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Fuites de données : devant Bercy, des féministes demandent des comptes à l’État



« L’État impose de partager des données sensibles mais faillit à sa mission de protection »
Fuites de données : devant Bercy, des féministes demandent des comptes à l’État



Des associations féministes étaient mobilisées mardi pour demander une action plus ferme contre Brixhub, le moteur de recherche de données personnelles issues de fuites de données, et interpeller l’État sur son manque de protection des données des administrés.

Elles étaient une dizaine, le 20 octobre, à Bercy. Des militantes et militants féministes et pour les droits numériques, réunis à deux pas du Ministère de l’Économie et des Finances, pour demander à l’État de mettre des moyens concrets dans la protection des données de la population.

« Les risques sont partagés par tous », expose Alice Apostoly, chargée de plaidoyer chez Féministes contre le cyberharcèlement, auprès de Next. « Ils sont d’autant plus forts pour les femmes et les filles, dans la mesure où ils facilitent le traçage de celles qui sont exposées à des violences, ou renforcent les risques liés à des campagnes de cyberharcèlement. »

Dans le viseur des personnes rassemblées ce soir-là : Brixhub, un site web fournissant un moteur de recherches dans la foule des fuites de données personnelles des derniers mois. Début octobre, la ministre déléguée de l’intelligence artificielle et du numérique Anne le Hénanff a saisi la procureure de Paris pour réduire la visibilité de la plateforme sur le web ouvert. Mais celui-ci n’a pas tardé à faire éclore des sites miroirs, dont le plus accessible indique être hébergé en Russie.

Crédit Next

Répertoire de fuites de données publiques et privées

Étudiante, Lola passe devant le rassemblement puis s’arrête. Elle connaît Brixhub, et la logique de ces sites et boucles de discussion parfois qualifiés de « lookups ». Elle a fait le test de chercher son nom et celui de ses parents, pour voir : « J’ai des données qui avaient fuité, et j’ai appris que c’était via Ameli. »


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Gros consommateurs ou acteurs innovants ? Les data centers face au réusage de la chaleur

Chauffe Marcel
Gros consommateurs ou acteurs innovants ? Les data centers face au réusage de la chaleur

Que ce soit par les collectivités ou les opérateurs, la récupération de chaleur est fréquemment citée comme argument valorisant la présence de ces bâtiments au sein d’un territoire. En pratique, le chercheur Loup Cellard constate la complexité des négociations relatives à la mise en place de la récupération et de la réutilisation de la chaleur émise.

Un ordinateur, ça chauffe. Des dizaines d’ordinateurs, ou plutôt de serveurs, stockés dans un seul bâtiment pour héberger des services de cloud ou des modèles d’IA, ça chauffe d’autant plus. C’est la raison pour laquelle, depuis des années, les acteurs de l’industrie des centres de données proposent aux collectivités de récupérer la chaleur fatale (énergie émise par l’activité, sans en être la finalité, et souvent sans être réutilisée) qu’ils émettent, entre autres arguments pour faciliter leur implantation.

En France, ce réusage est même passé dans la loi. L’article 26 de la directive européenne sur l’efficacité énergétique, adoptée en 2023 et transposée en France par un décret de décembre 2025, « oblige les centres de données les plus énergivores à valoriser la chaleur qu’ils produisent ». Pourtant, d’après les données de la Commission européenne, 0,1 % de la chaleur fatale émise par les centres de données implantés dans le pays est effectivement récupérée. C’est nettement moins que la moyenne européenne, quand bien même celle-ci plafonne de 2 à 9 % de chaleur fatale réutilisée.

Dans un récent rapport de l’Observatoire sur l’impact environnemental de l’IA de l’École normale supérieure, titré « La chaleur des data centers, un déchet qui voulait devenir une ressource pour les territoires », le chercheur Loup Cellard se penche sur les raisons de ces difficultés. Côté freins, il relève non seulement les problématiques techniques et géographiques facilement compréhensibles – certains centres de données se trouvent trop loin d’une clientèle susceptible d’être intéressée par la chaleur émise, par exemple –, mais aussi des problèmes de coordination et de négociation entre acteurs impliqués.

Votre data center, vous le prendrez avec ou sans gestion de l’énergie et de la chaleur ?

L’industrie des centres de données n’est pas connue pour sa transparence – fin septembre, un collectif de journalistes regrettait même, enquête à l’appui, l’absence de volonté des États membres et de l’Union européenne sur le sujet. « C’est ici que l’une des missions sociales de la recherche académique se dessine », écrit Loup Cellard, avant de détailler la trentaine d’acteurs rencontrés pour des entretiens semi-directifs.

Pour dessiner une image précise des complexités relatives à l’émission de chaleur fatale des centres de données, le chercheur a rencontré des opérateurs ou ex-opérateurs de centres de données de colocation classiques ou alternatifs, des gestionnaires de réseaux de chaleur urbains, des agents publics chargés de la gestion de centres de données, des énergéticiens, des architectes et divers autres acteurs impliqués dans la construction et l’intégration des centres de données dans le tissu urbain ou rural.

Parmi les principaux constats que ces rencontres lui permettent d’établir : l’argumentaire de la réutilisation de la chaleur reste opérant dans la mesure où il permet aux data centers de se présenter « comme de bons acteurs énergétiques, à la fois performants dans leur optimisation des systèmes et volontaires à valoriser leur chaleur ». Depuis ce point de vue, ils promettent de « valoriser la chaleur comme un déchet dans une économie circulaire », par ailleurs intensifiée ces dernières années par le déploiement de l’IA générative.

Pour autant, la mise en place effective de ces circuits reste complexe. Ces deux axes placent les opérateurs de centres de données face à un paradoxe. Ils peuvent, d’un côté, maintenir une stricte division entre leurs métiers et ceux des énergéticiens. Ils risquent cependant d’être rangés dans la catégorie des gros consommateurs industriels d’énergie, avec tous les débats que cela suscite.

Autre possibilité : s’engager réellement dans la réutilisation de la chaleur émise, ou dans la gestion et le stockage de l’électricité. Dans ce cas, en revanche, c’est le métier lui-même qui mute, pour tenter de « faire coïncider leurs activités avec les valeurs et objectifs d’une économie circulaire ».

À qui revient la charge d’assurer la récupération de chaleur ?

Au sein des territoires, l’intérêt pour la récupération de la chaleur émise par les centres de données se justifie de plusieurs façons. Un argument quelquefois utilisé est celui de l’autonomie énergétique : en la matière, les data centers permettraient de « devenir moins dépendants des chaînes d’approvisionnement fossiles et lointaines (pétrole, gaz russes ou américains) ». 

Un autre consiste à s’assurer que le bâtiment s’intègre au territoire « de manière écologiquement positive », alors que le scénario de maintien des températures mondiales sous le seuil de 1,5 °C de réchauffement par rapport au niveau pré-industriel vient d’être dépassé. Dans un tel cas, la chaleur devient « une forme de compensation pour ce que l’opérateur va retirer au territoire (emprise au sol, grande réservation d’électricité, risque de pollution associé) », écrit Loup Cellard.

Mais le problème qui émerge rapidement est celui de la responsabilité et de la coordination des acteurs, y compris au gré des variations saisonnières. Directeur général des services de Generia, le syndicat réseau de chaleur de La Défense, Gérald Chirouze témoigne par exemple du cas d’un centre de données branché au sous-réseau de Courbevoie « Seinergie », qu’il approvisionne à hauteur de 20 MW. Or, pour approvisionner les 14 000 logements raccordés, le besoin courant est de 45 MW, mais tombe à 9 MW l’été. Il faut, dans ces cas-là, trouver un autre usage à la chaleur.

Plus généralement, des freins techniques sont mis en avant, à commencer par celui selon lequel l’essentiel des centres implantés en France émettent une chaleur trop basse, entre 20 et 25 °C, pour être raccordés directement aux réseaux de chaleur. En général, ces derniers nécessitent en effet des chaleurs de plus de 60 °C. Et même si la chaleur est destinée à de la production de culture maraîchère, l’eau doit être remontée à 55 °C pour chauffer correctement. Dans la plupart des cas, il faut donc ajouter une pompe à chaleur :

À ceci viennent s’ajouter des contraintes géographiques – à Nozay ou aux Ulis, en Essonne, les projets de Data4 et de Digital Realty ne trouvent pas de clientèle pour leur chaleur, par exemple –, ou spatiales. Si les bâtiments sont installés à plus de 3 km de leur destination, « la chaleur descend trop pour pouvoir être utilisée sans être maintenue ». Et puis vient la question de la négociation économique : difficile de savoir qui, « entre collectivités, gestionnaires de réseaux de chaleur et opérateurs de data centers », doit payer pour l’installation de pompes à chaleur et les travaux de raccordement. En la matière, les collectivités sollicitées indiquent ne pas connaître les capacités financières des opérateurs, ce qui complique la négociation de la répartition des coûts d’investissement.

Juridiquement, les data centers sont contraints depuis le 29 décembre 2025 à organiser la récupération d’au moins 20 % de leur chaleur fatale, « sauf si l’opérateur est capable de démontrer auprès des collectivités locales compétentes que le projet n’est pas faisable économiquement ou techniquement ». En l’espèce, le rapport suggère que les opérateurs n’auront pas de mal à démontrer la complexité de cette entreprise, sauf si l’administration se fait « particulièrement intransigeante en la matière ».

En définitive, son auteur souligne les besoins « de concertation et de planification énergétique » remontés par les spécialistes interrogés sur le terrain. À l’heure actuelle, « lorsque les contraintes techniques d’injection de chaleur sont maîtrisées », si la chaleur des data centers reste inutilisée, c’est le plus souvent par « manque d’anticipation et de connaissances mutuelles entre opérateurs d’infrastructures et réseaux de chaleur ».

En guise d’exemple réussi, le rapport se penche sur le cas d’un data center d’Equinix géré par une filiale d’Engie Solutions et alimentant logements, bureaux et centre aquatique de Saint-Denis. « Comme pour d’autres projets de récupération de chaleur (géothermie, usines de déchets, etc), la valorisation de la chaleur des data centers est grandement facilitée lorsqu’elle rencontre les ambitions d’un territoire en termes de décarbonation du mix énergétique. » Pour cela, souligne-t-il encore, il faut aussi que l’industrie concernée s’engage réellement.

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Un homme accusé à tort de crime sexuel par l’IA de Google, l’entreprise jugée responsable

Éditeur de désinfo
Un homme accusé à tort de crime sexuel par l’IA de Google, l’entreprise jugée responsable

Le mode IA de Google a indiqué à certains internautes qu’un médecin d’Aix-la-Chapelle avait été condamné pour agression sexuelle, des faits qui concernaient un autre homme. La Justice estime Google responsable du contenu produit.

Un médecin d’Aix-la-Chapelle a découvert que les résumés IA de Google lui inventaient toute une biographie. Mais pas n’importe laquelle : selon les textes générés par la fonctionnalité de résumé de recherche, l’homme aurait été condamné pour agression sexuelle et suspendu de ses fonctions de direction de clinique.

