Appli : « Les Jours » recensent toutes les casseroles des députés RN
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Tristan K. @tristankamin.bsky.social posted:
J'étais un peu déçu de ne pas avoir de neige, mais je me gaussais quand tout le monde gelait cette semaine et qu'il faisait 1 °C ici, tout comme je souris avec cynisme lorsque frappent les canicules alors qu'on tient 23 °C.
Mais là, mon sourire s'efface 😬
Quoted post from Météo-France @meteofrance.com:
🔴🟠 La tempête #Goretti va traverser le pays jeudi fin de journée et dans la nuit : très fortes rafales de #vent et risque important de vagues-submersions.
Elle abordera les côtes de la Bretagne dès la fin de l’après-midi, puis le nord et l’ouest.
👉 Restez informés : vigilance.meteofrance.fr/fr
Le marché du logement français traverse une crise structurelle d’une ampleur inédite. Tous les voyants sont au rouge. L’offre locative s’évapore dans les métropoles, la concurrence pour un simple appartement devient délirante et les loyers s’envolent. Cette pénurie pousse à des extrémités sordides, certaines étudiantes en venant à troquer des « services sexuels » contre un toit. Face à ce mur, la construction est à l’arrêt. De l’Île-de-France au reste du pays, selon les statistiques nationales, les mises en chantier et les permis de construire dévissent brutalement.

Dans le même temps, les aides publiques directes au logement — APL, avantages fiscaux, subventions à la rénovation — représentent pas moins de 43,1 milliards d’euros. Soit quatre fois le budget de la justice !
La France dispose aussi du parc social le plus vaste d’Europe : 4,5 millions de logements HLM accueillent 11 millions de personnes. 70 % de la population est théoriquement éligible ! Mais 2,8 millions de ménages attendent un logement social, tandis que 400 000 foyers dépassent les plafonds de revenus et continuent d’en profiter.
Malgré cet interventionnisme massif — ou plutôt à cause de lui —, la production actuelle est deux fois inférieure à la demande. L’Union sociale pour l’habitat estime les besoins réels à 518 000 nouveaux logements par an. Quant au parc existant, il subit le choc normatif de plein fouet. Le ministère de la Transition écologique confirme lui-même que 567 000 logements locatifs privés pourraient sortir du marché, car classés G sur l’échelle du DPE.
Face à cette terrible pénurie, la réponse de l’État français est toujours la même : davantage de réglementation, davantage de subventions, davantage de contrôles. APL, encadrement des loyers, quotas de logements sociaux, normes environnementales… Pour quel résultat ? Les Français ne sont pas mieux logés malgré des dépenses publiques bien plus élevées que chez leurs voisins.
Le secteur est asphyxié par une tempête réglementaire. Côté coûts, la norme RE2020 et l’obligation de céder 30 % des programmes à perte (loi SRU) plombent l’équilibre financier. Côté délais, la bureaucratie impose une lenteur absurde. Il faut sept ans pour construire un immeuble en France, contre quatre en Allemagne. Enfin, la fiscalité confiscatoire (jusqu’à 60 % de taxes sur les loyers, explosion de la taxe foncière) et l’instabilité juridique (DPE, encadrement) achèvent de faire fuir les investisseurs.
Face à la pénurie, une objection revient systématiquement : « construire des logements neufs, c’est construire des logements de luxe pour les riches. Ça ne résout pas le problème des plus modestes. » Cette intuition est contredite par l’ensemble de la littérature économique.
Un corpus de recherches publié dans les meilleures revues académiques démontre que la construction de logements neufs — même haut de gamme — bénéficie à tous les segments du marché via deux mécanismes complémentaires. D’abord, sur le court terme, les « chaînes de vacances » : les ménages aisés qui emménagent dans le neuf libèrent leur ancien logement, permettant à d’autres d’y accéder, qui eux-mêmes libèrent le leur, et ainsi de suite. Ensuite, sur le long terme, le « filtering » (filtrage) montre qu’à mesure qu’ils vieillissent, les logements descendent naturellement vers des segments moins chers. Mais ces deux mécanismes ne fonctionnent que si l’offre neuve est suffisante. Sinon, le processus s’inverse. Les riches achètent les vieux logements, chassant les pauvres (gentrification).
Une étude d’Evan Mast, publiée dans le Journal of Urban Economics, a suivi ces chaînes sur six cycles de déménagements dans les grandes métropoles américaines. Résultat : pour chaque immeuble neuf construit dans un quartier aisé, 40 % des déménagements finaux concernent des quartiers dont le revenu moyen est inférieur à la médiane.
