Ça caille à Cherbourg, je vais chercher refuge vers l'est.
Tristan K. @tristankamin.bsky.social posted:
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Ça caille à Cherbourg, je vais chercher refuge vers l'est.
Imaginez un instant que vous possédiez un double parfait. Un jumeau aux traits rigoureusement identiques, mais dont la simple poignée de main déclencherait une explosion, vous vaporisant instantanément tous les deux. À l’échelle des lois fondamentales de la physique, ce jumeau porte un nom : l’antimatière ! Née en 1928 dans les équations mathématiques du physicien Paul Dirac, l’antimatière est le reflet inversé de notre réalité. Chaque particule qui nous compose, et qui compose l’Univers, possède son « antiparticule », dotée de la même masse, mais d’une charge électrique opposée.
Si l’idée fascine les auteurs de science-fiction, elle pose surtout à la cosmologie moderne son énigme la plus vertigineuse. Selon les modèles standards, le Big Bang, cette fournaise primordiale, aurait dû forger des quantités parfaitement égales de matière et d’antimatière. Dès lors, le cosmos aurait dû s’autodétruire instantanément : toute la matière et l’antimatière s’annihilant mutuellement dans un « flash » de pure énergie. Et pourtant, regardez autour de vous : nous sommes bien là ! Les étoiles brillent, les planètes tournent…
Comme tout ce qui compose l’Univers, nous sommes donc les survivants d’une anomalie cosmique ! D’une manière ou d’une autre, une infime fraction de la matière (un atome sur 1 voire sur 10 milliards) a mystérieusement survécu à ce grand carnage des origines, ayant eu lieu il y a des milliards d’années. Si l’humanité veut comprendre un jour cette « asymétrie baryonique », il n’y a qu’une solution : il faut traquer l’antimatière, l’isoler et l’interroger.
Le problème ? L’antimatière terrestre n’existe pas à l’état naturel. Il faut la fabriquer de toutes pièces. Et c’est ici, à la frontière franco-suisse, que l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (le CERN) s’est imposée comme l’épicentre mondial d’une recherche de pointe, qui fait honneur à notre continent, capable de relever ce défi titanesque…
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L’article Comment l’Europe a dompté l’antimatière est apparu en premier sur Les Électrons Libres.
Kako @kakoline.bsky.social posted:
J'ai eu la chance de visiter le chantier #EPR2 de Penly. 🏗️
Juste quelques éléments pour vous donner une idée de l’état d’avancement de ce projet impressionnant, le premier d'une série qui contribuera au futur énergétique de notre pays #thread 🧵
Au tournant du XXe siècle, une révolution renverse des siècles de canons esthétiques. Le teint pâle, longtemps synonyme de distinction, cède la place au hâle, soit le bronzage, promu au rang de signe de bonne santé et d’atout de séduction. Mieux qu’une preuve de vitalité, il s’agit quasiment d’un remède. Les revues médicales de l’époque vantent l’héliothérapie (traitement par exposition au Soleil) et l’actinothérapie (traitement par exposition à des lampes émettant dans le domaine ultraviolet), réputées venir à bout d’affections dermatologiques, et parfois même de la tuberculose.
Reste un détail que la mode a négligé. Tout le monde ne bronze pas avec le même bonheur. Les peaux claires, plus promptes à rougir qu’à dorer, brûlent là où les autres se colorent, introduisant la notion devenue si familière de « coups de soleil ». C’est particulièrement à destination de ces carnations que naissent les premiers produits de protection, formulés avec de faibles quantités de filtres, soit organiques comme le salicylate de benzyle ou l’acide para-aminobenzoïque, soit inorganiques comme l’oxyde de zinc ou le dioxyde de titane. L’ambition affichée par les réclames des années 1930 tient en une promesse simple. Bronzer sans brûler, donc « en toute sécurité ».
Deux familles de filtres s’imposent alors. Les filtres organiques absorbent le rayonnement ultraviolet et le dissipent sous forme de chaleur. Les filtres inorganiques, eux, le réfléchissent et le dispersent à la surface de la peau.
Le reste est affaire de patience. Les galéniques s’affinent, des méthodes d’évaluation sont mises au point, la première remontant à 1956, et la chimie livre des filtres toujours plus performants. Le chemin est long. Dans les années 1970, un indice de protection de 10 constitue encore un plafond honorable. De décennie en décennie, les fournisseurs d’ingrédients repoussent cette limite, jusqu’à gagner, dans les meilleurs cas, deux unités SPF (Sun Protection Factor) par pourcentage de filtre incorporé.
