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Électroscope #15 : Drones cowboys, avions omnidirectionnels et miracle médical

Guider le bétail grâce à une IA, faire voler un avion omnidirectionnel, réparer la moelle épinière des tétraplégiques, vacciner avec un spray universel et refroidir sans gaz réfrigérants… C’est parti pour Électroscope 15.

Un cow-boy artificiel ?

Focus sur une sacrée innovation qui peut changer la donne en matière de conduite des troupeaux.

Dans les immenses exploitations agricoles d’Australie ou des Amériques, la gestion du bétail a toujours été une entreprise coûteuse, chronophage et dangereuse. Pour déplacer des milliers de têtes de bétail sur des territoires gigantesques, les éleveurs (les ranchers) dépendent d’une logistique lourde impliquant, outre les chevaux, des motos tout-terrain et des hélicoptères. Or, le bilan carbone de cette méthode est colossal et source d’intenses critiques. D’où l’ambition de la startup GrazeMate de bouleverser cet écosystème.

Fondée par Sam Rogers, un jeune ingénieur en robotique de 19 ans ayant grandi dans une ferme bovine australienne, elle propose une flotte de drones autonomes pilotés par une intelligence artificielle de pointe. Soutenue à hauteur de 1,2 million de dollars par le prestigieux incubateur californien Y Combinator, l’entreprise remplace ainsi le vacarme stressant des hélicoptères par une « chorégraphie aérienne » discrète et élégante.

Ce qui distingue GrazeMate d’un simple drone télécommandé, c’est son apprentissage par renforcement. L’IA embarquée comprend et anticipe le comportement des vaches. Le drone sait exactement à quelle distance et sous quel angle s’approcher pour appliquer la « pression psychologique » nécessaire afin de guider calmement le troupeau vers un nouveau pâturage, imitant à la perfection l’expertise d’un bouvier expérimenté. Si une vache s’affole, le drone recule instantanément pour réduire le stress de l’animal.

Depuis leur smartphone, les éleveurs déclenchent le déplacement en un clic. Pendant que l’essaim autonome effectue le travail de rabattage, ses capteurs en profitent pour réaliser des analyses vitales pour l’exploitation : estimation du poids des bêtes, détection des animaux malades, mesure de l’herbe disponible et inspection des points d’eau et des clôtures, etc.

L’aviation réinventée ?

Un avion omnidirectionnel ? Dans le domaine de la mobilité aérienne, la start-up autrichienne CycloTech entend bousculer un siècle de certitudes aéronautiques. Oubliez les hélices et les rotors d’hélicoptères classiques : l’entreprise a célébré l’an passé le vol inaugural réussi de son démonstrateur technologique BlackBird, propulsé par une innovation de rupture, baptisée « CycloRotor ».

Le principe repose sur une technologie de propulsion « omnidirectionnelle » dérivée des propulseurs Voith-Schneider, historiquement utilisés dans le domaine maritime. Concrètement, le CycloRotor se présente sous la forme d’un cylindre rotatif composé de pales profilées dont l’angle d’attaque peut être modifié individuellement et en temps réel, tout en ayant une vitesse de rotation constante. C’est uniquement la variation de l’angle des pales qui permet de modifier instantanément la direction et la puissance de la poussée sur 360 degrés.

Pour l’aviation, et plus particulièrement pour le secteur naissant des eVTOL (les aéronefs électriques à décollage et atterrissage verticaux), les implications sont très intéressantes. Jusqu’à présent, un appareil devait s’incliner – parfois de manière inconfortable pour les passagers – pour avancer, reculer ou contrer des bourrasques de vent.

Avec ses six CycloRotors, le BlackBird s’affranchit de cette contrainte : il peut freiner en plein vol, se déplacer latéralement ou reculer tout en maintenant son fuselage de façon parfaitement horizontale. Cette maniabilité inédite offre non seulement un bien meilleur confort, mais permet surtout des opérations d’une précision chirurgicale dans des environnements urbains denses et confinés, ouvrant grand la porte à l’ère des taxis volants compacts et sécurisés.

Un espoir pour les tétraplégiques ?

Cette vidéo a fait le tour du monde. Bruno Drummond, l’homme qui pousse le fauteuil roulant, est devenu tétraplégique suite à un grave accident de voiture en 2018. Aujourd’hui, il marche à nouveau grâce à la réussite spectaculaire d’un traitement expérimental.

Ce qui ressemble à un miracle médical est en réalité le fruit de plus de vingt ans d’acharnement scientifique au sein de l’Université fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ). À la tête de cette recherche figure la biologiste Tatiana Sampaio, qui a consacré sa carrière à comprendre comment réparer les lésions de la moelle épinière, un domaine où la médecine avoue encore son impuissance. Et pour cause : la moelle lésée forme une cicatrice tissulaire, une barrière qui empêche les neurones de repousser et de se reconnecter.

La clé de sa découverte réside dans une molécule artificielle inspirée d’une protéine présente dans le placenta humain : la polilaminine. Synthétisée en laboratoire et injectée dans la zone de la lésion, elle agit comme un véritable « tuteur biologique » qui oriente les neurones, stimule leur croissance et permet de rétablir la communication entre les cellules nerveuses.

Les résultats sur Bruno Drummond, le patient « numéro 1 » du protocole, dépassent toutes les espérances. Les premiers signes de récupération sont apparus de manière fulgurante : à peine quelques semaines après l’injection, intervenue peu de temps après son accident, il parvenait à bouger un orteil, signe que le signal électrique traversait de nouveau son corps, avant de pouvoir carrément… remarcher. Cette victoire de la science brésilienne pourrait redonner un espoir concret à des millions de personnes.

Cependant, la communauté scientifique appelle encore à la prudence. Malgré un engouement médiatique sans précédent, les sociétés savantes rappellent que ces résultats préliminaires spectaculaires n’ont pas encore fait l’objet de publications relues par des pairs (peer review). Le traitement doit maintenant franchir le long et rigoureux parcours de la validation clinique indépendante avant de pouvoir être considéré comme un protocole médical standardisé. Et l’essai clinique officiel de phase 1 vient tout juste d’être autorisé en janvier 2026…

Un vaccin universel contre les virus respiratoires

Reléguer les épidémies hivernales au rayon des souvenirs ? C’est désormais possible. Des chercheurs affiliés à l’Université de Stanford ont mis au point un spray nasal capable (sur les animaux testés) de protéger contre l’ensemble des rhumes, des toux infectieuses et des différentes souches de la grippe.

La véritable révolution scientifique ne s’appuie pas sur l’approche classique du ciblage des antigènes, mais sur la stimulation directe, locale et indifférenciée de notre système immunitaire. En pratique, le produit se distingue par sa facilité d’utilisation. Une fois pulvérisée, la solution agit en imitant les signaux chimiques naturels de communication cellulaire de notre organisme.

