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La hausse de la mémoire vive va impacter tout le secteur

On suit l’évolution de la hausse de la mémoire vive depuis plusieurs semaines en se focalisant surtout sur la flambée des prix de ces produits particuliers. On a également pu observer un impact sur d’autres appareils comme les MiniPC, les portables et les cartes de développement. Car évidemment, c’est enfoncer une porte ouverte de le dire, mais tous les appareils qui contiennent de la mémoire vive, vont augmenter leurs tarifs.

C'était le bon temps, avant la hausse de la mémoire vive

C’était le bon temps, avant la hausse de la mémoire vive

Ce que certains ne réalisent peut être pas encore, c’est que la hausse de la mémoire vive va pareillement impacter les composants qui n’en contiennent pas ou pas encore. WCCFTech relate ainsi une baisse de 40 à 50% des ventes de cartes mères par rapport à 2024. Baisse tout à fait compréhensible puisque si le budget alloué pour une mise à jour technique n’est plus respecté avec la hausse de la mémoire vive, c’est tout un projet qui tombe à l’eau. Personne ne va acheter une carte mère en cette fin 2025 en espérant une baisse des tarifs de la DDR dans la foulée.

Si on peut raisonnablement penser que cette chute de moitié des ventes en novembre est également liée à une situation particulière en 2024 avec une période de ventes plus fastes et un Black Friday plus marquant. Cela n’en est pas moins inquiétant. Dans le lot des marques les plus impactées, on retrouve sans surprise les fabricants les plus grand public : Asus, Gigabyte, MSI et ASRock. Les constructeurs de cartes mères professionnelles ou de serveur sont logiquement moins sujets à être ralentis.  Et c’est d’autant plus vrai que tous les modèles de nouvelles cartes mères ont basculé vers la DDR5. Quasi plus aucun fabricant ne propose de cartes en DDR4. A raison d’ailleurs puisque la DDR4 est autant impactée que les autres. On imagine assez facilement que les autres dominos vont suivre.

16 Go mini

La hausse de la mémoire vive va faire chuter les ventes de toute l’informatique

Car une baisse des ventes de cartes mères impacte logiquement tous les autres secteurs. Ce sont des processeurs qui ne sont pas vendus, des dissipateurs et des ventilateurs à poser dessus, des boitiers, des unités stockages, des alimentations… Et, probablement dans une moindre mesure, mais tout de même : claviers, souris, écrans et accessoires variés. Même les logiciels vont être à la peine, les licences de Microsoft pour commencer.

Les serveurs d’IA, au cœur de cette problématique avec leur appétit vorace pour la mémoire vive, jettent consciencieusement des pelletées de sable dans les rouages de tout le secteur. Et cela ne devrait pas se calmer. Suivant les analystes, cette extension démentielle de serveurs devrait perdurer jusqu’en 2027… À moins que cela ne déraille avant et que la « bulle IA » n’éclate avant. 

Les cartes graphiques, les smartphones, les tablettes, les portables, les PC complets comme les MiniPC vont être impactés. Plus encore qu’on ne le pense. Certains constructeurs prévoyant déjà une « marge de manœuvre » pour anticiper une éventuelle poursuite de la hausse. À la fois parce qu’ils estiment que la situation va perdurer et empirer. Mais aussi pour éponger pour certaines pertes liées à la fourniture de matériel basée sur des contrats signés sur des tarifs antérieurs.

Alors que certains analystes parient sur une hausse prochaine pouvant atteindre encore 100% de plus d’ici les quelques jours qui nous séparent de 2026, la situation devient réellement très compliquée.

hausse de la mémoire vive

Quelques anticipations pour l’année prochaine

L’appétit de l’ogre va empirer, les fabricants de mémoire vive vont avoir du mal à proposer assez de composants mémoire pour la satisfaire et surtout les contrats passés entre le clients historiques que sont les grandes marques de portables et de composants commerciaux vont finir. Rendant ainsi les fabricants libres de toute nouvelle tarification. L’arrivée de contrats courts, collant plus au marché, est probablement ce qui nous attend dès le second trimestre de 2026. Au lieu de lissser leurs prix sur une année complète, les fabricants de mémoire vont determiner un tarif par lots. Ce qui suivra plus précisément la hausse.

Je ne serais pas surpris que des minimachines en tous genres débarquent donc en force en version barebone. C’est à dire livrées sans mémoire vive, sans stockage et sans système. Quand cela est possible puisque beaucoup de constructeurs ont choisi de basculer des références sous mémoire LPDDRx, des composants soudés directement sur la carte mère. Même topo pour les portables dont les prix vont soit s’envoler, soit leurs composants dégradés, soit être livrés nus. En laissant l’acheteur se débrouiller pour trouver lui-même sa mémoire vive. Cela signerait le retour en force de solutions livrées avec 8 Go de mémoire vive par défaut, au prix des solutions que l’on a connu il y a quelques mois en 16 ou en 32 Go de mémoire vive. Portables et MiniPC seraient livrés avec moins de mémoire et probablement moins de stockage pour le même tarif ou pour plus cher. On a vu que des solutions comme les Raspberry Pi, particulièrement impactées par la hausse, baissaient la capacité de leur mémoire vive.

