Après 3 ans d’IA générative, un marché de l’emploi des développeurs touché mais pas coulé
Moins de juniors = moins de futurs seniors
Aux États-Unis comme en France, les institutions comme l’Insee ou la Fed constatent une stagnation, voire une baisse, de l’emploi dans les secteurs liés à l’informatique, ceci corrélé à l’arrivée en masse des outils d’IA générative.
Après un peu plus de trois ans d’IA générative, les premières analyses chiffrées du marché du travail dans l’informatique sont arrivées. Une corrélation commence à se dessiner franchement entre la morosité de l’emploi dans le secteur et l’arrivée des outils comme Claude Code, Codex et autres Cursor.
Une baisse de l’emploi chez les devs aux États-Unis
Ainsi, dans une note de conjoncture, l’Insee explique que « l’emploi salarié dans le secteur des activités spécialisées, scientifiques et techniques, qui représente 8 % de l’emploi salarié aux États-Unis, décélère depuis 2023 et baisse en 2025 :- 0,2 % en 2025, après + 0,3 % en 2024 et + 2,5 % en 2023. Dans le secteur plus spécifique des services de conception de systèmes informatiques et services connexes, qui représente 2 % de l’emploi salarié, l’emploi recule même depuis deux ans (- 1,6 % en 2025, après - 1,2 % en 2024) ».

L’organisme français de la statistique ajoute que, dans le même temps, « la valeur ajoutée rapportée à l’emploi privé suggère une amélioration récente de la productivité apparente, notamment en 2025, dans les secteurs des activités spécialisées, scientifiques et techniques et des services de conception de systèmes informatiques et services connexes », ceci toujours aux États-Unis.

Moins d’emplois de développeurs, mais pas forcément moins d’emplois pour les développeurs
Un rapport de la Réserve fédérale américaine (Fed) publié aussi en mars dernier va dans le même sens. La Fed n’a pas étudié le problème de la même façon. Elle a simulé ce qu’aurait pu être l’évolution du marché de l’emploi des développeurs aux États-Unis si l’IA générative n’avait pas émergé, en analysant le marché de l’emploi dans les industries qui ont traditionnellement une demande intensive en développeurs et dans les autres. « Si l’on considère la période d’environ trois ans écoulée depuis novembre 2022 et en prenant comme référence les 5,735 millions d’emplois de développeurs existants, cela signifie qu’environ 500 000 emplois de développeurs supplémentaires auraient été créés si l’on n’avait pas eu recours à grande échelle aux modèles de langage de grande capacité (LLM) », expliquent les chercheurs de l’institution [PDF].
Plus en détail, on voit que « l’écart ne se creuse de manière significative qu’au milieu de l’année 2024 » en regardant le premier graphique ci-dessous.
Les deux graphiques suivants permettent de s’apercevoir que c’est dans les industries où la demande en développeurs est traditionnellement intensive que celle-ci stagne au lieu d’augmenter :

Ils ajoutent cependant une remarque : « pour plusieurs raisons, nous n’interprétons pas ces résultats comme une preuve que l’IA a supprimé 500 000 emplois dans l’économie ». Effectivement, les développeurs peuvent avoir pris des postes qui ne sont pas étiquetés comme tels. Et ils expliquent que « l’IA pourrait modifier la composition des tâches des professions, ainsi un potentiel développeur d’aujourd’hui pourrait se diriger vers un poste de management ou une autre profession qui utilise désormais davantage ses compétences de développeur ».
Pour les chercheurs de la Fed, l’industrie de l’IA générative n’est pas « encore » un possible facteur de retournement de la situation de l’emploi chez les développeurs aux États-Unis. « Au total, les effectifs d’OpenAI, d’Anthropic et de Google DeepMind sont probablement inférieurs à 15 000 personnes, et bon nombre de ces employés ne sont pas des développeurs. Même en multipliant ce chiffre par six pour tenir compte des start-ups et des équipes d’IA chez Meta, Microsoft et ailleurs, on atteindrait toujours moins de 2 % des développeurs américains », explique leur rapport.
Des observations similaires sur le marché français
Du côté français, l’Insee estime qu’une « lecture analogue peut être menée » : « depuis 2023, l’emploi baisse dans ce secteur, tandis que la valeur ajoutée conserve une trajectoire sans inflexion marquée ».

En allant un peu plus dans le détail, il explique que ce sont plutôt les profils juniors qui seraient touchés. « Les ajustements liés à l’IA pourraient, à court terme, se concentrer moins sur l’emploi total que sur la structure des embauches, en particulier sur les positions d’entrée dans certains métiers (fonctions support, administratif, conseil, certaines tâches de développement et d’analyse), et pénaliser fortement les jeunes », explique l’organisme.
Ainsi, on peut voir qu’en France, au quatrième trimestre 2025, l’emploi des jeunes salariés (15 - 29 ans, hors alternants) est en baisse de 7,4 % sur un an dans les activités informatiques :

Quand on regarde les chiffres sur 2 ans, entre 2023 et 2025, l’emploi s’est contracté de 3 % dans les activités informatiques et services d’information, mais ce sont les juniors qui en payent le prix. Ainsi, alors que les 30 - 54 ans et les 55 ans et plus voient les offres d’emplois toujours augmenter sensiblement, « l’emploi salarié des 15 - 29 ans (hors alternants) recule en glissement annuel de 7,4 % dans les activités informatiques », explique l’Insee :

De son côté, le chercheur de l’université de Boston, James Bessen, s’appuie sur l’augmentation globale de l’emploi dans le secteur aux États-Unis pour souligner que la « job-pocalypse » dont la peur s’était répandue suite à un billet de blog viral de Matt Schumer n’a pas eu lieu. « Étonnamment, cependant, après trois ans d’utilisation de l’IA, les emplois dans le secteur du développement logiciel ont continué à progresser de manière soutenue, atteignant des niveaux d’emploi records : 2,5 millions en février ».
























