Vue lecture

Avec 1 669 MW à 100 % de sa puissance, l’EPR de Flamanville bat le record du nucléaire français

C'est le nouveau colosse du parc nucléaire français, et il a pu faire la démonstration de son plein potentiel. Après une montée en puissance qui a commencé en septembre 2024, avec sa première réaction en chaîne, le réacteur EPR de Flamanville a atteint sa capacité maximale de 100 % de puissance nucléaire.

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Qu’est-ce que la dermatose nodulaire contagieuse, cauchemar des éleveurs bovins ?

Cette maladie extrêmement contagieuse implique des mesures drastiques comme l’abattage total de troupeaux, contesté par certains éleveurs inquiets pour leur exploitation, mais justifié par les scientifiques.

© JEFF PACHOUD / AFP

Pierre-Jean Duchene regarde ses vaches manger dans son exploitation à Entrelacs (Savoie), le 11 juillet 2025, tandis que son cheptel est menacé d’euthanasie après que l’un de ses animaux a contracté la dermatose nodulaire contagieuse. 
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Le silence des abeilles

Une mort suspecte, un coupable idéal, un mobile évident. Tout commence comme dans un dossier d’instruction bien ficelé. La victime ? L’abeille domestique, icône universelle de la biodiversité, célébrée depuis l’Antiquité pour son miel et son rôle dans la pollinisation. L’accusé ? Les néonicotinoïdes. Sauf que… ce n’est pas si simple. Contre-enquête sur une affaire en apparence pliée d’avance.

Acte I : Scène de crime

Depuis les années 1980, l’état de santé d’Apis mellifera inquiète. Cette espèce domestique, star mondiale du miel, connaît en France des pertes hivernales élevées, variables selon les années et les régions. Lors de l’hiver 2023-2024, elles ont souvent atteint des niveaux de l’ordre de 30 %, selon la Plateforme d’épidémiosurveillance ESA. En mars dernier, des apiculteurs ont signalé dans plusieurs zones des mortalités allant de 20 à 80 % de leurs colonies, quand le seuil habituellement admis comme « normal » se situe entre 5 et 10 %. Le syndicat SNA décrit même « des ruches totalement vides avec des réserves de miel et de pollen intactes, ou des ruches dont ne restaient que la reine et une poignée d’abeilles survivantes ».

Acte II : Un coupable idéal

Pour l’opinion publique, une partie des milieux écologistes et la majorité des apiculteurs, l’affaire est entendue depuis longtemps : les responsables sont d’abord et avant tout les insecticides néonicotinoïdes (NNI).

« Un drame se déroule sous nos yeux, les criminels sont connus et pourtant… la police ne fait rien », lisait-on en 2016 dans Reporterre. « Rien qu’en France, 56 millions d’abeilles meurent chaque jour, empoisonnées par les pesticides, herbicides, insecticides et autres néonicotinoïdes — dont une cuillerée peut tuer un milliard d’abeilles », affirmait en 2021 le commentaire du documentaire Une terre sans abeilles ?, cité par Le Monde.

Ce récit s’est imposé partout, jusqu’aux débats autour de la loi Duplomb et de la réintroduction potentielle de l’acétamipride, molécule qualifiée de « tueuse d’abeilles ».

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RTE alerte la France, souci de conseil sur la Renault 5 & origine de la pub de Noël — le récap de la semaine

Le rapport de RTE sur la surcapacité de production électrique a fait sensation cette semaine, tout comme la fameuse publicité produite pour Intermarché, mettant en scène un loup cuisinier pendant les fêtes de Noël. Et par ailleurs, les propriétaires de Renault 5 se sont retrouvés face à un problème.

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Soumission chimique: des analyses médicales bientôt remboursées dans le cadre d'une expérimentation

À compter du 1er janvier, dans le cadre d’une expérimentation menée pendant 3 ans et dans 3 régions distinctes, les analyses médicales permettant de détecter une soumission chimique seront remboursées par l’Assurance maladie.

