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BYD et VinFast : l’Asie Pacifique se rue vers l’électrique

Le choc pétrolier iranien provoque un afflux massif dans les showrooms BYD et VinFast à travers l’Asie Pacifique : les ventes de VE s’envolent partout.

Le conflit en Iran et la flambée des prix du pétrole qui en résulte sont en train de provoquer un basculement accéléré vers les véhicules électriques dans toute la région Asie-Pacifique. Des Philippines au Vietnam, de la Thaïlande à la Nouvelle-Zélande, les concessions de constructeurs asiatiques de véhicules électriques — au premier rang desquels le chinois BYD et le vietnamien VinFast — enregistrent des niveaux de fréquentation et de commandes sans précédent. La hausse des coûts à la pompe agit comme un catalyseur puissant d’une transition vers la mobilité électrique qui était déjà engagée, mais qui s’accélère désormais sous la pression économique des ménages et des politiques publiques d’urgence mises en place dans plusieurs pays de la région.

Des showrooms débordés des Philippines au Vietnam

À Manille, dans le quartier financier de la capitale philippine, la concession BYD locale connaît une activité commerciale exceptionnelle. Matthew Dominique Poh, vendeur dans cet établissement depuis sept mois, témoigne avoir enregistré l’équivalent d’un mois de commandes en seulement deux semaines depuis le début du choc pétrolier. « Les clients remplacent leurs unités en faveur des véhicules électriques en raison des hausses de prix du pétrole », explique-t-il, résumant une motivation qui se répète à l’identique dans toute la région.

À Hanoï, à quelque 1 770 kilomètres de là, les showrooms VinFast ont dû renforcer leurs effectifs de vente en urgence pour faire face à l’afflux de clients. Nguyen Hoang Tu Anh, responsable commercial, indique que la fréquentation a quadruplé, entraînant la vente de 250 véhicules électriques au cours des trois semaines suivant le début du conflit en Iran — soit plus de 80 unités par semaine, le double du rythme moyen constaté en 2025. Parmi les nouveaux acheteurs figure Lai The Manh Linh, un employé de 41 ans d’une entreprise de télécommunications, qui a troqué sa Toyota Vios à motorisation essence contre un crossover compact tout électrique VinFast VF 5 pour effectuer ses trajets quotidiens de 60 à 70 kilomètres. Sa motivation est sans ambiguïté : « Passer à la voiture électrique nous aidera à économiser beaucoup d’argent. »

Cette dynamique s’explique en partie par la position géographique de la région. Environ 80 % du brut transitant par le détroit d’Ormuz était destiné à la zone Pacifique avant que cette route maritime stratégique ne soit perturbée par le conflit. La pression à la pompe y est donc particulièrement intense, créant des conditions favorables à une adoption accélérée des véhicules à batterie. Albert Park, économiste en chef de la Banque asiatique de développement, le confirme : « Des prix du pétrole plus élevés aident toujours la transition vers les véhicules électriques. Cela crée des incitations économiques pour accélérer la transition verte. »

Une adoption qui s’étend de la Chine à l’Océanie

Le phénomène dépasse largement les marchés philippin et vietnamien. En Nouvelle-Zélande, le prix de l’essence a grimpé de 20 % depuis le début du mois de mars pour atteindre 3 dollars néo-zélandais le litre — soit seulement 6 cents de moins que les niveaux records enregistrés lors de la flambée consécutive à l’invasion russe de l’Ukraine. Dans ce contexte, la demande pour la gamme de véhicules électriques de BYD a bondi de manière significative. Warren Wilmot, directeur général de BYD Nouvelle-Zélande, a indiqué lors d’une émission de radio locale que le nombre de véhicules entièrement électriques et hybrides vendus le 14 mars était quatre fois supérieur à la quantité habituelle pour un samedi. Les longues files d’attente aux stations-service et les rapports sur les limitations d’achat de carburant dans la région ont contribué à renforcer l’image des véhicules électriques comme alternative crédible et économiquement rationnelle.

En Thaïlande, dans la province de Nakhon Ratchasima au nord-est de Bangkok, les trois showrooms de Jaruaypornphatra Leesomsiri commercialisant les véhicules MG — marque désormais détenue par le constructeur chinois SAIC Motor Corp. — ont enregistré une hausse d’au moins 20 % de leurs ventes de véhicules électriques pour répondre à une liste d’attente en forte progression. Surapong Paisitpatnapong, porte-parole du groupe automobile de la Fédération des industries thaïlandaises, se montre désormais plus optimiste : « Si les prix du pétrole restent aux niveaux actuels ou augmentent davantage, nous prévoyons une augmentation significative de la demande de véhicules électriques », déclarant avoir revu à la hausse ses prévisions pour 2026 après avoir été plus prudent en raison de la réduction des subventions gouvernementales.