Une carte graphique entourée de mémoire vive

Les cartes graphiques pourraient exploser encore une fois puisque Nvidia – et peut être AMD dans son sillage – réfléchirait à ne plus fournir de package processeur graphique et mémoire GDDR aux fabricants. Les achats autrefois mutualisés par Nvidia de ces composants qui lui permettaient de vendre ses puces, se faisant alors directement par les constructeurs de cartes graphiques. Ce qui entrainerait mécaniquement une hausse. Cela n’est qu’une rumeur pour le moment mais cela a du sens au vu du contexte.

Que va-t-il se passer pour le secteur des pièces détachées ? Difficile à dire pour le moment même si deux scénarios peuvent s’envisager. Le premier est une baisse des tarifs du stock existant pour l’écouler coute que coute.  Le second est un statu quo avec une baisse de la production et une augmentation des prix pour conserver un chiffre d’affaires décent. Dans tous les cas, nous assisterons sans doute à une reconfiguration complète du paysage des pièces détachées. Les constructeurs actuels, qu’ils fabriquent des alimentations, des dissipateurs ou des boitiers, vivent sur leurs volumes. Si leurs volumes baissent, leur situation se complique.

L’autre domino qui risque de se faire mal à cause de cette hausse de la mémoire vive, c’est l’emploi. Outre le fait qu’une baisse de production va ralentir l’activité, on sent que l’arrivée de l’IA donne des excuses toutes faites pour licencier. Cela sera évidemment le cas sur les chaînes de fabrications qui vont baisser leurs cadences. Mais cela pourrait également impacter les antennes des marques en France tout comme entrainer la chute de plusieurs revendeurs qui vont devoir encaisser le gros coup de frein appuyé sur leurs ventes et leur chiffre d’affaire.

Vers une amélioration pour 2028 et après ?

Difficile de savoir ce que sera le marché en 2028. Cela dépend pour beaucoup du succès des géants de l’IA. Si la situation continue et que plusieurs entités se bagarrent toujours pour avoir la plus  grosse capacité de calcul, il n’y pas de raison que la hausse de la mémoire vive ne s’arrête. Certes, certains fabricants de mémoire retroussent leurs manches pour augmenter leur production. SK Hynix par exemple a indiqué multiplier sa production de composants mémoire par huit pour 2026. Mais cela ne veut aps dire que cette arrivée en masse de nouvelles puces ne sera pas absorbée directement par les serveurs d’IA. On a également vu que de nouveaux constructeurs comme le fabricant chinois CXMT pourrait venir au secours de son industrie. Mais cela ne serait sans doute pas suffisant pour faire face aux défauts de production orientée vers le marché PC. 

Pour vous dire à quel point l’avidité des fabricants de mémoire vive est devenue importante: la branche Samsung qui fabrique la mémoire vive pour le groupe aurait refusé de livrer de la mémoire à la branche smartphone du même groupe. Mémoire nécessaire pour lancer la production du prochain Galaxy S26. En cause, une augmentation drastique du prix du composant mémoire nécessaire. Le module de 12 Go de LPDDR5X serait passé de 33$ en début d’année à 70$ aujourd’hui. Si un constructeur ne se fait pas de largesses à lui même pour suivre le marché, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il en fasse à des clients classiques.

Au final, la hausse de la mémoire vive risque d’avoir des conséquences très compliquées pour le marché PC comme pour l’emploi dans les années à venir. Certes, des grandes entreprises d’IA vont émerger aux US. Elles vont embaucher quelques personnes pour veiller à la bonne marche de leurs énormes datas center. Elles vont employer ponctuellement des sociétés pour faire sortir de terre des structures colossalles. Mais, à terme, l’emploi généré sera faible. Très faible même face aux risques encourus pour l’emploi chez les constructeurs de PC traditionnels. Et tout l’écosystème de marques, grossistes et revendeurs qui en découle. Les structures qui vivent du marketing lié à ce marché vont également en pâtir. Je ne serais vraiment pas surpris qu’on constate d’ici 2028 un déficit important sur le secteur. Et cela aussi bien sur ses ventes que sur son emploi. Avec des effets en cascade probablement encore difficiles à déterminer tant ils sont tentaculaires.

La hausse de la mémoire vive va impacter tout le secteur © MiniMachines.net. 2025

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