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Et si l’IA permettait d’augmenter le nombre d’emplois, plutôt que de les supprimer ?

Jobs everywhere ?
Et si l’IA permettait d’augmenter le nombre d’emplois, plutôt que de les supprimer ?

Dans le secteur de l’information (médias, numériques), l’adoption forte de l’IA s’accompagne d’une augmentation des effectifs sur 24 mois, relève une nouvelle étude. Des résultats qui viennent ajouter de la complexité (ou de la nuance ?) dans les débats sur les effets de ce type de technologies sur le travail.

L’intelligence artificielle cause-t-elle la suppression de milliers d’emplois ? Permet-elle la création de milliers d’autres ? Se contente-t-elle de modifier la qualité des emplois préexistants ? Depuis l’introduction des modèles génératifs, les travaux s’accumulent, qui tentent de détailler les effets concrets de la technologie sur le travail.

Une nouvelle étude menée par Ramp et Revelio Labs vient dessiner une image un peu moins négative que l’essentiel de celles qui la précèdent. La première suit les dépenses des entreprises en matière d’IA, et la seconde s’intéresse à l’évolution des effectifs des sociétés. En cumulant leurs données relatives à 22 000 entreprises états-uniennes, elles constatent que celles qui ont investi le plus dans l’IA enregistrent une croissance plus forte de leur nombre d’employés que les autres.

La tendance s’observe jusque du côté des emplois juniors. Elle est, cela dit, « quasiment exclusivement liée » aux sociétés dont l’adoption d’IA est dite de « haute intensité ».

Tous les types d’emploi, mais surtout des sociétés technologiques

Ce type d’entreprise est à envisager comme dépensant une moyenne de 30 $ par employé et par mois en IA sur ses trois premiers mois d’activité. En moyenne, ces sociétés ont enregistré en deux ans une croissance de 10,2 % de leur effectif global, et de 12 % de leurs effectifs à des postes juniors. Les premiers effets en termes de croissance émergent « environ 6 à 12 mois après l’adoption, probablement après que les entreprises mettent en place de bonnes pratiques, intègrent les IA dans les outils de travail et se retrouvent en capacité de faire de nouveaux investissements et de recruter des équipes », écrivent les auteurs de l’étude.

En termes métiers, ces « adopteurs de haute intensité » font évoluer positivement leurs effectifs dans toutes sortes d’emplois, y compris certains très exposés à l’IA. Ainsi des métiers d’ingénierie, de vente, de service client ou de finance. Les sociétés qui investissent moins dans ces technologies n’enregistrent pas de variation évidente de leurs effectifs.

Est-ce à dire que l’IA explique directement l’augmentation constatée des effectifs ? L’histoire n’est pas si simple : d’après les auteurs de l’étude, le profil des sociétés qui tombent dans la catégorie « adopteurs de haute-intensité » est lui-même relativement spécifique. De manière générale, les entreprises qui recourent à l’IA sont « plus grandes, plus techniques et en croissance plus rapide » avant même de s’être tournées vers ces technologies.

Ce sont globalement des entreprises qui paient des salaires plus hauts que dans le reste du panel étudié, et qui sont plus souvent « soutenues par du capital-risque ». Elles sont par ailleurs plus souvent actives dans des domaines proches du monde technologique (le recours à l’IA est nettement moins fort dans des domaines comme la construction, la santé, l’art et le divertissement ou l’hôtellerie et la restauration). Dans la mesure où ce type d’entreprises croit généralement bien plus rapidement que les autres grâce à leur forme de financement, note TechCrunch, cela complique la capacité à établir si c’est bien l’IA qui conduit l’augmentation des embauches, ou l’activité générale.

Les auteurs constatent par ailleurs que la présence d’ingénieurs joue directement sur l’adoption : elle est « beaucoup plus courante lorsqu’une entreprise a des équipes d’ingénierie ». Les sociétés de l’industrie de l’information (médias, fournisseurs logiciels, etc.) sont celles qui démontrent le plus fort lien entre adoption d’IA et augmentation à moyen terme de l’emploi.

Autre élément notable : les données de Ramp et Revelio Labs n’illustrent pas d’effet négatif de l’IA sur l’emploi (au sens où son adoption aurait expressément conduit à la réduction des forces des sociétés concernées). En cela, elles tendent à confirmer les éléments établis par Oxford Economics en janvier, selon lesquels de nombreuses sociétés exagéraient purement les effets des technologies sur leur productivité.

Un débat qui reste ouvert

Au-delà de la question du type de sociétés et de leur secteur d’activité, comment comprendre ces résultats, si différents des multiples études bien plus négatives sur les effets de l’IA sur l’emploi, et qui inquiètent les Français ? Les pistes sont multiples.

L’explication peut se trouver du côté du recul croissant qu’il est possible d’obtenir sur les impacts de cette technologie, d’une part. Elle peut aussi se chercher du côté des effets d’annonces, dans lesquels des sociétés indiquent remplacer des employés par des nouvelles technologies pour transformer une mauvaise nouvelle (l’entreprise va trop mal pour maintenir ses effectifs) en une d’apparence positive (l’entreprise est innovante).

Elle peut aussi s’expliquer par le fait que cette étude s’inscrit dans une somme plus large de travaux, qui ne permettront de dégager une image claire des effets de l’IA sur l’emploi qu’au bout d’une durée bien plus longue que trois ans. Et contrairement à d’autres travaux, elle prend le parti d’adopter une approche macro. Cela signifie qu’elle ne donne aucune précision sur la qualité des emplois créés, et sur la mesure dans laquelle l’IA les a modifiés.

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L’ONU alerte sur la rapidité des progrès de l’IA

Is the UN into doomerism ?
L’ONU alerte sur la rapidité des progrès de l’IA

Dans un rapport préliminaire, des scientifiques commissionnés par l’ONU estiment que la rapidité des progrès de l’IA pourrait empêcher les États de la gouverner correctement. L’institution appelle ses membres à lancer une coopération internationale sur le sujet.

Une semaine à peine après que le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), António Guterres, a appelé l’industrie de l’IA à « dire la vérité » sur ses impacts environnementaux, l’institution en remet une couche. Dans un rapport préliminaire publié ce 1er juillet, le Groupe scientifique international indépendant des Nations Unies sur l’intelligence artificielle alerte sur le fait que les « capacités de l’IA progressent désormais plus rapidement que la science et les gouvernements ne sont capables de les comprendre et de les encadrer ».

L’enjeu est d’autant plus important que « plus l’intelligence artificielle progresse sans règles communes, moins les gouvernements et les peuples auront leur mot à dire sur son devenir », a déclaré António Guterres. Le document évoque une rupture plus forte que l’arrivée de modèles génératifs comme ChatGPT dans les mondes économiques et numériques. Il alerte en particulier sur l’émergence d’« agents » capables, de manière relativement autonome, de naviguer en ligne, écrire du code, lancer des actions sur des logiciels, etc. Et souligne qu’« aucune garantie scientifique » ne permet d’en assurer le contrôle à long terme.

Un panel de scientifiques diversifié

Parmi les auteurs de ce document figurent des scientifiques connus de l’industrie de l’IA et reconnus pour leurs projets d’ « alignement » (Yoshua Bengio, lauréat du prix-Turing en 2018, Joëlle Barral, directrice de recherche chez Google DeepMind) ou leur implication en matière de défense de l’information (Maria Ressa, cofondatrice de Rappler et prix Nobel de la paix en 2021). Avec des spécialistes venus du Nigeria (Rita Orji), du Brésil (Teresa Ludermir), d’Inde (Balaraman Ravindran), du Pakistan (Bilal Mateen) ou d’Égypte (Mennetallah El-Assady), parmi d’autres nations, il constitue surtout un travail collectif riche d’une bien plus grande diversité que l’essentiel de la littérature sur les enjeux relatifs à l’IA. À l’échelle internationale, cette dernière est en effet largement dominée par des travaux venus des États-Unis, et dans une moindre mesure d’Europe et de Chine.

Collectivement, les auteurs du rapport saluent certains bénéfices apportés par l’intelligence artificielle, comprise comme « des systèmes qui perçoivent, apprennent et agissent », qui « infèrent à partir de données d’entrée comment générer des données de sortie », parmi lesquelles « des prédictions, du contenu, des recommandations, des actions ou des décisions, avec divers degrés d’autonomie et d’adaptabilité ». Parmi ces intérêts : des « applications utiles dans les sciences, la santé, l’agriculture, l’accessibilité, le travail de la connaissance et les technologies de l’information, y compris pour le développement de l’IA elle-même ». En exemple, ils citent le modèle de Google Deepmind AlphaFold, capable de prédire la structure des protéines à partir de leur séquence en acides aminés.

Le rapport précise par ailleurs qu’il se concentre sur les « modèles de fondation », compris comme des systèmes généralistes capables de réaliser une variété de tâches. Il souligne néanmoins que des systèmes spécialisés existent, et que ces derniers « fournissent des bénéfices mesurables lorsque la tâche est bien définie, les données disponibles et que les institutions peuvent le déployer volontairement ».

Progrès inégaux et dangers évidents

Il souligne cela dit l’absence d’égalité dans l’évolution de ce type de technologies : trois quarts de la puissance des supercalculateurs d’IA les plus performants est disponible aux États-Unis, la Chine en compte 15 %, et le reste du monde se partage le solde. De même, ces deux pays concentrent l’essentiel des modèles les plus avancés. Nombre de pays en développement, en revanche, manquent des infrastructures leur permettant de participer à la construction des modèles ou de les auditer. Le risque, alertent les scientifiques : que le déploiement accéléré de l’IA n’aggrave les inégalités et dépendances préexistantes à l’échelle du globe.

Côté usages, les auteurs du rapport soulignent les enjeux soulevés par la multiplication de contenus pédopornographiques et de deepfakes à caractère sexuel, tous générés par IA. Ils constatent la facilité avec laquelle l’IA générative permet de fabriquer du faux, de manière crédible, et alertent sur les effets que cela a sur les débats publics, ou encore de son rôle pour faciliter divers types de cyberattaques. Ils soulignent, enfin, comment la « complaisance » des modèles grands public peut renforcer les convictions des internautes, y compris lorsque celles-ci sont dangereuses.