Ce 24 septembre, la cour régionale d’Aix-la-Chapelle a déclaré Google responsable de ces erreurs et lui a interdit de reproduire cet élément de désinformation. C’est la deuxième condamnation de ce type en Allemagne, étoffant un raisonnement juridique selon lequel Google est éditeur, et donc responsable, des informations générées par ses outils d’IA.

Sollicité, Google refuse de réagir

Dans le cas présent, un professeur de médecine et ancien dirigeant d’une clinique de neuroradiologie s’est vu affublé par Google d’une fausse biographie. Dans les résumés de recherche, le système d’IA de l’entreprise californienne indiquait en effet que l’homme avait été suspendu en février 2024 après avoir été poursuivi en justice par sa secrétaire, et qu’il aurait été condamné pour agression sexuelle en mars 2026.

Aucun de ces éléments ne correspond à l’homme explicitement nommé par la machine. D’après sa plainte, ils correspondent aux faits commis et vécus par un autre professeur d’université. Ces éléments ont pu être confirmés par la cour d’Aix, puisque l’affaire réelle a été jugée devant un tribunal pénal.

Les cas d’erreurs et de mélanges d’informations par les moteurs d’IA, souvent qualifiés d’hallucinations, sont documentés depuis longtemps. Certains ont même été produits par des systèmes d’IA dédiés à manipuler des textes juridiques. Dans le cas présent, en revanche, ces erreurs sont liées au nom d’une personne réelle, et accessibles sans préconisation particulière sur le moteur de recherche le plus utilisé au monde.

Alerté par un collègue, le médecin a envoyé le 28 août un mail à l’adresse « removals@google.com », demandant aux équipes de modération de l’entreprise de supprimer ce récit trompeur. Le 15 septembre, l’entreprise lui a répondu qu’elle avait décidé de ne rien faire. Après une mise en demeure, l’entreprise n’a pas plus réagi, rapporte le Frankfurter Allgemeine Zeitung. L’homme s’est donc tourné vers la justice, qui a enjoint Google à corriger les éléments produits par ses machines, au motif qu’ils violaient les droits individuels du médecin décrit à tort comme condamné.

Déjà déclarée responsable en Bavière, l’entreprise a renoncé à faire appel

En juin, en Bavière, le tribunal régional de Munich interdisait à l’entreprise de continuer de diffuser des éléments faux générés dans les réponses du résumé IA (AI Overview) et associant des sociétés légitimes à des escroqueries qu’elles n’avaient pas commises.

À l’époque, Google avait annoncé son intention de faire appel, précisément pour éviter que l’affaire ne fasse jurisprudence. D’après The Decoder, l’entreprise a finalement renoncé et conclu un accord avec les plaignants, dont les détails ne sont pas connus.

Dans le cas présent, le tribunal d’Aix fait directement référence à la décision prise avant l’été à Munich. Il cite notamment la décision prise, qui estimait que les outils d’IA de Google produisent « des affirmations indépendantes, neuves et substantielles appuyées sur l’évaluation et la combinaison de plusieurs sites web tiers ».

Google pourrait, de nouveau, tenter de trouver un accord avec le plaignant pour éviter qu’une décision contraignante ne soit prise à son encontre. Le problème est que ce procédé pourrait finir par faire naître une incitation problématique.

Si des cours de justice continuent de qualifier Google de responsable des contenus générés par ses machines, et que l’entreprise règle le problème à coups d’accords impliquant probablement des compensations financières, estime The Decoder, alors des individus ou des cabinets spécialisés pourraient juger utile de pousser des modèles d’IA jusqu’à ce qu’ils génèrent des textes faux ou potentiellement dommageables à la réputation. Il deviendrait ensuite possible, en tout cas en Allemagne, de poursuivre l’éditeur en justice s’il ne corrige pas le problème, puis de négocier un accord.

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Elon Musk est devenu le plus gros donateur républicain de l’histoire des États-Unis

Money must be funny
Elon Musk est devenu le plus gros donateur républicain de l’histoire des États-Unis

En amont des élections de mi-mandat qui doivent se tenir en novembre aux États-Unis, Elon Musk a déjà donné plus d’argent au parti républicain que pendant la campagne de l’élection présidentielle de 2024.

267 millions de dollars, c’est le montant déversé à bas bruit par Elon Musk dans divers groupes Républicains et dans son super PAC (comité d’action politique) depuis le mois de juin.

De même qu’en amont de l’élection présidentielle qui s’est tenue aux États-Unis en novembre 2024, l’homme le plus riche du monde utilise sa fortune pour influencer les élections de mi-mandat qui se tiendront dans quelques semaines dans le pays, qui a Donald Trump à sa tête pour la deuxième fois.

Dans le détail, le patron de SpaceX a versé 159 millions de dollars au Senate Leadership Fund, le principal Super PAC de soutien aux candidats républicains du Sénat local. À elle seule, cette opération représente la plus grosse donation politique de l’histoire des États-Unis, indique le New-York Times. Mais Elon Musk a aussi mobilisé l’America PAC, qu’il avait créé en 2024.

Si l’on étudie ses donations sur une année calendaire, alors Elon Musk a déjà donné 366 millions de dollars pour favoriser des politiques, républicaines, soit plus que les 290 millions de dollars versés pour la dernière élection présidentielle.

Un avantage financier net sur le camp démocrate

Cet été, le multimilliardaire avait donné plus de 76 millions de dollars à son America PAC. Cet argent a servi à financer la diffusion du programme républicain à travers le pays, pour parvenir à toucher de potentiels électeurs difficiles à atteindre. L’organisation politique est directement active dans sept batailles sénatoriales, et dans plus d’une trentaine d’autres pour des sièges à la Chambre des représentants (équivalent de l’Assemblée nationale au sein du Congrès des États-Unis).

Face à ce flot d’argent, aucun milliardaire soutien du camp démocrate ne dépense autant. En termes strictement financiers, donc, le parti républicain jouit d’un avantage certain. Et ce, quand bien même Elon Musk avait annoncé qu’il serait nettement moins présent dans la politique des États-Unis en mai 2025, à l’issue de son expérience du DOGE, cet éphémère « ministère de l’efficacité gouvernementale ».

Si cette époque s’était soldée par de nettes frictions entre lui et Donald Trump, leurs relations se sont visiblement suffisamment réchauffées pour qu’il finance les fonds pré-cités, ainsi qu’une série d’autres organisations comme le Congressional Leadership Fund (dédié aux élections au sein de la Chambre des représentants), le Lone Star Liberty PAC (qui soutient le candidat républicain texan au Sénat), et quelques autres.

Focalisation texane

Certains sujets très liés à ses activités sont devenus le cœur de débats politiques dans diverses régions des États-Unis. C’est notamment le cas des centres de données, dont les plus gros sont accusés d’accélérer la pollution et de tirer à la hausse le prix de l’électricité par les riverains. En la matière, SpaceXAI s’est notamment illustrée en lançant la construction rapide de Colossus et Colossus 2, deux supercalculateurs dédiés à alimenter le robot Grok, dont une large partie de l’énergie est tirée de turbines à gaz.

Certains sondages donnent même le candidat démocrate gagnant au Texas, État historiquement très républicain, et où Elon Musk a déplacé en 2024 le siège social des ses entreprises avant de s’arranger pour transformer le site de SpaceX à Boca Chica en ville à part entière.

Sur place, l’homme le plus riche du monde a donc directement financé l’impression et la distribution de tracts dans des milliers de foyers dont le message interroge par exemple : « Des Démocrates radicaux socialistes gagnent les élections partout en Amérique. Le Texas sera-t-il le prochain ? » À ce tractage, s’ajoute le financement d’actions de mailings, d’appels téléphoniques ou de SMS politiques, dont le contenu s’attelle le plus généralement à diminuer le camp démocrate. De tels efforts centralisés sur un seul État, dans une campagne de mi-mandat, sont relativement inhabituels, souligne le New York Times. Habituellement, les candidats locaux recourent plus simplement à des publicités télévisées.

Sur place, les financements de Musk se distinguent par ailleurs par leur focalisation sur des habitants conservateurs susceptibles de passer leur tour le jour du vote, plutôt que sur des électeurs indécis. Pour toucher ces personnes, l’entrepreneur impose à ses troupes de mobiliser toute une rhétorique antitrans. L’une des filles d’Elon Musk est elle-même trans, et a pris publiquement la parole sur leurs oppositions personnelles et politiques, tandis que son père a laissé entendre que la transition de son enfant avait joué un rôle dans son implication grandissante dans les affaires politiques.

Par rapport aux années récentes, l’activisme politique d’Elon Musk a muté. En privé comme en public – notamment sur X, où il n’a mentionné le sujet qu’une poignée de fois dans les dernières semaines –, il semble aborder beaucoup moins fréquemment le sujet qu’il ne le faisait en amont de l’élection présidentielle. Pour autant, les montants publiquement connus de ses donations montrent qu’il reste impliqué. Les 276 millions de dollars dépensés ces derniers mois ne sont que la face émergée d’un iceberg plus vaste : par l’intermédiaire de groupes qui n’ont pas l’obligation de faire la transparence sur la source de leurs financements, Musk aurait fait des donations de l’ordre du million de dollars à destination de certains candidats.

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☕️ [màj] Donald Trump renonce à la diffusion de l’exécution d’un condamné à mort



Mise à jour 15/10 – Finalement, une petite lueur d’humanité à la Maison-Blanche. Donald Trump a déclaré sur son réseau social que l’exécution de Nidal Malik Hasan ne sera pas diffusée en direct. « Je pense que diffuser l’exécution en direct, à la vue de tous, aurait pu avoir un puissant effet dissuasif en montrant au monde comment l’Amérique traite les terroristes et les ORDURES comme Hasan », écrit-il dans son style habituel. « Mais beaucoup de personnes bien intentionnées préféreraient ne pas le regarder mourir (…). Il mourra, comme prévu, fusillé par un peloton d’exécution, mais cet événement ne sera pas diffusé en direct », indique-t-il.

Article original, 13/10 – Le 3 décembre, Nidal Hasan, 56 ans, doit être fusillé à Fort Hood. C’est le résultat d’une condamnation après que ce dernier a assassiné 13 personnes sur les lieux, en 2009. Approuvée début octobre par la Maison-Blanche, une telle mise à mort par un peloton d’exécution serait une première depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le 8 octobre, le Pentagone a par ailleurs annoncé que cette exécution serait publique, c’est-à-dire filmée et diffusée en direct. D’après le New-York Times, une telle publicité « n’a pas été mise en place aux États-Unis depuis près d’un siècle ».

Les réactions ne se sont d’ailleurs pas fait attendre. L’ONU a déclaré qu’un tel projet relevait de la torture, son porte-parole déclarant la perspective « qu’un gouvernement exécute quelqu’un en public, devant des caméras en direct » de « franchement odieuse ».

Le ministre de l’Environnement australien a qualifié le projet d’ « immonde » – il a globalement été suivi par tous les bords politiques –, tandis que le commissaire à la sécurité numérique locale a déclaré que les « services numériques avaient la responsabilité de protéger les utilisateurs des contenus dangereux, en vertu des réglementations australiennes relatives à la sécurité en ligne ».

Illustration : Flock

Dans une même logique, l’Union européenne a averti les plateformes numériques : à elles d’appliquer « avec diligence leurs propres règles d’utilisation », a indiqué le porte-parole de la Commission Thomas Regnier.