Plus frappant encore : une étude suédoise ayant analysé l’ensemble des bâtiments et de leurs occupants entre 1990 et 2017 révèle la rapidité stupéfiante du mécanisme. Les chercheurs ont suivi chaque cycle de déménagements : le 0 désigne les ménages aisés qui emménagent dans le neuf, le 1 ceux qui s’installent dans les logements qu’ils viennent de libérer, le 2 ceux qui prennent la place des précédents, et ainsi de suite.
Résultat : dès le premier cycle — c’est-à-dire dès que les premiers occupants du neuf libèrent leur ancien logement —, les principaux bénéficiaires sont les ménages les plus modestes (quartile de revenus le plus bas). Aux cycles 3, 4 et 5, ceux qui déménagent gagnent moins de la moitié de ce que gagnent les riches du 0. En quelques mois, le déménagement des ménages aisés se diffuse à travers toute la distribution des revenus ! La conclusion des auteurs est sans appel : « Il n’est pas nécessaire de construire des logements directement abordables pour les ménages modestes ; ils bénéficieront de toute façon de l’effet de ruissellement. »
Quid de l’impact direct sur les loyers ? Dans les quartiers populaires américains, la construction d’immeubles neufs les a fait baisser de 5 à 7 % dans un rayon de 250 mètres par rapport aux logements plus éloignés.
Une étude récente menée à Helsinki entre 2021 et 2024 apporte une confirmation supplémentaire : dans un rayon de 200 mètres, la baisse est de 1,5 % après une nouvelle construction. Plus révélateur encore, les grands projets de plus de 60 logements produisent une réduction de 6 % sur les loyers environnants — et ce, même dans un contexte de marché atone marqué par un excès d’offre hérité de la pandémie.
Le constat le plus fascinant vient des États-Unis. Les villes qui ont laissé les promoteurs construire massivement des appartements de luxe ont vu les loyers chuter de manière généralisée. Le phénomène est tel qu’au dernier trimestre 2025, dans de nombreuses zones à forte offre, les logements anciens du marché libre sont désormais moins chers que ceux régulés et « abordables ». Dans le domaine libre, cela conduit à produire des loyers inférieurs à ceux du secteur aidé ! Des appartements privés accessibles à tous sont ainsi devenus plus économiques que des unités pour lesquelles il faut pourtant remplir des critères de revenus, être citoyen ou résident permanent, et bien souvent gagner à une loterie d’attribution.

La France s’épuise à financer une pénurie qu’elle organise elle-même par un excès de normes et de régulations. Le choix est désormais limpide : persister à bloquer la construction par pureté idéologique, ce qui condamne les plus précaires à des loyers prohibitifs, ou accepter de bâtir massivement.
Car le coût de l’inaction est un suicide social et économique. La pénurie agit comme une taxe privée sur la croissance qui brise l’ascenseur social. Elle piège les talents dans des bassins d’emploi sinistrés et empêche les entreprises de recruter. Aujourd’hui, un salarié qui quitterait une région en crise pour un meilleur poste à Paris ou Lyon verrait son niveau de vie baisser, son gain en termes de revenu étant immédiatement capté par la rente foncière.
Mais dissipons ici un malentendu géographique. L’urgence n’est pas de densifier un Paris intra-muros déjà à la limite du possible, avec 20 000 habitants au km². Le véritable gisement foncier dort juste de l’autre côté du périphérique. En première et deuxième couronne, des communes entières, pourtant parfaitement connectées — et bientôt irriguées par le Grand Paris Express —, affichent encore des densités de village. C’est là, autour de gares RER souvent bordées de simples pavillons, que se joue la bataille. Il est aberrant d’avoir investi des milliards dans des transports lourds pour desservir des zones qui refusent d’accueillir de nouveaux habitants.
Préfère-t-on vraiment la satisfaction morale consistant à refuser de voir « les riches » obtenir de beaux appartements, quitte à condamner les classes populaires à la précarité locative ? Le paradoxe est d’autant plus absurde que la construction fait mécaniquement baisser les prix — autrement dit, elle nuit aux intérêts des propriétaires actuels, ceux-là mêmes qui bloquent les projets par peur de voir la valeur de leur patrimoine diminuer.
La solution n’est ni de gauche ni de droite. Elle est surtout universaliste au sens propre du terme, permettant d’offrir une abondance de nouveaux logements profitant à toutes les classes sociales. Imaginez une France où les jeunes actifs n’auraient plus à choisir entre un deux-pièces hors de prix et une colocation étouffante. Où les familles pourraient s’agrandir sans fuir à 50 kilomètres de leur lieu de travail. Où les entreprises trouveraient à proximité de leur activité les employés dont elles ont besoin. Où les budgets des ménages, soulagés de centaines d’euros de loyer chaque mois, se reporteraient sur la consommation, l’épargne, les loisirs. Encourager la construction ne coûte rien au contribuable. Bien au contraire, cela génère des recettes fiscales, crée des emplois, dynamise l’économie locale et libère du pouvoir d’achat pour des millions de ménages.