Étonnamment, le document n’évoque à aucun moment l’opposition croissante à l’intelligence artificielle (notamment générative), quelquefois incarnée plus localement par une opposition à ses infrastructures. Celle-ci est pourtant visible jusque dans le pays leader de l’industrie, que sont les États-Unis.

Il n’évoque pas, non plus, les travailleurs des données, certes souvent invisibilisés, dont le rôle est pourtant essentiel à la fabrication des systèmes d’IA évoqués. Parmi les pays qui, faute d’infrastructure, se retrouvent privés des capacités d’« adapter » les modèles « à leurs propres réalités », certains comme le Venezuela, le Kenya ou Madagascar, sont aussi les foyers de clusters d’entraîneurs de données dont le travail est nécessaire pour faire fonctionner les modèles évoqués.

En revanche, pour António Guterres, la publication de ce rapport préliminaire doit être perçue comme la première étape d’un travail collectif, dans lequel il enjoint les États membres à construire un cadre international de coopération sur l’IA. Mais même ce travail promet d’être complexe : le rapport explique en effet que « la plupart des pays, y compris de nombreuses économies avancées, manquent d’expertise technique qui leur permettrait d’évaluer les modèles "frontière" les plus efficaces ou de participer à leur gouvernance de manière significative ».

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Uber : cinq chauffeurs de VTC déposent plainte pour traite d’êtres humains

Service sous contrainte
Uber : cinq chauffeurs de VTC déposent plainte pour traite d’êtres humains

Cinq chauffeurs de VTC ont déposé plainte pour traite d’êtres humains contre Uber, une action qui vient s’ajouter à celle de quatre livreurs contre Uber Eats et Deliveroo.

Cinq chauffeurs de VTC ont déposé plainte au pénal contre Uber. D’après les informations de Libération, ils accusent la société de « traite d’êtres humains ». Au dossier sont versés les éléments collectés au gré de plus de 300 procédures lancées aux prud’hommes et soutenues par le syndicat FO-INV, qui aide les plaignants à demander la requalification de leurs contrats de travail. 


La plainte est déposée quelques jours à peine après le reflux d’une vague caniculaire pendant laquelle les conditions de travail de certains de leurs collègues, livreurs de repas à domicile, se sont elles aussi dégradées. Auprès de Politis, nombre d’entre eux décrivent un surplus de commandes alors même que les trajets à vélo ou à scooter sont rendus d’autant plus épuisants par la chaleur.

Travailler sans pouvoir payer son loyer

La plainte pour traite d’êtres humains, elle, ne concerne pour le moment que des cas de chauffeurs VTC. Le membre de l’INV Brahim Ben Ali détaille à Libération les cas de chauffeurs « décédés de crises cardiaques ou d’AVC alors qu’ils conduisaient » (au moins huit en un an), les situations de « travailleurs sans-papiers », de « vulnérabilité », de « surendettement ». Chauffeur depuis 2019, plaignant dans l’affaire, Mohammed, 50 ans, se décrit comme « prisonnier » d’un système sur lequel il n’a pas de prise : nombreux sont ceux qui, comme lui, enchaînent les heures de travail sans parvenir pour autant à assumer le poids de leur loyer et autres charges.

Couplé à la recherche permanente d’augmentation des profits de la part des plateformes, le conseil d’INV maître Samir Kahoul estime que ces éléments, dont le « recrutement massif et organisé » d’une catégorie précise de la population, à l’aide d’outils numériques, permettent de caractériser la traite d’êtres humains. À ses côtés, Brahim Ben Ali appelle à ne plus simplement discuter d’« indépendance » et de « salariat », mais bien à ouvrir le débat sur l’esclavage moderne.

Un enjeu qu’Uber, dans son cas, rejette clairement, qualifiant les prises de position de Brahim Ben Ali de diffamation.

Un enjeu qui relie divers types de travail des plateformes

Difficile, néanmoins, de ne pas faire le lien avec une autre plainte, déposée fin avril, contre Deliveroo et Uber Eats. Cette fois-ci, ce sont quatre livreurs qui ont accusé les deux plateformes de traite d’êtres humains, critiquant non seulement la baisse régulière des rémunérations, mais aussi le recours important à des travailleurs sans papiers et une organisation « violente » recourant de manière « systématique » à la discrimination.

En mars 2025, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) publiait un long avis détaillant l’ampleur des risques psychosociaux auxquels est exposée cette catégorie de travailleurs. Un an plus tard, un autre travail réalisé par Médecins du Monde, l’Institut de recherche pour le développement et l’Institut national d’études démographiques (Ined) constatait que que 85 % des livreurs souffraient de fatigue chronique, 45 % étaient en détresse psychologique, 36 % touchés par des douleurs « intenses et régulières » au bas du dos, pour un revenu net moyen de 880 euros, soit bien en-dessous du smic.

Leur plainte prend une nouvelle couleur alors que le mois de juin 2026 a enregistré des records de chaleur. Auprès de Politis, le coordinateur de la Maison des livreurs de Bordeaux Jonathan L’Utile Chevallier constate que « notre société est en train de s’habituer à ce que des personnes essentiellement étrangères et racisées nous servent », sans préoccupation pour la complexité accrue de leur activité lors des épisodes climatiques extrêmes (grand froid ou canicule).

Hors de France, des discussions sont déjà ouvertes pour d’autres types de travail des plateformes. C’est notamment le cas d’entraîneurs de données kényans, qui adressaient en 2024 une lettre ouverte au président des États-Unis, Joe Biden, l’appelant à mettre fin aux modèles déployés par les géants du numérique, qui les maintiennent, eux, dans des « conditions de travail relevant de l’esclavage moderne ».

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La Californie taxera-t-elle ses milliardaires (de la tech) ?

Taxer les riches ?
La Californie taxera-t-elle ses milliardaires (de la tech) ?

En novembre, la population californienne devra voter sur un projet de taxation de ses milliardaires. Retour sur les enjeux.

La Californie adoptera-t-elle une taxe sur le patrimoine des milliardaires ? Portée par le syndicat du personnel de santé, le Service Employees International Union-United Healthcare Workers West (SEIU-UHW), la proposition prévoit de prélever 5 % d’impôt sur le patrimoine de tous les résidents de l’État au 1er janvier 2026 détenteurs de plus d’un milliard de dollars de patrimoine.

Quand bien même ce projet ne concerne que cet État précis, l’idée, elle, est devenue un sujet de débat à l’échelle nationale, en amont des élections de mi-mandat prévues en novembre aux États-Unis.

Alors qu’elle a largement dépassé le nombre de signatures nécessaires pour être soumise au vote de la population californienne, et serait selon certains sondages soutenue par 54 % de la population locale, elle rencontre une opposition croissante des principaux concernés. L’industrie de la tech et celle des cryptoactifs emploient désormais une partie de leur fortune à allumer des contre-feux.

Une taxe ponctuelle après la baisse des dépenses de santé

Tel qu’il est dessiné, le projet est pour le moment temporaire. Si elle est acceptée, la loi californienne sur l’imposition des milliardaires prélèverait donc 5 % de la fortune des milliardaires locaux. Le but : financer les programmes de santé, d’éducation et d’aide alimentaire de l’État, singulièrement éprouvé par la « belle loi unique » (« One Big Beautiful Bill Act ») de Donald Trump. Adopté le 5 juillet 2025, ce texte a notamment réduit les dépenses fédérales en matière de santé.

Auprès du Guardian, la directrice du SEIU-UHW indique que le projet de taxation des plus riches était une réponse directe à cette évolution législative, et qu’il visait à rétablir un déséquilibre existant selon lequel les « travailleurs normaux paient un taux effectif d’impôt plus élevé que les états-uniens les plus riches ». Au total, la Californie comptait au 1ᵉʳ janvier environ 200 foyers à la fortune supérieure au milliard de dollars.

Un an plus tôt, la joint venture Silicon Valley constatait que le seul berceau de l’industrie technologique, la Silicon Valley, comptait de son côté neuf milliardaires détenant 15 fois plus de liquidités que la moitié de la population de la zone. Parmi eux : Mark Zuckerberg, fondateur de Meta, Larry Page et Sergey Brin, fondateurs de Google, Jan Koum, cofondateur de WhatsApp, Jensen Huang, patron de NVIDIA, ou Laurene Powell Jobs, philanthrope et veuve du fondateur d’Apple. Le think tank qualifiait la situation de propice à « l’instabilité » et « la révolte ». Depuis, l’essentiel des acteurs de la tech a encore accru sa fortune à la faveur de l’expansion de l’industrie de l’intelligence artificielle.

Si la taxe était appliquée, elle pourrait rapporter 100 milliards de dollars, calculent ses promoteurs.

Sergey Brin et Chris Larsen vent debout

Pour la directrice du SEIU-UHW, « demander à ceux qui ont le plus profité de l’économie de contribuer plus – en particulier à stabiliser le système de santé, qui est menacé – en est une étape raisonnable ». Les grandes fortunes locales, elles, ne l’entendent pas de cette oreille.

Depuis le début des travaux pour collecter du soutien à la mesure, nombre d’entre eux ont reproduit le schéma éprouvé lors de la campagne présidentielle précédente, en versant des millions de dollars à des comités d’action politique (PAC).

Principaux financeurs de cette opposition, Sergey Brin a versé au moins 82 millions de dollars dans des travaux d’opposition à cette taxe, et le crypto-milliardaire Chris Larsen, au moins 13,2 millions de dollars. Derrière eux, le cofondateur de Palantir Peter Thiel, l’ex PDG de Google Eric Schmidt, le PDG de Doordash TonyXu, celui de Stripe Patrick Collision et plusieurs capitaux-risques ont aussi mis la main à la poche, liste le Guardian.

En quelques semaines, cela leur a permis de faire émerger deux contre-propositions de loi qui seront, elles aussi, soumises au vote en novembre. Avec le risque de confondre les électeurs lorsqu’ils seront face aux trois propositions de texte.

La forme de la réforme contestée plus largement

En dehors de ces magnats qui luttent pour préserver leur propre fortune, plusieurs organisations s’opposent aussi à la proposition de taxation du SEIU-UHW. L’association des enseignants californiens, des groupes de l’industrie de la construction, et d’autres du domaine de la santé, dont l’affiliation californienne du planning familial, critiquent la manière dont elle est écrite. Ils regrettent, notamment, que la proposition d’imposition ne permette aucun financement de long terme : si la loi passe, la taxe ne serait prélevée qu’une fois, à raison d’1% par an sur cinq ans.

Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, est lui aussi au nombre des opposants. Il affirme que cette nouvelle imposition fera fuir les milliardaires de Californie. L’argument est fréquent, lorsque les questions d’imposition des hautes fortunes occupent le débat public. En France, où il est cité autour des projets de taxe sur les ultra-riches, dite taxe Zucman, les faits tendent pourtant à l’infirmer. De même, en Suède, qui a appliqué un impôt sur la fortune pendant près d’un siècle avant de le supprimer en 2007, l’évolution de ces taxations n’a eu qu’un effet infime sur la migration des plus riches.

Deux Français ont d’ailleurs participé à l’élaboration de la proposition du SEIU-UHW : les économistes Gabriel Zucman et Emmanuel Saez, spécialistes des questions de taxation des hauts patrimoines.

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☕️ Des scientifiques harcelés sur X après avoir alerté sur l’obstruction climatique



Depuis quelques jours, le climatologue Christophe Cassou et l’économiste du climat Vincent Viguié sont pris à partie sur les réseaux sociaux.

Leurs torts ? Avoir souligné l’urgence de s’adapter au changement climatique, et les problèmes que le déni climatique posait en la matière. Ou, avoir souligné que le débat sur la climatisation faisait, précisément, partie des stratégies d’obstruction à l’adaptation : si ces outils peuvent constituer des solutions temporaires, ils ne permettent en rien de répondre à l’ampleur des évolutions nécessaires pour s’adapter au contexte climatique, et encore moins pour aller vers une réduction des émissions de CO2.

Dans le cas de Christophe Cassou, l’extrait d’interview diffusé par BFM sur X n’intègre pas la nuance que le climatologue lui-même ajoute à ses propos un peu plus tard dans l’entretien (après avoir expliqué que les débats sur la climatisation relèvent de l’« enfumage », qui empêche d’« aborder les vraies questions », il admet que, pour autant, hôpitaux, écoles et divers autres établissements gagneraient à s’en équiper).

Illustration : Flock

Pour avoir détaillé ces faits scientifiques, relève le média BonPote, les deux hommes se retrouvent pris à partie par des internautes, des journalistes et des représentants politiques. Sur X, c’est par exemple le cas de François de Rugy (Les Républicains, vice-président du conseil régional des Pays de la Loire, 76 000 followers) ou Jean-Philippe Tanguy (Rassemblement National, député, 107 000 followers).

Ce genre de violence numérique n’a rien de neuf, en particulier sur cette plateforme où les communautés climatosceptiques sont actives depuis longtemps. Après le rachat de la plateforme par Elon Musk et la fin de ses pratiques de modération historiques, quantité de scientifiques et de défenseurs de l’environnement avaient fui la plateforme pour se protéger de la violence qui les y visait.

Pendant la semaine de canicule, ce genre de violence en ligne avait déjà visé de nombreux profils travaillant de près ou de loin sur les questions environnementales, en particulier des journalistes météo et d’autres climatologues.

Comme le souligne BonPote, il s’agit aussi, pour certains partis, de détourner l’attention de leurs actions en matière d’environnement : plus les partis sont positionnés à droite sur l’échiquier politique, plus ils ont voté de textes en faveur de la consommation d’énergies fossiles sur l’exercice parlementaire 2022 - 2025.

La présence de journalistes, comme la rédactrice en chef du service société du Point Géraldine Woessner (114 000 followers), parmi les internautes qui prennent à partie Christophe Cassou, interroge aussi sur le rôle des médias dans l’épisode.

Dans une récente tribune parue dans Le Monde, le journaliste Sylvestre Huet souligne ainsi que les médias, comme les représentants politiques (et dans une certaine mesure, les citoyens eux-mêmes) gagneraient à faire leur autocritique de manière urgente s’ils veulent réussir à expliquer pourquoi la mésinformation climatique continue de proliférer, y compris sous 40 °C.

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En pleine canicule, l’arnaque au climatiseur prend une nouvelle ampleur

Trop beau pour être vrai
En pleine canicule, l’arnaque au climatiseur prend une nouvelle ampleur

Présenté comme « révolutionnaire », le climatiseur Epicooler, qui jouit de nombreuses vidéos YouTube et supposés tests indépendants positifs, cache en fait une arnaque.

Les publicités pour le faux climatiseur tournent depuis des semaines, en ligne. Il s’appelle Epicooler, il est présenté comme « révolutionnaire », « sans installation », affiché autour de 110 euros. Une affaire, pour faire face aux canicules ambiantes. Problème : ce climatiseur n’en est pas un, et souvent, la commande n’est même pas honorée.

Rien que l’affichage du prix est trompeur : sur les publicités, l’Epicooler est annoncé à 110 euros, mais la facture grimpe à 157,97 euros, ou 241,96 euros si vous en achetez deux. Raison avancée : les « frais de port et de douanes ». Sur Signal-Arnaques comme sur Trustpilot, les avis négatifs s’accumulent.

Un climatiseur qui défie les lois de la physique

Surtout, la description du produit lui-même pose problème. L’Epicooler est présenté comme un « climatiseur portable sans installation », théoriquement à même de refroidir une pièce de 51 m² sans compresseur ni tuyau d’évacuation. L’opportunité semble en or, sauf que matériellement, elle décrit un phénomène impossible : sans ces deux éléments, impossible d’évacuer la chaleur.

Comme le remarque Clubic, la foire aux questions du site web d’Epicooler vend (un peu) la mèche. Pour expliquer l’absence de tuyau, elle indique que « l’eau de condensation s’évapore à l’intérieur de l’unité », c’est-à-dire qu’elle n’est pas évacuée, donc que la chaleur reste dans la pièce. De fait, comme le rapportent de multiples utilisateurs mécontents, l’objet n’est qu’un simple ventilateur.

Site d’affiliation et commandes non honorées

Outre la marchandise trompeuse, tout ce qui entoure sa vente relève de l’arnaque. Débités, certains clients n’ont rien reçu du tout. Créé en avril 2026, le site epicooler.fr lui-même n’est qu’une collection de liens affiliés et porte les traces de multiples copies en fonction des marchés visés – l’Australie, notamment, est visée depuis plusieurs mois.

Derrière le nom Epicooler et ses copies Coolizi, Breezo ou Jiubery, Clubic a identifié la société lituanienne UAB Dara Digital. C’est cette dernière qui expédie (ou pas) les engins à ses clients. C’est aussi elle qu’on retrouve derrière d’autres objets vendus comme « miracles », dont la buse à haute pression Jetterix, les écouteurs SonaBuds ou encore les patchs chauffants WellHeat, supposés soulager les tensions musculaires.

Mais revenons à nos climatiseurs qui ne climatisent pas, et sont aussi vendus sous le nom de Coolizi. Sur le site de cette autre marque est référencée la société Dedata International, dont l’adresse juridique se trouve aux États-Unis, et celle physique, dans un immeuble de domiciliation de Hong Kong. Le numéro de TVA, quant à lui, est maltais, ce qui laisse supposer que la société récupère ainsi la TVA européenne.

Pour promouvoir le tout, le réseau d’arnaque semble avoir mis la main sur des chaînes YouTube et divers blogs, via lesquels des heures de reviews et de tests visiblement générés par IA donnent des retours élogieux du produit. De quoi piéger de nombreux internautes : Médiamétrie a constaté qu’un quart des Français visitaient régulièrement des sites entièrement générés par IA, et que les plus de 50 ans étaient les plus exposés à ces contenus de faible qualité, représentant 75 % des internautes attirés par les sites GenAI.

En pleine période de fortes chaleurs (et de soldes prolongés !) attention, donc, aux cyberarnaques. Pour protéger les autres internautes, il est utile de rapporter les escroqueries sur les plateformes Signal Conso et Pharos.

Et pour éviter de tomber soi-même dans le panneau, le ministère de l’Économie propose une série de mesures mêlant vérification de la réputation du site internet et de ses mentions légales à celle des avis consommateurs, en passant par le fait de privilégier des sites français ou européens, ou par un réflexe simple : si l’offre est trop alléchante, méfiance.

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Après les livres générés par IA, les noms d’auteurs détournés pour promouvoir de l’AI slop

DoppelgIAnger
Après les livres générés par IA, les noms d’auteurs détournés pour promouvoir de l’AI slop

L’écrivain Julien Blanc-Gras a vu son nom utilisé pour promouvoir un livre qui n’est pas de lui. L’affaire illustre un phénomène plus large d’usurpations d’identité de personnalités publiques, qui prend un nouveau tour à l’ère de l’IA générative.

Il s’appelle Julien Blanc-Gras, il a écrit des livres comme Gringoland (Au diable Vauvert, 2005), In Utero (Au diable Vauvert, 2015) ou Bungalow (Stock, 2024), mais il n’a pas écrit Guide complet d’aventure : le manuel de survie du voyageur moderne. L’ouvrage, pourtant, était bien disponible à l’achat sur Amazon, pour la somme de 17,05 euros, jusqu’à récemment.

L’écrivain a pris la plume, dans Le Monde, pour raconter cette expérience. Outre produire une jolie chronique, il illustre bien le casse-tête dans lequel se retrouvent artistes, journalistes et autres personnalités présentes en ligne lorsque leur nom est réutilisé, sans consentement, pour donner une forme d’autorité à des contenus générés par intelligence artificielle (IA).

« Novlangue de camelot sous ayahuasca »

L’objet de l’inconfort a été mis en vente le 20 mars, compte 134 pages, et est décrit, dans sa présentation, comme une « méthode redoutable pour retrouver la liberté de voyager intelligemment, hors des sentiers battus », produite par « l’auteur baroudeur et écrivain Julien Blanc-Gras ». Ce dernier conteste. Et raconte la « sidération » qui l’a traversé, lorsqu’il a découvert ce produit sur la page Amazon qui liste ses ouvrages.

Comme lui, plusieurs autrices et auteurs anglophones ont eu au fil des années récentes le déplaisir de voir leur nom utilisé pour vendre des ouvrages qu’ils n’avaient pas produits. Vanessa Fox O’Loughlin a ainsi vu son nom de plume, Sam Blake, réutilisé pour produire les textes du personnage qu’elle qualifie de « Sam Fake ».

