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Claude : stupeur et tremblements en Europe

La désactivation par les États-Unis de Fable 5 et de Mythos, les derniers modèles d’Anthropic, a provoqué un électrochoc. Elle a surtout éclairé la dépendance de l’Europe aux IA américaines, tout en lui offrant une opportunité d’affirmer sa souveraineté, portée par la France.

Dans un laboratoire de recherche européen, une équipe s’apprête à présenter une innovation médicale majeure. Les simulations finales, les optimisations de molécules et les validations croisées ont été conduites avec un nouveau modèle d’IA ultra-performant. La veille du dépôt, celui-ci est brutalement coupé par décision américaine. Des mois de données et de calculs deviennent soudainement inaccessibles, obligeant l’équipe à tout reprendre avec des outils moins efficients, au risque de voir un concurrent américain ou chinois déposer un brevet proche quelques semaines plus tard.

Cet exemple fictif (et certes caricatural) peut aussi s’appliquer au domaine militaire et à bien d’autres. Ainsi, nous pouvons envisager le cas d’une armée engagée dans une opération décisive. Au dernier moment, ses drones autonomes et ses systèmes de commandement tactique, alimentés par un modèle américain de pointe, perdent brusquement leurs capacités de reconnaissance et de prise de décision. Cloués au sol ou rendus imprécis, ils exposent les troupes au danger. Ces scénarios sont désormais possibles et plusieurs développeurs, y compris dans des domaines sensibles, en ont fait le récit ces derniers jours. Ils ont commencé à se matérialiser dans la nuit du 12 au 13 juin, lorsque Anthropic a dû désactiver mondialement ses modèles Fable 5 et Mythos 5 sur ordre du gouvernement américain.

À ce moment précis, des millions d’utilisateurs à travers le monde ont découvert avec stupeur que les modèles les plus avancés d’Anthropic, la société créatrice du LLM Claude, leur étaient soudainement retirés. Fable 5, lancé seulement trois jours plus tôt pour le grand public, et Mythos 5, sa déclinaison mais plus puissante orientée vers des usages sensibles en cybersécurité — qui n’était ouverte qu’à un cercle très restreint de sociétés éditrices de logiciels critiques —, ont été désactivés pour l’ensemble des clients. Anthropic a publié un communiqué expliquant avoir reçu une directive d’exportation du département du Commerce américain, sous l’autorité du secrétaire Howard Lutnick. Cette mesure, motivée par des préoccupations de sécurité nationale liées à un jailbreak (une faille de sécurité permettant de contourner les garde-fous de l’IA) signalé par les chercheurs du concurrent Amazon (qui sont parvenus à casser les limitations de Fable), imposait de suspendre l’accès aux modèles pour tout ressortissant étranger, y compris ceux travaillant au sein même d’Anthropic. Incapable de mettre en place un filtrage fiable par nationalité en temps réel, l’entreprise a préféré couper l’accès mondial à ses nouveaux modèles. Les plus anciens de la famille Claude demeurent en revanche accessibles, mais le choc provoqué par cette suspension brutale d’un système déjà largement déployé reste inédit.

Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions de plus en plus vives entre l’administration Trump et Anthropic. La société a d’ailleurs exprimé dans son communiqué une certaine frustration, qualifiant le jailbreak de relativement étroit et affirmant travailler à une résolution rapide, tout en se pliant à la loi américaine.

L’entreprise a auparavant montré des réticences face à certains contrats militaires et a longtemps mis en avant les risques globaux de l’IA pour plaider en faveur d’une régulation stricte. Elle se retrouve aujourd’hui confrontée aux conséquences de sa propre rhétorique de sécurité. Les États-Unis traitent désormais les modèles les plus performants comme des technologies stratégiques, comparables aux semi-conducteurs ou à l’armement nucléaire.

En France et plus largement en Europe, les réactions politiques ont fusé dans un mélange d’indignation, d’hypocrisie et d’incompréhension technique. Mais toutes, et c’est une première, semblent avoir saisi l’importance de l’affaire et découvert les conséquences de la vassalisation numérique de l’Europe. Des enjeux stratégiques que la plupart avaient jusque-là négligés, ne s’inquiétant que des régulations tatillonnes du continent et de son sous-investissement chronique.

L’affaire Anthropic a d’ailleurs été l’occasion d’une amusante parenthèse. Une rumeur virale a prétendu ces derniers jours que Mistral AI s’apprêtait à dévoiler un modèle surpuissant baptisé « Le Chaton Fat » ou « Le Gros Chaton », prétendument supérieur à Mythos 5. Il s’agit en réalité d’une vaste blague nourrie de fausses captures d’écran et de benchmarks inventés, à laquelle le PDG Arthur Mensch a lui-même répondu avec humour en confirmant ironiquement : « It’s actually le gros chaton ».

L’opportunité historique pour Mistral AI et l’Europe

Plus sérieusement, cet épisode pourrait pourtant se révéler comme offrant une opportunité historique pour l’Europe et pour des acteurs comme Mistral AI. En privant brutalement les entreprises, les laboratoires de recherche et les institutions publiques européennes d’un des modèles américains les plus performants, les États-Unis créent de facto un marché captif et peuvent donner des idées au Vieux Continent. Les données sensibles, les secteurs industriels stratégiques, les administrations et les projets de défense ne pourront plus dépendre d’outils dont l’accès repose sur le bon vouloir de Washington. Cette rupture renforce considérablement l’argument en faveur d’une IA souveraine, développée sur le sol européen et non soumise au Cloud Act, ni à l’extraterritorialité du droit américain.

