Utilisé par le monde de la recherche comme par le public, le site climate.gov a été supprimé l’an dernier au beau milieu des attaques du gouvernement de Trump contre les sciences climatiques. Des bénévoles viennent de lui donner une nouvelle vie à l’adresse climate.us.
Printemps 2025 : de retour au pouvoir depuis quelques mois, Donald Trump met en place une politique d’attaque en règle de la recherche, en particulier celle liée aux enjeux climatiques. Les effets se font ressentir aux États-Unis, mais aussi à l’international : la communauté scientifique recourt à de nombreux outils et bases de données américaines pour mener ses travaux. En France, la paléoclimatologue du CEA Valérie Masson-Delmotte demande aux sénateurs que la France protège les données scientifiques en passe d’être supprimées.
Un outil en particulier illustre la politique appliquée par le gouvernement Trump : climate.gov. Hébergé par l’administration des États-Unis, le site servait de point d’accès à quantité de ressources liées aux enjeux climatiques, que ce soit des jeux de données, des analyses ou de simples articles de vulgarisation destinés au grand public. À la suite du décret« Restoring Gold Standard Science » (Rétablir une science au meilleur standard), pris en juin 2025, le site a été rendu inaccessible.
Un an plus tard, une large part de l’équipe qui avait fabriqué climate.gov dévoile climate.us. Indépendante de l’administration des états-unis, la plateforme rend l’accès à la vaste collection de données hors ligne pendant un an.
D’anciennes équipes de la National Oceanic and Atmospheric Administration
À la manœuvre : une partie des équipes de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), qui avait drastiquement coupé dans ses effectifs dès mars 2025. Ces anciens agents fédéraux ont créé une organisation à but non lucratif et collecté 2 500 « petites donations auprès de personnes qui veulent que l’information relative aux sciences climatiques reste accessible ».
Pour un total de 250 000 dollars environ, ces donations ont constitué le tiers des financements totaux collectés. Grâce à ces moyens, ils ont annoncé ce 24 juin, soit pile un an après la suppression de climate.gov, le lancement de la version complète du site climate.us.
Ce dernier compte devenir un « foyer pour l’information climatique de confiance, soutenu par le public ». L’ONG indique que plus de 80 scientifiques « se sont portés volontaires pour exercer des révisions par les pairs sur leurs sujets ». Au total, la plateforme revendique donner l’accès à 15 ans d’articles, de publications de blogs, de rapports et d’autres indicateurs essentiels liés au climat.
Les attaques du gouvernement Trump contre les régulations environnementales n’ont pas cessé depuis l’an dernier. La semaine dernière, le ministère de la Justice a notamment adressé à la cour du Mississippi une lettre l’intimant de classer l’affaire relative au supercalculateur Colossus de xAI. Ce dernier est accusé d’avoir violé le Clean Air Act en installant des générateurs au gaz non autorisés, et de polluer l’air du voisinage, principalement habité par une population noire qui présente déjà l’espérance de vie la plus faible de Memphis et ses environs.
Tout est parti d’une vidéo YouTube de 18 secondes : le photographe animalier Mohammed Almuntasir l’a publiée en 2017, sans plus y penser.
Dessus : un petit chat pâle, creusant un trou dans le sable du désert du sud-ouest de la Libye.
« Personne ne voulait croire que ç’avait été filmé en Libye », explique-t-il au Guardian.
Si Mohammed Almuntasir n’en a pas particulièrement fait la promotion, sa vidéo a attiré l’attention d’un nombre croissant de chercheurs au fil des ans, alors que des preuves de la présence de tout un groupe de chat des sables en Libye émergeaient.
À répétition, ces derniers contactent le photographe. Jusqu’à Firas Hayder, zoologue sud-africain spécialisé dans les petits carnivores.
Ce dernier convainc Mohammed Almuntasir de l’aider à mener une étude sur le retour de cet animal en Libye – la région dans laquelle ce dernier a repéré à plusieurs reprises des chats des sables n’est ni protégée, ni équipée pour repérer les animaux. Théâtre de trafics entre l’Algérie, le Niger et le Tchad, elle est par ailleurs dangereuse pour le travail de terrain.
Après une première rencontre, Mohammed Almuntasir et Firas Hayder se sont donc lancés dans une collaboration de huit ans, le plus souvent menée à distance, dans laquelle le zoologue a appris au photographe les techniques d’enregistrement des coordonnées GPS et de documentation photographique et vidéo des petits animaux.
En se liant aux communautés touareg locales, Mohammed Almuntasir a quadrillé le terrain avec ses appareils, jusqu’à ce que les deux hommes puissent publier une étude revue par les pairs dans le Journal of Arid Environments, en février 2026. Ils y établissent la présence du chat des sables dans 13 sites du Sahara libyen.
En un an, Oracle a mis fin à 21 000 postes à travers le monde. En mai 2026, l’entreprise indiquait compter 141 000 employés à temps plein, contre 162 000 l’année précédente, soit une baisse de 13 % de ses effectifs.
Très investie dans le déploiement de l’intelligence artificielle générative (Oracle est au cœur de contrats circulaires avec OpenAI et NVIDIA), l’entreprise lie explicitement ce type de technologie à ses décisions en matière de ressources humaines. « Le déploiement des technologies d’IA à travers nos activités a eu pour effet, et pourrait continuer d’avoir pour effet de réduire nos effectifs », indique Oracle dans son rapport annuel.
Illustration : Flock
Si le constat a de quoi rassurer les marchés financiers sur la productivité effective du secteur de l’IA, il peut aussi correspondre à l’économie de la promesse que la présidente de Signal Meredith Whittaker critique régulièrement. Il peut aussi cacher la réalité de l’évolution des tâches demandées aux employés d’Oracle, ou de ceux en charge d’entraîner les modèles qu’elle utilise.
Au total, les réductions d’effectifs ont coûté 1,8 milliard de dollars d’indemnités de départ, beaucoup plus que les 374 millions de dollars déjà engagés l’année précédente pour restructurer la société. L’entreprise prévient par ailleurs que ces coupes pourraient entraîner un manque de main d’œuvre qualifiée sur certains postes, note la BBC, ce qui pourrait réduire sa productivité et impacter ses revenus.
Comme Oracle, Amazon et Meta ont chacune procédé à des licenciements en 2025. Amazon, Google et Meta prévoient d’investir collectivement 650 milliards de dollars dans l’IA en 2026. Oracle, de son côté, prévoit au moins 50 milliards de dollars d’investissement dans ses infrastructures.
Le secrétaire général de l’ONU inaugure une initiative sur la transparence environnementale de l’IA et appelle globalement les secteurs polluants et les États à accélérer leurs actions pour faire face au changement climatique.
Alors que l’Europe est frappée d’une canicule historique, le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), António Guterres, appelle l’industrie de l’IA à « dire la vérité » sur ses impacts environnementaux. Il a lancé une AI Environmental Transparency Initiative, dédiée à obtenir ces informations, et a appelé les sociétés du secteur à recourir à des énergies renouvelables.
« Le chaos climatique s’accélère devant nos yeux » a-t-il déclaré à Londres, tandis que la crise énergétique alimentée par la guerre au Moyen-Orient « démontre la folie d’un monde dépendant aux hydrocarbures ». Ces deux crises peuvent « sembler différentes. Mais elles partagent la même origine destructrice : les énergies fossiles. »
Côté data centers, des appels à accroître le recours aux énergies fossiles
Quelques jours plus tôt le représentant du lobby européen des centres de données Lex Coors déclarait qu’il fallait ouvrir le débat du recours aux énergies fossiles pour alimenter les data centers européens. Selon lui, si l’Europe continuait de chercher à remplir ses objectifs climatiques, elle serait nécessairement dépassée par les États-Unis et la Chine en matière d’intelligence artificielle. L’autre alternative serait de passer par le recours au gaz, notamment.
Une étude de l’ONU publiée début juin constate que l’industrie des centres de données consomme plus d’électricité que quasiment tous les pays du monde : seulement dix en consomment plus. Or, dans le monde, l’essentiel de cette consommation repose sur de l’énergie fossile, participant à la fois à aggraver la crise énergétique actuelle et la crise climatique plus globale.
Autant d’eau qu’1,3 milliard de personnes d’ici 2030 ?
En pleine London Climate Action Week, le secrétaire général de l’ONU a inauguré une initiative dédiée à la transparence du secteur. Si plusieurs d’entre elles indiquent, sur des bases de volontariat, travailler à recourir à des solutions solaires ou (le plus souvent) nucléaires pour alimenter leurs infrastructures, l’essentiel utilise pour le moment toutes les solutions qu’elles peuvent trouver. Dans le cas de xAI, cela comprend aussi l’installation non autorisée de générateurs au gaz.
D’ici 2030, les secteurs de l’IA et des data centers qui leur permettent de fonctionner « pourraient utiliser plus d’énergie que tous les pays sauf cinq, et autant d’eau que le volume nécessaire pour répondre aux besoins de base des 1,3 milliard de résidents d’Afrique subsaharienne en un an », a encore alerté António Guterres. Si, en France, le secteur repose assez peu sur l’eau pour refroidir ses serveurs, il en va autrement du reste du monde, comme l’illustrait l’enquête Dirty Data, à laquelle Next a pris part.
