LGBTphobies : « On en a marre de compter nos morts et d’avoir peur » | Mediapart
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Adam a acheté ses premiers ETF (Exchange-Traded Funds) actions après l’article précédent. Satisfait, il a voulu aller plus loin et son banquier lui a proposé un « fonds obligataire diversifié ». Adam a dit oui sans vraiment comprendre ce qu’il achetait. Sonia, elle, a reçu son relevé d’assurance-vie pour 2022 : son fonds euros, celui qu’elle pensait « sans risque », avait rapporté à peine 1,5 %. Elle voulait savoir pourquoi.
Ces deux questions ont la même réponse. Il faut comprendre ce qu’est une obligation, pourquoi son prix change quand les taux d’intérêt bougent, et pourquoi certaines obligations sont plus sensibles que d’autres.
Quand l’État français veut financer ses dépenses sans augmenter immédiatement les impôts, il emprunte. Il le fait en émettant des obligations, des titres de dette qu’il vend aux investisseurs sur les marchés financiers. Les entreprises font de même. Une obligation assimilable du Trésor (OAT) est ainsi le mécanisme par lequel vous devenez, sans le savoir, créancier de l’État français chaque fois que votre assureur investit votre épargne en fonds euros.
Le fonctionnement est simple. L’émetteur, État ou entreprise, emprunte une somme : le nominal. Il s’engage à verser des intérêts réguliers : les coupons, exprimés en pourcentage du nominal, généralement une fois par an. Et il rembourse le nominal à une date fixée à l’avance : l’échéance. Tout est connu à l’avance, sauf une chose : la capacité de l’émetteur à honorer ses engagements. Si l’émetteur ne peut plus payer, on parle de défaut.
Ce qui distingue une obligation d’un prêt bancaire ordinaire, c’est sa négociabilité. Elle s’achète et se vend sur les marchés financiers, à un prix qui fluctue chaque jour. C’est précisément là que naissent les surprises.
Sonia, prêteuse à l’État sur 10 ansSonia prête 1 000 € à l’État français via une OAT à 3 % sur 10 ans. Chaque année, elle perçoit 30 €. Dans 10 ans, l’État lui rembourse 1 000 €. Elle connaît à l’avance tous ses flux de trésorerie. Le risque de défaut de la France est considéré comme faible : elle est notée AA− par S&P depuis janvier 2026. Son risque principal n’est pas, pour le moment, le défaut. Il est ailleurs.
C’est la règle la plus contre-intuitive de l’investissement obligataire. Quand les taux du marché montent, le prix des obligations déjà émises baisse. Quand les taux baissent, leur prix monte. Cette relation est mécanique, inévitable, et vaut pour toutes les obligations à taux fixe.
Prenons un exemple pour expliquer ce mécanisme. Sonia détient une OAT à 10 ans qui verse 30 € par an (coupon de 3 % sur 1 000 €). Les taux du marché montent d’un point, à 4 %. Une nouvelle OAT de 1 000 € rapporte désormais 40 € par an. L’ancienne obligation de Sonia n’est plus aussi attractive : son prix de marché doit baisser jusqu’à ce que l’acheteur obtienne un rendement équivalent. La relation est symétrique à la baisse : si les taux tombent d’un point, l’obligation de Sonia à 3 % devient plus attractive et son prix monte au-dessus de 1 000 €.
Sonia ne perd rien si elle conserve son obligation jusqu’à l’échéance : elle recevra ses 30 € par an et ses 1 000 € au terme. Si elle doit revendre avant l’échéance en revanche, la moins-value est bien réelle.

Deux obligations, même rendement : pourquoi les prix divergent Quand les taux du marché passent de 3 % à 4 % (+1 point), une OAT 10 ans à coupon 3 % voit son prix de marché baisser à environ 919 €. Le détenteur qui attend l’échéance récupère ses 1 000 € intacts.
Adam découvre la performance 2022 de son fondsAdam avait souscrit un fonds obligataire « prudent » en 2021, à une époque où les taux européens étaient proches de zéro. En consultant son relevé début 2023, il découvre −11 % sur l’année. Il appelle son banquier, convaincu d’une erreur. Il n’y en avait pas. La BCE avait relevé ses taux directeurs de 0 à 2,5 % en 2022 pour contenir l’inflation. Les obligations à taux bas détenues dans le fonds avaient mécaniquement chuté. Ce n’est pas un scandale, c’est de la mécanique.
