Ces derniers jours, je reçois énormément de messages au sujet de la pénurie de composants. Trop de messages pour pouvoir y répondre. Il y a également des questions auxquelles j’ai bien du mal à répondre individuellement et qui concernent les différents aspects de cette crise.
Des professionnels, des particuliers, beaucoup de personnes désireuses de s’équiper d’un materiel pour cette fin d’année et qui reculent devant les nouveaux tarifs. Ces questions concernent aussi bien les raisons de de cette pénurie que l’envolée des prix. Certains me demandent de lire l’avenir avec des dates de retout à la normale ou des informations sur les prix pour les prochains trimestres.
D’autres ne savent pas vraiment à quoi va ressembler leur futur si les composants continuent d’augmenter ainsi. L’impact sur les SSD, la mémoire comme le reste de l’écosystème informatique. Les conséquences de la pénurie sur les smartphones, les consoles, les ordinateurs professionnels et tout ce qui nous entoure au quotidien. Les effets sur l’emploi et le commerce en france. Il y a énormément d’interrogations à adresser et c’est assez délicat de le faire intelligemment au travers de réponses uniques et diluées dans autant de mails. L’intérêt d’un blog ce n’est pas de publier et ensuite répondre individuellement à chacun mais bien de regrouper les questions et les réponses.
La pénurie de composants en quelques questions-réponses ?
Je ne sais pas comment faire pour répondre à tout le monde efficacement. Aussi je me dis que rassembler une dizaine de questions et tenter d’en faire un billet qui regroupera des réponses précises et détaillées pourrait être intéressant. Je sais que la mode serait plutôt d’en faire autant de billets pour tenter de surfer sur la vague qui vient mais cela ne serait pas très utile car traiter ces réponses une par une de manière décousue empêche de saisir les tenants et aboutissants du problème.
Que cela concerne la mémoire vive, le stockage, le reste des composants mais aussi les smartphones, tablettes et autres machines de ce grand écosystème… Si vous avez des questions concernant cette pénurie de composants, n’hésitez pas. Qu’il s’agisse d’interrogations sur les bouleversements à venir, les racines du problème, d’éventuelles conséquences techniques, des doutes, des solutions ou même des réponses, partagez les en commentaires. J’essayerai d’en tirer les meilleures réponses possibles pour faire un point sur la situation qui soit compréhensible par tout le monde.
Je ne parle pas de faire de la voyance ni d’indiquer à quelle date tout rentrera dans l’ordre, mais de tenter de faire une analyse au plus juste des différents problèmes engendrés par la situation. N’hésitez pas, les commentaires sont ouverts. Et si vous êtes un pro dans une situation qui ne vous permet pas d’exposer vos idées ou de témoigner facilement, n’hésitez pas à vous rendre sur la page contact si c’est plus pratique pour vous.
Kingston ne fabrique pas de puces lui-même mais s’approvisionne auprès de grands acteurs de ce marché. Il est donc totalement dépendant de leur disponibilité. Cameron indique que les tarifs des mémoires allaient exploser encore plus haut dans les semaines à venir. Son analyse est assez simple, le chemin tracé par le prix des puces est une hausse qui atteint presque les 250% depuis le premier trimestre de cette année. Et cette hausse s’est concentrée sur ces deux derniers mois : 70% de cette montée en flèche des prix a eu lieu entre octobre et novembre 2025.
Les prix des composants ont toujours un certain délai entre leur fabrication et leur mise en rayon. Si les prix des puces que Kingston achète en ce moment continuent d’augmenter, les SSD qui vont être produits avec elles seront mécaniquement plus chers que ceux déjà beaucoup plus élevés qui sont disponibles en magasin. Il devient déjà difficile de se procurer des SSD, leur prix augmentent quasiment de jour en jour et certaines références deviennent totalement inabordables.
Ce Kingston NV3, un SSD très banal au format M.2 2280 NVMe en PCIe 4.0 de 1 To est ainsi passé de 58-60€ début octobre à 123€ aujourd’hui. Un doublement de tarif qui devrait encore s’accentuer. Le modèle 500 Go de même calibre est passé de 39€ au premier octobre à plus de 80€… Quand il est dispo.
Kingston n’est pas seul dans la tourmente, Transcend l’accompagne.
Il y a quelques jours Transcend a communiqué de manière tout aussi inquiétante. Également dépendante des livraisons de composants puisque la marque intègre des puces tierces dans ses différents produits, elle indique qu’elle ne reçoit tout simplement plus assez d’éléments pour assurer sa production. Depuis octobre, la marque n’a pas reçu ses livraisons habituelles de puces de la part de SanDisk et Samsung. Au début du mois, les deux géants ont annoncé qu’ils retarderaient encore leurs prochains arrivages.
Si Transcend a pu continuer de fonctionner grâce à ses stocks, un retard trop conséquent serait catastrophique pour la marque. Cela affecterait évidemment le prix des puces, même de celles stockées précédemment, puisque c’est le seul moyen de continuer à gagner de quoi faire tourner l’entreprise en pleine disette. On s’attend donc à une augmentation des prix des SSD, des clés USB et des cartes MicroSDXC et SDXC de la marque.
Un upgrade avec un SSD Kingston, vous vous souvenez ? C’était le bon temps.
2026 va être très compliqué
Difficile de voir quand la situation pourrait retourner à la normale, plusieurs facteurs entrent en jeu. Pour Kingston et Transcend, c’est littéralement un risque grave pour leur survie si la situation s’éternise. Comment continuer à payer son personnel, ses dettes et ses investissements si les éléments nécessaires à la fabrication de leurs produits commerciaux n’arrivent plus ou ne permettent pas les volumes nécessaires ?
Si la situation perdure, les fins de mois vont devenir assez rapidement critiques pour de nombreux acteurs de ce marché. Non seulement les tarifs vont continuer d’augmenter mais un vrai risque d’une disparition d’une partie de la concurrence existe.
Un fabricant de MiniPC m’expliquait que pour le moment nous ne sommes pas encore entrés dans le pire de la crise car tout le monde a pu faire des stocks assez opportunément. Mais à moyen terme, la situation devrait être encore pire avec une explosion telle des tarifs de certains composants qu’ils envisageaient de proposer l’ensemble de leur catalogue en version barebone. Une situation loin d’être idéale puisque cela éloigne d’office la majorité des clients potentiels.
Même si la situation revenait à la normale assez rapidement avec une production en hausse ou une baisse de la demande de l’IA, les prix ne devraient pas redescendre aussi vite. Certains doivent déjà « sponsoriser » les prix de la mémoire qu’ils achètent pour continuer à vendre des machines. Un cout qui affecte directement leurs finances et qui devra être rattrapé à terme, quand les prix de la RAM et du stockage baisseront.
Après avoir critiqué Dell et Apple pour faire leur beurre sur la disette imposée de mémoire vive, Framework annonce à son tour une augmentation de la mémoire vive dans ses options de DDR5. Hausse qui s’associe avec une mise à jour des conditions de ventes de ses machines.