L’affaire aurait pu être simple si avait été prise la décision d’associer filtres organiques et inorganiques au sein d’une même formule pour cumuler leurs propriétés, les premiers, peu photostables, trouvant auprès des seconds la stabilité qui leur manque, et l’ensemble couvrant à la fois le domaine UVB, rayonnement responsable des coups de soleil, et le domaine UVA, rayonnement provoquant le vieillissement de la peau. Elle aurait pu, si certains n’avaient flairé un marché lucratif : le bio. Une protection et un bronzage directement connectés à la nature. Qu’espérer de mieux ? En misant en plus sur l’émotion, le meilleur vecteur de l’acte d’achat.
Ainsi le bio entre-t-il dans la danse, semant le doute dans l’esprit d’acheteurs jusque-là sereins. Il s’exprime sur l’innocuité des produits qu’ils utilisent depuis toujours, à la fois fondé sur la nocivité des formules traditionnelles pour la peau, mais surtout, pour l’environnement.
Aux alentours de l’an 2000, le marché regorge alors de crèmes solaires associant filtres organiques et minéraux, affichant des SPF très élevés. On y voit grimper ce fameux indice jusqu’à 60, 80, parfois 100. Des chiffres flatteurs, et trompeurs. Le 22 septembre 2006, la Commission européenne y met bon ordre, en recommandant de limiter à une valeur unique « 50+ » tous les indices supérieurs à 50, et en interdisant les mentions d’« écran total » ou de « protection totale ». À raison. Un consommateur, persuadé de porter une protection absolue, s’expose sans mesure, convaincu qu’une application matinale le met à l’abri pour la journée entière. Or aucune formule, quelle qu’elle soit, n’arrête la totalité des ultraviolets.
L’industrie du cosmétique bio, encore naissante, entend bien prélever sa part de cette manne que chaque départ en vacances ramène avec régularité. Sa stratégie est limpide. Discréditer les filtres organiques, rebaptisés pour l’occasion « filtres chimiques », afin d’en souligner la prétendue écotoxicité, et sacrer à leur place les filtres inorganiques, présentés comme naturels et sans danger pour le vivant, à commencer par le milieu marin. Le mot « chimique » fait ici tout le travail. Il suffit de l’accoler à un ingrédient pour le condamner, et de brandir l’adjectif « minéral » pour absoudre l’autre, sans que jamais un fait vienne étayer cette assertion.
Le procédé est habile, mais, hélas, mensonger. Car les filtres inorganiques ne sont ni naturels, ni écologiques. Aussi synthétiques que leurs cousins organiques, l’oxyde de zinc et le dioxyde de titane perturbent, eux aussi, les écosystèmes marins. Ils s’avèrent même inférieurs aux filtres organiques en matière de protection. Un filtre minéral seul, ou l’association des deux, ne rivalisera jamais avec une association de quatre ou cinq filtres organiques. Et pour ne rien arranger, des contraintes de formulation interdisent d’incorporer l’oxyde de zinc et le dioxyde de titane à fortes concentrations.
Voilà pourquoi la prétendue supériorité des solaires bio repose sur un triple mirage. Ils ne sont pas naturels. Ils ne sont pas écologiques. Ils ne protègent pas aussi bien que les associations de filtres organiques. Quelques marques commencent d’ailleurs à faire amende honorable, confessant à leurs communautés, sur les réseaux sociaux, une naïveté passée, et réintroduisent dans leurs formules les filtres organiques qu’elles vouaient hier aux gémonies. Elles demeurent l’exception. La plupart campent sur leurs positions, trop soucieuses de leur image et de leurs marges pour reconnaître leur erreur.
L’affaire n’a rien d’anodin. On sait depuis un bon moment que les ultraviolets sont cancérigènes et qu’il faut s’en protéger au moyen des produits les plus efficaces possibles. Continuer de propager des contre-vérités relève, dès lors, du problème de santé publique.
Le malentendu ne s’arrête pas là. Ces mêmes produits sont volontiers vantés comme la protection idéale du nourrisson, certains fabricants osant même la mention « dès la naissance ». Rien n’est plus faux, puisqu’un enfant de moins de trois ans n’a tout simplement pas à être exposé au soleil. Une dangereuse omission qui, au passage, ne concerne pas uniquement le secteur du bio.
Reste un dernier paradoxe. Ces crèmes que la population applique pour se prémunir des cancers cutanés n’ont pas le droit de revendiquer cet effet protecteur. Le règlement (CE) n° 1223/2009 est sans ambiguïté. Un cosmétique n’est pas un médicament, et ne saurait donc ni prévenir ni guérir la moindre maladie.