Cette subtile ruse biologique permet d’attirer et de déployer massivement une redoutable armée de globules blancs spécialisés directement au cœur des muqueuses respiratoires. Ces sentinelles implacables de notre corps sont alors placées dans un état d’alerte maximale. Ainsi mobilisée de manière préventive, cette ligne de défense immunitaire repousse tous les agresseurs tentant de franchir nos voies aériennes. L’efficacité mesurée est impressionnante, parvenant à réduire drastiquement la charge virale dans les poumons d’un facteur pouvant atteindre 700. De surcroît, ce bouclier protecteur offre une couverture prolongée, son effet se maintenant durant une période d’au moins trois mois.

Le fait le plus remarquable réside dans l’étendue de son spectre d’action. En effet, cette barrière biologique s’étend bien au-delà de la seule neutralisation des virus pour s’attaquer aussi à de redoutables bactéries, telles que Staphylococcus aureus ou encore Acinetobacter baumannii. Le vaccin s’est même avéré efficace contre les réponses allergiques sévères. Les chercheurs planifient maintenant les premiers essais cliniques !

Un congélateur sans gaz réfrigérants ?

L’industrie de la réfrigération, responsable d’une part non négligeable de la consommation électrique mondiale et des émissions de gaz à effet de serre (en raison des fluides frigorigènes fluorés), est peut-être à l’aube d’une révolution écologique.

Ces gaz contribuent fortement au réchauffement climatique en cas de fuite et participent à la destruction de la couche d’ozone (surtout les plus anciens). Pour la santé et la sécurité, ils présentent des risques d’asphyxie (en cas de fuite massive en espace confiné), d’intoxication (étourdissements, nausées, œdème pulmonaire), et certains sont inflammables, voire explosifs. Or, des chercheurs de l’Université des sciences et technologies de Hong Kong (HKUST) ont développé le premier congélateur au monde utilisant la technologie de « refroidissement élastocalorique », capable d’atteindre la température sous zéro de −12 °C, sans la moindre émission.

De quoi parle-t-on ? Le refroidissement élastocalorique s’appuie sur une propriété physique fascinante propre aux alliages à mémoire de forme, en l’occurrence des tubes en nickel-titane. Lorsqu’un stress mécanique intense est appliqué à ce métal, sa structure cristalline interne se modifie de manière réversible, ce qui libère de la chaleur dans l’environnement. À l’inverse, lorsque la contrainte est relâchée, le matériau absorbe goulûment la chaleur pour reprendre sa forme initiale, générant ainsi un puissant effet de refroidissement.

Si le principe était déjà connu pour fonctionner à température ambiante, franchir la barre de la congélation relevait encore du défi technique. L’équipe universitaire y est parvenue en soumettant ses tubes métalliques à des pressions colossales allant jusqu’à 900 mégapascals (l’équivalent de 4 000 fois la pression d’un pneu de voiture). Un liquide en circulation capte le froid généré lors du relâchement pour refroidir le dispositif, sans la moindre goutte de gaz polluant. Outre son bilan carbone quasi nul, cette solution offre une efficacité énergétique qui pourrait, à terme, remplacer les anciens systèmes à compression de vapeur.

Toutefois, le chemin vers une commercialisation à grande échelle reste semé d’embûches. Le fait de devoir générer de telles pressions nécessite des actionneurs mécaniques robustes, qui sont à ce jour trop coûteux ou volumineux pour être intégrés dans l’électroménager grand public. Bref, si la prouesse réalisée en labo est indiscutable, le passage au réfrigérateur domestique exigera plusieurs années d’optimisation en ingénierie des matériaux. À suivre…

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Électroscope #14 : Ariane 6, fusion nucléaire et surprises médicales

Voir triompher Ariane 64, franchir un cap décisif dans la fusion nucléaire, réinventer la robotique, transformer l’imagerie médicale et redonner la vue… C’est parti pour Électroscope 14.

Ariane 64 : le poids lourd de l’Europe reprend sa couronne

Alors que tous les regards sont rivés sur l’arrivée de l’astronaute française Sophie Adenot dans la Station spatiale internationale, l’Europe vient de franchir une étape décisive. Le ciel de Kourou a tremblé ce 12 février, et avec lui, les doutes qui pesaient sur l’autonomie spatiale européenne : pour son vol inaugural, la configuration « 64 » d’Ariane 6, équipée de quatre propulseurs d’appoint à poudre, a réalisé un sans-faute.

La fusée a placé sur orbite basse une grappe de 32 satellites pour la constellation Amazon LEO, marquant le début d’un ballet logistique qui verra l’Europe déployer une large partie de l’infrastructure que désire construire le géant américain du cloud et du e-commerce.

Ce succès valide la stratégie de modularité prônée par le CNES et ArianeGroup. Là où Ariane 62 (deux boosters) assure les missions institutionnelles et scientifiques plus légères, la version 64 s’attaque frontalement au marché des constellations, jusqu’ici chasse gardée de SpaceX. Les deux boosters supplémentaires offrent la poussée nécessaire pour arracher jusqu’à 21,6 tonnes à la gravité terrestre vers l’orbite basse. Dans cette configuration, qui inclut également une coiffe longue de 20 mètres, elle s’impose comme la fusée la plus puissante et la plus haute jamais construite par une nation européenne…Mais au-delà de la performance technique, c’est la flexibilité industrielle qui est saluée. Le corps central reste identique, quelle que soit la mission : seul l’ajout de la coiffe et des P120C change la donne. Cette évolution est d’ailleurs loin d’être terminée, puisque l’arrivée prochaine des boosters P160C, plus performants, promet déjà d’accroître encore la capacité d’emport de la fusée !

Cette « mécanique de Lego » permet de cadencer la production et de rationaliser les coûts, une nécessité vitale dans une économie spatiale devenue impitoyable. Avec ce superbe vol, la France et ses partenaires européens prouvent que le Vieux Continent dispose d’une technologie capable de porter les charges les plus lourdes du marché.

Helion Energy : l’étoile en bouteille se rapproche

Si Ariane maîtrise le feu chimique, Helion Energy apprivoise la fusion nucléaire. La start-up américaine, basée à Everett, vient d’annoncer une percée majeure vendredi dernier : son prototype « Polaris » a atteint une température de plasma de 150 millions de degrés Celsius, soit dix fois la température du cœur du Soleil !

Plus significatif encore, l’entreprise a obtenu des réactions de fusion deutérium-tritium mesurables et stables, ce qui constitue une première pour une si petite entité privée !