Mistral AI peut ainsi espérer entrer dans une nouvelle dimension. Sa valorisation, encore modeste (bientôt autour de 20 milliards tout de même) au regard de celle atteinte par les leaders américains, pourrait vite augmenter si elle s’accompagne d’une mobilisation massive des pouvoirs publics et des investisseurs privés. Le rapatriement potentiel de talents européens travaillant dans les grands laboratoires américains, frustrés par les actuelles restrictions et par la perspective d’un accès limité aux modèles de l’Oncle Sam, constitue une aubaine supplémentaire pour densifier les équipes continentales et accélérer les progrès techniques.

Pour transformer cette opportunité, il ne suffira cependant pas de déclarations d’intention. Des investissements massifs et rapides s’imposent dans le calcul intensif, l’énergie et la recherche fondamentale. La France et l’Europe disposent ici d’atouts réels, à commencer par notre parc nucléaire capable d’alimenter des data centers, accusés d’être énergivores, de manière stable et décarbonée, sans dépendre des aléas des énergies intermittentes. Des partenariat publics-privés ambitieux, une accélération des programmes tels que France 2030, une simplification, voire un pacte de non-agression réglementaire, une fiscalité attractive pour les capitaux privés et une stratégie européenne cohérente deviennent indispensables. Sans cela, l’écart technologique risque de durer, si ce n’est de s’accroître. Les États-Unis pourraient alors inonder le marché européen de versions légèrement inférieures, juste assez performantes pour maintenir la dépendance tout en décourageant l’émergence de champions autonomes.

La position chinoise et les risques pour l’Europe

La Chine observe cette situation avec un intérêt gourmand. Peu entravée par les débats éthiques, elle peut accélérer son développement et proposer aux Européens frustrés des alternatives à bas coût et des modèles, parfois de la génération précédente, gratuits. Malheureusement pour Mistral, ces modèles chinois gratuits sont les meilleurs du marché, loin devant les siens. Cet épisode renforce sa position dans la formation des blocs technologiques et illustre les risques d’une Europe qui se tire régulièrement des balles dans le pied. L’AI Act, qui entrera pleinement en vigueur en décembre 2027, avec ses exigences bureaucratiques et son obsession régulatrice, contraste violemment avec la logique protectionniste américaine et la volontariste approche étatiste chinoise. En voulant encadrer, avant même d’avoir construit une industrie cohérente et au niveau de la concurrence, le continent freine ses propres innovateurs et risque de perdre une bataille peu alimentée par la notion de scrupule, ce qui pourrait conduire des entreprises comme Mistral à s’expatrier dans des contrées plus clémentes.

Perspectives géopolitiques

Au fond, cette affaire révèle le grand basculement géopolitique en cours dans le domaine de l’IA. Nous entrons dans une ère où la supériorité en cette matière déterminera non seulement la puissance économique, mais aussi les équilibres militaires et l’influence mondiale pour les décennies à venir. L’IA devient la sève des souverainetés et des enjeux de civilisation, exigeant une mobilisation industrielle, la sécurisation des secrets technologiques et une vision à long terme. Derrière le show des gesticulations trumpistes, les États-Unis l’ont compris en imposant leurs contrôles d’exportation. La Chine l’a intégré depuis longtemps dans sa stratégie d’État. L’Europe doit maintenant trancher entre une souveraineté réelle, coûteuse mais vitale, et une dépendance fainéante, s’appuyant sur le confort de sa prétendue supériorité morale, qui la reléguerait au rang de simple suiveur technologique.

L’IA, bien commun de l’humanité ?

Au-delà des blocs qui se durcissent, une autre voie, plus ambitieuse, mérite d’être explorée et ne serait pas éloignée des discours des fondateurs d’Anthropic : celle qui consisterait à considérer les modèles d’IA les plus avancés comme un bien commun de l’humanité, dont aucun État ne pourrait restreindre l’accès ou l’usage à des fins purement nationales, sur le modèle inverse du Cloud Act. Une convention internationale dédiée pourrait théoriquement protéger les pays intermédiaires contre une fracture technologique définitive qui les condamnerait à une éternelle dépendance. Cette perspective reste cependant, dans le contexte géopolitique actuel, largement utopique. Ni les États-Unis, qui traitent déjà l’IA comme un pilier stratégique, ni la Chine, engagée dans une course de puissance, n’accepteront de brider leur souveraineté technologique au nom d’un bien commun. L’Europe aurait beau porter cette philosophie, elle risquerait d’apparaître une fois de plus comme naïve face à des rivaux qui raisonnent en termes de rapport de forces. Reste qu’elle mérite d’être gardée comme horizon de réflexion, ne serait-ce que pour rappeler que la fragmentation totale du monde en blocs technologiques n’est pas une fatalité, même si elle reste l’idée la plus dominante aujourd’hui.