L’ONU le déclare désormais clairement : la question de la consommation énergétique ne suffit pas à comprendre les effets concrets de l’expansion des centres de données sur les populations. Selon les régions, celle-ci peut aussi se traduire par des pressions accrues sur les ressources en eau ou encore sur les territoires. Les deux tiers des centres de données que l’industrie prévoyait de construire au premier trimestre 2025 sont par exemple supposés être installés dans des zones subissant déjà des stress hydriques.
L’appel d’António Guterres à l’adresse de l’industrie de l’IA se fait dans un contexte plus global d’urgence à adapter la vie économique pour faire face au changement climatique. Comme de nombreux spécialistes du sujet le rappellent ces derniers jours (et depuis des années, notamment via les travaux du GIEC, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat), l’adaptation à la situation climatique impose de prendre des décisions politiques de long terme. Quant à inverser le réchauffement climatique, cela implique de passer à de vraies logiques de sobriété, voire de renoncement. À ce titre, Antonio Guterres souligne que « chaque émetteur majeur doit accélérer son action (…) et chaque pays doit surperformer sur ses engagements ».
Aux États-Unis, pour promouvoir ses activités, la plateforme de paris en ligne Polymarket aurait payé des influenceurs pour produire du contenu manipulé.
En janvier, George Makihara, un étudiant, a publié une vidéo dans laquelle il gagnait 100 000 dollars. Le pari qui lui a permis de rafler la mise ? Celui que le président Trump dirait publiquement le nom « McDonald’s » au fil du mois suivant. Problème : d’après une analyse du Wall Street Journal, personne n’a gagné un tel pari au mois de janvier 2026 sur la plateforme.
Pire : d’après le journal, l’entreprise qui a défrayé la chronique au point d’être interdite en France et dans plusieurs autres pays a purement et simplement payé des internautes pour mettre en scène de faux gains sur les réseaux sociaux. L’entreprise a construit des « copies quasi-parfaites de son site web », puis leur a demandé de « simuler ces paris sur les faux sites et de cacher le fait qu’ils avaient été payés par Polymarket ».
La dissimulation a plutôt fonctionné : certaines de ces vidéos sont devenues virales, au point que les 1 105 vidéos étudiées pour l’enquête ont cumulé 140 millions de vues sur YouTube, TikTok et Instagram. Pour les produire, les créateurs de contenu concernés se sont vus envoyer des guides rédigés au format bullet point, ce qui conduit plusieurs d’entre eux à reprendre exactement les mêmes termes.
Ainsi de l’idée selon laquelle, grâce à ces paris, ils gagneraient de « l’argent gratuit », ou des phrases« bro, what ? » et « wait, what ? », dédiées à accrocher l’attention des internautes. Une fois leurs vidéos tournées, ces derniers étaient encore supposés les envoyer à Polymarket qui s’assure de leur aspect crédible. À défaut, l’entreprise demandait aux vidéastes de recommencer.
Surtout, les vidéos s’appuyaient fréquemment sur un faux site Polymarket dont l’URL, poiymarket.com, est difficilement distinguable de la vraie lorsqu’elle est écrite avec un i majuscule. 70 % des paris analysés n’auraient ainsi jamais été vraiment réalisés. Dans certains cas, les vidéos montrent aussi les influenceurs réagir à des éléments d’actualité dépassée.
Dans un des clips, un internaute déclare par exemple avoir parié que Donald Trump dirait les mots « April fools » pendant la première semaine du mois d’avril. L’extrait auquel on le voit réagir devant son écran de télé comme s’il venait de remporter la mise, en revanche, date du mois de mars précédent. En conditions réelles, une personne qui aurait reproduit le même pari aurait perdu. Dans la plupart des cas, les créateurs de contenu ont ajouté des précisions sur le fait qu’ils avaient été payés après avoir été contactés par les médias américains.
Paris perdants
La campagne a particulièrement visé les utilisateurs états-uniens, quand bien même Polymarket n’est accessible que de manière détournée. En 2022, rappelle ArsTechnica, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) a en effet conclu que Polymarket opérait une plateforme d’échanges financiers de manière illégale. Depuis, le site principal de la marque n’est accessible qu’en mode « lecture seule »… sauf si les internautes recourent à un réseau privé virtuel (VPN).
Quoiqu’il en soit, Polymarket s’est tourné vers des influenceurs qui devaient avoir au moins 60 % de leur audience aux États-Unis. Au total, ces derniers montrent avoir placé pour environ 1,9 million de dollars de paris et remporté près de 900 000 dollars. S’ils avaient été placés pour de vrai, selon les calculs du Wall Street Journal, ces paris auraient entraîné des pertes de plus de 166 000 dollars.
L’affaire vient s’ajouter à de multiples critiques qui visent ces plateformes de paris en ligne. En novembre 2025, une étude de la Columbia University estimait déjà qu’au moins un pari sur quatre enregistré sur Polymarket relevait de l’amplification artificielle pour simuler une demande forte.
En janvier, un internaute avait gagné plus de 430 000 dollars en pariant pile au bon moment sur la chute du président vénézuélien Nicolas Maduro. Des aléas qui n’empêchent pas Mark Zuckerberg d’envisager lancer son propre service de paris.
Temps d’écran, usages scolaires et loisirs du numérique, recours aux réseaux sociaux comme aux jeux vidéo pour sociabiliser, voire s’informer… pour accompagner les familles, le CLEMI et l’UNESCO publient le guide « Grandir dans un monde connecté ».
« Grandir dans un monde connecté, ça s’apprend. » Tel est le titre du guide publié par le CLEMI, Centre pour l’éducation aux médias et à l’information en charge de l’éducation aux médias et à l’information dans le système éducatif, jusqu’à la fin du secondaire.
Composé avec l’aide de 37 chercheurs, accessible en français, en anglais et en espagnol, le guide propose d’aider les parents à naviguer dans une variété de sujets susceptibles d’agiter les vies familiales, de la gestion du temps d’écran au recours aux réseaux sociaux et à l’intelligence artificielle, en passant par la protection face aux cyberviolences et des outils pour affûter l’esprit critique.
En 112 pages, le guide cherche à équiper parents et éducateurs qui se « sentent souvent mal outillés pour accompagner les enfants et les jeunes dans l’usage des technologies numériques, d’une manière qui favorise leurs droits tout en les protégeant des risques ». L’enjeu est de taille : 44 % des adolescents accèdent aux réseaux sociaux avant l’âge légal de treize ans, plus de quatre sur cinq les utilisent au quotidien et 83 % déclarent y avoir été exposés à au moins un risque numérique, rappelle en préambule le ministre de l’Éducation.
L’exemple des adultes et la nécessité du mouvement
Logiquement, on y retrouve diverses propositions qui résonnent avec les débats politiques et légaux du moment. Alors que les parents se sentent « partagés entre leur devoir de protection et la place incontournable qu’occupent les outils numériques dans la vie quotidienne », pour reprendre les mots du directeur général de l’UNESCO Khaled El-Enany, le premier chapitre se penche sur la gestion du temps d’écran : « faut-il limiter, interdire ou négocier ? »
Au fil des pages, le guide est agrémenté de témoignages collectés par le gouvernement brésilien auprès d’enfants et d’adolescents de 43 municipalités. Ainsi de cette réflexion simple, mais qui demande aux adultes de s’interroger sur leurs propres pratiques numériques : « Quand les adultes donnent l’exemple, c’est plus facile pour nous de comprendre ce qu’on nous demande. »
Outre évoquer le rapport aux différents écrans et aux applications qui se trouvent dessus – le guide suggère notamment d’identifier les différences de pratiques liées à l’école et celles au loisir, et d’établir des temps dédiés en fonction de chaque usage –, le guide s’intéresse aux effets collatéraux de la connexion des plus jeunes. 80 % des adolescents n’atteignent pas les niveaux d’activité physique recommandés par l’Organisation mondiale de la santé, alors qu’elle est une « condition essentielle pour grandir en bonne santé ». Et de recommander diverses pratiques pour inciter au mouvement.
Le numérique comme espace de sociabilité et d’information
Le document incite par ailleurs les adultes à approcher les différents usages numériques avec nuance. Le jeu vidéo, par exemple, réunit les dimensions de réseau social, de commerce en ligne (avec ses effets de mode et ses demandes de monnaie virtuelle, payable en euros bien réels) et d’espace de créativité. Pour mieux approcher ces diverses dimensions, le Clemi et l’Unesco incitent les parents à jouer « ne serait-ce qu’une fois » avec leurs enfants, pour créer la confiance et faciliter les discussions.
Les réseaux sociaux, eux, sont autant d’espaces de sociabilité que d’information (la principale source en la matière pour 44 % des 18 - 24 ans). Comme le relève un récent rapport du Reuters Institute, le recours aux chatbots d’IA générative pour s’informer grimpe aussi, même s’il est encore loin derrière la consommation de vidéos publiées sur des réseaux comme TikTok, YouTube ou Instagram.
