans le sens clinique du terme (https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychopathie - "La psychopathie [...] est un trouble de la personnalité, caractérisé par un comportement antisocial, un manque de remords et un manque de « comportements humains »"

EDIT: Une interprétation de la publication : https://mamot.fr/@Khrys/116448403637696044
(Permalink)
  •  

Atlassian Enables Default Data Collection to Train AI | Let's Data Science

Atlassian c'était déjà une société de merde (voir : https://sebsauvage.net/links/?searchterm=atlassian), mais là c'est pire : Ils vont utiliser les données utilisateur pour entraîner leurs IAs.
Dans les abonnements Free, Standard et Premium, vous ne pouvez pas refuser. Dans l'abonnement Entreprise, vous pouvez refuser mais ça sera activé par défaut à partir du 17 août.
Les données collectées seront conservées 7 ans.
Je pense que le niveau de merdification de cette entreprise justifie pleinement que tous les clients se barrent, et vite.
(Permalink)
  •  

Droit d’auteur et IA : réponse aux défenseurs d’une mauvaise loi

Pour nous, c’est une entrave colossale au développement de l’IA française. Pour ses promoteurs, une juste protection des artistes. Depuis notre article de la semaine passée, le monde de la tech et l’hémicycle s’enflamment. Un emballement excessif, ou justifié ?

Notre article « IA : Sacrifier notre avenir sur l’autel du droit d’auteur ? », concernant la proposition de loi adoptée au Sénat le 8 avril dernier, a rencontré un large et positif écho. Rappelons que ce texte dit que si un indice laisse penser qu’une IA a utilisé une œuvre protégée (un livre, une photo, une musique, etc.) pour s’entraîner ou pour générer un contenu, son propriétaire pourra être attaqué par un ayant droit s’estimant spolié.

Comme il fallait s’y attendre, les inspirateurs du texte et les sociétés de gestion collective nous ont apporté une vive contradiction, ainsi qu’à la société Meta (voir encart 1). Une réplique dont la faiblesse tente de se dissimuler sous la complexité d’un lourd jargon juridique. Car cette loi crée un désordre judiciaire inédit, pénalise d’abord notre écosystème technologique et profite surtout à des structures intermédiaires plutôt qu’aux artistes eux-mêmes.

Argument 1 : ce texte ne suppose qu’un « simple allègement » de la charge de la preuve

Le Sénat affirme que le texte ne renverse pas la charge de la preuve au détriment des concepteurs d’IA. Celle-ci devait jusqu’à présent être fournie par les auteurs ou ayants droit. Selon l’institution, il suffirait au titulaire de droits de fournir un « indice » de vraisemblance accessible et objectivable pour que l’entreprise d’intelligence artificielle doive démontrer le contraire. Sur le papier, cela peut paraître mesuré et équilibré.

Dans la réalité du texte adopté par le Sénat, le libellé est d’une largeur telle qu’il ouvre un horizon presque infini de contestations. Il suffit qu’un résultat généré par une IA « rende vraisemblable » l’utilisation d’une œuvre protégée – un texte qui évoque le style d’un romancier célèbre, une image qui rappelle une photographie connue, une voix synthétique qui sonne étrangement comme celle d’un chanteur – pour que la machine judiciaire se mette en marche. Le juge n’a plus besoin d’une copie flagrante ou d’une preuve formelle : une ressemblance stylistique, une impression, une inférence suffit à déclencher la présomption.

Qui, concrètement, se retrouvera devant les tribunaux ? Les grandes sociétés propriétaires des modèles d’IA, bien sûr, en théorie. Mais en raison de la portée territoriale du dispositif – tout dommage constaté sur le sol français, tout résultat utilisé en France –, les premières cibles seront avant tout les acteurs tricolores comme Mistral AI, dont les modèles sont développés et déployés chez nous. Ainsi, ce texte, présenté comme une mesure de souveraineté technologique, peut fragiliser précisément le champion national que le gouvernement prétend défendre.