L’approche d’Helion tranche aussi radicalement avec les titanesques réacteurs de type tokamak (comme ITER). Au lieu de maintenir un plasma en continu dans un immense anneau magnétique, Helion utilise la technique « magnéto-inertielle pulsée ». Quèsaco ? Imaginez deux anneaux de plasma (du gaz ionisé) propulsés l’un contre l’autre à des vitesses supersoniques au centre d’une chambre à vide. La collision qui en résulte permet de comprimer le combustible jusqu’à la fusion, et l’énergie libérée est capturée directement par induction électromagnétique, sans passer par le cycle vapeur-turbine traditionnel.

Cette prouesse change la donne économique : en s’affranchissant de la lourde machinerie des turbines à vapeur, Helion promet de convertir l’énergie de fusion en électricité avec un rendement inégalé. Là où les réacteurs conventionnels perdent une immense partie de leur puissance en chaleur « inutile », ce système produit directement le courant. Ce qui permet d’envisager des centrales nucléaires compactes, rapides à construire et infiniment moins coûteuses que les chantiers pharaoniques actuels.

Les nouveaux jalons réalisés par Helion sont cruciaux pour maintenir la feuille de route ambitieuse de l’entreprise, qui vise la mise en service de sa centrale pilote « Orion » d’ici 2028. Cette installation, atteignant 50 mégawatts, sera la première au monde conçue non pour l’expérience scientifique, mais pour injecter de l’électricité de fusion « commerciale » dans le réseau. Celle-ci sera achetée par Microsoft pour alimenter ses data centers.

L’objectif ultime de l’entreprise reste la fusion aneutronique utilisant l’hélium-3, un « Saint Graal énergétique » : une électricité sans déchets radioactifs à longue vie. Avec les résultats encourageants du prototype Polaris, Helion suggère que l’ère de l’énergie de fusion pourrait arriver bien plus tôt qu’imaginé.

Allonic : la robotique hongroise qui a du « muscle »

Pendant ce temps, une révolution silencieuse s’opère dans des ateliers de Budapest. La start-up hongroise Allonic entend bousculer les paradigmes de la robotique humanoïde en remplaçant le métal… par du tissu.

Jusqu’ici, construire une main robotique signifiait assembler des centaines (et même des milliers) de petites pièces rigides : moteurs, engrenages, vis et câbles. Allonic propose une approche radicalement différente : le « 3D Tissue Braiding » (soit le tissage de tissus 3D). La machine d’Allonic « tisse » littéralement la structure du robot, intégrant un squelette rigide, des tendons souples et des actionneurs directement dans un processus de fabrication continu. Le résultat est une véritable main proposant quasiment les mêmes caractéristiques que celle des humains, et bientôt des corps entiers.

Cette méthode confère à leurs créations une fluidité « bio-inspirée ». La main d’Allonic possède une souplesse quasi naturelle. Elle peut encaisser des chocs, saisir des objets fragiles sans capteurs de pression complexes et interagir avec l’humain sans risque de blessure. En s’inspirant de la biologie pour la fabrication, Allonic espère résoudre un défi majeur de la robotique moderne : la complexité d’assemblage.

Vers le dépistage du cancer du sein à domicile

L’innovation médicale prend parfois la forme d’une simple sonde. Des chercheurs du MIT ont dévoilé début février une version mature de leur capteur à ultrasons portable, capable de scanner les tissus mammaires en profondeur. Contrairement aux mammographies traditionnelles, coûteuses, irradiantes et nécessitant une visite à l’hôpital, ce dispositif d’échographie souple se glisse aisément dans un sac et permet une imagerie en temps réel et en 3D.

L’enjeu est colossal : le cancer du sein reste l’un des plus meurtriers par sa fréquence, et son pronostic dépend presque entièrement de la précocité du diagnostic. Le problème actuel réside dans l’intervalle entre deux dépistages : une tumeur agressive se développe très vite entre deux mammographies espacées de plusieurs années. Le dispositif du MIT comble cet angle mort en permettant une surveillance trimestrielle ou même mensuelle à domicile, sans douleur.

La technologie repose sur un nouveau matériau piézoélectrique capable de générer des ondes ultrasonores de haute qualité tout en épousant les courbes du corps. Les essais cliniques récents montrent une résolution d’image désormais comparable à celle des échographies hospitalières, à même de repérer des kystes de 3 mm, voire plus petits. En démocratisant l’accès à l’imagerie médicale, le MIT propose de passer d’une médecine de réaction (traiter la maladie sur le tard) à une médecine vraiment préventive.

Miracle neurologique : quand le cortex s’éveille après le noir

C’est une histoire, médiatisée par le médecin-journaliste Marc Gozlan, qui défierait presque les manuels de neurologie. Une récente étude publiée par l’Université Miguel Hernández d’Elche (Espagne) rapporte le cas d’un patient aveugle depuis plus de trois ans, ayant recouvré une forme de vision naturelle à la suite d’une expérimentation d’implant cérébral.

Initialement, l’expérience visait à tester une prothèse visuelle intracorticale : un réseau de micro-électrodes implanté directement dans le cortex visuel pour « contourner » les yeux et le nerf optique défaillants. L’objectif de l’étude était de créer des points lumineux artificiels pour permettre au patient de s’orienter. L’implant a fonctionné, mais l’inattendu s’est produit en marge de cette stimulation artificielle.

Après plusieurs sessions, le patient a rapporté percevoir des lumières et des mouvements spontanément, sans que l’appareil ne soit activé ! Les tests ont confirmé qu’il parvenait à localiser des sources lumineuses et des silhouettes avec une précision qui était impossible avec sa condition antérieure. Contrairement aux essais précédents (comme ceux menés sur Bernadeta Gómez), qui avaient nécessité une stimulation active, cette nouvelle étude rapporte donc un cas de plasticité « inédit ».

Les chercheurs, stupéfaits, émettent l’hypothèse d’une adaptation neuronale rapide. La stimulation électrique aurait soit « réveillé » des circuits neuronaux dormants, soit forcé le cerveau à réorganiser ses voies de traitement visuel résiduelles. Ce cas unique (à ce stade) suggère que le cerveau, même privé de sens pendant de nombreuses années, ne s’éteint pas définitivement. Il attend parfois juste l’étincelle adéquate pour se rallumer…

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Électroscope #13 : le 1er médicament IA, une voie pour rajeunir et des startups françaises

Concevoir un médicament grâce à l’IA, recycler le plastique en le transformant en gaz, nous mettre sur la voie de l’éternel rajeunissement (rien que ça), rendre l’espace accessible au plus grand nombre, faire voler des drones en pleine tempête… C’est parti pour Électroscope 13.

Premier médicament entièrement conçu par une IA !