Indépendamment de ce vœu humaniste, transformer le choc provoqué par la suspension de Fable 5 en avantage pour l’Europe est possible. Mais cela suppose une profonde lucidité, une ambition collective et une réelle cohérence politique. Il faudra investir massivement dans les infrastructures et les talents, simplifier les règles qui brident inutilement l’innovation comme la cohésion européenne, miser pleinement sur les atouts énergétiques du continent et l’amener à construire une véritable stratégie industrielle commune, ce qui n’est pas son fort jusqu’à présent. Sinon, les discours sur la souveraineté resteront des mots creux dépourvus d’horizon. L’histoire jugera et les prochains mois seront décisifs.

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DeltaChat

Plus le temps passe, plus je me dis que DeltaChat est une purin de bonne idée.
Je suis content de Signal mais je garde précieusement DeltaChat car je considère que c'est actuellement une des rares alternatives viables (si Signal part en vrille) et DeltaChat a même quelques avantages par rapport à Signal.

J'essaie de poser les raisons qui me font apprécier DeltaChat (et aussi ce qui la distingue de Signal):

- L'application DeltaChat existe pour Android, iOs, Windows, Mac et Linux.
- Votre profil DeltaChat réside sur votre smartphone ou ordinateur, pas sur le serveur. Les serveurs DeltaChat ne voient qu'un identifiant unique aléatoire, ils ne voient pas votre photo de profil ni même le nom du compte.
- Conséquence: Les seules méta-données qu'un serveur DeltaChat voit sur un message sont: identifiants expéditeur et destinataire, taille du message (et bien sûr les adresses IP quand vous envoyez/recevez les messages).
- Les comptes ne sont pas énumérables (Vous ne pouvez pas récupérer la liste des comptes d'un serveur DeltaChat). Donc les comptes ne sont pas spammables (Quelqu'un ne peut vous contacter *que* si vous lui avez donné votre QRCode ou lien d'invitation.)
- Comme vous ne pouvez pas vous faire spammer, c'est un lieu "safe" d'échange, pour la famille et les amis.
- Comme le spam n'est pas un soucis, DeltaChat n'a pas besoin de votre numéro de téléphone ou email pour créer un compte.
- Comme il n'y a pas de mécanisme de découverte, les serveurs DeltaChat ne récupèrent pas vos contacts (pas même des hashs comme le fait Signal).
- À la création d'un compte cela utilise le serveur par défaut, mais vous pouvez ajouter d'autres serveurs de relai (https://chatmail.at/relays) à votre compte. Cela fait de DeltaChat l'une des rares messagerie chiffrée de bout en bout décentralisée (Si le serveur principal tombe, vos messages vont continuer à être acheminés via les relais). [1]
- Un serveur de relai DeltaChat, c'est même auto-hébergeables (et léger).
- Vous pouvez avoir plusieurs identités DeltaChat (Signal ne vous en permet qu'une).
- La discussion "Messages enregistrés" est une discussion avec vous-même. C'est synchronisé entre vos appareils, c'est donc très pratique pour transférer rapidement un texte ou un fichier.
- Tout comme dans Signal, les discussions de groupe sont possibles.
- DeltaChat possède également une fonction de "canal d'information" : Vous seul pouvez poster, et ceux à qui vous avez donné le lien peuvent venir lire. Pas de discussion, juste un canal d'information.
- La partie qui a l'air cool (mais que je n'ai pas encore explorée) ce sont les applications web (https://webxdc.org/apps/) [3]. Par exemple une liste de course ou un calendrier partagé entre participants. Les applications sont utilisables dans DeltaChat directement, et les données de ces applications sont également chiffrées de bout en bout pour tous les participants.


(Notez que si vous êtes un utilisateur de longue date de DeltaChat, le projet ne recommande plus de passer par votre serveur de mail habituel. DeltaChat propose un serveur dédié, léger et rapide.)

Signal a quand même pour lui la possibilité de faire expirer les liens d'invitation/mise en relation.
EDIT: On peut aussi réinitialiser l'URL/QRCode d'invitation de DeltaChat (menu ... > Réinitialiser le code QR).

Plus le temps passe, plus DeltaChat s'améliore. C'est plein de bonnes idées, c'est fiable, c'est simple à utiliser.

Les inconvénients de DeltaChat :
- pas de découverte des contacts (mais c'est aussi ce qui fait la sécurité de DeltaChat : pas de spam possible).
- pas de backups automatiques (on peut faire un backup manuel des discussions) [2]
- il n'est pas possible de revoquer un appareil (les serveurs ne gardent pas la trace des appareils, c'est une volonté).
- il n'y a pas vraiment d'administration des groupes (tous les membres d'un groupe ont les mêmes droits).

EDIT: Ah oui, et Signal tourne sur l'infra d'AWS. Si les USA décident d'une sanction contre un pays, AWS cessera de répondre pour ce pays, bloquant de fait les utilisateurs de Signal. Les multiples relais de DeltaChat, faciles à héberger, empêchent ce genre de censure. On me dit même dans l'oreillette que quand Signal ne fonctionne pas en Chine, DeltaChat continue de fonctionner.