Et de souligner que Meta « interdit explicitement la diffusion en direct des exécutions capitales », tandis que « X et TikTok interdisent les contenus choquants ou faisant l’apologie de la violence ». Citant le Règlement sur les services numériques, il a rappelé l’existence de « règles claires » en Europe, qui lui permettraient d’éviter la diffusion d’une exécution si les plateformes ne la limitaient pas d’elles-mêmes.

Plusieurs chefs religieux ont aussi pris la parole, du pape Léon XIV, qui condamne la peine de mort, à l’archevêque de l’armée états-unienne, qui a appelé les soldats catholiques à refuser de participer au peloton d’exécution, dans la mesure où la peine de mort est contraire à leurs enseignements religieux.

Devant cette levée de boucliers, le vice-président JD Vance a exprimé des doutes sur la probabilité que l’exécution soit effectivement diffusée en direct et en ligne. Donald Trump lui-même, après avoir clairement « approuvé » le projet devant les médias, a finalement déclaré qu’il « prendrait une décision » sur le sujet, dans un futur indéterminé.

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Pour le FMI, une chute des cours de l’IA menacerait la stabilité financière mondiale

Les sept dangers publics
Pour le FMI, une chute des cours de l’IA menacerait la stabilité financière mondiale

Alors que les gains économiques produits par l’IA « pourraient ne pas être aussi importants que prévus », le FMI souligne le fait qu’une correction des actifs spécifiques à ce marché pourrait avoir des répercussions sur la stabilité financière mondiale.

Une chute des cours des sociétés constructrices d’intelligence artificielle, en provoquant des secousses sur les marchés mondiaux, pourrait mettre la stabilité financière planétaire en danger, indique le FMI.

Dans son rapport bisannuel sur la stabilité financière dans le monde, l’institution internationale relève trois principaux risques, dont deux liés à l’industrie technologique : une potentielle correction des prix des actifs liée à « une diminution ou une moindre pérennité des investissements et de la rentabilité dans l’intelligence artificielle », une résurgence de l’inflation ou d’inquiétudes budgétaires susceptibles de faire grimper les rendements d’obligations souveraines. Mais elle évoque aussi les risques grandissants que font peser les cybermenaces sur les services financiers, dans la mesure où ces derniers sont « de plus en plus dématérialisés et interconnectés ».

Une correction des valorisations de l’IA aurait des conséquences mondiales

« Les conséquences d’une correction de l’IA pourraient être mondiales », indique le rapport. Le FMI relève par ailleurs qu’un nombre croissant d’éléments laissent supposer que les capacités de l’IA peuvent être fournies grâce à des niveaux d’investissement « plus faibles » que ceux constatés actuellement, et que les « gains économiques potentiels pourraient ne pas être aussi importants que prévus ».

Il souligne aussi que les effets de levier pourraient « exacerber le choc » d’une correction financière. En la matière, le FMI souligne trois principaux effets de levier. Le premier concerne les investissements dans des centres de données hyperscalers, dont la part dans les émissions mondiales d’obligations « investment-grade » (c’est-à-dire notées entre AAA et BBB- par les sociétés de notation, donc jugées à faible probabilité de défaut de remboursement) est passée de 1 à 10 % depuis 2024.

Par ailleurs, les économies avancées ont globalement augmenté leur exposition à des actions liées à l’intelligence artificielle, le plus souvent via des actions de fonds spéculatifs. Enfin, et toujours sur la même période, les investisseurs particuliers ont aussi augmenté leur exposition à effet de levier aux actions du secteur de l’IA par l’intermédiaire de fonds négociés en bourse (ETF).

Le FMI ajoute que le mode de financement interne de l’industrie de l’IA renforce ces risques généraux. En la matière, il étudie le cas des 14 entreprises et relève qu’à elles seules, depuis 2023, ces dernières ont réalisé 300 milliards de dollars d’investissements les unes dans les autres.

Tous les marchés ne sont pas exposés de la même manière aux risques d’une correction des valorisations de l’industrie de l’IA. Les économies asiatiques, en particulier la Corée du Sud et Taïwan, sont les plus exposées, tandis que l’Union européenne et le Royaume-Uni, comme les marchés émergents, le sont moins. Pour autant, le FMI souligne qu’en cas de tension du marché de l’IA, même une exposition relativement faible pourrait exposer à des effets rebonds, ne serait-ce que via la détention d’actions états-uniennes.

Le rôle des fonds spéculatifs en question

Au lancement du rapport, le directeur adjoint du FMI Athanasios Vamvakidis a souligné que l’exposition mondiale aux actifs états-uniens était « plus haute qu’elle n’avait jamais été ». Or, sept entreprises seulement, quelquefois réunies sous le sobriquet de « sept magnifiques », concentrent à elles seules 35 % de la valorisation de l’indice S&P 500, qui réunit les 500 plus grandes sociétés cotées sur les bourses des États-Unis. Ces sept entreprises sont Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla.

Le rapport s’arrête par ailleurs sur le rôle des fonds spéculatifs, qui « deviennent des acteurs de plus en plus importants sur les marchés financiers mondiaux ». S’il est décrit comme encore « relativement modeste », ce secteur détient néanmoins trois fois plus d’actifs qu’en 2013, autour de 13 000 milliards de dollars. Et s’il peut avoir un « effet positif sur la liquidité de marché, le processus de détermination des prix et le partage des risques en période calme », il est décrit comme susceptible d’ « accroître la volatilité » et de « menacer la liquidité » en période de tension.

Sur le plan cyber, l’institution souligne qu’une attaque majeure qui affecterait des systèmes de paiement, d’échanges en bourse, ou qui empêcherait d’accéder à des dépôts « pourrait causer des pertes immédiates et diminuer la confiance ». Si elle visait un acteur central, que ce soit une banque majeure, ou même un fournisseur de cloud ou d’autres services numériques essentiels au secteur financier, alors la crise pourrait facilement muter en « choc de confiance plus large » ou perturber « l’octroi de crédits et la prestation de services financiers », ce qui pourrait créer des tensions en cascade.

En la matière, elle souligne la numérisation croissante des activités et l’augmentation des surfaces d’attaque qui en découle ; la dépendance croissante, elle aussi, « à un nombre limité de fournisseurs technologiques critiques » ; et la constante sophistication des attaques. Si elle salue la résilience des plus grandes banques, elle souligne que de nombreux acteurs plus petits sont moins bien préparés.

Le FMI appelle notamment les pouvoirs publics à « maîtriser les effets de levier dans les expositions liées à l’IA lorsqu’ils sont excessifs » et à concentrer en priorité les actions de cyberrésilience « sur la continuité des services essentiels, en renforçant les capacités en matière de cybersécurité, le signalement des incidents, la surveillance des risques liés aux tiers et les tests de résilience ».

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Face à la désinformation environnementale, les États en ordre dispersé

L'IA et le cyberharcèlement, outils de la désinformation
Face à la désinformation environnementale, les États en ordre dispersé

À l’approche des COP sur la biodiversité et sur le changement climatique, le Forum sur l’Information et la démocratie étudie les actions mises en place par une vingtaine d’États pour enrayer la désinformation environnementale. En Europe, la question se retrouve prise dans les « guerres culturelles » qui visent à alimenter la polarisation.

La COP17 sur la biodiversité doit se tenir du 22 au 30 octobre à Erevan, en Arménie, et la COP31 sur le changement climatique, du 9 au 22 novembre à Antalya, en Turquie. L’an dernier, dans le cadre de la COP30, une douzaine de pays avaient indiqué vouloir prendre à bras le corps l’un des leviers de résistance au changement : la désinformation climatique.

En amont des réunions de cette année, le Forum sur l’Information et la démocratie (FID) a donc étudié les actions de 23 pays et de l’Union européenne en matière de lutte contre la désinformation climatique. Constat principal : la majorité ne dispose d’aucun plan dédié à ce type précis de désinformation et au climatoscepticisme, quand bien même ces derniers sont devenus « un enjeu démocratique, alimentant la polarisation et sapant la confiance », comme le pointe le directeur exécutif du FID Camille Grenier dans un communiqué.

Approche interministérielle, éducation aux médias ou lutte contre les ingérences ?

Plus précisément, la désinformation environnementale est généralement traitée par les États par l’intermédiaire d’une constellation de régulations portant sur les plateformes et le numérique, sur les médias, sur la publicité, ou relevant de la protection des consommateurs. L’Union européenne fait figure d’exception en officialisant le caractère systémique des risques que la désinformation fait peser sur les démocraties, tandis que le Brésil est le seul à souligner une responsabilité étatique « dans la promotion de l’intégrité de l’information sur le changement climatique ».


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Insultée sur LinkedIn, Tara Heuzé-Sarmini doit de nouveau se défendre en urgence

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Insultée sur LinkedIn, Tara Heuzé-Sarmini doit de nouveau se défendre en urgence

Insultée sur LinkedIn par un importun, l’entrepreneure Tara Heuzé-Sarmini s’est retrouvée forcée, à deux reprises, d’organiser sa défense en urgence pour faire face à la Justice. Outre interroger les droits de la défense, l’affaire pourrait ouvrir un débat spécifique au numérique : les campagnes de démarchage opérées via les messageries des réseaux sociaux peuvent-elles être considérées comme relevant de la vie privée ?

Après la première instance, rebelote pour contester la procédure en appel. Mi-septembre, nous rapportions dans ces pages les déboires de Tara Heuzé-Sarmini, entrepreneure, formatrice, fondatrice de l’association Règles Élémentaires, qui agit contre la précarité menstruelle. Elle est aussi une internaute, coincée depuis plusieurs semaines dans un improbable bras de fer avec un autre utilisateur de LinkedIn.

Après l’avoir insultée en message privé, le dirigeant de la société d’investissement « Band of Brothers » a obtenu au civil de condamner Tara Heuzé-Sarmini à retirer le message public qu’elle avait posté fin août pour s’émouvoir d’être ainsi prise à partie. La décision avait été rendue à l’issue d’une procédure d’urgence, le référé d’heure à heure, dans un tribunal suffisamment lointain du domicile de Tara Heuzé-Sarmini pour que celle-ci ne parvienne pas à se présenter ou se faire représenter à temps afin de se défendre.

Désormais épaulée par le cabinet FWPA, l’entrepreneure a décidé de faire appel. Auprès de Next, son avocat Jean-Baptiste Soufron indique que l’audience est fixée au 15 octobre. Mais ce 2 octobre, nouvelle surprise : les représentants du dirigeant de Band of Brothers tentent de faire radier l’appel. L’audience lors de laquelle la tenue de l’appel doit être débattue était fixée au lundi 5 octobre, à 14 h, à Douai. Tara Heuzé-Sarmini et ses représentants indiquent en avoir été informés… vendredi 2, en fin de journée.

Des excuses publiques, puis une suppression de compte LinkedIn

Dans le détail, l’histoire était la suivante : au mois d’août, Tara Heuzé-Sarmini accepte sur LinkedIn une demande de contact de la part du dirigeant de « Band of Brothers ». Sitôt la demande validée, elle reçoit en privé un message de démarchage, qu’elle suspecte d’avoir été rédigé par IA, lui proposant de rejoindre le fameux « Band of Brothers ». À cette invitation, l’entrepreneuse répond qu’il serait « peu probable [qu’elle] rejoigne un écosystème de bros ». Cinq minutes plus tard, un nouveau message, a priori rédigé par le propriétaire du compte, entreprend de l’insulter.


