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Orynick @orynick.fr posted:
LFI souhaite garder les déchets en surface.
Parce qu'en surface il ne faudra absolument pas les gérer pendant longtemps...
Quoted post from La France Insoumise du Maine et Loire @lfidu49.bsky.social:
🚨 Cigéo : non à l’enterrement des déchets radioactifs !
Un danger pour des millénaires ne se “gère” pas en l’enfouissant. Du 18 mai au 2 juillet, déposons un avis défavorable.
👉 www.registre-numerique.fr/dac-cigeo
L’impact du bio sur la santé est un sujet qui revient régulièrement sur le devant de l’actualité et qui, à ce jour, n’a pas trouvé de réponse nette et précise. On ne sait donc toujours pas si certains signaux observés reflètent un effet propre du bio, lié à une moindre exposition aux résidus de pesticides par exemple, ou s’ils traduisent plus simplement le profil global des personnes qui en consomment : alimentation plus équilibrée, modes de vie plus favorables, meilleur suivi médical et niveau socio-économique souvent plus élevé. D’autant que les aliments conventionnels mis sur le marché sont, dans leur très grande majorité, conformes aux limites réglementaires de résidus, ce qui les fait considérer comme sans danger attendu aux niveaux d’exposition habituels. Pour explorer notamment un potentiel rôle protecteur contre le cancer, la France dispose d’un outil précieux : la cohorte NutriNet-Santé. Lancée en 2009, elle suit dans le temps des volontaires adultes recrutés dans la population générale. Ceux-ci renseignent régulièrement, via des questionnaires en ligne, leur alimentation, leur mode de vie, leurs caractéristiques sociales, leur état de santé et les maladies éventuellement survenues. Cette richesse de données permet d’étudier les liens entre comportements alimentaires et santé.
En 2018, une première publication issue de cette cohorte avait interpellé. Près de 70 000 participants avaient été suivis pendant un peu plus de quatre ans, avec une forte majorité de femmes, environ 78 %, et un âge moyen d’environ 44 ans. Au total, 1 340 cancers avaient été diagnostiqués. Les auteurs rapportaient une association statistique entre une consommation plus fréquente d’aliments bio et une incidence plus faible de cancers : 1,6 % chez les plus gros consommateurs de bio, contre 2,2 % chez les non-consommateurs, soit une réduction relative de l’ordre de 25 %, avec en plus un signal très favorable sur les lymphomes même si l’effectif était très limité (un peu plus de 50 cas diagnostiqués). Ce résultat avait été largement commenté, parfois comme s’il s’agissait déjà d’une démonstration causale, l’écueil classique amenant certains à confirmer leur croyance sur le sujet et à crier victoire. Or il s’agissait d’une association observationnelle, intéressante mais nécessitant une confirmation. Mais un signal pour la première fois était rapporté.
Une nouvelle analyse de NutriNet-Santé relance aujourd’hui la question, mais avec un angle plus précis que l’étude de 2018. Il ne s’agit plus d’évaluer la consommation globale d’aliments bio, mais l’effet statistique du remplacement de fruits et légumes conventionnels par des fruits et légumes bio, à quantité totale consommée équivalente. La nouvelle analyse repose, elle, sur un questionnaire alimentaire détaillé rempli en 2014, permettant de distinguer les quantités de fruits et légumes bio et conventionnels. Seuls les participants disposant de ces données et d’un suivi exploitable ont donc été inclus, soit 31 179 personnes. Un effectif donc plus restreint que celui mobilisé dans la précédente étude. Après 7,3 ans de suivi en moyenne, 1 718 cancers ont été diagnostiqués (période de suivi plus longue donc plus de cancers diagnostiqués), dont 284 cancers du sein post-ménopausiques.