2022 : le choc obligataireEn 2022, les banques centrales ont relevé leurs taux directeurs à une vitesse sans précédent depuis les années 1980. Le Bloomberg Global Aggregate Bond Index a perdu plus de 16 %, sa pire performance depuis sa création. Les fonds obligataires européens diversifiés ont perdu entre 10 et 15 %. Des épargnants qui croyaient leurs placements « sans risque » ont découvert que les obligations pouvaient baisser significativement (Bloomberg L.P., 2022).
La relation taux / prix ne s’applique pas de la même façon à une obligation qui expire dans 3 mois et à une obligation à 30 ans. Il existe un outil pour quantifier cette différence : la duration. C’est la durée moyenne pondérée à laquelle vous récupérez votre mise, en tenant compte de la valeur temporelle de l’argent, c’est-à-dire du fait qu’un euro reçu aujourd’hui a plus de valeur qu’un euro reçu dans dix ans.
Le prix des obligations prend en compte la différence de gain futur entre un produit émis aujourd’hui et un produit déjà existant. Avec un coupon fixe de 30 € et un remboursement de 1 000 € dans 10 ans, le prix d’équilibre s’établit à environ 919 €, soit une baisse de 8 %. Ce chiffre n’est pas un hasard : il correspond à ce que prédit la duration, qui est d’environ 8 pour une OAT 10 ans à coupon de marché.

La règle de la duration : coupons et capital comme poids Une OAT 5 ans à coupon de 6 % : les coupons annuels (petits poids) et le remboursement du nominal (poids dominant) déterminent le point d’équilibre à 4,47 ans. La duration est inférieure à la maturité dès qu’il y a des coupons.
La règle opérationnelle à retenir est la suivante : une hausse de taux de 1 point entraîne une baisse de prix approximativement égale à la duration. Un fonds obligataire affichant une duration de 8 perd environ 8 % si les taux montent d’un point. Il en gagne environ 8 % si les taux baissent d’un point.
La duration d’un portefeuille est la moyenne pondérée des durations de chaque obligation qu’il contient. C’est pourquoi les sociétés de gestion publient toujours la duration de leurs fonds dans leurs rapports mensuels : c’est le premier chiffre à lire avant d’investir.

Baromètre de duration : sensibilité selon l’échéance Plus l’échéance est longue, plus la duration est élevée et plus l’obligation est sensible aux variations de taux. Les investisseurs exigent en contrepartie un rendement plus élevé pour compenser ce risque supplémentaire.
La duration mesure le risque de taux : la sensibilité du prix à une variation des taux d’intérêt du marché. Mais il existe un second risque, indépendant : le risque de crédit, c’est-à-dire la probabilité que l’émetteur ne rembourse pas.
On appelle spread de crédit la prime de rendement exigée par les marchés au-dessus du taux sans risque pour compenser ce danger. Si le taux d’une OAT 10 ans est de 3 % et qu’une obligation d’entreprise de même maturité offre 4,5 %, le spread est de 150 points de base (1 point de base correspond à 0,01 %). En période de stress, les investisseurs fuient vers les obligations d’État — c’est la « fuite vers la qualité » — et exigent une prime encore plus élevée pour les obligations d’entreprises, ce qui fait mécaniquement baisser le prix des obligations déjà sur le marché.
Les deux risques peuvent se cumuler. En 2008, la hausse des taux et l’explosion des spreads de crédit ont frappé simultanément les obligations d’entreprises à haut rendement, entraînant des pertes proches de celles subies par les actionnaires.
Adam, tenté par le rendement à 7 %Le conseiller d’Adam lui propose un fonds obligataire affichant 7 % de rendement annualisé. Adam est séduit. Mais en lisant le Document d’informations clés (DIC), il découvre que le fonds investit à 70 % en obligations high yield, c’est-à-dire émises par des entreprises dont la notation est inférieure à BBB−. Le rendement élevé ne tombe pas du ciel : il rémunère un risque de défaut bien réel. Un rendement attrayant est toujours le signe d’un risque sous-jacent.
Mis à part pour les fonds euros, les salariés sont les Français les plus souvent confrontés aux fonds obligataires à travers leurs plans d’épargne entreprise (PEE). Comme pour les actions, la diversification est capitale : investir dans un fonds obligataire permet de répartir le risque sur de nombreux émetteurs, là où détenir les obligations d’un seul acteur serait aussi imprudent que de miser sur une seule action.