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☕️ [MàJ] Finlande : Google contraint de mettre en pause ses projets de datacenter



Mise à jour, mercredi 7 octobre, 12h20 : La Finlande a finalement pris le mors aux dents et décidé, dans une déclaration datée du 6 octobre, de contraindre Google et sa filiale locale, Tuike Finland Oy, à suspendre les travaux d’édification des datacenters de Muhos et de Kajaani, en attendant que les études d’impact environnemental aient été menées à leur terme.

Les deux décisions associées (une par datacenter) émanent de l’Agence nationale responsable des licences et de la supervision, l’organisme chargé, entre autres missions, de la supervision de la protection de l’environnement. D’après cette dernière, des travaux concrets de déforestation ont été engagés avant qu’elle ait pu procéder aux évaluations prévues par la loi finlandaise sur l’environnement. Elle ordonne donc l’interruption des travaux, et affirme s’efforcer principalement « de veiller à ce que l’exploitant remédie volontairement à la situation ».

Le message semble avoir été entendu par Google. « Nous comprenons les préoccupations et reconnaissons ne pas avoir été à la hauteur de nos propres exigences dans ce cas précis », a déclaré un porte-parole de l’entreprise à CNBC. Le groupe défend cependant le bien-fondé de son approche. « Nous avons agi de bonne foi, conformément à la loi forestière, et avons réalisé des inventaires de la nature et mis en place des mesures pour protéger les zones à haute valeur écologique », ajoute le porte-parole.


Publication initiale, mardi 6 octobre, 10h50 :

Au nord de la Finlande, plus de 300 hectares de forêts ont été rasés pour permettre la construction d’un ensemble de centres de données pour Google. Ceci avant même que le projet n’ait obtenu l’audit environnemental que le régulateur national l’avait enjoint à réaliser, rapporte Wood Central.

« C’est soit de l’incompétence grossière de la part de la société chargée du projet finlandais de Google, Tuike Finland Oy, soit un dédain grossier de la réglementation finlandaise. Dans le pire des cas, c’est les deux », estimait la directrice de l’Association finlandaise pour la conservation de la nature Hanna Halmeenpää auprès du média Kaleva, mi-septembre.

Au mois d’avril, la filiale finlandaise de Google avait argumenté auprès du régulateur qu’elle n’avait pas besoin d’audit environnemental. Elle espérait pouvoir obtenir ses permis de construire en l’absence de ces travaux. 


En mai, l’administration l’a détrompé : le projet devait suivre le cours normal des autorisations, dans la mesure où la loi locale oblige à des audits environnementaux pour tout rasage permanent de forêt sur plus de 200 hectares.

Illustration : Flock

Des images satellites montrent que des coupes ont néanmoins été menées entre le mois de mai et le mois d’août, en l’absence des travaux demandés par le régulateur.

Ces images montrent aussi que quatre sites naturels supposément protégés dans le plan local d’urbanisme ont été passés au bulldozer. L’association finlandaise pour la conservation de la nature déclare n’avoir jamais rencontré de cas comparable en 86 ans d’existence.

Directrice de l’enquête ouverte par l’Autorité finlandaise en charge des licences et de la supervision, Sari Myllyoja indique que son unité explorerait les réactions possibles.

Localisé dans les villes de Muhos et Kajaani, le projet s’étend sur 1400 hectares, vendus il y a deux ans à Google par le gouvernement finlandais. La société américaine a annoncé investir 13 milliards de dollars pour y construire des centres de données, ce qu’elle déclare être son plus gros investissement unique en Europe.

Fin septembre, la municipalité de Muhos informait l’Autorité des licences et de la supervision qu’elle n’avait fourni aucun permis de construire pour ces travaux. L’équipe de Sari Myllyoja déclare attendre les clarifications de la filiale de Google pour comprendre en vertu de quels permis celle-ci a lancé ses travaux.

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☕️ IA et copyright : en appel, Thomson Reuters gagne de nouveau contre Ross Intelligence



En février 2025, déjà, la société d’information financière Thomson Reuters gagnait un premier procès contre la start-up d’IA juridique Ross Intelligence. Pour entraîner ses systèmes, cette dernière était accusée d’avoir utilisé la base de données Westlaw, dont Thomson Reuters possède le copyright.

Le juge avait alors qualifié cet usage de non « transformateur ». Il précisait alors que seule une forme d’IA « non générative » était à l’examen – si ses déboires judiciaires se sont poursuivis depuis, Ross Intelligence a mis la clé sous la porte en 2021, soit avant la sortie des principaux modèles génératifs.

Balance de la justice

En appel, les représentants de la société défunte argumentaient que son recours aux données de Thomson Reuters relevait du « fair use », ou usage raisonnable. En 2020, la société d’information financière avait accusé Ross Intelligence d’avoir utilisé tous les chapôs des articles de la base de données Westlaw, c’est-à-dire les quelques lignes résumant les décisions de justice détaillées dans leur version intégrale et payante, pour entraîner ses modèles.

D’après la juge Tamika Montgomery-Reeves, qui vient de trancher en appel, cet usage est de nouveau estimé « non transformateur ». À ce titre, y recourir pour développer un produit concurrent ne permet pas de recevoir l’argument du fair use.

Ni les avocats ni un porte-parole de Ross Intelligence n’ont souhaité commenter. Un porte-parole de Thomson Reuters indique en revanche qu’une « protection forte du copyright est essentiel pour promouvoir l’innovation et protéger la propriété intellectuelle qui alimente » ses propres outils d’IA.

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Union européenne : 138 députées victimes de deepfakes pornographiques

Et 9 de leurs collègues hommes
Union européenne : 138 députées victimes de deepfakes pornographiques

7,3 % des femmes élues au sein d’une Assemblée nationale européenne sont visées par des deepfakes pornographiques, calcule l’ONG Agora Digitale Transformation. Plus de deux fois plus nombreux au sein de ces chambres de représentation politique, leurs homologues masculins sont 0,2 % à subir ce type de désagrément qui peut servir à entacher la réputation ou alimenter des cyberharcèlements.

Les femmes parlementaires européennes encourent 33 fois plus de risques de retrouver leurs images manipulées ou associées à des deepfakes sexistes ou sexuels que leurs collègues masculins. Tel est le résultat auquel aboutit le think tank allemand Agora Digitale Transformation, après avoir répertorié le nombre d’élus au sein de parlements de pays européens dont l’image avait été utilisée pour générer des deepfakes pornographiques ou associées, d’une manière ou d’une autre, à ce type d’imagerie générée par IA.

Concrètement, sur 5 872 membres de parlements européens, l’ONG a identifié 138 femmes parlementaires victimes de ce type de manipulation d’images. Ces dernières sont issues de 22 des 27 États membres. Parmi leurs collègues hommes, pourtant plus de deux fois plus nombreux, neuf sont visés par ce type de manipulation.

Dans le détail, Agora Digitale Transformation établit que l’exposition à ce type de violence numérique touche plus fréquemment les femmes – comme c’est le cas pour diverses autres professions exposées, ou pour le grand public –, mais aussi celles et ceux qui bénéficient d’une plus grande visibilité institutionnelle.

Le fait que leurs pays d’origine aient passé des lois spécifiquement dédiées à lutter contre les deepfakes pornographiques, comme c’est le cas en France ou en Italie, ne semble pas influer sur ces risques. Députée France Insoumise au Parlement européen, la Française Emma Fourreau s’est par exemple émue au mois de juillet de voir son image manipulée par IA par des comptes d’opposants politiques.

Élus dans les parlements monocaméraux ou les chambres basses européennes

Au total, Agora Digitale Transformation s’est penché sur les cas de 6 218 membres des chambres basses (l’Assemblée nationale en France) ou des parlements nationaux, lorsqu’ils sont constitués d’une chambre unique, dans les 27 États membres de l’Union. Après exclusion des sièges vacants, des personnes non-binaires et des membres non-attachés à un parti, elle a testé les noms de 94,4 % de ces représentants élus sur 160 noms de domaines connus pour leur hébergement de deepfake pornographique, de « celebrity leaks », c’est-à-dire des images publiques ou intimes de célébrités, et d’autres images sexistes ou sexuelles de femmes dans l’espace public.

En s’appuyant sur des requêtes vers l’API de Google, elle a ensuite classifié les résultats positifs selon six catégories : est-ce que des deepfakes NCII (non-consensual intimate images, images sexuelles non-consenties) étaient hébergés de manière active par le site web ? Est-ce qu’un outil de génération d’image était lié aux informations biographiques d’une personne dont le nom était explicitement cité ? Est-ce que le résultat incluait des images brutes ? Est-ce qu’il existait des traces de précédentes recherches pour le même type de contenu lié à la personne étudiée ?

Constat principal : les noms de 7,3 % des 1 888 députées femmes ainsi testés ont renvoyé des résultats positifs, contre ceux de 0,2 % des 3 837 hommes députés. Cela signifie qu’une élue sur quatorze risque de voir son image détournée à des fins sexistes ou sexuelles, contre un élu sur 500.

Des applications de « nudification » liées aux comptes de personnes réelles

Agora Digitale Transformation constate par ailleurs que les femmes aux postes à responsabilités – dirigeantes de parti, membres de cabinets ministériels – sont surreprésentées dans ces manipulations d’images. « Atteindre une plus grande visibilité médiatiques a un coût pour les femmes que les hommes atteignant des statuts similaires n’ont pas à payer », note le think tank. Les membres de partis de droite et de gauche sont par ailleurs légèrement surexposés par rapport à leurs collègues de partis centristes.

L’ONG relève par ailleurs l’existence de sites web qu’elle qualifie de « portails ». Ces derniers consistent à proposer du contenu officiel représentant un ou une parlementaire, et à y accoler des liens vers des applications dédiées à générer de l’imagerie sexualisée ou dénudée.

Dans son échantillon, elle indique que 61 sites web agissent de cette manière, en fournissant directement les images initiales susceptibles d’être détournées, tandis que 36 suggèrent de dénuder divers parlementaires, sans fournir les images initiales. Chaque fois, en revanche, ils fournissent des éléments biographiques pour reconnaître facilement la personne, et ses comptes sur les réseaux sociaux. Ces portails incluent des représentations sexistes ou sexuelles générées par IA pour trois parlementaires. Ils fournissent quelquefois des « notations » des corps des femmes ainsi visées.

Des productions de sites suspendus par les autorités restent indexées

Autre enjeu : au cours de l’enquête, le site CFake a été suspendu par une action conjointe des forces de l’ordre françaises et états-uniennes. En juillet 2026, son administrateur, un informaticien niçois de 47 ans, a été condamné à deux ans de prison avec sursis, à 10 000 euros d’amende, à la confiscation d’une partie de ses cryptoactifs et au versement de 83 000 euros d’indemnisation aux parties civiles

Agora Digitale Transformation est parvenue, dans certaines configurations, à retrouver plusieurs dizaines d’index de recherche liant des noms de parlementaires à des contenus supprimés de CFake. Ces derniers apparaissaient toujours dans l’API Google Custom Search plus d’un mois après leur suppression par les autorités. Si cela ne signifie pas que ces résultats soient simplement reproductibles via l’interface utilisateur du moteur de recherche, ce constat fait écho au récent article des universitaires Sarah Morgan, Sophie J. Nightingale et Hany Farid, dans lequel ces derniers pointent les dysfonctionnements du déréférencement de contenu illégal par des acteurs comme Google, Cloudflare ou Namecheap.