Chez Framework, on estimait le 9 décembre que des entités comme Dell et Apple surfacturaient l’augmentation de la mémoire. Ce qui n’est franchement pas un scoop et qui fait partie intégrante des schémas de commercialisation de ces entreprises. Si la crise actuelle accentue le phénomène, tout le catalogue de Dell et d’Apple sont pensés dans ce sens.
Framework indiquait que son passage de 16 à 32 Go de DDR5 ne coutait que 80$ le 9 décembre. Tout en mettant en avant le fait que ce tarif ne vous offrirait qu’une seule barrette de 16 Go depuis un engin vide chez Dell. Et qu’il vous en couterait le double pour en avoir deux. Je ne vais pas revenir en détail sur les stratégies de chacun, mais cela me parait un peu difficile de comparer Dell, Apple et Framework.
Tout le monde sait, depuis toujours, qu’appeler un conseiller Dell permet de réduire sa facture d’achat significativement. Les entreprises qui contactent le service client pour acheter quelques machines à l’année bénéficient de réductions et le calcul des composants secondaires est souvent lié à cela. Doubler « gratuitement » sa mémoire vive est un « geste commercial » assez classique chez Dell. Du moins, ça l’était.
Depuis le Apple M1, la mémoire vive est intégrée directement sur le SOC
Apple de son côté embarque directement la mémoire vive dans ses puces et cela rend cette comparaison très étrange. L’impact de l’augmentation de la mémoire et des tensions d’approvisionnement est forcément très différent. Apple achète en amont de la fabrication de ses SoC. Et la marque choisit des grades de mémoire très élevés. Elle n’intègre évidemment que le très haut de gamme dans ses puces pour ne pas générer de couteux déchets de production ou de pannes à moyen terme. Là où un autre constructeur peut tolérer des barrettes défectueuses, Apple ne laissera rien passer. Imaginez vous acheter de la mémoire un peu moins haut de gamme, la monter sur une série de quelques milliers de puces et découvrir ensuite des erreurs en sortie de chaine. Le coût de fabrication d’un SoC Apple avec cette mémoire défectueuse embarquée serait catastrophique. Framework de son côté peut simplement renvoyer les barrettes qui posent un éventuel souci en SAV.
Enfin, les volumes des trois entités sont totalement différents. Les chiffres de Framework ne sont pas connus, mais Dell a distribué 10.3 millions de PC au troisième trimestre 2025. Apple, 6.8 millions. Je doute fortement que l’impact d’une pénurie de mémoire soit le même pour les trois entités. Je ne suis pas là pour défendre Dell ou Apple mais s’ils ont décidé une augmentation de la mémoire vive, c’est en anticipant probablement le scénario que va connaitre toute l’industrie en 2026. Ils le font peut être plus rapidement que d’autres tout simplement parce qu’ils vendent plus que d’autres. C’est par ailleurs lié à leur position particulière dans un calcul permettant de lisser les tarifs pour ne pas avoir à changer les prix en permanence1. Tout simplement parce que pour Dell comme pour Apple, il est difficile de proposer des devis et des contrats professionnels avec des tarifs qui fluctuent.
Ainsi Framework achète sa mémoire avec plus de souplesse que Dell ou Apple, peut changer de fournisseur/fabricant et même utiliser des grossistes au besoin. Son appétit n’est pas tout à fait le même en quantité. Dell et Apple ont dû signer des engagements sur une période plus longue pour obtenir l’approvisionnement nécessaire à leur fonctionnement. Et leurs fournisseurs n’ont évidemment pas décidé de leur faire un cadeau en se basant sur le cours du jour pour déterminer leurs contrats à long terme. S’ils savent que les prix vont monter à l’avenir, ils vont anticiper un tarif moyen sur l’année 2026.
Une augmentation de la mémoire vive pour tout le monde
Au final, Framework monte donc le prix de ses composants à son tour mais uniquement pour les options. La marque a dû sécuriser un assez gros stock de DDR5 avant la hausse qu’elle conservera au prix d’avant la hausse pour ses machines pré-équipées. Comme la marque n’écoule pas 10.3 millions de PC par trimestre comme Dell, ce qui veut dire 3.43 millions de PC par mois entre juillet en septembre, ou 114 333 PC par jour, chaque jour pendant trois mois, elle peut se le permettre. Si elle avait la même distribution que Dell, Apple ou un autre acteur du TOP 10 des vendeurs de PC mondiaux, elle serait dans le même bain.
D’ailleurs ce n’est qu’une question de temps avant que la marque soit obligée d’augmenter tous les tarifs de ses composants mémoire. Le fait que ses composants n’augmentent pas dans ses portables va les rendre plus séduisants et son stock va disparaitre plus vite. Et le constructeur en est pleinement conscient puisqu’il a déjà modifié ses conditions générales de vente pour éviter que de petits malins achètent des portables Framework avec des options mémoire vive et puissent les renvoyer sans cette même mémoire. Désormais il faudra renvoyer la machine telle qu’elle a été livrée, options comprises, pour bénéficier d’un remboursement.
Le marché de la mémoire vive est aussi simple que complexe. Simple parce qu’il reprend le bon vieux schéma de l’offre et de la demande pour déterminer son prix. Complexe parce qu’il adresse de nombreuses références techniques et des processus de production lents et très complexes croisés avec beaucoup d’acteurs et toute une chaine alimentaire. Beaucoup se mélangent donc un peu les pédales quand ils parlent de mémoire.
Ce matin, Bob et Bobette vont fabriquer de la DDR5
Un article de Digitimes a fait réagir ces derniers jours en expliquant un changement stratégique de la part de Samsung sur ce secteur. Le géant Coréen aurait décidé de changer de stratégie et de se recentrer sur la mémoire « DDR5 » en « abandonnant » la mémoire « HBM ». Ce bouleversement est aussi étonnant qu’incongru alors que le marché le plus porteur et rentable est clairement celui des serveurs et de leur RAM. Avec la hausse massive des prix de la mémoire vive DDR5, revenir dans la course serait finalement plus rentable que la poursuite de production de HBM. J’adorerais croire que cela est vrai mais cela ne tient pas debout une seule seconde.
D’abord par un simple effet mécanique. Si d’un coup Samsung abandonnait vraiment la mémoire HBM pour la DDR5 et allouait sa capacité de production dans ce sens, elle ferait mécaniquement baisser le prix de cette mémoire. En augmentant les volumes, les prix partiraient immédiatement à la baisse. Un effet qui n’a absolument pas été constaté pour le moment sur ce marché très volatil et capable de réagir à la moindre annonce.
Pourtant cette nouvelle annoncée comme la solution qui viendrait combler le déficit de mémoire actuel du marché est ainsi accueillie comme une bonne nouvelle pour le grand public. L’idée qu’un géant comme Samsung puisse décider de relancer la production de mémoire DDR5 laisse en effet croire que cela pourrait profiter aux machines de monsieur et madame tout le monde. Rien n’est moins vrai.