© stock.adobe.com

Ces examens sont un «prélèvement sanguin et urinaire», ainsi qu’un «prélèvement de cheveux, lorsque la consultation a lieu plus de 5 jours suivant les faits donnant lieu à prescription ou si la situation clinique le nécessite». 
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Dermatose : suivre l’évolution de la maladie en carte et ses graves conséquences sur le cheptel bovin

INFOGRAPHIES – Arrivé en France fin juin en Savoie, le fléau s’étend aujourd’hui au Sud-Ouest, avec des cas recensés en Ariège et dans les Hautes-Pyrénées qui menacent de nombreux élevages.

© S. Leitenberger - stock.adobe.co

Les éleveurs doivent faire face à la brutalité de la propagation du virus porté par les insectes.
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Dermatose nodulaire contagieuse : l’abattage systématique est-il réellement nécessaire ?

DÉCRYPTAGE - Alors que la maladie se propage dans les élevages bovins français, l’État mise sur l’abattage systématique des troupeaux contaminés. Une stratégie radicale, critiquée par une partie des éleveurs.

© littlewolf1989 / stock.adobe.com

En Ariège, plus de 200 bovins ont déjà été abattus, déclenchant des manifestations d’envergure (illustration).
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Inondations dévastatrices en Asie : mousson et réchauffement, un «mélange mortel»

Les fortes pluies associées aux tempêtes cycloniques Ditwah et Senyar qui ont frappé le Sri Lanka, l’Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande sont devenus plus intenses au cours des dernières décennies.

© Akila Jayawardena / REUTERS

Une vue aérienne de bâtiments submergés après le passage du cyclone Ditwah à Niyamgamdora, au Sri Lanka, le 2 décembre 2025.
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L’humanité allumait du feu il y a 400 000 ans, 350 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait

DÉCRYPTAGE - L’analyse d’un foyer utilisé il y plus de 400 000 ans et découvert en Angleterre, apporte la plus ancienne preuve d’un allumage volontaire.

© Craig Williams, administrateurs du British Museum

Il y a 400 000 ans, des groupes humains ont frotté de la pyrite avec des silex pour allumer des feux sur le site de Barnham, dans l’est de l’Angleterre.
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RTE alerte : les Français ne consomment pas assez d’électricité, et c’est un problème

Trois ans après la crise énergétique, la France fait face à un problème inverse : elle produit trop d'électricité pour sa consommation actuelle. Dans son dernier bilan prévisionnel, RTE tire la sonnette d'alarme sur cette surcapacité qui, paradoxalement, risque de faire grimper la facture de tout le monde si l'électrification massive des usages n'augmente pas rapidement.

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RTE alerte : la France produit trop d’électricité, et c’est un problème

Trois ans après la crise énergétique, la France fait face à un problème inverse : elle produit trop d'électricité pour sa consommation actuelle. Dans son dernier bilan prévisionnel, RTE tire la sonnette d'alarme sur cette surcapacité qui, paradoxalement, risque de faire grimper la facture de tout le monde si l'électrification massive des usages n'augmente pas rapidement.

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Les vraies menaces contre le vivant

La crise affectant la biodiversité est réelle, massive, et l’endiguer doit être une priorité. Mais encore faut-il bien identifier les raisons de ce déclin. Or, celles qui sont mises en avant sont souvent très loin d’être les plus délétères. Au risque d’aggraver le problème.

Arrêtez cette lecture et réfléchissez-y un instant : quel serait votre top 5 des causes de la crise de la biodiversité ? Vous l’avez ? Eh bien… vérifions cela. Avec, pourquoi pas, quelques surprises à la clé…

N°5 : Le réchauffement climatique (6%)

Vous l’imaginiez certainement plus haut, pourtant le réchauffement climatique n’arrive qu’en cinquième et dernière position. Un résultat en partie en trompe-l’œil, car pour beaucoup de chercheurs, il pourrait bientôt devenir la cause principale du déclin biologique si l’humanité ne parvient pas à freiner sa progression.