Le résultat principal est une association entre la substitution quotidienne de 100 grammes de fruits et légumes conventionnels par leurs équivalents bio et une baisse de 10 % du risque de cancer du sein post-ménopausique. En revanche, le signal est beaucoup plus faible pour l’ensemble des cancers, avec une réduction relative d’environ 2 % à la limite de la significativité, et il n’est pas clairement retrouvé lorsque l’exposition est analysée par quintiles (cinq groupes d’analyse selon la quantité consommée). Les résultats de 2018 ne sont donc que partiellement confirmés. Le signal est retrouvé uniquement dans le cancer du sein post-ménopausique (ce qui n’était pas le cas précédemment), mais pas pour une protection générale contre le cancer, avec une perte nette de l’effet protecteur mesuré (2 % contre 25 %). Quant aux lymphomes, qui constituaient un des résultats marquants de la première étude, ils ne peuvent pas vraiment être comparés ici, faute d’un nombre suffisant de cas analysables séparément.
La question centrale devient alors la suivante : ce signal statistique peut-il être interprété comme un effet biologique réel, ou correspond-il à une association liée au hasard, aux biais de mesure ou au profil particulier des consommateurs de bio ?
Pour passer d’une corrélation à une hypothèse causale solide, plusieurs conditions doivent être discutées. Il faut d’abord que le résultat soit reproductible dans d’autres populations. Or, sur ce point, les données restent hétérogènes. La grande étude britannique Million Women Study, menée chez plus de 623 000 femmes et totalisant 53 769 cancers, n’a pas retrouvé de réduction du risque global de cancer chez les consommatrices régulières de bio. Elle observait même une légère augmentation de 9 % du risque de cancer du sein, tout en retrouvant une baisse du risque de lymphome non hodgkinien. L’étude danoise Diet, Cancer and Health, autre cohorte importante, aboutissait elle aussi à des résultats contrastés : 41 928 participants suivis pendant une médiane de 15 ans, 9 675 cancers diagnostiqués, aucune association avec le risque global de cancer, un signal favorable pour le cancer de l’estomac, mais un risque plus élevé de 45 % de lymphome non hodgkinien chez les consommateurs de bio. Ces divergences ne disqualifient pas NutriNet-Santé, mais elles ne permettent pas de confirmer ce qui vient d’être publié.
Il faut ensuite examiner la validation interne de l’étude, c’est-à-dire sa capacité à limiter les biais. Les auteurs ont ajusté leurs modèles sur de nombreux facteurs : âge, sexe, niveau d’éducation, profession, revenu, statut marital, apport énergétique, alcool, activité physique, tabac, indice de masse corporelle, taille, antécédents familiaux, qualité globale de l’alimentation et consommation totale de fruits et légumes. Pour le cancer du sein post-ménopausique, ils ajoutent notamment l’âge des premières règles, le nombre d’enfants et l’utilisation d’un traitement hormonal de la ménopause. C’est un effort méthodologique réel. Mais l’ajustement statistique ne supprime pas tout risque de confusion résiduelle.
Un facteur de confusion mérite une attention particulière : l’allaitement. Il ne semble pas intégré dans le modèle d’ajustement, alors qu’il s’agit d’un facteur protecteur reconnu depuis longtemps du cancer du sein. Or les comportements associés au bio ne sont pas isolés. Dans la cohorte française ELFE, l’usage d’aliments bio lors de la diversification alimentaire de l’enfant était associé à une durée plus longue d’allaitement, ainsi qu’à un profil social et comportemental plus favorable. Cette donnée ne prouve pas que les femmes de NutriNet consommatrices de bio aient davantage allaité, mais elle rend plausible l’existence d’une confusion résiduelle. Si les plus fortes consommatrices de bio ont aussi allaité plus souvent ou plus longtemps, une partie du signal observé sur le cancer du sein post-ménopausique pourrait être liée à ce facteur non mesuré plutôt qu’à un effet propre du mode de production biologique.
