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Et si l’IA permettait d’augmenter le nombre d’emplois, plutôt que de les supprimer ?

Jobs everywhere ?
Et si l’IA permettait d’augmenter le nombre d’emplois, plutôt que de les supprimer ?

Dans le secteur de l’information (médias, numériques), l’adoption forte de l’IA s’accompagne d’une augmentation des effectifs sur 24 mois, relève une nouvelle étude. Des résultats qui viennent ajouter de la complexité (ou de la nuance ?) dans les débats sur les effets de ce type de technologies sur le travail.

L’intelligence artificielle cause-t-elle la suppression de milliers d’emplois ? Permet-elle la création de milliers d’autres ? Se contente-t-elle de modifier la qualité des emplois préexistants ? Depuis l’introduction des modèles génératifs, les travaux s’accumulent, qui tentent de détailler les effets concrets de la technologie sur le travail.

Une nouvelle étude menée par Ramp et Revelio Labs vient dessiner une image un peu moins négative que l’essentiel de celles qui la précèdent. La première suit les dépenses des entreprises en matière d’IA, et la seconde s’intéresse à l’évolution des effectifs des sociétés. En cumulant leurs données relatives à 22 000 entreprises états-uniennes, elles constatent que celles qui ont investi le plus dans l’IA enregistrent une croissance plus forte de leur nombre d’employés que les autres.

La tendance s’observe jusque du côté des emplois juniors. Elle est, cela dit, « quasiment exclusivement liée » aux sociétés dont l’adoption d’IA est dite de « haute intensité ».

Tous les types d’emploi, mais surtout des sociétés technologiques

Ce type d’entreprise est à envisager comme dépensant une moyenne de 30 $ par employé et par mois en IA sur ses trois premiers mois d’activité. En moyenne, ces sociétés ont enregistré en deux ans une croissance de 10,2 % de leur effectif global, et de 12 % de leurs effectifs à des postes juniors. Les premiers effets en termes de croissance émergent « environ 6 à 12 mois après l’adoption, probablement après que les entreprises mettent en place de bonnes pratiques, intègrent les IA dans les outils de travail et se retrouvent en capacité de faire de nouveaux investissements et de recruter des équipes », écrivent les auteurs de l’étude.

En termes métiers, ces « adopteurs de haute intensité » font évoluer positivement leurs effectifs dans toutes sortes d’emplois, y compris certains très exposés à l’IA. Ainsi des métiers d’ingénierie, de vente, de service client ou de finance. Les sociétés qui investissent moins dans ces technologies n’enregistrent pas de variation évidente de leurs effectifs.

Est-ce à dire que l’IA explique directement l’augmentation constatée des effectifs ? L’histoire n’est pas si simple : d’après les auteurs de l’étude, le profil des sociétés qui tombent dans la catégorie « adopteurs de haute-intensité » est lui-même relativement spécifique. De manière générale, les entreprises qui recourent à l’IA sont « plus grandes, plus techniques et en croissance plus rapide » avant même de s’être tournées vers ces technologies.

Ce sont globalement des entreprises qui paient des salaires plus hauts que dans le reste du panel étudié, et qui sont plus souvent « soutenues par du capital-risque ». Elles sont par ailleurs plus souvent actives dans des domaines proches du monde technologique (le recours à l’IA est nettement moins fort dans des domaines comme la construction, la santé, l’art et le divertissement ou l’hôtellerie et la restauration). Dans la mesure où ce type d’entreprises croit généralement bien plus rapidement que les autres grâce à leur forme de financement, note TechCrunch, cela complique la capacité à établir si c’est bien l’IA qui conduit l’augmentation des embauches, ou l’activité générale.

Les auteurs constatent par ailleurs que la présence d’ingénieurs joue directement sur l’adoption : elle est « beaucoup plus courante lorsqu’une entreprise a des équipes d’ingénierie ». Les sociétés de l’industrie de l’information (médias, fournisseurs logiciels, etc.) sont celles qui démontrent le plus fort lien entre adoption d’IA et augmentation à moyen terme de l’emploi.

Autre élément notable : les données de Ramp et Revelio Labs n’illustrent pas d’effet négatif de l’IA sur l’emploi (au sens où son adoption aurait expressément conduit à la réduction des forces des sociétés concernées). En cela, elles tendent à confirmer les éléments établis par Oxford Economics en janvier, selon lesquels de nombreuses sociétés exagéraient purement les effets des technologies sur leur productivité.