Face à un fonds obligataire, trois réflexes permettent d’évaluer le risque réel avant d’investir :
La majorité des Français font de la prose sans le savoir : les fonds euros d’assurance-vie sont majoritairement composés d’obligations, conservées souvent jusqu’à leur terme, avec un mécanisme de réserves qui lisse les performances dans le temps. Sur le long terme, leurs rendements restent modestes, ce qui tient à leur faible niveau de risque.
On distingue généralement quatre grandes familles selon la duration : les fonds monétaires (duration inférieure à 1), les fonds à court terme (duration de 1 à 3), les fonds intermédiaires (duration de 3 à 5), les fonds classiques (duration de 5 à 8) et les fonds longs (duration supérieure à 10). Chaque famille correspond à des profils de risque et à des horizons distincts.
Il existe par ailleurs des obligations indexées sur l’inflation, les OATi en France. Leur coupon réel de base est historiquement faible et elles restent exposées à la hausse des taux réels : en 2022, elles ont perdu autant que les obligations classiques. Leur intérêt est réel mais leur usage reste marginal dans un portefeuille de particuliers.
Les obligations jouent aussi un rôle crucial dans la gestion de la volatilité globale d’un portefeuille. En période de crise boursière, les investisseurs se réfugient souvent vers les obligations d’État, ce qui fait monter leur prix au moment même où les actions chutent. Cette corrélation généralement faible, voire négative, est le fondement de l’allocation dite 60/40 : 60 % en actions pour le moteur de croissance, 40 % en obligations pour amortir les chocs. C’est précisément cette mécanique, et ses limites, que l’article suivant explorera.
Les fonds monétaires occupent une place à part dans ce paysage : utiles pour gérer les rentrées et sorties d’argent, les transitions d’allocation ou la décapitalisation progressive, ils méritent d’être connus pour ce qu’ils sont réellement.
En résumé
La prochaine étape :
Article nᵒ 2c, L’allocation d’actifs : combiner actions et obligations. Vous connaissez maintenant les deux grandes classes d’actifs, leurs moteurs de rendement et leurs risques propres. L’article 2c explore comment les combiner intelligemment dans un portefeuille : quel dosage adopter selon l’horizon et la tolérance au risque, et comment le cycle économique influence ce choix.
Adam et Sonia sont des personnages fictifs. Cet article ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé
L’article Les obligations : prêt, taux d’intérêt et duration est apparu en premier sur Les Électrons Libres.
Dans un laboratoire de recherche européen, une équipe s’apprête à présenter une innovation médicale majeure. Les simulations finales, les optimisations de molécules et les validations croisées ont été conduites avec un nouveau modèle d’IA ultra-performant. La veille du dépôt, celui-ci est brutalement coupé par décision américaine. Des mois de données et de calculs deviennent soudainement inaccessibles, obligeant l’équipe à tout reprendre avec des outils moins efficients, au risque de voir un concurrent américain ou chinois déposer un brevet proche quelques semaines plus tard.
Cet exemple fictif (et certes caricatural) peut aussi s’appliquer au domaine militaire et à bien d’autres. Ainsi, nous pouvons envisager le cas d’une armée engagée dans une opération décisive. Au dernier moment, ses drones autonomes et ses systèmes de commandement tactique, alimentés par un modèle américain de pointe, perdent brusquement leurs capacités de reconnaissance et de prise de décision. Cloués au sol ou rendus imprécis, ils exposent les troupes au danger. Ces scénarios sont désormais possibles et plusieurs développeurs, y compris dans des domaines sensibles, en ont fait le récit ces derniers jours. Ils ont commencé à se matérialiser dans la nuit du 12 au 13 juin, lorsque Anthropic a dû désactiver mondialement ses modèles Fable 5 et Mythos 5 sur ordre du gouvernement américain.
