OFB, le shérif de la biodiversité
Régulièrement pointé du doigt par les agriculteurs pour ses contrôles tatillons, menés par des agents armés, l’OFB cherchait à se construire une légitimité. Patatras : la nomination d’une écologiste radicale comme directrice générale déléguée chargée de la « mobilisation de la société » ravive la contestation de ses méthodes et pose frontalement la question de son militantisme environnemental, à l’instar de celui de l’ADEME.
Créé en 2020 par la fusion de l’Agence française pour la biodiversité et de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, l’Office français de la biodiversité (OFB) s’est vu confier un champ d’action exceptionnellement large. Il produit de l’expertise scientifique, finance et accompagne des projets, gère des espaces naturels, anime des réseaux territoriaux, conduit des campagnes nationales de communication, mobilise la société civile… et exerce la police administrative et judiciaire de l’environnement. Peu d’opérateurs publics européens cumulent à ce point autant de fonctions.
Des moyens qui ne suivent pas
Pour mener à bien ses missions, l’OFB s’appuie sur de significatives ressources humaines : plus de 3 000 agents, dont 1 700 inspecteurs de l’environnement, répartis sur 270 implantations territoriales. Pourtant, lorsqu’on fait le bilan de ses moyens réels, et malgré leur augmentation régulière et un conseil d’administration pléthorique, ceux-ci s’avèrent nettement en retrait par rapport à ceux de ses homologues européens.
Résultat : avec des effectifs globalement inférieurs à quinze agents par département, l’OFB n’est pas, comme le souligne un rapport sénatorial, « en mesure d’accompagner de façon satisfaisante les acteurs et les élus locaux sur le terrain ».
Priorité à la police
Dans ce contexte, l’Office privilégie sa mission de police. Son rapport d’activité 2024 revendique plus de 130 000 contrôles et plusieurs milliers de procédures pénales, notamment établies par des officiers judiciaires de l’environnement dotés de prérogatives étendues.
Durant leur audition au Sénat, de nombreux acteurs ont dit regretter que ces missions prédominent sur celles d’accompagnement et de conseil, réduisant durablement l’image de l’OFB à sa dimension répressive. Une orientation contestée dès l’origine, comme en 2019, par le sénateur Daniel Gremillet, regrettant, de façon prémonitoire, le choix d’« une posture répressive concernant la biodiversité ». « Dans les territoires, on observe un phénomène de ras-le-bol », ajoutait-il. On s’en serait douté.

Le poids des normes
Cet aspect répressif s’ajoute à la difficulté de l’OFB à naviguer dans la complexité contradictoire de règles environnementales érigées en priorité politique et dont il doit pourtant contrôler la mise en œuvre.

Mais en raison de ce foisonnement normatif et de moyens somme toute limités, sa mise en œuvre policière et judiciaire repose sur la mise en scène, la pression symbolique et la conflictualité plus que sur son effectivité, avec une réponse pénale souvent limitée. La loi prévoit souvent des peines plafond lourdes allant jusqu’à l’emprisonnement, mais en pratique, les peines réellement prononcées par les tribunaux sont souvent de l’ordre du rappel à la loi ou des stages de citoyenneté. Pas de quoi justifier une telle usine à gaz, alors ?
Le symbole de l’arme
À l’OFB, l’arme est l’habit qui fait le moine. Pour Olivier Thibault, son directeur général, elle « est indissociable de l’exercice de la police de l’environnement ». Réellement ? Les agents de l’Office national de la chasse étaient déjà armés, ce qui se justifiait par la lutte contre le braconnage, notamment nocturne. Or la création de l’OFB s’est notamment accompagnée de la disparition de ses patrouilles de nuit. Comme le relève le Sénat, non sans ironie, à propos des activités illicites visées, elles ont désormais lieu « principalement les week-ends et jours fériés, journées pendant lesquelles les agents de l’OFB ne sont pas présents sur le terrain ».
