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Microsoft 365 : de nombreuses données perdues après l’arrêt d’une offre gratuite

À la va-vite
Microsoft 365 : de nombreuses données perdues après l’arrêt d’une offre gratuite

Après l’arrêt de l’offre gratuite à 365 Business Premium et Office 365 E1 pour les organismes sans but lucratif, nombre d’entre eux ont perdu leurs données. Microsoft avait prévenu, mais la communication de l’entreprise a été bien confuse et les données non récupérables.

Pendant des années, Microsoft a offert un accès gratuit à son offre 365 Business Premium aux organismes sans but lucratif qui le demandaient. L’année dernière, l’entreprise a décidé d’arrêter ce programme de « subvention » et l’a fait savoir. Mais elle a ensuite validé les renouvellements annuels de licences des associations, laissant ainsi penser que les comptes seraient maintenus. Résultat : de nombreuses associations ont perdu leurs données.

L’abandon annoncé il y a un an mais des renouvellements qui laissent les utilisateurs dans le flou

En mai 2025, Microsoft annonçait qu’elle supprimait, pour les organismes à but non lucratif, la gratuité des offres MS 365 Business Premium et Office 365 E1 « afin de rationaliser [son] offre d’aides et de simplifier [son] portefeuille d’aides ». Elle poussait ces organisations à passer à d’autres offres, notamment MS 365 Business Basic pour laquelle elle promettait d’offrir 300 licences. Elle ajoutait qu’elle mettrait quand même en place, pour les anciens bénéficiaires des offres gratuites, un programme de remises « pouvant atteindre 75 % » visant notamment les produits MS 365 Business Premium et Office 365 E1.

Bref, après avoir attiré de nombreuses organisations à but non lucratif, Microsoft voulait qu’une bonne partie d’entre elles passe à la caisse. Mais un an après, beaucoup de responsables de ces organisations se plaignent d’avoir perdu leurs données, comme on peut le lire sur le forum de Microsoft. Ainsi, l’un d’eux écrit : « Nous sommes une association à but non lucratif qui a reçu 10 licences gratuites de Microsoft 365 Business Premium. Depuis le 21 mai 2026, nous ne parvenons plus à accéder aux logiciels Microsoft. Plus grave encore, nous ne pouvons plus accéder à OneDrive, où sont stockés tous nos fichiers ».

Un autre signale que l’abonnement à l’offre a été arrêté alors qu’un email envoyé par Microsoft lui indiquait que la date d’expiration de l’abonnement était le 5 mai 2027. Sur Facebook, encore un autre explique que, pour l’abonnement de son organisation, cette date était prévue le 12 septembre 2026 : « J’apprécie énormément ce qu’ils ont fait pour nous grâce à cette subvention ces deux dernières années. Je leur en suis très reconnaissant ! Mais on ne dit pas aux gens, il y a 10 jours, qu’ils ont jusqu’au 12 septembre 2026 pour ensuite mettre fin à la subvention sans aucun préavis. Ils pourraient vraiment faire beaucoup mieux, surtout envers les associations à but non lucratif… ».

Des données supprimées alors que l’abonnement a bien été renouvelé

C’est aussi arrivé à Ronald Khosla, le responsable d’un petit organisme à but non lucratif nommé Canopy. Celui-ci propose d’aider des startups dont le but est de protéger l’environnement. Interrogé par Slate, Ronald Khosla a expliqué à nos confrères que, depuis des années, Canopy dépend des licences de ce genre offertes par Microsoft. Mais le 11 juin dernier, il s’est aperçu que toutes les données de l’organisme stockées dans OneDrive avaient été supprimées. Au téléphone, un représentant du service client lui aurait affirmé qu’environ 171 000 organisations de ce type ont « tout perdu » sur leurs comptes OneDrive.

En octobre 2025, il avait pu renouveler sa licence, recevant un email lui confirmant le maintien de son accès jusqu’au 4 octobre 2026. Et l’email de confirmation ne donnait aucune information complémentaire sur le processus progressif de suppression de ces offres. Il n’a reçu aucun rappel ensuite, a-t-il expliqué à la publication.

Dans un communiqué envoyé en réponse à Slate, Microsoft a répondu : « Nous avons vivement conseillé à nos clients et partenaires à but non lucratif de passer à une autre offre Microsoft 365 destinée aux organisations à but non lucratif avant la date de renouvellement de leur abonnement, afin d’éviter toute interruption de service et toute perte de données ».

Des alternatives dans l’associatif

Rappelons qu’en dehors des offres de ce genre d’entreprises comme Microsoft, le milieu associatif peut bénéficier de services hébergés par des associations comme Framasoft. L’année dernière, Pierre-Yves Gosset, coordinateur des services numérique de Framasoft, nous annonçait le chiffre de 2 100 associations qui ont un espace sur Framaspace, l’environnement de travail collaboratif proposé exclusivement aux associations par Framasoft depuis 2023.

Il nous expliquait alors : « on s’est dit qu’il y a plein d’associations qui n’ont pas les moyens de développer leurs propres outils et donc c’est peut-être à nous, association 1901, de faciliter la première marche pour que ces associations puissent agir et amener la société vers plus de progrès social et de justice sociale, ce qui est un des objectifs de Framasoft ».

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Après avoir mis sur pause la version adulte de ChatGPT, OpenAI lance sa version ado

Ça dépend du point de vue où on se place
Après avoir mis sur pause la version adulte de ChatGPT, OpenAI lance sa version ado

Alors que sa responsabilité a été plusieurs fois mise en cause concernant l’utilisation de son chatbot par des adolescents, l’entreprise de Sam Altman met en place une version réservée aux ados, qui s’active si l’utilisateur déclare avoir moins de 18 ans ou si l’outil considère que son expression est celle d’un adolescent.

Sam Altman affirmait en octobre dernier vouloir « traiter les utilisateurs adultes comme des adultes » en mettant en chantier un mode pornographique qualifié d’« adulte » pour ChatGPT, mis sur pause en mars dernier. Finalement, l’entreprise pivote sa communication et sort une version « adolescent » du chatbot.

L’année dernière, OpenAI a été attaquée en justice dans plusieurs affaires concernant notamment le suicide de plusieurs adolescents. En novembre dernier, devant l’un des tribunaux, l’entreprise plaidait que les dommages causés à la victime sont le fait du « mésusage, de l’usage non autorisé, non voulu, imprévisible et impropre de ChatGPT ». Si devant la justice, l’entreprise de Sam Altman veut prendre le moins de responsabilités possible, ces cas ont dû infléchir la politique d’OpenAI concernant les adolescents.

Sécurité, études et contrôle parental

Et pour éviter toute interdiction de son outil aux mineurs, rien de mieux que de proposer une version qui leur est destinée. Ainsi, OpenAI présente ce mode comme une version qui « donne la priorité à la sécurité des adolescents, favorise un accompagnement concret, traite les adolescents comme tels et fait preuve de transparence quant au fonctionnement de nos systèmes ». Notamment, l’entreprise met en avant un mode « étude » pour accompagner les ados dans leurs devoirs, mais aussi « des mesures de protection adaptées à leur âge, conçues pour limiter leur exposition à des contenus susceptibles d’être préjudiciables ».

OpenAI y ajoute un contrôle parental qui permet de régler certains paramètres sans pour autant permettre aux parents d’accéder aux discussions de leurs enfants.

Basé sur un système de prédiction d’âge

Pour déterminer si un utilisateur est mineur, OpenAI se basera sur la date de naissance, si elle a été renseignée ou sur l’analyse des discussions de l’utilisateur faite par son système de prédiction d’âge. Au New York Times, OpenAI affirme utiliser plus de 2 000 indicateurs pour détecter si un utilisateur a moins de 18 ans. Si c’est le cas, le compte bascule automatiquement en mode « adolescent ».

En début d’année, lorsqu’elle pensait encore s’appuyer sur ce système pour lancer son mode « adulte », selon des informations du Wall Street Journal, il classait à tort 12 % des mineurs comme des adultes. Si tel est encore le cas, cela permettrait à des millions d’utilisateurs de moins de 18 ans d’accéder à des services qui ne leur sont pas adaptés. La page d’explication concernant le système sur le site de l’entreprise n’a pas été mise à jour depuis janvier et n’indique donc pas le nombre de faux négatifs actuel de ce système.

Si la communication d’OpenAI a fait un volte-face important, la mise en place du mode « adolescent » n’hypothèque en rien celle d’un mode pornographique qualifié d’« adulte » plus tard. Au contraire, après avoir testé et ajusté la fiabilité de son système, il sera d’autant plus facile pour OpenAI d’activer un mode pornographique pour les adultes. Rappelons néanmoins qu’en allant sur ce terrain, son concurrent SpaceXAI a massivement poussé à la génération de deepfakes et a été utilisé pour créer des images pédocriminelles.

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☕️ Une enquête lancée suite aux ingérences contre Gabriel Attal et Édouard Philippe



Le parquet de Paris vient d’annoncer l’ouverture d’une enquête à propos des soupçons d’ingérences numériques visant les campagnes de Gabriel Attal et Édouard Philippe.

À l’AFP, la section protection des libertés fondamentales du parquet a expliqué s’être « saisie d’initiative ». Début août, plusieurs candidats, dont Gabriel Attal et Édouard Philippe, mais aussi Raphaël Glucksmann ont signalé avoir été ciblés par ce genre d’attaques. Le parquet parisien avait déjà communiqué sur l’ouverture d’une enquête sur les faits concernant Raphaël Glucksmann. Les ingérences concernant les deux autres candidats concernés font donc aussi l’objet d’une enquête.

Le parquet a voulu préciser que, « pour les trois personnalités évoquées », sa section protection des libertés fondamentales s’était « saisie d’initiative (…) avant même réception des plaintes adressées au parquet ».

Illustration : Flock

Si ces ingérences, une fois détectées, font beaucoup de bruit, il est difficile de savoir si elles ont une réelle portée avant, puisqu’elles sont souvent très relayées sur les réseaux sociaux, mais par des comptes qui n’ont que très peu d’audience.

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Pour Israël, des agences de com’ créent un faux think tank pour influencer les chatbots

Bullshit Institute
Pour Israël, des agences de com’ créent un faux think tank pour influencer les chatbots

Par l’intermédiaire de l’agence de publicité Piro, Havas a monté de toutes pièces le site d’un faux « think tank » pour le compte d’Israël. Toutes les soi-disant études sont rédigées de manière à influencer les chatbots sur certaines questions concernant notamment Israël ou Gaza. Une autre agence de communication gérée par l’ancien directeur de la campagne numérique de Donald Trump, Clock Tower X, aide Havas à diffuser la propagande israélienne dans les chatbots IA.

Des agences de communication qui ont pignon sur rue commencent à organiser des campagnes d’influence visant les chatbots pour le compte d’États.

Le Hanover Institute qui n’existait pas

Et en l’occurrence, l’agence n’est pas n’importe laquelle. Puis qu’avec l’aide de l’agence Piro, Havas a confectionné le site d’un faux think tank pour Israël. Sous le nom de Hanover Institute for public policy, ces deux agences publient de nombreux textes présentés comme des « data reports », leur contenu est pensé pour diffuser largement les éléments de langage du pays dirigé par Benyamin Nétanyahou.

Avec son nom qui semble porter un discours académique, la reprise de ses contenus peut passer inaperçue dans la restitution d’un sujet généré par un chatbot comme Perplexity, ChatGPT ou Claude dont certains ont commencé à le citer.

Une campagne déclarée aux autorités états-uniennes

Politico a repéré que l’agence Piro a déclaré cette campagne aux autorités américaines. En effet, aux États-Unis, le Foreign Agents Registration Act (FARA) impose aux personnes physiques et morales qui exercent des activités de lobbying pour un autre pays de se déclarer au Département de la Justice (DOJ) en détaillant ces activités ainsi que les rémunérations liées.