Ses effets sur la biodiversité sont multiples. La plupart des espèces réagissent en migrant vers des latitudes ou des altitudes plus hautes, mais toutes n’en ont pas la possibilité. Les espèces peu mobiles, comme certaines plantes, sont particulièrement vulnérables. D’autres sont littéralement prises au piège dans leur milieu. C’est le cas de l’edelweiss, emblème des montagnes européennes, qui, ne pouvant plus migrer plus haut, est aujourd’hui menacé par le réchauffement du climat alpin.

Et même pour celles qui migrent, l’histoire n’est pas forcément heureuse. Ces déplacements bouleversent les chaînes alimentaires et provoquent des déséquilibres écologiques. Dans l’Arctique, par exemple, la migration vers le nord du cabillaud — un poisson prédateur — met à mal les espèces locales. En se nourrissant de juvéniles de morue polaire ou de lycodes arctiques, il exerce une pression nouvelle sur leurs populations tout en entrant en compétition avec d’autres prédateurs comme le flétan. Résultat : une perturbation en cascade de tout l’écosystème, jusqu’aux oiseaux marins et aux phoques.

Le réchauffement perturbe aussi le rythme du vivant. En modifiant la saisonnalité, il désynchronise les relations entre espèces. En Suisse romande, le gobemouche noir en fait les frais. Cet oiseau migrateur arrive chaque printemps pour nourrir ses petits avec des chenilles… mais celles-ci éclosent désormais plus tôt, à cause de la hausse des températures. Quand les oisillons naissent, le pic de nourriture est déjà passé. Ce décalage temporel, ou « mismatch », entraîne un effondrement du succès reproducteur et, à terme, menace la population.

Enfin, les océans subissent particulièrement les conséquences du réchauffement, notamment à travers les « canicules marines » — de véritables vagues de chaleur qui déciment des populations entières. Couplées à l’acidification des eaux, provoquée par l’excès de CO₂ absorbé, elles déclenchent le blanchiment massif des coraux, piliers de la biodiversité océanique. Plus de 40% des espèces coralliennes sont ainsi menacées d’extinction selon la liste rouge de l’UICN.

N°4 : La pollution (7%)

Vous la pensiez elle aussi certainement beaucoup plus haut. Son impact reste cependant très significatif.

Quand on parle de pollution, on pense d’abord à la pollution chimique des milieux naturels. Celle de l’air, notamment : l’ozone troposphérique, produit indirectement par les activités humaines (combustions, solvants, transports…), est toxique pour les végétaux. Il altère la photosynthèse, ralentit leur croissance et les rend plus vulnérables aux maladies ou à la sécheresse. Quant aux oxydes d’azote et de soufre, ils se transforment dans l’atmosphère en acides nitrique et sulfurique, donnant naissance aux fameuses pluies acides, capables d’altérer de nombreuses fonctions biologiques.

Retiens la nuit, retiens la vie

J’approfondis

Vient ensuite la pollution de l’eau, douce ou marine. L’agriculture en est souvent une source majeure : l’épandage d’engrais azotés et phosphatés entraîne un lessivage vers les rivières, puis vers la mer. Ce cocktail nourrit les proliférations d’algues vertes et de cyanobactéries, qui bloquent la lumière et épuisent l’oxygène en se décomposant. En conséquence, des zones mortes où la vie ne tient plus qu’à un fil. C’est le phénomène bien connu de l’eutrophisation.