En 2023, Jane Friedman, elle, a dû se battre pour obtenir le retrait de cinq ouvrages proposés sur Amazon sous son nom. La plateforme d’e-commerce a commencé par lui déclarer que, dans la mesure où son nom n’était pas déposé comme une marque, donc pas protégé comme tel, elle ne supprimerait pas les produits en question. Après que l’autrice s’en est émue publiquement, cela dit, les ouvrages ont disparu de la page Amazon à son nom.

Le cas de Julien Blanc-Gras, lui, est le premier connu en français. « Dans un geste masochiste », l’auteur raconte avoir acheté le livre pour voir de quoi il retournait. Il décrit la couverture « hideuse », la quatrième de couverture « rédigée avec des bullet points », la mention « publié indépendamment », probable traduction littérale de la formule anglaise « published independently ».

Deux jours plus tard, il a reçu l’objet, dont l’immatriculation ISBN est « bidon ». Dans ses pages, des termes inexistants, comme l’ « inflatrooting ». Des thématiques relativement cohérentes avec l’œuvre de l’auteur, aussi (« immersion culturelle, goût de l’imprévu, souci environnemental »). Sauf qu’elles sont remâchées « dans une novlangue de camelot sous ayahuasca refourguant des investissements en cryptomonnaies sur Instagram ».

Guide complet d’aventure supposément écrit par Julien Blanc-Gras – archive.is

Julien Blanc-Gras est visiblement choqué et déçu de voir son art remixé par une machine, et son nom « estampillé influenceur marketing ». Sur la raison pour laquelle son identité est ainsi réutilisée, le rédacteur en chef adjoint du média l’ADN, David-Julien Rahmil, lui soumet l’hypothèse que des scammeurs aient repéré une « catégorie " niche ", les livres de voyages, en l’occurrence », puis un nom crédible – celui de Julien Blanc-Gras – pour faire remonter leur produit dans les systèmes de recommandations d’Amazon :

« Ça pourrait venir de la communauté des hustle bros, ces influenceurs business qui proposent de devenir riche en cinq minutes sur les réseaux. Ils lancent une arnaque qui rapporte peu, mais ils l’utilisent ensuite comme exemple pour vendre leur méthode. »

Éditeur « abasourdi et démuni »

Hustle bros ou pas, l’auteur usurpé voudrait bien que son nom cesse d’être accolé à du jus d’IA. Et là, les choses se corsent. Son éditeur se déclare « abasourdi et démuni ». Le service juridique de la maison d’édition se déclare incapable d’aider, dans la mesure où c’est le nom de Julien Blanc-Gras qui est visé, et non celui de la maison. Le Syndicat national des auteurs et des compositeurs (SNAC) recommande de son côté de faire des signalements à la répression des fraudes et à Pharos, ce à quoi l’écrivain ajoute un signalement à Amazon.

Côté droit, l’avocat spécialiste du droit d’auteur Benjamin Demange constate que l’usurpation d’identité n’est « pas évidente » : difficile de démontrer devant un juge que le recours au nom de l’artiste « trouble [sa] tranquillité », comme le veut le code pénal. L’escroquerie serait éventuellement plaidable, mais le montant est si faible que la plainte peinerait à être traitée en priorité. Le droit de la propriété intellectuelle (qui refuse les atteintes au droit à la paternité) et celui de la consommation (qui permettrait d’avancer la pratique commerciale trompeuse) pourraient fournir plus de recours, à condition d’identifier les auteurs de l’arnaque. Or, pour cela, il faudrait qu’Amazon consente à partager les informations nécessaires.

C’est devant la relative impasse que Benjamin Demange explique avoir choisi une autre solution : « activer le quatrième pouvoir en racontant cette histoire dans Le Monde ». De fait, partager le phénomène permet de souligner à nouveau la foule de problématiques que le déploiement de l’IA générative crée pour les artistes et autres créateurs de contenu.

Il y a, pour commencer, tout ce qui touche à l’entraînement des modèles par le recours, sans permission, à des œuvres soumises au droit d’auteur : pour pouvoir produire un fac-similé, quand bien même de niveau très médiocre, du travail de Julien Blanc-Gras, il a fallu qu’un modèle ait absorbé tout ou partie de son œuvre en amont.

Il y a, ensuite, cet enjeu émergent des usurpations d’identité. D’ores et déjà visible chez les auteurs, il concerne aussi toutes sortes de personnalités présentes en ligne. L’affaire Grammarly, qui fournissait jusqu’au 11 mars 2025 un outil nommé « révisions expertes », l’a bien illustré. Le correcteur orthographique suggérait en effet de reprendre les textes des internautes « à la manière de » personnalités réelles.

À force de tests, nous avions notamment repéré les noms des autrices françaises Annie Ernaux, Delphine de Vigan et Marie Darrieussecq, des chercheuses Geneviève Pruvost et Valérie Masson-Delmotte, et de la journaliste Florence Aubenas. Aucune de celles que nous avons réussi à joindre n’avait donné son consentement à voir son nom cité, ou son expertise imitée par de la génération par IA.

Dans ce cas-là, c’est l’action collective, aux États-Unis, de multiples personnalités visées qui avait permis la suppression de la fonctionnalité incriminée.

Le débat sur la manière de lutter contre les usurpations d’identité facilitées par IA générative, lui, reste ouvert. Outre le problème de la protection de son nom et de son œuvre, il pose aussi celui de la protection des consommateurs : dans un autre genre, on se rappelle des arnaques diffusées en ligne en capitalisant sur l’image de Brad Pitt, d’Élise Lucet ou de Jamel Debbouze.

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☕️ Quand internet rend le tricot cool 



Il y a des milliers de communautés, en ligne, mais connaissez-vous celle du tricot ? Alimentée par des échanges de patrons, des influenceuses qui dépassent les deux millions d’abonnés sur Instagram, des sites communautaires comme Ravelry ou le temple des créations artisanales Etsy, la pratique s’est tissée une nouvelle jeunesse. 

Célébrée lors de la journée mondiale du tricot en public, le 13 juin, l’activité tient aussi bien du rituel que de la recherche de pratiques favorisant la déconnexion, relève l’ADN.

Illustration : Flock

Avant même les débats sur les addictions aux réseaux sociaux, des tricoteuses comme la Néerlandaise Loes Veenstra s’y sont adonnées pour lutter contre l’envie de fumer. Désormais, la pratique est recommandée pour lutter contre toutes sortes d’envies néfastes pour la santé, des troubles alimentaires jusqu’au doomscrolling. 

Outre avoir permis d’alimenter les liens de la communauté au-delà des frontières, le numérique est aussi source d’inspiration : certaines, comme l’artiste et chercheuse Hayley Mortin, tricotent ainsi des motifs inspirés des CAPTCHA. 

Mais le tricot n’est pas épargné par les maux de notre temps : patrons générés par IA, podcast présenté par des voix générées par IA… Dans la laine comme dans de nombreuses autres activités, l’AI slop vient compliquer la navigation. 

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Supprimé par Trump, le portail états-unien de la recherche sur le climat ressuscité

Comment dit-on cheh en anglais ?
Supprimé par Trump, le portail états-unien de la recherche sur le climat ressuscité

Utilisé par le monde de la recherche comme par le public, le site climate.gov a été supprimé l’an dernier au beau milieu des attaques du gouvernement de Trump contre les sciences climatiques. Des bénévoles viennent de lui donner une nouvelle vie à l’adresse climate.us.

Printemps 2025 : de retour au pouvoir depuis quelques mois, Donald Trump met en place une politique d’attaque en règle de la recherche, en particulier celle liée aux enjeux climatiques. Les effets se font ressentir aux États-Unis, mais aussi à l’international : la communauté scientifique recourt à de nombreux outils et bases de données américaines pour mener ses travaux. En France, la paléoclimatologue du CEA Valérie Masson-Delmotte demande aux sénateurs que la France protège les données scientifiques en passe d’être supprimées.

Un outil en particulier illustre la politique appliquée par le gouvernement Trump : climate.gov. Hébergé par l’administration des États-Unis, le site servait de point d’accès à quantité de ressources liées aux enjeux climatiques, que ce soit des jeux de données, des analyses ou de simples articles de vulgarisation destinés au grand public. À la suite du décret « Restoring Gold Standard Science » (Rétablir une science au meilleur standard), pris en juin 2025, le site a été rendu inaccessible.

Un an plus tard, une large part de l’équipe qui avait fabriqué climate.gov dévoile climate.us. Indépendante de l’administration des états-unis, la plateforme rend l’accès à la vaste collection de données hors ligne pendant un an.

D’anciennes équipes de la National Oceanic and Atmospheric Administration

À la manœuvre : une partie des équipes de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), qui avait drastiquement coupé dans ses effectifs dès mars 2025. Ces anciens agents fédéraux ont créé une organisation à but non lucratif et collecté 2 500 « petites donations auprès de personnes qui veulent que l’information relative aux sciences climatiques reste accessible ».

Pour un total de 250 000 dollars environ, ces donations ont constitué le tiers des financements totaux collectés. Grâce à ces moyens, ils ont annoncé ce 24 juin, soit pile un an après la suppression de climate.gov, le lancement de la version complète du site climate.us.

Ce dernier compte devenir un « foyer pour l’information climatique de confiance, soutenu par le public ». L’ONG indique que plus de 80 scientifiques « se sont portés volontaires pour exercer des révisions par les pairs sur leurs sujets ». Au total, la plateforme revendique donner l’accès à 15 ans d’articles, de publications de blogs, de rapports et d’autres indicateurs essentiels liés au climat.

Les attaques du gouvernement Trump contre les régulations environnementales n’ont pas cessé depuis l’an dernier. La semaine dernière, le ministère de la Justice a notamment adressé à la cour du Mississippi une lettre l’intimant de classer l’affaire relative au supercalculateur Colossus de xAI. Ce dernier est accusé d’avoir violé le Clean Air Act en installant des générateurs au gaz non autorisés, et de polluer l’air du voisinage, principalement habité par une population noire qui présente déjà l’espérance de vie la plus faible de Memphis et ses environs.

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☕️ Quand une vidéo YouTube permet de prouver l’existence du chat des sables libyen



Tout est parti d’une vidéo YouTube de 18 secondes : le photographe animalier Mohammed Almuntasir l’a publiée en 2017, sans plus y penser.