Pour comprendre ce qu’il se passe ici, il faut un peu de contexte. Samsung produit de la mémoire HBM (High Bandwidth Memory) à destination des serveurs d’IA. C’est une mémoire spécifique qui permet de proposer plus de bande passante en dépensant moins d’énergie que la DDR5. Elle est massivement employée pour monter des IA parce qu’elle peut servir de « poumon » pour alimenter les puces de calculs avec un gros débit de données. Fabriquer de la mémoire HBM est un processus complexe, long et couteux et Samsung est désormais loin derrière son concurrent et compatriote SK Hynix sur ce segment. SK Hynix est plus petit que Samsung en terme de production et il a eu l’excellente idée de se spécialiser sur ce secteur en anticipant très bien les besoins du marché. Au lieu de chercher à inonder le secteur avec toujours plus de DDR4 et de DDR5, ce qui aurait fait baisser leurs marges, SK Hynix a focalisé toute son attention sur des processus de gravure et une capacité de production HBM.
Samsung, qui a d’autres impératifs comme la fourniture de mémoire pour ses propres produits, est passé derrière sur le segment de la HBM3E. SK Hynix a gagné beaucoup de parts de marché et lui vole largement la vedette sur cette génération de mémoire hyper spécialisée.
Ce que prépare en réalité Samsung c’est la réaffectation temporaire de ses centres de production pour organiser la transition de la mémoire HBM3E vers la HBM4. Un marché pressenti comme fort rémunérateur et payant à long terme. SK Hynix a tout raflé et semble irrattrapable en termes de production et de qualité sur la HBM3E. Samsung veut exactement tenir cette place sur la HBM4 des prochaines générations de puces IA et fait ce qu’il faut pour y parvenir. Et pendant que SK Hynix gagne des fortunes avec la mémoire actuelle, il ne veut ni ne peut couper sa production payée d’avance par contrat. Samsung qui dispose d’un plus vaste outil de production, fait donc ici le choix intelligent de sacrifier sur le court terme pour pouvoir gagner à long terme.
DDR5 oui mais au format RDIMM avec ECC et contrôleurs.
Il y a DDR5 et DDR5
Cela passe donc par un mouvement de repli de la mémoire HBM pour se remettre à la production de mémoire DDR5. Il faut dire qu’avec les fluctuations de marché de cette mémoire vive DDR5, les marges sont effectivement devenues astronomiques. Mais tout d’abord le mouvement sera totalement temporaire. Et surtout, cette réaffectation de 80 000 wafers vers de la DDR5 ne viserait que des modules RDIMM. Autrement dit, des modules de mémoire en premier lieu à destination là encore des serveurs… Ces centres de données colossaux n’ont pas seulement besoin de HBM, ils ont massivement besoin de modules RDIMM pour fonctionner. Si la mémoire vive DDR5 a flambé sur tous les marchés, les clients qui peuvent se l’offrir sont pour le moment encore et toujours les professionnels et en particulier les centres d’IA en développement. Même si elle débarquait chez des revendeurs, aucun particulier n’accepterait de payer pour de la RDIMM encore plus chère que la mémoire classique et possiblement incompatible avec son matériel.
80 000 waffers soit 1.33% de la production des 3 principaux producteurs de mémoire DDR5
Aucun de ses 80 000 waffers ne sera découpé pour devenir de la DDR5 « grand public » avec des LEDs RGB, des dissipateurs en alu et des prix plus sages. La demande restera tout aussi forte et les prix ne devraient donc pas bouger dans les magasins classiques. Enfin, au risque de doucher les plus optimistes, on estime qu’en 2020 Samsung produisait 3 millions de waffers par an. 2 millions pour Micron et 1.9 million pour SK Hynix. Les 80 000 waffers de « bonus » n’auront évidemment aucun impact significatif sur le malaise actuel.
C’est un témoignage indirect sur un achat de RAM d’occasion qui arrive dans ma boite aux lettres. Celui de Marc qui a cru bon de faire confiance, peut-être de manière un peu trop candide, comme il le dit lui-même, à un acheteur sur LeBonCoin.
À la recherche de composants pour retaper un PC, Marc se penche sur le secteur de l’occasion. La machine sur laquelle il a mis la main vient de son travail et a été dépouillée de sa mémoire et de son stockage. Il lui faut donc trouver de la DDR4 en format DIMM classique et un SSD. Pour le stockage, pas de problème, il a ce qu’il faut. Un bon vieux SSD BX500 de Corsair en 500 Go acheté dans les bons flans de Minimachines. Pour la mémoire, c’est un autre challenge. Avec les prix qui enflent, la disponibilité qui baisse, l’éloignement des magasins spécialisés. Marc se décide de chercher du côté de la RAM d’occasion. Finalement, comme sa machine est déjà d’occasion, ce n’est pas un problème.
RAM d’occasion sur LeBonCoin (exemple)
Il fouille donc les annonces de LeBonCoin et trouve mardi dernier une offre intéressante qui vient d’être posée. Deux barrettes de 8 Go de DDR4-3600 Kingston, tout ce qu’il y a de plus classique. Le prix n’est pas donné mais il n’est pas délirant non plus : 80€. Les mêmes modules sont proposés à 140€ aujourd’hui, ils étaient régulièrement à moins de 60€ avant octobre… 20€ de plus donc mais pas réellement d’autre choix, sans mémoire vive, pas de PC.
Marc contacte le vendeur qui se montre fort efficace : réponses rapides, connaissances techniques, conseils. Il va même jusqu’à vérifier la compatibilité de la carte mère avec ses modules de RAM d’occasion. En quelques heures c’est plié, Marc veut acheter. Sauf qu’au dernier moment, le vendeur lui dit qu’un autre acheteur s’est manifesté et peut lui prendre sa mémoire en direct, de la main à la main. Qu’il veut éviter de s’embêter avec les frais et l’envoi, qu’il est désolé mais que c’est beaucoup plus simple pour lui. Marc insiste, tente le tout pour le tout pour faire jouer la « corde sensible » du vendeur. Et, contre toute attente, ça marche. Le vendeur accepte de lui envoyer, parce qu’il le trouve « sympa ».
Sauf que, pour ne pas perdre d’argent, il préfèrerait un paiement différent. Ne pas utiliser la plateforme LeBonCoin « qui coute cher » mais plutôt par PayPal « entre amis ». Comme me l’écrit Marc, normalement ses alertes intérieures « auraient dû retentir ». Mais le vendeur a réussi petit à petit à éteindre toute sa paranoïa. L’acheteur avait l’impression que le vendeur lui « faisait une fleur ». Et, quelques minutes plus tard, Marc paye le vendeur.
Il se passe une grosse semaine avant que Marc ne reçoive les barrettes. Il va les chercher au relais colis à côté de son travail et attend avec impatience de pouvoir l’installer. Chose qu’il a faite samedi matin. Enfin, qu’il a essayé de faire, parce que les barrettes ne fonctionnent pas. Rien, pas de signal, juste le code d’erreur d’une absence de mémoire bippé par la carte mère. Il essaye avec les barrettes de son PC habituel en DDR4-3200 et tout fonctionne, la machine démarre sur sa clé USB. Il installe ensuite la RAM d’occasion sur son PC. A nouveau, pas de signal.