La question n’est pas de savoir si la France peut se permettre de créer plus de logements dans les grandes villes, mais de savoir combien de temps elle peut encore accepter de payer le prix faramineux de la rareté.
L’article Logement : pour sortir de la crise, il faut dépenser moins est apparu en premier sur Les Électrons Libres.
14 décembre 1922, puits Barroso II, Cabimas. À l’aurore, autour d’un forage, quelques ouvriers s’activent machinalement. Depuis quelques années, les grandes compagnies pétrolières explorent le Venezuela. Sans grand enthousiasme, car le sous-sol semble bien moins prometteur qu’au Mexique ou aux États-Unis. Quand, soudain, un grondement sourd monte des entrailles de la terre.
Dans un fracas assourdissant, un mélange de gaz et de pétrole jaillit avec une violence inouïe. Pendant neuf jours, une colonne de 40 m de hauteur recrache l’équivalent de près d’un million de barils. Jamais une telle quantité de brut n’a été vue dans l’histoire de l’industrie pétrolière mondiale. Le pétrole recouvre les maisons, les arbres, les animaux, même les habitants. On interdit les feux de cuisson et les cigarettes, on éteint les lampes à huile. Une seule étincelle suffirait à faire exploser la région. La population, terrifiée, se terre dans l’obscurité.

Le neuvième jour, le jet s’arrête brusquement. Le puits s’est « auto-obstrué » par l’accumulation de sable et de roches remontés des profondeurs.
Pour les habitants, cela ne fait aucun doute. San Benito, saint patron imploré lors d’une procession fervente organisée sous la pluie mazoutée, a entendu leurs prières.
L’histoire du Venezuela est en marche.
Vingt ans plus tard, la ruée vers l’or noir a radicalement changé le Venezuela. Les voitures américaines inondent les rues de Caracas. Le pays vit du pétrole, pour le pétrole. L’agriculture a été abandonnée et l’industrie est jugée inutile. La monnaie, le bolivar, est si forte qu’elle permet de tout importer à bas coût.
Alors que le Brésil, le Chili ou l’Argentine basculent dans des dictatures militaires sanglantes, les grands partis vénézuéliens se partagent le pouvoir pour exclure les extrêmes, notamment les guérillas castristes.
Le pays connaît l’une des croissances les plus rapides au monde, parfois supérieure à celle du Japon. Des centaines de milliers d’Espagnols, d’Italiens, de Portugais et même de Français y émigrent, éblouis par ce nouveau « rêve américain ».
L’État investit massivement dans l’éducation et dans la santé. Caracas se transforme en une métropole futuriste, avec ses autoroutes suspendues, son campus classé au patrimoine de l’UNESCO et une scène culturelle bouillonnante. La « Suisse de l’Amérique » est née.

Le premier choc pétrolier éclate en 1973. S’il est catastrophique pour les pays importateurs de pétrole, pour les producteurs, c’est au contraire une aubaine. Le Venezuela n’est plus simplement riche, il est submergé par un afflux financier absolument sans précédent. Du jour au lendemain, les revenus de l’État sont multipliés par quatre. Le week-end, les rues de Miami se remplissent de Vénézuéliens fortunés. Pour les accueillir à Paris, Air France ouvre une ligne de Concorde vers Caracas.

Un homme va en profiter sans compter. Carlos Andrés Pérez, social-démocrate, est élu en mars 1974, peu de temps après l’explosion des prix. « Croisé de la justice sociale », il promet de mener une lutte acharnée contre les inégalités.
Au nom de l’idée que « le pétrole appartient au peuple », on nationalise l’industrie pétrolière. La loi impose une hausse généralisée des salaires, aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public. Les licenciements deviennent si coûteux qu’ils sont, dans les faits, presque impossibles.
L’administration recrute massivement : des centaines de milliers de postes sont créés et l’État embauche sans retenue. Dans les immeubles, la présence d’« ascensoristes » devient obligatoire : partout, un employé en uniforme appuie sur le bouton à votre place.
Enfin, le prix des aliments de base est fixé très bas par l’État, qui compense la différence en subventionnant directement les producteurs.
Les dépenses induites sont faramineuses. Comme on ne peut plus licencier, on n’embauche plus, et on s’accommode de salariés improductifs, dans le public comme dans le privé. La valeur du travail disparaît. Cela tombe bien : comme tout est subventionné, plus aucune entreprise ne cherche à être compétitive. Et le peuple commence à croire en deux mythes, celui de l’argent gratuit et celui de la consommation comme moteur de l’économie. Tant pis si tout est importé de l’étranger.