Les pesticides, les métaux lourds, les médicaments ou autres molécules issues de l’industrie et des eaux usées aggravent encore la situation. Absorbées par les organismes aquatiques, ces substances intoxiquent les êtres vivants. Certaines molécules s’accumulent tout au long de la vie sans pouvoir être éliminées ; leur concentration augmente alors par bioamplification le long de la chaîne alimentaire, jusqu’à menacer les grands prédateurs. Côté hydrocarbures et plastiques, l’enjeu est double : des accidents spectaculaires (marées noires) et une pollution chronique par les macro- puis microplastiques qui blessent, étouffent ou contaminent la faune.

Les sols, eux, n’échappent pas à la contamination. L’usage de pesticides, d’engrais ou encore le travail mécanique du sol fragilisent les communautés souterraines : filaments mycéliens, bactéries, vers, insectes. À cela s’ajoutent les pollutions issues de décharges mal gérées, de rejets industriels ou miniers, qui empoisonnent lentement les sols vivants.

Enfin, des “pollutions sensorielles” — lumière et bruit — perturbent aussi les cycles biologiques : éclairages nocturnes désorientant insectes et oiseaux, bruit des transports ou activités maritimes nuisant à la communication, la chasse ou la reproduction. Les rejets d’eaux chaudes, plus localisés, modifient la température des cours d’eau et réduisent l’oxygène disponible.

N°3 : Les espèces et maladies envahissantes (13%)

Peut être pour vous la surprise de ce classement. Et pourtant, songez-y…

Avant l’arrivée de l’Homme, les écosystèmes évoluaient lentement, soumis aux forces naturelles : climat, dérive des continents, catastrophes ponctuelles… Chaque espèce occupait une niche écologique, c’est-à-dire un ensemble de conditions de vie, de ressources et d’interactions avec son environnement. Ces niches restaient globalement équilibrées : si une espèce prenait le dessus, ses prédateurs ou la limitation de ses ressources régulaient rapidement la situation. Sauf lors de grandes crises, les déséquilibres restaient lents, comme lors de migrations naturelles, ou très localisés, par exemple après une éruption volcanique. Les espèces avaient le temps de s’adapter, et un nouvel équilibre s’installait.

Puis est arrivé l’Homme. En colonisant la planète, il a brusquement chamboulé cet équilibre fragile. Les échanges de marchandises et de personnes entre continents ont déplacé des espèces beaucoup plus vite que ne l’aurait fait la nature. Résultat : certaines débarquent dans un nouvel environnement avec des avantages biologiques que les habitants locaux n’ont pas — reproduction rapide, grande tolérance écologique, agressivité… Parfois, elles n’ont pas de prédateurs. Parfois, leurs proies se laissent faire. Dans tous les cas, elles s’installent, se multiplient et prennent la place des espèces autochtones, souvent à leurs dépens.

Chat domestique : portrait d’un tueur en série

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Parmi les exemples les plus frappants : le rat noir, embarqué dans les cales des navires, qui a conquis toutes les îles du globe et dévoré œufs et poussins d’oiseaux nicheurs ; ou la jacinthe d’eau, originaire d’Amérique du Sud, qui a envahi de nombreux cours d’eau tropicaux et subtropicaux, formant des tapis denses qui étouffent la faune aquatique, bloquent la lumière et perturbent pêche et navigation.

Des exemples comme ceux-là, on en compte des milliers — plus exactement 3 500 — répartis aux quatre coins du monde. Et ces invasions concernent tous les groupes du vivant : animaux, plantes, mais aussi bactéries et champignons. Comme Xylella fastidiosa, une protéobactérie qui attaque oliviers, vignes et agrumes, devenue envahissante en Europe, ou encore Batrachochytrium dendrobatidis, un champignon responsable de la chytridiomycose et du déclin massif des amphibiens à l’échelle planétaire.

Bref, là où ces envahisseurs passent, l’équilibre fragile des écosystèmes est bouleversé, et la biodiversité locale en paie le prix. Mieux connaître les mécanismes de ces invasions, c’est donc déjà commencer à réfléchir à la manière de les prévenir.