Piro a ainsi signalé, dans le document obtenu par Politico, avoir été mandaté par la filiale allemande d’Havas (Havas Media Germany GmbH), « pour le compte de l’Agence de publicité du gouvernement israélien » afin de « fournir des services de stratégie, de recherche, de développement éditorial, de création, de production, de planification de la diffusion et autres services connexes dans le cadre d’une initiative de contenu d’information publique fondée sur des faits, menée pour le compte du ministère israélien des Affaires étrangères ». Un deuxième document transmis aux autorités américaines liste des dizaines d’articles publiés sur le site du Hanover Institute for public policy.

Selon le premier document, cette campagne, pour laquelle Piro doit toucher 100 000 dollars, fait partie d’une mission plus large de communication numérique commandée par Havas dont le montant total est d’un million de dollars.

Outre de la communication numérique « classique », le site de Piro met en avant une nouvelle section nommée « AI story optimization » dans laquelle l’entreprise se targue de créer du storytelling visant les agents IA.

Une influence efficace notamment sur Perplexity

Concernant le faux site de think tank Hanover Institute for public policy, les résultats ne sont pas nécessairement au rendez-vous. Politico indique que ChatGPT et Perplexity ont cité la propagande du site créé par Piro et Havas, en réponse à certains de leurs tests.

De notre côté, après quelques tests, ChatGPT et Claude n’ont pas cité ce faux think tank. Par contre, Perplexity l’a référencé à plusieurs reprises lorsque nous avons repris des questions (en anglais) qui servent de titres aux articles publiés sur ce site :

Quand on navigue sur le site du Hanover Institute, tout le design est fait pour le présenter comme celui d’un think tank étudiant « les facteurs qui alimentent l’antisémitisme aux États-Unis ». Aucun article n’est signé et ne fait référence à une commande du gouvernement israélien. L’agence de communication indique par contre dans le pied de page : « Ce document est diffusé par Piro, Inc. pour le compte de Havas Media Germany GmbH, agissant pour le compte de l’Agence de publicité du gouvernement israélien (LaPam) ». La page « about » mentionne aussi ces trois entités.

L’ancien directeur de la campagne de Trump fait de même avec une fausse association pour la paix

Le partenariat d’Israël avec Havas concernant l’influence des chatbots IA ne s’arrête pas là. Comme l’avait révélé le Time mi-juillet, l’ancien directeur de la campagne numérique de Donald Trump, Brad Parcale et son entreprise Clock Tower X ont créé un site nommé Pax Point. Celui-ci ressemble à celui d’une organisation humanitaire israélienne qui serait engagée pour la paix.

De la même façon que pour le site du faux Hanover Institute, dans le pied de page est indiqué : « Ce document est diffusé par Clock Tower X LLC pour le compte de l’État d’Israël » sans pour autant mentionner Havas. Pour retrouver les traces de la multinationale de la communication, il faut aussi passer par l’enregistrement FARA déposé par Clock Tower X. Cet enregistrement, daté de décembre 2025, (mis en ligne ensuite par Politico) explique que l’entreprise de l’ancien conseiller de Donald Trump a passé un contrat avec la filiale allemande d’Havas, encore, pour mener des opérations d’influence numérique. Ainsi, l’entreprise doit assurer la mise en ligne de sites web et de contenus destinés à influencer les conversations des modèles IA.

Le contrat comporte aussi un volet réseaux sociaux dans lequel Clock Tower X s’engage à produire 100 contenus originaux chaque mois, dont au moins 80 % destinés à la Gen Z sur TikTok, Instagram, YouTube et dans des podcasts.

Contactées par Next, Havas, Clock Tower X et Piro ne nous ont pas encore répondu. Nous ne manquerons pas de mettre à jour cet article le cas échéant.

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Grok aurait généré 7 000 deepfakes pédocriminels d’une mineure pour son beau-père

🤢️
Grok aurait généré 7 000 deepfakes pédocriminels d’une mineure pour son beau-père

Après la vague de deepfakes sur Grok fin 2025-début 2026, des enquêtes ont été lancées et plusieurs adolescentes et jeunes femmes ont porté plainte contre SpaceXAI mais aussi Stability AI. Cinq plaignantes, toutes mineures au moment des faits, les accusent d’avoir produit des contenus pédocriminels pour leurs utilisateurs. L’un d’entre eux était le beau-père d’une des victimes, un autre l’un de ses amis.

Attention : le sujet de cet article est particulièrement difficile et certains détails évoqués peuvent heurter.

Pendant plus de six mois, Elon Musk et son entreprise d’IA générative ont incité leurs utilisateurs à générer avec Grok des images de femmes mises à nu et/ou dans des positions sexuelles. SpaceXAI (le nouveau nom de xAI) est maintenant accusée, aux États-Unis, d’avoir laissé Grok générer des milliers de photos pédocriminelles de cinq plaignantes, à la demande de ses utilisateurs.

« Les puissants outils de l’intelligence artificielle peuvent produire des résultats stupéfiants », commence la plainte de ces cinq jeunes femmes :

« Imaginez : la vidéo d’une véritable enfant transformée par une plateforme d’IA pour représenter une scène entièrement nouvelle. Le visage de l’enfant reste le même ; ses membres bougent comme ceux de l’enfant réel ; même son rire conserve la même intonation. »

« Telle une poupée de chiffon à qui la magie noire aurait donné vie, cette enfant peut être manipulée pour prendre n’importe quelle posture, aussi malsaine, fétichiste ou illégale soit-elle », continue la plainte. « Pour le spectateur, la vidéo qui en résulte semble tout à fait réelle. Quant à l’enfant, ses traits distinctifs seront désormais à jamais associés à une vidéo montrant les abus sexuels dont elle a été victime ».

Grok et d’autres IA génératives peuvent ainsi créer des images très réalistes (même si complètement irréelles) d’enfants existants dans des positions lascives, les dénuder ou même les inclure dans des images sur lesquelles ils (et très souvent elles) subissent des violences sexuelles.

Trois jeunes femmes, toutes mineures au moment des faits (une d’entre elles l’est encore), ont porté plainte aux États-Unis en mars dernier. Elles ont été rejointes par deux autres (mineures aussi au moment des faits) en juillet dernier. Le document [PDF] décrit la génération de milliers de contenus pédocriminels (CSAM).

L’utilisation d’une photo d’une victime prise lorsqu’elle avait 11 ans

L’une d’entre elles accuse notamment SpaceXAI d’avoir généré plus de 7 000 fausses images la représentant dans des scènes de viol pour son beau-père. Celui-ci a utilisé le chatbot Grok de l’entreprise pour les obtenir en uploadant une photo d’elle prise lorsqu’elle avait 11 ans. La plainte détaille des images très explicites, le sous-titre d’une d’entre elles décrit le viol par le beau-père.

« Ma vie était tout à fait normale », explique la plaignante de manière anonyme auprès du Washington Post, « moins de 48 heures plus tard, c’était devenu un véritable cauchemar ». « L’accès illimité à ces outils se généralise à une vitesse fulgurante », ajoute-t-elle : « Cela transforme la vie quotidienne en une situation d’abus sexuel sur mineur ».

Ce cas a été découvert par les autorités américaines qui ont lancé une enquête contre le beau-père pour détention de contenus pédocriminels. Mais deux jours après les investigations sur les disques durs utilisés par le beau-père, celui-ci s’est suicidé. La plainte explique qu’à la suite de ce suicide, la victime a traversé une période de crise personnelle très grave : « Elle a dû faire face au traumatisme lié à sa propre exploitation sexuelle tout en aidant sa mère à surmonter la perte de son beau-père ».

De plus, selon son témoignage auprès de nos confrères, il n’a pas été inculpé car, si SpaceXAI a fait un signalement, l’entreprise n’a pas fourni aux autorités les deepfakes en question. L’entreprise aurait même, dans un premier temps, transmis l’information à la cellule de lutte contre la cybercriminalité du mauvais État.

Selon le Washington Post, le beau-père aurait uploadé la première photo de sa belle-fille quelques semaines après qu’Elon Musk a, mi-janvier, certifié que son outil « refuserait de produire quoi que ce soit d’illégal ». SpaceXAI n’a pas voulu répondre à nos confrères.

Stability AI ajoutée à la plainte

Les deepfakes concernant les autres plaignantes sont aussi décrits, dans la plainte, comme des contenus pédocriminels. Pour l’une d’entre elles, c’est aussi un proche qui a utilisé l’IA générative pour créer des images d’elle : « L’auteur des faits avait accès aux photos de [la jeune fille] car il entretenait une relation étroite et amicale avec elle, profitant de la confiance qu’elle lui accordait pour l’inciter à lui envoyer des photos d’elle-même », explique la plainte.

Dans la nouvelle version de la plainte, les avocats des plaignantes ont ajouté une autre entreprise au banc des accusés : Stability AI, qui diffuse son modèle en « open-weight » (on parle de modèle à poids ouverts quand ses paramètres internes – les « poids » – calculés lors de l’apprentissage sont partagés publiquement). Les applications installées sur le téléphone de plusieurs auteurs des faits, utilisées pour créer les contenus pédocriminels générés par IA représentant les plaignantes, s’appuyaient « sur les outils de génération d’images de Stability AI pour produire ces contenus illicites », affirment les avocats des plaignantes.

« La capacité d’un modèle à poids ouvert à générer du contenu CSAM, que ce soit « tel quel » ou après un ajustement par l’utilisateur, dépend fortement de la familiarité du modèle avec les contenus de nudité présents dans ses données d’entraînement initiales », expliquent-ils. Et ils ajoutent que les modèles Stable Diffusion SD 1.0 et 1.5 ont été entrainés sur les données de LAION-5B, une base de données qui a pendant, un certain temps, listé des contenus pédocriminels.

« Les modèles Stable Diffusion SD 1.0 et 1.5 ayant été entraînés sur du contenu pédocriminels, ils étaient capables de générer ce type de contenu », commentent les avocats. « Lorsqu’un modèle à poids ouverts a été entraîné sur du contenu pédopornographique, comme ce fut le cas pour Stable Diffusion, ces barrières s’avèrent faciles à contourner ».

Les deux entreprises n’ont pas encore été entendues par la justice. D’abord prévues le 13 aout dernier, l’audience préliminaire concernant ce procès a été reportée [PDF] au 15 octobre.

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Le chaos permanent : nouveaux départs à la direction d’OpenAI

Portes Ouvertes
Le chaos permanent : nouveaux départs à la direction d’OpenAI

Alors que l’entreprise de Sam Altman prépare toujours son entrée en Bourse, OpenAI voit encore plusieurs personnes de sa direction partir vers d’autres horizons. C’est le cas notamment de sa Chief Revenue Officer (directrice des revenus), Denise Dresser.

Seulement huit mois après son arrivée à OpenAI, Denise Dresser prépare ses valises. Après avoir dirigé Slack, elle avait été nommée responsable des sources de revenus (Chief Revenue Officer, CRO) d’OpenAI en décembre dernier. Dans un post publié sur son site, l’entreprise affirme qu’elle part « afin de se consacrer à d’autres projets à l’issue d’une période de transition, durant laquelle elle travaillera en étroite collaboration avec l’équipe commerciale pour accompagner nos clients ».

OpenAI est allée chercher l’ancien responsable de l’entreprise de cybersécurité Wiz (rachetée l’an dernier par Google), Dali Rajic. « Denise a dirigé notre division commerciale pendant une période décisive pour l’entreprise et a travaillé sans relâche pour amener l’équipe là où elle en est aujourd’hui », déclare le président et cofondateur d’OpenAI, Greg Brockman, dans le communiqué. « La manière dont nous déployons cette technologie évolue rapidement, et Dali saura transformer les enseignements tirés en une approche reproductible à mesure que nous développons le système complet visant à rendre l’IA largement utile aux particuliers et aux entreprises ».

En perpétuelle réorganisation

Mais ce départ donne l’impression qu’OpenAI est en perpétuelle réorganisation. Il y a cinq mois seulement, l’entreprise se réorganisait après l’annonce du congé maladie de la « CEO des applications » et numéro 2 de l’entreprise, Fidji Simo. À l’époque, les discussions étaient aussi tendues en interne concernant le calendrier de l’introduction en bourse (IPO) d’OpenAI. En juillet, Fidji Simo a annoncé quitter ses fonctions exécutives en invoquant toujours des raisons médicales.