[1] oui xmpp est décentralisé, mais si le serveur de votre compte xmpp tombe, vous ne recevez plus les messages. DeltaChat fonctionnera encore si votre serveur initial d'inscription tombe.
[2] Ceci dit, le fait d'avoir plusieurs appareils connectés fait de chaque appareil un "backup" automatique complet car il reçoit tous les messages au fur et à mesure qu'ils sont émis/reçus.
[3] Parmis les applications DeltaChat, on trouve: calendrier partagé, édition de texte collaborative, sondages/votes/planification de dates, checklists, comptes à rebourd, HyperCard, dessin, suivi du temps (timetracking), chiffrement de texte et fichiers, tableur, mini-blog/journal (exportable en html/pdf), suivi de tâches, liste de dépenses en commun, liste de souhaits... les possibilités sont très chouettes.
Et le tout, sans sortir de l'application, et chiffré de bout en bout pour les participants.


Si vous voulez un peu plus de détails techniques, il y a cet article : https://blog.feld.me/posts/2025/03/deltachat-is-actually-good-though/
(Permalink)
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Électroscope #31 : un microscope révolutionnaire, des armes anti cancer et une percée dans le quantique

Découvrir de nouveaux médicaments, détruire les cancers réfractaires, dépister le cancer colorectal, corriger le quantique et inverser le vieillissement… C’est parti pour l’Électroscope #31 !

Voir l’invisible : des lasers pour découvrir des médicaments

Et si le secret pour vaincre les maladies incurables exigeait d’enfermer la puissance de 100 millions de soleils à l’intérieur d’un microscope ?

Depuis des décennies, la biologie structurale se heurte à un mur : pour étudier la forme de nos protéines humaines à l’échelle de l’atome avec l’aide d’un microscope électronique, il est nécessaire d’utiliser des électrons. Or, ces molécules biologiques sont si légères qu’elles n’interagissent presque pas avec ces faisceaux d’énergie, ce qui les rend presque invisibles. Jusqu’à présent, pour créer du contraste et rendre l’image visible, les scientifiques devaient « flouter » volontairement l’image, perdant ainsi de précieux détails…

Mais une véritable prouesse d’ingénierie optique baptisée « xLPP », développée conjointement par l’université de Californie à Berkeley et le laboratoire de recherche Biohub, vient d’apporter une solution. Le concept, autrefois jugé techniquement impossible, consiste à croiser deux faisceaux lasers d’une intensité colossale (soit entre 350 et 400 gigawatts par centimètre carré, ce qui est équivalent à près de 100 millions de fois le rayonnement du Soleil sur un cm² de sa surface) à l’intérieur même du microscope, sans aucun support matériel.

Ce croisement crée un champ de force qui déphase les électrons juste assez pour générer un contraste d’image parfait, sans détruire la résolution ni générer de reflets parasites. Le résultat est époustouflant : les chercheurs peuvent désormais observer avec une netteté sans précédent des protéines minuscules, directement à l’intérieur de cellules intactes !

Cette capacité à cartographier notre machinerie cellulaire dans son état naturel fournit des données d’entraînement d’une richesse sans précédent pour l’intelligence artificielle. En nourrissant les algorithmes avec ces images, les scientifiques vont pouvoir identifier de nouvelles « serrures » sur les protéines malades et concevoir des médicaments sur mesure pour des pathologies à ce stade incurables.

« Quand on peut observer les interactions entre protéines dans leur contexte, la biologie commence à prendre vie », illustre un responsable de Biohub.

Un « ciseau génétique » pour détruire les cancers réfractaires

Et si les cellules cancéreuses portaient en elles les germes de leur propre destruction, n’attendant qu’un simple signal pour s’autodétruire ? C’est la solution que propose une nouvelle application des ciseaux moléculaires CRISPR !

Historiquement, l’oncologie bloque sur les cancers dits « réfractaires » (qui ne répondent pas aux traitements), notamment ceux causés par la mutation du gène p53 (impliqué dans de nombreux cas humains). Quand ce gène protecteur mute, il perd sa forme, empêchant tout médicament classique de s’y accrocher pour le réparer.

Face à cette impasse, une équipe de chercheurs a eu l’idée de pirater le système de défense d’une bactérie : l’enzyme CRISPR-Cas12a2. Contrairement au célèbre Cas9 qui découpe l’ADN pour le modifier, Cas12a2 pratique la « politique de la terre brûlée ». Dans la nature, lorsqu’elle détecte un virus, elle s’active et déchiquette frénétiquement tout l’ADN environnant, provoquant le suicide de la cellule pour stopper l’infection.

Les scientifiques ont reprogrammé cette enzyme afin qu’elle s’attaque uniquement aux tumeurs humaines. Introduite dans la cellule malade, elle est conçue pour ne réagir qu’en présence de la signature génétique exacte du cancer (comme la mutation de p53). Dès qu’elle la repère, elle fragmente intégralement l’ADN de la cellule tumorale…

Cette méthode est remarquable par la précision de son ciblage. Une seule différence dans le code génétique suffit pour que l’enzyme épargne totalement les cellules saines. Capable de détruire les cellules cancéreuses les plus tenaces, celles devenues résistantes aux chimiothérapies, cette technologie transforme l’anomalie du cancer en une arme mortelle retournée contre lui-même.

« Non seulement cette approche nous permet de cibler les cancers que nous connaissons comme étant jusqu’ici considérés comme incurables, mais nous pouvons aussi l’adapter facilement et rapidement aux nouvelles mutations », explique Jennifer Doudna, co-auteure de l’article et prix Nobel de chimie pour ses travaux sur CRISPR-Cas9.

La prise de sang qui anticipe le cancer colorectal

Et si une simple prise de sang permettait d’enrayer le deuxième cancer le plus meurtrier de France avant même qu’il ne s’installe ?