La réalité est bien plus brutale : le pays n’a jamais autant emprunté. En six ans, la dette a été multipliée par neuf, alors même que les revenus pétroliers ont été multipliés par quatre. Le Venezuela est un milliardaire qui réussit l’exploit de vivre au-dessus de ses moyens.
Au départ de Carlos Andrés Pérez en 1979, les intérêts de la dette commencent à dévorer une part de plus en plus importante du budget national. Herrera Campíns, chrétien-démocrate qui lui succède, promet de remettre les finances en ordre, mais sans couper dans le train de vie de l’État. Il tente une politique de libération tarifaire, mais le peuple, habitué à vingt ans de prix bas, exprime aussitôt son mécontentement dans la rue.
Sous pression, Campíns fait marche arrière. Après tout, rien ne presse : avec la révolution iranienne, les prix du pétrole grimpent encore et le Venezuela reçoit toujours plus d’argent.
Sauf que cela ne dure pas. Et en ce « Vendredi noir » de 1983, la monnaie s’effondre.
Pour sauver le pays, il faudrait dévaluer. Mais le pouvoir ne peut s’y résoudre, d’autant que les élections approchent. Campíns invente alors le pire des stratagèmes : il subventionne la majorité des importations en dollars. La nourriture, les médicaments et les machines industrielles sont vendus selon l’ancien taux de change, comme si le bolivar ne s’était pas écroulé. L’État paie la différence !
Un procédé temporaire que son successeur, le social-démocrate Jaime Lusinchi, va institutionnaliser. Sans scrupule, il a été élu grâce à un slogan lunaire : « la crise, c’est un état d’esprit ». Le RECADI (Régimen de Cambios Diferenciales) devient alors la plus grande machine à corruption d’Amérique du Sud.
Pour s’enrichir, il suffit de créer une société écran qui déclare vouloir importer pour 1 million de dollars de denrées, comme du lait en poudre. L’État, pour aider le peuple, lui vend 1 million de dollars au taux préférentiel de 4,30 bolivars. Évidemment, l’entreprise n’importe rien, ou seulement une infime partie. Elle revend immédiatement ce million de dollars au marché noir, au taux de 15 bolivars, et empoche 10,7 millions de bolivars de bénéfice, directement pompés dans les réserves de la Banque centrale.
Pourquoi s’embêter à cultiver ou à produire, si on peut devenir millionnaire en simulant une importation ? L’agriculture et l’industrie disparaissent définitivement. Personne n’est dupe, mais tout le monde en profite : les riches s’enrichissent, la classe moyenne voyage à peu de frais et les plus pauvres achètent des denrées à des prix encore bas. Sauf qu’à la fin des années 1980, la situation est insoutenable : le remboursement de la dette représente la moitié du budget de l’État. Mais, encore une fois, personne ne veut regarder la réalité en face.
En décembre 1988, Carlos Andrés Pérez revient au pouvoir, après une campagne qui atteint le summum du cynisme politique. Les difficultés financières ne sont jamais abordées. Au contraire, l’homme promet le retour du grand Venezuela, les années fastes de son premier mandat à l’époque du premier choc pétrolier.
Sa cérémonie d’investiture a tout du couronnement, dans un faste qui défie l’entendement. Plus de vingt chefs d’État, dont Fidel Castro et François Mitterrand, font le déplacement au Théâtre Teresa Carreño, le plus grand et le plus moderne complexe culturel de l’époque. Des sommes astronomiques sont dépensées en banquets, en fleurs importées, en sécurité et en réceptions dans les hôtels cinq étoiles de Caracas.
Le lendemain, Carlos Andrés Pérez annonce que les caisses sont vides. Le pays n’a plus le choix : il doit se tourner vers le FMI.
L’organisme demande la fin du RECADI et de l’encadrement des prix, un programme de privatisations et le gel des embauches dans la fonction publique. En quelques jours, les prix sont multipliés par trois. Le coût de l’essence et des prêts immobiliers explose.
La révolte qui s’ensuit est incontrôlable. En quelques heures, tout Caracas est en feu. Les manifestants brûlent les bus, saccagent les magasins. Les uns transportent des carcasses de bœuf entières sur leur dos, les autres des téléviseurs, au milieu de rues jonchées de verre brisé.

Carlos Andrés Pérez, dépassé, ordonne à l’armée de rétablir l’ordre. Armés de fusils d’assaut et de munitions de guerre, les soldats tirent à balles réelles dans les quartiers populaires. C’est un carnage. Les morgues de Caracas débordent. On crée des fosses communes pour enterrer les corps à la hâte. Les ONG comptent près de 3 000 morts. La confiance dans le pouvoir politique est définitivement brisée.