À ce titre, les échanges sur le fonctionnement du journalisme, celui des réseaux sociaux sur lesquels l’information circule, les manières de repérer de la désinformation, sont autant de sujets aussi utiles pour aiguiser le sens critique que pour éviter les manipulations. Il en va de même pour tout ce qui relève de l’exposition sur les réseaux sociaux, souvent autant le fait des parents, et de pratiques comme le sharenting (partage de photos des enfants en ligne, alors que ceux-ci sont trop jeunes pour y consentir pleinement), que de leurs enfants.
Cas pratiques et sensibilisation des parents
Les enjeux que posent les compagnons IA, très plébiscités par les adolescents, sont ainsi détaillés, de même que les nouveaux visages du cyberharcèlement (qui passe notamment, aussi, par le recours à l’IA générative). Clemi et Unesco fournissent plusieurs listes de signaux à repérer pour prendre soin de la santé mentale des plus jeunes et aider les parents à protéger leurs enfants des risques numériques – y compris de la cyber pédocriminalité.
En s’appuyant sur de nombreux cas pratiques, le guide se veut une bibliothèque d’outils à même d’aider les adultes à naviguer les aléas de l’éducation au numérique.
D’après le président du principal lobby européen des centres de données, qui représente aussi des acteurs numériques venus des États-Unis, l’Union européenne doit renoncer à ses objectifs climatiques si elle veut rester dans la course à l’IA.
À quelques jours de la vague de canicule historique qui sévit actuellement en Europe, le président de l’association européenne des centres de données a formulé une alerte tout à fait intéressante : soit l’Europe met l’accent sur le développement de l’intelligence artificielle, ce qui ne peut selon lui se faire qu’en recourant à de l’énergie carbonée, soit elle priorise ses objectifs climatiques.
C’est, du moins, les propos de Lex Coors auprès de Politico. Le contexte ? Dans le cadre de son plan d’action pour une IA continentale, la Commission européenne veut tripler les capacités rendues disponibles par l’industrie des centres de données d’ici 2032. Or, pour le président du principal lobby européen de cette industrie, qui représente aussi des géants états-uniens comme Microsoft, Google ou Amazon, ce plan est irréalisable si l’Union ne se repose que sur son énergie nucléaire ou renouvelable.
Entre centres de données et objectifs climatiques, il faudrait choisir
Si la France produit de l’énergie en excédent, cela ne signifie ni que c’est le cas de ses voisins, ni que le réseau permet pour autant d’encaisser les pics que lui demande l’installation de nouveaux data centers. Pour faire face à la demande impressionnante de ces usines de données, une possibilité consiste donc à lancer des projets permettant de les approvisionner directement en énergie.
Or, d’après Lex Coors, toutes les tentatives à l’étude en matière d’alimentation renouvelable ou nucléaire sont trop lentes. Si l’Union européenne veut réellement rester dans la course à l’IA, il appelle à « ouvrir la conversation » sur le recours à des énergies fossiles – des sources énergétiques auxquelles les géants de la tech font déjà largement recours, notamment sur le territoire états-unien.
Ce faisant, il met les pieds dans le sujet sur lequel le Think tank Shift Project alertait dès le mois d’octobre 2025 : menée sans discernement, la politique de l’IA pourrait empêcher l’Union européenne d’atteindre ses objectifs climatiques.
Plus largement, scientifiques et groupes de la société civile spécialisés dans les questions climatiques rappellent régulièrement le rôle des énergies fossiles dans le bouleversement climatique à l’échelle mondiale, et dans la vulnérabilité aux crises énergétiques à l’échelle européenne.
Cette opposition entre course à l’IA et enjeux climatiques qui semble ne souffrir aucune alternative est par ailleurs formulée dans un contexte de forte pression à ce que l’Union européenne trouve une manière de renforcer sa souveraineté dans le domaine numérique en général, dans celui de l’IA en particulier.
Mi-juin, un think tank bruxellois publiait par exemple Europe 2031, une « expérience de pensée » qui venait alimenter l’idée selon laquelle l’Union européenne devrait nécessairement se lancer dans la course à l’IA sous des modalités proches de celles observées aux États-Unis ou en Chine, faute de quoi elle se verrait rapidement rayée de la carte économique mondiale. Le lendemain, Donald Trump obligeait Anthropic à fermer l’accès aux modèles Fable 5 et Mythos 5 aux pays étrangers.
Pour autant, alors que les émissions de CO₂ des centres de données français s’envolent déjà, le commissaire européen à l’Énergie Dan Jørgensen indique que les data centers sont les bienvenus sur le territoire dans la mesure où ils participent à la transition énergétique – c’est-à-dire en finançant le déploiement d’énergie renouvelable et en recyclant leurs émissions de chaleur. L’Union travaille par ailleurs à des standards minimum en termes d’efficacité énergétique qu’elle pourrait imposer aux data centers à venir.
Bernie Sanders propose de créer un fonds souverain qui permettrait à la population des États-Unis de participer aux profits générés par l’intelligence artificielle. Une proposition qui ouvre le débat : vaut-il mieux lier l’action gouvernementale à la réussite économique de ces entreprises, ou recourir à d’autres outils de partage de la valeur ?
L’intelligence artificielle est-elle profitable à l’heure actuelle ? Non, répond de manière inchangée le site web isaiprofitable.com, qui suit les investissements réalisés par les plus grandes sociétés de la tech dans l’IA, et le chiffre d’affaires qu’elles en tirent. Non plus, si l’on en croit les pertes colossales enregistrées par OpenAI et explicitées dans la documentation que l’entreprise a soumise au régulateur états-unien des marchés, la SEC, en amont d’une probable entrée en bourse.
L’intelligence artificielle n’est donc pas profitable pour le moment. Pour autant, elle a déjà de multiples effets concrets, notamment dans le discours des entreprises qui lient des projets de plan social aux gains de productivité qu’ils obtiennent de l’IA. Et c’est précisément là que le sénateur démocrate états-unien Bernie Sanders voudrait agir.
Début juin, dans une tribune publiée dans le New-York Times, l’homme politique avançait : « l’IA est une ressource publique. Vous devriez en détenir la moitié. » Sa proposition de créer un fonds souverain, dans lequel seraient placées 50 % des actions des sociétés dédiées à l’IA, ne manque pas de faire réagir.
Partager la richesse issue d’une ressource publique
L’IA « n’a pas été créée ex nihilo. Les données et langages utilisés par les outils d’IA générative ne sont pas simplement apparus dans la tête de Sam Altman ou grâce à l’imagination d’Elon Musk. » Au contraire, ces machines reposent sur l’extraction d’une vaste quantité de données personnelles et d’œuvres soumises à la propriété intellectuelle, récupérés, « pour l’essentiel (…) sans permission, sans crédit, sans compensation ».
Pour résoudre ce paradoxe, le sénateur s’apprête à proposer une loi sur le fonds souverain de l’IA américaine (American A.I. Sovereign Wealth Fund Act). Le but : donner à la population un droit de propriété commun sur ce type de technologie, pour leur permettre d’en profiter directement. Comment, alors qu’aucun profit direct n’est pour le moment mesurable ? En partageant le capital d’OpenAI, d’Anthropic, de xAI et d’autres.
D’après Bernie Sanders, cela donnerait à la population « un rôle direct dans l’orientation de l’avenir de ces technologies ». Par ailleurs, alors qu’Elon Musk est devenu le premier « trillionaire » de l’histoire (de trillion, en anglais, soit mille milliards en français) grâce à l’entrée en bourse de SpaceX, cela « garantirait » aux États-uniens que les « milliers de milliards potentiellement générés par l’IA soient utilisés pour améliorer la vie de chacun [d’entre eux] – pas simplement pour rendre les personnes les plus riches du monde encore plus riches. »
« Le principe est simple » développe-t-il, alors que les élections de mi-mandat se profilent pour novembre 2026 : « lorsqu’une ressource publique génère de la richesse, la population devrait en profiter. »
La proposition est faite alors que le camp Trump lui-même envisage des prises de participation en action dans les sociétés d’IA. D’après le média NOTUS, plusieurs représentants du gouvernement des États-Unis auraient approché les plus grosses sociétés du secteur pour prendre des parts à leur capital, alors qu’OpenAI comme Anthropic préparent leurs introductions en bourse. Il y a un an, l’État local avait déjà pris 9,9 % du capital d’Intel.
Par le passé, Sam Altman lui-même a proposé de créer un fonds qui fournirait à chaque citoyen une part dans « la croissance économique tirée par l’IA ». Même Elon Musk s’est prononcé, quoique de la manière expéditive propre à X, en faveur d’un « HAUT REVENUS universel », garanti par le gouvernement fédéral. D’après l’homme le plus riche du monde, il s’agirait de la « meilleure manière de gérer le chômage provoqué par l’IA ». Fin mai, Bernie Sanders lui avait directement répondu sur X, lui posant une question : « Comment cela serait-il financé, dans la mesure où vous n’êtes même pas capable de soutenir une taxation de 5 % de votre fortune de 817 milliards de dollars ? »
La taxation, voie la plus efficace ?