Aux traditionnels appels à mettre des garde-fous en place dans les systèmes d’IA, pour les empêcher de générer des contenus non consentis, et à étendre le recours à la norme C2PA, qui permet de tracer les contenus, Agora Digitale Transformation enjoint donc à travailler sur la persistance des index de recherche. Tant que ceux-ci continuent de lier des noms de personnes réels à des contenus sexistes ou sexuels, quand bien même devenus inaccessibles, ils participent à perpétuer dans le temps les risques réputationnels et les éventuels effets psychologiques subis par les victimes.

Plus qu’à la multiplication de législation, l’ONG appelle enfin à mettre en œuvre les textes déjà existants. Aux Pays-Bas, par exemple, il n’existe pas de lois visant spécifiquement les deepfakes, mais ceux-ci sont activement poursuivis en s’appuyant sur des textes plus généraux, relatifs aux manipulations d’images ou à la protection de la vie privée. L’enjeu est d’autant plus important que dans divers pays, dont la France, les échéances électorales approchant risquent de multiplier les cas de manipulation de l’image de personnalités politiques.

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Clément Le Ludec : « Ne pas voir le travail de données nécessaire à l’IA nous arrange »

Achetez ma machine automatique ! Elle est belle, elle est magique !
Clément Le Ludec : « Ne pas voir le travail de données nécessaire à l’IA nous arrange »

Dans son essai Les damnés de la donnée, publié ce 2 octobre chez Raisons d’Agir, le sociologue Clément Le Ludec explore les conditions de travail des annotateurs de données destinées au marché français. Il argumente pour une réelle valorisation de leur expertise dans la chaîne de fabrication de l’IA.

Ce 2 octobre, Clément Le Ludec publie Les damnés de la donnée, La subalternisation du travail de l’intelligence artificielle chez Raisons d’Agir. Dans cet essai de 190 pages, l’auteur constate que derrière les récits d’automatisation qui promeuvent le déploiement de l’intelligence artificielle, le travail de préparation des données nécessaire à la fabrication et à l’amélioration de ces technologies est oublié.

Next s’est entretenu avec le sociologue, parti enquêter sur les conditions de travail des annotateurs malgache, dont l’activité est essentielle au marché française de l’IA, et auprès de fondateurs de start-ups françaises du secteur de la tech.

>> Quelle a été la genèse de cette étude ?

En 2018, j’ai commencé par travailler avec Paola Tubaro et Antonio Casilli sur le projet Digital platform labor (DiPLab), à faire de l’enquête sur les micro-travailleurs français. À l’époque, on parlait beaucoup de micro-travail, ou de travailleurs du clic, pour évoquer toutes ces tâches de gestion de données nécessaires à l’entraînement et l’amélioration continue des systèmes algorithmiques.

Pendant un an et demi, on s’est intéressé à sa forme en France, en tentant d’éclaircir des questions comme : est-ce que ces activités fournissent un complément de revenu, ou est-ce qu’elles constituent un vrai travail, au sens d’activités essentielles pour vivre. Dans notre échantillon, nous avions beaucoup de personnes qui vivaient du revenu de solidarité active (RSA), or dans ces conditions, gagner 50 euros par mois avec du travail du clic, ça représente quelque chose de plus important qu’un complément de revenu.

Cela dit, la littérature scientifique montrait que pour la langue anglaise, la plateforme Amazon Mechanical Turk (AMT) avait mené à une forte externalisation de l’annotation de données en Inde. Mais les impacts d’AMT ou de son concurrent Full Factory étaient assez peu explorés pour la France. Quand j’ai obtenu un contrat de thèse, je me suis dit qu’il fallait explorer ce qui se passait en Afrique francophone.

>> Pourquoi vous focaliser sur Madagascar ?

Pour plusieurs raisons. D’une part, quand je me penche sur le secteur du business process outsourcing (BPO, externalisation des processus métier), deux pays ressortent : le Maroc et Madagascar. Historiquement, les deux pays ont accompagné la numérisation de la France. Au moment où l’édition commence à vouloir numériser ses tapuscrits, ceux-ci sont envoyés par avion vers Madagascar, numérisés, mis sur disquette, puis renvoyés ici. La presse fait de même, notamment quand elle commence à avoir besoin de détourages d’images.


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Datacenters : de l’Europe aux États membres, personne n’impose la transparence

Et tant pis pour l'adaptation climatique
Datacenters : de l’Europe aux États membres, personne n’impose la transparence

Malgré les dispositions de la directive relative à l’efficacité énergétique, un consortium de journalistes démontre l’incapacité, voire la mauvaise volonté de la Commission européenne et des États membres à faire la transparence sur les impacts environnementaux des centres de données. Lighthouse Reports se tourne désormais vers la Convention d’Aarhus, qui impose des obligations juridiques de transparence à ses signataires.

Quel est l’impact environnemental des centres de données installés en Europe ? La question est répétée, de manière lancinante, auprès des opérateurs européens ou internationaux, auprès des géants numériques qui multiplient les projets, y compris en France : en Alsace, dans le Centre Val-De-Loire, en Seine-et-Marne, auprès des administrations.

Et, quand bien même les règlements européens prévoient que les centres de données envoient les données relatives à leur usage en eau, en électricité, leur recours aux énergies renouvelables ou leur réutilisation de chaleur fatale à la Commission européenne, seulement 36 % les transmettent effectivement. Comme Next le détaillait récemment, sur ces données finalement récupérées, seulement 70,1 % sont jugées fiables. Ne parlons même pas des bilans volontaires des géants du Net qui ne sont loin de donner toutes les informations importantes et contiennent en plus des erreurs.

Alors que l’Europe vient de proposer officiellement un barème de notation des centres de données de A à G, en fonction de leurs impacts, le consortium Investigate Europe révélait au mois d’avril que les pratiques de confidentialité adoptées par Bruxelles correspondent directement aux demandes formulées par Microsoft et Digital Europe, le lobby du numérique dont Meta, CapGemini, NVIDIA et Google comptent parmi les membres.

Pour obtenir malgré tout des informations plus précises, un autre consortium d’investigation, Lighthouse Reports, s’est tourné vers la justice. Au fil de plusieurs mois d’enquête, celui-ci constate, dans les pages de Mediapart, d’El Confidencial, d’Il Manifesto et d’autres médias européens, qu’un voile de silence s’oppose à la publication d’informations précises sur les impacts environnementaux des centres de données.

Face aux refus d’accéder aux demandes d’information, la Convention d’Aarhus

Son réseau d’enquêteurs a soumis des demandes d’accès aux documents administratifs des 27 États membres pour demander la publication des informations relatives à tous les indicateurs prévus par la directive relative à l’efficacité énergétique (DEE).

Ce texte a été révisé en septembre 2023, moins d’un an après le lancement public de ChatGPT (OpenAI), à peine six mois après celui de Claude (Anthropic). C’est en vertu de ces dispositions que les citoyennes et citoyens européens peuvent demander l’accès aux données relatives à la consommation énergétique et d’eau des centres de données, à leurs émissions de chaleur fatale, à l’énergie nécessaire pour refroidir les bâtiments, au type de réfrigérants et de systèmes d’air conditionné utilisés, etc.

En octobre 2025, alors qu’un rapport technique de la Commission décrivait le reporting et la transparence des consommations énergétiques comme « fondamentalement important pour l’estimation correcte de la soutenabilité », Lighthouse reports indique avoir constaté un refus global de transmettre ces éléments.

Dans un courrier échangé avec la Commission, la Slovénie indique par exemple n’avoir « rien reçu » et demande conseil sur la manière de faire. Au total, dix pays indiquent ne pas disposer des informations en question – ce qui signifie qu’ils ne contrôlent pas les impacts environnementaux des centres de données de leur territoire.

Datacenters qui ont envoyés des données à la Commission européenne
Datacenters qui ont envoyés des données à la Commission européenne

Et si plusieurs pays, dont la France, voient leurs commissions chargées de la transparence rendre des avis positifs sur la diffusion de ces informations, plusieurs entreprises citent le secret des affaires pour éviter de les partager.

Faute de meilleur résultat, de la part des États membres comme de la Commission, Lighthouse Reports a entrepris d’interroger le comité de conformité à la Convention d’Aarhus. Signé en 1998, ce traité international garantit en effet que le public accède aux informations environnementales.

Données environnementales contre protection des intérêts commerciaux

En France, l’entité chargée de collecter et de transmettre ces données à la Commission européenne est l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep). Auprès de Mediapart, le ministère de la Transition écologique n’en souligne pas moins la nécessaire « mise en balance » à effectuer entre l’intérêt de diffuser les informations environnementales relatives à ces établissements et la « protection des intérêts commerciaux ainsi que la confidentialité des informations des exploitants ».

Concrètement, cela signifie que l’Arcep peut fournir les « données relatives aux performances énergétiques et environnementales », mais pas les informations administratives qui permettraient de les relier aux bons bâtiments. En l’espèce, le journal français indique avoir finalement reçu un tableau de « près de 163 lignes et 28 colonnes », mais dont « tous les indicateurs sont mélangés, selon un ordre aléatoire ». Impossible, dans ces conditions, d’attribuer correctement les impacts énergétiques, de température ou de consommation d’eau.

Cette logique kafkaïenne est d’ailleurs loin de ne concerner que les médias : présidente du groupe Les Écologistes à l’Assemblée nationale, rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur les vulnérabilités du système numérique, Cyrielle Chatelain indique avoir elle aussi eu maille à partir avec le secret des affaires. Citant les commandes réalisées par les administrations auprès de fournisseurs états-uniens comme Microsoft ou Oracle, elle qualifie la situation de « délirante », dans la mesure où il devient impossible de publier des informations relatives à l’usage de l’argent public.

Dans les autres pays, la situation n’est pas meilleure : l’Allemagne a ainsi mis neuf mois avant d’envoyer sa réponse, qui renvoyait les journalistes vers une base de données publique, par ailleurs incomplète. L’Italie a déclaré ne pas disposer des éléments demandés, quand bien même le pays les avait transmis à Bruxelles. Aux Pays-Bas, l’Agence néerlandaise des entreprises, chargée de collecter les informations, a transmis une liste de 104 bâtiments, alors que l’association locale des data centers déclarait compter 185 centres de données commerciaux d’une capacité de 500 kW minimum sur le territoire.

« Nous ne pensons pas que ce mur de silence soit le fruit du hasard, écrit Lighthouse Reports dans le mémoire soumis ce 28 septembre à la commission de la transparence de la Convention d’Aarhus. Au contraire, on observe chez les décideurs politiques de toute l’Union européenne une volonté claire et constante de nier ou d’entraver l’accès aux informations relatives aux performances des centres de données et à leurs impacts environnementaux, et d’en brouiller la compréhension. » Depuis 2023, relève le consortium d’enquêteurs, le budget du principal lobby des centres de données en Europe, la European Data Centre Association, a été multiplié par huit.