C’est une bascule historique dans la médecine mondiale : pour la première fois, un médicament conçu par une IA entre en phase 3. Une prouesse technologique. Mais pas seulement. C’est surtout la promesse de médicaments conçus bien plus rapidement, avec un coût de développement drastiquement réduit.

Le médicament en question s’appelle le rentosertib (d’Insilico Medicine). Il est pensé pour traiter une maladie progressive et mortelle : la fibrose pulmonaire idiopathique (FPI).

La phase 3 est l’étape la plus large et la plus décisive, celle qui induit les études les plus précises chez l’humain, fondées sur de très larges panels de patients.

La procédure classique prend 10 à 15 ans et coûte des milliards, avec plus de 90 % d’échecs. Ici, grâce à la plateforme Pharma.AI d’Insilico, la définition du médicament et l’accomplissement de la phase 1 ont demandé moins de 30 mois. Les résultats de la phase 2, publiés dans Nature Medicine en 2025, ont montré une bonne tolérance et un signal d’efficacité prometteur chez des patients atteints de FPI.

Le processus n’est pas seulement plus rapide ou moins cher. Il prouve surtout que l’IA peut créer des molécules validées cliniquement chez l’humain. Or, jusqu’ici, elle optimisait surtout des composés existants. Si la phase 3 n’est pas encore lancée, les discussions réglementaires avancent, avec un démarrage prévu prochainement. Une réussite ouvrirait la voie à une approbation vers 2030, faisant du rentosertib le premier médicament « né de l’IA » sur le marché. Une perspective fascinante qui devrait rapidement se renouveler pour d’autres molécules…

Du plastique transformé en… gaz !

Recycler les plastiques est une chose. Les transformer en gaz circulaires, permettant la fabrication de nouveaux matériaux, en est une autre. C’est la technologie que Monomeris Chemicals, une start-up française fondée en 2019 dans le Pas-de-Calais, a développée et brevetée.

Les déchets plastiques, même non triés et mélangés (y compris les objets justifiant un tri complexe et refusés par les filières classiques), sont broyés puis immergés dans un bain de liquides ioniques chauffés. Cela provoque une décomposition sélective et instantanée des polymères en monomères légers et intermédiaires chimiques, comme l’éthylène, le propylène ou d’autres gaz et composés valorisables. Ces « gaz circulaires », ou monomères décarbonés, peuvent ensuite être réinjectés directement dans l’industrie pétrochimique pour produire de nouveaux plastiques ou d’autres matériaux, en circuit fermé et sans extraction supplémentaire de pétrole fossile. Ce qui rend cette innovation particulièrement prometteuse, c’est sa capacité à traiter 100 % des plastiques sans tri préalable, sans eau, avec un faible impact environnemental (pas d’émissions massives de CO₂ comparées à l’incinération) et dans des installations compactes et modulaires. Et notamment des machines en conteneurs « plug & play », installables directement près des sites de déchets. Une unité standard peut traiter jusqu’à 6 000 à 10 000 tonnes par an, selon les configurations.

Validée sur un démonstrateur industriel (lancé et inauguré en 2025 à Avelin, près de Lille), la technologie a permis une levée de fonds de 3,23 millions d’euros fin 2025 pour en accélérer l’industrialisation et la commercialisation. Monomeris Chemicals commercialise déjà ses unités en France et en Europe. Elle vise désormais un déploiement rapide pour capter les volumes massifs de plastiques non recyclés mécaniquement, sachant qu’environ 25 % des plastiques sont recyclés en France actuellement, et ambitionne de réduire l’enfouissement et l’incinération tout en produisant des matières premières décarbonées.

En route vers le rajeunissement !

Ce que propose Life Biosciences, une biotech américaine basée à Boston, ne consiste pas seulement à stopper le vieillissement des cellules. Mais à les faire… rajeunir ! Ce qui ouvre des perspectives à peine imaginables.

Elle vient d’obtenir l’autorisation de la FDA pour lancer les premiers essais cliniques humains de son traitement expérimental ER-100.

Il s’agit d’une thérapie génique qui permet aux cellules de remonter le temps en remettant à l’heure leur horloge biologique interne. On injecte dans l’œil un virus inoffensif qui transporte trois gènes spéciaux appelés OSK. Ces gènes agissent comme des interrupteurs pour effacer certaines traces du vieillissement accumulées sur l’ADN, sans modifier ce dernier. Les cellules abîmées retrouvent alors un état plus jeune et redeviennent capables de fonctionner normalement.

Pour le moment, le traitement cible deux maladies graves des yeux liées à l’âge : le glaucome à angle ouvert, qui endommage progressivement le nerf optique et peut conduire à la cécité, et la neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique, une sorte de mini-AVC de l’œil qui provoque une perte de vision soudaine.

Chez les souris et les singes, cette méthode a déjà permis de restaurer la vision perdue en réparant les cellules du nerf optique. C’est la première fois qu’une approche de ce type, capable de rajeunir les cellules, passe à l’essai sur des humains, la phase 1 devant bientôt commencer. Elle va concerner une petite dizaine de patients atteints de ces maladies. Le traitement est injecté dans un seul œil pour contrôler sa tolérance et l’apparition d’un début d’amélioration de la vision.

La véritable révolution induite par cette découverte va bien au-delà de la médecine ophtalmique. Elle ouvre une brèche spectaculaire en faveur de traitements pouvant permettre à l’homme de rajeunir. Pour le moment néanmoins, la FDA reste prudente, ne considérant pas le vieillissement comme une « maladie ». Mais si la technique fonctionne sans danger pour les yeux, cela pourrait ouvrir la voie à d’autres applications et prouver qu’on peut vraiment inverser certains effets du temps sur les cellules.

Il s’agit donc bien d’une étape historique dans la recherche sur le vieillissement. Pour la première fois, on va tester directement chez l’humain l’idée que les cellules âgées peuvent être remises à zéro pour retrouver leur jeunesse fonctionnelle. Les premiers résultats de sécurité arriveront dans les prochains mois ou années. À suivre de très près !

L’espace pour tous ?

Rendre l’accès à l’espace beaucoup plus simple et moins cher, surtout pour des vols courts allant de 30 à 150 km d’altitude (ce qu’on appelle l’espace proche ou suborbital), telle est l’ambition de la start-up française Opus Aerospace.

Ses travaux visent des applications civiles, comme des expériences scientifiques, des tests de technologies, ou même militaires, pour des essais rapides. La société développe de petites fusées-sondes avec des moteurs fabriqués grâce à l’impression 3D. Cela permet de créer des pièces complexes rapidement, avec des budgets raisonnables et moins de pièces assemblées. Un peu comme si l’on imprimait une pièce de Lego ultra-précise en métal, au lieu d’en utiliser un grand nombre devant être vissées ou rivetées.