Le dépistage est un autre point délicat. En France, le dépistage organisé concerne les femmes de 50 à 74 ans, avec mammographie tous les deux ans, mais la participation reste variable selon les territoires et les profils sociaux. Un meilleur recours au dépistage peut modifier l’incidence observée, en détectant davantage de cancers, notamment précoces. Ce biais n’explique pas simplement un lien avec le risque chez les consommatrices de bio, mais il rappelle que l’incidence mesurée dépend aussi de la probabilité d’être diagnostiquée, qui n’est pas rapportée.
Enfin, il faut tenir compte de la multiplicité des analyses. Lorsqu’on examine plusieurs localisations de cancer, plusieurs modèles statistiques et plusieurs façons de classer l’exposition, la probabilité de faire émerger un résultat significatif par hasard augmente. Le fait que le signal principal porte sur 284 cancers du sein post-ménopausiques, et non sur l’ensemble des 1 718 cancers, impose donc de rester prudent. Ce n’est pas un résultat négligeable, mais ce n’est pas non plus une preuve généralisable à la population générale que le bio protège du cancer.
Enfin, on peut noter une forme d’asymétrie dans le traitement interprétatif des résultats. Lorsqu’un signal va dans le sens attendu, il est volontiers présenté comme biologiquement plausible, robuste ou cohérent avec l’hypothèse des pesticides et fera alors très vite l’objet d’articles de presse. Lorsqu’il ne va pas dans ce sens, il est plus facilement décrit comme étonnant, insuffisamment puissant ou nécessitant des investigations complémentaires. L’absence d’effet protecteur sur le cancer colorectal en est un bon exemple et aurait « surpris » les auteurs de l’étude NutriNet d’après Le Monde. De même, les signaux parfois défavorables rapportés dans d’autres cohortes pour certains cancers sont rarement mis au même niveau de discussion que les résultats favorables.
Or une démarche scientifique impose une symétrie d’exigence. Si une association positive ne suffit pas à démontrer une causalité, une absence d’association ou une association défavorable ne peut pas être écartée d’emblée comme un simple bruit statistique. Dans les deux cas, il faut examiner la puissance de l’étude, la cohérence biologique, les biais possibles, la multiplicité des analyses et la reproductibilité externe. C’est précisément cette prudence qui permet d’éviter le « cherry picking », c’est-à-dire la sélection des seuls résultats qui confortent l’hypothèse initiale… et alimentent notre biais de confirmation.
Au fond, cette nouvelle étude ne dit pas que le bio est inutile, ni qu’il serait protecteur contre le cancer de façon générale. Elle ajoute un signal concernant le cancer du sein post-ménopausique, mais ce signal reste limité à un sous-groupe, repose sur un effectif relativement modeste de cas, et demande à être confirmé dans d’autres populations avec une meilleure mesure de l’exposition réelle aux pesticides et des facteurs de confusion, notamment reproductifs et sociaux.
La conclusion la plus raisonnable reste donc prudente. On peut évidemment manger bio, par choix personnel, environnemental ou pour réduire son exposition à certains résidus. Mais en matière de prévention du cancer, rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que le bio protège de manière démontrée la population générale. Les recommandations les plus solides restent les mêmes : une alimentation équilibrée et diversifiée, riche en fruits et légumes, qu’ils soient bio ou conventionnels, la limitation de l’alcool, l’arrêt du tabac, l’activité physique, le contrôle du poids et la participation aux dépistages recommandés. Et ce, dès l’enfance.
Les aliments conventionnels disponibles sur le marché sont par ailleurs très surveillés et respectent très majoritairement les limites réglementaires de résidus. Les présenter comme dangereux par principe serait aussi excessif que présenter le bio comme une assurance anticancer.
L’article Manger bio protège-t-il du cancer ? est apparu en premier sur Les Électrons Libres.
Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
Du coup, quitte à écouter des conneries, je m'étais remis l'intégrale de Naheulbeuk. Au moins c'est assumé, ça prétend pas être une référence informationnelle.
Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
Après trois minutes, le temps qu'ils présentent les invités, je m'arrêtais pour arrêter l'émission.