Marc se connecte alors sur LeBonCoin pour avoir des informations, pas de réponse. Le vendeur si rapide à répondre et si prévenant, est désormais aux abonnés absents alors que son profil est toujours visible et qu’il est en ligne. Marc comprend enfin qu’il n’a pas de recours et qu’il vient de se faire soulager de 80€ « plus le port » et qu’il ne peut rien faire pour récupérer son argent. Il décide alors de jeter un coup d’œil à la mémoire Kingston qui ne répond pas et qu’il a dans la main. Il enlève les dissipateurs en aluminium. Et sous les profilés de métal, rien de visiblement abîmé.
Ce n’est pas la première fois que j’entends ce type d’histoire. Le conseil d’éviter de sortir du « tunnel de protection » des sites de petites annonces est indispensable même si cela ne vous garantira pas un achat sans pépin.
L’arnaque de l’auto-SAV classique
Ces derniers temps, l’arnaque la plus communément remontée sur ce type de site de petites annonces est celle d’un produit hors service qui va pousser l’acheteur à en avoir le cœur net. Dans le cas de notre RAM d’occasion, cela se traduirait exactement par le scénario de Marc. Un achat via le site et protégé par son système de paiement. Une réception au bout de quelques jours. La découverte d’un produit qui ne marche pas et la volonté d’en avoir le cœur net face à un vendeur qui vous jure que tout fonctionnait bien chez lui. L’acheteur démonte le produit pour comprendre et… n’a plus alors droit aux services de protection du site qui sert d’intermédiaire. J’ai eu des retours de ce genre d’histoire pour énormément de matériel : portables, synthétiseur, ampli, MiniPC et même un robot de cuisine. A chaque fois, la sentence est la même.
Si l’acheteur ouvre le matériel d’occasion pour vérifier ou valider qu’il y a un problème, alors le site de petites annonces déclarera que c’est lui le responsable de la panne et donnera raison au vendeur. Puis déclenchera le paiement. Si Marc avait acheté sa RAM d’occasion en la payant via LeBonCoin, si il avait ensuite enlevé les dissipateurs en aluminium, alors il aurait perdu tout recours contre le vendeur.
Même s’il est certain que la panne n’était pas en rapport avec cette ouverture. Un lecteur a ainsi acheté un portable qui ne fonctionnait pas au démarrage. Et pour cause, il était livré sans mémoire ni stockage même si la petite annonce indiquait bien la présence de ces composants. Le SAV de LeBonCoin n’a pas voulu donner suite après qu’il ait envoyé des images des slots vides. A chaque fois qu’un acheteur a voulu bien faire et a publié des images de son ordinateur sans RAM, son ampli sans tube ou même son synthétiseur sans les composants internes nécessaires à son bon fonctionnement. A chaque fois qu’il y a eu ouverture pour prouver sa bonne foi, la plateforme a rejeté la demande. Cela peut se comprendre, c’est parole contre parole. Le vendeur dit que le produit marchait, l’acheteur montre un espace vide et prouve par la même qu’il aurait eu les moyens de le vider…
RAM d’occasion sur LeBonCoin (image d’illustration)
Acheter de la RAM d’occasion, une mauvaise idée ?
Pas forcément, mais il faut rester conscient des dangers que cela peut avoir. La flambée des tarifs va probablement inciter certains à vendre des barrettes à prix d’or et d’autres à tenter de vous arnaquer. Je ne serais pas non plus surpris d’entendre parler de vols de composants en entreprise d’ici quelque temps. Un larcin relativement facile qui peut rapporter gros en revendant ensuite le matériel via des petites annonces. Pour éviter tout souci, il faut respecter quelques règles de base.
Les prix trop alléchants peuvent être aussi bien le signe d’un vendeur honnête qui ne veut pas de spéculation ou d’un margoulin qui cherche à appâter des clients pour les arnaquer. Ne pas hésiter à contacter le vendeur peut être une bonne idée. Cela permet de voir le profil de la personne.
Privilégier la remise en mains propres et éventuellement, de quoi tester les composants. Je sais que tester de la mémoire vive de PC dans la rue sur un lieu de rendez-vous n’est pas simple. Si ce n’est pas possible, l’achat directement chez le vendeur est peut-être la meilleure solution.
Ne pas sortir du tunnel de protection du site qui fait la mise en relation. Les incitations à un paiement en direct ou « entre amis » sont plus que louches. C’est le signe d’une tentative d’arnaque pure à 99.99%.
Ne jamais démonter un produit défectueux. S’il ne fonctionne pas, ne vous cassez pas la tête et contactez directement le vendeur en engageant les procédures pertinentes sur la plateforme pour le signaler. Si vous l’ouvrez ou tentez de le réparer, vous serez alors automatiquement considéré comme la source du problème. Ne prenez pas de risque, en cas de pépin, restez neutre et demandez simplement un retour.
Si vous êtes vendeur, la bonne pratique est d’abord de proposer une photo « personnalisée » de votre produit sur votre annonce. Avec votre pseudo griffonné à coté de l’objet à vendre. Cela montre aux acheteurs que vous n’avez pas repris une vieille photo d’un autre site. Ensuite, c’est d’utiliser les services mis à votre disposition par le site de mise en relation. Et, évidemment de proposer de tester le produit.
Si vous êtes une entreprise ou que vous avez des ordinateurs en contact avec du public, attendez-vous à de possibles tentatives de vol de mémoire et de stockage. C’est autrement plus simple que d’autres composants et cela se revend très facilement. Je me souviens des années 2000, quand des voleurs profitaient de la pause déjeuner pour écumer les bureaux de PME et vider les PC de leurs composants. N’oubliez pas que sur la majorité des machines de type PC ou MiniPC il existe des protections antivol type Kensington Lock. Des antivols qui permettent non seulement d’arrimer PC et portables à du mobilier pour éviter qu’on parte avec mais qui empêchent également l’ouverture du capot. C’est très fréquent sur les PC d’entreprise. Cela évite que quelqu’un n’ouvre les boitiers et ne s’envole ensuite avec les composants.
PS : Ce n’est pas la peine de commenter au sujet de Marc, ni de juger sa mésaventure. Il s’en veut déjà suffisamment. Comme il le dit lui même, il suffit d’un « i » en moins pour passer de LeBonCoin à autre chose.
Le DDRGate est une « surprise ». Surprise par son ampleur même si on voyait arriver cette crise depuis un moment. L’appellation fait référence à la raréfaction de la mémoire vive à destination des ordinateurs personnels que l’on trouve sur tous les bureaux de la planète. Raréfaction due en très grande partie à la production qui oriente ses capacités pour alimenter les énormes besoins des centres de données. La véritable course à l’armement des entreprises pour construire les plus gros serveurs possibles pour piloter leurs intelligences artificielles.