Leur premier engin s’appelle Mésange : une fusée de 4,7 mètres de haut, propulsée par un mélange propre (HTP et propane). Elle est partiellement réutilisable et conçue pour tester des technologies innovantes, comme un bouclier thermique également imprimé en 3D.

Son premier lancement est prévu depuis le Centre spatial guyanais, à Kourou, sur un pas de tir dédié aux fusées-sondes. Initialement annoncé pour 2025, il est désormais prévu en 2026. Ce sera le tout premier vol d’Opus Aerospace et potentiellement le premier d’une start-up New Space depuis la Guyane.

À terme, Opus veut surtout démocratiser les vols spatiaux. Au lieu d’attendre des années et de payer des fortunes pour envoyer une expérience ou un capteur en altitude, on pourrait le faire rapidement et à bas coût, avec des méthodes plus écologiques que celles actuellement employées. Une initiative soutenue par le CNES, France 2030 et des investisseurs privés.

Le drone qui ne craint pas la tempête !

Si les drones sont au centre du jeu de l’innovation, il leur reste encore à résoudre certains problèmes liés aux conditions atmosphériques rencontrées lorsqu’ils sont en vol. Mais là aussi, les choses avancent à une vitesse folle. Nous l’avons vu la semaine dernière avec le premier drone pompier insensible à la chaleur. Voilà maintenant venir celui qui résiste aux vents les plus violents : le Tidav T-H3. Développé par la start-up toulousaine éponyme, il s’agit d’un appareil léger (environ 25 kg), de 2 mètres d’envergure, capable d’encaisser des rafales de 100 km/h.

La plupart des drones classiques tremblent, dérivent ou ne décollent même pas quand le vent dépasse 40 à 50 km/h. Celui de Tidav reste stable et garde une position neutre, comme s’il était posé au sol, grâce à une conception innovante brevetée. Il possède une forme d’avion hybride, des moteurs puissants et une autonomie pouvant lui faire parcourir jusqu’à 100 kilomètres. Capable d’emporter jusqu’à 3 kilos de charge (caméras, capteurs, etc.), il décolle et atterrit verticalement et profite du vent pour se stabiliser.

Il ouvre la voie à l’accomplissement de missions, pour le moment totalement inaccessibles à ses concurrents, comme inspecter des éoliennes en pleine mer, surveiller des pipelines, des lignes électriques ou des zones industrielles par mauvais temps. Au lieu d’attendre une fenêtre météo calme ou d’envoyer des hélicoptères chers et polluants, on peut le déployer en un clin d’œil, même lorsqu’une tempête raisonnable survient.

En janvier 2026, Tidav a décroché 4,5 millions d’euros du programme France 2030 pour accélérer le développement et la commercialisation de son drone, particulièrement pour le marché des éoliennes offshore. Des tests ont déjà montré des performances exceptionnelles et une rare résistance à l’eau salée et à la corrosion. Une nouvelle preuve de l’agilité et du foisonnement actuel d’idées apporté par les start-up françaises.

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Électroscope #12 : des drones, des robots et des IA qui révolutionnent la médecine

Révolutionner les drones de défense quand on est une mini start-up française, les faire voler au milieu des flammes, comprendre les maladies et notre ADN, créer des robots plus intelligents… et plus sympas, guider l’agriculture au centimètre près… C’est parti pour Électroscope #12.

Drones intercepteurs : le miracle aéronautique alsacien

C’est l’histoire improbable qui agite la presse technologique et militaire française, révélée au grand jour par Vincent Lamigeon. Dans un secteur de la défense verrouillé par des géants et des contrats d’État aux montants souvent astronomiques, une PME alsacienne de 17 employés, ALM Meca, vient de donner une leçon d’agilité industrielle au monde entier. Son nouveau drone, le « Fury », est qualifié de « meilleur drone d’interception au monde » dans sa catégorie. Un appareil qui pourrait jouer un rôle majeur dans la guerre en Ukraine au profit de Kiev, dans un conflit ayant placé les drones en première ligne.

La genèse du projet est en soi une prouesse. Développé en moins d’un an, sur fonds propres, sans aucune subvention de la Direction générale de l’armement (DGA) ni soutien public initial, le Fury affiche des performances qui ridiculisent des programmes dix fois plus coûteux. Propulsé par un microréacteur à kérosène, l’engin atteint la vitesse de 700 km/h, lui permettant de chasser et de neutraliser la plupart des drones en plein vol.

Le succès d’ALM Meca met en lumière une faille dans le modèle traditionnel de l’innovation de défense : la lourdeur administrative face à l’urgence opérationnelle. Dans les conflits modernes ayant démontré la nécessité de solutions anti-drones rapides et peu coûteuses, c’est un petit atelier de mécanique de précision qui apporte la réponse la plus crédible. Le Fury est un véritable manifeste pour la souveraineté industrielle portée par nos PME.

De prédire à expliquer les maladies, le bond en avant de l’IA

Cette semaine marque un tournant pour l’intelligence artificielle appliquée à la biologie et à la médecine. Deux équipes ont publié presque en même temps des résultats qui lèvent enfin un obstacle majeur. Jusqu’ici, les IA médicales étaient très performantes pour prédire des maladies, mais elles restaient incapables d’expliquer pourquoi elles arrivaient à cette conclusion. On les appelait des « boîtes noires ». Aujourd’hui, ces travaux montrent qu’on peut obtenir des prédictions très précises et comprendre les raisons biologiques qui provoquent certaines pathologies. On passe d’une IA qui « devine » à une IA qui commence à « comprendre » les mécanismes profonds du corps humain.

La première avancée concerne la maladie d’Alzheimer. Une jeune entreprise, Goodfire.ai, a travaillé main dans la main avec Prima Mente et leur modèle appelé Pleiades. Jusqu’à présent, on savait déjà détecter assez bien Alzheimer grâce à des analyses d’ADN par simples prélèvements sanguins. Mais l’IA se contentait de dire « oui ou non », sans jamais indiquer sur quoi elle se basait. Pleiades change cela. Les chercheurs ont découvert que la longueur des minuscules fragments d’ADN circulant dans le sang lance un signal très fort, que personne n’avait imaginé. Ces fragments trahissent déjà la maladie bien avant l’apparition des premiers symptômes visibles (perte de mémoire, etc.). L’IA pointe du doigt un mécanisme biologique concret. Les scientifiques disposent maintenant de nouvelles pistes sérieuses à explorer pour mieux comprendre et peut-être ralentir très tôt les effets de la maladie.