Hugo Chávez, alors jeune officier, est horrifié de recevoir l’ordre de tirer sur ses compatriotes. Dans un pays où les institutions se délitent les unes après les autres, il tente en 1992 un coup d’État pour prendre le pouvoir. Emprisonné, il sera relâché en 1994 pour tenter de pacifier un pays au bord de la rupture.
À cause de la corruption et du manque de contrôle, la moitié du système bancaire s’écroule. L’État doit dépenser 11 % du PIB pour sauver les banques. L’inflation atteint 100 %. Peu de temps après, le prix du pétrole s’effondre. Le Venezuela est à genoux. La pauvreté, qui était de 15 % dans les années 1970, touche désormais plus de 60 % de la population.
Les Vénézuéliens, excédés, ne veulent plus entendre parler des partis traditionnels, de droite comme de gauche. Aucun n’a eu le courage de dire la vérité. Tous ont suivi la même politique dépensière et clientéliste.
La commission d’enquête chargée d’identifier les responsables des détournements du RECADI se contente de désigner un bouc émissaire, Ho Fuk Wing, un homme d’affaires chinois rapidement surnommé « le Chinois du RECADI ». Aucun ministre ni dignitaire n’est inquiété.
Ce simulacre attise encore le ressentiment d’un peuple à qui l’on demande des sacrifices, tandis que la classe dirigeante continue de vivre dans une impunité totale, sans jamais avoir à répondre de ses actes.
Dans ce contexte, Hugo Chávez semble être l’homme providentiel. L’ancien révolutionnaire adoucit son image. En costume trois pièces, il prend la voie de la normalisation. Comme ses prédécesseurs, il ne parle pas de sacrifices, mais de grands projets. Celui d’une nouvelle république, censée guérir de tous les maux.
Ses concurrents, à court d’idées, se lient dans l’urgence dans un « front républicain » pour lui faire barrage… Mais le peuple n’y croit plus. Après tout, pourquoi ne pas essayer Chávez ? La situation ne peut pas être pire.
En réalité, la politique qu’il met en œuvre ne fait que recycler les vieilles recettes de Lusinchi. Vingt-sept ans plus tard, 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, et près de la moitié d’entre elle est dans l’incapacité de s’acheter le panier alimentaire de base.
Pendant des décennies, les Vénézuéliens ont préféré céder aux promesses démagogiques plutôt que d’affronter la réalité. « Le Venezuela est un pays riche ». « De l’argent, il y en a ». Autant de slogans qui permettaient d’éviter d’aborder les problèmes structurels. Il n’a jamais été question de créer de la richesse, seulement de mieux la redistribuer, avec cette conviction persistante que l’avenir ne pouvait pas être pire. Pourtant, les problèmes ne disparaissent pas parce qu’on détourne le regard. Les Vénézuéliens l’ont appris de la manière la plus brutale qui soit : il y a toujours plus profond que le fond. Essayons de nous en souvenir.
Merci à Cédric Mouret @ElPerezosoInfo, qui m’a soufflé l’idée de cet article et aidé à construire ce récit.
L’article Le Venezuela, un avertissement pour la France est apparu en premier sur Les Électrons Libres.
Michaël Mangeon @mangeon4.bsky.social posted:
Je serai à Marseille le 12 février 2026, de 14h à 16h, pour présenter une histoire de la sûreté #nucléaire sur le campus Saint-Charles de l’Université d’Aix-Marseille.
Si vous êtes dans le coin, on se retrouve là-bas !
Inscription : amuform.univ-amu.fr/isfin-Confer...
L’Iran, ce géant du Moyen-Orient aux ressources immenses et à l’histoire plurimillénaire, se trouve aujourd’hui à un carrefour de son histoire. Le régime des mollahs, en place depuis la révolution islamique de 1979, pourrait enfin être dissous sur l’autel de la violente recomposition géopolitique mondiale actuelle et du volontarisme américain. Affaibli par la récente guerre des 12 jours menée par Israël, marqué par des sanctions internationales écrasantes, une économie chancelante et des soulèvements populaires récurrents qui appellent à un changement radical, il s’attend à subir une intervention conjointe des États-Unis et de l’État hébreu, appuyée par d’autres nations occidentales, avec le soutien de la résistance intérieure. Se pose alors ardemment la question de la succession, et des courants et figures qui pourraient l’incarner.
Pour le moment, l’opposition iranienne, fragmentée et souvent exilée, n’a pas su unir ses forces. Une démarche à laquelle elle s’emploie désormais au pas de charge, tout en regardant avec un intérêt méfiant la volonté d’intervention américano-israélienne, dont l’exécution serait de nature à déterminer la plupart des scénarios de transition, pour le meilleur ou pour le pire. Dans ce panorama complexe, plusieurs courants émergent, chacun avec ses figures emblématiques, ses forces et ses faiblesses, influençant non seulement l’avenir interne de l’Iran, mais aussi les équilibres géopolitiques régionaux.