À ce moment précis, des millions d’utilisateurs à travers le monde ont découvert avec stupeur que les modèles les plus avancés d’Anthropic, la société créatrice du LLM Claude, leur étaient soudainement retirés. Fable 5, lancé seulement trois jours plus tôt pour le grand public, et Mythos 5, sa déclinaison mais plus puissante orientée vers des usages sensibles en cybersécurité — qui n’était ouverte qu’à un cercle très restreint de sociétés éditrices de logiciels critiques —, ont été désactivés pour l’ensemble des clients. Anthropic a publié un communiqué expliquant avoir reçu une directive d’exportation du département du Commerce américain, sous l’autorité du secrétaire Howard Lutnick. Cette mesure, motivée par des préoccupations de sécurité nationale liées à un jailbreak (une faille de sécurité permettant de contourner les garde-fous de l’IA) signalé par les chercheurs du concurrent Amazon (qui sont parvenus à casser les limitations de Fable), imposait de suspendre l’accès aux modèles pour tout ressortissant étranger, y compris ceux travaillant au sein même d’Anthropic. Incapable de mettre en place un filtrage fiable par nationalité en temps réel, l’entreprise a préféré couper l’accès mondial à ses nouveaux modèles. Les plus anciens de la famille Claude demeurent en revanche accessibles, mais le choc provoqué par cette suspension brutale d’un système déjà largement déployé reste inédit.
Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions de plus en plus vives entre l’administration Trump et Anthropic. La société a d’ailleurs exprimé dans son communiqué une certaine frustration, qualifiant le jailbreak de relativement étroit et affirmant travailler à une résolution rapide, tout en se pliant à la loi américaine.
L’entreprise a auparavant montré des réticences face à certains contrats militaires et a longtemps mis en avant les risques globaux de l’IA pour plaider en faveur d’une régulation stricte. Elle se retrouve aujourd’hui confrontée aux conséquences de sa propre rhétorique de sécurité. Les États-Unis traitent désormais les modèles les plus performants comme des technologies stratégiques, comparables aux semi-conducteurs ou à l’armement nucléaire.
En France et plus largement en Europe, les réactions politiques ont fusé dans un mélange d’indignation, d’hypocrisie et d’incompréhension technique. Mais toutes, et c’est une première, semblent avoir saisi l’importance de l’affaire et découvert les conséquences de la vassalisation numérique de l’Europe. Des enjeux stratégiques que la plupart avaient jusque-là négligés, ne s’inquiétant que des régulations tatillonnes du continent et de son sous-investissement chronique.
L’affaire Anthropic a d’ailleurs été l’occasion d’une amusante parenthèse. Une rumeur virale a prétendu ces derniers jours que Mistral AI s’apprêtait à dévoiler un modèle surpuissant baptisé « Le Chaton Fat » ou « Le Gros Chaton », prétendument supérieur à Mythos 5. Il s’agit en réalité d’une vaste blague nourrie de fausses captures d’écran et de benchmarks inventés, à laquelle le PDG Arthur Mensch a lui-même répondu avec humour en confirmant ironiquement : « It’s actually le gros chaton ».
Plus sérieusement, cet épisode pourrait pourtant se révéler comme offrant une opportunité historique pour l’Europe et pour des acteurs comme Mistral AI. En privant brutalement les entreprises, les laboratoires de recherche et les institutions publiques européennes d’un des modèles américains les plus performants, les États-Unis créent de facto un marché captif et peuvent donner des idées au Vieux Continent. Les données sensibles, les secteurs industriels stratégiques, les administrations et les projets de défense ne pourront plus dépendre d’outils dont l’accès repose sur le bon vouloir de Washington. Cette rupture renforce considérablement l’argument en faveur d’une IA souveraine, développée sur le sol européen et non soumise au Cloud Act, ni à l’extraterritorialité du droit américain.
Mistral AI peut ainsi espérer entrer dans une nouvelle dimension. Sa valorisation, encore modeste (bientôt autour de 20 milliards tout de même) au regard de celle atteinte par les leaders américains, pourrait vite augmenter si elle s’accompagne d’une mobilisation massive des pouvoirs publics et des investisseurs privés. Le rapatriement potentiel de talents européens travaillant dans les grands laboratoires américains, frustrés par les actuelles restrictions et par la perspective d’un accès limité aux modèles de l’Oncle Sam, constitue une aubaine supplémentaire pour densifier les équipes continentales et accélérer les progrès techniques.