Cette semaine, OpenAI a vu le départ d’un autre salarié important dans la hiérarchie de l’entreprise. Ainsi Brad Lightcap a expliqué lundi qu’il allait partir de l’entreprise et « commencer quelque chose de nouveau ». Venant de Dropbox mais aussi de Y Incubator, il était proche de Sam Altman et a occupé le poste de Chief Financial Officer en arrivant en 2018 avant d’être nommé Chief Operating Officer en 2022. Depuis l’absence de Fidji Simo, il avait aussi repris sous sa responsabilité les « projets spéciaux » de l’entreprise. « Je me sens incroyablement chanceux d’avoir pu passer une bonne partie de la dernière décennie à poursuivre notre mission et à construire cette entreprise », affirme-t-il.

Greg Brockman, en patron

Selon le New York Times, ces changements arrivent alors que Greg Brockman prend plus de place dans la direction de l’entreprise. Ça serait lui qui aurait contacté Dali Rajic pour développer plus fortement l’activité d’OpenAI tournée vers les entreprises. OpenAI veut maintenant booster son offre alors que son principal concurrent Anthropic a pris quelques longueurs d’avance.

Dans la note interne envoyée par Greg Brockman aux salariés d’OpenAI annonçant ces changements, il leur a aussi indiqué que le chiffre d’affaires annuel prévisionnel d’OpenAI avait augmenté de plus de 20 % d’un mois à l’autre en juillet, avec une croissance de 32 % pour les clients professionnels, explique de son côté Bloomberg.

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OpenAI sort sa fonction « recall » s’appuyant sur l’historique du clavier, des clics, etc.

Un keylogger plutôt que des captures d'écran 🤔
OpenAI sort sa fonction « recall » s’appuyant sur l’historique du clavier, des clics, etc.

L’entreprise de Sam Altman a mis en place une fonction qu’elle appelle « Computer History » mais qui a le même but que le Recall de Microsoft : enregistrer toutes les actions de l’utilisateur pour pouvoir ensuite les lui rappeler plus facilement. Au lieu de se baser sur des captures d’écran, cette fonctionnalité loggue toutes les actions de l’utilisateur puis les résume.

« ChatGPT est désormais capable de mémoriser votre activité sur les applications et les sites web de votre ordinateur », se vante OpenAI dans un tweet présentant son système, appelé « Computer History », qui permet à ChatGPT de s’appuyer sur toutes les actions de l’utilisateur pour lui rappeler ce qu’il a fait sur son ordinateur.

ChatGPT can now remember your activity across the apps and websites on your computer.

With Computer History in the desktop app, future interactions feel more personalized and require less explanation. pic.twitter.com/WHZPxPp31R

— OpenAI (@OpenAI) August 13, 2026

Il y a deux ans, Microsoft a dévoilé Windows Recall, une fonction chargée d’enregistrer tout ce qui se passe sur l’ordinateur pour le régurgiter en cas de recherche. Basée sur une multitude de captures d’écran, elle est décriée quasiment depuis son annonce en 2024 pour les nombreuses questions sur la vie privée qu’elle pose, notamment sur les données sensibles. Activée au départ par défaut, Microsoft a relancé son projet en avril dernier en revoyant l’architecture de sécurité de la fonction et en la laissant maintenant éteinte par défaut.

Un recall pour macOS désactivé par défaut

L’entreprise de Sam Altman semble vouloir suivre les pas de Microsoft en lançant son « Computer History ». Cette fonctionnalité « transforme votre activité sur les applications et les sites web en souvenirs et en une chronologie que ChatGPT et Codex peuvent consulter », explique OpenAI. « Vous pouvez poser des questions en langage naturel sur vos travaux récents, reprendre là où vous vous êtes arrêté, identifier des tendances dans votre façon de travailler et transformer des processus récurrents en compétences ou en automatisations », ajoute l’entreprise.

Mais elle s’appuie sur l’expérience de son concurrent en espérant ne pas (trop) subir de critiques. D’abord, OpenAI ne marche pas sur les platebandes de Microsoft pour l’instant et propose son « Computer History » pour les seuls utilisateurs de macOS (ceux qui sont situés dans l’Espace économique européen, en Suisse ou au Royaume-Uni ne sont pas encore concernés). Computer History est disponible pour les utilisateurs de ChatGPT Pro, Business et Enterprise, mais est désactivée par défaut.

Pas de capture d’écran, mais de la surveillance des clics, de la saisie de clavier, etc.

Ensuite, Computer History ne s’appuie pas sur des captures d’écran. OpenAI avait bien sorti en avril une fonction pour Codex nommée « Chronicle Research Preview » qui, elle, utilisait des captures d’écran, mais celle-ci a été abandonnée. La page du site web d’OpenAI expliquant cette fonction redirige maintenant l’utilisateur vers celle de « Computer History ». « Computer History remplace l’ancienne fonctionnalité Chronicle Research Preview, mais il s’agit d’un système entièrement repensé et non d’un simple changement de nom », précise d’ailleurs l’entreprise.

Mais alors, sur quoi s’appuie la nouvelle fonction de ChatGPT ? OpenAI explique qu’elle « génère un flux d’événements d’interaction à partir des applications et des sites web autorisés ». « Ces événements peuvent inclure les clics, la saisie au clavier, les raccourcis clavier, les changements d’application et le contexte que macOS met à disposition via son système d’accessibilité », ajoute-t-elle. Bref, Computer History enregistre toutes les activités de l’utilisateur effectuées via les applications et sites qu’il a lui-même listés. Il n’est pas sûr que ça rassure vraiment les utilisateurs. La fonction « transforme périodiquement ces événements en résumés textuels et en fichiers stockés en mémoire locale ».

OpenAI précise que les fichiers de logs temporaires bruts sont conservés pendant 48 h maximum, mais les fichiers générés ensuite restent sur l’ordinateur « jusqu’à ce que vous les supprimiez ou les effaciez, et vous pouvez les consulter dans la chronologie de l’historique ».

Des données traitées sur les serveurs d’OpenAI

Mais l’entreprise ajoute aussi que les fichiers de logs sont traités « sur ses serveurs afin de générer des souvenirs ». Ainsi, les données de toutes les interactions de l’utilisateur ne restent pas en local.

« OpenAI ne conserve pas ces fichiers d’événements après leur traitement, sauf si la loi l’exige, et ne les utilise pas à des fins d’entraînement », explique encore l’entreprise. Il faudra faire particulièrement attention, par contre, lors de l’utilisation de la fonctionnalité dans le chat. Puisque les résultats peuvent, eux, être utilisés par OpenAI pour l’entrainement de ses modèles si vous l’autorisez dans les options de contrôle de données.

Enfin, OpenAI précise que cette fonctionnalité augmente les risques d’injection de prompt provenant du contenu des applications et des sites web et qu’elle consomme des tokens lorsqu’elle résume l’activité de l’utilisateur et génère les fichiers qu’elle utilise ensuite.

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Espace : la longue marche vers le réutilisable

Et le biodégradable, c'est pour quand ?
Espace : la longue marche vers le réutilisable

Cet été, Américains, Européens, Chinois et Russes continuent leur longue marche vers le spatial réutilisable, chacun à son rythme.

Alors que SpaceX a fait des avancées importantes vers le tout réutilisable mais rencontre des difficultés, la Chine a réussi pour la première fois, cet été, l’atterrissage d’une fusée au lanceur réutilisable. Du côté européen, le démonstrateur de lanceur réutilisable Themis avance doucement avec la réussite de sa répétition générale avant lancement. Enfin, les Russes annoncent avoir finalisé les plans de leur lanceur au premier étage réutilisable tout en repoussant son premier lancement à 2031.

Rappelons d’abord que les Américains (notamment SpaceX mais aussi Blue Origin) restent largement en avance sur le reste du monde concernant les fusées réutilisables et notamment leur premier étage.

Un bouclier de StarShip trop long à vérifier ?

Cet été, SpaceX a beaucoup avancé sur son projet Starship avec le treizième essai de son lanceur spatial superlourd, le 24 juillet dernier. Celui-ci a réussi à envoyer correctement les 20 satellites Starlink de troisième génération mais, lors de son retour, le booster n’a pu rallumer que 10 de ses 13 moteurs et il est arrivé trop vite dans l’eau du Golfe du Mexique. SpaceX a reconnu le problème en utilisant l’euphémisme d’un « amerrissage brutal dans le golfe ».

Suite à cet essai, certains mettent en doute la conception du bouclier thermique du deuxième étage de Starship qui n’a pourtant eu aucun problème d’amerrissage. Celle-ci ne serait pas, en soi, problématique pour la rentrée atmosphérique du lanceur. Mais « le système de protection thermique actuel de Starship est une impasse pour toutes les missions qui exigent une réutilisabilité totale et rapide », estime Dan Rasky, un ancien ingénieur de la NASA interrogé par ArsTechnica.

Ce système serait confronté au même problème que celui qu’avait rencontré la NASA lors de sa navette spatiale il y a 50 ans : l’inspection après chaque vol des tuiles utilisées prend un temps important qui rend la réutilisation plus lente qu’espéré.

Une première en Chine

En parallèle de cet essai, les autres nations avancent à leur rythme. La Chine a récupéré pour la première fois un lanceur réutilisable le 10 juillet dernier, expliquait l’AFP. La fusée Longue Marche-10B a placé un satellite en orbite après avoir décollé de l’île de Hainan. « Cette mission marque la première récupération contrôlée réussie du premier étage d’un lanceur par la Chine, ainsi que la première mondiale d’une récupération en mer par filet », a affirmé l’Agence spatiale nationale chinoise (CNSA).

Contrairement à SpaceX, CNSA n’utilise pas, en effet, de pieds d’atterrissage mais des crochets fixés sur le lanceur qui s’accroche à un filet de récupération, ce qui permet de ne pas ajouter trop de poids. Le spatial chinois a pour autant du mal à démontrer une fiabilité importante. Ainsi, le 11 aout dernier, la fusée Longue Marche 7A a explosé peu après son décollage.

Themis sur la voie

Côté européen, c’est Themis qui donne de ses nouvelles. Ce 23 juillet 2026, le démonstrateur a effectué une répétition de la chronologie de vol au centre spatial d’Esrange, en Suède, annonce SSC Space. « L’objectif de cet essai était de simuler les opérations de lancement dans des conditions cryogéniques, notamment la préparation avant vol du démonstrateur et de sa rampe de lancement, ainsi que la passivation du système qui sera effectuée après la récupération post-vol », explique la société suédoise de services spatiaux partenaire d’ArianeGroup sur ce projet.

Tout semble s’être bien passé dans cette nouvelle étape, et les deux entreprises indiquent que « chaque étape franchie marque un nouveau progrès vers la mise en place de technologies de lancement réutilisables en Europe ». Mais cette marche vers le réutilisable européen semble longue. En juillet 2025, le CNES prévoyait les premiers vols verticaux à basse altitude, depuis la base de Kiruna en Suède pour cette même année.

Les Russes encore plus en retard

Enfin, côté russe, le pouvoir annonce que son agence a achevé le design du lanceur Amour-SPG doté d’un premier étage réutilisable. « Nous prévoyons le premier lancement de l’Amour-SPG en 2031. La conception du projet est entièrement achevée ; les travaux se concentrent désormais exclusivement sur le matériel », a déclaré Leonid Mikhailenko (directeur général par intérim du Centre spatial « Progress ») dans une vidéo publiée mardi sur la chaîne Max de Vyacheslav Fedorishchev, gouverneur de la région de Samara, explique l’agence de presse étatique Interfax.

Selon cette agence, Dmitry Bakanov, le directeur de l’agence spatiale russe Roscosmos, avait annoncé en avril qu’un prototype du premier étage réutilisable de la fusée devrait être présenté d’ici 18 à 24 mois. Avec cette date de 2031, la Russie prévoit donc aussi un retard de son projet dont le premier décollage était prévu, en 2023, pour une date comprise entre 2028 et 2030.