Le courant monarchiste, ancré dans la nostalgie de l’ère Pahlavi, qui symbolise pour ses soutiens une modernité laïque, une prospérité économique et une puissance régionale, pourrait aspirer à restaurer une monarchie parlementaire. Ce mouvement met l’accent sur la stabilité, le nationalisme persan et une transition pacifique vers des élections libres. Il gagne du terrain parmi les classes moyennes urbaines et les exilés. Les manifestations actuelles, qui émaillent le pays de slogans comme « Reza Reza Pahlavi, ceci est notre slogan national » ou « Pahlavi reviendra », en témoignent, même si beaucoup se souviennent de la répression pratiquée par le régime du Shah après la « Révolution blanche » de 1963.
Reza Pahlavi, fils du dernier shah, Mohammad Reza Pahlavi, incarne cette tendance. Exilé aux États-Unis, il se positionne comme un leader de transition, promouvant une plateforme de coopération nationale qui aurait déjà attiré des dizaines de milliers d’officiers et de fonctionnaires du régime prêts à déserter. Ses interventions récentes, comme ses appels à « inonder les rues » pour prendre le contrôle jusqu’à la chute du régime, ou ses messages saluant les « vrais héros » des manifestations et honorant les martyrs, soulignent sa volonté de jouer un rôle central dans la transition. Il ne s’annonce pas directement en successeur des mollahs, mais comme facilitateur de la transition démocratique, souhaitant que le peuple se prononce sur la forme de régime qu’il veut voir adoptée. Cependant, au cas où la monarchie parlementaire se dégagerait, le rôle pourrait difficilement lui échapper.
Si les États-Unis orchestraient la chute du pouvoir, les chances de ce courant seraient élevées, car Washington, prudent après les échecs en Irak et en Afghanistan, l’envisage comme une option stable et pro-occidentale, évitant le chaos d’une révolution populaire incontrôlée, même si le format monarchique ne lui complaît pas forcément. En Iran, le poids réel des promoteurs de Pahlavi reste significatif, mais variable selon les régions, avec une base estimée entre 25 et 35 % selon certaines analyses, renforcée par les récentes manifestations où des drapeaux Lion et Soleil ont été brandis.
À l’international, ce courant pèse par son réseau d’exilés, particulièrement aux États-Unis et en Europe, où il bénéficie d’une visibilité médiatique croissante. Ses rapports avec les grandes puissances sont favorables. Reza Pahlavi s’est rapproché du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Selon le grand reporter franco-iranien Emmanuel Razavi, interviewé par Atlantico : « Il a d’ailleurs un projet d’“accords de Cyrus”, qui ont vocation à créer un pacte d’amitié et d’entente avec les voisins de l’Iran, et avec Israël. » Quant à l’administration Trump, elle a exprimé un soutien clair aux manifestants, que Pahlavi a salué comme un encouragement décisif pour restaurer les liens historiques Iran-Amérique. L’Arabie saoudite sunnite, elle, y voit un allié potentiel pour contenir l’influence chiite iranienne et, surtout, restaurer la quiétude du commerce régional perturbé par le contexte.
Le terme « réformiste » en Iran n’a pas beaucoup de sens. Il désigne des figures intégrées au système théocratique qui promettent de pseudo-ajustements sans remettre en cause les fondements du pouvoir, dont ils profitent, en plus d’être partie prenante dans le narcotrafic qui incrimine les mollahs et détermine leurs liens avec le Venezuela. L’illustration en a été donnée par l’élection de Masoud Pezechkian, ancien pasdaran, à la présidence de la République islamique. Présenté comme un modéré, son mandat n’a pas atténué la répression, ni influé sur la terrible crise économique qui frappe le pays. Ces réformistes, autrefois représentés par des présidents comme Mohammad Khatami ou Hassan Rouhani, se révèlent être des illusions, souvent disqualifiées par le Conseil des gardiens de la Révolution ou boycottées par la population. Les 41 % de participation à la dernière présidentielle en sont l’expression, le taux le plus bas enregistré depuis 1979, reflétant un rejet massif du système.
Certes, des figures comme Azar Mansouri, tête du Front réformiste d’Iran, ont accueilli favorablement les licenciements dans les forces de sécurité, mais leur influence reste limitée à des cercles élitistes cooptés par le régime. D’autres, tels que Mostafa Tajzadeh, conseiller de Pezechkian, critiquent ouvertement la corruption depuis l’intérieur, mais leur action est entravée par la surveillance et les arrestations.