À l’instar du spécialiste de la sécurité informatique Bruce Schneier, des acteurs historiques du secteur saluent les projets de fournir un meilleur contrôle démocratique du développement de l’IA et d’en partager les gains. Pour ce dernier, cela dit, le risque de la solution proposée par Bernie Sanders est de mélanger la recherche de profit privé et l’intérêt public, ce qui « inciterait le gouvernement à assouplir la réglementation, à autoriser l’exploitation des travailleurs et des utilisateurs, à restreindre la concurrence, à encourager l’adoption de l’IA sans se soucier de la responsabilité de sa mise en œuvre ni de la pertinence de son utilisation, et à agir de toute autre manière au profit des intérêts des entreprises ».
Pour le chercheur, le résultat le plus probable d’un tel fonds serait donc de renforcer l’influence des sociétés privées sur le gouvernement. Bruce Schneier appelle donc à « séparer les deux buts », de profit et d’intérêt public, une logique généralement obtenue « par la taxation ». Si les projets de taxes GAFAM portés en France et en Europe suscitent l’ire de Donald Trump, ils sont aussi soutenus par certains représentants politiques états-uniens. Sur la seule question de l’IA, ces taxes peuvent porter sur l’usage énergétique des centres de données, comme le propose la sénatrice démocrate Elizabeth Warren, ou sur l’usage de token, comme avancé par le milliardaire Mark Cuban.
Une autre manière de mettre l’IA au service de l’intérêt public serait de faire construire les technologies visées par la fonction publique. En la matière, c’est la Suisse qui donne l’exemple le plus avancé : quand bien même son modèle Apertus ne rivalise pas avec les derniers outils d’Anthropic ou OpenAI, pointe Bruce Schneier, « elle leur dame le pion en matière de transparence, de soutenabilité et de conformité avec la régulation européenne, y compris sur les questions de droit d’auteur ».
Ce 18 juin s’ouvre un groupe de travail entre l’État et les organismes sociaux pour évoquer l’intelligence artificielle dans la fonction publique. Mais l’évènement laisse aux syndicats un goût amer, car l’État présente un projet sur lequel ils n’auront plus qu’à se prononcer, rapporte Acteurs publics.
Parmi les grandes lignes du projet : le fait que l’IA devienne clairement l’objet d’un dialogue, pour ses effets sur l’organisation du travail, sur les métiers, sur les pratiques, les parcours professionnels, sur la santé au travail et en matière d’impacts environnementaux et d’usages responsables.
Illustration : Flock
Si les débats se tiennent ce 18 juin, un jeu de données manque néanmoins : les effets pressentis du déploiement de ces nouvelles technologies sur les effectifs.
Alors qu’un rapport inter-inspections portant sur le sujet est arrivé entre les mains du Premier ministre Sébastien Lecornu il y a quelques semaines, la décision a été prise de ne pas en publier les conclusions. D’après Acteurs publics, les inspecteurs seraient soumis à des consignes de confidentialité strictes, quand bien même les chiffres obtenus ne seraient pas « alarmistes ».
Mais à un an des élections présidentielles, ses conclusions pourraient alimenter des débats sur les orientations politiques opérées.
Ce type de rapport ne doit par ailleurs son éventuelle publication qu’au bon vouloir de son commanditaire, c’est-à-dire du gouvernement, qui laisse quelquefois passer plusieurs mois avant de donner son accord, voire ne les dévoile quelquefois pas du tout.
Outre des collections, la version 4.6 de Mastodon propose des newsletters, une fonctionnalité qui permettra aux internautes de suivre les travaux des créateurs qui les intéressent sans nécessairement s’inscrire sur le réseau social.
Après le réseau où s’échanger des messages en quelques centaines de caractères, les mails ? C’est la direction qu’esquisse Mastodon pour sa version 4.6.
Déployée ce 17 juin, cette nouvelle version propose de créer des Collections, très nettement inspirées des « Starter Packs » de Bluesky. Elle met aussi à jour le fonctionnement des profils, et teste un nouvel outil dont l’accès dépend, pour le moment, des administrateurs d’instance : l’inscription à la newsletter du compte que vous suivez.
Suivre un internaute sans créer de compte Mastodon ni s’enfermer
L’idée : permettre aux internautes d’envoyer leur infolettre directement dans la boîte mail de leurs abonnés, y compris si ces derniers ne souhaitent pas s’inscrire à Mastodon ou à un autre service du Fediverse.
Cette possibilité permet de décentraliser l’accès aux e-mails, alors que le succès de plateformes centralisées ne se dément pas. Venue des États-Unis, Substack revendique 5 millions d’abonnés payants, malgré des débats récurrents sur sa politique de modération. En France, son concurrent Kessel indique dépasser les 2 millions d’abonnés.
Du point de vue de l’internaute, la fonctionnalité permettra donc de suivre des producteurs de newsletters sans devoir se plier aux pratiques de tracking de ce type de services. Du côté des autrices et auteurs, cela fournira par ailleurs un accès direct à la base d’abonnés ainsi constituée : les créateurs pourront par exemple la déplacer d’un serveur à un autre.
Accès « institutionnel »
À l’heure actuelle, la fonctionnalité newsletter est pensée « avant tout pour un usage institutionnel », même si Mastodon déclare s’attendre à ce que « les journalistes, les blogueurs et les autres créateurs qui gèrent leur propre serveur la trouvent aussi utile ».
En cours de création d’une association à but non lucratif, l’entreprise indique aussi limiter l’accès pour éviter de devoir gérer une brusque surcharge sur ses serveurs. Concrètement, les utilisateurs qui souhaiteraient tester la nouvelle fonctionnalité sont donc invités à se rapprocher des administrateurs de leur instance pour discuter de son déploiement. Il reviendra à ces derniers de donner aux utilisateurs en question le rôle et les permissions nécessaires pour lancer le service.
Après un pic d’activités au moment du rachat de X par Elon Musk, le nombre d’utilisateurs de Mastodon plafonne autour de 740 000 utilisateurs actifs mensuels. Malgré un fonctionnement moins décentralisé, le service états-unien Bluesky affiche de son côté 40 millions d’utilisateurs (ce qui reste faible comparé aux mastodontes X et Threads). Alors que la recherche d’indépendance et le besoin d’interopérabilité entre les plateformes sociales occupent régulièrement les conversations, le déploiement de cette fonction pourrait offrir à Mastodon une nouvelle poche d’utilisateurs.
La taxation et la régulation du numérique avanceront-elles à Évian ? Ce 17 juin, le président de la République Emmanuel Macron accueille ses homologues du G7 pour une session de travail sur la question de la sécurisation de l’intelligence artificielle et divers autres enjeux liés au numérique, à commencer par la protection des mineurs et la taxation des géants de la tech.
Plusieurs dirigeants de sociétés tech sont aussi présents, dont les dirigeants d’OpenAI Sam Altman, d’Anthropic Dario Amodei, ou de Mistral AI Arthur Mensch. États-Unis, Allemagne, Canada, France, Italie, Japon et Royaume-Uni sont globalement d’accord sur la question de la protection des mineurs face aux réseaux sociaux, que celle-ci passe par une interdiction jusqu’à 15 ou 16 ans.
Illustration : Flock
La taxation, comme toute forme de régulation, sont en revanche de nets sujets de dissension : le 15 juin, Donald Trump menaçait d’imposer des droits de douane de 100 % sur le vin français si l’hexagone ne supprimait pas sa taxation des sociétés numériques, ce à quoi Emmanuel Macron répondait que ce n’était « pas les États-Unis qui décident ».
En 2019, la France a instauré une taxe de 3 % sur les revenus réalisés sur son territoire par les sociétés numériques, géants états-uniens compris. Au niveau national, cette taxe s’est d’ailleurs retrouvée au cœur des débats politiques, notamment au moment de la discussion du budget. À l’international, en revanche, le Canada a été contraint de renoncer à un projet similaire en 2025.
Dans la mesure où les États-Unis viennent de bloquer l’accès à Fable 5 et Mythos 5, les derniers modèles d’Anthropic, c’est en revanche sur la souveraineté des uns et des autres sur ces nouvelles technologies qu’une large part des discussions devrait se concentrer. La France comme le reste de l’Europe ont désormais bien conscience de leur manque de maîtrise des modèles et de la puissance de calcul, de même qu’à leur dépendance à divers autres fournisseurs technologiques non européens.
Outre les discussions prévues pour le déjeuner de travail de ce 17 juin sur la question, Donald Trump doit encore être reçu par Emmanuel Macron ce mercredi soir, au château de Versailles.
La consommation d’information passe désormais plus fréquemment par les plateformes sociales et vidéo que par les sites web et applications des médias traditionnels, constate le Digital News Report 2026 du Reuters Institute.