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Trump enrôle le secteur privé pour les missions de cybersécurité des États-Unis

Le club des cyber-flibustiers
Trump enrôle le secteur privé pour les missions de cybersécurité des États-Unis

Via un mémo officiel, Donald Trump change la politique de cybersécurité de son pays. Il autorise, sous contrôle de l’État fédéral américain, des entreprises préalablement listées à mener des cyberattaques contre des « organisations criminelles transnationales ».

Jusque-là, aux États-Unis, ce sont les agences gouvernementales fédérales qui menaient les missions de cybersécurité du pays. Mais, dans un mémo officiel, Donald Trump vient d’enclencher une nouvelle doctrine qui implique beaucoup plus facilement les acteurs privés du secteur. C’est un changement important qui était attendu depuis des années par le lobby de la cybersécurité américain. Ce dernier plaidait pour la relance des anciennes « lettres de marque » mises au gout du jour « cyber ».

Dans le mémo publié par la Maison-Blanche ce mercredi 12 aout, Donald Trump demande au National Coordination Center (NCC) du Département de la Sécurité intérieure des États-Unis de « mettre en place, gérer et d’assurer le suivi d’un programme visant à autoriser les entreprises participantes » à mener des opérations de cyber-surveillance mais aussi des opérations d’attaques (« Cyber Effects Operation », en anglais) contre des « organisations criminelles transnationales étrangères opérant sur Internet (CE-TCO), « sous le contrôle et la supervision du gouvernement fédéral ».

Des opérations de contre-attaques comme celles autorisées en mer par les « lettres de marque »

Le texte d’explication du mémo publié par la Maison-Blanche cite comme cibles les organisations étrangères aux États-Unis qui mettent en place des attaques par ransomware, des campagnes de phishing, des fraudes financières, du chantage sexuel et des escroqueries par usurpation d’identité sur internet.

Dans son mémo, Donald Trump parle de « Cyber Effects Operation » et en donne une définition permettant aux entreprises autorisées à mener des opérations « de manipulation, de perturbation, de déni d’accès, de dégradation ou de destruction de systèmes d’information, de réseaux, d’infrastructures physiques ou virtuelles contrôlées par des systèmes d’information, ou des informations qui y sont stockées ». Nous ne sommes plus ici dans la simple défense mais dans des opérations d’attaques.

L’entourage de Donald Trump préparait ce changement depuis quelque temps. Comme nos confrères de Bloomberg le soulignaient en décembre dernier, cette nouvelle politique ouvre « de nouvelles perspectives commerciales lucratives aux entreprises qui, traditionnellement, ont conclu des contrats avec l’État dans le cadre de stratégies défensives plutôt que de mesures offensives », même si elles seront exposées à de nouveaux risques et notamment à celui d’être plus rapidement la cible de cyberattaques.

Depuis plusieurs années, le lobby de la cybersécurité américain pousse (ici ou , par exemple) à la mise en place de ce qu’il appelle des « lettres de marque cyber », adaptant à Internet le concept de « lettre de marque », existant dans la constitution américaine, qui permet aux navires privés de contre-attaquer dans les eaux internationales. Le concept a été repris récemment par le sénateur républicain qui a proposé une loi le 15 juillet dernier pour « autoriser le président des États-Unis à délivrer des lettres de marque et de représailles dans le domaine cybernétique, ainsi qu’à d’autres fins ».

Les budgets des agences en berne

Du côté des agences fédérales états-uniennes et de l’armée, l’argument est notamment de sous-traiter ces tâches de cybersécurité pour se concentrer sur leurs missions primaires. Surtout, que l’administration Trump a attaqué leur budget en matière de cybersécurité.

« Alors que nos adversaires gagnent du terrain grâce à l’IA, la posture cyberfédérale a été affaiblie », déclarait le premier directeur de la CISA, Chris Krebs (nommé par Donald Trump avant d’être mis sur la touche par le même pour avoir nié le piratage des élections de 2020). « La stratégie manque de clarté, les effectifs sont en baisse et les capacités ont été considérablement réduites », estimait-il avant d’ajouter : « Que cela nous plaise ou non, nous ne sommes pas aussi forts aujourd’hui que nous devrions l’être ».

Ce changement de doctrine arrive aussi quelques mois après les annonces d’Anthropic concernant Mythos et la polémique entre Trump et Anthropic sur l’usage militaire de l’IA allant jusqu’à la désignation de l’entreprise de Dario Amodei comme « fournisseur à risque pour la sécurité nationale », même si finalement le Pentagone continue à utiliser Mythos.

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DSA : la transparence limitée et les oublis des audits de Pornhub, Stripchat et XVideos

Voile pudique
DSA : la transparence limitée et les oublis des audits de Pornhub, Stripchat et XVideos

Considérés par la Commission européenne comme de très grandes plateformes en ligne, ces trois sites pornographiques sont contraints par le DSA de rendre un rapport d’audit régulièrement. Une étude scientifique estime que ces rapports manquent de transparence et qu’ils oublient d’évoquer les libertés en jeu.

Malgré leurs propres estimations très basses du nombre de leurs utilisateurs, la Commission européenne a considèré en décembre 2023 que Pornhub, Stripchat et XVideos sont de très grandes plateformes en ligne au titre du DSA (le règlement sur les services numériques). À ce titre, elles doivent régulièrement rendre publics des rapports d’évaluation des risques qui remplissent surtout une « conformité symbolique », selon une étude scientifique. Précisons que, depuis, StripChat a été enlevé de la liste.

Ces rapports doivent évaluer les risques systémiques qui découlent de leur conception et de leur fonctionnement, les plateformes doivent aussi mettre en place des « mesures d’atténuation raisonnables, proportionnées et efficaces, adaptées » tout « en tenant compte en particulier de l’incidence de ces mesures sur les droits fondamentaux » (articles 34 et 35 du règlement).

La Commission européenne liste les différents rapports des VLOPS et VLOSE (très grandes plateformes/très grands moteurs de recherche) sur cette page. Remarquons que Xvideos a déménagé certains de ses rapports dont les liens répertoriés par la Commission sont, pour les plus anciens, caduques. Une page du site pornographique les liste. Pour les deux autres plateformes, les liens répertoriés par la Commission sont toujours valides.

Les chercheuses Isotta Rossoni et Carlotta Rigotti de l’université de Leiden (Pays-Bas) et leur collègue, Nicola Döring de l’université Ilmenau (Allemagne), ont analysé les 217 pages des rapports 2025 de ces trois plateformes et publié leur étude dans la revue scientifique Porn Studies.

Les rapports de la plateforme XNXX, désignée un peu plus tard comme une très grande plateforme en ligne en juillet 2024, ne font pas partie de l’analyse. Étonnamment, les chercheurs affirment que XNXX n’a pas encore publié de rapport alors qu’on peut les trouver en lien sur le site de la Commission.

Une opacité méthodologique

Alors que le DSA a pour but d’augmenter la transparence des plateformes, l’étude explique que, de fait, « l’opacité méthodologique [des rapports] compromet la vérifiabilité [de leurs] conclusions ». Les chercheuses et chercheur ajoutent que leur « imprécision conceptuelle fausse l’identification et l’évaluation des risques ». Les évaluations ayant été faites essentiellement en interne aux plateformes, ils pointent le manque de « diversité épistémique nécessaire à une gouvernance des risques efficace ».

Concernant la violence de genre, l’étude souligne que les trois plateformes restreignent ce risque à la diffusion non consensuelle de contenus à caractère sexuel (appelée souvent « revenge porn »), oubliant de prendre en compte les risques concernant les violences contre les femmes en général et les violences conjugales. « En axant si fortement leur identification des risques sur cette seule catégorie, les plateformes en ligne sous-estiment non seulement l’ampleur des préjudices liés au genre que leurs services peuvent favoriser, mais elles restreignent aussi implicitement la portée des obligations de prévention auxquelles elles sont tenues de se conformer », expliquent les chercheuses et chercheur.

Des problèmes de définition

Isotta Rossoni, Carlotta Rigotti et Nicola Döring pointent aussi la mauvaise définition de Stripchat concernant la traite des êtres humains qui la caractérise comme « le fait d’impliquer de force des modèles contre leur gré et d’en tirer un revenu grâce à Stripchat ». Cette définition « confond des activités distinctes et omet les actes, moyens et finalités spécifiques requis par les définitions juridiques établies », expliquent-ils renvoyant à la directive de l’Union européenne sur le sujet.

Concernant le rapport d’Aylo (la maison mère de Pornhub), l’étude met en avant la mauvaise prise en compte des risques des deepfakes. En effet, ce rapport considère que les spectateurs ne sont affectés par les contenus « deepfake » que lorsqu’ils reconnaissent la victime-survivante. Ce qui « ne reflète ni la littérature établie sur les abus sexuels par le biais d’images, ni la logique élémentaire du risque, puisque les préjudices causés par les images intimes synthétiques non consensuelles ne dépendent pas de la reconnaissance de la victime », explique l’étude citant des recherches (ici et ).

Xvideos en prend aussi pour son grade puisque son rapport s’appuie sur une catégorie des « contenus problématiques » « sans autre précision, [mélangeant] des critères juridiques, éthiques et moraux d’une manière qui obscurcit, plutôt que d’éclairer, la nature et la gravité des risques sous-jacents ».

Les chercheuses et chercheur soulignent que ces problèmes de définition ne sont pas de « simples préoccupations théoriques ». « Comme le souligne depuis longtemps l’épistémologie féministe, les catégories de préjudice ne sont jamais neutres : elles codifient des points de vue particuliers, rendent certaines expériences lisibles tout en en occultant d’autres, et répartissent ainsi la protection de manière inégale », expliquent-ils.

Une sous-évaluation systématique des problèmes… et un oubli des droits des acteurs et des créateurs de contenus

Autre problème : les trois plateformes pornographiques sous-évaluent systématiquement la gravité des problèmes : « les risques de gravité élevée sont systématiquement reclassés en risques moyens ou faibles sur la base des mesures d’atténuation existantes, sans vérification indépendante de l’efficacité de ces mesures ». Ainsi, par exemple d’Aylo, qui classe en risques lointains ou improbables le matériel pédocriminel et les discours de haine, alors que, « malgré leur gravité critique », ils « se retrouvent à des degrés divers sur les trois plateformes ». Les chercheurs y voient ici une confusion entre l’existence d’une mesure de protection et son efficacité avérée, en contradiction avec des recherches existantes montrant l’existence de ces problèmes.

Surtout, les autrices et auteur soulignent que les trois plateformes « abordent la gouvernance des contenus à caractère sexuel et liés au genre presque exclusivement sous l’angle de la prévention des dangers, tout en passant largement sous silence les libertés en jeu, à savoir les droits des acteurs et des créateurs de contenus à produire et à partager de manière consensuelle des contenus à caractère sexuel sans ingérence discriminatoire ou disproportionnée, ainsi que le droit des utilisateurs d’accéder à ces contenus en tant qu’expression de leur autonomie sexuelle ».

« Ce silence n’est pas politiquement neutre », soulignent-ils : « En présentant la gestion des contenus à caractère sexuel principalement comme un problème de protection de l’enfance et de violence de genre – aussi importantes que soient ces préoccupations –, ces évaluations, ainsi que le discours réglementaire et public plus large qu’elles reflètent, reproduisent une asymétrie dans laquelle les préjudices découlant de la présence de contenus illégaux ou préjudiciables sont identifiables et donnent lieu à des mesures concrètes, tandis que ceux générés par la conception hégémonique masculine et hétéronormative des plateformes restent invisibles et ne sont pas pris en compte ».

Les chercheurs ajoutent qu’aborder ces sujets « n’implique pas de devoir choisir entre la protection des utilisateurs contre tout préjudice et la protection de leur liberté d’exercer leur autonomie sexuelle ».

L’équipe estime néanmoins que « les documents de conformité de première génération sont rarement exemplaires : il s’agit, par nature, de points de départ itératifs » et espèrent que les plateformes vont améliorer leurs rapports, en s’appuyant notamment sur cette étude.