Alors qu’au début des années 2020, l’essentiel des géants numériques avaient pris des engagements pour lutter contre leurs impacts environnementaux, six ans et une vague de l’IA plus tard, même les financiers des sociétés spécialisées dans les technologies climatiques ne s’en cachent plus : « la décarbonation est morte ». C’est du moins ce qu’a lancé Sophie Purdom, fondatrice de la société de capital-risque Planeteer, au Wall Street Journal. Plutôt que de se concentrer sur le financement de solutions dédiées à lutter contre les émissions carbone, son secteur se focalise, lui aussi, sur l’IA. Autrement dit, dans ce cas précis : sur les manières de fournir son infrastructure, en particulier les centres de données, en énergie.

À Cannes, lors du sommet DataCloud qui réunissait les pontes de l’industrie des centres de données, le PDG de la société américaine QTS DataCenter, Thomas Greason, s’est de son côté moqué des « hommes des cavernes » (« Citizens against virtually everything », dont les initiales forment, en anglais, le mot CAVE, caverne). L’idée : faire passer les citoyens qui seraient « contre tout », et surtout contre les data centers, pour des gens du passé.

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☕️ Le maire RN de Vierzon interdit une pièce décrivant les conditions de travail chez Amazon



Critiquer les conditions de travail dans les entrepôts d’Amazon, pour l’art, trop clivant ? C’est l’avis de Yannick Le Roux, maire d’extrême droite de la ville de Vierzon, dans le Cher.

Le 1er avril 2027, le comédien Aurélien Labruyère, coauteur du seul en scène Amazonia, devait jouer son spectacle au théâtre Mac-Nab, la salle municipale de Vierzon. Mais en ce mois de septembre, la programmatrice de la salle annonce à son équipe que le spectacle est déprogrammé. 
La justification ? « La commande politique du maire, c’est de dépolitiser au maximum les spectacles et de mettre l’accent sur le beau », selon les termes du cabinet du maire rapportés par Mediapart.

Exit, donc, ce spectacle inspiré de l’histoire du syndicaliste Christian Porta : une partie du seul en scène s’intéresse à son arrivée chez Amazon pour tenter d’y organiser les travailleurs d’un entrepôt subissant des conditions de travail difficiles, une autre, le combat du syndicaliste aux prud’hommes, contre le géant de la livraison.

Illustration : Flock

Pour Aurélien Labruyère, cette décision constitue une « grave atteinte à la liberté de création », ce que conteste le cabinet du maire. Toujours auprès de Médiapart, ce dernier rétorque : « Vous avez tout à fait la possibilité de continuer à créer et de vous produire, ailleurs ».

Pour la compagnie, la décision illustre aussi l’hypocrisie du Rassemblement National, qui « prétend défendre les ouvriers, les petites gens », mais décide d’empêcher les spectacles qui évoquent leur vie, rythmes chronométrés et accidents du travail compris.

En 2024, la filiale française d’Amazon avait été condamnée à 32 millions d’euros par la CNIL pour avoir surveillé de manière disproportionnée les cadences de ses salariés.

La mairie de Vierzon l’assure : sa décision n’implique aucune prise de parti « pour ou contre Amazon », mais simplement le refus de voir le théâtre Mac-Nab produire des « choses politiques ». Nul doute qu’Amazon, dont la messagerie interne interdisait, en 2022, les termes « syndicat » et « injuste », appréciera.

À une trentaine de kilomètres de Vierzon, le maire divers gauche de la ville de Bourges, qui sera Capitale européenne de la culture en 2028, a indiqué ouvrir ses portes pour accueillir Amazonia.

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☕️ Au Brésil comme en Europe, l’impartialité de la modération publicitaire de Meta questionnée



Les systèmes publicitaires de Meta font de nouveau des leurs. Ce 25 septembre, au Brésil, Meta a brièvement suspendu le recours à la publicité de la page Facebook de Luis Inácio Lula da Silva.

À 80 ans, ce dernier fait campagne pour un quatrième et dernier mandat électoral face à Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président d’extrême-droite Jair Bolsonaro. Ses équipes ont déposé une plainte via les systèmes de la plateforme, et attendent des explications sur le sujet. 


Quelques semaines plus tôt, Amnesty International publiait un travail dans lequel elle constatait l’inefficacité des systèmes algorithmiques de Meta pour suspendre les publicités visant à diffuser de la désinformation sur ses différentes plateformes.

Alors que la population brésilienne doit se rendre aux urnes le 4 octobre prochain, le président sortant Lula a alerté contre les risques d’ingérence dans le débat public, rappelle Novara media, visant notamment le soutien que le président des États-Unis Donald Trump pourrait apporter à la candidature de Bolsonaro.

Illustration : Flock

En Europe, où Meta a adopté une lecture extensive du règlement européen sur la transparence et le ciblage de la publicité à caractère politique (TTPA), le (dys-)fonctionnement des outils publicitaires est aussi un enjeu récurrent pour comprendre l’état du débat public.

Début septembre, un théâtre de Barcelone, en Espagne, a vu Facebook et Instagram supprimer des publicités dédiées à l’adaptation théâtrale d’Une pièce à soi, de Virginia Woolf, au motif que ces travaux évoquaient des « sujets sociaux ». L’entreprise a précisé à l’institution culturelle que « toute mention de droits civiques, de féminisme ou de réformes sociales sont classifiée comme "sujets sociaux" par nos systèmes automatisés » et, à ce titre, empêchés de diffusion, rapporte the Guardian.

L’épisode rejoint des problématiques rencontrées en France, où la Fondation des Femmes a mis l’entreprise en demeure de diffuser l’une de ses campagnes, aux alentours de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars.

En France, dès les premières semaines qui ont suivi l’entrée en vigueur du TTPA, des ONG spécialisés dans des sujets aussi variés que la défense des droits des femmes, celle des droits des enfants, ou plus globalement à la défense des droits humains ont témoigné auprès de Next avoir constaté un raidissement net des pratiques de modération de leurs campagnes publicitaires.

Un an plus tôt, à l’inverse, une étude d’AI Forensics permettait d’établir que les systèmes de l’entreprise peinaient à modérer des publicités politiques dédiées à faire circuler des thèses pro-russes.

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Face à l’e-facturation, agriculteurs, petits commerçants et auto-entrepreneurs protestent

Technocomptabilité
Face à l’e-facturation, agriculteurs, petits commerçants et auto-entrepreneurs protestent

Dans plusieurs villes de France, des mobilisations s’organisent contre l’obligation de passage à la facturation électronique. LFI a déposé une proposition de loi pour imposer un moratoire sur cette évolution à destination des plus petites structures économiques.

L’évolution ne passe pas : partout en France, des petits entrepreneurs, paysans, commerçants se mobilisent contre le passage à la facturation électronique. Devenue obligatoire au 1ᵉʳ septembre pour toutes les sociétés assujetties à la TVA en France, l’évolution fait craindre de nouveaux casse-têtes administratifs à des professionnels d’Ille-et-Vilaine, de Loire-Atlantique ou d’Ariège.

En cause : l’éclatement des fournisseurs et le retard de près d’un tiers des petites et moyennes entreprises (PME) françaises. En Ariège comme en Bretagne, des réunions publiques sont désormais organisées pour mobiliser contre l’évolution imposée, rapporte Basta.

Un refus qui ne date pas d’hier

Les protestations remontent à plusieurs mois. À l’origine, l’État devait fournir un portail public de gestion des factures. Ce Portail Public de Facturation a été revu à la baisse courant 2024, pour ne plus devenir qu’un annuaire des plateformes agréées.

Le recul a inquiété de tous les côtés de l’échiquier politique et suscité des oppositions populaires. Ici on s’inquiète de voir les gestionnaires privés des plateformes d’e-facturation se muer en sociétés monétisant les données qui transitent par leurs services. Là, on crée une pétition contre la facturation électronique sur le site de l’Assemblée nationale (cette dernière compte 31 000 signatures fin septembre 2026, contre 24 000 au mois de juin).

Maintenant que l’évolution est entrée en vigueur, des rassemblements s’organisent, ce 28 septembre à Redon, en Ille-et-Vilaine, ou encore le 6 octobre à Foix, en Ariège. Olivier Niol, agriculteur breton, témoigne auprès de Reporterre des implications de l’évolution : lui n’a « toujours pas de smartphone », et vit dans un circuit où « les gens paient en chèque ou en liquide ». Il part d’une comptabilité encore entièrement papier et ne se voit pas passer au tout numérique.

Éleveuse de brebis, Anissa proteste dans Basta contre la nouvelle charge de travail que cela lui impose face à un écran, tandis que Léandre, gérant de foodtruck, s’inquiète de la probabilité que ses fournisseurs locaux, des PME, comme lui, ne soient pas équipés, donc incapables de lui fournir les justificatifs dont il aurait besoin. Nombreux sont ceux qui, par ailleurs, gèrent leur comptabilité par trimestre, ou par points ponctuels, au fil de l’année. Avec les nouvelles obligations d’e-reporting, l’État leur impose désormais de faire remonter leurs données chaque mois.

Des partis s’emparent du sujet

Si l’administration présente le passage à la facturation électronique comme une mesure de compétitivité française, il s’agit aussi, surtout, de lutter contre la fraude à la TVA.

Pour les petites structures, cette numérisation obligatoire représente une charge de travail numérique supplémentaire – qui implique potentiellement la prise en main de nouveaux outils. Quelques semaines après la révélation d’une triple intrusion dans le système d’information des impôts, nombreux sont ceux qui s’inquiètent, par ailleurs, de l’exploitation de leurs données par des acteurs tiers, qu’ils soient légitimes ou non.

Plusieurs partis politiques s’emparent du sujet. Fin août, le député Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy appelait ainsi à « suspendre » la réforme. Le 15 septembre, c’est la députée insoumise Mathilde Hignet qui a déposé une proposition de loi visant l’instauration d’un moratoire sur le déploiement de la facturation électronique. Tel que le texte est écrit, celui-ci viserait spécifiquement les autoentrepreneurs, les très petites entreprises (TPE), les PME et les agriculteurs et agricultrices. Le moratoire courrait jusqu’à la mise en place d’un réel portail public de facturation.

Devant les inquiétudes, l’entrée en vigueur a été allégée : elle se fait avec une période de tolérance, ce qui signifie qu’aucune sanction ne sera appliquée d’ici la fin de l’année.

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Stargate : le data center Jupiter, caillou dans la chaussure des finances d’Oracle

Pas d'énergie, pas de data center. Pas de data center, pas de paiement. Pas de paiement... pas de paiement.
Datacenters : de l’Europe aux États membres, personne n’impose la transparence

Oracle prévoit un potentiel retard du projet de data center Jupiter, aux États-Unis, et cherche à obtenir des facilités de paiement dans un tel cas de « force majeure ». L’affaire illustre directement les tensions qui se cristallisent autour de l’infrastructure nécessaire à l’IA, aussi bien au niveau local qu’à l’échelle des marchés financiers.