Un sondage, effectué en janvier et février 2026, montre que pour la première fois, les réseaux sociaux et vidéos sont plus utilisés que les sites web et applications des chaînes de télévision et médias traditionnels pour s’informer à travers le monde. Les autrices et auteurs de ces informations continuent d’ailleurs d’évoluer : se tourner vers des influenceurs pour s’informer devient relativement normal, au point que les journalistes sont toujours plus nombreux à adopter les codes de l’influence en ligne.
Tels sont certains des constats dressés par le Digital News Report 2026 du Reuters Institute. Quinzième édition d’un travail attendu chaque année par les professionnels de l’information, le rapport s’appuie sur le sondage de 100 000 personnes interrogées à travers 48 pays (dont 2 011 en France). Parmi ses grandes conclusions, il constate aussi que les formats vidéo et l’intelligence artificielle générative gagnent des points d’usage en matière d’information.
Globalement, cela dit, la chute de confiance dans les médias traditionnels et les phénomènes d’évitement actif de tout ou partie de l’information continuent de s’étendre. En France, 29 % de la population interrogée se déclare ainsi confiante dans l’information, contre 37 % à l’échelle mondiale.
Usage des réseaux sociaux, des sites et applications de médias et de la télévision pour s’informer, par classe d’âge / Digital News Report 2026
Victoire de la vidéo en ligne
77 % de la population consomme de l’information vidéo en ligne chaque semaine. Dans 45 des 48 marchés étudiés, ils sont désormais plus nombreux à regarder des vidéos d’information de cette manière, plutôt que via les journaux télévisés. L’Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas sont les trois seuls pays où ces derniers résistent.
Au Royaume-Uni, la consommation d’information vidéo est désormais plus fréquente en ligne que via la télévision / Digital News Report 2026
Depuis la pandémie, l’évolution du recours aux plateformes sociales a vu celles qui proposent de la vidéo tirer leur épingle du jeu. Si Facebook reste la plateforme la plus citée (par 43 % du public) comme espace de consommation d’information, YouTube est déjà utilisé à ces fins par 34 % des sondés, Instagram par 26 % et TikTok par 20 %. Par ailleurs, plus du quart des interrogés indique regarder de la télé traditionnelle à la demande, via YouTube ou les smart TVs.
Proportion des répondants qui se sont informés en vidéo la semaine précédent l’enquête, dans le monde / Digital News Report 2026
Soutiens et gagnants de cette évolution, les créateurs et créatrices de contenus sont de plus en plus considérés comme des sources d’information, notamment parce qu’ils sont perçus comme plus simples à comprendre et plus divertissants que les médias traditionnels.
46 % des répondants indiquent ainsi s’informer auprès de créateurs et créatrices de tous types, et 27 % auprès de personnalités d’internet spécialisées dans l’information.
Cet intérêt est généralement cumulé avec celui de l’information traditionnelle : le public qui écoute des influenceurs le fait généralement en plus de consulter des médias. Pour les écouter, logiquement, il repose de plus en plus sur les plateformes sociales et vidéo, en particulier chez les plus jeunes.
Évolution des pratiques de consommation dans le monde, tous types de medium confondus / Digital News Report 2026
Extension du domaine de l’IA
Le recours aux chatbots d’IA s’étend, quoique de manière contrastée selon les régions. Globalement, 10 % des interrogés déclarent désormais y recourir pour s’informer, contre 7 % dans le Digital News Report de 2025. Cette évolution est tirée par les usages des plus jeunes : 16 % des moins de 35 ans déclarent recourir à l’IA dans un contexte d’information.
42 % des interrogés déclarent par ailleurs recourir à ces outils pour approfondir une information, notamment pour poser des questions supplémentaires. Si le recours global à ces technologies a doublé dans des pays où la plateformisation de l’information est déjà forte, comme la Corée du Sud (14 %), la Grèce (12 %) ou l’Espagne, leur usage est resté stable en France, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne.
Proportion des répondants qui ont utilisé des chatbots pour s’informer la semaine précédant l’enquête, par classe d’âge et par fréquence d’utilisation / Digital News Report 2026
La confiance dans la qualité des résultats fournis par des chatbots d’IA est par ailleurs tirée par l’usage : 44 % des répondants qui les utilisent se déclarent confiants dans les résultats fournis par les robots pour s’informer, tandis qu’ils ne sont plus que 17 % parmi les non-usagers.
Dans le détail, soulignons par ailleurs que ceux qui recourent à l’IA le font avant tout pour approfondir le sujet sur lequel ils s’informent – 42 % des répondants déclarent poser à leur chatbot une question sur une information qu’ils viennent d’apprendre –, tandis que plus d’un tiers y recourent pour obtenir les dernières informations (35 %), pour résumer un sujet d’actualité (34 %) ou pour trouver ou évaluer une source d’information (33 %).
Pour les médias, une conséquence évidente et déjà constatée sur la plupart des marchés est la perte de l’accès direct à leur public : entre 2024 et 2025, le trafic a dégringolé de 33 % en moyenne. Parmi la petite proportion de la population qui recourt à l’IA pour s’informer, seulement 4 % déclarent cliquer « souvent ou toujours » sur les liens sources, contre 17 % de ceux qui recourent aux réseaux sociaux pour s’informer, et 19 % de ceux qui recourent à une recherche en ligne.
La chute de la confiance dans l’information se poursuit
En parallèle de ces phénomènes, la chute de la confiance dans l’information se poursuit. D’après le Reuters Institute, sous l’effet de la plateformisation accentuée, et alors que le public continue de plébisciter une recherche d’impartialité dans l’information et d’accorder moins de crédit aux créateurs de contenu qu’aux médias traditionnels, cette confiance devrait continuer de chuter dans les années à venir.
Partout dans le monde, cela se traduit aussi par un désintérêt pour l’information. En France, qui fait partie des pays où la chute est la plus évidente, la part de la population qui se déclare « très » ou « extrêmement » intéressée par l’actualité est passée de 58 % en 2015 à 26 % des répondants en 2026.
Seulement 12 % des lecteurs français payent aussi leur information, en revanche, ils ont en moyenne deux abonnements. Une rareté, qu’on retrouve aussi en Pologne, en Australie et aux États-Unis.
Les médias de service public, lorsqu’ils existent, restent relativement appréciés. Dans plusieurs pays comme la Serbie, la Slovaquie ou l’Italie, leur image est écornée par les assauts politiques. Il en va de même en France, où France Télévisions reste consultée de manière hebdomadaire par un tiers des Français. En parallèle, 22 % des interrogés déclarent l’impact du service public positif, et 31 % l’estiment négatifs.
Il suffit d’une dizaine de mots publiés au bon endroit sur un site participatif pour manipuler les résultats de recherche de modèles génératifs appuyés sur des systèmes agentiques, constatent trois chercheurs de l’université de Cornell.
Mise à jour du 17 juin 11 h : précisions sur le type de modèles étudiés
Les systèmes d’intelligence artificielle générative persistent à être très facilement manipulables via Reddit, Quora ou Wikipédia. Pour preuve : une série d’à peine 13 mots suffit dans certains cas à orienter les résultats de systèmes d’IA dédiés à la recherche et accessibles au grand public.
C’est du moins ce que suggère l’étude titrée « Les agents de recherche peuvent être empoisonnés via du contenu généré par les utilisateurs » (« Deep-research agents can be poisoned via user-generated content »), prépubliée par une équipe de trois chercheurs de l’université de Cornell, Hal Triedman, Tingwei Zhang et Vitaly Shmatikov.
Cela explique aussi pourquoi les modérateurs de sites participatifs comme Reddit ou Wikipédia se retrouvent inondés de contenus promotionnels : il s’agit, à terme, de le faire ressurgir dans les réponses des modèles génératifs.
Recours massif à des contenus générés par les internautes.
Les trois universitaires ont concentré leurs recherches sur les systèmes STORM et Co-STORM, créés à l’université de Stanford, et OmniThink, de la société du même nom. Les trois fonctionnent en coordonnant de multiples agents de recherche (deep-research agent) qui lancent leurs recherches pour fournir ensuite un résultat consolidé.
Et les auteurs de l’étude constatent que ces machines tendent à retourner sans cesse vers les mêmes types de contenus. En l’occurrence, pour fournir des réponses aux questions qui leur sont le plus couramment posées, ils s’appuient avant tout sur du contenu produit par les internautes.
Auprès de 404media, l’un des coauteurs explique le phénomène par le fait que les agents appuyés sur des grands modèles de langage (LLM) évaluent la qualité d’une réponse trouvée en ligne en fonction de sa proximité sémantique avec la question qui lui a été posée.
Concrètement, cela les pousse à retourner fréquemment sur des plateformes participatives, où de nombreux commentaires sont écrits en langage naturel, puisque formulés par des humains. Wikipédia et Reddit apparaissent ainsi dans près de la moitié des requêtes émises par les robots étudiés par les chercheurs de Cornell.