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En Australie, Meta paye des suprémacistes blancs et anti-vaccins pour publier sur Facebook

Business de la haine
En Australie, Meta paye des suprémacistes blancs et anti-vaccins pour publier sur Facebook

Depuis octobre 2024, Meta a mis en place un programme de monétisation de contenus sur Facebook. En Australie, l’entreprise y a invité des influenceurs connus pour leurs propos racistes et anti-vaccins.

Meta a mis en place, depuis plus d’un an, un programme de monétisation de contenu Facebook regroupant tous ses outils permettant aux « créateurs » «de générer plus facilement des revenus grâce à un plus grand nombre de formats de contenu ». L’entreprise filtre les utilisateurs qui peuvent y avoir accès. Mais, en Australie, des influenceurs suprémacistes blancs et antivaccins y ont été invités par l’entreprise de Mark Zuckerberg et ainsi y poster des contenus qui violent les règles que Meta a elle-même écrites.

Selon le média australien ABC, ce programme permet notamment au militant d’extrême droite Hugo Lennon d’être rémunéré pour la promotion de ses idées racistes.

Hugo Lennon, un jeune et riche influenceur d’extrême droite invité par Meta

D’après notre consœur Lucy Carter,Hugo Lennon bénéficie du programme de monétisation de contenus de Meta depuis le mois de septembre 2025. Ce même mois, Hugo Lennon (connu sous le pseudo « auspill ») a organisé une marche xénophobe contre les immigrés devant le Parlement australien.

L’événement et sa promotion en ligne ont rapidement fait passer ce jeune homme de 21 ans, fils d’une famille dirigeant un vaste empire immobilier, de TikTokeur publiant des vidéos conseillant de « glacer ses testicules » à influenceur de l’extrême droite australienne accusant les migrants d’être responsables de la crise du logement dans le pays, expliquait à l’époque le Sydney Morning Herald.

Le journal australien indique que l’influenceur inquiétait même son homologue états-unien Charlie Kirk, qui lui avait exhorté à se détourner de « l’ethno-nationalisme blanc » lors d’un débat peu avant sa mort. Plus d’un an auparavant, sous pseudo, Hugo Lennon participait à une discussion sur Telegram avec des figures clés du mouvement néonazi australien où les utilisateurs discutaient de doxxing et débattaient sur leurs traductions préférées de l’ouvrage d’Hitler, Mein Kampf. Bref, les positions d’extrême droite étaient connues publiquement avant même qu’il soit invité par Meta dans son programme de monétisation de contenus.

Hugo Lennon a bénéficié de ce programme, selon ABC qui a obtenu l’information grâce à l’association What to fix!. Celle-ci a mis en place une base de données récupérant les informations des listes des « éditeur·ices partenaires » de Meta. L’entreprise a fait un petit effort de transparence en proposant d’examiner ces listes, mais celles-ci ne sont pas ouvertes à tous. Pour les consulter, il faut avoir un « portefeuille business dans Meta Business Suite ».

En violation des règles mises en place par Meta pour ce service

Selon notre consœur de ABC, lorsqu’elle l’a consultée, la page Facebook de Hugo Lennon était en violation directe avec les règles de Facebook en matière de monétisation de contenus. Celles-ci indiquent notamment que le contenu qui « traite ou aborde des sujets relevant de « sujets sociaux contreversées » » comme la « race », le genre ou les origines nationales et ethniques ne peut être monétisé.

Hugo Lennon n’est pas le seul partenaire de Meta pointé du doigt par ABC. Ainsi, le site web d’extrême droite australien The Noticer qui promeut les idéologies de suprémacisme blanc et néo-nazie, a été intégré au programme de Meta depuis novembre 2025 (avec une courte période sans gain entre janvier et février 2026).

Ce média avait pourtant été suspendu sur une autre plateforme : X l’avait bloqué pour infraction à ses règles relatives aux profils incitant à la haine. Il vient néanmoins d’être débloqué par le réseau social d’Elon Musk. Dans son message de retour, Noticer affirme avoir été démonétisé par Meta ce week-end : « Nous avons également été démonétisés sur Facebook ce week-end et soumis à des restrictions de portée sur cette plateforme ainsi que sur Instagram, sans pouvoir savoir quelles publications auraient enfreint les règles de Meta, ni demander un réexamen ou faire appel, ce qui est inhabituel. »

Une influenceuse anti-vaccins invitée aussi, Meta se défausse de toute responsabilité

Dans la liste des influenceurs australiens inclus dans le programme de monétisation de Meta, ABC relève aussi la présence d’une page d’organisation d’une marche anti-immigration et celle de Monica Smit, une influenceuse anti-vaccins et anti-confinement. Sa page publie de la désinformation contre les vaccins ainsi que de la promotion de bracelets de « protection contre les radiations ».

« Si l’on considère que Meta entretient une relation commerciale directe avec ses éditeurs, dans la mesure où elle leur verse des redevances et où elle a conclu avec eux un accord de monétisation, on pourrait alors faire valoir qu’elle est, d’une certaine manière, responsable du contenu produit par son partenaire commercial », explique Victoire Rio, responsable de What to Fix!, à ABC.

Aucun des influenceurs d’extrême droite n’a répondu à notre consœur. Meta l’a seulement renvoyé à ses propres règles : « Nous avons mis en place des règles claires auxquelles toute personne utilisant nos outils de monétisation doit se conformer. Lorsque les pages de monétisation de contenu enfreignent nos Règles communautaires, nous appliquons des sanctions telles que la suspension temporaire ou définitive de leur capacité à générer des revenus sur nos plateformes. Les créateurs ou éditeurs qui enfreignent ces règles à plusieurs reprises seront exclus de nos plateformes ».

Elle ajoute considérer « important de faire la distinction entre les propos offensants et les contenus susceptibles d’entraîner des actes de violence dans la vie réelle ». Elle affirme : « Ces propos peuvent être offensants pour beaucoup, mais ce n’est pas à Meta de juger de ce qui est offensant. »

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Le magazine Time sert aux chatbots IA des pages spécifiques avec de la pub

La bataille de l'enshittification
IA : séries d’achats « bizarres » auprès de librairies d’occasion anglaises et irlandaises

Le magazine états-unien a commencé à mettre en place des versions différentes des pages de son site, selon qu’il soit consulté par un navigateur ou par un chatbot IA. L’éditeur peut ainsi optimiser ses articles pour qu’ils soient repris par Claude ou ChatGPT en y insérant de la publicité spécifiquement conçue pour être recrachée par les chatbots.

Si les chatbots IA viennent chercher leurs réponses sur les sites des médias, pourquoi ceux-ci n’en profiteraient pas ? C’est ce que s’est dit le magazine américain Time en mettant en place un système servant des pages différentes selon que son site web est consulté par un navigateur habituel ou par un crawler d’un chatbot IA.

L’éditeur a converti toutes les pages de son site web en Markdown, format qui est plus facilement analysable par les agents IA, expliquait Digiday début juillet. De fait, le langage de balisage léger inventé par John Gruber avec l’aide d’Aaron Swartz est idéal pour ces outils : il est explicite et minimise le nombre de tokens utilisés pour analyser le contenu. Si on veut que son contenu soit repris par ChatGPT et Claude, il est donc plutôt malin de le leur servir en Markdown.

La pratique de la redirection sélective pour des buts problématiques n’est pas nouvelle. Par exemple, nous avions déjà montré qu’elle était utilisée pour cacher de la désinformation ou pour adapter des liens sponsorisés en fonction d’attentes parfois nauséabondes d’internautes.

Insérer de la pub spécifiquement rédigée pour les chatbots IA

Ici, l’éditeur a vite compris qu’il pouvait proposer aux marques d’autres services en s’appuyant sur cette technique : le magazine a commencé à glisser des publicités dans certains des fichiers Markdown. Cela permet de faire passer discrètement des messages dans ChatGPT et Claude sans qu’ils n’apparaissent dans les pages proposées aux lecteurs de Time. L’ingénieur allemand Vincent Schmalbach a remarqué le tour de passe-passe et l’a décrit sur son blog.

Ainsi, un article comme celui-ci est proposé en HTML pour tous les navigateurs, mais si on l’ouvre avec le user-agent ClaudeBot, on obtient un texte du genre :

Ici, pas de publicité intégrée. Mais lorsqu’on fait la même opération sur une page listant les « meilleures inventions de 2025 », on se retrouve, contrairement à un lecteur lambda qui l’ouvrirait avec un navigateur, avec un texte promouvant la banque en ligne Ally Bank avant les inventions :

Le texte sur Ally est idéalement écrit pour être cité par un chatbot IA à qui l’utilisateur demanderait « Qui est Ally Bank ? ». Remarquons qu’il est surmonté d’une remarque affirmant : « Contenu sponsorisé. Réalisé en partenariat avec Ally. Ally est le sponsor et la source de ce contenu ».

On obtient le même texte, sous une présentation qui diffère un peu si on utilise les user-agent d’OpenAI GPTBot ou OAI-SearchBot. Remarquons que ce n’est pas le cas si on utilise les crawlers de Google Googlebot, Google-Extended ou GoogleOther mais que le Markdown s’affiche pour le quatrième crawler de Google utilisé par Gemini Google-CloudVertexBot.

Une pratique qui risque de se généraliser

Comme le fait remarquer Vincent Schmalbach, on retrouve dans le fichier Markdown servi à ClaudeBot les traces de l’agence de publicité en ligne Mobian, spécialisée dans la pub pour les agents IA. La page d’accueil de son site reprend spécifiquement l’exemple du Time :

Si nous n’avons pas encore d’exemple d’autres éditeurs de sites très visités qui auraient déjà mis en place ce système, il y a de fortes chances que Time soit rapidement suivi par d’autres. Reste à savoir comment vont réagir les entreprises d’IA générative qui vont devoir faire attention à ce que leurs outils ingèrent.

Va-t-on assister à une nouvelle partie du jeu du chat et de la souris pour bloquer publicités et autres contenus différents de ce qui est affiché dans les pages communément lues par les humains ?

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Affaire Jean Pormanove : prison avec sursis et bannissement de Kick pendant 6 mois

Snuff streaming condamné
Affaire Jean Pormanove : prison avec sursis et bannissement de Kick pendant 6 mois

Après la mort de Raphaël Graven en direct sur la chaine Kick nommée Jean Pormanove, le tribunal correctionnel de Nice a condamné les responsables de la chaine pour des violences et humiliations en ligne. Les peines contiennent notamment de la prison avec sursis et six mois de bannissement numérique applicable seulement sur la plateforme de streaming concernée.

Le tribunal correctionnel de Nice a rendu son jugement ce mercredi 5 aout au soir concernant les deux responsables de la chaine Kick nommée Jean Pormanove, Owen C. (aussi connu sous le pseudo Naruto) et Safine H., les condamnant pour violence et provocation à la haine mais les relaxant des chefs d’abus de faiblesse et diffusion, comme le relève France 3.

Les deux vidéastes avaient été mis en garde à vue pour des violences physiques et psychologiques en janvier 2025 suite à un article de Médiapart et à une enquête ouverte par le parquet de Nice, ce qui n’avait pas arrêté leur projet de diffusion en direct de scènes de violences sur leur chaine Kick. La mort en direct du souffre-douleur Raphaël Graven y a même été diffusée.

Des peines en deçà des réquisitions de la procureure

Ils ont été entendus ce lundi 6 juillet pour « violences en réunion sans ITT, violences en réunion avec arme sans ITT, violences en réunion avec arme sans ITT sur mineurs de 15 ans, violences sur mineur de 15 ans sans ITT, abus de faiblesse, provocation à la haine et à la discrimination en raison du handicap, provocation à la haine et à la discrimination en raison de l’orientation sexuelle, enregistrement et diffusion d’images de violences ».