Pour transformer cette opportunité, il ne suffira cependant pas de déclarations d’intention. Des investissements massifs et rapides s’imposent dans le calcul intensif, l’énergie et la recherche fondamentale. La France et l’Europe disposent ici d’atouts réels, à commencer par notre parc nucléaire capable d’alimenter des data centers, accusés d’être énergivores, de manière stable et décarbonée, sans dépendre des aléas des énergies intermittentes. Des partenariat publics-privés ambitieux, une accélération des programmes tels que France 2030, une simplification, voire un pacte de non-agression réglementaire, une fiscalité attractive pour les capitaux privés et une stratégie européenne cohérente deviennent indispensables. Sans cela, l’écart technologique risque de durer, si ce n’est de s’accroître. Les États-Unis pourraient alors inonder le marché européen de versions légèrement inférieures, juste assez performantes pour maintenir la dépendance tout en décourageant l’émergence de champions autonomes.
La Chine observe cette situation avec un intérêt gourmand. Peu entravée par les débats éthiques, elle peut accélérer son développement et proposer aux Européens frustrés des alternatives à bas coût et des modèles, parfois de la génération précédente, gratuits. Malheureusement pour Mistral, ces modèles chinois gratuits sont les meilleurs du marché, loin devant les siens. Cet épisode renforce sa position dans la formation des blocs technologiques et illustre les risques d’une Europe qui se tire régulièrement des balles dans le pied. L’AI Act, qui entrera pleinement en vigueur en décembre 2027, avec ses exigences bureaucratiques et son obsession régulatrice, contraste violemment avec la logique protectionniste américaine et la volontariste approche étatiste chinoise. En voulant encadrer, avant même d’avoir construit une industrie cohérente et au niveau de la concurrence, le continent freine ses propres innovateurs et risque de perdre une bataille peu alimentée par la notion de scrupule, ce qui pourrait conduire des entreprises comme Mistral à s’expatrier dans des contrées plus clémentes.
Au fond, cette affaire révèle le grand basculement géopolitique en cours dans le domaine de l’IA. Nous entrons dans une ère où la supériorité en cette matière déterminera non seulement la puissance économique, mais aussi les équilibres militaires et l’influence mondiale pour les décennies à venir. L’IA devient la sève des souverainetés et des enjeux de civilisation, exigeant une mobilisation industrielle, la sécurisation des secrets technologiques et une vision à long terme. Derrière le show des gesticulations trumpistes, les États-Unis l’ont compris en imposant leurs contrôles d’exportation. La Chine l’a intégré depuis longtemps dans sa stratégie d’État. L’Europe doit maintenant trancher entre une souveraineté réelle, coûteuse mais vitale, et une dépendance fainéante, s’appuyant sur le confort de sa prétendue supériorité morale, qui la reléguerait au rang de simple suiveur technologique.
Au-delà des blocs qui se durcissent, une autre voie, plus ambitieuse, mérite d’être explorée et ne serait pas éloignée des discours des fondateurs d’Anthropic : celle qui consisterait à considérer les modèles d’IA les plus avancés comme un bien commun de l’humanité, dont aucun État ne pourrait restreindre l’accès ou l’usage à des fins purement nationales, sur le modèle inverse du Cloud Act. Une convention internationale dédiée pourrait théoriquement protéger les pays intermédiaires contre une fracture technologique définitive qui les condamnerait à une éternelle dépendance. Cette perspective reste cependant, dans le contexte géopolitique actuel, largement utopique. Ni les États-Unis, qui traitent déjà l’IA comme un pilier stratégique, ni la Chine, engagée dans une course de puissance, n’accepteront de brider leur souveraineté technologique au nom d’un bien commun. L’Europe aurait beau porter cette philosophie, elle risquerait d’apparaître une fois de plus comme naïve face à des rivaux qui raisonnent en termes de rapport de forces. Reste qu’elle mérite d’être gardée comme horizon de réflexion, ne serait-ce que pour rappeler que la fragmentation totale du monde en blocs technologiques n’est pas une fatalité, même si elle reste l’idée la plus dominante aujourd’hui.
Indépendamment de ce vœu humaniste, transformer le choc provoqué par la suspension de Fable 5 en avantage pour l’Europe est possible. Mais cela suppose une profonde lucidité, une ambition collective et une réelle cohérence politique. Il faudra investir massivement dans les infrastructures et les talents, simplifier les règles qui brident inutilement l’innovation comme la cohésion européenne, miser pleinement sur les atouts énergétiques du continent et l’amener à construire une véritable stratégie industrielle commune, ce qui n’est pas son fort jusqu’à présent. Sinon, les discours sur la souveraineté resteront des mots creux dépourvus d’horizon. L’histoire jugera et les prochains mois seront décisifs.