La seconde percée vient de Google DeepMind, avec AlphaGenome, présenté dans la revue Nature. Ce modèle s’attaque à ce qu’on appelle la « matière noire » de notre génome. Ces zones d’ADN, qui ne codent pas directement des protéines, mais qui régulent tout le reste (on les compare souvent à des interrupteurs ou des commandes à distance). Jusqu’ici, les outils devaient choisir entre analyser de très longues séquences d’ADN ou en décrypter chaque lettre. AlphaGenome réussit les deux à la fois. Il lit jusqu’à un million de lettres d’ADN d’un coup et prédit, avec une précision exceptionnelle, comment une petite mutation, même très loin d’un gène, va perturber son fonctionnement et contribuer à une maladie. Cela crée une sorte de carte vivante et dynamique du génome humain, bien plus complète qu’avant.

Or, la grande majorité des variations génétiques liées aux maladies (diabète, cancers, troubles rares, etc.) se trouvent justement dans ces zones non codantes, mal comprises.

Pour les patients, cela pourrait signifier l’obtention de diagnostics beaucoup plus précoces, plus fiables et mieux expliqués, que ce soit pour Alzheimer ou pour de très nombreuses autres pathologies génétiques.

Le travailleur en titane et le compagnon de mousse

Deux visions opposées de la robotique viennent d’abattre leurs cartes ! D’un côté, de solides machines en titane capables d’œuvrer en travailleurs infatigables ; de l’autre, des amis domestiques en mousse, pensés pour vivre à nos côtés sans nous effrayer.

Les premiers, Helix 02, nous viennent de Figure AI, une entreprise californienne de pointe. Elle propose une avancée impressionnante en matière d’autonomie corporelle. Au lieu de suivre des instructions rigides ou des séquences programmées à l’avance, son robot « comprend » son propre corps en temps réel. Grâce à une IA unique qui transforme directement ce que voient ses caméras (pixels) en mouvements fluides, il marche, manipule des objets, garde l’équilibre et anticipe les obstacles ou les frottements sans aide humaine. Sa démonstration la plus marquante ? Il vide et recharge entièrement un lave-vaisselle dans une cuisine normale, pendant quatre minutes d’affilée, en combinant marche, gestes précis et équilibre, sans jamais s’arrêter ni avoir besoin d’intervention extérieure. On est très loin des robots qui répètent bêtement les mêmes gestes. Ici, l’IA apprend de ses erreurs presque instantanément et agit comme si elle avait un « instinct physique ». Exactement le genre de robot-travailleur qu’on imagine dans les usines, les entrepôts ou même à la maison pour les tâches pénibles du quotidien.

À l’opposé, la start-up new-yorkaise Fauna Robotics a dévoilé Sprout, un humanoïde qui mise tout sur la douceur et la convivialité. Mesurant environ 1 mètre (la taille d’un enfant de 9 ans) et pesant seulement 22 kilos, il est recouvert d’une mousse souple vert sauge, avec des formes arrondies, sans angles durs ni parties qui pourraient pincer. Il bouge doucement, sans bruit agressif, et surtout possède un visage expressif, avec des sourcils motorisés qui montent et descendent pour montrer la surprise, la joie ou l’attention. L’idée est simple mais puissante : créer un robot que nul (et surtout pas les enfants) n’a peur d’approcher, qu’on peut toucher, bousculer sans risque, et qui invite naturellement à l’interaction sociale. Sprout n’est pas fait pour soulever des charges lourdes ou travailler en usine. Il est conçu pour les environnements humains – maisons, hôtels, écoles, boutiques – où l’acceptation et la confiance comptent plus que la force brute. Exit l’image du robot Terminator qui fait froid dans le dos. Sprout est un petit être attachant qui pourrait un jour nous apporter une brosse à dents dans une chambre d’hôtel ou jouer un rôle de compagnon discret.

Ces deux robots, lancés presque en même temps, montrent que la robotique humanoïde ne va pas vers un unique modèle. D’un côté, la quête de performance maximale et d’autonomie totale pour remplacer ou assister dans les tâches physiques exigeantes ; de l’autre, la priorité donnée à la sécurité, à l’émotion et à l’intégration harmonieuse dans notre vie quotidienne. Ensemble, ils préparent un futur où les robots ne seront plus des machines effrayantes ou impersonnelles, mais des partenaires adaptés à chaque usage.

RTKsub : l’agriculture au centimètre près

Nombreuses sont les machines qui s’appuient sur une infrastructure invisible mais vitale : le positionnement de haute précision. C’est sur ce terrain que le Néerlandais FreshMiners est en train de réaliser un coup de maître avec le lancement du service « RTKsub », présenté comme le plus grand réseau GPS RTK (pour Real Time Kinematic) commercial au monde.

Pour le grand public, le GPS est cet outil qui nous localise à quelques mètres près. Mais pour l’agriculture de précision, cette marge d’erreur est inacceptable. Un tracteur autonome qui sème des graines ou un drone qui inspecte une infrastructure doit se positionner au centimètre près. Jusqu’à récemment, l’accès aux corrections RTK était coûteux, fragmenté ou limité à des zones géographiques restreintes. FreshMiners, connu initialement pour ses activités dans le minage de cryptomonnaies et dans la gestion énergétique, a pivoté intelligemment en s’appuyant sur l’infrastructure décentralisée de GEODNET pour déployer des stations de base à une échelle inédite.

Les implications sont immédiates pour l’agriculture : réduction drastique des intrants (engrais, pesticides) grâce à un épandage ciblé au centimètre près, optimisation des récoltes et automatisation facilitée des flottes de robots agricoles. C’est l’infrastructure du futur qui se met rapidement en place, transformant chaque parcelle agricole ou couloir aérien pour drones en une grille numérique de haute fidélité.

Et le déploiement de la technologie est rapide : la carte de couverture du service affiche un taux d’accessibilité frôlant les 100 % dans plusieurs pays européens (Pays-Bas, Portugal), où une précision de 2 cm est désormais la norme. Cela avance aussi en France !

Le drone pompier insensible à la chaleur

Une troisième catégorie d’aéronefs sans pilote s’apprête à voler là où aucune machine n’était censée survivre. L’Empa (Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche), en Suisse, a officialisé la dernière version de son « FireDrone », un appareil conçu pour opérer au cœur des incendies industriels et forestiers.

L’innovation ne réside pas ici dans l’intelligence artificielle ou la vitesse, mais dans la science des matériaux. Le défi technique n’est pas mince : les drones conventionnels voient leurs structures fondre et leurs batteries exploser dès qu’ils ont l’audace de s’approcher un peu trop près d’un foyer intense. Le FireDrone, lui, utilise une isolation inspirée de l’aérogel, un matériau ultra-léger, pour protéger son électronique vitale (moteurs, caméras, capteurs) de la fournaise jusqu’à 200 °C pendant une dizaine de minutes.