Le data center « Projet Jupiter » sortira-t-il de terre à temps ? Partie intégrante du vaste plan d’investissement « Stargate » présenté par le gouvernement des États-Unis au retour de Donald Trump au pouvoir, le projet technique et immobilier semble inquiéter son principal bailleur de fonds, Oracle, ce qui crée en retour des tensions sur les marchés.

L’entreprise tente désormais de se protéger d’un éventuel retard dans la livraison du vaste projet de centre de données, prévu dans l’état du Nouveau-Mexique. Sur le terrain, l’opposition locale est active, au point de faire du Projet Jupiter l’une des images de l’opposition croissante de la population états-unienne à la trajectoire prise par les industries de l’intelligence artificielle et des centres de données.

Obtenir des délais de paiement en cas de retard

Le géant des bases de données a envoyé une alerte citant un cas de force majeur à Stack Infrastructure, le développeur du centre. Ce dernier est une émanation du fonds d’investissement Blue Owl Capital, impliqué dans d’autres grands centres de données, comme le projet Hyperion porté par Meta.

S’il ne quitte pas le navire, Oracle cherche à reculer, voire s’éviter des paiements au cas où le planning initial ne serait pas respecté. Concrètement, l’entreprise cherche à obtenir au moins trois ans de délais sur sa location du lieu si le centre de données n’est pas sorti de terre et connecté au réseau en 2028.

Auprès de Bloomberg, un porte-parole affirme que citer la force majeure est « courant » pour des projets de cette taille – ça l’est, de fait, dans le domaine énergétique, notamment pour se prémunir d’événements climatiques ou géopolitiques.

Il s’agirait, ici, de préciser les obligations contractuelles du principal bailleur en cas de retard. Le média économique pointe néanmoins que cela ne suffira peut-être pas à libérer entièrement le spécialiste des progiciels, qui se déclare de toute manière toujours « parfaitement aligné » avec le projet Jupiter.

Doutes sur la solvabilité d’Oracle

Copié par le président français, lorsque celui-ci a annoncé 109 milliards d’investissements dans l’intelligence artificielle et son infrastructure lors du Sommet sur l’IA, le projet Stargate n’en est pas moins suffisamment complexe à mettre en œuvre pour avoir rapidement été revu à la baisse.

Project Jupiter est l’un des éléments centraux de Stargate, supposé atteindre, à terme, une capacité de 2,45 gigawatts. C’est à peine moins que la puissance des réacteurs 1 et 2 de la centrale de Flamanville (1 300 MW chacun), et pourrait suffire à alimenter environ 1,8 million de foyers.

Un groupe de 20 banques ont par ailleurs fourni un prêt de 18 milliards de dollars pour financer sa construction, mais cette dette subit, elle aussi, les effets d’une opposition croissante. Les tentatives de la revendre à un plus grand nombre d’institutions bancaires restent pour le moment sans effet, rapporte le Financial Times, devant le manque croissant de confiance envers la solvabilité d’Oracle.

Mi-septembre, la décision brutale du cofondateur d’Oracle Larry Ellison d’annuler un plan de vente de 50 millions d’actions pour 7,5 milliards de dollars n’avait pas été de nature à rassurer les marchés.

Opposition locale féroce

Mais le cas du projet Jupiter est complexe en lui-même. Depuis le début des travaux, ce dernier s’est heurté à divers obstacles, dont le refus répété de l’État du Nouveau-Mexique de fournir des permis nécessaires à son approvisionnement énergétique. Ces refus ont notamment visé à limiter le recours à des turbines à gaz particulièrement polluantes. Le raccordement à un pipeline de gaz d’Energy Transfer LP, supposé entrer en service ce mois de septembre 2026, s’en retrouve désormais repoussé à février 2027.

Le projet est par ailleurs l’un des lieux où l’opposition croissante aux projets de centres de données et au développement de l’IA s’incarne le plus. Les riverains s’inquiètent essentiellement des effets de l’infrastructure sur les réserves d’eau et la qualité de l’air – selon certains sondages, 65 % des résidents du Nouveau-Mexique seraient contre le projet. Sur place, Oracle travaille donc activement à tenter de rallier certains opposants à sa cause.

Le projet est même devenu sujet de débat, dans la perspective des élections de mi-mandat : la candidate démocrate Deb Haaland a par exemple déclaré que, si elle était élue, elle imposerait une pause à tous les projets de développement de centres de données de l’État et obligerait leurs développeurs à investir clairement dans les énergies renouvelables.

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☕️ France Travail publie sa plateforme dédiée aux métiers du numérique



Trouver un emploi dans le numérique via France Travail, c’est désormais possible, et même fléché. Ce 21 septembre, l’établissement public mettait en ligne sa plateforme numerique.francetravail.fr, dédiée à informer et centraliser les ressources sur les emplois de l’industrie technologique.

Avec cet outil, France Travail indique vouloir faciliter les recherches d’emploi dans sept familles de métiers du secteur numérique, mais aussi faciliter la recherche de potentiels employés pour les entreprises concernées.

Les métiers sont réunis dans les catégories développement et logiciels ; data, IA et cybersécurité ; réseaux, systèmes et infrastructures ; design et création ; marketing, communication et e-commerce ; gestion de projets et transformation numérique ; et support et services numériques.

Pour les personnes en recherche d’emploi, la plateforme propose un espace de « découverte & accompagnement », qui donne notamment accès à des fiches dédiées à plus de 140 emplois répartis dans les familles précitées. En quelques clics, il est ainsi possible d’en savoir plus sur le travail d’Analyste SOC (Security Operations Center), de technicien ou technicienne de data center, ou encore d’UX/UI designer.

Plus loin, l’espace Formation et certificat est principalement pensé pour aider celles et ceux qui se tournent vers la tech à la suite d’une reconversion. La page « Emploi et entrepreneuriat » permet quant à elle de « passer à l’action » après les collectes de renseignements.

Comme les pouvoirs publics cherchent depuis plusieurs années à accélérer la diversification des effectifs de l’industrie numérique, un dernier espace est plus spécifiquement dédié aux femmes qui envisageraient de rejoindre l’industrie. Concrètement, il s’agit de les rediriger vers une série d’organismes, de réseaux ou de formations tantôt généralistes, tantôt spécialisées dans l’accueil des femmes, comme Femmes @ Numériques, Elles bougent, Sista ou Cyberelles. 


Ce modèle correspond en tous points à celui proposé dans les trois autres axes piliers du service, où divers organismes d’accompagnement, d’immersion (pour ceux qui arriveraient dans le secteur), ou encore d’échanges avec des professionnels sont, chaque fois, proposés.

France Travail propose par ailleurs une page dédiée aux employeurs, via laquelle elle leur fournit de quoi identifier rapidement les profils susceptibles de répondre à leurs besoins.

Cet outil s’intègre directement dans « la dynamique des plateformes sectorielles » que propose France Travail. Aux côtés de ce portail dédié aux métiers du numérique, l’entité en propose en effet d’autres spécialisés dans les métiers du soin, ceux de la culture et du spectacle, ou encore ceux du transport et des mobilités.

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Inclusion dans la tech : ce que les femmes disent de leurs parcours

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Inclusion dans la tech : ce que les femmes disent de leurs parcours

En plein raidissement politique contre les logiques d’inclusion, des professionnelles de la tech témoignent de leur expérience, entre persistance de stéréotypes et amélioration de leurs conditions de travail.

L’industrie de la tech manque-t-elle « d’énergie masculine », comme le laissait entendre Mark Zuckerberg début 2025, au micro du podcasteur Joe Rogan ? À l’époque, déjà, l’affirmation laissait dubitatif, dans la mesure où les effectifs de Meta n’avaient jamais dépassé un ratio de 37,1 % de femmes pour 62,9 % d’hommes (en 2022).

Mais Wired est allé plus loin en sondant 634 femmes employées à des postes d’ingénierie (à 38 %), de stratégie ou de conformité (25%), spécialisées dans la donnée (14 %) ou d’autres postes de l’industrie numérique sur divers éléments de leur vie professionnelle. De la femme de trente ans d’expérience qui rapporte subir encore des collègues qui lui « parlent comme si [elle était] une idiote » à celle soupçonnée de coucher pour obtenir certaines tâches, leurs récits ressemblent à ceux de nombre de femmes employées dans des secteurs masculins. 47 % des professionnelles de la tech interrogées déclarent même que leur industrie n’a pas changé ou est devenue pire pour les femmes.

10 ans après la vague #MeToo, 15 ans après la publication de l’essai Lean In, de l’ex-numéro 2 de Meta Sheryl Sandberg, qui appelait les femmes « s’affirmer » et simplement « se saisir » du pouvoir dans leur environnement professionnel, le constat est amer. Il varie néanmoins selon le niveau de granularité analysé : dans le détail, 70 % des femmes interrogées s’estiment payées de manière équitable, une sur deux (64 %) sont satisfaites de leurs carrières et trois sur quatre (76 %) considèrent que leur employeur prend les sujets de harcèlement et de discriminations sérieusement.

Satisfaction moins forte dans les plus grandes entreprises

Mais derrière ces chiffres aux apparences plus positives, plus d’un tiers des femmes interrogées rapportent des faits de harcèlement ou de biais fondés sur le genre dans le traitement qu’elles reçoivent au travail. Ainsi de celle qui se rappelle d’un de ses patrons, « qui insistait pour que je marche devant lui pour " améliorer la vue " », ou de celle qui a appris qu’un « groupe d’hommes classait régulièrement les détails anatomiques des femmes sur Slack », l’application de messagerie largement utilisée dans les entreprises.

Le sentiment de satisfaction exprimé par les femmes interrogées varie beaucoup selon la taille de l’entreprise : faible chez celles qui travaillent seules ou en freelance, il grimpe dans les sociétés de moins de 50 à moins de 500 employés, pour baisser de nouveau chez celles de 500 à 5000 employés, et dégringoler dans les plus grandes. Outre les questions purement liées au genre, cette insatisfaction est aussi liée à une ambiance de travail généralisée : une designeuse de la tranche d’âge 25 - 34 ans raconte ainsi avoir eu de multiples collègues lui dire « je ne sais pas qui je suis en dehors de mon travail » ou « mon travail est si prenant qu’il constitue l’intégralité de mon identité ». « J’ai perdu le compte du nombre de personnes qui m’ont dit ça, en particulier quand ils travaillent dans l’une des cinq plus grandes », autrement dit chez Alphabet, Apple, Meta, Amazon ou Microsoft.

Plusieurs sont satisfaites, sans nier les difficultés qui subsistent. « Mes collègues préférés sont des hommes, mais certains estimeront toujours par défaut qu’une opinion des femmes est nécessairement moins utile », raconte l’une d’elles. Et de préciser que « cette attitude n’a pas évolué sur les 10 à 15 dernières années ». Une de ses collègues de la tranche d’âge 55 - 64 ans, qui travaille depuis plus de 20 ans aux opérations d’une grande société de l’industrie, estime que l’environnement a globalement évolué positivement. Principal indicateur mentionné : elle se retrouve beaucoup plus rarement à être la seule femme présente qu’il y a une à deux décennies.