Si tout le monde voyait arriver la situation, personne n’imaginait cet impact… Les constructeurs d’ordinateurs n’ont pas simplement à appuyer sur un bouton pour que des usines se mettent à produire des portables ou des PC. Toute la mécanique prend des mois et des mois pour se mettre en place. Les ordinateurs que vous allez découvrir en magasin en début d’année 2026 ont été imaginés il y a un an à partir de prototypes de composants de base fournis par AMD, Intel et Nvidia. Ils ont été dessinés, leur électronique a été pensée, optimisée, prototypée et validée. Les carnets de commandes des différentes pièces détachées ont été établis, des contrats signés et des lignes de fabrication réservées.
Pendant ce temps, des commerciaux ont rendu visite à leurs différents acheteurs et ont présenté depuis des mois les futures machines sur catalogues. Prenant alors des commandes pour des livraisons qui auraient lieu souvent deux trimestres plus tard. Tout cela prend des mois et s’établit sur des chiffres stables déterminés à l’avance par des contrats. Le prix des batteries, des écrans, le coût de l’assemblage, du transport, celui des processeurs et de la mémoire vive comme du stockage. Tout est fixé à l’avance pour proposer le prix de vente public de chaque machine. La marge laissée au grossiste, celle du revendeur et celle dégagée par le fabricant, tout est millimétré.
Le DDRGate vient gripper cette routine.
En faisant flamber les prix des SSD et de la mémoire vive, le DDRGate, cette hausse de la mémoire et du stockage rendent impossible d’opérer comme avant. Si les machines qui arrivent en janvier correspondent à des contrats signés avant l’augmentation des tarifs, leurs prix ne devraient donc pas bouger ? Oui… et non. Les prix des machines sont établis en fonction de multiples paramètres, dont l’un est la fourchette de prix d’achat des composants lissés sur l’année. Par exemple, la mémoire et le stockage, souvent sujets à de multiples fluctuations, sont estimés sur un prix moyen établi sur toute la durée de leur commercialisation.
Les clients imaginent généralement que les fabricants se mettent beaucoup d’argent dans les poches quand ils voient les prix de la mémoire s’écrouler. Les mêmes se disent que les fabricants vont avoir du mal à vendre leurs vieilles machines quand le prix public d’un portable reste élevé alors que le stockage dévisse. En fait, cela ne change rien pour eux, leurs contrats établissent un prix sur la durée pour tous les composants. Les problèmes arrivent lorsque ce contrat change et que la machine continue de bien se vendre. Si le prix de la mémoire baisse, alors ils vont gagner plus d’argent ou relancer la production avec un nouveau prix plus bas. Ou bien lancer des promotions.
Le problème que l’on rencontre aujourd’hui est que le prix des machines pour le troisième et le quatrième trimestres de 2026 ne peut pas être calculé. Les constructeurs ignorent à combien la mémoire vive et le stockage seront vendus. HP annonçait la semaine dernière que leurs contrats sur la mémoire allaient s’arrêter en mai 2026. À partir de cette date, les achats de mémoire et de stockage se feront soit au coup par coup, soit avec un prix estimé pour toute la production.
Autrement dit, les prix vont probablement exploser pour le troisième et quatrième trimestre. Certaines marques pourront également décider d’augmenter leurs tarifs dès le début de l’année pour lisser l’impact de cette hausse sur le marché.
Le DDRGate oblige à prendre du recul
Il faut lire toutes les annonces du moment avec cette idée en tête. Chaque décision industrielle a été prise il y a des mois. Valve ne décide pas de lancer sa Steam Machine « au pire moment » mais a choisi cette date bien avant le début de ce DDRGate. Nvidia ne décide pas d’arrêter le support de ses vieilles générations de circuits graphiques « en pleine crise » mais a arrêté à cette date depuis des mois de ne plus continuer le support de ses puces Maxwell, Pascal et Volta.
Les seuls acteurs à réagir vite dans toute l’équation actuelle, ce sont les fabricants de mémoire et de stockage. Micron qui abandonne la marque Crucial et le marché grand public est une réaction rapide. Samsung et Sk Hynix qui décident de ne pas augmenter leur production est également une décision stratégique rapide. Les deux marques auraient pu réagir différemment dans d’autres circonstances. Par exemple, si un des trois acteurs de ce marché avait d’un coup un énorme problème technique mettant à mal sa production dans une configuration de marché classique. Les deux autres auraient pu vouloir investir pour augmenter leurs propres capacités de production pour tenter de grappiller des parts de marché au détriment de leur rentabilité. Là, elles ont choisi de ne pas amplifier leur production pour de meilleurs profits au détriment d’éventuelles parts de marché. C’est un arbitrage.
L’année qui s’annonce risque d’être extrêmement compliquée. Pour beaucoup de raisons. L’hyper spécialisation du marché informatique qui a laissé à trois – ou quatre – marques le bon soin de fabriquer la mémoire d’un secteur absolument indispensable à toute l’économie, va avoir des répercussions sauvages.
D’abord, parce que la baisse de disponibilité de la mémoire vive et du stockage va empêcher les ventes de toutes les machines. Ce qui va entrainer une baisse de production de tous les composants. Cartes mères, écrans, alimentations, claviers… Le volume des ventes en baisse conduira les fabricants à augmenter leurs prix.
Ensuite et surtout parce que les particuliers ne vont pas pouvoir lutter sur les prix avec les entreprises. Si un tarif de portable grimpe de 100, 200 ou 300 euros pour un engin identique ou inférieur en capacités, à la machine de l’année d’avant, cela ne sera pas un frein pour une entreprise qui aura absolument besoin de ce matériel pour ses salariés. Les entreprises n’auront pas d’autres choix que d’acheter. Et même de faire monter les enchères. Les particuliers de leur côté devront donc lutter avec des moyens et des impératifs moins importants.
Depuis plusieurs semaines les nuages s’amoncèlent autour du secteur de la mémoire et du stockage. Dernier rebondissement en date, l’abandon pur et simple de Micron du secteur grand public. Ses SSD et ses mémoires DDR Crucial ne seront désormais plus dirigés que vers les professionnels.
Énième épisode d’un jeu de domino qui n’en est qu’à ses débuts, Micron lâche la barre grand public pour sa production de mémoire et de stockage. Quand je parle d’un phare sur ce marché, c’est parce que le fabricant est présent sur ce segment depuis presque 30 ans et qu’il sert souvent de repère pour placer les autres acteurs. Avec la marque Crucial, Micron propose des références fiables et efficaces qui, sans briller particulièrement, sont toujours un bon moyen de positionner le marché.
« En cas de doute, il faut prendre du Crucial ». Cette phrase je l’ai prononcée plus d’une fois pour conseiller des gens. Parce que si ce n’est pas forcément le meilleur prix ni la plus performante, c’est toujours un produit stable et efficace avec une vraie garantie.
Le choix d’arrêter le secteur grand public va faire disparaitre les barrettes mémoire et les SSD Crucial des rayons. Difficile de savoir pour le moment si les contrats proposés à ses partenaires industriels vont toujours être honorés dans le futur. Micron propose en effet des composants à différents grands intégrateurs de portables et de MiniPC. Il est possible que ces contrats perdurent et que seuls les pièces détachées qui sont vendues en direct sous la marque Crucial disparaissent.