Pour dissiper ces mirages, une seule solution s’impose. Ranger enfin les crèmes solaires dans la catégorie qui leur revient, celle du médicament, tout en arrêtant de témoigner d’une indulgence coupable envers le sacro-saint terme « bio ». L’idée n’est pas extravagante. Aux États-Unis, la Food and Drug Administration traite de longue date les produits solaires comme des médicaments en vente libre. L’Europe, elle, s’obstine à les considérer comme des produits cosmétiques. La santé cutanée du consommateur commanderait pourtant qu’on franchisse le pas. L’industrie s’y refuse, peu disposée à sacrifier un marché florissant, imposant même désormais un usage quotidien, que l’on soit exposé ou non. On n’hésite plus à effrayer jusqu’à celui qui reste chez lui, rivé à son écran, en lui soufflant que là encore, les ultraviolets le menacent.
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La France vient de connaître un épisode de canicule exceptionnel, avec des températures dépassant de presque 4° un mois de juin habituel. En 2003, la chaleur avait tué plus de 14 000 personnes. Pour juin 2026, Santé publique France a déjà recensé plus de 2 000 décès, avec des données provisoires qui sous-estiment le bilan réel. L’agroclimatologue Serge Zaka parle de catastrophe agricole majeure : en 2003, la production continentale avait plongé de 30 %. Le réchauffement climatique n’est plus une abstraction pour la fin du siècle, il tue et ruine des récoltes dès maintenant.
Pourtant, les effets les plus meurtriers du réchauffement pourraient être évités grâce à une technologie connue depuis les années 1970 : la géo-ingénierie solaire. Son principe, assez simple, est de refroidir la planète en réfléchissant une partie des rayons du soleil avant qu’ils n’atteignent le sol. Concrètement, des avions spécialement conçus dispersent de fines particules de soufre à environ 20 kilomètres d’altitude, dans la basse stratosphère tropicale. Les courants naturels les répartissent ensuite vers les pôles, renvoyant vers l’espace une petite fraction du rayonnement solaire. Moins de soleil au sol, donc moins de chaleur.
Trois expériences ont prouvé l’efficacité du procédé. En 1991, aux Philippines, le volcan Pinatubo projette environ 20 millions de tonnes de dioxyde de soufre dans la stratosphère, entraînant un refroidissement planétaire d’environ 0,5° pendant 2 ans.
La deuxième expérience vient d’Europe. Depuis les années 1980, le continent réduit massivement sa pollution industrielle au soufre. Le gain sanitaire est considérable. Mais ces particules forment aussi un écran contre une partie du rayonnement solaire. Leur disparition contribue à 23 % du réchauffement de surface simulé en Europe entre 1980 et 2012. Dans les régions les plus exposées, comme la Suisse et le nord de l’Allemagne, ce recul expliquerait même près des deux tiers du réchauffement rapide observé depuis les années 1980. Entre 1961 et 1980, environ 700 décès annuels liés à la chaleur en Grande-Bretagne sont masqués par le refroidissement des aérosols. Sans cet effet parasol, la mortalité climatique aurait émergé jusqu’à 4 décennies plus tôt.
Les navires ont fourni le troisième indice. En 2020, l’Organisation maritime internationale divise par 7 la teneur en soufre de leur carburant. Cette mesure, excellente pour la qualité de l’air, a l’inconvénient de supprimer l’effet parasol du soufre. Selon les travaux récents, la suppression de cette protection expliquerait environ un 5e des records de température de 2023 et un dixième du réchauffement anthropique de l’Arctique.
La géo-ingénierie ne propose pas de reproduire ces accidents. Elle a pour ambition de faire mieux. Les avions injecteraient à 20 kilomètres d’altitude une vapeur d’acide sulfurique, formant des gouttelettes bien plus fines que celles d’un volcan, plus efficaces pour réfléchir le soleil et plus économes en soufre. L’opération se ferait très loin du sol où on respire, sans les cendres ni les polluants d’une éruption ou d’un carburant marin. Aucune pollution locale, juste un parasol installé au-dessus de nos têtes.
Aussi efficace soit-elle, cette technologie n’est pas sans risques. Injecter du soufre dans la stratosphère abîme un peu la couche d’ozone et déplace des régimes de précipitations. Concernant les pluies acides, la quantité de soufre nécessaire serait, selon la National Academy of Sciences américaine, minuscule face aux sources naturelles et industrielles qui acidifient déjà sols et océans. L’humanité rejette déjà environ 50 millions de tonnes de soufre par an en pollution tandis qu’un programme complet de refroidissement planétaire en demanderait 1 million.