Dessus : un petit chat pâle, creusant un trou dans le sable du désert du sud-ouest de la Libye.

« Personne ne voulait croire que ç’avait été filmé en Libye », explique-t-il au Guardian.

Si Mohammed Almuntasir n’en a pas particulièrement fait la promotion, sa vidéo a attiré l’attention d’un nombre croissant de chercheurs au fil des ans, alors que des preuves de la présence de tout un groupe de chat des sables en Libye émergeaient.

À répétition, ces derniers contactent le photographe. Jusqu’à Firas Hayder, zoologue sud-africain spécialisé dans les petits carnivores.

Ce dernier convainc Mohammed Almuntasir de l’aider à mener une étude sur le retour de cet animal en Libye – la région dans laquelle ce dernier a repéré à plusieurs reprises des chats des sables n’est ni protégée, ni équipée pour repérer les animaux. Théâtre de trafics entre l’Algérie, le Niger et le Tchad, elle est par ailleurs dangereuse pour le travail de terrain.

Après une première rencontre, Mohammed Almuntasir et Firas Hayder se sont donc lancés dans une collaboration de huit ans, le plus souvent menée à distance, dans laquelle le zoologue a appris au photographe les techniques d’enregistrement des coordonnées GPS et de documentation photographique et vidéo des petits animaux.

En se liant aux communautés touareg locales, Mohammed Almuntasir a quadrillé le terrain avec ses appareils, jusqu’à ce que les deux hommes puissent publier une étude revue par les pairs dans le Journal of Arid Environments, en février 2026. Ils y établissent la présence du chat des sables dans 13 sites du Sahara libyen.

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☕️ Oracle a licencié 21 000 personnes en un an après avoir recentré ses activités sur l’IA



En un an, Oracle a mis fin à 21 000 postes à travers le monde. En mai 2026, l’entreprise indiquait compter 141 000 employés à temps plein, contre 162 000 l’année précédente, soit une baisse de 13 % de ses effectifs.

Très investie dans le déploiement de l’intelligence artificielle générative (Oracle est au cœur de contrats circulaires avec OpenAI et NVIDIA), l’entreprise lie explicitement ce type de technologie à ses décisions en matière de ressources humaines. 
« Le déploiement des technologies d’IA à travers nos activités a eu pour effet, et pourrait continuer d’avoir pour effet de réduire nos effectifs », indique Oracle dans son rapport annuel.

Illustration : Flock

Si le constat a de quoi rassurer les marchés financiers sur la productivité effective du secteur de l’IA, il peut aussi correspondre à l’économie de la promesse que la présidente de Signal Meredith Whittaker critique régulièrement. Il peut aussi cacher la réalité de l’évolution des tâches demandées aux employés d’Oracle, ou de ceux en charge d’entraîner les modèles qu’elle utilise.

Au total, les réductions d’effectifs ont coûté 1,8 milliard de dollars d’indemnités de départ, beaucoup plus que les 374 millions de dollars déjà engagés l’année précédente pour restructurer la société. L’entreprise prévient par ailleurs que ces coupes pourraient entraîner un manque de main d’œuvre qualifiée sur certains postes, note la BBC, ce qui pourrait réduire sa productivité et impacter ses revenus.

Comme Oracle, Amazon et Meta ont chacune procédé à des licenciements en 2025. Amazon, Google et Meta prévoient d’investir collectivement 650 milliards de dollars dans l’IA en 2026. Oracle, de son côté, prévoit au moins 50 milliards de dollars d’investissement dans ses infrastructures.

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Impact environnemental de l’IA : le secrétaire général de l’ONU réclame la transparence

There might be an alternative
Impact environnemental de l’IA : le secrétaire général de l’ONU réclame la transparence

Le secrétaire général de l’ONU inaugure une initiative sur la transparence environnementale de l’IA et appelle globalement les secteurs polluants et les États à accélérer leurs actions pour faire face au changement climatique.

Alors que l’Europe est frappée d’une canicule historique, le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), António Guterres, appelle l’industrie de l’IA à « dire la vérité » sur ses impacts environnementaux. Il a lancé une AI Environmental Transparency Initiative, dédiée à obtenir ces informations, et a appelé les sociétés du secteur à recourir à des énergies renouvelables.

« Le chaos climatique s’accélère devant nos yeux » a-t-il déclaré à Londres, tandis que la crise énergétique alimentée par la guerre au Moyen-Orient « démontre la folie d’un monde dépendant aux hydrocarbures ». Ces deux crises peuvent « sembler différentes. Mais elles partagent la même origine destructrice : les énergies fossiles. »

Côté data centers, des appels à accroître le recours aux énergies fossiles

Quelques jours plus tôt le représentant du lobby européen des centres de données Lex Coors déclarait qu’il fallait ouvrir le débat du recours aux énergies fossiles pour alimenter les data centers européens. Selon lui, si l’Europe continuait de chercher à remplir ses objectifs climatiques, elle serait nécessairement dépassée par les États-Unis et la Chine en matière d’intelligence artificielle. L’autre alternative serait de passer par le recours au gaz, notamment.

Une étude de l’ONU publiée début juin constate que l’industrie des centres de données consomme plus d’électricité que quasiment tous les pays du monde : seulement dix en consomment plus. Or, dans le monde, l’essentiel de cette consommation repose sur de l’énergie fossile, participant à la fois à aggraver la crise énergétique actuelle et la crise climatique plus globale.

Autant d’eau qu’1,3 milliard de personnes d’ici 2030 ?

En pleine London Climate Action Week, le secrétaire général de l’ONU a inauguré une initiative dédiée à la transparence du secteur. Si plusieurs d’entre elles indiquent, sur des bases de volontariat, travailler à recourir à des solutions solaires ou (le plus souvent) nucléaires pour alimenter leurs infrastructures, l’essentiel utilise pour le moment toutes les solutions qu’elles peuvent trouver. Dans le cas de xAI, cela comprend aussi l’installation non autorisée de générateurs au gaz.

D’ici 2030, les secteurs de l’IA et des data centers qui leur permettent de fonctionner « pourraient utiliser plus d’énergie que tous les pays sauf cinq, et autant d’eau que le volume nécessaire pour répondre aux besoins de base des 1,3 milliard de résidents d’Afrique subsaharienne en un an », a encore alerté António Guterres. Si, en France, le secteur repose assez peu sur l’eau pour refroidir ses serveurs, il en va autrement du reste du monde, comme l’illustrait l’enquête Dirty Data, à laquelle Next a pris part.

L’ONU le déclare désormais clairement : la question de la consommation énergétique ne suffit pas à comprendre les effets concrets de l’expansion des centres de données sur les populations. Selon les régions, celle-ci peut aussi se traduire par des pressions accrues sur les ressources en eau ou encore sur les territoires. Les deux tiers des centres de données que l’industrie prévoyait de construire au premier trimestre 2025 sont par exemple supposés être installés dans des zones subissant déjà des stress hydriques.

L’appel d’António Guterres à l’adresse de l’industrie de l’IA se fait dans un contexte plus global d’urgence à adapter la vie économique pour faire face au changement climatique. Comme de nombreux spécialistes du sujet le rappellent ces derniers jours (et depuis des années, notamment via les travaux du GIEC, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat), l’adaptation à la situation climatique impose de prendre des décisions politiques de long terme. Quant à inverser le réchauffement climatique, cela implique de passer à de vraies logiques de sobriété, voire de renoncement. À ce titre, Antonio Guterres souligne que « chaque émetteur majeur doit accélérer son action (…) et chaque pays doit surperformer sur ses engagements ».

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Les vidéos de gains faramineux sur Polymarket ? Des faux, payés par la plateforme.

Fake cote, fake gain, fake respect
Les vidéos de gains faramineux sur Polymarket ? Des faux, payés par la plateforme.

Aux États-Unis, pour promouvoir ses activités, la plateforme de paris en ligne Polymarket aurait payé des influenceurs pour produire du contenu manipulé.

En janvier, George Makihara, un étudiant, a publié une vidéo dans laquelle il gagnait 100 000 dollars. Le pari qui lui a permis de rafler la mise ? Celui que le président Trump dirait publiquement le nom « McDonald’s » au fil du mois suivant. Problème : d’après une analyse du Wall Street Journal, personne n’a gagné un tel pari au mois de janvier 2026 sur la plateforme.

Pire : d’après le journal, l’entreprise qui a défrayé la chronique au point d’être interdite en France et dans plusieurs autres pays a purement et simplement payé des internautes pour mettre en scène de faux gains sur les réseaux sociaux. L’entreprise a construit des « copies quasi-parfaites de son site web », puis leur a demandé de « simuler ces paris sur les faux sites et de cacher le fait qu’ils avaient été payés par Polymarket ».

« Bro, what ? »

La dissimulation a plutôt fonctionné : certaines de ces vidéos sont devenues virales, au point que les 1 105 vidéos étudiées pour l’enquête ont cumulé 140 millions de vues sur YouTube, TikTok et Instagram. Pour les produire, les créateurs de contenu concernés se sont vus envoyer des guides rédigés au format bullet point, ce qui conduit plusieurs d’entre eux à reprendre exactement les mêmes termes.

Ainsi de l’idée selon laquelle, grâce à ces paris, ils gagneraient de « l’argent gratuit », ou des phrases « bro, what ? » et « wait, what ? », dédiées à accrocher l’attention des internautes. Une fois leurs vidéos tournées, ces derniers étaient encore supposés les envoyer à Polymarket qui s’assure de leur aspect crédible. À défaut, l’entreprise demandait aux vidéastes de recommencer.

Surtout, les vidéos s’appuyaient fréquemment sur un faux site Polymarket dont l’URL, poiymarket.com, est difficilement distinguable de la vraie lorsqu’elle est écrite avec un i majuscule. 70 % des paris analysés n’auraient ainsi jamais été vraiment réalisés. Dans certains cas, les vidéos montrent aussi les influenceurs réagir à des éléments d’actualité dépassée.

Dans un des clips, un internaute déclare par exemple avoir parié que Donald Trump dirait les mots « April fools » pendant la première semaine du mois d’avril. L’extrait auquel on le voit réagir devant son écran de télé comme s’il venait de remporter la mise, en revanche, date du mois de mars précédent. En conditions réelles, une personne qui aurait reproduit le même pari aurait perdu. Dans la plupart des cas, les créateurs de contenu ont ajouté des précisions sur le fait qu’ils avaient été payés après avoir été contactés par les médias américains.