N°2 : La surexploitation des espèces (24%)

La surexploitation des espèces et des ressources naturelles se hisse au second rang des causes de perte de biodiversité — bien loin devant la pollution ou le réchauffement climatique.

L’être humain a toujours prélevé dans la nature de quoi vivre : chasser, pêcher, cueillir. Mais les lances ont laissé place aux fusils, les filets artisanaux aux chaluts géants, et la planète compte désormais plus de huit milliards d’habitants. Ce qui n’était autrefois qu’une pression ponctuelle sur les écosystèmes est devenu, à l’échelle mondiale, une véritable hécatombe. Les prélèvements dépassent souvent la capacité de renouvellement des populations : on parle alors de surexploitation.

Celle-ci touche d’abord les vertébrés terrestres, chassés pour leur peau, leur ivoire, le commerce d’animaux de compagnie ou, parfois, simplement par pur loisir. Certaines espèces ont même failli disparaître à cause de croyances absurdes : la corne de rhinocéros, censée être aphrodisiaque, ou les os, griffes et pénis de tigre, jadis vantés comme remèdes contre l’arthrite ou l’impuissance.

Les plantes et les champignons ne sont pas épargnés : cueillette intensive et exploitation forestière menacent plusieurs espèces emblématiques. Le cèdre de l’Atlas, par exemple, subit des abattages clandestins pour son bois parfumé.

Mais c’est surtout dans les océans que la surexploitation atteint des proportions dramatiques. Chaluts de fond, filets démesurés ou dispositifs de concentration de poissons : les techniques de pêche industrielle, souvent peu sélectives, tuent bien plus qu’elles ne capturent, laissant derrière elles des écosystèmes épuisés et silencieux. Et quand les poissons disparaissent, ce sont aussi les oiseaux marins, les mammifères et les communautés humaines côtières qui s’effondrent à leur tour.

N°1 : Les changements dans l’utilisation des terres et de la mer (50%)

Numéro un et de très loin, la destruction des milieux naturels et les changements dans leur utilisation.

Car du haut de nos 8,2 milliards d’habitants, l’espèce humaine prend de la place. Beaucoup de place. Pour assurer survie et confort, il faut bien construire, circuler, produire, se nourrir… bref, aménager. En conséquence, entre 2 et 3 % de la surface terrestre émergée sont aujourd’hui couverts de bâtiments, de routes et d’infrastructures en tous genres. Cela peut sembler dérisoire, mais ces quelques pourcents pèsent lourd dans la balance du vivant.

Les zones côtières, d’abord, sont en première ligne : urbanisation, ports, digues, extraction de sable ou de granulats détruisent des écosystèmes parmi les plus riches et les plus utiles de la planète. À l’intérieur des terres, les infrastructures linéaires — routes, voies ferrées, canaux — peuvent aussi occasionner des dégâts majeurs en fragmentant les habitats.

Or, un animal a besoin d’un territoire, de ressources et de mobilité. Une quatre-voies entre une forêt et un étang peut suffire à rompre cet équilibre, coupant certaines populations de leur point d’eau. Chez les espèces à faible densité d’individus, comme beaucoup de grands mammifères, cette fragmentation isole les individus, limite les échanges génétiques et favorise la consanguinité — un lent poison pour la résilience des populations.
Plus le maillage d’obstacles se resserre, plus les populations se retrouvent à l’étroit, jusqu’à disparaître purement et simplement.

Mais les plus gros impacts proviennent sans doute de l’agriculture. Les terres cultivées et pâturées recouvrent près d’un tiers des surfaces émergées, et presque la moitié des terres habitables.

Cette expansion s’est faite au détriment des écosystèmes naturels, grignotant inexorablement les habitats d’innombrables espèces. Depuis la préhistoire, on estime ainsi que 46 % des surfaces forestières ont été perdues, et avec elles les êtres vivants qui s’y trouvaient.