Un contexte (géo)politique qui freine les progrès

Au fil de la dernière décennie, les principales sociétés de la tech se sont mises à publier des données sur la diversité de leurs effectifs, et la part de femmes et de minorités relevée a peu à peu augmenté, sans atteindre la parité. Mais le retour de Donald Trump au pouvoir, soutenu, cette fois-ci, par l’essentiel des patrons de l’industrie, a acté un changement d’ambiance très net. Tout projet dédié à améliorer la diversité, l’équité et l’inclusion (réunis sous le sigle DEI) s’est vu frapper du sceau de l’infamie. Juridiquement parlant, les entreprises installées aux États-Unis ont craint d’être poursuivies sur la même base que l’université Harvard, dont la Cour suprême avait qualifié la politique d’admission de « discrimination positive raciale », décrétée en violation du 14ᵉ amendement de la Constitution américaine.

Meta, Microsoft et Alphabet ont cessé de partager les données relatives à la diversité de leurs effectifs. Parmi celles qui le font, la part de femmes à des postes techniques reste terriblement basse (17,4 % chez Nvidia). En parallèle de ce vent contraire sensible jusqu’en Europe – on se rappelle de l’allemand SAP, qui a mis fin à ses objectifs généraux d’atteindre 40 % d’effectifs féminins pour plaire aux requêtes américaines –, le déploiement de l’IA générative modifie les tâches de tous les travailleurs de la tech, travailleuses comprises.

Parmi celles interrogées par Wired, le recours à l’IA est perçu comme pratique, utile, ou inquiétant dans la mesure où il pourrait remplacer certains emplois ou les vider de sens. Alors que 86% des professionnelles interrogées déclarent l’utiliser au moins quelques fois par semaine, 51 % se déclarent relativement inquiètes et 27 % plutôt inquiètes de voir ce type de technologie renforcer les biais de l’industrie. En cela, elles participent aux questionnements qui agitent toute l’industrie.

Aux entreprises de s’adapter

Sur la question générale de la diversité dans la tech, en revanche, certaines des promotrices de l’approche consistant à former les femmes et à renforcer leur confiance en elles pour espérer équilibrer les effectifs changent de discours. Ainsi de Sheryl Sandberg, qui estime désormais que si plus de femmes quittent les entreprises avant d’atteindre des postes à responsabilités, ce n’est pas par manque d’ambition, mais parce que les entreprises ne se préoccupent pas de leurs besoins. « Lorsque les entreprises ont plus de femmes parmi leurs cadres, les performances sont meilleures, déclare-t-elle à Business Insider. Nous savons aussi qu’elles promeuvent de meilleures politiques, un meilleur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle, un plus grand soin de leurs employés. »

Ces propos prolongent ceux d’autres spécialistes des questions de diversité dans le recrutement. Ainsi de Caroline Ramade, qui soulignait auprès de Next les biais visibles de promotion des femmes dans les industries françaises et européennes de la tech à mesure que les carrières progressent. Ou encore des travaux menés à toutes les étapes de la filière, des collèges et lycées aux formations supérieures comme celles de l’école 42, puis à certaines cultures d’entreprise, pour tenter de favoriser la diversité en adaptant les conditions de travail pour tout le monde. 


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Quand un « relou » numérique obtient une sanction… contre celle qu’il a insultée

Relou au carré
Quand un « relou » numérique obtient une sanction… contre celle qu’il a insultée

L’affaire est devenue virale sur LinkedIn et Instagram : insultée par message privé, une entrepreneure s’est retrouvée obligée par la justice de supprimer la publication qu’elle avait postée en réaction. Capture d’écran à l’appui, elle s’y indigne publiquement de la violence sexiste que les femmes subissent en ligne.

C’est l’histoire d’une internaute, sur LinkedIn. Tara Heuzé-Sarmini est entrepreneure, formatrice, et fondatrice de l’association Règles Élémentaires, qui agit contre la précarité menstruelle. Dans l’affaire qui nous occupe, cela dit, Tara Heuzé-Sarminin est avant tout une internaute, qui reçoit quelquefois des messages privés de prospection sur un réseau social professionnel.

Fin août, elle en reçoit un qu’elle juge « généré par une IA ». Comme le texte lui propose de rejoindre un cercle nommé « Band of Brothers », un projet qui se décrit comme « écosystème européen dédié à l’accélération des projets ambitieux », Tara Heuzé-Sarmini répond : « peu probable que je rejoigne un écosystème de bros ». Au bout de cinq minutes, elle reçoit une insulte en guise de réponse.

Une assignation en justice qui suscite l’indignation

Agacée, Tara Heuzé-Sarmini décide de prendre une capture d’écran de l’échange pour s’irriter publiquement du fait que, « 10 ans après #metoo, exister pour une femme, aussi bien sur les réseaux que dans l’espace public, c’est encore s’exposer au (cyber)harcèlement, aux insultes, au dénigrement… ». Des échanges d’insultes, provoquées ou gratuites, sur les réseaux sociaux… L’affaire est courante : elle aurait pu s’arrêter là. Mais la publication de Tara Heuzé-Sarmini gagne en viralité.

Extrait du message de Tara H-S qui explique sur LinkedIn avoir été insultée en message privé – capture d’écran

Deux semaines plus tard, l’entrepreneure publie un nouveau texte, dans lequel elle indique avoir été « assignée en 48 h. Condamnée en 24 h. » D’après l’extrait de la décision de justice qu’elle publie, l’entrepreneure est condamnée à verser 1 500 euros au titre de l’article 700 du code de la procédure civile, et à retirer, sous 24 h, son premier message public. À défaut, elle se retrouve « sous astreinte provisoire (…) de 150 euros par jour de retard ».

Dans les commentaires, on s’émeut de la réaction du plaignant, mais aussi, notamment dans les cercles féministes, de la réactivité de la justice. 48 h pour empêcher une femme insultée de s’agacer publiquement de cette insulte, ça paraît peu, quand on connaît la vitesse de traitement de certaines affaires de cyberharcèlement.

Au tribunal, en janvier 2025, la streameuse Ultia se déclarait par exemple épuisée par un cyberharcèlement ininterrompu depuis 2021. Dans l’affaire qui a opposé le rappeur Booba à la journaliste Linh-Lan Dao, les messages insultants ont été publiés en janvier 2024, le procès s’est tenu le 2 avril 2026 et la décision, rendue le 2 juin, soit deux ans et demi après les faits. Pour comprendre ces apparents écarts de temps, et le fonctionnement de la justice face aux affaires de violence en ligne, il faut se pencher sur les différentes procédures envisagées.

Plainte recevable, mais pas nécessairement fondée

D’autant que les captures d’écran de messages insultants brandies en ligne pour faire exemple, voilà un réflexe qui devient presque fréquent. Qu’on les croise sur LinkedIn, Instagram, TikTok ou d’autres plateformes, celles-ci s’émeuvent, souvent, de la violence gratuite ou de l’absence de modération. « Ce n’est pas parce que c’est courant que juridiquement, cela reste valable », prévient l’avocat Alexandre Archambault. Aux yeux de la Justice, si une insulte est formulée dans le cadre d’un échange privé, le cadre de sa diffusion reste, précisément, privé. Autrement dit, « sur le papier, toute personne qui en affiche une autre, même au nom d’une finalité parfaitement légitime, risque des poursuites au civil ».

Cette explication implique de se pencher sur le cadre des poursuites engagées par l’auteur de l’insulte contre Tara Heuzé-Sarmini. Les deux affaires de cyberharcèlement évoquées plus haut étaient jugées au pénal, c’est-à-dire selon la branche du droit qui se préoccupe des infractions commises contre l’ordre public ou la société.

Comme nous le rappelait Alexandre Archambault en 2024, il existe d’autres manières de se protéger contre les violences numériques, notamment devant une juridiction civile. Ces dernières se préoccupent des litiges entre personnes et entités privées. C’est cette voie qu’a choisie le plaignant, en recourant au référé.

Pour reprendre les explications du ministère de la Justice, le référé est une « procédure judiciaire d’urgence qui permet au juge de prononcer rapidement des mesures provisoires, dans le respect du débat contradictoire ». Dans ce type de mesure d’urgence, « le juge des référés ne se prononce pas sur le fond, juste sur l’évidence », explique l’avocat. Ici, l’évidence est la suivante : un échange privé reste privé, et « le rendre public constitue un trouble manifestement illicite ».

Procédure en appel

Du point de vue du droit, l’action du plaignant peut donc être recevable, quand bien même il est l’auteur de l’insulte initiale. Cela ne veut pas dire qu’elle ne puisse être démontrée infondée, estime Alexandre Archambault, « encore faut-il le soutenir devant le juge ». Et de préciser qu’en l’espèce, la défenderesse n’est pas « condamnée, au sens infamant » souvent accolé aux procédures pénales, mais bien visée par une décision prise au civil, qu’il est possible de contester.

Devant l’audience sollicitée au bout de 48 h, « à plus de 200 km » de chez elle, Tara Heuzé-Sarmini semble s’être trouvée dans l’impossibilité de se rendre au tribunal de Lille pour défendre sa cause (contactée par Next, elle n’avait pas répondu à l’heure de publier ces lignes). Dans de tels cas de figure, Alexandre Archambault enjoint les potentiels personnes assignées à appeler un avocat, dont c’est précisément le métier.

Lui s’interroge par exemple sur le respect des droits de la défense. La Cour européenne des droits de l’homme a déjà rappelé à l’ordre des juridictions françaises dans des cas relativement proches. Et dans la mesure où la défenderesse semble résider « dans un autre ressort que celui où est jugé l’affaire », il estime possible de questionner l’office du juge sur l’article 486 du Code de procédure civile. Ce dernier prévoit en effet : « Le juge s’assure qu’il s’est écoulé un temps suffisant entre l’assignation et l’audience pour que la partie assignée ait pu préparer sa défense. »

Quoiqu’il en soit, l’affaire ne s’arrêtera pas là : Tara Heuzé-Sarmini a déjà indiqué faire appel et ouvert une cagnotte pour financer ses frais de justice. Si elle collecte plus que nécessaire, elle indique avoir « décidé de reverser le différentiel à la Fondation des Femmes pour venir en aide à d’autres victimes de procédures-bâillons ».

Après s’être dé-taggé de la publication initiale de Tara Heuzé-Sarmini, et avoir enlevé les émojis éclair qui entouraient son nom, l’auteur de l’insulte a publié le 16 septembre au soir un message dans lequel il présente ses excuses à la principale concernée.

Après la procédure en référé, des excuses – capture d’écran post LinkedIn

Alexandre Archambault, lui, invite à la mesure dans les propos qui visent l’institution judiciaire : le Code pénal punit « le fait de chercher à jeter le discrédit, publiquement par actes, paroles, écrits ou images de toute nature, sur un acte ou une décision juridictionnelle, dans des conditions de nature à porter atteinte à l’autorité de la justice ou à son indépendance ».

« Non, les femmes victimes de comportements sexistes ou insultants en ligne ne doivent pas s’auto-censurer et restent parfaitement légitimes à les dénoncer, conclut l’avocat. À condition de rester dans les clous : on n’affiche pas le relou (car il faut partir du principe que le relou gagne toujours au jeu du plus relou), on reste factuelle, on ne se fait pas justice soi-même. » En cas de doute, insiste-t-il encore, « on n’hésite pas à consulter un professionnel du droit ».

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