Paris perdants

La campagne a particulièrement visé les utilisateurs états-uniens, quand bien même Polymarket n’est accessible que de manière détournée. En 2022, rappelle ArsTechnica, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) a en effet conclu que Polymarket opérait une plateforme d’échanges financiers de manière illégale. Depuis, le site principal de la marque n’est accessible qu’en mode « lecture seule »… sauf si les internautes recourent à un réseau privé virtuel (VPN).

Quoiqu’il en soit, Polymarket s’est tourné vers des influenceurs qui devaient avoir au moins 60 % de leur audience aux États-Unis. Au total, ces derniers montrent avoir placé pour environ 1,9 million de dollars de paris et remporté près de 900 000 dollars. S’ils avaient été placés pour de vrai, selon les calculs du Wall Street Journal, ces paris auraient entraîné des pertes de plus de 166 000 dollars.

L’affaire vient s’ajouter à de multiples critiques qui visent ces plateformes de paris en ligne. En novembre 2025, une étude de la Columbia University estimait déjà qu’au moins un pari sur quatre enregistré sur Polymarket relevait de l’amplification artificielle pour simuler une demande forte.

En janvier, un internaute avait gagné plus de 430 000 dollars en pariant pile au bon moment sur la chute du président vénézuélien Nicolas Maduro. Des aléas qui n’empêchent pas Mark Zuckerberg d’envisager lancer son propre service de paris.

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Éducation au numérique : le CLEMI et l’UNESCO publient un guide pour les familles

To be or not to be online
Éducation au numérique : le CLEMI et l’UNESCO publient un guide pour les familles

Temps d’écran, usages scolaires et loisirs du numérique, recours aux réseaux sociaux comme aux jeux vidéo pour sociabiliser, voire s’informer… pour accompagner les familles, le CLEMI et l’UNESCO publient le guide « Grandir dans un monde connecté ».

« Grandir dans un monde connecté, ça s’apprend. » Tel est le titre du guide publié par le CLEMI, Centre pour l’éducation aux médias et à l’information en charge de l’éducation aux médias et à l’information dans le système éducatif, jusqu’à la fin du secondaire.

Composé avec l’aide de 37 chercheurs, accessible en français, en anglais et en espagnol, le guide propose d’aider les parents à naviguer dans une variété de sujets susceptibles d’agiter les vies familiales, de la gestion du temps d’écran au recours aux réseaux sociaux et à l’intelligence artificielle, en passant par la protection face aux cyberviolences et des outils pour affûter l’esprit critique.

En 112 pages, le guide cherche à équiper parents et éducateurs qui se « sentent souvent mal outillés pour accompagner les enfants et les jeunes dans l’usage des technologies numériques, d’une manière qui favorise leurs droits tout en les protégeant des risques ». L’enjeu est de taille : 44 % des adolescents accèdent aux réseaux sociaux avant l’âge légal de treize ans, plus de quatre sur cinq les utilisent au quotidien et 83 % déclarent y avoir été exposés à au moins un risque numérique, rappelle en préambule le ministre de l’Éducation.

L’exemple des adultes et la nécessité du mouvement

Logiquement, on y retrouve diverses propositions qui résonnent avec les débats politiques et légaux du moment. Alors que les parents se sentent « partagés entre leur devoir de protection et la place incontournable qu’occupent les outils numériques dans la vie quotidienne », pour reprendre les mots du directeur général de l’UNESCO Khaled El-Enany, le premier chapitre se penche sur la gestion du temps d’écran : « faut-il limiter, interdire ou négocier ? »

Au fil des pages, le guide est agrémenté de témoignages collectés par le gouvernement brésilien auprès d’enfants et d’adolescents de 43 municipalités. Ainsi de cette réflexion simple, mais qui demande aux adultes de s’interroger sur leurs propres pratiques numériques : « Quand les adultes donnent l’exemple, c’est plus facile pour nous de comprendre ce qu’on nous demande. »

Outre évoquer le rapport aux différents écrans et aux applications qui se trouvent dessus – le guide suggère notamment d’identifier les différences de pratiques liées à l’école et celles au loisir, et d’établir des temps dédiés en fonction de chaque usage –, le guide s’intéresse aux effets collatéraux de la connexion des plus jeunes. 80 % des adolescents n’atteignent pas les niveaux d’activité physique recommandés par l’Organisation mondiale de la santé, alors qu’elle est une « condition essentielle pour grandir en bonne santé ». Et de recommander diverses pratiques pour inciter au mouvement.

Le numérique comme espace de sociabilité et d’information

Le document incite par ailleurs les adultes à approcher les différents usages numériques avec nuance. Le jeu vidéo, par exemple, réunit les dimensions de réseau social, de commerce en ligne (avec ses effets de mode et ses demandes de monnaie virtuelle, payable en euros bien réels) et d’espace de créativité. Pour mieux approcher ces diverses dimensions, le Clemi et l’Unesco incitent les parents à jouer « ne serait-ce qu’une fois » avec leurs enfants, pour créer la confiance et faciliter les discussions.

Les réseaux sociaux, eux, sont autant d’espaces de sociabilité que d’information (la principale source en la matière pour 44 % des 18 - 24 ans). Comme le relève un récent rapport du Reuters Institute, le recours aux chatbots d’IA générative pour s’informer grimpe aussi, même s’il est encore loin derrière la consommation de vidéos publiées sur des réseaux comme TikTok, YouTube ou Instagram.

À ce titre, les échanges sur le fonctionnement du journalisme, celui des réseaux sociaux sur lesquels l’information circule, les manières de repérer de la désinformation, sont autant de sujets aussi utiles pour aiguiser le sens critique que pour éviter les manipulations. Il en va de même pour tout ce qui relève de l’exposition sur les réseaux sociaux, souvent autant le fait des parents, et de pratiques comme le sharenting (partage de photos des enfants en ligne, alors que ceux-ci sont trop jeunes pour y consentir pleinement), que de leurs enfants.

Cas pratiques et sensibilisation des parents

Les enjeux que posent les compagnons IA, très plébiscités par les adolescents, sont ainsi détaillés, de même que les nouveaux visages du cyberharcèlement (qui passe notamment, aussi, par le recours à l’IA générative). Clemi et Unesco fournissent plusieurs listes de signaux à repérer pour prendre soin de la santé mentale des plus jeunes et aider les parents à protéger leurs enfants des risques numériques – y compris de la cyber pédocriminalité.

En s’appuyant sur de nombreux cas pratiques, le guide se veut une bibliothèque d’outils à même d’aider les adultes à naviguer les aléas de l’éducation au numérique.

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Objectifs climatiques ou IA ? Pour le lobby des data centers, l’Europe doit choisir

Askip, there is no alternative
Objectifs climatiques ou IA ? Pour le lobby des data centers, l’Europe doit choisir

D’après le président du principal lobby européen des centres de données, qui représente aussi des acteurs numériques venus des États-Unis, l’Union européenne doit renoncer à ses objectifs climatiques si elle veut rester dans la course à l’IA.

À quelques jours de la vague de canicule historique qui sévit actuellement en Europe, le président de l’association européenne des centres de données a formulé une alerte tout à fait intéressante : soit l’Europe met l’accent sur le développement de l’intelligence artificielle, ce qui ne peut selon lui se faire qu’en recourant à de l’énergie carbonée, soit elle priorise ses objectifs climatiques.

C’est, du moins, les propos de Lex Coors auprès de Politico. Le contexte ? Dans le cadre de son plan d’action pour une IA continentale, la Commission européenne veut tripler les capacités rendues disponibles par l’industrie des centres de données d’ici 2032. Or, pour le président du principal lobby européen de cette industrie, qui représente aussi des géants états-uniens comme Microsoft, Google ou Amazon, ce plan est irréalisable si l’Union ne se repose que sur son énergie nucléaire ou renouvelable.

Entre centres de données et objectifs climatiques, il faudrait choisir

Si la France produit de l’énergie en excédent, cela ne signifie ni que c’est le cas de ses voisins, ni que le réseau permet pour autant d’encaisser les pics que lui demande l’installation de nouveaux data centers. Pour faire face à la demande impressionnante de ces usines de données, une possibilité consiste donc à lancer des projets permettant de les approvisionner directement en énergie.

Or, d’après Lex Coors, toutes les tentatives à l’étude en matière d’alimentation renouvelable ou nucléaire sont trop lentes. Si l’Union européenne veut réellement rester dans la course à l’IA, il appelle à « ouvrir la conversation » sur le recours à des énergies fossiles – des sources énergétiques auxquelles les géants de la tech font déjà largement recours, notamment sur le territoire états-unien.

Ce faisant, il met les pieds dans le sujet sur lequel le Think tank Shift Project alertait dès le mois d’octobre 2025 : menée sans discernement, la politique de l’IA pourrait empêcher l’Union européenne d’atteindre ses objectifs climatiques.

Plus largement, scientifiques et groupes de la société civile spécialisés dans les questions climatiques rappellent régulièrement le rôle des énergies fossiles dans le bouleversement climatique à l’échelle mondiale, et dans la vulnérabilité aux crises énergétiques à l’échelle européenne.

Pression à la souveraineté

Cette opposition entre course à l’IA et enjeux climatiques qui semble ne souffrir aucune alternative est par ailleurs formulée dans un contexte de forte pression à ce que l’Union européenne trouve une manière de renforcer sa souveraineté dans le domaine numérique en général, dans celui de l’IA en particulier.

Mi-juin, un think tank bruxellois publiait par exemple Europe 2031, une « expérience de pensée » qui venait alimenter l’idée selon laquelle l’Union européenne devrait nécessairement se lancer dans la course à l’IA sous des modalités proches de celles observées aux États-Unis ou en Chine, faute de quoi elle se verrait rapidement rayée de la carte économique mondiale. Le lendemain, Donald Trump obligeait Anthropic à fermer l’accès aux modèles Fable 5 et Mythos 5 aux pays étrangers.