Le cancer colorectal cause plus de 17 000 décès par an dans notre pays. La clé de son « succès » (et de notre malheur) est son développement silencieux : lorsqu’il provoque des symptômes, il est souvent déjà à un stade métastatique trop avancé. Bien qu’un dépistage précoce (test dans les selles) garantisse à 90 % la guérison, la réticence psychologique des patients est trop forte : le taux de dépistage chez les plus de 50 ans n’est que de… 28 %.

Pour contourner ce blocage, un consortium de chercheurs montpelliérains et niçois (incluant l’IRCM, l’IGF et l’IRCAN) a déployé le projet COLNET. Plutôt que de rechercher des traces de sang dans les selles ou de l’ADN de tumeur dans le sang, cette équipe a eu l’idée de traquer des signaux moléculaires bien plus subtils : les réactions du corps humain face à l’apparition des tout premiers polypes précancéreux.

Les scientifiques français ont découvert que le danger d’une tumeur réside autant dans la cellule malade que dans son environnement (le stroma). En effet, le cancer « corrompt » les tissus sains environnants pour se créer des autoroutes d’invasion et ainsi développer une résistance aux traitements. Le test COLNET détecte cette perturbation (via des micro-ARN et cytokines) bien avant que les tissus ne soient irrémédiablement altérés. « Dès le stade où on a un polype, ce marqueur apparaît déjà », souligne la chercheuse Julie Pannequin.

En identifiant avec précision les patients à risque chez les plus de 50 ans asymptomatiques, ce test sanguin est conçu pour orienter uniquement les cas nécessaires vers une coloscopie préventive. Avec cette découverte, l’objectif n’est plus de déclarer la guerre au cancer colorectal, mais de l’étouffer dans l’œuf grâce à un simple bilan de routine.

Ordinateurs quantiques : le coup de maître de Pasqal

Et si l’ordinateur du futur devenait enfin capable de corriger ses propres erreurs en plein calcul ? La deeptech Pasqal enregistre de nouveaux succès en la matière.

Depuis des années, l’informatique quantique promet de résoudre des problèmes hors de portée des supercalculateurs actuels. Mais elle se heurte à son talon d’Achille : les fameux « qubits », ses unités de calcul, sont très fragiles. La moindre perturbation thermique ou magnétique (le « bruit ») fausse les résultats. Pour que le quantique devienne utile au monde industriel, il faut inventer une machine tolérante aux fautes.

C’est un pas vers cet exploit que l’entreprise française Pasqal a annoncé en mai 2026. Utilisant des atomes neutres de rubidium manipulés dans le vide par de puissants lasers, leurs chercheurs ont créé des « qubits logiques ». Le principe ? Au lieu de se fier à un seul atome fragile, l’information est répartie de manière intriquée sur un réseau de plusieurs atomes, grâce à un bouclier mathématique appelé « code de détection ».

Et pour la première fois au monde, cette architecture n’a pas été utilisée pour de simples tests de laboratoire, mais pour une preuve de concept à l’échelle industrielle : la résolution de 1 000 équations différentielles complexes. Ces mathématiques sont vitales pour simuler l’aérodynamique des avions ou optimiser les flux financiers, entre autres…

En filtrant ses propres erreurs de contrôle, la puce logique de Pasqal a divisé le taux d’erreur par 10 sur les équations non linéaires par rapport aux qubits classiques. « Ce travail démontre que les qubits logiques ne sont pas seulement préférables en théorie : ils sont déjà plus performants sur une tâche de calcul réelle », explique Loïc Henriet, directeur technique de Pasqal. Cette démonstration confirme que l’architecture des qubits logiques ouvre la voie à une informatique quantique applicable aux défis industriels !

Une thérapie génique pour inverser la vieillesse (oculaire)

Et si la cécité liée à l’âge n’était plus une fatalité inéluctable, mais une simple horloge biologique que l’on pouvait « inverser » avec une nouvelle thérapie ?

Jusqu’à présent, une règle simple mais stricte régnait en neurobiologie : chez un adulte, un nerf optique endommagé ne repousse jamais. Ainsi, des maladies dégénératives comme le glaucome mènent inexorablement à la mort des cellules rétiniennes, les traitements actuels ne pouvant, au mieux, que ralentir l’échéance chez les patients atteints.

Mais l’entreprise Life Biosciences entend bien bouleverser cette fatalité avec une thérapie pionnière nommée ER-100, basée sur la « théorie de l’information du vieillissement ». Selon cette théorie, le vieillissement n’altère pas l’ADN lui-même, mais la façon dont la cellule le lit (l’épigénétique). Pour sauver les neurones visuels, ER-100 injecte dans l’œil un cocktail partiel de gènes dits « facteurs de Yamanaka ». Ces gènes seraient capables de « nettoyer » les marques du vieillissement et de ramener la cellule à un état métabolique juvénile, lui redonnant alors sa capacité de régénération…

Un défi de taille subsistait encore sur le plan technique : comment rajeunir les cellules sans déclencher de multiplication anarchique (et donc des cancers) ? La solution réside dans un interrupteur de sécurité intégré au traitement. Une fois injectée, la thérapie reste dormante. Le rajeunissement n’est activé que lorsque le patient prend un antibiotique spécifique par voie orale pendant 56 jours. Dès l’arrêt des pilules, le processus s’éteint en toute sécurité.