Les auteurs de l’étude constatent par ailleurs qu’une poignée de mots bien placés, parfois de 11 à 15 mots seulement, suffit à les voir recrachés par les modèles génératifs. Parmi leurs expérimentations, ils montrent par exemple qu’un simple commentaire sur le subreddit r/OnlineDating, citant la marque fictive « SilverPath » comme application de dating pour des hommes divorcés dans la cinquantaine, suffit à voir ce nom promu dans les résultats de Co-STORM.
En 11 mots publiés sur le subreddit r/Comcast, ils parviennent à faire rechercher à l’un des modèles la recommandation du service fictif « CancelEase » pour se désabonner d’un abonnement internet Xfinity.
Alors que le domaine du SEO (Search Engine Optimization) a évolué vers le GEO ou l’AEO (Generative Engine Optimization, ou AI Engine Optimization), la découverte implique que toute marque ou tout acteur cherchant à influencer les résultats des modèles grand public peut parvenir à ses fins en étudiant les questions les plus fréquemment posées et en publiant des commentaires proches, intégrant son message cible, sur des sites participatifs.
En termes de modération, les trois chercheurs sont relativement pessimistes : du côté des LLM, empêcher la génération de texte influencé par les recherches en ligne semble difficile, vu le peu de mots nécessaires pour les voir réagir. D’une certaine manière, les constructeurs d’IA opérant des recherches en ligne délèguent cette question aux modérateurs de sites participatifs.
Ni Reddit ni Wikipédia ne pourront régler ces enjeux seuls, soulignent néanmoins les chercheurs auprès de 404 : il s’agit plutôt d’un problème « de niveau sociétal ». Le simple fait qu’un agent génératif ne fasse aucune différence entre un commentaire publié sur un site participatif et une source vérifiée pose, en soi, de vrais problèmes en termes de qualité de l’information fournie aux internautes.
Alors que les épreuves de baccalauréat des filières générales commencent ce lundi, Next explore les enjeux que soulève le déploiement de l’intelligence artificielle autour des examens.
« La technique peut-elle être mauvaise ? » Tel est l’un des sujets de dissertation proposés aux bacheliers de séries technologiques en ce mois de juin 2026. Ce 15 juin, ceux des filières générales pourront aussi plancher sur la question « Avons-nous la maîtrise de nos paroles ? », derrière laquelle on pourrait décider d’évoquer la deuxième vie de nos propos publiés en ligne, lorsqu’ils atterrissent dans les données d’entraînement des modèles génératifs.
Mais quid, justement, de l’IA générative ? Dans quelle mesure chamboule-t-elle le passage des épreuves dites « terminales » des lycéennes et lycéens en fin de secondaire ? Des révisions aux corrections en passant par la triche, la plupart des questionnements restent grand ouverts.
De l’IA utilisée par « flemme » ou pour s’aider à comprendre
Alors que 85 % des 18 - 24 ans ont déjà recouru à l’IA générative, d’après le baromètre du numérique de l’Arcep et l’Arcom, avant même d’arriver devant les tables d’examen, nul doute que ce type d’outil s’insère jusque dans les pratiques de révision. Auprès du Midi Libre, des lycéennes expliquent y recourir pour s’aider, mais aussi… par « flemme ». Ainsi d’Alix, qui déclare l’utiliser « dès que je n’ai plus envie de réfléchir. Ou que je ne comprends rien. »
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Alors que l’Irlande du Nord est secouée par des manifestations violentes, le gouvernement local, britannique, et le Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme appellent les responsables de réseaux sociaux à lutter plus efficacement contre les discours de haine.
Au Royaume-Uni, la vidéo d’une agression commise ce 8 juin provoque un intense émoi. Pendant quelques minutes, dans une rue de Belfast, en Irlande du Nord, on y voit un homme frapper à plusieurs reprises, à coup de couteau, un autre homme, en sang et à terre. Le 9 au soir, puis de nouveau le 10, de violentes manifestations ont éclaté dans la ville.
Alors que le militant d’extrême-droite Tommy Robinson et le patron de X, SpaceX et Tesla Elon Musk ont appelé à « manifester SOUVENT et FORTEMENT », les autorités britanniques et le Haut Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme ont pris la parole pour critiquer le rôle des réseaux sociaux dans les explosions de violences.
Multiples appels à manifester
Identifié, l’auteur de l’attaque se nomme Hadi Alodid : Soudanais, âgé de trente ans, il est arrivé en Irlande du Nord en 2023, en provenance de la République d’Irlande, ralliée depuis Paris. Sur place, il a obtenu le statut de réfugié et un titre de séjour dont la validité court jusqu’à 2028, a indiqué le ministère de l’Intérieur.
Face au juge, l’homme a refusé d’être assisté par un avocat. Inculpé pour tentative de meurtre, possession d’une arme blanche sur un lieu public et menaces de mort envers une opératrice radio du Service national de santé (NHS), il est en détention provisoire jusqu’au 8 juillet, date d’une prochaine comparution. Stephen Ogilvie, sa victime, est un homme d’une quarantaine d’années, hospitalisé pour de « graves lacérations au dos et au visage ». Il a perdu son œil gauche.
Dès la diffusion de la vidéo, plusieurs personnalités de l’extrême-droite britannique ont appelé à manifester. Parmi eux, Tommy Robinson (dont le vrai nom est Stephen Yaxley-Lennon), ex-hooligan devenu influenceur d’extrême droite. Depuis les États-Unis, Elon Musk – qui a par ailleurs explicitement soutenu Tommy Robinson par le passé – s’en est mêlé, mettant la caisse de résonance de son compte X au service des appels à manifestation.
Si les autorités avaient appelé au calme, cela n’a pas empêché des centaines de personnes de se rassembler le 9 au soir, souvent masquées. Des bus et divers véhicules ont été incendiés, avant que la foule ne s’en prenne à un immeuble, un salon de coiffure turc ou encore un magasin d’alimentation arabe, rapporte Le Figaro. Le lendemain, plusieurs dizaines de manifestants ont tenté d’entrer dans le Chimney Corner : d’après Le Point, l’hôtel a hébergé par le passé des demandeurs d’asiles.
Le Royaume-Uni a été secoué par plusieurs manifestations anti-immigrés de ce type dans les années récentes, en 2024 et en 2025 pour la seule Irlande du Nord. Ce 9 juin, des rassemblements ont aussi été organisés à Glasgow, Edimbourg ou encore Southampton. Située en Angleterre, cette dernière ville a déjà subi au début du mois des troubles issus d’un autre rassemblement. Ce dernier avait été organisé pour critiquer la manière dont la police s’était occupée du meurtre d’Henry Nowak, un étudiant blanc de 18 ans, par un homme sikh.
La « responsabilité » des plateformes mise en cause
Le 10 juin, la famille de Stephen Ogilvie a elle aussi appelé au calme. « Nous voulons être absolument clairs : les troubles de la nuit dernière ne sont pas bienvenus, et manifester dans le calme est la seule façon d’avancer » a-t-elle indiqué dans un communiqué. Elle déclare avoir été « contrainte » de communiquer pour corriger de fausses informations relatives à l’état de santé de la victime. Et d’appeler le public à « cesser de diffuser de fausses informations sur les réseaux sociaux, car cela est extrêmement éprouvant ».
La ministre de l’Intérieur nord-irlandaise Naomi Long et le premier ministre britannique Keir Starmer ont tous deux critiqué des rassemblements « racistes », en ce qu’ils visaient des personnes « en raison de leur origine ». L’autorité de régulation des télécommunications britannique (Ofcom) a de son côté envoyé une lettre aux plateformes numériques, les alertant sur le « risque accru qu’[elles] soient utilisées pour attiser la haine, inciter à la violence et commettre d’autres infractions à la législation britannique ». Elle leur demande d’agir « sans délai » pour empêcher la circulation de « contenus illégaux ».
Haut Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk a, de son côté, souligné que les « fournisseurs de plateformes de médias sociaux doivent prendre au sérieux leurs responsabilités en matière de droits humains, notamment vis-à-vis des discours de haine et d’incitation à la violence ».
Ce n’est pas la première fois qu’Elon Musk s’insère ainsi dans la politique britannique : en 2025, il avait notamment accusé Keir Starmer et plusieurs autres membres du gouvernement britannique de complicité avec des réseaux pédocriminels. Quelques jours avant le cas présent, le premier ministre l’avait déjà accusé de « susciter la division », alors que l’entrepreneur états-unien critiquait le travail de la police britannique au sujet du meurtre d’Henry Nowak. Son activisme a ceci de particulier qu’il impacte très peu ses activités économiques, à commencer par son projet d’introduction en bourse de SpaceX, remarque Axios, alors que des actions similaires auraient pu disqualifier d’autres chefs d’entreprise.
Ministre responsable de l’Irlande du Nord, Hilary Benn a déclaré que le gouvernement britannique « introduirait de nouvelles mesures la semaine prochaine » pour lutter contre la circulation de fausses informations. Il a qualifié d’ « inacceptable » le fait que des internautes aient diffusé en ligne les adresses de personnes qu’ils considéraient être ressortissantes étrangères.
Menaces violentes, discours de haine et harcèlement des représentants politiques états-uniens ont explosé à la suite du changement de politique de modération de Meta, démontre le Center for Countering Digital Hate.