Chareyron de la CRIIRAD et Massemin de Reporterre. Un choix assumé de désinfo... Bon, disons d'orientation très très forte.
Tristan K. @tristankamin.bsky.social posted:
La dernière fois que j'ai voulu écouter la Terre au Carré, en podcast pour avoir un truc en fond pendant que je faisais du vélo, j'ai lancé leur émission sur les 40 ans de la catastrophe de Tchernobyl.
Quoted post from RACG Officiel - En route vers le 💯% 🚀🌻 @charbongaz.bsky.social:
Merci à La Terre au carré sur @franceinter.fr d'avoir organisé une émission sur la #désinformation des #EnR avec 2 invités de choix "RACG approuved" 😉
@paulneau.bsky.social a pu dérouler la check-list que nous lui avions préparée, sans interruption ☑️🤝🌻
Le 29 mai, Lyhanna, une collégienne de onze ans, disparaît à Fleurance, dans le Gers. Son corps est retrouvé peu après dans un silo agricole. Le principal suspect, Jérôme Barella, fait pourtant l’objet de plusieurs signalements et plaintes antérieures pour des violences ou agressions sexuelles sur mineure. Certaines de ces procédures ont abouti à des classements sans suite, dont l’une, en 2022, tandis qu’une autre enquête était encore en cours en 2025. Malgré ces alertes répétées, aucune mesure effective n’a été prise pour neutraliser le danger que représente Barella. Cette tragédie a révélé de sérieux dysfonctionnements de la justice et des services d’enquête. Notamment des retards dans le traitement des plaintes, un manque de coordination entre les services concernés et une incapacité manifeste à prioriser et à suivre les dossiers les plus sensibles.

Les critiques formulées à l’encontre du système judiciaire français ont été nombreuses. On lui a reproché une lenteur qui transforme trop souvent les enquêtes en procédures interminables, une tendance excessive au classement sans suite dans des affaires graves impliquant des mineurs, ainsi qu’une surcharge qui empêche les services d’enquête de relier efficacement les antécédents d’un individu. Ces reproches ne sont pas inédits, mais l’émotion suscitée par la mort de Lyhanna leur a conféré une acuité particulière et a placé la justice au cœur du débat public. Et ce, alors que s’amorce la campagne pour l’élection présidentielle de 2027, dont les sujets sécuritaires seront sans doute, encore une fois, l’un des enjeux, mais avec une plus forte présence que d’ordinaire, au regard de la radicalisation des luttes politiques.
Raison pour laquelle cette affaire donne lieu à une polarisation manichéenne. La droite y voit la confirmation d’un laxisme systémique et idéologique de la justice, alors que la plupart des dysfonctionnements dans l’affaire Lyhanna concernent l’enquête, donc la gendarmerie et le Parquet. À l’inverse, une partie de la gauche invoque presque exclusivement le manque de moyens de l’institution pour expliquer les failles du suivi du prévenu, sans véritablement questionner les problèmes d’organisation et de priorisation des affaires. Une opposition binaire et délétère conduisant à simplifier une réalité complexe et empêchant une analyse sereine des réformes nécessaires.
Au-delà des polémiques, la justice française souffre de manques réels et profonds. Selon les données de la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ), les délais de procédure y figurent parmi les plus élevés d’Europe. En matière civile et commerciale, la durée médiane de traitement en première instance atteignait 637 jours en 2022, contre 237 jours sur le reste du continent. En appel, elle s’établissait à 607 jours contre 177. Ces écarts persistent malgré une légère amélioration récente. Mais le délai moyen pour les affaires civiles contentieuses s’établissait encore autour de 354 jours en 2023. Dans le pénal, les traitements en appel peuvent prendre plus de 366 jours, loin des 110 jours médians observés ailleurs en Europe.