Actuellement en essai clinique de phase 1 validé par la FDA (un premier patient vient de recevoir sa première dose), cette technologie pourrait non seulement restaurer la vision perdue en raison de la dégénérescence du nerf optique, mais aussi prouver que la dégénérescence cellulaire liée à l’âge est une condition réversible.

« Nos recherches suggèrent que le vieillissement est principalement dû à la perte d’informations épigénétiques, et non à des dommages irréversibles. Cette étude clinique représente la première occasion de vérifier si la restauration de ces informations peut atténuer les maladies humaines », selon David Sinclair, co-fondateur de l’entreprise. Un chercheur dont les théories avant-gardistes divisent ses pairs et restent désormais suspendues aux résultats de ces premiers essais sur l’homme.

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Lycées français : le « racket » des frais de scolarité

Les frais de scolarité explosent dans les établissements gérés par l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger depuis une réforme de 2009. Problème : il s’agit d’un impôt déguisé, donc illégal, puisque non approuvé par le Parlement. Un scandale d’État à 4,5 milliards ?

C’est un bruit de colère qui s’est d’abord fait entendre à Rabat, avant de s’étendre vers deux autres grandes villes du Maroc, Casablanca et Fès. Une grogne qui résonne avec la même intensité en Espagne, en Italie, au Vietnam, en Belgique ou en Grande-Bretagne, et qui menace l’ensemble des pays où est présente l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE). Car ce mécontentement est celui des parents d’enfants scolarisés dans les 612 établissements scolaires gérés par l’AEFE dans le monde ; des établissements publics sous tutelle du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE). En cause : une explosion des frais de scolarité depuis la réforme adoptée en conseil d’administration le 18 décembre dernier. À la veille des fêtes, l’AEFE a glissé dans la hotte du père Noël un cadeau empoisonné pour ces parents d’élèves, qui devront assumer une hausse sensible s’ils veulent maintenir leurs enfants dans l’enseignement français. À titre d’exemple, les familles des élèves du Lycée français de Barcelone (LFB) devront faire face à une augmentation moyenne de 9,5 % des frais de scolarité à la rentrée 2026, soit entre 800 et 1 000 euros supplémentaires par enfant et par an ! Au Maroc, outre l’augmentation de ces frais, une taxe d’inscription annuelle est instaurée. Soit un coût total qui peut dépasser les 110 000 dirhams par élève et par an (environ 10 000 €), à multiplier par les 50 000 élèves des écoles et lycées français du royaume chérifien...

Une colère et une frustration qui ont poussé les associations de parents d’élèves de plusieurs lycées français à saisir le tribunal administratif de Montreuil (Seine-Saint-Denis) depuis Bruxelles, Lisbonne, Rabat, Tanger et Londres. Des recours relayés par la presse marocaine et qui incluent, comme le confirme une source judiciaire, la contestation d’un « impôt déguisé sous prétexte de frais de scolarité ou d’augmentation des coûts d’énergie ou de maintenance ». Car la véritable raison de ces hausses généralisées sur l’ensemble du réseau de l’AEFE concerne le transfert de la charge des pensions civiles des personnels expatriés directement vers les familles, à hauteur de 35 % dès la rentrée 2026 (puis de 50 % en 2027), entraînant une inflation mécanique des coûts sans contrepartie pédagogique. Et la réforme en cours entérine en réalité cette pratique douteuse, et possiblement illégale, mise en œuvre depuis 2009.

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LFI souhaite garder les déchets en surface.

Orynick @orynick.fr posted:
LFI souhaite garder les déchets en surface.

Parce qu'en surface il ne faudra absolument pas les gérer pendant longtemps...

🫩

Quoted post from La France Insoumise du Maine et Loire @lfidu49.bsky.social:
🚨 Cigéo : non à l’enterrement des déchets radioactifs !
Un danger pour des millénaires ne se “gère” pas en l’enfouissant. Du 18 mai au 2 juillet, déposons un avis défavorable.

👉 www.registre-numerique.fr/dac-cigeo

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Manger bio protège-t-il du cancer ?

Depuis des mois, les pesticides de synthèse sont montrés du doigt. Certains les accusent même de contribuer au développement de certains cancers. Si c’est le cas, manger bio devrait réduire ce risque. De nouvelles données mettent cette hypothèse à l’épreuve.

L’impact du bio sur la santé est un sujet qui revient régulièrement sur le devant de l’actualité et qui, à ce jour, n’a pas trouvé de réponse nette et précise. On ne sait donc toujours pas si certains signaux observés reflètent un effet propre du bio, lié à une moindre exposition aux résidus de pesticides par exemple, ou s’ils traduisent plus simplement le profil global des personnes qui en consomment : alimentation plus équilibrée, modes de vie plus favorables, meilleur suivi médical et niveau socio-économique souvent plus élevé. D’autant que les aliments conventionnels mis sur le marché sont, dans leur très grande majorité, conformes aux limites réglementaires de résidus, ce qui les fait considérer comme sans danger attendu aux niveaux d’exposition habituels. Pour explorer notamment un potentiel rôle protecteur contre le cancer, la France dispose d’un outil précieux : la cohorte NutriNet-Santé. Lancée en 2009, elle suit dans le temps des volontaires adultes recrutés dans la population générale. Ceux-ci renseignent régulièrement, via des questionnaires en ligne, leur alimentation, leur mode de vie, leurs caractéristiques sociales, leur état de santé et les maladies éventuellement survenues. Cette richesse de données permet d’étudier les liens entre comportements alimentaires et santé.