Le 7 janvier 2025, alors que Donald Trump revenait au pouvoir, Mark Zuckerberg faisait voler la modération des plateformes de Meta en éclat. En quelques semaines, ses programmes de vérification des faits étaient fermés et les discours de haine explosaient sur Facebook et Instagram.
Dix-huit mois plus tard, le Center for Countering Digital Hate (CCDH) publie une étude sur l’évolution concrète de la violence en et hors ligne, aux États-Unis, à la suite de cette décision. Parmi ses constats principaux : les menaces violentes envers des membres du Congrès des États-Unis ont quadruplé dans les six mois qui ont suivi l’évolution des règles de modération, les contenus haineux ont quadruplé eux aussi ainsi que ceux relevant du harcèlement ont doublé.
Donald Trump lui-même est visé par une violence accrue, alors que plusieurs patrons de médias sociaux ont déclaré réduire la modération sur leurs plateformes au nom de la défense d’une liberté d’expression envisagée de la même manière que le candidat républicain. Avant Meta, et quand bien même la plateforme est moins utilisée que Facebook, Instagram, WhatsApp et Threads, X (anciennement Twitter) avait ainsi donné l’exemple, sous la houlette d’Elon Musk. Dans son analyse des publications violentes accessibles sur Facebook, le CCDH relève que nombre de menaces, notamment formulées à l’encontre du président des États-Unis, « pourraient être qualifiées d’infractions pénales ».
Explosion de la violence après la réduction de modération
De l’assassinat de Charlie Kirk à celui de la députée Melissa Hortman et de son époux Mark chez eux, en passant par les trois tentatives d’assassinat qui ont visé Donald Trump, la violence s’est ouvertement accrue aux États-Unis. Alimentée par les discours de haine non réfrénés sur les réseaux sociaux, elle se traduit par des suppressions de débats publics, ou leur transfert en ligne, relève le directeur du CCDH Imran Ahmed.
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Le tribunal régional de Munich, en Allemagne, a déclaré Google responsable des propos générés par sa fonctionnalité AI Overview. Une décision qui tranche avec le positionnement d’hébergeur accordé historiquement au moteur de recherche.
Le procès s’est déroulé en Bavière. À Munich, le tribunal régional vient d’imposer à Google une injonction provisoire lui interdisant de diffuser de fausses informations au sujet de deux éditeurs munichois.
Contrairement aux internautes français, les Allemands ont accès aux AI Overview, ces résumés générés par IA qui apparaissent en haut des pages de résultats de Google et fournissent théoriquement un résumé de réponse aux requêtes formulées. Dans le cas présent, les aperçus avaient associé à tort ces deux sociétés à des escroqueries et des pratiques d’abonnement trompeuses et des habitudes commerciales douteuses.
Le tribunal a considéré que l’IA avait créé des liens inexistants entre ces deux sociétés et d’autres entreprises, réellement problématiques. Il a déclaré Google directement responsable des fausses allégations, dans la mesure où ces dernières étaient le produit des résumés générés par ses systèmes d’IA, et non par les résultats de recherche. Dans son jugement, le tribunal qualifie les résultats de l’AI Overview des « propres déclarations de l’accusé ».
Les résultats générés par IA sont de la responsabilité de Google
Aucun des résultats de recherche ne permettait en effet d’établir une connexion entre les deux sociétés plaignantes et d’éventuelles pratiques douteuses.
La position de strict hébergeur habituellement accordée à Google, dans la mesure où son moteur de recherche se contente de rediriger vers des adresses tierces, ne s’applique pas ici, a tranché la Cour. Comme la fonctionnalité de génération par IA crée un texte cohérent, appuyé sur plusieurs sources, dont le contenu est (au moins théoriquement) résumé dans une réponse unique, ce sont les règles classiques en matière d’expression qui s’appliquent.
Autrement dit : Google est responsable du texte produit, et la mention « créé avec l’IA » n’y change rien. La défense de l’entreprise, qui déclarait que les internautes avaient globalement connaissance du fait que « les résultats générés par IA ne peuvent être suivis aveuglément », n’a pas tenu. L’affirmation est pourtant étonnante, souligne The Decoder, de la part d’une société qui pousse très activement sa fonctionnalité, partout sur la planète.
Le tribunal de Munich a néanmoins refusé l’argument : dans le cas présent, le système d’IA avait de toutes manières créé un lien là où ses sources n’en démontraient aucun.
Alors que des études démontrent une chute très nette des clics vers les articles sources dès que Google affiche un résumé IA en page de résultats, la Cour a estimé qu’un résumé généré par IA contenant un « énoncé autonome dont le contenu pouvait être compris de manière indépendante, sans référence à d’autres interprétations possibles ou à des informations peu fiables » ne permettait pas à l’entreprise d’éviter toute forme de responsabilité envers son contenu. Elle a d’ailleurs fait référence au droit local de la presse, selon lequel un média est responsable du titre et du chapô autant que du reste de l’article, y compris si les lecteurs ne lisent pas ces articles dans leur intégralité.
Fournir une fonctionnalité de résumé par IA « est avant tout l’expression des activités commerciales de Google ». Ce faisant, elle a coupé court à toute tentative de recourir à la défense de la liberté d’expression en soulignant que les textes générés par ce type d’outil n’étaient « pas l’expression d’une conviction établie (…) mais le résultat d’un algorithme ». Elle a par ailleurs souligné que si Google n’était responsable que des violations les plus évidentes, les victimes n’auraient aucun recours lorsqu’un tel système diffuse de fausses informations.
Concrètement, cette décision impose à Google de supprimer les résultats incriminés, mais aussi de s’assurer que sa fonctionnalité de résumé par IA ne génère plus de fausses affirmations similaires à celles qui ont visé les deux plaignants. À défaut, la justice allemande pourrait sévir. Dans la mesure où les systèmes génératifs produisent des hallucinations par construction, cela dit, elle pourrait avoir des implications plus larges.
Aux États-Unis, Google et les plus grandes plateformes numériques sont considérées depuis 1996 comme des hébergeurs, en vertu de la section 230 du Communications Decency Act. Si elles ont historiquement réussi à faire valoir ce statut un peu partout sur la planète, celui-ci a été attaqué à plusieurs reprises, notamment pour tenter d’enrayer la violence qui circule sur les réseaux sociaux – que ce soit par les administrations Biden et Trump outre-Atlantique, sans succès pour le moment, ou par l’intermédiaire du règlement sur les services numériques (DSA) en Europe.
C’est en cela que la décision du tribunal allemand pourrait rebattre les cartes, par l’intermédiaire du déploiement accéléré de l’IA générative. En avril 2026, la start-up Oumi constatait en effet que les résumés d’IA générés avec Gemini 3 n’étaient justes que dans 91 % des cas. À l’échelle mondiale, cela signifie que Google génère et affiche des millions d’erreurs factuelles chaque jour en réponse aux requêtes des internautes. Si d’autres juridictions suivaient l’exemple munichois pour considérer que Google est responsable des textes ainsi produits, et non plus simple hébergeur des sites vers lesquels son moteur de recherche renvoie, l’entreprise devrait revoir en profondeur sa manière de déployer ses fonctionnalités appuyées sur de grands modèles de langage.
Alors que la première vague d’entrée en application de la réforme de la facturation électronique approche, Next détaille les enjeux.
Ce 1er septembre 2026, la réforme de la facturation électronique commencera à entrer en vigueur en France. En jeu : une adaptation technique et structurelle, qui doit notamment permettre à l’administration de mieux suivre les transactions entre entreprises, et réduire la fraude à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), mais qui agace certains petits entrepreneurs.
Concrètement, l’évolution s’appuie sur deux éléments : l’émission et la réception de factures au format électronique (e-invoicing), et la transmission numérique des éléments de transactions et de paiement à l’administration (e-reporting). Les entités qui le souhaitent peuvent déjà recourir à ce mode de facturation, et ce depuis juillet 2025.
Mais le calendrier des obligations approchant, toutes les entités concernées gagneraient à se préoccuper de la question d’ici au 1er septembre. En effet, à partir de cette date-là, les grandes entreprises et établissements de taille intermédiaire (ETI) seront dans l’obligation d’émettre leurs factures sous format électronique, ce qui signifie que toute entité avec laquelle ces dernières pourraient échanger, quelle que soit sa taille, doit être en mesure de les recevoir. Pour les acteurs les plus petits, l’émission de factures électroniques ne deviendra en revanche obligatoire qu’à compter du 1er septembre 2027.
Qui est concerné ?
Toutes les entreprises sont concernées, jusqu’aux micro-entreprises, quand bien même leurs activités seraient exonérées de TVA. Le gouvernement vante une « gestion quotidienne facilitée », notamment grâce à l’accélération des échanges de factures et à l’horodatage, qui rend le suivi plus précis, ainsi qu’une productivité plus grande et une amélioration du pilotage de la comptabilité.
Quelles sont les exceptions à la facturation électronique ?