Pour autant, alors que les émissions de CO₂ des centres de données français s’envolent déjà, le commissaire européen à l’Énergie Dan Jørgensen indique que les data centers sont les bienvenus sur le territoire dans la mesure où ils participent à la transition énergétique – c’est-à-dire en finançant le déploiement d’énergie renouvelable et en recyclant leurs émissions de chaleur. L’Union travaille par ailleurs à des standards minimum en termes d’efficacité énergétique qu’elle pourrait imposer aux data centers à venir.

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Le fonds IA de Bernie Sanders ? Une idée plus courante qu’on le croit

Sharing economy
Le fonds IA de Bernie Sanders ? Une idée plus courante qu’on le croit

Bernie Sanders propose de créer un fonds souverain qui permettrait à la population des États-Unis de participer aux profits générés par l’intelligence artificielle. Une proposition qui ouvre le débat : vaut-il mieux lier l’action gouvernementale à la réussite économique de ces entreprises, ou recourir à d’autres outils de partage de la valeur ?

L’intelligence artificielle est-elle profitable à l’heure actuelle ? Non, répond de manière inchangée le site web isaiprofitable.com, qui suit les investissements réalisés par les plus grandes sociétés de la tech dans l’IA, et le chiffre d’affaires qu’elles en tirent. Non plus, si l’on en croit les pertes colossales enregistrées par OpenAI et explicitées dans la documentation que l’entreprise a soumise au régulateur états-unien des marchés, la SEC, en amont d’une probable entrée en bourse.

L’intelligence artificielle n’est donc pas profitable pour le moment. Pour autant, elle a déjà de multiples effets concrets, notamment dans le discours des entreprises qui lient des projets de plan social aux gains de productivité qu’ils obtiennent de l’IA. Et c’est précisément là que le sénateur démocrate états-unien Bernie Sanders voudrait agir.

Début juin, dans une tribune publiée dans le New-York Times, l’homme politique avançait : « l’IA est une ressource publique. Vous devriez en détenir la moitié. » Sa proposition de créer un fonds souverain, dans lequel seraient placées 50 % des actions des sociétés dédiées à l’IA, ne manque pas de faire réagir.

Partager la richesse issue d’une ressource publique

L’IA « n’a pas été créée ex nihilo. Les données et langages utilisés par les outils d’IA générative ne sont pas simplement apparus dans la tête de Sam Altman ou grâce à l’imagination d’Elon Musk. » Au contraire, ces machines reposent sur l’extraction d’une vaste quantité de données personnelles et d’œuvres soumises à la propriété intellectuelle, récupérés, « pour l’essentiel (…) sans permission, sans crédit, sans compensation ».

Pour résoudre ce paradoxe, le sénateur s’apprête à proposer une loi sur le fonds souverain de l’IA américaine (American A.I. Sovereign Wealth Fund Act). Le but : donner à la population un droit de propriété commun sur ce type de technologie, pour leur permettre d’en profiter directement. Comment, alors qu’aucun profit direct n’est pour le moment mesurable ? En partageant le capital d’OpenAI, d’Anthropic, de xAI et d’autres.

D’après Bernie Sanders, cela donnerait à la population « un rôle direct dans l’orientation de l’avenir de ces technologies ». Par ailleurs, alors qu’Elon Musk est devenu le premier « trillionaire » de l’histoire (de trillion, en anglais, soit mille milliards en français) grâce à l’entrée en bourse de SpaceX, cela « garantirait » aux États-uniens que les « milliers de milliards potentiellement générés par l’IA soient utilisés pour améliorer la vie de chacun [d’entre eux] – pas simplement pour rendre les personnes les plus riches du monde encore plus riches. »

« Le principe est simple » développe-t-il, alors que les élections de mi-mandat se profilent pour novembre 2026 : « lorsqu’une ressource publique génère de la richesse, la population devrait en profiter. »

D’autres propositions de participation

La proposition est faite alors que le camp Trump lui-même envisage des prises de participation en action dans les sociétés d’IA. D’après le média NOTUS, plusieurs représentants du gouvernement des États-Unis auraient approché les plus grosses sociétés du secteur pour prendre des parts à leur capital, alors qu’OpenAI comme Anthropic préparent leurs introductions en bourse. Il y a un an, l’État local avait déjà pris 9,9 % du capital d’Intel.

Par le passé, Sam Altman lui-même a proposé de créer un fonds qui fournirait à chaque citoyen une part dans « la croissance économique tirée par l’IA ». Même Elon Musk s’est prononcé, quoique de la manière expéditive propre à X, en faveur d’un « HAUT REVENUS universel », garanti par le gouvernement fédéral. D’après l’homme le plus riche du monde, il s’agirait de la « meilleure manière de gérer le chômage provoqué par l’IA ». Fin mai, Bernie Sanders lui avait directement répondu sur X, lui posant une question : « Comment cela serait-il financé, dans la mesure où vous n’êtes même pas capable de soutenir une taxation de 5 % de votre fortune de 817 milliards de dollars ? »

La taxation, voie la plus efficace ?

À l’instar du spécialiste de la sécurité informatique Bruce Schneier, des acteurs historiques du secteur saluent les projets de fournir un meilleur contrôle démocratique du développement de l’IA et d’en partager les gains. Pour ce dernier, cela dit, le risque de la solution proposée par Bernie Sanders est de mélanger la recherche de profit privé et l’intérêt public, ce qui « inciterait le gouvernement à assouplir la réglementation, à autoriser l’exploitation des travailleurs et des utilisateurs, à restreindre la concurrence, à encourager l’adoption de l’IA sans se soucier de la responsabilité de sa mise en œuvre ni de la pertinence de son utilisation, et à agir de toute autre manière au profit des intérêts des entreprises ».

Pour le chercheur, le résultat le plus probable d’un tel fonds serait donc de renforcer l’influence des sociétés privées sur le gouvernement. Bruce Schneier appelle donc à « séparer les deux buts », de profit et d’intérêt public, une logique généralement obtenue « par la taxation ». Si les projets de taxes GAFAM portés en France et en Europe suscitent l’ire de Donald Trump, ils sont aussi soutenus par certains représentants politiques états-uniens. Sur la seule question de l’IA, ces taxes peuvent porter sur l’usage énergétique des centres de données, comme le propose la sénatrice démocrate Elizabeth Warren, ou sur l’usage de token, comme avancé par le milliardaire Mark Cuban.

Une autre manière de mettre l’IA au service de l’intérêt public serait de faire construire les technologies visées par la fonction publique. En la matière, c’est la Suisse qui donne l’exemple le plus avancé : quand bien même son modèle Apertus ne rivalise pas avec les derniers outils d’Anthropic ou OpenAI, pointe Bruce Schneier, « elle leur dame le pion en matière de transparence, de soutenabilité et de conformité avec la régulation européenne, y compris sur les questions de droit d’auteur ».

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☕️ L’impact de l’IA sur les effectifs de la fonction publique ? Matignon ne veut pas le donner



Ce 18 juin s’ouvre un groupe de travail entre l’État et les organismes sociaux pour évoquer l’intelligence artificielle dans la fonction publique. Mais l’évènement laisse aux syndicats un goût amer, car l’État présente un projet sur lequel ils n’auront plus qu’à se prononcer, rapporte Acteurs publics.

Parmi les grandes lignes du projet : le fait que l’IA devienne clairement l’objet d’un dialogue, pour ses effets sur l’organisation du travail, sur les métiers, sur les pratiques, les parcours professionnels, sur la santé au travail et en matière d’impacts environnementaux et d’usages responsables.

Illustration : Flock

Si les débats se tiennent ce 18 juin, un jeu de données manque néanmoins : les effets pressentis du déploiement de ces nouvelles technologies sur les effectifs.

Alors qu’un rapport inter-inspections portant sur le sujet est arrivé entre les mains du Premier ministre Sébastien Lecornu il y a quelques semaines, la décision a été prise de ne pas en publier les conclusions. D’après Acteurs publics, les inspecteurs seraient soumis à des consignes de confidentialité strictes, quand bien même les chiffres obtenus ne seraient pas « alarmistes ».

Mais à un an des élections présidentielles, ses conclusions pourraient alimenter des débats sur les orientations politiques opérées.

Ce type de rapport ne doit par ailleurs son éventuelle publication qu’au bon vouloir de son commanditaire, c’est-à-dire du gouvernement, qui laisse quelquefois passer plusieurs mois avant de donner son accord, voire ne les dévoile quelquefois pas du tout.

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Mastodon se lance dans les newsletters

Infolettres pour tous
Mastodon se lance dans les newsletters

Outre des collections, la version 4.6 de Mastodon propose des newsletters, une fonctionnalité qui permettra aux internautes de suivre les travaux des créateurs qui les intéressent sans nécessairement s’inscrire sur le réseau social.

Après le réseau où s’échanger des messages en quelques centaines de caractères, les mails ? C’est la direction qu’esquisse Mastodon pour sa version 4.6.

Déployée ce 17 juin, cette nouvelle version propose de créer des Collections, très nettement inspirées des « Starter Packs » de Bluesky. Elle met aussi à jour le fonctionnement des profils, et teste un nouvel outil dont l’accès dépend, pour le moment, des administrateurs d’instance : l’inscription à la newsletter du compte que vous suivez.

Suivre un internaute sans créer de compte Mastodon ni s’enfermer

L’idée : permettre aux internautes d’envoyer leur infolettre directement dans la boîte mail de leurs abonnés, y compris si ces derniers ne souhaitent pas s’inscrire à Mastodon ou à un autre service du Fediverse.

Cette possibilité permet de décentraliser l’accès aux e-mails, alors que le succès de plateformes centralisées ne se dément pas. Venue des États-Unis, Substack revendique 5 millions d’abonnés payants, malgré des débats récurrents sur sa politique de modération. En France, son concurrent Kessel indique dépasser les 2 millions d’abonnés.

Du point de vue de l’internaute, la fonctionnalité permettra donc de suivre des producteurs de newsletters sans devoir se plier aux pratiques de tracking de ce type de services. Du côté des autrices et auteurs, cela fournira par ailleurs un accès direct à la base d’abonnés ainsi constituée : les créateurs pourront par exemple la déplacer d’un serveur à un autre.

Accès « institutionnel »

À l’heure actuelle, la fonctionnalité newsletter est pensée « avant tout pour un usage institutionnel », même si Mastodon déclare s’attendre à ce que « les journalistes, les blogueurs et les autres créateurs qui gèrent leur propre serveur la trouvent aussi utile ».

