Le photovoltaïque est-il mis en danger par l’explosion du cours de l’argent ?
En cette fin d’année 2025, c’est à une véritable frénésie que nous avons assisté sur les marchés de l’argent. Or, le métal précieux ne sert pas que pour les bijoux. C’est aussi un métal indispensable pour l’industrie, et notamment pour la production de panneaux photovoltaïques. Quels problèmes l’envolée des cours va-t-elle poser ?
Les métaux précieux ont de tout temps servi de réserve de valeur. Premier d’entre eux, roi incontesté des monnaies depuis des temps immémoriaux : l’or, objet de toutes les convoitises. Que ce soit le mythe de l’Eldorado, colporté par les conquistadors espagnols, ou encore les grandes ruées vers l’or de l’histoire des États-Unis, l’or n’a pas manqué de marquer tant de pans de l’histoire humaine. Après lui, au deuxième rang, vient l’argent. Et le métal est tellement associé à la monnaie qu’il en est devenu synonyme.
Aujourd’hui, le cours des métaux précieux atteint des sommets. Et cela n’épargne pas l’argent. Qui dépasse chaque jour de nouveaux records. En fin d’année dernière, l’once d’argent (de 31,1035 g) se négociait à 71 $, tout en franchissant à son pic le plafond de 80 $. En septembre dernier, c’était deux fois moins, à environ 40 $. Tandis qu’en 2020, nous étions autour de 15 $. C’est une hausse pour le moins phénoménale.
À lire aussi Gourmandes en électricité, ces usines vont gagner de l’argent en décalant leur consommationUn métal indispensable au photovoltaïque
Problème : l’argent est très utilisé dans l’industrie. Et notamment, en ce qui concerne nos sujets, il entre dans la composition des panneaux photovoltaïques. Il y joue même un rôle essentiel, du fait qu’il est un excellent conducteur électrique. Il est utilisé en effet pour mailler la face arrière des cellules solaires. Et cette grille a un rôle essentiel : lorsque le rayonnement solaire va frapper le semi-conducteur qu’elle contient (la jonction P-N), il va libérer des électrons, lesquels seront collectés par cette grille d’argent, et contribuer ainsi à former le courant électrique.
Ainsi, chaque panneau contiendra quelques dizaines de grammes d’argent, de l’ordre de 10 à 40 mg/Wc (milligramme par watt-crête). Or, des panneaux photovoltaïques, il en est produit de grandes quantités aujourd’hui dans le monde. En 2024, les capacités de production cumulées atteignent en effet 2 200 GW, d’après l’IEA. Il en résulte une forte consommation d’argent. Et une part toujours croissante des besoins industriels.
À lire aussi Dans les coulisses d’une usine de recyclage de panneaux solairesUn acteur majeur du marché de l’argent
Mettons cela en perspective. En 2024, l’industrie a consommé environ 680 millions d’onces d’argent. Et le secteur photovoltaïque en est un des principaux acteurs, puisqu’il a consommé plus de 30 % de ce total, soit environ 200 millions d’onces. Avec l’augmentation des capacités solaires installées chaque année, il est possible que la consommation annuelle du secteur dépasse les 250 millions d’onces en 2030.
Ainsi, le secteur photovoltaïque est très consommateur d’argent, et donc une des causes importantes de l’envolée de son cours – même si bien sûr d’autres forces sont en jeu (tensions géopolitiques, attractivité des actifs tangibles comme l’or, le cours de l’argent lui étant lié). À ce titre, une très forte hausse du cours de l’argent devient progressivement un enjeu majeur pour la rentabilité des fabricants de panneaux photovoltaïques, avec à terme des risques de hausses de prix significatives.
À lire aussi Recycler le combustible nucléaire usagé en métaux pour les éoliennes et panneaux solaires ?Il existe des solutions, mais rien n’est simple
Face à cela, il existe plusieurs parades. En premier lieu, optimiser les procédés de fabrication de façon à réduire la consommation d’argent par unité de puissance installée. Par exemple, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) a récemment communiqué sur ses développements de technologies photovoltaïques à faible consommation en argent. Lorsque la masse des panneaux photovoltaïques produits aura atteint la fin de sa durée de vie, le recyclage sera également une option qui permettra de réduire les tensions sur le marché du métal précieux.
Enfin, le remplacement de l’argent par des alternatives moins coûteuses est également étudié ; il pourrait être substitué par du cuivre en premier lieu, mais également par des métaux comme l’aluminium ou le nickel. Bien entendu, plus le cours de l’argent sera élevé, plus ces solutions se montreront attractives, mais ce ne peut être aussi simple : la conversion des installations de production à ces nouveaux matériaux demande en effet du temps et de l’argent. Les fabricants se trouvent ainsi devant des paris difficiles à prendre sur la croissance future du cours de l’argent – un métal qui, par nature, est éminemment spéculatif.
L’article Le photovoltaïque est-il mis en danger par l’explosion du cours de l’argent ? est apparu en premier sur Révolution Énergétique.