En cas d’intervention sur le sol iranien, les chances de survie de ce courant seraient faibles, car Washington privilégie des options plus pro-occidentales. Mais il faut toujours se méfier avec Trump, comme en témoigne l’exemple vénézuélien. Même si les réformistes sont totalement compromis, une éventuelle volonté de ne pas trop changer le (dés)ordre établi dans le pays leur offre une chance de jouer un rôle.
Pourtant, au sein de la population, leur poids est marginal, et ils sont incapables de mobiliser les masses, qui les perçoivent comme des complices de l’enfer qu’elles vivent. À l’international, ils sont le reflet conspué de la pérennité d’un régime honni, même si certains, des États-Unis à l’Europe, les voient comme des interlocuteurs potentiels pour un dialogue. Méfiance.
Au sein d’un pays dont il ne faut pas ignorer la dimension tribale (Perses, Azéris, Kadjars, Kurdes, Lors, Baloutches, Arabes iraniens, Turkmènes, Qashqai, Gilaks, Mazandaranis, Talyches, etc.), la société civile iranienne forme un réseau dynamique et décentralisé d’activistes, d’intellectuels et de citoyens qui défient le régime par des protestations spontanées et des campagnes pour les droits humains, représentant l’espoir d’un changement organique au-delà des structures politiques traditionnelles. Au sein de cette mouvance, plusieurs courants se distinguent, notamment le féminisme, incarné par le mouvement « Femme, Vie, Liberté », né en 2014 — voire bien avant concernant ses prémices — mais revivifié en 2022 après l’assassinat de Mahsa Amini pour un voile islamique mal porté. Ensuite, les mouvements syndicaux, où ouvriers et enseignants organisent des grèves massives contre l’inflation et les salaires impayés, comme les fermetures de boutiques à Téhéran et Ispahan récemment.
En tête de ces dynamiques se dégagent les noms de Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023, qui, depuis sa prison d’Evin, dénonce les exécutions et appelle à une convergence pluraliste pour un ordre post-islamique, mais aussi celui de Masih Alinejad, exilée aux États-Unis, parfois suspectée d’être trop proche des « réformistes », qui mobilise largement via les réseaux sociaux, ou encore Hamed Esmaeilion, porte-voix des familles des victimes du vol PS 752 abattu en 2020, et des cinéastes dissidents comme Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof, qui exposent la censure et la corruption à travers leurs œuvres.
Les chances de cette nébuleuse d’approcher le pouvoir restent assez minces en l’absence d’unité en son sein, et ce, même si son poids en interne est considérable parmi les classes éduquées, les jeunes, les étudiants et les travailleurs, formant le cœur des protestations actuelles.
Cette tendance islamo-marxiste, incarnée par l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien, représente la force d’opposition la plus structurée et la plus active à l’étranger. Fondée dans les années 1960, elle a participé à la révolution de 1979 avant de passer à la lutte armée contre les mollahs, subissant des exécutions massives dans les années 1980. Maryam Rajavi dirige ce courant depuis son exil en France, puis en Albanie. Elle multiplie les discours et les rassemblements, saluant les protestataires actuels comme une « armée de la liberté » et avertissant les forces de sécurité que « les tribunaux d’un Iran libre vous attendent ».
En réalité, ses chances d’accéder au pouvoir sont infimes. Beaucoup d’Iraniens ne lui pardonnent pas son rôle dans la révolution de 1979 et son alliance passée avec Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak, perçue comme une trahison nationale.
En Iran même, son influence reste très limitée à des réseaux clandestins et des unités de résistance, malgré les affirmations du régime qui en fait un ennemi déterminant. À l’international, les Moudjahidines pèsent grâce à un lobbying intense en Occident, mais c’est un leurre. Si Washington les a retirés de sa liste des organisations terroristes en 2012, leur passé les rend toxiques pour la plupart des acteurs concernés.
Parmi les forces ethniques susceptibles de jouer un rôle dans l’avenir post-mollahs, les Kurdes occupent une place particulière par leur implantation territoriale dans le nord-ouest de l’Iran et leur longue tradition de résistance armée face au centralisme théocratique de Téhéran. Ces mouvements mêlent revendications autonomistes, défense des droits culturels et aspirations démocratiques dans un contexte de répression intense, accentuée depuis les soulèvements de 2022. Souvent en exil ou dans des camps frontaliers en Irak, ils opèrent sous la menace permanente d’assassinats ciblés et de bombardements iraniens. Bien qu’ils partagent un rejet commun du régime, les divisions idéologiques et stratégiques entre factions d’obédience marxiste et nationaliste démocratique rendent leur unification difficile.