Cette technologie offre aux pompiers un « œil » persistant dans l’enfer. Transmettant des données thermiques et visuelles en temps réel depuis l’intérieur d’un bâtiment en flammes ou au-dessus d’un feu de forêt actif, le FireDrone permet de localiser des victimes ou des sources de danger avant même qu’une équipe humaine ne s’engage.

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Électroscope #11 : un distille, un matériau immortel et une IA qui fait naître des bébés

Transformer l’air en eau, rendre les avions immortels, faire progresser le fertilité grâce à l’IA, nettoyer les océans et rendre l’IA autonome… C’est parti pour Électroscope #11.

Le distille de Dune existe !

Des chercheurs du MIT ont mis au point un dispositif qui semble tout droit sorti d’un film de science-fiction. Il extrait de l’eau potable directement à partir de l’air, même dans les déserts les plus arides où l’humidité ne dépasse pas 10 %. Le rêve des personnages du célèbre roman Dune, de Frank Herbert ! Testé avec succès dans des conditions extrêmes (notamment la Vallée de la Mort, dans le désert de Mojave californien), ce système passif, sans électricité ni tuyaux, repose sur un hydrogel innovant intégré dans un panneau de la taille d’une fenêtre.

Le principe est astucieux et simple. La nuit, quand l’humidité augmente légèrement, le matériau absorbe la vapeur d’eau ambiante comme une éponge ultra-efficace. Le jour, la chaleur solaire libère cette eau capturée sous forme liquide, propre, filtrée et potable. Pas de pompe, pas de compresseur énergivore, juste la physique des matériaux et le soleil. Les tests ont montré des rendements impressionnants : jusqu’à 160 millilitres par jour dans des conditions très basses en humidité, avec une eau de qualité potable après traitement minimal.

Près de 2 milliards de personnes vivent dans des zones où l’accès à l’eau douce est critique, souvent loin des nappes phréatiques ou des rivières. Ce dispositif pourrait équiper des maisons, des villages isolés, des camps de réfugiés ou même des bases militaires et des expéditions, en produisant de l’eau sur place sans infrastructure lourde. À plus grande échelle, des versions modulaires pourraient alimenter des communautés entières, réduisant la dépendance aux forages coûteux ou au transport d’eau par camion.

Se pose encore la question de savoir comment s’assurer que l’eau reste vraiment sûre partout. Pour l’instant, le dispositif ne peut être déployé à grande échelle, restant au stade des prototypes prometteurs et des tests sur le terrain. Mais le MIT a démontré que, même à 10 % d’humidité, l’air contient assez d’eau pour être exploitable. C’est une percée concrète vers un monde où l’eau potable ne dépend plus seulement des pluies ou des rivières, mais de l’atmosphère elle-même. Avec de la prudence et des investissements intelligents, cela pourrait devenir un outil majeur contre la crise hydrique mondiale.

Des avions « immortels » ?

Des chercheurs américains des universités de North Carolina State et de Houston viennent de présenter un matériau composite révolutionnaire qui pourrait rendre les avions, les turbines éoliennes ou même les engins spatiaux quasi « immortels ». Ce composite auto-réparant se remet de ses blessures plus de 1 000 fois sans perdre ses performances, et il est déjà plus résistant que les matériaux actuels utilisés dans les ailes d’avions ou les pales de turbines.

Le secret réside dans une ingénieuse combinaison faite de fibres renforcées classiques (type carbone ou verre), intégrant des agents de réparation imprimés en 3D et des chauffages embarqués. Quand une fissure ou une délamination apparaît – typique des chocs, de la fatigue ou des impacts en vol –, le système détecte le dommage et active localement la chaleur. Cela déclenche la fusion d’un agent réparateur qui comble la brèche, solidifie le tout et restaure la structure. Les tests en laboratoire ont montré que le matériau reste plus solide que les composites standards, même après 500 cycles de casse et de réparation. Au-delà de 1 000, il conserve encore une intégrité remarquable.

L’intérêt est colossal pour l’aéronautique. Aujourd’hui, les avions doivent être inspectés et réparés régulièrement, ce qui coûte cher et immobilise les appareils. Avec ce matériau, les structures pourraient durer des siècles au lieu de décennies, réduisant drastiquement les coûts de maintenance, les déchets et les remplacements. Une aile ou un fuselage qui se répare seul, en vol ou au sol, changerait la donne pour la sécurité, la durabilité et même l’empreinte carbone du transport aérien. Les applications s’étendent aux éoliennes (où les pales subissent des vents extrêmes) et aux engins spatiaux (où les réparations en orbite sont quasi impossibles).

Cette révolution ne concerne pas encore les avions en développement, mais les premiers résultats montrent que la science des matériaux vient de franchir un cap. Des composites qui se soignent eux-mêmes pourraient transformer l’industrie en une ère de durabilité extrême, où le terme « jetable » ne serait plus employé…

L’IA championne de la FIV ?

Dans un monde frappé par la dénatalité, une petite révolution est en train de se produire dans le domaine de la fertilité. Un laboratoire entièrement robotisé, piloté par l’intelligence artificielle, a contribué à la naissance de 19 bébés en parfaite santé. Ce système, développé par la startup Conceivable Life Sciences et baptisé AURA, automatise les étapes les plus délicates de la fécondation in vitro (FIV), traditionnellement réalisées à la main par des embryologistes.

Au lieu de manipulations humaines sujettes à la fatigue, aux variations ou aux erreurs minuscules, AURA utilise des bras robotiques précis et des algorithmes d’IA pour sélectionner les meilleurs spermatozoïdes, injecter l’un d’eux dans l’ovule, surveiller en continu le développement des embryons et choisir ceux qui ont le plus de chances de donner une grossesse viable. Plus de 200 gestes sont ainsi standardisés, sans contact humain direct.

Les 19 naissances, issues de cliniques partenaires (notamment au Mexique), sont toutes issues de ce processus automatisé. Les premiers résultats sont encourageants. Les taux de fécondation et de grossesse obtenus dans les essais pilotes se situent au niveau des meilleures cliniques humaines, voire légèrement au-dessus dans certains cas. L’IA excelle particulièrement dans l’analyse objective et répétable des embryons, là où l’œil humain peut varier d’un technicien à l’autre.

La FIV traditionnelle reste une procédure chère, épuisante et dont le taux de succès moyen tourne autour de 30 à 40 % par cycle pour les femmes de moins de 35 ans. En automatisant et en optimisant chaque étape, AURA pourrait réduire les coûts à long terme, diminuer les écarts entre cliniques et rendre le traitement plus accessible à des millions de couples qui en sont aujourd’hui exclus pour des raisons financières ou géographiques. À terme, cela pourrait transformer la fertilité en une médecine plus prévisible et plus équitable.