Lors de l’audience, la procureure, Maud Marty, avait affirmé que « jamais une juridiction n’a eu à connaître avec une telle ampleur un système qui associe l’exploitation de personnes en situation de faiblesse, leur humiliation devant des milliers de spectateurs et la rémunération de ces diffusions qui ne tiennent qu’à la souffrance », rapporte Médiapart.

Elle avait dénoncé, selon France 3, un « système de maltraitance humaine, pas un dérapage ou une provocation » et avait requis 30 mois de prison dont 12 mois ferme (avec bracelet électronique) et 30 000 euros d’amende pour le principal accusé, 18 mois avec sursis et 15 000 euros d’amende pour le second, ainsi qu’un « bannissement numérique » pour les deux.

Un mois après, le tribunal a donc condamné les deux streamers à des peines un peu plus clémentes : 2 ans de prison avec sursis et 15 000 euros d’amende pour Owen C, 8 mois de prison avec sursis et 5 000 euros d’amende pour Safine H. Les deux accusés ont aussi été condamnés à une peine de six mois de bannissement de la plateforme sur laquelle était diffusée leur chaine.

Un bannissement de Kick

Cette nouvelle peine, souvent appelée « bannissement numérique » et utilisée pour la première fois par la justice, a été introduite par la loi SREN (visant à sécuriser et réguler l’espace numérique) de 2024. Contrairement à ce que pourrait faire penser son appellation commune, elle ne prévoit pas l’interdiction de l’usage d’Internet en général ou de tous les réseaux sociaux.

En effet, l’article 16 de la loi prévoit que « le tribunal peut ordonner à titre de peine complémentaire la suspension des comptes d’accès à des services en ligne ayant été utilisés pour commettre l’infraction ». Il interdit aussi aux personnes condamnées de « créer de nouveaux comptes d’accès à ces mêmes services ». Selon ce texte, la durée maximum de cette suspension est de six mois (un an en récidive). Ainsi, en bannissant de Kick pendant 6 mois les deux streamers, le tribunal a pris la mesure la plus forte que le législateur lui a donnée sur le sujet.

Le bannissement est signalé par le tribunal à la plateforme concernée. Ainsi, Kick est responsable du blocage des comptes visés, « de procéder au blocage des autres comptes d’accès à leur service éventuellement détenus par la personne condamnée et d’empêcher la création de nouveaux comptes par la même personne ». La plateforme s’expose à une amende de 75 000 euros si elle ne suit pas cette demande.

Rappelons qu’une autre enquête est toujours ouverte concernant la plateforme elle-même.

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Présidentielle 2027 :  des ingérences aux conséquences difficilement quantifiables

Matriochka désinfo service
Présidentielle 2027 :  des ingérences aux conséquences difficilement quantifiables

Plusieurs candidats à l’élection présidentielle ont été récemment visés par des campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux. Sans grande visibilité directe pour certaines au moins, elles arrivent quand même à se faire une place dans l’actualité via leur dénonciation par les autorités, les candidats et les médias.

En ce milieu d’été, de nouvelles campagnes d’ingérence contre la France se sont étalées sur les réseaux sociaux. Lors des élections municipales, Viginum avait détecté des ingérences numériques pro-russes, anti-LFI et putaclics.

Fin juillet et début août, ce sont les candidats Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal qui ont été visés par des fausses informations diffusées sur les réseaux sociaux et imputées au groupe de désinformation russe Storm-1516.

Les réseaux russes Storm-1516 et Matriochka suspectés

C’est d’abord une fausse information concernant Édouard Philippe qui a été diffusée par plusieurs comptes sur X dans la semaine du 20 juillet, comme le racontaient nos confrères de TF1. Ainsi, les publications évoquaient le mensonge selon lequel l’ancien premier ministre serait atteint de « démence fronto-temporale ». Une « source sécuritaire » de l’AFP a confirmé qu’une opération de désinformation menée par le réseau Storm-1516 a visé Édouard Philippe tout en affirmant que, jusqu’à ce que TF1 en parle, cette campagne était restée « peu visible » et faisait « partie de la routine habituelle des attaques russes, qui ne passent jamais le mur du son ».

De la même façon, Gabriel Attal a, ce jeudi 6 août, dénoncé sur RTL une « intervention directe d’une puissance étrangère » contre lui. « C’est une élection qui peut être faussée, qui peut être volée aux français », a-t-il ajouté. Viginum a confirmé auprès du Monde avoir détecté cette opération de désinformation, l’imputant cette fois avec « une confiance élevée » à l’autre réseau prorusse Matriochka. De la même façon, cette opération était restée « peu visible » avant qu’elle soit dénoncée, selon une source de l’AFP.

Concernant Raphaël Glucksmann, c’est le 1er août que le journaliste Edwy Plenel a alerté sur le fait que « divers comptes diffusent une fakenews avec un article bidon me citant, un mail inventé que je n’ai jamais reçu et une vidéo où ma voix est trafiquée, le tout mensongèrement attribué à Blast. Tout y est faux. Un exemple des opérations de déstabilisation numérique ». Ces comptes relaient le mensonge accusant Léa Salamé, journaliste et compagne de Raphaël Glucksmann, de proposer 50 000 euros « en échange de la publication d’articles visant à donner une image positive » du dirigeant de Place publique. Sur RTL, Raphaël Glucksmann a pointé du doigt une tentative de la Russie « de créer le doute dans la société française », citant lui aussi Storm-1516.

Le site auquel renvoient les différents comptes est similaire à celui du média indépendant Blast. De même pour le nom de domaine dans lequel seule l’absence d’un tiret entre blast et info diffère de celle du site originel. Comme l’a remarqué Libération, pour coller à l’identité du site d’information indépendant, les faussaires ont aspiré 181 pages du vrai site de Blast pour les reprendre. Le faux site est pour l’instant toujours accessible. Le nom de domaine a été enregistré auprès du registrar lituanien Hostinger et est actuellement en statut « gelé » (« frozen »).

Comme l’explique l’Afnic dans son guide pratique [PDF], ce statut « annule l’ensemble des opérations en cours de traitement par l’Afnic et empêche toute demande d’opération à venir sur le nom de domaine […]. Mais cette opération n’altère pas le fonctionnement du nom de domaine ». Un nom de domaine peut être gelé si une décision de justice l’ordonne à l’Afnic, lors de procédures alternatives de résolution de litiges ou à l’ouverture d’une procédure de vérification.

La vidéo accompagnant les messages dénoncés par le journaliste de Médiapart reprend aussi les codes graphiques de Blast avec son logo et essaye de reprendre le ton du média. Mais les voix générées par IA de Léa Salamé, Edwy Plenel et de la journaliste de Blast, Salomé Saqué, sont marquées par des accents robotiques laissant la trace de l’IA générative.

Les différents posts ayant participé à la diffusion sur X de la vidéo et de l’article affichent des chiffres de consultation importants, mais il est difficile de savoir si la médiatisation du sujet n’a pas joué comme un effet d’aubaine.

En réaction à cette nouvelle vague de désinformation concernant les personnalités politiques, certains candidats demandent que des mesures soient prises.

Marine Tondelier demande des mesures d’interdiction pendant les élections

Directement concerné, Raphaël Glucksmann a appelé encore sur RTL de façon grandiloquante à « la résistance » : « Ce que je demande, c’est qu’on n’ait pas la main qui tremble face à Elon Musk et X, qu’on n’ait pas la main qui tremble face au Parti communiste chinois », a-t-il ajouté, visant aussi TikTok, accusant les deux réseaux sociaux de ne pas respecter les règles européennes.

Dans une interview à Libération, Marine Tondelier demande, de son côté, de « menacer des plateformes comme X d’une interdiction pendant les élections ». « Il faut appliquer cette sanction en cas d’ingérences constatées en amont », ajoute-t-elle. Les ingérences ne s’arrêtent pourtant pas aux périodes électorales.

La présidente du parti Les Écologistes n’a pour autant pas quitté le réseau social d’Elon Musk. Elle affirme à nos confrères : « J’ai à titre personnel désinstallé l’application, oui », mais précise : « J’écris mes posts mais je laisse mon équipe les publier et y assurer un travail de veille ». Elle ajoute que, « politiquement, aujourd’hui, c’est impossible d’être absent de X car nous en sommes tous devenus dépendants ».

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Grokipedia n’est plus mise à jour depuis 3 mois

Les IA peuvent aussi s'arrêter de produire
Grokipedia n’est plus mise à jour depuis 3 mois

Aucune des pages du projet d’encyclopédie lancé par Elon Musk fin octobre 2025 n’a été modifié par du contenu généré par IA depuis avril. Aucune édition proposée par des humains n’a été prise en compte non plus.

En janvier dernier, Elon Musk twittait : « Grokipedia connaît une croissance fulgurante. Elle dépassera largement Wikipédia cette année ». Le projet affichait alors plus d’1,8 million d’entrées et un peu plus de 76 000 éditions approuvées par Grok, le système d’IA générative auquel l’encyclopédie est adossée.

Pas de modifications humaines approuvées depuis fin avril

Depuis, le projet raciste et désinformateur a encore grossi puisque la page d’accueil affiche actuellement un nombre de 6 092 140 articles. Mais là où elle listait les modifications en direct, cette page affiche maintenant le message « aucune modification en direct n’est disponible pour le moment ». Et, selon le média Lawfare, aucune modification n’a été approuvée depuis le 24 avril dernier, que ce soit pour des pages au sujet populaire ou obscur.

Ainsi, les journalistes de Lawfare ont repéré 12 modifications approuvées de la page concernant ChatGPT ce 24 avril. Mais toutes les modifications soumises pour cette page en mai, juin et juillet sont restées « en cours d’examen ».

« Ce schéma se retrouve quel que soit le sujet ou le niveau de fréquentation », expliquent-ils. Les utilisateurs peuvent toujours suggérer des modifications. Mais Lawfare a analysé 34 519 entrées de l’encyclopédie avec au moins une suggestion de modification. Et le média a constaté que les 225 496 modifications recommandées que cela représente sur les trois derniers mois n’ont ni été acceptées ni été rejetées.

Après approbation, le processus de Grokipedia prévoit une phase d’implémentation des modifications. Celle-ci a cessé un mois avant : depuis le 22 mars, Lawfare n’a trouvé aucune implémentation de modifications validées.

Le dernier message d’Elon Musk sur X à propos de son projet d’encyclopédie remonte au 22 février dernier. Il y annonçait la mise en place d’un système de notes de communautés comme celui de son réseau social, « afin de permettre aux utilisateurs d’apporter des modifications précises », mais le projet semble aussi en pause.

Plus de modification par Grok non plus

Selon nos confrères, l’encyclopédie n’est plus éditée non plus automatiquement par l’IA de xAI. Pourtant, en février, le chercheur en datajournalisme du Tow Center for Digital Journalism, C.J. Robinson, montrait, données à l’appui, que les modifications proposées par Grok dépassaient celles soumises par des utilisateurs humains, « représentant plus des trois quarts des suggestions ».

Mais en comparant ces données à l’état actuel de Grokipedia, Lawfare a constaté un autre problème : « un grand nombre de modifications qui figuraient auparavant dans la liste des « acceptées » apparaissent désormais comme « rejetées » ». Selon eux, une modification massive semble avoir eu lieu le 14 mars.

Mais le système de Grokipedia semble incohérent. Sur la page consacrée à l’actrice Prunella Scales, par exemple, 10 modifications faites lors de la semaine de lancement sont « approuvées » dans les archives de C.J. Robinson mais sont maintenant labellisées comme « rejetées », même si l’article les prend toujours en compte.

Wikipédia toujours très active mais avec des tensions dans la fondation

Pendant ce temps-là, un site nommé Babel recense en quasi-direct (avec 3 minutes de retard) les éditions des entrées dans Wikipedia en reconstruisant la tour légendaire du même nom, montrant que celle-ci est toujours aussi active. Dans un autre style, Listen to Wikipedia propose une visualisation et sonorisation en quasi-direct de ces éditions.