Il faut toutefois nuancer, car environ deux tiers des terres agricoles sont constitués de prairies, souvent riches en biodiversité végétale et souterraine. Le dernier tiers, en revanche, correspond aux terres cultivées, fréquemment labourées, fertilisées et traitées, donc appauvries en êtres vivants. Et la disparition progressive des haies a aggravé la situation : en supprimant ces corridors écologiques, on a isolé les poches de nature restantes, piégeant la faune dans un puzzle d’habitats morcelés.

Différentes causes, différentes perceptions

Au fond, le déclin du vivant ne s’explique pas par une seule cause, mais par une mosaïque d’impacts. Tous n’ont pas la même ampleur… ni la même visibilité. Et c’est bien là le problème : ce qui frappe l’opinion n’est pas toujours ce qui affecte le plus les écosystèmes.

Certaines menaces deviennent de véritables totems médiatiques. Les pesticides, en particulier, cristallisent les peurs, les slogans et les débats politiques, jusqu’à occulter d’autres pressions tout aussi préoccupantes. Et cette focalisation sélective façonne notre vision du monde. En 2018, une enquête européenne révélait ainsi que la pollution était perçue – à tort – comme la première cause de perte de biodiversité, loin devant la destruction des milieux ou la surexploitation.

Une perception biaisée, héritée du bruit médiatique, qui brouille parfois la hiérarchie réelle des priorités écologiques. Car comprendre les véritables causes du déclin du vivant, c’est déjà faire un pas vers les solutions. Nous verrons au chapitre suivant qu’il existe des leviers simples, souvent peu coûteux, pour inverser les tendances locales, à condition de cibler les bonnes causes. 

Car sans bon diagnostic, pas de remède efficace.

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Les super-pouvoirs des NGT enfin validés par l’UE

On dit que les NGT, (Nouvelles Techniques Génomiques) vont révolutionner l’agriculture. Encore fallait-il qu’elles obtiennent le feu vert de l’Union européenne pour exprimer leur potentiel sur le continent. C’est plus ou moins chose faite depuis le 4 décembre. Les négociateurs du Parlement européen ont conclu un accord assouplissant les règles actuelles les encadrant, pour favoriser le développement de plantes plus résistantes au changement climatique et moins dépendantes des engrais. Retour sur les super-pouvoirs des NGT.

Le principe des OGM classiques ? Transférer un gène d’un organisme vers un autre, d’où leur nom, « transgéniques ». Par exemple, le maïs BT a reçu d’une bactérie naturellement présente dans le sol la capacité de produire son propre insecticide.

Les NGT, eux, utilisent la technique qui valut à Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna le prix Nobel de chimie, les « ciseaux moléculaires » CRISPR-Cas9, qui permettent de modifier précisément la génétique d’une plante sans introduire de gènes extérieurs. Ce sont donc bien des Organismes Génétiquement Modifiés, dans le sens où l’homme est intervenu, mais pas transgéniques. Ils pourraient apparaître spontanément dans la nature, avec une probabilité plus ou moins importante, par mutation ou par croisements successifs.

Emmanuelle Charpentier, « Électron Libre »

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Pour comparer aux anciennes techniques de sélection, imaginons 3 dés. Il y a deux façons d’obtenir un triple 6 : les lancer et laisser faire le hasard, ou les poser directement sur la bonne face. On gagne beaucoup de temps, mais il faut que ce soit autorisé par les règles du jeu.

Car les fruits et les légumes que nous consommons ont tous été lentement modifiés génétiquement. Ils sont à des années-lumières de leur état d’origine naturel. Chaque grain de maïs, par exemple, était piégé à l’intérieur d’une coque non comestible aussi résistante qu’une coquille de noix et les épis étaient beaucoup plus petits. Aujourd’hui, les grains sont nus et restent longtemps sur l’épi. Dans la nature, ces caractéristiques les rendraient plus vulnérables aux oiseaux qui se nourrissent des graines. Pour notre alimentation, c’est au contraire une avancée majeure.