Dans un registre encore plus décisif, le gouvernement laotien a adopté des mesures d’urgence pour accompagner cette transition : les frais d’immatriculation et de service des véhicules électriques ont été réduits de 30 %, tandis que les mêmes frais ont été augmentés d’un montant équivalent pour les véhicules à essence. Une politique tarifaire volontariste qui envoie un signal clair aux automobilistes du pays enclavé.

La Chine, grand bénéficiaire de la ruée vers l’électrique

Avant même le déclenchement du conflit en Iran, la région Asie-Pacifique affichait déjà des taux de pénétration des véhicules électriques parmi les plus élevés au monde. En Chine, les voitures électriques à batterie et les hybrides rechargeables représentent plus de la moitié de toutes les ventes automobiles, portées par une politique industrielle volontariste visant à développer une filière nationale des énergies alternatives. Les pays d’Asie du Sud-Est affichent quant à eux des taux d’adoption des véhicules électriques d’environ 40 %, dépassant les niveaux observés au Royaume-Uni et dans la majorité des pays européens, selon le groupe de réflexion britannique Ember.

Dans ce contexte, la Chine est positionnée pour capter la majeure partie des bénéfices commerciaux de l’accélération de la demande mondiale de véhicules électriques, en tant que premier producteur mondial. Les expéditions à l’étranger de voitures électriques et d’hybrides rechargeables avaient déjà plus que doublé au cours des deux premiers mois de l’année — avant même le début du conflit — par rapport à la même période de l’année précédente. BYD, fer de lance de cette offensive commerciale internationale, bénéficie directement de la convergence entre la hausse des prix du carburant fossile et l’attractivité croissante de ses modèles électriques accessibles sur les marchés émergents d’Asie.

Toutefois, des obstacles structurels persistent. Joanna Chen, analyste chez Bloomberg Intelligence, rappelle que « l’accessibilité financière et la recharge ont toujours été les deux principaux facteurs entravant l’adoption des véhicules électriques ». Elle souligne que le coût initial d’achat d’un véhicule électrique reste généralement supérieur à celui d’une voiture à essence en dehors de la Chine, et que le déficit d’infrastructures de recharge constitue un frein majeur à une adoption de masse durable. Des investissements massifs dans les réseaux de bornes de recharge seront indispensables pour transformer l’engouement actuel en croissance structurelle des ventes de véhicules zéro émission. À l’échelle mondiale, l’adoption des véhicules électriques a déjà permis d’éviter la consommation de l’équivalent de 2,3 millions de barils de pétrole par jour l’année dernière, selon une modélisation de BloombergNEF — un chiffre appelé à progresser si la dynamique actuelle se confirme.

Notre avis, par leblogauto.com

La convergence entre la flambée des prix du carburant liée au conflit en Iran et l’offre croissante de véhicules électriques abordables issus de constructeurs chinois comme BYD crée des conditions de marché particulièrement favorables à une accélération de la transition énergétique en Asie-Pacifique. Les témoignages recueillis aux Philippines, au Vietnam, en Thaïlande et en Nouvelle-Zélande montrent que le passage à l’électrique est désormais motivé par un calcul économique immédiat autant que par des convictions environnementales, ce qui élargit considérablement la base potentielle d’acheteurs. Le Laos illustre par ailleurs comment un choc énergétique externe peut accélérer des décisions de politique publique structurantes, en modifiant rapidement la fiscalité au détriment des motorisations thermiques. Néanmoins, comme le souligne Bloomberg Intelligence, la pérennité de cette dynamique reste conditionnée au développement des infrastructures de recharge, dont le retard constitue le principal risque de déception pour une adoption de masse durable dans la région.

Crédit illustration : Lebloguto.com.

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Essai Volkswagen Golf GTI Edition 50

Quand Volkswagen nous a conviés à essayer une partie de sa gamme, nous avons d’abord demandé la liste des voitures. On a vu « Golf GTI Edition 50 », on n’a pas hésité une seconde. Dans un monde où plus de deux autos sur trois testées dans la rubrique sont électrifiées, nous n’allions pas rater l’occasion de prendre le volant d’une compacte sportive 100% thermique. Le monde d’avant nous manquera…

50 ans bien célébrés!