Pourtant, tout n’est pas rose dans l’univers de l’encyclopédie collaborative. Comme le relate l’infolettre d’août de la communauté francophone du projet, « alors que plus de 70 % des employés américains de la Fondation Wikimédia (WMF) ont exprimé leur volonté de se syndiquer, la direction de la WMF a refusé fin juillet de reconnaître volontairement le syndicat Wiki Workers United (WWU), préférant recourir à un processus plus long et complexe » :

« La branche américaine du WWU dénonce une obstruction antisyndicale. Le recours par la WMF à un cabinet d’avocats connu pour ses stratégies antisyndicales a conduit des contributeurs bénévoles à appeler ouvertement à la démission de la directrice de la WMF Bernadette Meehan, dont les réponses lors de la Wikimania 2026 n’avaient pas convaincu. »

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L’agence de pub Adform piratée : un script substituait les portefeuilles crypto des lecteurs

De la publicité gratuite pour uBlock and co
L’agence de pub Adform piratée : un script substituait les portefeuilles crypto des lecteurs

Adform, une importante agence de publicité en ligne qui se vante d’avoir comme clients de nombreux médias états-uniens mais aussi Spotify, a été piratée. Son script, appelé par tous ses sites clients, a été modifié pour substituer les adresses des portefeuilles de cryptomonnaies des utilisateurs.

L’agence de publicité en ligne Adform a été attaquée et l’un de ses scripts Javascript utilisé par ses clients pour ajouter de la pub sur leurs sites a été remplacé par un code substituant les adresses de portefeuille de crypto-monnaies copiées dans le presse-papiers des visiteurs par celles du pirate.

Adform est l’une des plus importantes agences de pub en ligne européennes. Elle propose tout un éventail de services dans ce domaine : demand-side platform (DSP) ou « plateforme d’achat », supply-side platform (SSP) ou « plateforme de vente », mais aussi des serveurs pour héberger les publicités et bien sûr des outils de monitoring.

Des clients dont les sites sont très visités

Sur son site, l’entreprise revendique de nombreux clients très connus dans le milieu des médias comme dans celui du numérique. Ainsi, les médias américains Time, CNN, Bloomberg, CBS ou encore la plateforme de musique Spotify, la plateforme de clips Xite, les plateformes Disney+ et Paramount+, l’autre agence publicitaire Xandr ou encore les entreprises EDF, Deutsche Bahn ou Deutsche Telekom en font partie :

Un code pour virer des cryptomonnaies sur les comptes du pirate

Le 31 juillet dernier, le chercheur en sécurité Kevin Beaumont a décrit dans un post Medium le fonctionnement du script qui compromettait les systèmes des utilisateurs des sites clients d’Adform. « Si vous visitez example.com et que ce site utilise Adform, example.com compromettra votre appareil », expliquait Kevin Beaumont avant que l’entreprise ait supprimé le code malveillant.

Le code utilise des expressions régulières pour remplacer tous les portefeuilles Bitcoin, Ethereum et TRX présents dans le presse-papiers par ceux possédés par des comptes du pirate. « Même si vous remarquez que l’adresse est erronée et que vous recopiez le portefeuille, il continue de la remplacer », explique Kevin Beaumont.

En plus de cette substitution de portefeuilles crypto, d’autres scripts récupéraient l’adresse IP de l’utilisateur, le site d’où il venait et l’URL du site visité. « Il semblerait qu’Adform soit au courant, ou que le pirate se soit rendu compte qu’il avait été démasqué, car le code malveillant semble disparaître au moment même où j’écris ces lignes », ajoutait le chercheur indépendant.

Et en effet, le même jour, Adform publiait un communiqué sur son site expliquant : « Le 27 juillet 2026, Adform a détecté une activité suspecte et a immédiatement ouvert une enquête conformément à ses procédures de gestion des incidents. Une fois la menace de cybersécurité confirmée, nous avons maîtrisé l’incident, supprimé le code malveillant et pris des mesures supplémentaires pour protéger les visiteurs du site web, nos clients et la plateforme Adform ».

C’est aussi le 27 juillet qu’un autre chercheur en sécurité, Maxx Maas, postait sur Mastodon la découverte du malware ainsi que le code Javascript remplaçant les portefeuilles crypto.

Adform ne donne pas d’information sur l’ampleur du désastre

Dans son communiqué, Adform reconnait que le code malveillant avait pour but de « remplacer l’adresse d’un portefeuille de cryptomonnaies copiée dans le presse-papiers d’un utilisateur par une autre adresse ». Elle précise qu’à sa connaissance, « ce code n’était pas conçu pour installer un logiciel sur l’appareil d’un utilisateur ni pour s’y implanter de manière persistante. Il ne fonctionnait que tant qu’une page web affectée restait ouverte ».

De même, elle affirme n’avoir trouvé « aucune preuve indiquant que le code malveillant ait transmis les adresses IP des utilisateurs ou des informations concernant les sites web qu’ils ont consultés à un tiers. L’analyse technique suggère qu’une telle transmission aurait pu être possible, et cet aspect fait toujours l’objet d’une enquête ».

Elle reconnait que l’attaque a pu toucher les internautes qui ont visité « un site web utilisant la technologie Adform concernée, le 27 juillet 2026 ». Elle ajoute que « les navigateurs pouvant stocker temporairement le code d’un site web, nous recommandons aux personnes ayant consulté un site web concerné de vider le cache de leur navigateur par mesure de précaution ».

Adform assure avoir informé ses clients concernés ainsi que les autorités compétentes. Mais l’entreprise ne donne aucune information sur le nombre de sites concernés ni lesquels, le nombre de visiteurs exposés et la manière dont le pirate a pu accéder à sa chaine d’approvisionnement.

« Si vous aviez besoin d’une raison supplémentaire pour utiliser un bloqueur de publicités, la voici. En bloquant les publicités, vous pouvez empêcher le suivi omniprésent, la surveillance et, oui, même les logiciels malveillants, de s’introduire dans votre ordinateur », réagit le journaliste de TechCrunch Zack Whittaker dans sa newsletter personnelle.

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Qwen3.8-Max : Alibaba revient dans la course pour rivaliser avec Fable 5 et Kimi K3

Sera-t-il le survivant ?
Qwen3.8-Max : Alibaba revient dans la course pour rivaliser avec Fable 5 et Kimi K3

15 jours après l’arrivée du modèle Kimi K3 de Moonshot AI, une autre entreprise chinoise, Alibaba, sort un modèle à plus de 2 000 milliards de paramètres. Comme en 2025, avec le « moment DeepSeek », les entreprises chinoises montrent qu’elles sont capables de suivre le rythme des leaders états-uniens.

Après Kimi K3 de Moonshot AI et ses 2 800 milliards de paramètres, Alibaba renforce l’idée que les entreprises chinoises du secteur ne se laissent pas distancer par Anthropic et OpenAI.

En effet, l’entreprise, d’abord spécialisée dans l’e-commerce, vient de sortir Qwen3.8-Max, un modèle à 2 400 milliards de paramètres. C’est là encore une Mixture of Experts, avec 95 milliards de paramètres actifs pour chaque token (il faut néanmoins charger l’intégralité du modèle en mémoire), contre 104,2 milliards pour Kimi K3.

Certes, c’est dans les deux cas un peu moins que ce que revendique Kimi K3, mais le nombre de paramètres ne fait pas tout et Alibaba prétend, benchmarks à son avantage à l’appui, que Qwen3.8-Max a des résultats globalement comparables à Gemini 3.1-Pro et GPT 5.6 Sol. Ça serait le cas aussi en le comparant à Fable 5 concernant les tâches de raisonnement multimodal, d’« agent visuel » (analyse automatique d’images) et de code, d’analyse de documents ou de « compréhension du monde ».

Comme Moonshot AI (qui a tenu promesse le jour J), Alibaba promet de libérer les poids de Qwen3.8-Max pour en faire un modèle « open source ». L’entreprise chinoise se laisse une exclusivité d’une semaine sur son QwenCloud mais affirme que « les poids du modèle seront mis à disposition en open source sur Hugging Face et ModelScope la semaine prochaine ».

Concurrencer Anthropic sur le code et l’automatisation des tâches de bureau

Avec les benchmarks mis en avant par Alibaba, l’entreprise vise clairement à concurrencer Anthropic concernant le code ainsi que l’automatisation des tâches de bureau. Elle raconte avoir testé son modèle sur trois « défis » dans lesquels « chaque résultat devait être obtenu en écrivant et en exécutant du code, sans aucune aide humaine » : le projet « oh-my-cli » (que Qwen3.8-Max a mis 10 jours à générer et que l’entreprise partage sur GitHub), la reproduction du code d’un article scientifique et un concours de mise en situation demandant de comprendre correctement ce que souhaite le client. Alibaba assure que dans ces trois tâches, son modèle ne s’est pas seulement contenté « de suivre un plan prédéfini : il évolue de lui-même grâce à des boucles de rétroaction ».

Des prix affichés cassés mais une consommation rapide des tokens

Concernant les prix, Alibaba affiche des prix cassés par rapport à ses concurrents : 2 dollars par million de tokens en entrée et 6 dollars par million en sortie. C’est encore moins cher que les prix affichés par Moonshot AI pour Kimi K3.

Rappelons notre comparatif des coûts par million de tokens en ajoutant Qwen3.8-Max :

En entrée :

  • Qwen3.8-Max : 2 dollars
  • Kimi K3 : 3 dollars
  • GPT-5.6 sol : 5 dollars
  • Fable 5 : 10 dollars
  • Opus 4.8 : 5 dollars

En sortie :

  • Qwen3.8-Max : 6 dollars
  • Kimi K3 : 15 dollars
  • GPT-5.6 sol : 30 dollars
  • Fable 5 : 50 dollars
  • Opus 4.8 : 25 dollars

Reste que cette différence de prix est difficile à évaluer réellement. En effet, comme nous l’avions déjà expliqué, les entreprises d’IA générative parlent de prix par million de tokens alors que ceux-ci ne sont pas égaux entre les entreprises et parfois même entre des modèles d’une même société. Ainsi, en mai dernier, nous montrions qu’Opus 4.7 cramait ses tokens beaucoup plus vite qu’Opus 4.6.

Déjà, certains utilisateurs de Qwen3.8-Max se plaignent d’avoir utilisé leur quota très rapidement. « Quatre prompts. C’est tout ce qu’il a fallu pour épuiser mon quota de 5 heures. Utilisé à 100 %. Mon quota hebdomadaire en est déjà à 31,2 % », affirme l’un d’entre eux sur X.

S’il est difficile de savoir si Qwen3.8-Max remplacera les modèles d’Anthropic dans les pratiques des développeurs, les investisseurs semblent voir les signes d’un deuxième « moment DeepSeek ». L’action Alibaba a bondi lundi de 7 % à Hong Kong, enregistrant sa plus forte hausse depuis près d’un mois, constatait Bloomberg.

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OpenAI promeut son prochain modèle Astra avec la résolution de 10 problèmes de maths

IA pas de problème
OpenAI promeut son prochain modèle Astra avec la résolution de 10 problèmes de maths

OpenAI met en avant la résolution de 10 problèmes de mathématiques par son nouveau modèle, nom de code Astra, qui n’est pas encore disponible. L’usage de plus en plus commun de l’IA générative dans la recherche en mathématiques pose parfois des questions sur l’attribution de la paternité d’une découverte.

L’entreprise de Sam Altman a dévoilé récemment le nom utilisé en interne de son nouveau modèle : Astra. Selon OpenAI, celui-ci a livré la solution à 10 problèmes mathématiques.

C’est dans un billet de blog que l’entreprise présente ces résultats. Il est accompagné d’un PDF détaillant chaque résolution, mis en ligne sur les propres serveurs de l’entreprise, et non sur l’un des sites de preprint où les chercheurs partagent d’ordinaire leurs publications.

« Ces résultats ont été obtenus grâce à une version interne d’Astra, notre prochain modèle phare », affirme OpenAI, qui ne mentionne pas les noms des mathématiciens qui auraient supervisé ces recherches.