Un débat qui reste ouvert

Au-delà de la question du type de sociétés et de leur secteur d’activité, comment comprendre ces résultats, si différents des multiples études bien plus négatives sur les effets de l’IA sur l’emploi, et qui inquiètent les Français ? Les pistes sont multiples.

L’explication peut se trouver du côté du recul croissant qu’il est possible d’obtenir sur les impacts de cette technologie, d’une part. Elle peut aussi se chercher du côté des effets d’annonces, dans lesquels des sociétés indiquent remplacer des employés par des nouvelles technologies pour transformer une mauvaise nouvelle (l’entreprise va trop mal pour maintenir ses effectifs) en une d’apparence positive (l’entreprise est innovante).

Elle peut aussi s’expliquer par le fait que cette étude s’inscrit dans une somme plus large de travaux, qui ne permettront de dégager une image claire des effets de l’IA sur l’emploi qu’au bout d’une durée bien plus longue que trois ans. Et contrairement à d’autres travaux, elle prend le parti d’adopter une approche macro. Cela signifie qu’elle ne donne aucune précision sur la qualité des emplois créés, et sur la mesure dans laquelle l’IA les a modifiés.

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Masculinisme : provoquer un « réveil des consciences » et renforcer le contrôle des plateformes

Amplificateur de mascus
Masculinisme : provoquer un « réveil des consciences » et renforcer le contrôle des plateformes

Dans un rapport dédié aux masculinismes, la délégation des droits des femmes du Sénat appelle à renforcer le contrôle sur les plateformes dont les modèles économiques et les outils de monétisation de contenus participent directement à alimenter la violence de genre.

Fin juin, la délégation des droits des femmes du Sénat publiait « Mascus : la nouvelle offensive contre les femmes », un rapport d’information sur la menace masculiniste. Fruit de l’audition d’une centaine de personnes, et de l’analyse de multiples contenus disponibles en ligne, le travail vise à mettre en perspective cette menace spécifique, croissante en France autant qu’à l’étranger, et qui s’appuie sur la haine des femmes. Ces mouvements « représentent un risque réel pour notre démocratie et notre cohésion sociale », indique le document. À ce titre, ils constituent un « enjeu majeur de politique publique », qui nécessite un « réveil des consciences ».

Concrètement, constatent les sénatrices Béatrice Gosselin (LR), Olivia Richard (Union centriste) et Laurence Rossignol (PS), coautrices du rapport, la banalisation des idées masculinistes s’appuie sur deux pieds. Une première idée considère que l’égalité femmes-hommes serait déjà une réalité, au mépris des faits relatifs aux violences conjugales, aux violences sexuelles, à l’égalité salariale, à l’accès aux postes de pouvoir dans l’économie, la politique ou ailleurs. Une deuxième affirme que les féministes ne cherchent qu’à nuire aux hommes. Et ces idées sont relativement diffuses au sein de la société.

En conclusion de son travail, la délégation des droits des femmes formule 24 recommandations dont une série consiste à « assainir l’espace numérique », alors qu’une étude de 2024 constatait qu’il fallait 26 minutes à un compte tout juste créé sur TikTok ou YouTube pour se voir proposer des contenus misogynes. À ces fins, les sénatrices soutiennent aussi bien l’interdiction d’accès aux principaux réseaux sociaux aux moins de 15 ans que des travaux sur les modèles économiques des plateformes et réseaux sociaux. Elles s’intéressent aussi au modèle économique des influenceurs masculinistes eux-mêmes, préconisant de « démonétiser les contenus sexistes, misogynes et masculinistes », afin de réduire l’intérêt pécunier à la diffusion de ce type de publications. 



Des stéréotypes persistants, jusque dans les institutions

Auditionnée par la délégation des droits des femmes, la chercheuse et autrice de La Terreur masculiniste (éditions du Détour, 2024) Stéphanie Lamy salue l’appel des sénatrices à améliorer la formation des institutions – en particulier des services d’enquête et du milieu judiciaire – sur la variété des mouvements à l’œuvre pour promouvoir une suprématie masculine.


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