Les magistrats et les greffiers consacrent une part excessive de leur temps à des tâches administratives répétitives. Lecture exhaustive de milliers de pages de procédure, recherches manuelles de jurisprudence, rédaction de synthèses, préparation de projets de décisions et gestion des flux documentaires absorbent une grande partie de leur activité quotidienne. Des enquêtes internes et des rapports syndicaux montrent que de nombreux magistrats déclarent travailler plus de dix heures par jour, week-ends inclus, avec une part importante dédiée à ces opérations de support plutôt qu’à l’analyse juridique de fond. Cette charge administrative réduit considérablement leur capacité à se concentrer sur l’appréciation des faits et l’interprétation du droit.
S’ajoute à cela une difficulté récurrente à prioriser les dossiers les plus graves ou ceux qui présentent un risque immédiat pour la société. Leur volume global reste impressionnant. Plus de 1,4 million d’affaires nouvelles ont été introduites devant les tribunaux en 2024 en matière civile, tandis que le stock global dépassait 1,07 million à la fin de cette année. Dans le pénal, elles étaient près de 4 000 en attente de jugement fin 2024, soit une augmentation de 16 % sur un an. Le manque de coordination et une numérisation encore insuffisante rendent souvent impossible un suivi rigoureux des signaux faibles et des antécédents des individus.

Si la France peut s’enorgueillir de l’indépendance de ses juges, son organisation peine à répondre aux exigences actuelles de rapidité et d’efficacité. Avec seulement 11,3 magistrats professionnels pour 100 000 habitants contre une médiane européenne de 17,6, et un budget alloué à la justice représentant 0,20 % du PIB contre 0,28 % sur le reste du continent, ses handicaps sont évidents. Ce sous-effectif touche également les greffiers et les procureurs. La France ne compte que 15,4 greffiers pour 100 000 habitants, contre une moyenne européenne de 32,7, soit près de deux fois moins. Pour les procureurs, la situation est encore plus critique. Avec seulement 3,2 magistrats du parquet pour 100 000 habitants en 2022, la France occupe l’avant-dernier rang européen, loin de la médiane de 11,2, chacun gérant en moyenne plus de 2 000 affaires par an contre environ 200 chez nos voisins.
Ces éléments expliquent en partie pourquoi des alertes répétées, comme dans l’affaire Lyhanna, ne débouchent pas toujours sur une réaction rapide et proportionnée. Ils soulignent surtout la nécessité d’une réforme qui dépasse le seul débat sur les moyens pour s’attaquer à l’organisation même du travail judiciaire.
Dans ce contexte, il est légitime de s’interroger sur le rôle que l’intelligence artificielle aurait pu jouer dans des affaires comme celle de Lyhanna et globalement sur son potentiel en matière judiciaire. Si elle ne doit pas remplacer le juge dans ses fonctions fondamentales d’interprétation et de décision, elle constitue cependant un outil puissant pour assister les acteurs de la justice et réduire précisément ces difficultés.
Ses apports potentiels sont nombreux et concrets. L’IA excelle dans l’analyse rapide de milliers de pages de procédure, où elle extrait les éléments essentiels, résume des dossiers complexes en quelques minutes et génère des chronologies factuelles précises. Elle identifie instantanément les précédents jurisprudentiels pertinents au sein de bases de données comptant des millions de décisions, prépare des projets de documents ou de réquisitions et détecte automatiquement les pièces manquantes ou les incohérences dans un dossier. La transcription automatique des audiences, suivie d’une relecture humaine, et l’anonymisation systématique des décisions font également partie des apports dont elle peut faire bénéficier l’institution. La recherche juridique, autrefois incroyablement chronophage, devient quasi instantanée, permettant aux magistrats et aux avocats de croiser en temps réel des informations dispersées.
Enfin, l’IA élargit l’accès au droit pour les justiciables, en particulier les plus modestes. Elle peut leur expliquer les démarches en langage clair, les aider à remplir des formulaires administratifs, les orienter vers la juridiction compétente et leur fournir une évaluation indicative des chances de succès d’une procédure, sans se substituer à l’avis d’un professionnel.