L’entreprise d’IA générative ajoute : « Le nombre total de jetons nécessaires pour trouver des solutions à ces problèmes coûterait environ 2 000 dollars selon les tarifs de Sol API ». Cette somme parait basse mais semble prendre en compte seulement les tokens utilisés pour reproduire la démonstration sans inclure les essais-erreurs que l’entreprise a dû faire avant d’obtenir les prompts adéquats.

Depuis quelques mois, l’IA générative bouscule la recherche en mathématiques et, comme nous l’évoquions, toutes les maths ne sont pas touchées de la même façon. Mais une partie de la communauté a publié une position sur l’intelligence artificielle, dite Leiden Declaration on Artificial Intelligence and Mathematics, qui liste cinq « menaces potentielles » pour la discipline. Pour rappel, les voici :

  • la noyade sous « des arguments plausibles mais peu fiables (voire incorrects) »,
  • l’absence de citations correctes ou la violation de copyright,
  • la mise en avant des résultats de recherche seulement lorsque l’IA a été utilisée,
  • la diffusion de résultats sans publication de réels articles de recherche,
  • la perte de l’autonomie vis-à-vis des entreprises qui développent les IA génératives.

Le mathématicien David Madore expliquait aussi dans un billet de blog publié en juin dernier : « OpenAI et les autres boîtes d’IA ont décidé d’utiliser les maths comme « benchmark » censément objectif pour montrer leur supériorité les unes sur les autres (notamment dans le contexte de l’introduction en bourse d’OpenAI). Évidemment, ce qui les intéresse n’est pas de faire des maths ni d’aider la science ou les mathématiciens, mais de vendre leurs produits ».

« Des questions auxquelles une entreprise technologique ne peut répondre à elle seule »

Dans son billet annonçant ses dix résolutions, OpenAI essaye de ne pas trop brusquer cette communauté. « L’émergence de systèmes capables de contribuer à la recherche mathématique soulève des questions auxquelles une entreprise technologique ne peut répondre à elle seule », affirme-t-elle, évoquant aussi la déclaration de Leiden.

Mais elle soulève en miroir une question d’éthique aux mathématiciennes et mathématiciens : « Nous estimons que l’attribution doit refléter fidèlement la manière dont un résultat a été obtenu : attribuer à un être humain la paternité d’une démonstration entièrement générée par un système d’IA reviendrait à donner une image fausse tant de la contribution de ce système que de la nature du véritable travail intellectuel humain ».

Des chercheurs proposent une résolution d’un problème à moins de 4 h d’intervalle

D’autres questions se posent sur la paternité d’une découverte à l’heure où l’IA générative permet à des chercheurs de mettre en ligne rapidement une démonstration. En effet, le magazine Scientific American raconte que deux articles résolvant un problème de cryptographie quantique ont été mis en ligne à moins de quatre heures d’intervalle sur la plateforme arXiv.

« Nous proposons une construction inconditionnelle d’un schéma de chiffrement à clé privée à usage unique, non-clonable et sécurisé d’un point de vue de la théorie de l’information, pour des messages d’un bit, avec un chiffrement et un déchiffrement efficaces et un avantage inclonabilité-indiscernabilité exponentiellement faible », expliquent ainsi les chercheurs Prabhanjan Ananth et Amit Sahai dans le résumé de leur article mis en ligne le 23 juillet à 17h35 UTC. Le doctorant Seyoon Ragavan a, de son côté, mis en ligne son article le même jour à 20h53 UTC.

Les deux articles proposent deux résolutions différentes d’un même problème, en utilisant le même modèle (GPT-5.6 Sol Ultra), soulevé lors d’une conférence au Simons Institute for the Theory of Computing de Berkeley plus tôt dans le mois. Ils n’ont pas encore été relus par les pairs et concernent un sujet très particulier de la recherche en cryptologie quantique.

« Aujourd’hui, la mentalité générale est la suivante : dès que quelqu’un évoque un problème non résolu, la première chose à faire est de vérifier si GPT peut le résoudre », explique Prabhanjan Ananth interrogé par Scientific American. « De nombreux problèmes que nous ne savions pas résoudre vont trouver une solution dans un avenir très proche. », assure-t-il.

Si de nombreux mathématiciennes et mathématiciens ont signé la déclaration de Leiden, en résolvant certains problèmes mathématiques, les entreprises d’IA générative en attirent aussi certains. Jacob Tsimerman, chercheur de l’université de Toronto et récent lauréat de la médaille Fields, vient ainsi d’être embauché par OpenAI, explique le Wall Street Journal qui ne précise pas le salaire du nouvel employé de Sam Altman.

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Pour la CJUE, le géoblocage peut être « efficace » même s’il est contournable via un VPN

Le plus efficace possible
Pour la CJUE, le géoblocage peut être « efficace » même s’il est contournable via un VPN

La Cour de justice européenne a rendu son arrêt concernant un litige sur l’œuvre d’Anne Frank, qui est entrée dans le domaine public en Belgique mais pas aux Pays-Bas. Un géoblocage à la « pointe de la technologie » suffit à être dans les clous, même si des technologies comme un VPN permettent de le contourner.

Le 9 juillet dernier, la Cour de justice européenne (CJUE) a rendu un arrêt qui clarifie ce qu’il est possible de faire lorsqu’une œuvre est entrée dans le domaine public dans un pays mais pas dans un autre.

Rappelons que le droit d’auteur varie beaucoup selon les pays. Ainsi, par exemple, une partie des œuvres d’Anne Frank est encore protégée aux Pays-Bas jusqu’en 2037 alors qu’elles sont entrées dans le domaine public en Belgique.

Un conflit entre le Fonds Anne Frank et la Fondation Anne Frank

C’est justement ce cas qui était présenté à la CJUE. Les droits d’auteur du journal d’Anne Frank ont fait l’objet de nombreux litiges déjà. Actuellement, c’est le Fonds Anne Frank (Anne Frank Fonds) qui possède les droits sur ces œuvres aux Pays-Bas. L’organisation met en cause la Fondation Anne Frank, l’Académie royale néerlandaise des sciences et une association de valorisation d’écrits historiques pour avoir publié une édition scientifique des manuscrits d’Anne Frank, en langue néerlandaise, sur le site www.annefrankmanuscripten.org (enregistrée en Belgique).

C’est la Cour suprême des Pays-Bas qui doit départager les parties en conflit après un pourvoi du Fonds Anne Frank, mais elle a demandé à la Cour européenne un avis sur la question des moyens mis en place pour bloquer l’accès à l’œuvre dans les pays où elle n’est pas entrée dans le domaine public.

La Cour suprême des Pays-Bas a constaté (comme nous) que l’accès au site en question est restreint par un système de « géoblocage » qui en empêche la consultation avec une IP venant d’un État membre de l’UE dans lequel les manuscrits sont encore protégés par le droit d’auteur.

Ainsi, aux Pays-Bas comme en France d’ailleurs, un message en néerlandais et en anglais apparait à la consultation du site :

Nous sommes désolés… Malheureusement, ce site n'est pas accessible depuis votre pays. L'édition scientifique des manuscrits d'Anne Frank ne peut être mise à disposition dans tous les pays, pour des raisons liées aux droits d'auteur. Cette édition est publiée en ligne par la Vereniging voor Onderzoek en Ontsluiting van Historische Teksten (Association pour la recherche et l'accès aux textes historiques), Avenue Louise 209a / Louizalaan 209a, 1050 Bruxelles (Belgique).

Un géoblocage peut être considéré comme « efficace » même s’il est contournable

Mais elle demande à la CJUE si ce géoblocage suffit, sachant qu’il est contournable via un VPN dont l’adresse IP vient d’un pays où l’œuvre est dans le domaine public.

La CJUE explique que la mesure de blocage géographique peut être considérée comme « efficace », au regard de la directive européenne sur l’harmonisation de certains aspects du droit d’auteur de 2001, « dès lors qu’elle est à la « pointe de la technologie »  », et ce même si des internautes« peuvent la contourner en ayant recours à un VPN ou à un service similaire ».

Ainsi, le droit européen ne demande pas d’installer en de pareilles circonstances un géoblocage à toute épreuve, mais il doit être au niveau de l’état de l’art.

La CJUE éclaircit aussi le fait que les fournisseurs de VPN ne peuvent être incriminés dans ce genre d’histoires : « le fournisseur de VPN ou de services similaires utilisés pour contourner une mesure de blocage géographique inefficace et constituant des outils techniques licites auxquels les utilisateurs peuvent légitimement recourir, ne saurait être considéré comme ayant lui aussi communiqué l’œuvre au public ».

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L’IA rend l’édition scientifique « plus lente, de moins bonne qualité et plus chère »

Pas si productif, finalement ?
L’IA rend l’édition scientifique « plus lente, de moins bonne qualité et plus chère »

Alors que de plus en plus d’articles scientifiques sont créés en utilisant l’IA générative, le rédacteur en chef de Science, Holden Thorp, considère qu’elle fait plus de mal que de bien à l’édition scientifique.

Pour Holden Thorp, le responsable éditorial de toutes les revues de l’éditeur scientifique Science, l’arrivée de l’IA générative pousse l’édition scientifique dans une forme de « taylorisme ». « Ce défi exige encore plus d’efforts humains, ce qui rend l’ensemble du processus plus lent et plus coûteux », explique-t-il dans un édito de la revue phare.

L’année dernière, des chercheurs prévenaient que l’IA pourrait faire, au final, « plus de mal que de bien » à la recherche sans pour autant nier certaines avancées qu’elle pouvait amener. Fin 2025, submergée par les propositions d’articles générées par IA, la plateforme de prépublications arXiv décidait de modérer plus strictement. Elle a ensuite mis en place une mesure de suspension d’un an des chercheurs qui soumettent des articles erronés générés par IA.

Hallucinations, cherry picking et manipulation de données

Mais les revues et les conférences scientifiques sont aussi touchées par le phénomène. Holden Thorp ne nie pas la capacité des grands modèles de langage (LLM) à permettre des avancées scientifiques comme la prédiction des structures protéiques ou l’accélération de la découverte de nouveaux matériaux.

Mais il s’appuie sur un article scientifique récent qui explique que les LLM « éprouvent encore des difficultés dans les domaines qui exigent un jugement clinique nuancé, un raisonnement expérimental ou une réflexion et une synthèse approfondies en biologie » et sur l’existence des hallucinations (dont même les chercheurs d’OpenAI avouent avoir du mal à se débarrasser) pour expliquer que leur utilisation dans la rédaction d’articles scientifiques peut être problématique.

« De plus, certains de ces agents sont plus enclins que les humains à se livrer à ce qui s’apparente à des fautes professionnelles en matière de recherche, telles que la sélection arbitraire de données [cherry picking] et la manipulation des analyses statistiques jusqu’à l’obtention du résultat souhaité », ajoute-t-il, citant un autre article mis en ligne sur arXiv [PDF].

Et, alors que l’ajout d’erreurs par l’IA générative dans les articles demande une attention accrue, elle accélère aussi le rythme de soumission d’articles aux revues scientifiques et crée des goulots d’étranglement. Certains éditeurs, comme Elsevier, laissent facilement passer des erreurs parfois impardonnables. « La prolifération d’AI slop [informations erronées liées à l’IA] dans la littérature scientifique et, plus généralement, sur Internet, nuit à la crédibilité de la science », déplore le responsable éditorial de Science.

Le taylorisme arrive dans l’édition scientifique

Holden Thorp compare ce moment de l’arrivée de l’IA générative dans l’édition scientifique à l’arrivée du taylorisme dans l’économie américaine. Frederick Winslow Taylor « a encouragé les entreprises à recourir à la surveillance pour pousser les salariés à travailler plus dur et plus longtemps, une approche qui a épuisé et découragé les travailleurs et a conduit au transfert des connaissances et de tout pouvoir décisionnel des travailleurs vers la direction », explique-t-il.

Remarquons quand même que, si Holden Thorp déplore l’utilisation massive de l’IA générative dans les articles scientifiques, son article est lui-même parsemé de liens accompagnés de paramètres UTM laissant la trace de l’utilisation de ChatGPT (par exemple : https://arxiv.org/abs/2605.07723?utm_source=chatgpt.com).

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