Quant aux créateurs lambda – écrivains, graphistes, musiciens, vidéastes, scénaristes qui utilisent quotidiennement ces outils pour accélérer leur travail créatif –, ils risquent de plonger dans un abysse judiciaire encore plus profond et angoissant. Imaginez un créateur qui, pour produire une œuvre originale répondant à son inspiration, la défriche à l’aide de l’IA. Dès lors qu’un indice rappelant un auteur antérieur, comme il en existe dans à peu près toute œuvre de l’esprit, apparaît dans le résultat final, la présomption s’activera automatiquement. On passe ainsi d’un affrontement supposé entre géants technologiques à un cauchemar quotidien pour des milliers d’artistes qui n’ont ni les avocats spécialisés ni les ressources financières des majors. Ce n’est plus une protection des créateurs : c’est une invitation à la paralysie générale de la création elle-même.

IA & droit d’auteur : les arguments du Sénat

J’approfondis

Argument 2 : la preuve contraire à apporter par la société propriétaire de l’IA sera « simplement coûteuse »

Les promoteurs du texte prétendent que la preuve devant être apportée par les défenseurs n’est pas techniquement impossible, mais seulement coûteuse. Les entreprises concernées documenteraient déjà leurs jeux de données pour respecter les obligations de transparence du Règlement européen sur l’IA. Il leur suffirait donc de produire ces éléments devant le juge.

Cette vision reste largement théorique et déconnectée de la réalité concrète des modèles actuels. Un système comme Mistral Large ou tout autre, de grande envergure, a été entraîné sur des centaines de téraoctets de données collectées sur le web, souvent bien avant que les obligations de traçabilité n’existent. Demander aujourd’hui à une société de prouver, pour chaque œuvre contestée, qu’elle n’a jamais figuré dans ces corpus gigantesques et historiques, revient à exiger l’équivalent d’un inventaire exhaustif de la Bibliothèque nationale multiplié par un million. Même la meilleure volonté du monde et les moyens techniques les plus avancés ne suffisent pas à accomplir une telle tâche rétroactivement.

Mais cela engendrera aussi une immense difficulté pour le juge. D’autant plus que, bien avant l’avènement de l’IA, les procédures sur ces sujets ont déjà montré toute leur complexité. Prenons à ce sujet l’exemple de la musique, domaine où la jurisprudence est pourtant abondante et où les juges ont l’habitude de trancher des affaires délicates. Ils savent déjà combien il est ardu de distinguer un plagiat évident d’une simple inspiration, même quand « ça sonne pareil à l’oreille » pour le commun des mortels. Les expertises acoustiques sont longues, coûteuses, parfois contradictoires entre experts et n’aboutissent que rarement, même quand apparaît l’évidence du franchissement de la frontière entre l’inspiration et l’indélicatesse.

Avec l’intelligence artificielle, la difficulté s’accroît de manière exponentielle. L’emprunt n’est plus linéaire ni directement traçable. Il devient statistique, probabiliste, issu de millions de patterns digérés à travers des couches de neurones. Sur quelle base concrète et fiable un juge pourra-t-il trancher qu’une mélodie générée constitue une « inspiration dictée par l’IA » plutôt qu’une création originale née d’un prompt habile et personnel ou de la patte d’un compositeur lui-même entraîné par des années d’écoutes inspirantes ? La « vraisemblance » invoquée par le texte devient alors une notion subjective, presque poétique, qui laisse au magistrat une marge d’appréciation immense et imprévisible. On ne parle plus de justice sereine et équilibrée, mais d’une avalanche de procédures où le doute profite presque toujours à l’ayant droit, contrairement à ce que propose la jurisprudence actuelle. Le texte, loin d’encadrer strictement les actions comme le prétend le Sénat, les facilite au contraire par sa rédaction bien trop large, ouverte et difficile à circonscrire dans la pratique.

L’IA au tribunal, Max Martin aux Grammys

J’approfondis

Argument 3 : le texte profite aux artistes

Nous passerons sur la définition de l’artiste, puisque le créateur s’aidant de l’IA peut aussi être ainsi qualifié. Il est vrai que nombre d’entre eux s’estiment floués par l’utilisation non autorisée de leur voix, de leur image ou de leur style (lui-même né de leurs propres emprunts à leurs aînés). En réalité, les réelles créations professionnelles accompagnées par l’IA dépasseront rapidement ces utilisations premières, davantage l’œuvre de geeks s’amusant avec les outils actuellement à leur disposition que d’artistes numériques ou de studios.