Comme je vous l’explique depuis plusieurs jours, la situation se tend de plus en plus chez les fabricants de mémoire vive. Si un constructeur à un arbitrage à faire entre avancer la production, fabriquer, livrer des dizaines de références à des milliers de revendeurs, gérer leur SAV et assurer le marketing des produits en forte concurrence. Ou n’avoir à livrer en direct qu’une poignée de clients quelques références qui seront payées rubis sur l’ongle à des tarifs laissant des mages plus conséquentes… La réflexion à mener ne prendra pas beaucoup de temps.
Crucial, la branche grand public de Micron
Évidemment, cette annonce conduira à des licenciements. Les antennes locales verront leur personnel reclassé en interne… Un vœu pieux pour une entreprise qui va forcément réduire sa voilure et concentrer sa masse salariale sur un territoire forcément beaucoup plus petit. Autres dégâts collatéraux de ce changement de cible, les éventuels contrats de sponsor de la part de Micron / Crucial, en particulier sur le terrain du eSport, vont probablement tous s’arrêter. La marque n’ayant plus besoin de communiquer auprès du grand public.
Micron annonce un calendrier rapide
Les livraisons actuelles suivront leur cour jusqu’en février prochain. À partir de cette date, plus aucune barrette de mémoire ni aucun SSD Crucial ne sera disponible en rayon. En pratique, les stocks devraient s’assécher assez rapidement. Et le prix partir à la hausse. Beaucoup de professionnels et d’intégrateurs chercheront sans doute à mettre la main sur des références Crucial qu’ils emploient depuis longtemps pour maintenir la cohésion des parcs dont ils ont la gestion.
Les produits Micron conserveront leurs garanties après cette date. Les clients finaux qui rencontreront un problème avec les produits pourront compter sur une prise en charge dans les termes classiques de leur garantie à partir de leur date d’achat.
Reste à savoir l’impact de cette annonce sur les concurrents du groupe. Est-ce que cela va donner des idées à d’autres fabricants de mémoire ? Est-ce que Micron a simplement saisi l’opportunité de signer un contrat qu’il n’était possible de piloter qu’en élaguant totalement sa branche grand public ? Difficile de savoir ce qui est entré en jeu, mais les sommes doivent être colossales. Parce que Micron et Crucial viennent de tirer un trait de plume sur 29 années d’investissement marketing.
On imagine que les sommes en jeu sont énormes. Maintenant que ce premier acteur est tombé, les gestionnaires des datas center vont pouvoir diriger encore plus d’argent vers ses concurrents pour tenter de sécuriser des capacités d’installation encore plus importantes et ne pas se laisser distancer.
On suit l’évolution de la hausse de la mémoire vive depuis plusieurs semaines en se focalisant surtout sur la flambée des prix de ces produits particuliers. On a également pu observer un impact sur d’autres appareils comme les MiniPC, les portables et les cartes de développement. Car évidemment, c’est enfoncer une porte ouverte de le dire, mais tous les appareils qui contiennent de la mémoire vive, vont augmenter leurs tarifs.
C’était le bon temps, avant la hausse de la mémoire vive
Ce que certains ne réalisent peut être pas encore, c’est que la hausse de la mémoire vive va pareillement impacter les composants qui n’en contiennent pas ou pas encore. WCCFTech relate ainsi une baisse de 40 à 50% des ventes de cartes mères par rapport à 2024. Baisse tout à fait compréhensible puisque si le budget alloué pour une mise à jour technique n’est plus respecté avec la hausse de la mémoire vive, c’est tout un projet qui tombe à l’eau. Personne ne va acheter une carte mère en cette fin 2025 en espérant une baisse des tarifs de la DDR dans la foulée.
Si on peut raisonnablement penser que cette chute de moitié des ventes en novembre est également liée à une situation particulière en 2024 avec une période de ventes plus fastes et un Black Friday plus marquant. Cela n’en est pas moins inquiétant. Dans le lot des marques les plus impactées, on retrouve sans surprise les fabricants les plus grand public : Asus, Gigabyte, MSI et ASRock. Les constructeurs de cartes mères professionnelles ou de serveur sont logiquement moins sujets à être ralentis. Et c’est d’autant plus vrai que tous les modèles de nouvelles cartes mères ont basculé vers la DDR5. Quasi plus aucun fabricant ne propose de cartes en DDR4. A raison d’ailleurs puisque la DDR4 est autant impactée que les autres. On imagine assez facilement que les autres dominos vont suivre.
La hausse de la mémoire vive va faire chuter les ventes de toute l’informatique
Car une baisse des ventes de cartes mères impacte logiquement tous les autres secteurs. Ce sont des processeurs qui ne sont pas vendus, des dissipateurs et des ventilateurs à poser dessus, des boitiers, des unités stockages, des alimentations… Et, probablement dans une moindre mesure, mais tout de même : claviers, souris, écrans et accessoires variés. Même les logiciels vont être à la peine, les licences de Microsoft pour commencer.
Les serveurs d’IA, au cœur de cette problématique avec leur appétit vorace pour la mémoire vive, jettent consciencieusement des pelletées de sable dans les rouages de tout le secteur. Et cela ne devrait pas se calmer. Suivant les analystes, cette extension démentielle de serveurs devrait perdurer jusqu’en 2027… À moins que cela ne déraille avant et que la « bulle IA » n’éclate avant.
Les cartes graphiques, les smartphones, les tablettes, les portables, les PC complets comme les MiniPC vont être impactés. Plus encore qu’on ne le pense. Certains constructeurs prévoyant déjà une « marge de manœuvre » pour anticiper une éventuelle poursuite de la hausse. À la fois parce qu’ils estiment que la situation va perdurer et empirer. Mais aussi pour éponger pour certaines pertes liées à la fourniture de matériel basée sur des contrats signés sur des tarifs antérieurs.
Alors que certains analystes parient sur une hausse prochaine pouvant atteindre encore 100% de plus d’ici les quelques jours qui nous séparent de 2026, la situation devient réellement très compliquée.
Quelques anticipations pour l’année prochaine
L’appétit de l’ogre va empirer, les fabricants de mémoire vive vont avoir du mal à proposer assez de composants mémoire pour la satisfaire et surtout les contrats passés entre le clients historiques que sont les grandes marques de portables et de composants commerciaux vont finir. Rendant ainsi les fabricants libres de toute nouvelle tarification. L’arrivée de contrats courts, collant plus au marché, est probablement ce qui nous attend dès le second trimestre de 2026. Au lieu de lissser leurs prix sur une année complète, les fabricants de mémoire vont determiner un tarif par lots. Ce qui suivra plus précisément la hausse.