L’article Claude : stupeur et tremblements en Europe est apparu en premier sur Les Électrons Libres.
Et si le secret pour vaincre les maladies incurables exigeait d’enfermer la puissance de 100 millions de soleils à l’intérieur d’un microscope ?
Depuis des décennies, la biologie structurale se heurte à un mur : pour étudier la forme de nos protéines humaines à l’échelle de l’atome avec l’aide d’un microscope électronique, il est nécessaire d’utiliser des électrons. Or, ces molécules biologiques sont si légères qu’elles n’interagissent presque pas avec ces faisceaux d’énergie, ce qui les rend presque invisibles. Jusqu’à présent, pour créer du contraste et rendre l’image visible, les scientifiques devaient « flouter » volontairement l’image, perdant ainsi de précieux détails…
Mais une véritable prouesse d’ingénierie optique baptisée « xLPP », développée conjointement par l’université de Californie à Berkeley et le laboratoire de recherche Biohub, vient d’apporter une solution. Le concept, autrefois jugé techniquement impossible, consiste à croiser deux faisceaux lasers d’une intensité colossale (soit entre 350 et 400 gigawatts par centimètre carré, ce qui est équivalent à près de 100 millions de fois le rayonnement du Soleil sur un cm² de sa surface) à l’intérieur même du microscope, sans aucun support matériel.
Ce croisement crée un champ de force qui déphase les électrons juste assez pour générer un contraste d’image parfait, sans détruire la résolution ni générer de reflets parasites. Le résultat est époustouflant : les chercheurs peuvent désormais observer avec une netteté sans précédent des protéines minuscules, directement à l’intérieur de cellules intactes !
Cette capacité à cartographier notre machinerie cellulaire dans son état naturel fournit des données d’entraînement d’une richesse sans précédent pour l’intelligence artificielle. En nourrissant les algorithmes avec ces images, les scientifiques vont pouvoir identifier de nouvelles « serrures » sur les protéines malades et concevoir des médicaments sur mesure pour des pathologies à ce stade incurables.
« Quand on peut observer les interactions entre protéines dans leur contexte, la biologie commence à prendre vie », illustre un responsable de Biohub.
Et si les cellules cancéreuses portaient en elles les germes de leur propre destruction, n’attendant qu’un simple signal pour s’autodétruire ? C’est la solution que propose une nouvelle application des ciseaux moléculaires CRISPR !
Historiquement, l’oncologie bloque sur les cancers dits « réfractaires » (qui ne répondent pas aux traitements), notamment ceux causés par la mutation du gène p53 (impliqué dans de nombreux cas humains). Quand ce gène protecteur mute, il perd sa forme, empêchant tout médicament classique de s’y accrocher pour le réparer.
Face à cette impasse, une équipe de chercheurs a eu l’idée de pirater le système de défense d’une bactérie : l’enzyme CRISPR-Cas12a2. Contrairement au célèbre Cas9 qui découpe l’ADN pour le modifier, Cas12a2 pratique la « politique de la terre brûlée ». Dans la nature, lorsqu’elle détecte un virus, elle s’active et déchiquette frénétiquement tout l’ADN environnant, provoquant le suicide de la cellule pour stopper l’infection.
Les scientifiques ont reprogrammé cette enzyme afin qu’elle s’attaque uniquement aux tumeurs humaines. Introduite dans la cellule malade, elle est conçue pour ne réagir qu’en présence de la signature génétique exacte du cancer (comme la mutation de p53). Dès qu’elle la repère, elle fragmente intégralement l’ADN de la cellule tumorale…
Cette méthode est remarquable par la précision de son ciblage. Une seule différence dans le code génétique suffit pour que l’enzyme épargne totalement les cellules saines. Capable de détruire les cellules cancéreuses les plus tenaces, celles devenues résistantes aux chimiothérapies, cette technologie transforme l’anomalie du cancer en une arme mortelle retournée contre lui-même.
« Non seulement cette approche nous permet de cibler les cancers que nous connaissons comme étant jusqu’ici considérés comme incurables, mais nous pouvons aussi l’adapter facilement et rapidement aux nouvelles mutations », explique Jennifer Doudna, co-auteure de l’article et prix Nobel de chimie pour ses travaux sur CRISPR-Cas9.