La Volkswagen Golf GTI Edition 50 reprend tous les codes de la compacte sportive comme on les aime, et qui devient une denrée de plus en plus rare pour les raisons que l’on connaît. Et cela commence d’abord par le look, assez proche de celui de la Clubsport. Et pour ne rien gâcher, notre exemplaire dispose du pack « GTI Performance ». En cochant cette option, on profite de jantes spécifiques plus légères, d’un échappement Akrapovič également allégé, ainsi que de pneus semi-slicks Bridgestone Potenza Race. On peut donc considérer que le constructeur ne s’est pas contenté de coller quelques stickers et de souffler des bougies.

Même si l’image d’une Golf sportive est parfois maladroitement associée au profil d’un jeune conducteur intrépide, pour le dire ainsi, nous savons que celle-ci en particulier vaut bien mieux que cela. On a bien conscience que le grand public ne ferait sans doute pas la différence sur la route. Toujours est-il qu’elle a un sacré look. Entre son large bouclier alvéolé, les étriers de frein rouges et le becquet, pour ne citer que ces éléments, tous ces détails contribuent à lui donner une allure franchement badass, surtout dans ce coloris. En tout cas, nous, on adore.

Du sport et des technologies

À bord, Wolfsburg a aussi voulu marquer la différence avec les autres versions de GTI du catalogue. Il y en aura d’ailleurs 50, et pas une de plus, sur notre territoire. On retrouve à l’intérieur les palettes de la R de 333 ch. Pour le reste, la sellerie vintage rappelle ce que vous savez. On note aussi un pédalier rouge. Des touches de la même couleur se retrouvent ici et là dans l’habitacle, ainsi qu’une inscription « GTI 50 » à la base du volant. On connaît déjà le confort de ces sièges, à la fois très agréables et au maintien irréprochable. Ils sont également accompagnés de ceintures rouges. Cette couleur, on l’a bien compris, est indissociable de la griffe GTI maison.

Sincèrement, on se sent plutôt bien à l’intérieur de cette sportive. Elle ne boude pas non plus un certain embourgeoisement, plutôt bienvenu dans l’automobile actuelle. On retrouve ainsi tous les équipements modernes de la compacte routière en bonus : ADAS sophistiqués, dont une conduite semi-autonome de niveau 2, un grand écran avec toute la connectivité attendue sur une auto de ce segment et de ce niveau. En outre, on peut monter assez confortablement à quatre, beaucoup moins à cinq. Avec un coffre à la contenance relativement moyenne, on peut néanmoins envisager cette Golf GTI Edition 50 comme voiture de tous les jours.

325 ch! Juste 8 de moins que la « R »

Pouvoir emmener les enfants en classe verte avec cette voiture ? Vous vous en moquez. Sauf si cela vous laisse l’opportunité de rentrer à vide après les avoir déposés. Et c’est là que l’intérêt de cette voiture prend tout son sens. Il y a d’abord ce moteur, le 2.0 TSI maison, reprogrammé par les sorciers de Wolfsburg pour délivrer 325 ch et 420 Nm de couple, des valeurs supérieures à celles de la Clubsport. Le 0 à 100 km/h est abattu en 5,3 s (-0,3 s) et la vitesse de pointe grimpe à 270 km/h. On ne va pas tourner autour du pot, le bloc est plein comme un œuf ! En revanche, même si Akrapovič s’est impliqué sur l’échappement, on regrette une sonorité peu démonstrative, quel que soit le mode.

Nous n’avons pas essayé le programme « Nürburgring », a priori calibré spécifiquement pour cette piste mythique. En revanche, le mode Sport nous a paru parfaitement approprié pour avaler les lacets de notre parcours entre Séville et le Portugal. Cela nous manquait de faire prendre des tours à un moteur ! Les rapports de la DSG s’enchaînent quasiment sans rupture, tandis que l’aiguille du tachymètre à l’écran s’affole. Était-ce vraiment nécessaire d’accompagner les montées en régime d’un son diffusé dans les haut-parleurs ? On n’en est pas sûrs. Toujours est-il que le moteur ne manque pas de souffle. On peut bien entendu reprendre la main sur la boîte, mais il faut reconnaître qu’elle fait très bien le travail lorsqu’on la laisse faire. On se demande bien ce qu’il reste à la R…

Béni pack GTI Performance

Pour accompagner ce caractère moteur, contrairement à bien des électriques gavées de puissance, on bénéficie ici d’un châssis à la hauteur, qui permet de profiter pleinement de la cavalerie, ou l’inverse. Tout d’abord, la Golf GTI Edition 50 équipée du pack Performance est abaissée de 5 mm par rapport à une GTI « normale ». La suite se joue dans les réglages d’amortissement, dont on vous épargne les détails. L’allègement évoqué plus haut participe également à ce comportement sportif exacerbé. Il faut néanmoins s’assurer d’avoir des gommes bien chaudes avant que la route ne se transforme littéralement en rail. On a le sentiment de maîtriser parfaitement l’auto, compte tenu de la précision du train avant.