Je ne serais pas surpris que des minimachines en tous genres débarquent donc en force en version barebone. C’est à dire livrées sans mémoire vive, sans stockage et sans système. Quand cela est possible puisque beaucoup de constructeurs ont choisi de basculer des références sous mémoire LPDDRx, des composants soudés directement sur la carte mère. Même topo pour les portables dont les prix vont soit s’envoler, soit leurs composants dégradés, soit être livrés nus. En laissant l’acheteur se débrouiller pour trouver lui-même sa mémoire vive. Cela signerait le retour en force de solutions livrées avec 8 Go de mémoire vive par défaut, au prix des solutions que l’on a connu il y a quelques mois en 16 ou en 32 Go de mémoire vive. Portables et MiniPC seraient livrés avec moins de mémoire et probablement moins de stockage pour le même tarif ou pour plus cher. On a vu que des solutions comme les Raspberry Pi, particulièrement impactées par la hausse, baissaient la capacité de leur mémoire vive.
Les cartes graphiques pourraient exploser encore une fois puisque Nvidia – et peut être AMD dans son sillage – réfléchirait à ne plus fournir de package processeur graphique et mémoire GDDR aux fabricants. Les achats autrefois mutualisés par Nvidia de ces composants qui lui permettaient de vendre ses puces, se faisant alors directement par les constructeurs de cartes graphiques. Ce qui entrainerait mécaniquement une hausse. Cela n’est qu’une rumeur pour le moment mais cela a du sens au vu du contexte.
Que va-t-il se passer pour le secteur des pièces détachées ? Difficile à dire pour le moment même si deux scénarios peuvent s’envisager. Le premier est une baisse des tarifs du stock existant pour l’écouler coute que coute. Le second est un statu quo avec une baisse de la production et une augmentation des prix pour conserver un chiffre d’affaires décent. Dans tous les cas, nous assisterons sans doute à une reconfiguration complète du paysage des pièces détachées. Les constructeurs actuels, qu’ils fabriquent des alimentations, des dissipateurs ou des boitiers, vivent sur leurs volumes. Si leurs volumes baissent, leur situation se complique.
L’autre domino qui risque de se faire mal à cause de cette hausse de la mémoire vive, c’est l’emploi. Outre le fait qu’une baisse de production va ralentir l’activité, on sent que l’arrivée de l’IA donne des excuses toutes faites pour licencier. Cela sera évidemment le cas sur les chaînes de fabrications qui vont baisser leurs cadences. Mais cela pourrait également impacter les antennes des marques en France tout comme entrainer la chute de plusieurs revendeurs qui vont devoir encaisser le gros coup de frein appuyé sur leurs ventes et leur chiffre d’affaire.
Vers une amélioration pour 2028 et après ?
Difficile de savoir ce que sera le marché en 2028. Cela dépend pour beaucoup du succès des géants de l’IA. Si la situation continue et que plusieurs entités se bagarrent toujours pour avoir la plus grosse capacité de calcul, il n’y pas de raison que la hausse de la mémoire vive ne s’arrête. Certes, certains fabricants de mémoire retroussent leurs manches pour augmenter leur production. SK Hynix par exemple a indiqué multiplier sa production de composants mémoire par huit pour 2026. Mais cela ne veut aps dire que cette arrivée en masse de nouvelles puces ne sera pas absorbée directement par les serveurs d’IA. On a également vu que de nouveaux constructeurs comme le fabricant chinois CXMT pourrait venir au secours de son industrie. Mais cela ne serait sans doute pas suffisant pour faire face aux défauts de production orientée vers le marché PC.
Pour vous dire à quel point l’avidité des fabricants de mémoire vive est devenue importante: la branche Samsung qui fabrique la mémoire vive pour le groupe aurait refusé de livrer de la mémoire à la branche smartphone du même groupe. Mémoire nécessaire pour lancer la production du prochain Galaxy S26. En cause, une augmentation drastique du prix du composant mémoire nécessaire. Le module de 12 Go de LPDDR5X serait passé de 33$ en début d’année à 70$ aujourd’hui. Si un constructeur ne se fait pas de largesses à lui même pour suivre le marché, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il en fasse à des clients classiques.
Au final, la hausse de la mémoire vive risque d’avoir des conséquences très compliquées pour le marché PC comme pour l’emploi dans les années à venir. Certes, des grandes entreprises d’IA vont émerger aux US. Elles vont embaucher quelques personnes pour veiller à la bonne marche de leurs énormes datas center. Elles vont employer ponctuellement des sociétés pour faire sortir de terre des structures colossalles. Mais, à terme, l’emploi généré sera faible. Très faible même face aux risques encourus pour l’emploi chez les constructeurs de PC traditionnels. Et tout l’écosystème de marques, grossistes et revendeurs qui en découle. Les structures qui vivent du marketing lié à ce marché vont également en pâtir. Je ne serais vraiment pas surpris qu’on constate d’ici 2028 un déficit important sur le secteur. Et cela aussi bien sur ses ventes que sur son emploi. Avec des effets en cascade probablement encore difficiles à déterminer tant ils sont tentaculaires.
HP c’est la marque numéro deux mondial avec 21% de parts de marché sur les ventes d’ordinateurs dans le monde. Touchée de plein fouet par l’augmentation des tarifs des composants, la société explique comment elle va résoudre une équation habituellement impossible.
Un portable HP
HP est un gros poisson, le constructeur distribuait 53 millions de PC en 2024 et donc autant de lots de composants mémoire et stockage. Le genre d’entreprise qui n’achète pas des barrettes de mémoire vive à la sauvette, mais passe plutôt de gros contrats. C’est lui, avec Lenovo, Dell, Apple et Asus, qui assurent un « fond de roulement » qui stabilise en grande partie le marché de la mémoire et du stockage. En signant d’énormes contrats auprès de leurs fournisseurs, ces géants leur assurent un tarif de gros assez préférentiel et le volume de composants dont ils ont besoin. Les fabricants de mémoire bénéficient en échange d’une production continue qui permet de faire tourner leurs usines sur toute l’année sans problème.
La donne a changé avec l’explosion des datacenters liés à l’IA. Ce sont eux aujourd’hui les plus demandeurs de mémoire vive, eux qui ont remodelé la production vers les composants qui les intéressent le plus. Eux qui commencent à absorber de plus en plus de la production directement en sortie de chaine. Et, contrairement à HP et ses camarades de jeu, les géants de l’IA n’ont de comptes à rendre à personne. Pour eux, acheter une mémoire au-dessus des prix habituels du marché n’est pas un problème. Ils n’ont pas à les revendre derrière à des particuliers ou des entreprises.
L’augmentation des prix de la mémoire atteint désormais les 200% pour le grand public. Les vendeurs ont tous vu leurs prix s’envoler ces dernières semaines. HP est protégé de cela pour le moment grâce aux contrats passés avec ses fournisseurs qui garantissent un tarif précis sur la durée. Mais le PDG de la marque explique que cela ne sera plus le cas dès le mois de mai 2026. Les nouveaux contrats qui seront signés alors risquent de changer la donne pour la marque avec des prix en hausse et… une disponibilité en baisse.