Et si une simple prise de sang permettait d’enrayer le deuxième cancer le plus meurtrier de France avant même qu’il ne s’installe ?
Le cancer colorectal cause plus de 17 000 décès par an dans notre pays. La clé de son « succès » (et de notre malheur) est son développement silencieux : lorsqu’il provoque des symptômes, il est souvent déjà à un stade métastatique trop avancé. Bien qu’un dépistage précoce (test dans les selles) garantisse à 90 % la guérison, la réticence psychologique des patients est trop forte : le taux de dépistage chez les plus de 50 ans n’est que de… 28 %.
Pour contourner ce blocage, un consortium de chercheurs montpelliérains et niçois (incluant l’IRCM, l’IGF et l’IRCAN) a déployé le projet COLNET. Plutôt que de rechercher des traces de sang dans les selles ou de l’ADN de tumeur dans le sang, cette équipe a eu l’idée de traquer des signaux moléculaires bien plus subtils : les réactions du corps humain face à l’apparition des tout premiers polypes précancéreux.
Les scientifiques français ont découvert que le danger d’une tumeur réside autant dans la cellule malade que dans son environnement (le stroma). En effet, le cancer « corrompt » les tissus sains environnants pour se créer des autoroutes d’invasion et ainsi développer une résistance aux traitements. Le test COLNET détecte cette perturbation (via des micro-ARN et cytokines) bien avant que les tissus ne soient irrémédiablement altérés. « Dès le stade où on a un polype, ce marqueur apparaît déjà », souligne la chercheuse Julie Pannequin.
En identifiant avec précision les patients à risque chez les plus de 50 ans asymptomatiques, ce test sanguin est conçu pour orienter uniquement les cas nécessaires vers une coloscopie préventive. Avec cette découverte, l’objectif n’est plus de déclarer la guerre au cancer colorectal, mais de l’étouffer dans l’œuf grâce à un simple bilan de routine.

Et si l’ordinateur du futur devenait enfin capable de corriger ses propres erreurs en plein calcul ? La deeptech Pasqal enregistre de nouveaux succès en la matière.
Depuis des années, l’informatique quantique promet de résoudre des problèmes hors de portée des supercalculateurs actuels. Mais elle se heurte à son talon d’Achille : les fameux « qubits », ses unités de calcul, sont très fragiles. La moindre perturbation thermique ou magnétique (le « bruit ») fausse les résultats. Pour que le quantique devienne utile au monde industriel, il faut inventer une machine tolérante aux fautes.
C’est un pas vers cet exploit que l’entreprise française Pasqal a annoncé en mai 2026. Utilisant des atomes neutres de rubidium manipulés dans le vide par de puissants lasers, leurs chercheurs ont créé des « qubits logiques ». Le principe ? Au lieu de se fier à un seul atome fragile, l’information est répartie de manière intriquée sur un réseau de plusieurs atomes, grâce à un bouclier mathématique appelé « code de détection ».
Et pour la première fois au monde, cette architecture n’a pas été utilisée pour de simples tests de laboratoire, mais pour une preuve de concept à l’échelle industrielle : la résolution de 1 000 équations différentielles complexes. Ces mathématiques sont vitales pour simuler l’aérodynamique des avions ou optimiser les flux financiers, entre autres…
En filtrant ses propres erreurs de contrôle, la puce logique de Pasqal a divisé le taux d’erreur par 10 sur les équations non linéaires par rapport aux qubits classiques. « Ce travail démontre que les qubits logiques ne sont pas seulement préférables en théorie : ils sont déjà plus performants sur une tâche de calcul réelle », explique Loïc Henriet, directeur technique de Pasqal. Cette démonstration confirme que l’architecture des qubits logiques ouvre la voie à une informatique quantique applicable aux défis industriels !

Et si la cécité liée à l’âge n’était plus une fatalité inéluctable, mais une simple horloge biologique que l’on pouvait « inverser » avec une nouvelle thérapie ?
Jusqu’à présent, une règle simple mais stricte régnait en neurobiologie : chez un adulte, un nerf optique endommagé ne repousse jamais. Ainsi, des maladies dégénératives comme le glaucome mènent inexorablement à la mort des cellules rétiniennes, les traitements actuels ne pouvant, au mieux, que ralentir l’échéance chez les patients atteints.