En 2018, une première publication issue de cette cohorte avait interpellé. Près de 70 000 participants avaient été suivis pendant un peu plus de quatre ans, avec une forte majorité de femmes, environ 78 %, et un âge moyen d’environ 44 ans. Au total, 1 340 cancers avaient été diagnostiqués. Les auteurs rapportaient une association statistique entre une consommation plus fréquente d’aliments bio et une incidence plus faible de cancers : 1,6 % chez les plus gros consommateurs de bio, contre 2,2 % chez les non-consommateurs, soit une réduction relative de l’ordre de 25 %, avec en plus un signal très favorable sur les lymphomes même si l’effectif était très limité (un peu plus de 50 cas diagnostiqués). Ce résultat avait été largement commenté, parfois comme s’il s’agissait déjà d’une démonstration causale, l’écueil classique amenant certains à confirmer leur croyance sur le sujet et à crier victoire. Or il s’agissait d’une association observationnelle, intéressante mais nécessitant une confirmation. Mais un signal pour la première fois était rapporté.

Une nouvelle analyse de NutriNet-Santé relance aujourd’hui la question, mais avec un angle plus précis que l’étude de 2018. Il ne s’agit plus d’évaluer la consommation globale d’aliments bio, mais l’effet statistique du remplacement de fruits et légumes conventionnels par des fruits et légumes bio, à quantité totale consommée équivalente. La nouvelle analyse repose, elle, sur un questionnaire alimentaire détaillé rempli en 2014, permettant de distinguer les quantités de fruits et légumes bio et conventionnels. Seuls les participants disposant de ces données et d’un suivi exploitable ont donc été inclus, soit 31 179 personnes. Un effectif donc plus restreint que celui mobilisé dans la précédente étude. Après 7,3 ans de suivi en moyenne, 1 718 cancers ont été diagnostiqués (période de suivi plus longue donc plus de cancers diagnostiqués), dont 284 cancers du sein post-ménopausiques.

Le résultat principal est une association entre la substitution quotidienne de 100 grammes de fruits et légumes conventionnels par leurs équivalents bio et une baisse de 10 % du risque de cancer du sein post-ménopausique. En revanche, le signal est beaucoup plus faible pour l’ensemble des cancers, avec une réduction relative d’environ 2 % à la limite de la significativité, et il n’est pas clairement retrouvé lorsque l’exposition est analysée par quintiles (cinq groupes d’analyse selon la quantité consommée). Les résultats de 2018 ne sont donc que partiellement confirmés. Le signal est retrouvé uniquement dans le cancer du sein post-ménopausique (ce qui n’était pas le cas précédemment), mais pas pour une protection générale contre le cancer, avec une perte nette de l’effet protecteur mesuré (2 % contre 25 %). Quant aux lymphomes, qui constituaient un des résultats marquants de la première étude, ils ne peuvent pas vraiment être comparés ici, faute d’un nombre suffisant de cas analysables séparément.

La question centrale devient alors la suivante : ce signal statistique peut-il être interprété comme un effet biologique réel, ou correspond-il à une association liée au hasard, aux biais de mesure ou au profil particulier des consommateurs de bio ?

Pour passer d’une corrélation à une hypothèse causale solide, plusieurs conditions doivent être discutées. Il faut d’abord que le résultat soit reproductible dans d’autres populations. Or, sur ce point, les données restent hétérogènes. La grande étude britannique Million Women Study, menée chez plus de 623 000 femmes et totalisant 53 769 cancers, n’a pas retrouvé de réduction du risque global de cancer chez les consommatrices régulières de bio. Elle observait même une légère augmentation de 9 % du risque de cancer du sein, tout en retrouvant une baisse du risque de lymphome non hodgkinien. L’étude danoise Diet, Cancer and Health, autre cohorte importante, aboutissait elle aussi à des résultats contrastés : 41 928 participants suivis pendant une médiane de 15 ans, 9 675 cancers diagnostiqués, aucune association avec le risque global de cancer, un signal favorable pour le cancer de l’estomac, mais un risque plus élevé de 45 % de lymphome non hodgkinien chez les consommateurs de bio. Ces divergences ne disqualifient pas NutriNet-Santé, mais elles ne permettent pas de confirmer ce qui vient d’être publié.

Il faut ensuite examiner la validation interne de l’étude, c’est-à-dire sa capacité à limiter les biais. Les auteurs ont ajusté leurs modèles sur de nombreux facteurs : âge, sexe, niveau d’éducation, profession, revenu, statut marital, apport énergétique, alcool, activité physique, tabac, indice de masse corporelle, taille, antécédents familiaux, qualité globale de l’alimentation et consommation totale de fruits et légumes. Pour le cancer du sein post-ménopausique, ils ajoutent notamment l’âge des premières règles, le nombre d’enfants et l’utilisation d’un traitement hormonal de la ménopause. C’est un effort méthodologique réel. Mais l’ajustement statistique ne supprime pas tout risque de confusion résiduelle.