Les choux actuels, brocoli, kale, vert ou de Bruxelles sont tous issus d’une même plante, sur laquelle il n’y avait pas grand-chose à manger. On pourrait lister tous les légumes présents dans notre assiette : aucun n’existerait sous cette forme sans des siècles d’intervention humaine.

Pour créer un NGT, il faut avoir étudié précisément les caractéristiques d’une plante et identifier le gène intéressant. On peut alors aller plus loin et plus vite que la sélection classique, et de manière très précise. Pour agir sur 3 points essentiels : diminuer les besoins d’engrais et de pesticides, améliorer la qualité de notre alimentation et adapter les cultures au changement climatique.

Les premières applications existent et sont déjà commercialisées à travers le monde. Elles se concentrent sur la qualité nutritionnelle des aliments, comme une tomate enrichie en antioxydants ou un soja au profil d’huile plus favorable. Les possibilités semblent infinies. Des plantes que l’homme a cessé de cultiver pourraient même réapparaître sur nos étals.

Diminuer les pesticides

Pour les cultures les plus courantes, comme le blé, les chercheurs s’efforcent d’améliorer ou de préserver les rendements tout en réduisant l’usage d’engrais et de pesticides. Cet enjeu est crucial : avec une population mondiale croissante, augmenter la productivité par hectare est essentiel pour éviter d’empiéter sur les terres préservées pour la nature. Actuellement, la déforestation est responsable de 50 % de la perte de biodiversité, bien plus que le réchauffement climatique (6 %).

Source : Living Planet Report

Des chercheurs ont ainsi trouvé un moyen de réduire la quantité d’engrais azotés nécessaires à la culture des céréales. D’autres sont sur la bonne voie pour remplacer les pesticides. Des céréales résistantes à un virus de type « Jaunisse », transmis par les insectes, ont notamment été développées. Jusqu’en 2018, les néonicotinoïdes étaient un moyen de lutte efficace. Depuis leur interdiction, les agriculteurs doivent appliquer plusieurs insecticides. Obtenir des variétés tolérantes aux virus serait un moyen efficace de limiter leur utilisation.

D’autres NGT permettent de se passer de fongicides, ces pesticides qui empêchent le développement de champignons. Comme le blé immunisé contre l’oïdium, qui a été approuvé le 5 mai 2024 par les autorités chinoises.

Quel bilan pour les OGM ?

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Améliorer notre alimentation

Les NGT peuvent aussi nous aider à mieux nous nourrir, pour un meilleur prix, en alliant rendement et qualité nutritionnelle. Une farine blanche contenant 3 fois plus de fibres, autant qu’une farine complète, a été développée aux États-Unis. Le manque de fibres dans notre alimentation est vu comme une des causes de cancer liées à notre mode de vie. En Angleterre, des essais portent sur des blés moins riches en Acrylamide, un composant qui s’avère cancérigène en cas de surcuisson. 

S’adapter au changement climatique

Un des principaux axes de développement est évidemment l’adaptation des cultures au réchauffement climatique. Éviter les pénuries ou les trop grandes augmentations de prix en cas de mauvaises récoltes est un des enjeux majeurs des prochaines décennies. Des plants de blé aux racines plus longues ont par exemple été conçus pour être plus résistants à la sécheresse. De nouvelles conditions qui amènent parfois les agriculteurs à privilégier des variétés moins productives, plus chères et consommatrices de terres. L’édition génomique permet de concilier les deux. Et de se protéger des aléas.

En Europe, un assouplissement en trompe l’œil ?

En Europe, historiquement rétive aux OGM, le Parlement Européen avait déjà voté pour assouplir les règles sur les plantes créées avec les Nouvelles Techniques Génomiques. Malheureusement, les discussions ont été interminables et soumises à nombre d’amendements ayant réduit la portée de ces progrès. Avec l’accord conclu le 4 décembre les choses avancent, même si le champ d’expression des NGT et les modalités de leur déploiement restent encore limités. 