Et lorsqu’on enfonce l’accélérateur en sortie de virage, le différentiel électronique piloté tire la voiture vers l’intérieur, ce qui limite l’élargissement de trajectoire, classique sur les tractions puissantes. Sur asphalte sec, grâce à ce dispositif sophistiqué, et avec des gommes très performantes, la motricité est imperturbable. Il faut tout de même bien tenir le volant et rester vigilant. Sur route, nous n’avons pas eu à nous plaindre des freins. La pédale finit par s’enfoncer légèrement si les lignes droites sont courtes, mais rien d’anormal. La question se poserait peut-être sur circuit, à vérifier.

Méchant malus…

Il faut saluer la capacité des concepteurs d’une voiture comme celle-ci à mettre sur la route une auto aussi rapide et accessible pour des conducteurs qui ne sont pas des pilotes aguerris. L’esprit attendu est bien présent, avec une optimisation liée au pack Performance qui satisfera les plus exigeants. Avec 173 g de CO2/km, le malus n’est pas maximal… mais il atteint tout de même près de 30 000 €. Au final, il faut débourser un peu plus de 96 000 € pour se l’offrir chez nous.

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Toyota : ses fournisseurs face aux pénuries liées à l’Iran

Le conflit en Iran provoque des pénuries chez les fournisseurs de Toyota : aluminium, résines, naphta menacent la production automobile japonaise.

La chaîne d’approvisionnement automobile japonaise montre des signes de fragilité croissante. Les perturbations engendrées par le conflit en Iran commencent à se propager jusque dans le réseau dense de sous-traitants et d’équipementiers qui gravitent autour de Toyota Motor Corp., le premier constructeur automobile mondial. Des pénuries de matières premières essentielles, des ruptures logistiques persistantes et une visibilité quasi nulle sur les semaines à venir placent l’ensemble de la filière nippone dans une situation d’incertitude inédite, contraignant les acteurs de rang 1 et de rang 2 à revoir à la baisse leurs prévisions financières pour l’exercice en cours.

Des pénuries imminentes qui paralysent la planification industrielle

Le signal d’alarme est venu de Koichi Ito, président de Toyota Industries Corp., qui a confié aux journalistes : « Nous entendons des fournisseurs plus petits qui disent soudainement qu’ils ne pourront pas livrer les pièces dans deux semaines, ce qui rend les choses très difficiles à prévoir. » Cette déclaration illustre crûment la réalité d’une industrie automobile fondée sur des flux tendus, où la défaillance d’un seul composant peut bloquer une ligne de production entière. Dans un secteur où la fabrication d’un véhicule mobilise des dizaines de milliers de pièces distinctes, l’absence même d’un élément mineur suffit à paralyser complètement l’assemblage.

Les équipementiers sont aujourd’hui confrontés à une triple contrainte : la hausse des coûts des matières premières, des pénuries croissantes d’aluminium et de résines, et des perturbations logistiques qui compliquent l’acheminement des composants jusqu’aux lignes de production. Face à cette instabilité, les fournisseurs de rang 1 adoptent une posture défensive et émettent des prévisions particulièrement prudentes pour l’exercice fiscal en cours.

Denso Corp., l’un des principaux équipementiers mondiaux et fournisseur stratégique de Toyota, a ainsi annoncé un bénéfice d’exploitation prévisionnel de 500 milliards de yens pour l’exercice se terminant en mars 2027, soit un chiffre nettement inférieur à l’estimation des analystes fixée à 639 milliards de yens. Le vice-président exécutif de Denso, Yasushi Matsui, a reconnu que la société avait intégré un impact sur les bénéfices d’environ 45 milliards de yens lié à cette incertitude généralisée. « Pour être honnête, nous ne pouvons pas voir plusieurs mois à l’avance », a-t-il admis, résumant en une phrase la désorientation qui frappe l’ensemble de la supply chain automobile japonaise.