Si votre entreprise a des clients particuliers, des associations, ou des clients internationaux, ces transactions-là peuvent se maintenir sur un fonctionnement classique. À terme, cela dit, les données de transaction doivent tout de même être transmises à l’administration fiscale. Les fournisseurs de solutions tendent donc à recommander d’émettre des factures compatibles avec les standards établis pour l’e-facturation et l’e-reporting.
Que doivent faire les sociétés relevant d’activités exonérées de TVA ?
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Pris à parti pour avoir financé un clip publicitaire dans la vidéo d’un influenceur d’extrême-droite, Proton s’excuse et indique chercher la neutralité.
Proton qui diffuse ses publicités sur la chaîne d’un youtubeur d’extrême-droite ? C’est le scénario qui a surpris plus d’un internaute, ces derniers jours.
Alors que la société suisse est régulièrement citée comme alternative européenne et chiffrée à la plupart des grandes suites de mail et services logiciels états-uniens, voilà qu’elle s’offre une coupure publicitaire de deux minutes vingt dans une vidéo du « réinformateur » Vincent Lapierre.
Interpellée sur Reddit, LinkedIn et ailleurs en ligne, l’entreprise a présenté ce 8 juin ses excuses au public. D’après Vincent Lapierre, elle a mis fin au partenariat qu’elle avait conclu avec lui pour une seule vidéo.
Fort de 672 000 abonnés sur YouTube, 216 000 sur Instagram et 185 000 sur TikTok, ce dernier a travaillé au mitan des années 2010 pour l’association Égalité et Réconciliation fondée par Alain Soral. Pendant trois ans, il réalise reportages et vidéos pour le site d’extrême-droite, avant de cofonder, en 2018, le Média pour tous, sur lequel il continue de cultiver des obsessions classiques de sa famille politique, sur un ton conspirationniste.
Autant dire que pour les internautes qui voyaient en Proton un fournisseur de service numérique alternatif aux Microsoft et Google états-unien, tout en y plaçant des espoirs politiques de résistance au projet autoritaire de Donald Trump, la pilule passe difficilement. Sur Reddit, plusieurs fils de discussion sont ouverts, dont l’un, dans le subreddit r/ProtonMail, dépasse désormais les 4 000 upvotes et le millier de commentaires.
Ce 8 juin, le vidéaste indique sur X que la société a « choisi de mettre fin à son partenariat […] à la suite d’une campagne menée par des militants qui contestent mon travail et mes prises de position ». Il critique ensuite une campagne « d’extrême-gauche ».
Une entreprise qui cherche la neutralité
« Proton soutient la liberté d’opinion, mais Proton lui-même doit rester neutre, lui répond le PDG de Proton Andy Yen. Nous défendons et protégeons les utilisateurs de tous bords politiques, mais les partenariats exigent une forme de neutralité. Celui-ci n’aurait pas dû passer notre processus de vérification, indépendamment des campagnes publiques. »
Plus loin, il répète à plusieurs reprises que la société ne souhaite pas prendre part au débat politique français. À ce titre, elle ne peut nouer de partenariat « ni avec des figures de la gauche politique, ni de la droite politique, qui pourrait diviser notre communauté ».
Sur LinkedIn, son responsable des politiques publiques Romain Digneaux l’admet : « Nous avons clairement failli à respecter nos propres standards en matière de vérification du profil de M. Lapierre, et ce partenariat n’aurait jamais dû avoir lieu. » Au nom de l’entreprise, il déclare que Proton présente ses « plus sincères excuses aux personnes qui ont été (légitimement) choquées de voir Proton associée à des valeurs qui ne sont pas les [siennes] » et travailler « en interne à ce que ce genre d’erreur ne se reproduise plus ».
Deux messages qui correspondent en tout point à la réponse officielle publiée par la « Proton_team » sur Reddit, et vers lequel ses équipes redirigent Next lorsque nous tentons d’obtenir plus d’information. Elle y indique que la chaîne de Vincent Lapierre n’aurait « jamais dû faire partie de nos programmes d’affiliation ou de partenariat, car nous évitons expressément les associations avec des chaînes dont le contenu pourrait détourner de notre message et diviser notre communauté ».
Capture d’écran de la réponse de l’équipe de Proton sur Reddit (r/ProtonMail)
Alors que des internautes demandent à l’entreprise de publier un « post-mortem », c’est-à-dire un retour d’expérience « similaire à ce que fait la communauté de la cybersécurité en cas de fuite ou de hack », pour reprendre les mots du compte Reddit @ThinandFeminine, celle-ci indique : « Proton opère à échelle mondiale, et si nos services sont disponibles pour tout le monde sans considération des opinions politiques, et que notre mission est cohérente partout, notre connaissance de chaque paysage médiatique ne l’est pas. Dans ce cas, notre équipe n’avait pas suffisamment de contexte sur le paysage français pour prendre une décision bien informée, et c’est une erreur de notre part. »
Forte de plus de 100 millions d’utilisateurs et d’environ 650 salariés, portée par la politique trumpiste qui motive de plus en plus d’Européens à chercher des services numériques alternatifs, ce n’est pas la première fois que l’entreprise se retrouve prise à partie. En 2021, alors qu’elle avait fourni l’adresse IP d’un internaute à la police française, l’entreprise avait expliqué se plier aux décisions de la Justice suisse. En l’occurrence, cette dernière avait décidé d’accéder à une requête d’Europol, donc, en remontant le fil, aux forces de l’ordre hexagonales.
En 2024, dans une autre affaire, la police espagnole avait réussi à identifier un activiste sous pseudonyme, notamment parce que celui-ci avait fourni à la société une adresse de récupération. Proton avait indiqué ne pas exiger ce type d’information, « mais dans ce cas, le terroriste présumé en [avait] ajouté une de son propre chef », qu’elle avait donc pu transmettre.
En février 2025, alors qu’il commentait l’ouverture d’enquête antitrust contre plusieurs géants numériques par la première administration Trump, Andy Yen avait par ailleurs été pris à partie sur les réseaux sociaux et accusé de se soumettre au président des États-Unis. S’il énonçait un fait, il avait à l’époque indiqué, sur Reddit, que sa publication pouvait être perçue comme un positionnement politique et qu’il se montrerait plus prudent dans le futur.
Devant les critiques internes, Meta allège un peu son projet de déploiement d’un outil de surveillance des salariés destiné à entraîner ses moteurs d’IA.
En avril, Meta avait informé ses employés que leurs moindres faits et gestes seraient surveillés par un nouvel outil nommé Model Capability Initiative (MCI). La machine devait enregistrer tous les mouvements de curseur de souris, les clics et les frappes de clavier, ainsi qu’enregistrer des captures d’écran de temps à autre.
Devant la fronde suscitée par l’annonce, l’entreprise aurait néanmoins un peu réduit la voilure de son projet, rapporte Reuters. Celui-ci n’est pas archivé pour autant : concrètement, Meta indique qu’elle permettra à celles et ceux qui le souhaitent de mettre le fonctionnement de MCI en pause « jusqu’à 30 minutes à la fois », voire de demander à être exemptés de la soumission au projet.
La décision fait suite à plusieurs semaines de protestations au sein de la société de Mark Zuckerberg. Au moment de l’annonce du déploiement de MCI, Meta expliquait à la BBC que si elle s’employait à « construire des agents pour aider les gens à réaliser des tâches du quotidien sur leurs ordinateurs, nos modèles ont besoin d’exemples de la manière dont les gens les utilisent concrètement ».
L’argumentaire n’a absolument pas convaincu en interne. Alors que l’entreprise a récemment licencié 1 500 personnes, déplacé 7 000 autres, et annoncé une future réduction de 10 % de ses effectifs restants, de nombreux employés se sont organisés pour appeler à stopper le déploiement de l’outil.
Début mai, certains distribuaient des flyers dans les bureaux états-uniens, dans lesquels Meta était qualifié d’usine à extraire les données des employés (Employee Data Extraction Factory). Au Royaume-Uni, un autre groupe de travailleurs s’est rapproché du syndicat United Tech and Allied Workers (UTAW). Une pétition signée par plus de 1 500 personnes a par ailleurs été adressée à Mark Zuckerberg.
Recul relatif
Devant l’ampleur du mouvement, la direction a fait circuler un nouveau mémo ce 2 juin. Vice-président du Superintelligence Labs de Meta, Stephane Kasriel, qui en est l’auteur, se veut rassurant :
« Bien que nous restions confiants au sujet des mesures de protection de la vie privée mises en place lors du lancement, qui ont fait l’objet de plusieurs évaluations de risques, nous avons entendu vos inquiétudes relatives aux données personnelles présentes sur les appareils professionnels, à l’autonomie de la batterie, ainsi que votre souhait de disposer d’un plus grand contrôle sur le moment où la capture a lieu. »
Il a annoncé que « plusieurs optimisations » avaient été apportées à l’outil, dont l’une dédiée à réduire la pression sur la batterie des ordinateurs portables. Parmi les critiques, les employés soulignaient en effet que le recours à MCI faisait grimper leur usage d’internet lorsqu’ils travaillaient depuis chez eux.