En cours de création d’une association à but non lucratif, l’entreprise indique aussi limiter l’accès pour éviter de devoir gérer une brusque surcharge sur ses serveurs. Concrètement, les utilisateurs qui souhaiteraient tester la nouvelle fonctionnalité sont donc invités à se rapprocher des administrateurs de leur instance pour discuter de son déploiement. Il reviendra à ces derniers de donner aux utilisateurs en question le rôle et les permissions nécessaires pour lancer le service.

Après un pic d’activités au moment du rachat de X par Elon Musk, le nombre d’utilisateurs de Mastodon plafonne autour de 740 000 utilisateurs actifs mensuels. Malgré un fonctionnement moins décentralisé, le service états-unien Bluesky affiche de son côté 40 millions d’utilisateurs (ce qui reste faible comparé aux mastodontes X et Threads). Alors que la recherche d’indépendance et le besoin d’interopérabilité entre les plateformes sociales occupent régulièrement les conversations, le déploiement de cette fonction pourrait offrir à Mastodon une nouvelle poche d’utilisateurs.

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☕️ Intelligence artificielle et taxation numérique au cœur du G7



La taxation et la régulation du numérique avanceront-elles à Évian ? Ce 17 juin, le président de la République Emmanuel Macron accueille ses homologues du G7 pour une session de travail sur la question de la sécurisation de l’intelligence artificielle et divers autres enjeux liés au numérique, à commencer par la protection des mineurs et la taxation des géants de la tech. 


Plusieurs dirigeants de sociétés tech sont aussi présents, dont les dirigeants d’OpenAI Sam Altman, d’Anthropic Dario Amodei, ou de Mistral AI Arthur Mensch. États-Unis, Allemagne, Canada, France, Italie, Japon et Royaume-Uni sont globalement d’accord sur la question de la protection des mineurs face aux réseaux sociaux, que celle-ci passe par une interdiction jusqu’à 15 ou 16 ans.

Illustration : Flock

La taxation, comme toute forme de régulation, sont en revanche de nets sujets de dissension : le 15 juin, Donald Trump menaçait d’imposer des droits de douane de 100 % sur le vin français si l’hexagone ne supprimait pas sa taxation des sociétés numériques, ce à quoi Emmanuel Macron répondait que ce n’était « pas les États-Unis qui décident ».

En 2019, la France a instauré une taxe de 3 % sur les revenus réalisés sur son territoire par les sociétés numériques, géants états-uniens compris. Au niveau national, cette taxe s’est d’ailleurs retrouvée au cœur des débats politiques, notamment au moment de la discussion du budget. À l’international, en revanche, le Canada a été contraint de renoncer à un projet similaire en 2025.

Dans la mesure où les États-Unis viennent de bloquer l’accès à Fable 5 et Mythos 5, les derniers modèles d’Anthropic, c’est en revanche sur la souveraineté des uns et des autres sur ces nouvelles technologies qu’une large part des discussions devrait se concentrer. La France comme le reste de l’Europe ont désormais bien conscience de leur manque de maîtrise des modèles et de la puissance de calcul, de même qu’à leur dépendance à divers autres fournisseurs technologiques non européens.

Outre les discussions prévues pour le déjeuner de travail de ce 17 juin sur la question, Donald Trump doit encore être reçu par Emmanuel Macron ce mercredi soir, au château de Versailles.

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Les internautes s’informent plus via les plateformes que sur les sites et applications

Prière matinale de l'homme moderne
Les internautes s’informent plus via les plateformes que sur les sites et applications

La consommation d’information passe désormais plus fréquemment par les plateformes sociales et vidéo que par les sites web et applications des médias traditionnels, constate le Digital News Report 2026 du Reuters Institute.

Un sondage, effectué en janvier et février 2026, montre que pour la première fois, les réseaux sociaux et vidéos sont plus utilisés que les sites web et applications des chaînes de télévision et médias traditionnels pour s’informer à travers le monde. Les autrices et auteurs de ces informations continuent d’ailleurs d’évoluer : se tourner vers des influenceurs pour s’informer devient relativement normal, au point que les journalistes sont toujours plus nombreux à adopter les codes de l’influence en ligne.

Tels sont certains des constats dressés par le Digital News Report 2026 du Reuters Institute. Quinzième édition d’un travail attendu chaque année par les professionnels de l’information, le rapport s’appuie sur le sondage de 100 000 personnes interrogées à travers 48 pays (dont 2 011 en France). Parmi ses grandes conclusions, il constate aussi que les formats vidéo et l’intelligence artificielle générative gagnent des points d’usage en matière d’information.

Globalement, cela dit, la chute de confiance dans les médias traditionnels et les phénomènes d’évitement actif de tout ou partie de l’information continuent de s’étendre. En France, 29 % de la population interrogée se déclare ainsi confiante dans l’information, contre 37 % à l’échelle mondiale.

Usage des réseaux sociaux, des sites et applications de médias et de la télévision pour s’informer, par classe d’âge / Digital News Report 2026

Victoire de la vidéo en ligne

77 % de la population consomme de l’information vidéo en ligne chaque semaine. Dans 45 des 48 marchés étudiés, ils sont désormais plus nombreux à regarder des vidéos d’information de cette manière, plutôt que via les journaux télévisés. L’Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas sont les trois seuls pays où ces derniers résistent.

Au Royaume-Uni, la consommation d’information vidéo est désormais plus fréquente en ligne que via la télévision / Digital News Report 2026

Depuis la pandémie, l’évolution du recours aux plateformes sociales a vu celles qui proposent de la vidéo tirer leur épingle du jeu. Si Facebook reste la plateforme la plus citée (par 43 % du public) comme espace de consommation d’information, YouTube est déjà utilisé à ces fins par 34 % des sondés, Instagram par 26 % et TikTok par 20 %. Par ailleurs, plus du quart des interrogés indique regarder de la télé traditionnelle à la demande, via YouTube ou les smart TVs.

Proportion des répondants qui se sont informés en vidéo la semaine précédent l’enquête, dans le monde / Digital News Report 2026

Soutiens et gagnants de cette évolution, les créateurs et créatrices de contenus sont de plus en plus considérés comme des sources d’information, notamment parce qu’ils sont perçus comme plus simples à comprendre et plus divertissants que les médias traditionnels.

46 % des répondants indiquent ainsi s’informer auprès de créateurs et créatrices de tous types, et 27 % auprès de personnalités d’internet spécialisées dans l’information.

Cet intérêt est généralement cumulé avec celui de l’information traditionnelle : le public qui écoute des influenceurs le fait généralement en plus de consulter des médias. Pour les écouter, logiquement, il repose de plus en plus sur les plateformes sociales et vidéo, en particulier chez les plus jeunes.

Évolution des pratiques de consommation dans le monde, tous types de medium confondus / Digital News Report 2026

Extension du domaine de l’IA

Le recours aux chatbots d’IA s’étend, quoique de manière contrastée selon les régions. Globalement, 10 % des interrogés déclarent désormais y recourir pour s’informer, contre 7 % dans le Digital News Report de 2025. Cette évolution est tirée par les usages des plus jeunes : 16 % des moins de 35 ans déclarent recourir à l’IA dans un contexte d’information.

42 % des interrogés déclarent par ailleurs recourir à ces outils pour approfondir une information, notamment pour poser des questions supplémentaires. Si le recours global à ces technologies a doublé dans des pays où la plateformisation de l’information est déjà forte, comme la Corée du Sud (14 %), la Grèce (12 %) ou l’Espagne, leur usage est resté stable en France, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne.

Proportion des répondants qui ont utilisé des chatbots pour s’informer la semaine précédant l’enquête, par classe d’âge et par fréquence d’utilisation / Digital News Report 2026

La confiance dans la qualité des résultats fournis par des chatbots d’IA est par ailleurs tirée par l’usage : 44 % des répondants qui les utilisent se déclarent confiants dans les résultats fournis par les robots pour s’informer, tandis qu’ils ne sont plus que 17 % parmi les non-usagers.

Dans le détail, soulignons par ailleurs que ceux qui recourent à l’IA le font avant tout pour approfondir le sujet sur lequel ils s’informent – 42 % des répondants déclarent poser à leur chatbot une question sur une information qu’ils viennent d’apprendre –, tandis que plus d’un tiers y recourent pour obtenir les dernières informations (35 %), pour résumer un sujet d’actualité (34 %) ou pour trouver ou évaluer une source d’information (33 %).

Pour les médias, une conséquence évidente et déjà constatée sur la plupart des marchés est la perte de l’accès direct à leur public : entre 2024 et 2025, le trafic a dégringolé de 33 % en moyenne. Parmi la petite proportion de la population qui recourt à l’IA pour s’informer, seulement 4 % déclarent cliquer « souvent ou toujours » sur les liens sources, contre 17 % de ceux qui recourent aux réseaux sociaux pour s’informer, et 19 % de ceux qui recourent à une recherche en ligne.

La chute de la confiance dans l’information se poursuit

En parallèle de ces phénomènes, la chute de la confiance dans l’information se poursuit. D’après le Reuters Institute, sous l’effet de la plateformisation accentuée, et alors que le public continue de plébisciter une recherche d’impartialité dans l’information et d’accorder moins de crédit aux créateurs de contenu qu’aux médias traditionnels, cette confiance devrait continuer de chuter dans les années à venir.

Partout dans le monde, cela se traduit aussi par un désintérêt pour l’information. En France, qui fait partie des pays où la chute est la plus évidente, la part de la population qui se déclare « très » ou « extrêmement » intéressée par l’actualité est passée de 58 % en 2015 à 26 % des répondants en 2026.

Seulement 12 % des lecteurs français payent aussi leur information, en revanche, ils ont en moyenne deux abonnements. Une rareté, qu’on retrouve aussi en Pologne, en Australie et aux États-Unis.

Les médias de service public, lorsqu’ils existent, restent relativement appréciés. Dans plusieurs pays comme la Serbie, la Slovaquie ou l’Italie, leur image est écornée par les assauts politiques. Il en va de même en France, où France Télévisions reste consultée de manière hebdomadaire par un tiers des Français. En parallèle, 22 % des interrogés déclarent l’impact du service public positif, et 31 % l’estiment négatifs.

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