Un facteur de confusion mérite une attention particulière : l’allaitement. Il ne semble pas intégré dans le modèle d’ajustement, alors qu’il s’agit d’un facteur protecteur reconnu depuis longtemps du cancer du sein. Or les comportements associés au bio ne sont pas isolés. Dans la cohorte française ELFE, l’usage d’aliments bio lors de la diversification alimentaire de l’enfant était associé à une durée plus longue d’allaitement, ainsi qu’à un profil social et comportemental plus favorable. Cette donnée ne prouve pas que les femmes de NutriNet consommatrices de bio aient davantage allaité, mais elle rend plausible l’existence d’une confusion résiduelle. Si les plus fortes consommatrices de bio ont aussi allaité plus souvent ou plus longtemps, une partie du signal observé sur le cancer du sein post-ménopausique pourrait être liée à ce facteur non mesuré plutôt qu’à un effet propre du mode de production biologique.

Le dépistage est un autre point délicat. En France, le dépistage organisé concerne les femmes de 50 à 74 ans, avec mammographie tous les deux ans, mais la participation reste variable selon les territoires et les profils sociaux. Un meilleur recours au dépistage peut modifier l’incidence observée, en détectant davantage de cancers, notamment précoces. Ce biais n’explique pas simplement un lien avec le risque chez les consommatrices de bio, mais il rappelle que l’incidence mesurée dépend aussi de la probabilité d’être diagnostiquée, qui n’est pas rapportée.

Enfin, il faut tenir compte de la multiplicité des analyses. Lorsqu’on examine plusieurs localisations de cancer, plusieurs modèles statistiques et plusieurs façons de classer l’exposition, la probabilité de faire émerger un résultat significatif par hasard augmente. Le fait que le signal principal porte sur 284 cancers du sein post-ménopausiques, et non sur l’ensemble des 1 718 cancers, impose donc de rester prudent. Ce n’est pas un résultat négligeable, mais ce n’est pas non plus une preuve généralisable à la population générale que le bio protège du cancer.

Enfin, on peut noter une forme d’asymétrie dans le traitement interprétatif des résultats. Lorsqu’un signal va dans le sens attendu, il est volontiers présenté comme biologiquement plausible, robuste ou cohérent avec l’hypothèse des pesticides et fera alors très vite l’objet d’articles de presse. Lorsqu’il ne va pas dans ce sens, il est plus facilement décrit comme étonnant, insuffisamment puissant ou nécessitant des investigations complémentaires. L’absence d’effet protecteur sur le cancer colorectal en est un bon exemple et aurait « surpris » les auteurs de l’étude NutriNet d’après Le Monde. De même, les signaux parfois défavorables rapportés dans d’autres cohortes pour certains cancers sont rarement mis au même niveau de discussion que les résultats favorables.

Or une démarche scientifique impose une symétrie d’exigence. Si une association positive ne suffit pas à démontrer une causalité, une absence d’association ou une association défavorable ne peut pas être écartée d’emblée comme un simple bruit statistique. Dans les deux cas, il faut examiner la puissance de l’étude, la cohérence biologique, les biais possibles, la multiplicité des analyses et la reproductibilité externe. C’est précisément cette prudence qui permet d’éviter le « cherry picking », c’est-à-dire la sélection des seuls résultats qui confortent l’hypothèse initiale… et alimentent notre biais de confirmation.

Au fond, cette nouvelle étude ne dit pas que le bio est inutile, ni qu’il serait protecteur contre le cancer de façon générale. Elle ajoute un signal concernant le cancer du sein post-ménopausique, mais ce signal reste limité à un sous-groupe, repose sur un effectif relativement modeste de cas, et demande à être confirmé dans d’autres populations avec une meilleure mesure de l’exposition réelle aux pesticides et des facteurs de confusion, notamment reproductifs et sociaux.

La conclusion la plus raisonnable reste donc prudente. On peut évidemment manger bio, par choix personnel, environnemental ou pour réduire son exposition à certains résidus. Mais en matière de prévention du cancer, rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que le bio protège de manière démontrée la population générale. Les recommandations les plus solides restent les mêmes : une alimentation équilibrée et diversifiée, riche en fruits et légumes, qu’ils soient bio ou conventionnels, la limitation de l’alcool, l’arrêt du tabac, l’activité physique, le contrôle du poids et la participation aux dépistages recommandés. Et ce, dès l’enfance.

Les aliments conventionnels disponibles sur le marché sont par ailleurs très surveillés et respectent très majoritairement les limites réglementaires de résidus. Les présenter comme dangereux par principe serait aussi excessif que présenter le bio comme une assurance anticancer.

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J'ai vraiment envie d'aimer Firefox Mobile, mais pour la n-ième fois je reviens à Vivaldi Mobile (sur desktop, je garde Firefox).
Pourquoi ?
Parce qu'il n'y a rien à faire: Vivaldi mobile est *beaucoup* plus véloce que Firefox.
Ce que je trouve bien :
- Il a un bloqueur de publicité natif (compatible uBlock-origin), on est quand même bien protégé.
- Il a un mode "page web sombre" (comme ce que fait l'extension DarkReader, mais native au navigateur)
- La gestion de l'écran des favoris est plus pratique que celle de Firefox (on peut trier les raccourcis).

Et d'une manière générale, Vivaldi est plus rapide pour ouvrir les pages, même si on coupe le préfetch.
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