Et là, c’est le DRAM
Enrique Lores, PDG de HP, a donc confirmé à ses investisseurs que l’année 2026 allait signer un bouleversement complet de son catalogue de machines. Avec des tarifs qui vont gonfler et une baisse globale de qualité pour les composants embarqués. Il prévient que HP va être à la recherche de nouveaux partenaires proposant des prix moins élevés. Que ses futures machines embarqueront par ailleurs moins de mémoire vive. Pour comprendre pourquoi il y aura un tel bouleversement, il faut saisir la manière dont sont positionnés les ordinateurs aujourd’hui.
Quand HP crée un PC portable, il n’additionne pas simplement des composants pour obtenir un niveau précis de performances ou de fonctionnalités. La marque vise surtout un prix. Il leur faut des machines positionnées sur des prix spécifiques, souvent en dollars hors taxes et ensuite ajustés en euros avec taxes. Cela donne de grands classiques : 499€, 749€, 999€ etc. Pour arriver précisément à ces prix, les grandes marques vont donc proposer un ensemble de composants et ajuster ensuite divers éléments pour parvenir à leur objectif. Telle gamme va hériter d’un écran moins haut de gamme, on va rogner sur des fonctionnalités audio, ajuster la capacité du SSD, ôter quelques cellules de batterie. On fera ainsi entrer au chausse-pied la machine dans la catégorie voulue. Avec plus ou moins de marge derrière prix de sortie d’usine pour pouvoir assumer les autres aspects de la vie du produit : son marketing, sa distribution et son éventuel SAV. Les constructeurs prévoient également quelques dollars supplémentaires qu’ils vont pouvoir manipuler pour faire face à divers scénarios : une hausse des composants quand elle reste contenue, une baisse pour une promotion quelconque.
Que se passe-t-il quand le prix d’un des composants flambe trop ? Il se passe exactement ce que le PDG d’HP annonce pour 2026. Dès la fin des prix de la mémoire vive stabilisés par son ancien contrat, la marque va repenser la totalité de sa gamme. Et cela passera par une hausse des prix et une modification des capacités des machines. En clair, pour pouvoir proposer les mêmes prix psychologiques de 499, 749 et 999€, HP glissera simplement moins de mémoire vive et probablement moins de stockage sur les machines de 2026 que sur les machines 2025. Et cela ne sera pas le seul élément qui risque de changer. Pour faire en sorte que la facture ne s’envole pas trop haut, d’autres ajustements pourrait être faits : des écrans d’un peu moins bonne qualité, une fonctionnalité annexe qui disparait, des détails qui ne vont pas trop sauter aux yeux de l’acheteur et qui permettront d’encaisser la hausse des composants.
C’est cette équation qui est difficile à résoudre, car il reste une inconnue de taille. La réaction du public comme des entreprises. Est-ce que les acheteurs vont se bousculer pour ces nouvelles machines ? Ou est-ce qu’ils vont faire le gros dos en se disant qu’il est préférable d’attendre que la situation se calme ?
The Hive, le centre névralgique d’HP en Europe, risque de bourdonner moins fort.
HP c’est l’arbre qui cache la foret.
Ce que le PDG d’HP déclare c’est une simple évidence pour toute l’industrie et aucun constructeur n’échappera à la règle. Si HP en parle le premier, les autres devraient en faire écho dans les semaines ou les mois à venir. Et, si certains ne feront peut-être pas de déclaration explicite, il va de soi que toutes les marques seront impactées de la même manière. Il faut donc s’attendre à une année 2026 en recul par rapport à 2025. Non seulement les machines seront plus chères mais elles seront également moins bien équipées en composants.
Cette évolution n’est évidemment pas un bon signe pour la santé du marché PC mais cela risque d’impacter bien plus de matériel à moyen terme. Un effet boule de neige qui va finir par augmenter la note de bien des produits et avoir des effets assez lourds sur tout le marché informatique.
HP anticipe cela en annonçant la suppression plusieurs milliers d’emplois. Expliquant que la marque va suivre une mode actuelle qui vise à un recours à l’IA pour de nombreux métiers. Entre 4000 et 6000 personnes dans le monde vont donc disparaitre de l’organigramme de l’entreprise d’ici à 2028. Un chiffre moins important que d’autres géants de l’informatique mais qui a un écho particulier. D’un côté, l’emploi de ces Intelligences Artificielles va empêcher HP de proposer des ordinateurs aussi bons que les années passées, ce qui va surement entrainer une baisse de ses ventes. De l’autre, la marque compte sur ces IA dans les nuages pour remplacer des emplois dans ses rangs. Il y a ici une double logique assez particulière.
Microsoft Copilot, l’IA locale de Microsoft
Y a t-il un Copilot dans l’avion ?
HP, comme les autres acteurs de ce marché, a beaucoup misé sur l’IA pour nous vendre des ordinateurs depuis quelques trimestres. Mettant en avant des usages locaux pas encore très bien identifiés tout en vantant les capacités du matériel embarqué. Des NPUs montés à bord du train-train informatique sans que le grand public ne voit bien à quoi ils vont bien leur servir. Copilot, poussé en avant par Microsoft, est resté très vaporeux pendant de longs mois et commence tout juste a annoncer des usages lisibles.
C’est tout un paradoxe parce que dans le même temps le public a très bien compris que les IA dans les nuages pouvaient les épauler – souvent gratuitement – pour énormément de tâches. Bien mieux que ce que proposent actuellement les machines en local. Beaucoup de commerciaux, beaucoup de dossiers de presse ont mis en avant le futur d’un PC avec IA locale, espérant que celle-ci allait à elle seule renouveler le parc. À les écouter, l’ajout d’une Intelligence Artificielle locale éclipsait totalement les machines plus anciennes et ouvrait des perspectives de vente énormes. Personne n’aurait plus un PC sans NPU d’ici à quelques trimestres au plus, ce serait totalement « has been ». J’ai entendu un commercial parler des ordinateurs HP se transformer en ordinateur HPI3 grâce à l’IA. Un jeu de mot qu’il risque de trouver moins drôle aujourd’hui.
Plus le temps passe et plus le grand public commence à voir également dans les IA un danger. À les considérer d’un œil moins hypnotisé qu’au moment de leur découverte. Le temps a passé depuis les premiers soupirs de ChatGPT et le début des images générées par des algorithmes. Parce que l’appétit d’ogre de ces entités dévore désormais des emplois, crée des remous politiques et technologiques et commence même à réduire leur pouvoir d’achat. Tout cela pour proposer très fréquemment des résultats finalement assez décevants. Si demain certains des salariés de grands groupes informatiques voient leur poste supprimé à cause d’une IA externe, cela risque d’être une pilule bien amère à avaler.
Car si je résume la situation, les datacenters des grandes IA vont à eux seuls provoquer une baisse de l’attractivité des ordinateurs classiques. Baisse qui risque de servir de prétexte à la suppression des emplois de ceux qui vantaient l’IA comme la voie à suivre pour le futur du monde PC. Voie qui, si elle finit par advenir en mode local, pourrait mettre à mal les solutions dans les nuages. Tout cela ressemble de plus en plus à une pièce de boulevard où tout le monde trompe tout le monde.