Le Parti démocratique du Kurdistan iranien (KDPI), fondé en 1945, est l’un des plus anciens et des plus établis parmi les mouvements kurdes d’opposition. Il incarne un rude courant nationaliste qui revendique une fédération iranienne accordant aux Kurdes une large autonomie culturelle, linguistique et politique, tout en ayant abandonné depuis les années 1990 la lutte armée comme moyen principal, au profit d’une stratégie diplomatique et d’un soutien aux protestations populaires intérieures. Dirigé depuis 2004 par Mustafa Hijri, le KDPI maintient des bases au Kurdistan irakien, où il dispose de forces peshmergas et d’un réseau clandestin actif en Iran.
Son influence reste significative dans les régions kurdes de Mahabad, Sanandaj ou Kermanshah, où il inspire grèves et manifestations, même si les attaques répétées du régime et les divisions internes limitent son rayonnement. À l’international, il bénéficie d’alliances avec d’autres partis kurdes régionaux et d’un lobbying en Europe pour obtenir des sanctions ciblées, mais il se montre très sceptique envers Israël, craignant d’être utilisé sans véritable engagement pour un changement de régime. Ses relations avec les grandes puissances sont pragmatiques. Il recherche le soutien diplomatique des États-Unis et de l’Europe, se méfie de la Turquie et de l’Arabie saoudite en raison de leur hostilité historique envers les Kurdes, tandis que la Chine et la Russie le considèrent comme un facteur de déstabilisation régionale, sachant qu’il a plusieurs fois exprimé son désir de voir émerger un Kurdistan unifié, au-delà de l’Iran.
L’autre grand mouvement kurde s’incarne dans le Komala, ou Organisation des travailleurs révolutionnaires du Kurdistan iranien. Fondé en 1969, il représente un courant d’inspiration marxiste-léniniste, centré sur la lutte armée et la révolution sociale contre le capitalisme théocratique. Il met l’accent sur l’égalité de classe, le respect de l’identité kurde et une transformation socialiste de l’Iran. Divisé depuis les années 2000 en plusieurs factions, dont le Komala Party of Iranian Kurdistan, dirigé par Abdullah Mohtadi, il conserve des camps en Irak et soutient activement les soulèvements nationaux, comme en témoigne son appel récent à transformer les grèves des commerçants et des ouvriers en insurrection généralisée contre le régime.
Il connaît depuis peu une modification profonde de ses structures, et sa direction commence à être dépassée par sa base, jeune, éduquée et bien moins attachée aux fondamentaux marxistes que ses aînés, en plus d’être très largement féminisée et d’affirmer son attachement à la nation iranienne, en plus de son appartenance kurde. Raison pour laquelle les puissances étrangères entretiennent avec lui un nouveau cycle de relations plus apaisé.
Mais ni le KDPI ni le Komala ne peuvent être envisagés comme des options nationales. L’enjeu les concernant consiste à voir leurs revendications d’autonomie s’éloigner d’une tentation de guerre civile — que le Komala rejette massivement — en les intégrant dans une potentielle fédération iranienne dans laquelle, comme pour d’autres tribus historiques, seraient respectées leurs particularités ethniques et leur attachement territorial, fondant une nation diverse mais soudée.
Restent enfin les nationalistes laïcs non monarchistes. Ils constituent un courant important, mais relativement discret, dans l’opposition au régime des mollahs. Ils s’inspirent souvent de l’héritage de Mohammad Mossadegh (Premier ministre du Shah, écarté par les Américains en 1953 après la nationalisation du pétrole de l’Anglo-Iranian Oil Company) et du Front national de l’Iran, la plus ancienne organisation pro-démocratique opérant encore en partie à l’intérieur du pays malgré une répression extrême. Ce groupe historique, fondé en 1949, regroupe des libéraux laïcs, des sociaux-démocrates et des nationalistes qui défendent une république démocratique, la séparation stricte entre religion et État et une identité iranienne centrée sur l’histoire préislamique et la souveraineté nationale. Mais leur poids réel en Iran reste limité par la surveillance et l’absence d’organisation de masse. Ils pèsent surtout parmi les intellectuels, les classes moyennes urbaines et les nostalgiques du nationalisme mossadeghiste.
Monarchistes, réformistes, nationalistes, Kurdes et mouvements issus de la société civile, chacun essaie aujourd’hui de se rapprocher de l’autre pour structurer une opposition de poids face à un régime des mollahs sous la menace de l’intervention militaire israélo-américaine qui se dessine. Lequel sera considéré, lequel tirera au mieux son épingle du jeu ? Surtout, face à un peuple iranien soucieux de déterminer seul son avenir, même s’il ne rejette pas un soutien étranger pour y parvenir, quelle sera la capacité d’une Amérique aux volontés hégémoniques de le laisser manœuvrer à sa guise sans provoquer le chaos ? Réponses bientôt.
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