Résines, naphta et diluants : des matériaux critiques sous tension

Au cœur des inquiétudes des équipementiers se trouvent des matières premières en apparence banales, mais absolument indispensables à la fabrication et à la finition des véhicules automobiles. Masayoshi Shirayanagi, président de Toyota Boshoku Corp., spécialiste de la production d’intérieurs de véhicules, a mis en lumière la dépendance structurelle de la filière aux résines dérivées du naphta : « Que ce soit les garnitures de porte ou l’uréthane à l’intérieur des sièges, tout provient des résines, qui elles-mêmes viennent du naphta. » Cette déclaration illustre la profondeur de l’intégration des matières premières pétrolières dans la fabrication automobile, bien au-delà du simple carburant.

Face à la difficulté croissante d’obtenir des engagements d’approvisionnement à long terme, Toyota Boshoku a modifié sa stratégie de sécurisation des matières premières, recherchant désormais des garanties à court terme auprès de chaque fournisseur individuellement — une approche chronophage mais rendue nécessaire par l’instabilité ambiante.

Katsumi Saito, président de Toyoda Gosei Co., a pour sa part alerté sur un risque de rupture d’approvisionnement dès le mois de juin, pointant spécifiquement les diluants utilisés dans la peinture automobile. Sans ces produits chimiques essentiels à la phase de finition des véhicules, les automobiles ne peuvent tout simplement pas être achevées. « L’impact se ferait sentir partout », a-t-il averti. Toyoda Gosei a d’ores et déjà intégré ce risque dans ses prévisions de bénéfices, en anticipant une baisse de production d’environ 200 000 véhicules par rapport aux plans annuels initialement établis par ses clients constructeurs. Ses prévisions de bénéfice d’exploitation, fixées à 80 milliards de yens, se sont toutefois révélées conformes aux attentes des analystes.

De son côté, Denso travaille activement à la substitution de certains matériaux, notamment pour ses solvants organiques, afin de réduire sa dépendance aux intrants affectés par les tensions géopolitiques. Bien que les pénuries liées au naphta n’aient pas encore provoqué de disruption directe sur les chaînes de production, la menace est prise très au sérieux par les directions des équipementiers.

Des prévisions financières dégradées sur fond de sentiment économique morose

Au-delà des tensions sur les matières premières, la filière automobile japonaise doit également composer avec un contexte macroéconomique dégradé qui pèse sur la demande finale de véhicules. Tatsuo Yoshida, analyste senior chez Bloomberg Intelligence, anticipait avant même la publication des résultats que des acteurs comme Denso, Aisin Corp. et Toyota Industries émettraient des prévisions prudentes, reflétant non seulement la hausse des coûts liée au conflit en Iran, mais aussi le risque d’un recul des ventes de véhicules neufs consécutif à la détérioration du sentiment économique des ménages et des entreprises.

Cette double pression — sur les coûts d’un côté, sur les volumes de l’autre — place les équipementiers dans une situation particulièrement inconfortable, où les leviers d’optimisation habituels se révèlent insuffisants pour maintenir les marges opérationnelles. La capacité à répercuter les hausses de coûts sur les prix de vente reste limitée dans un secteur où les relations contractuelles avec les constructeurs s’inscrivent sur le long terme et encadrent strictement les révisions tarifaires.

La situation actuelle rappelle avec acuité la vulnérabilité structurelle des chaînes d’approvisionnement mondiales de l’industrie automobile, déjà mise en lumière lors de la crise des semi-conducteurs. Elle souligne l’urgence pour les constructeurs et leurs fournisseurs de diversifier leurs sources d’approvisionnement et de constituer des stocks stratégiques sur les composants les plus critiques, afin de réduire leur exposition aux chocs géopolitiques extérieurs.

Notre avis, par leblogauto.com

Les déclarations convergentes des présidents de Toyota Industries, Denso, Toyoda Gosei et Toyota Boshoku dessinent un tableau préoccupant pour la filière automobile japonaise, dont la dépendance aux matières premières issues du Moyen-Orient constitue une vulnérabilité systémique documentée. Le fait que des perturbations de production soient anticipées dès juin sur des matériaux aussi basiques que les diluants de peinture ou les résines issues du naphta révèle à quel point la chaîne de valeur automobile est interdépendante et sensible aux chocs d’approvisionnement. La révision à la baisse des prévisions de Denso — près de 140 milliards de yens sous le consensus des analystes — traduit une prise de conscience réaliste de l’ampleur de la crise, dans un contexte où la visibilité à moyen terme reste très limitée. La stratégie de substitution de matériaux engagée par Denso est une réponse pertinente à long terme, mais elle ne permettra pas d’éviter les tensions à court terme qui s’annoncent sur les lignes de production du groupe Toyota.

Crédit illustration : Leblogauto.com.

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