Mais l’entreprise Life Biosciences entend bien bouleverser cette fatalité avec une thérapie pionnière nommée ER-100, basée sur la « théorie de l’information du vieillissement ». Selon cette théorie, le vieillissement n’altère pas l’ADN lui-même, mais la façon dont la cellule le lit (l’épigénétique). Pour sauver les neurones visuels, ER-100 injecte dans l’œil un cocktail partiel de gènes dits « facteurs de Yamanaka ». Ces gènes seraient capables de « nettoyer » les marques du vieillissement et de ramener la cellule à un état métabolique juvénile, lui redonnant alors sa capacité de régénération…
Un défi de taille subsistait encore sur le plan technique : comment rajeunir les cellules sans déclencher de multiplication anarchique (et donc des cancers) ? La solution réside dans un interrupteur de sécurité intégré au traitement. Une fois injectée, la thérapie reste dormante. Le rajeunissement n’est activé que lorsque le patient prend un antibiotique spécifique par voie orale pendant 56 jours. Dès l’arrêt des pilules, le processus s’éteint en toute sécurité.
Actuellement en essai clinique de phase 1 validé par la FDA (un premier patient vient de recevoir sa première dose), cette technologie pourrait non seulement restaurer la vision perdue en raison de la dégénérescence du nerf optique, mais aussi prouver que la dégénérescence cellulaire liée à l’âge est une condition réversible.
« Nos recherches suggèrent que le vieillissement est principalement dû à la perte d’informations épigénétiques, et non à des dommages irréversibles. Cette étude clinique représente la première occasion de vérifier si la restauration de ces informations peut atténuer les maladies humaines », selon David Sinclair, co-fondateur de l’entreprise. Un chercheur dont les théories avant-gardistes divisent ses pairs et restent désormais suspendues aux résultats de ces premiers essais sur l’homme.

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C’est un bruit de colère qui s’est d’abord fait entendre à Rabat, avant de s’étendre vers deux autres grandes villes du Maroc, Casablanca et Fès. Une grogne qui résonne avec la même intensité en Espagne, en Italie, au Vietnam, en Belgique ou en Grande-Bretagne, et qui menace l’ensemble des pays où est présente l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE). Car ce mécontentement est celui des parents d’enfants scolarisés dans les 612 établissements scolaires gérés par l’AEFE dans le monde ; des établissements publics sous tutelle du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE). En cause : une explosion des frais de scolarité depuis la réforme adoptée en conseil d’administration le 18 décembre dernier. À la veille des fêtes, l’AEFE a glissé dans la hotte du père Noël un cadeau empoisonné pour ces parents d’élèves, qui devront assumer une hausse sensible s’ils veulent maintenir leurs enfants dans l’enseignement français. À titre d’exemple, les familles des élèves du Lycée français de Barcelone (LFB) devront faire face à une augmentation moyenne de 9,5 % des frais de scolarité à la rentrée 2026, soit entre 800 et 1 000 euros supplémentaires par enfant et par an ! Au Maroc, outre l’augmentation de ces frais, une taxe d’inscription annuelle est instaurée. Soit un coût total qui peut dépasser les 110 000 dirhams par élève et par an (environ 10 000 €), à multiplier par les 50 000 élèves des écoles et lycées français du royaume chérifien...
Une colère et une frustration qui ont poussé les associations de parents d’élèves de plusieurs lycées français à saisir le tribunal administratif de Montreuil (Seine-Saint-Denis) depuis Bruxelles, Lisbonne, Rabat, Tanger et Londres. Des recours relayés par la presse marocaine et qui incluent, comme le confirme une source judiciaire, la contestation d’un « impôt déguisé sous prétexte de frais de scolarité ou d’augmentation des coûts d’énergie ou de maintenance ». Car la véritable raison de ces hausses généralisées sur l’ensemble du réseau de l’AEFE concerne le transfert de la charge des pensions civiles des personnels expatriés directement vers les familles, à hauteur de 35 % dès la rentrée 2026 (puis de 50 % en 2027), entraînant une inflation mécanique des coûts sans contrepartie pédagogique. Et la réforme en cours entérine en réalité cette pratique douteuse, et possiblement illégale, mise en œuvre depuis 2009.
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