Ces capacités peuvent formidablement améliorer la productivité de la justice. Surtout, elles libèrent du temps précieux pour que les magistrats se concentrent sur l’appréciation des faits, l’interprétation du droit et la prise de décision humaine, cœur même de la fonction judiciaire.
En matière d’enquête, l’IA offre également des perspectives particulièrement intéressantes. Elle peut analyser en temps réel de vastes volumes de données, allant des relevés téléphoniques en passant par les images de vidéosurveillance, les contenus issus des réseaux sociaux, les données bancaires ou encore les rapports d’expertise, pour détecter des corrélations invisibles à l’œil humain. Des algorithmes de reconnaissance de formes et de liens peuvent rapprocher automatiquement des affaires apparemment distinctes, identifier des modes opératoires récurrents ou reconstituer le parcours d’un individu à partir de multiples sources fragmentées. Dans l’analyse des antécédents judiciaires, l’IA permet un croisement ultrarapide entre les fichiers de police, les plaintes classées et les signalements en cours, ce qui facilite la mise en évidence de profils à risque élevé. Dans un cas comme celui de Jérôme Barella, une telle fonctionnalité aurait pu faire remonter plus rapidement les plaintes antérieures et alerter les autorités sur le profil du suspect, réduisant ainsi les risques d’errance dramatique.
La France semble commencer à prendre conscience de ces apports, malgré certains réflexes conservateurs. En mai 2025, le ministère de la Justice a lancé « Mon Assistant Justice », un outil souverain et déjà accessible à plusieurs milliers d’agents. Une démarche qui s’accompagne du développement de solutions privées depuis plusieurs années telles que Predictice ou Doctrine. Des versions spécialisées, telles que « Mon Assistant Pénal » et « Mon Assistant Civil », sont également en cours de déploiement pour accompagner directement les magistrats dans le traitement des dossiers. Des outils déjà largement utilisés par les avocats et les directions juridiques. Mais rien de comparable avec l’arsenal conçu par l’Estonie.
Le petit pays balte offre un cas particulièrement instructif. Considérée comme la société la plus numérisée et l’une des plus libérales d’Europe, elle a bâti une justice presque entièrement dématérialisée sur laquelle l’IA vient se greffer harmonieusement. Plus de 90 % des échanges entre tribunaux et avocats sont numériques, et près de 95 % des documents judiciaires sont signés électroniquement via le système e-File. Les citoyens peuvent engager, suivre et clôturer une procédure en ligne, sans aucun déplacement physique.
L’IA intervient concrètement dans la transcription automatique des audiences, avec un taux de précision élevé suivi d’une révision humaine, mais aussi dans l’analyse documentaire et dans l’automatisation des procédures simples telles que les injonctions de payer pour les petits litiges civils.
Les résultats sont éloquents. L’Estonie figure parmi les systèmes judiciaires les plus rapides d’Europe, avec des délais moyens en appel de 81 jours en matière pénale, 197 jours en civil et 257 jours en administratif (2022). La productivité a fortement progressé grâce à la réduction des tâches administratives. La clé réside dans la numérisation préalable. L’IA optimise une infrastructure déjà fluide, là où la France doit encore combler un large retard.
Les bénéfices de l’intelligence artificielle dans le domaine judiciaire sont indéniables. Pour autant, elle présente des défauts et des risques à ne pas minimiser. Les hallucinations, avec la production de fausses jurisprudences, ont déjà conduit plusieurs juridictions à publier des recommandations strictes. Les biais présents dans les données d’entraînement peuvent se reproduire. Le manque de transparence des algorithmes, la dépendance excessive des magistrats et les enjeux de confidentialité des données sensibles exigent une vigilance permanente. La France a raison de ce point de vue de privilégier des outils souverains.
L’IA ne guérira pas tous les maux du système, mais elle peut constituer un puissant accélérateur si elle est mise au service d’une réforme globale et assumée. De manière à ce qu’il n’y ait plus d’affaires Lyhanna ? À voir…
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