Particulièrement poussé par la présidence danoise de l’UE, cet accord vise à encore étendre les possibilités d’usage des NGT, en distinguant deux catégories. Les NGT de catégorie 1, issues de mutations sans ajout d’ADN étranger, seront traitées comme des variétés conventionnelles, tandis que les autres, de catégorie 2, resteront soumises à des autorisations plus strictes, excluant, hélas, les résistances aux herbicides ou la production d’insecticides. Les débats ont aussi porté sur la traçabilité, limitée à l’étiquetage des semences mais non des produits alimentaires finaux. Ils se sont également positionnés sur la question des brevets, non interdits, mais sous surveillance accrue pour éviter une concentration aux mains de multinationales au détriment des petits agriculteurs.

Les modifications génétiques autorisées pour les plantes de catégorie 1 sont néanmoins limitées à moins de vingt sur le génome. Au-delà de ce seuil, elles relèvent de la catégorie 2, soumise à des autorisations plus rigoureuses. Miracle de la technocratie, ces critères étant relativement dépourvus de sens. Même s’ils sont censés restreindre les nouvelles licences à une simple reproduction des mutations naturelles ou similaires, sans introduction d’ADN étranger, tout en excluant les résistances aux herbicides ou la production d’insecticides pour des raisons de durabilité.

Par ailleurs, les NGT ne pourront toujours pas être utilisées en agriculture biologique. C’est d’autant plus surprenant que l’agriculture bio utilise depuis longtemps des variétés modifiées par… des radiations ou des produits chimiques. Comme les variétés modernes d’orge de printemps, de tournesols ou de pamplemousse rose.

Et en France ?

Une fois validé par le Parlement européen et le Conseil de l’Union, l’accord provisoire sur les NGT n’exige pas obligatoirement un vote spécifique à l’Assemblée nationale pour son intégration au droit français. Cet acte relève de la procédure législative ordinaire de l’UE (codécision), qui produit un règlement directement applicable dans tous les États membres sans transposition nationale requise. Notre droit s’aligne automatiquement dès l’entrée en vigueur du règlement, prévu après validation formelle en 2026. Cependant, nos deux chambres disposent d’un rôle de contrôle a priori. Une résolution de la commission mixte parlementaire (Assemblée et Sénat) peut être adoptée pour évaluer le texte et inviter le gouvernement à voter contre au Conseil, mais cela reste consultatif et n’a pas d’effet contraignant. Aucune loi de ratification n’est nécessaire, contrairement aux accords mixtes comme le CETA. Des débats pourraient émerger lors de l’examen du projet de loi de finances ou via des questions au gouvernement, mais sans vote dédié à l’adoption du règlement NGT. Une chance…

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Climat: la France poursuivie pour ne pas faire sa «part juste» de l'effort mondial

L’association Notre Affaire à Tous réclame que l’État se fixe des objectifs plus ambitieux et se dote de moyens pour les atteindre.

© robertdering / stock.adobe.com

Selon le Citepa, la baisse des émissions de gaz à effet de serre n’a été que 1,8% l’an dernier par rapport à l’année précédente. 
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Un chercheur japonais a-t-il vraiment «observé» la matière noire pour la première fois ?

DÉCRYPTAGE - Un chercheur de l’université de Tokyo pense avoir trouvé un signal gamma trahissant l’annihilation de matière dans notre galaxie dans les données du télescope spatial Fermi. Mais les spécialistes de ces analyses restent circonspects.

© Credit: Tomonori Totani, The University of Tokyo

Ce halo de rayonnement gamma autour du centre de la Voie lactée pourrait être lié à l’annihilation de matière noire selon le Pr Totani. Une interprétation dont doutent beaucoup les spécialistes.
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