Surtout, il existe une bonne et une mauvaise façon de faire des injections d’aérosols dans la stratosphère. Le mauvais design injecte le soufre en un seul point, à l’équateur. C’est le pire scénario sur tous les critères car il concentre les aérosols dans les tropiques, chauffe la basse stratosphère et détériore l’ozone. Le bon design injecte à plusieurs latitudes. Cette stratégie, validée sur 2 modèles climatiques indépendants, refroidit plus efficacement, réduit le chauffage stratosphérique, adoucit les extrêmes régionaux, et protège bien mieux la couche d’ozone.
Ces risques pourraient pousser à temporiser. Mais l’inaction n’est pas, elle non plus, sans risques massifs. Plus on attend, plus le refroidissement de rattrapage devra être brutal le jour venu, et plus il malmènera le vivant. D’après des chercheurs de la Colorado State University, déployer tôt et stabiliser la température dès le départ maintient les écosystèmes dans des conditions quasi préindustrielles. Retarder de 10 ans puis refroidir vite pour rattraper pourrait exposer deux tiers des terres émergées à des bouleversements pires que si l’on n’avait rien fait. Le principe de précaution mal appliqué augmente le danger qu’il prétend éviter.

Souvent décrite comme un fantasme d’industriels occidentaux, la géo-ingénierie pourrait en réalité bénéficier en premier lieu aux plus pauvres.
Dans les champs indiens, une injection modérée d’aérosols préserverait la mousson d’été, réduirait les jours de chaleur extrême et relèverait les rendements du blé et du riz pluviaux, ceux des paysans privés d’irrigation. Des gains similaires ont été modélisés dans quatre régions vulnérables du Sud global, avec des gains particulièrement marqués en Amérique centrale et en Afrique de l’Ouest. Refroidir la planète, ici, ce n’est pas protéger le confort des riches. C’est aider à nourrir les populations les plus exposées au réchauffement.
À l’échelle mondiale, le bénéfice devient massif. Pour 6 grandes cultures, les rendements progresseraient d’environ 10 % sous géo-ingénierie solaire, alors qu’ils reculeraient de 5 % dans un scénario limité à la réduction des émissions.
Développer la géo-ingénierie ferait-il renoncer à la décarbonation, comme le craint l’Académie des sciences ? L’argument, qui paraît intuitif, ne tient pas. Depuis 2014, une quinzaine de travaux l’ont testé. La quasi-totalité ne trouve aucun effet de relâchement, au contraire : informer sur la géo-ingénierie renforce souvent le soutien à la taxe carbone. Les travaux les plus rigoureux, eux, ne détectent aucun effet significatif. Autrement dit, il n’est pas nécessaire de laisser les populations souffrir du réchauffement pour les convaincre de le combattre.
Modifier les grands équilibres de la planète n’est pas une nouveauté. En captant l’azote de l’air pour fabriquer des engrais, nous avons déjà pris la main sur un cycle biogéochimique majeur. Aujourd’hui, près de la moitié de l’humanité est nourrie grâce à cet azote de synthèse. Dans la même lutte contre la misère, nous avons aussi brûlé du charbon, du pétrole et du gaz. Les énergies fossiles ont permis un immense progrès matériel, mais elles ont aussi réchauffé le climat. Le réchauffement n’était pas le projet. Il fut l’effet secondaire de l’indispensable usage énergétique, souvent sans l’avoir voulu. Le réchauffement climatique lui-même est l’effet secondaire d’un progrès énergétique immense, mais mal maîtrisé. La question mérite donc au moins d’être posée : faut-il exclure par principe toute intervention volontaire sur le climat, ou chercher à comprendre si un refroidissement limité pourrait réduire une partie des risques ?
Il est possible de commencer par des expérimentations à grande échelle. Si les résultats venaient confirmer les modèles, un programme de déploiement graduel pourrait ensuite être engagé, à la hauteur de cette crise planétaire. David Keith, physicien à Harvard et pionnier du sujet, propose de ne compenser que la moitié du réchauffement, plutôt que sa totalité. L’avantage serait double : limiter les effets secondaires tout en maintenant la décarbonation indispensable. À défaut d’expérimentations ambitieuses, le minimum serait au moins de lancer de vastes programmes de recherche.
Les coûts directs d’un tel programme semblent faibles au regard des dommages climatiques qu’il pourrait éviter. Compenser tout l’excès de réchauffement depuis la révolution industrielle reviendrait à environ 1 milliard de dollars par an, soit moins d’un centime par personne et par mois.
Nous avons déjà transformé le monde une première fois pour manger à notre faim. Allons-nous oser le transformer une seconde fois, pour protéger les plus faibles et une biodiversité qui suffoque déjà sous la chaleur ? Il est temps, au moins, d’ouvrir sérieusement le débat.
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