Tout se passe ainsi comme si le contrôle de l’agriculteur avait remplacé celui du braconnier. Pour justifier le maintien de l’arme, la direction invoque la mémoire de ses employés morts en service. Les sénateurs rappellent en effet « l’existence d’un lourd historique d’agents blessés ou tués », illustré par la stèle rendant hommage aux 85 d’entre eux morts en service, dont une quinzaine tombés sous les balles. Un monument promu par les syndicats, devenu un symbole de la légitimation du port d’arme. Or celui-ci ne résiste pas à l’analyse. Depuis la création de l’Office, on ne recense en effet qu’un seul mort en service… par électrocution. Un paradoxe d’ailleurs reconnu par le directeur général lui-même : « depuis la création de l’OFB, [les] inspecteurs n’ont jamais sorti une arme devant un agriculteur ». Si le revolver n’est jamais utilisé, pourquoi en faire un élément indispensable, alors que sa fonction culpabilisante demeure ?
Porosité militante
La réponse apparaît en filigrane dans les travaux parlementaires. Les sénateurs pointent « l’approche militante, parfois zélée, voire disproportionnée de certains inspecteurs », allant jusqu’à évoquer la nécessité de sanctions. Des postures qui nourrissent la crispation sur le terrain et fragilisent la légitimité de l’OFB. Un de ses agents a même assimilé les agriculteurs à des dealers. Quant à Véronique Caraco-Giordano, secrétaire générale du Syndicat national de l’environnement (SNE-FSU), syndicat majoritaire au sein de l’OFB, elle fait mine de s’interroger : « Est-ce qu’on demanderait à la police nationale et aux préfets d’aller s’asseoir avec les délinquants pour dire “voilà, on va vous laisser un peu tranquilles” ? » Les agriculteurs seraient donc des délinquants par essence ? Qui peut laisser passer cette affirmation ?
Un communiqué publié en janvier 2026 par le syndicat pointé développe une lecture politique globale de la crise agricole, dénonçant la « mondialisation mortifère », appelant à un « changement systémique » du modèle du secteur et affirmant « faire sienne la lutte paysanne ». Le propos est assumé comme militant, mais le décalage est patent. Des agents investis de pouvoirs de police judiciaire, parfois armés, se revendiquent publiquement d’un discours idéologique à propos du modèle économique qu’ils sont chargés de contrôler. Et la même Véronique Caraco-Giordano de demander « aux paysans et aux paysannes de nous nourrir de façon correcte, sans nous empoisonner ». Une formule qui, de facto, tend à faire de l’agriculteur (conventionnel) l’ennemi public numéro un de la biodiversité.
Mobiliser la société ?
Dans ce contexte, la mission de « mobilisation de la société » prend tout son sens. Elle constitue désormais un axe structurant de l’action de l’OFB. Son rapport d’activité revendique des campagnes de communication massives, des partenariats avec des plateformes de participation citoyenne engagées et des relais médiatiques. Selon le registre européen de transparence, l’OFB participe même au financement de l’association Générations Futures, connue pour ses études biaisées et anxiogènes sur les résidus de pesticides.
La nomination d’Anne Le Strat, ancienne élue et militante écologiste, opposée aux méga-bassines, ex-porte-parole du Mouvement Utopia, une association qui prône la « citoyenneté universelle, le refus du dogme de la croissance, de la société de consommation et de la centralité de la valeur travail », ne peut donc pas être interprétée comme une maladresse isolée. Elle parachève une orientation assumée, où l’Office ne se contente plus d’appliquer le droit, mais entend organiser l’adhésion à un projet sociétal qui dépasse le cadre de la protection de la biodiversité. D’ailleurs, et c’est rassurant, cette nomination baroque a suscité un tel tollé sur les réseaux sociaux que le Premier ministre a annoncé l’ouverture d’une enquête sur ses conditions.
Revenir à l’essentiel
Comme avec l’ADEME, nous sommes face à un opérateur qui cumule les fonctions d’expert, de prescripteur, de financeur et de communicant, auxquelles s’ajoute la coercition. Cette concentration de rôles brouille les responsabilités, fragilise la légitimité de l’action publique et alimente la conflictualité.
Pourtant, les enjeux auxquels est confrontée la biodiversité méritent infiniment mieux qu’une instrumentalisation militante et une réponse répressive à l’encontre de ceux qui nourrissent notre pays.
Traquer le braconnier, oui. Encore faut-il envoyer des agents à sa rencontre lorsqu’il agit. Culpabiliser l’agriculteur par principe au nom d’une idéologie ignorante de la réalité agricole, pour attiser sa colère et tromper l’opinion, sûrement pas…
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