Par ailleurs, les emprunts de voix et de visages parfaitement identifiés sont aujourd’hui en grande partie cantonnés à des usages militants moquant ou célébrant des personnalités politiques ou au très problématique domaine des deepfakes qui entre davantage dans le champ de la guerre hybride et du banditisme que de la création. Dans ce domaine, la France, comme nombre d’autres pays, dispose déjà d’un arsenal juridique permettant de condamner les auteurs ou de contraindre (en partie) les entreprises d’IA à empêcher certains usages de leurs modèles.

Mais puisque l’on parle de ces artistes censés être spoliés, une question se pose : ce texte constitue-t-il une aide directe et efficace aux créateurs individuels, ou plutôt une contre-attaque des sociétés qui défendent leur vision du droit d’auteur, mais surtout le portefeuille des géants de la création ?

Aujourd’hui, le système de répartition des droits – qu’il s’agisse de la Sacem, de l’Adami ou d’autres organismes – est connu pour favoriser de manière disproportionnée les plus gros catalogues et les ayants droit les plus puissants et les plus visibles. L’immense majorité des artistes modestes, ceux qui vivent souvent dans la précarité, reçoit des sommes symboliques ne considérant pas la réalité de leur diffusion, tandis que les flux les plus importants alimentent notamment les structures elles-mêmes et leurs dispendieux frais de fonctionnement. Enfin, une présomption qui rend les contentieux plus faciles à engager et les négociations collectives plus fréquentes renforce mécaniquement le rôle central de ces intermédiaires institutionnels. Ils pourront signer des accords globaux, percevoir des quotes-parts substantielles et consolider leur position dans l’écosystème. L’argent ne coulera pas nécessairement plus abondamment et plus équitablement dans la poche des auteurs eux-mêmes. Il passera d’abord par ces organismes, qui en prélèveront une part significative avant toute redistribution.

Argument 4 : l’entraînement d’une IA est un vol

Au cœur de tous ces argumentaires adverses subsiste un postulat voulant que l’entraînement d’une IA constituerait une forme moderne de « pillage » des œuvres protégées. C’est intellectuellement et techniquement faux. Un modèle d’intelligence artificielle n’enregistre pas les textes, les images ou les musiques comme un simple disque dur qui copierait servilement. Il en extrait des patterns statistiques, des relations entre les mots, les formes, les sons – exactement comme un être humain qui lit des livres, écoute des morceaux, contemple des œuvres et en tire une culture personnelle et intime. Les poids du modèle ne contiennent pas les œuvres originales. Ils contiennent une synthèse abstraite, une mémoire probabiliste qui permet ensuite de créer du neuf.

Ce principe n’est pas révolutionnaire. Toute l’histoire de l’art repose sur cette digestion et cette transfiguration permanente. Le critère pertinent reste « l’output final », soit le résultat qui sort de la complicité entre l’IA et son producteur. Si le résultat réplique de manière substantielle et identifiable une œuvre protégée, le droit d’auteur classique suffit déjà à sanctionner cette contrefaçon. Si ce n’est pas le cas, il n’y a pas de préjudice réel pour l’ayant droit. Tout le reste – cette obsession pour l’entraînement lui-même – revient à interdire à la machine ce que l’on autorise depuis toujours à l’esprit humain : apprendre librement de ce qui existe pour inventer du nouveau.

Un choix de société qui engage durablement l’avenir de la France

Les défenseurs de la proposition de loi nous opposent enfin que l’intelligence artificielle ne saurait se développer qu’au prix d’une violation systématique des droits d’auteur. C’est exactement l’inverse de la réalité vécue. Elle ne peut s’épanouir pleinement qu’en respectant le principe immémorial de la création : l’inspiration libre, la digestion collective, la transfiguration permanente.

Cette proposition de loi, loin de protéger durablement la culture française, l’affaiblit en pénalisant nos champions nationaux, en jetant des milliers de créateurs lambda dans un bourbier judiciaire coûteux et imprévisible, et en enrichissant surtout des intermédiaires institutionnels déjà solidement établis. Elle répète, à une échelle encore plus dangereuse et sophistiquée, les erreurs de la loi Hadopi : une bonne intention initiale transformée en machine bureaucratique lourde, coûteuse et finalement inadaptée aux mutations profondes du monde numérique.

L’article Droit d’auteur et IA : réponse aux défenseurs d’une mauvaise loi est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

  •  
❌