Pour l’instant, AURA n’est pas encore « meilleur » que les laboratoires humains de pointe sur tous les plans, mais ses résultats préliminaires montrent qu’il est déjà plus constant et potentiellement plus efficace sur les étapes critiques. À suivre avec prudence, espoir et vigilance.

The Ocean Cleanup : sus au continent plastique

The Ocean Cleanup, l’organisation fondée par le jeune ingénieur néerlandais Boyan Slat, poursuit son combat contre la pollution plastique des océans. En 2025, elle a franchi un nouveau cap. Ses systèmes ont extrait environ 25 000 tonnes de déchets plastiques des milieux aquatiques (océans et rivières combinés). Ce chiffre représente un record absolu pour une seule année.

Un volume que Boyan Slat compare au poids d’une dizaine de tours Eiffel.

L’organisation ne se contente pas de ramasser le plastique déjà présent dans l’océan. Elle déploie aussi des « intercepteurs » dans les rivières pour bloquer les déchets avant qu’ils n’atteignent la mer. Selon leurs estimations, ces barrières recueillent désormais entre 2 et 5 % des flux mondiaux de plastique entrant dans les océans chaque année. Un pourcentage qui grimpe rapidement avec l’expansion de leur programme « 30 Cities », lancé en 2025.

Chaque année, environ 11 millions de tonnes de plastique finissent dans les océans, menacent la vie marine et contaminent la chaîne alimentaire. En extrayant les matériaux flottants avant qu’ils ne se fragmentent en microplastiques quasi impossibles à récupérer, The Ocean Cleanup empêche une dégradation irréversible. Leur objectif ambitieux reste de supprimer 90 % de cette pollution d’ici 2040, en combinant nettoyage actif, prévention en amont et plaidoyer pour des politiques globales plus strictes.

Restons néanmoins prudents. 25 000 tonnes par an, c’est énorme pour une ONG, mais minuscule face aux millions de tonnes qui finissent annuellement au fond des mers. Ensuite, si recycler ce plastique récupéré en produits utiles (comme des lunettes de soleil ou des routes) évite qu’il ne revienne dans la nature, le modèle économique est fragile, tant il repose sur des dons, des partenariats et des ventes. Mais Boyan Slat et son équipe prouvent que la technologie peut inverser la tendance, à condition de maintenir le rythme et d’obtenir un soutien mondial massif.

Rubin, la vraie révolution de l’IA ?

NVIDIA a lancé sa nouvelle plateforme Rubin, annoncée par son PDG, Jensen Huang. Succédant à Blackwell, elle est conçue pour propulser l’IA vers des systèmes de raisonnement autonomes, à même de planifier plusieurs étapes et d’agir comme de vrais agents intelligents.

Au cœur de Rubin, six puces inédites fonctionnent comme un tout cohérent. Le GPU Rubin apporte une puissance de calcul massive, le CPU Vera (avec 88 cœurs Olympus Arm) gère les tâches complexes, et quatre puces réseau assurent des connexions ultra-rapides. Les gains sont impressionnants : jusqu’à cinq fois plus de performances que Blackwell sur l’entraînement et l’inférence IA, et un coût divisé par dix pour traiter les données. Cela permettra des modèles d’IA bien plus puissants, avec des contextes gigantesques et une fiabilité accrue.

L’intérêt ? Ouvrir la voie à des applications concrètes comme des assistants personnels ultra-autonomes, des voitures qui décident en temps réel, des diagnostics médicaux plus précis et des usines intelligentes qui anticipent les pannes. Produite en masse dès janvier 2026, la plateforme arrivera chez les grands fournisseurs cloud fin 2026-début 2027.

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Électroscope #10 : un casque qui écoute votre cerveau, un antidote à la ricine & une usine dans les abysses

Réinventer l’autonomie avec des micro-batteries, améliorer ses réflexes de gamer, neutraliser un poison mortel, opérer un jumeau numérique du cœur humain, dessaler l’eau de mer en utilisant la pression des abysses… C’est parti pour Électroscope #10.

Iten et Lacroix : la micro-batterie solide qui réinvente l’autonomie

Dans l’univers de l’électronique, la loi de Moore a permis une miniaturisation considérable, laissant toutefois une technologie à la traîne : la batterie, qui n’a pas connu les mêmes gains de performance, car sa densité progresse de façon linéaire, et non exponentielle. C’était vrai, en tout cas, jusqu’à l’ascension d’Iten. Cette pépite française, installée à Dardilly, près de Lyon, a réussi là où les géants piétinent : créer des micro-batteries « tout-solide » aussi puissantes que sûres, sans cobalt et sans solvants lourds.

Oubliez les piles boutons encombrantes. Les batteries d’Iten sont des composants céramiques rechargeables (en moins de 10 minutes, selon l’entreprise), à peine plus gros qu’un grain de riz, mais capables de délivrer des puissances « cent fois supérieures » aux technologies lithium-ion classiques, tout en ayant des dimensions similaires. Cette incroyable densité de puissance va permettre notamment de lisser les pics de consommation des objets connectés et autres capteurs autonomes.

Mais une technologie de rupture ne vaut rien sans capacité de production massive. C’est là qu’intervient l’alliance stratégique nouée avec le groupe Lacroix, géant français méconnu de la sous-traitance électronique. Au cours des derniers mois, la faisabilité de l’intégration des solutions d’Iten directement sur des cartes électroniques a été testée, en conditions réelles, dans l’usine Symbiose de Beaupréau-en-Mauges (Maine-et-Loire). Les résultats ont été concluants, disent les deux partenaires : les micro-batteries sont bel et bien compatibles avec les lignes d’assemblage existantes, et donc industrialisables !

L’enjeu ? L’Internet des objets (IoT). Pour que nos montres, nos capteurs industriels ou nos implants médicaux deviennent réellement autonomes et miniatures, ils doivent s’affranchir des contraintes chimiques classiques. En industrialisant l’intégration de ces micro-batteries directement sur les cartes électroniques (comme n’importe quel composant standard), Iten, qui entend ouvrir sa propre usine en France en 2028, ne se contente pas de fabriquer une batterie : la jeune pousse nous débarrasse de l’un des derniers verrous matériels qui empêchent l’électronique de se fondre dans notre quotidien.

Neurable : quand votre casque gaming écoute votre cerveau

Quittons l’énergie pour plonger au cœur de notre cerveau. Avec la dernière prouesse de Neurable, entreprise américaine experte en neurotechnologie « non invasive », la frontière entre l’homme et la machine vient de s’estomper un peu plus, suite au lancement de son casque capable de lire les ondes cérébrales. Fruit d’une collaboration avec la marque de casques gaming HyperX, il vise à améliorer la « concentration des joueurs ».

Jusqu’à présent, l’interface cerveau-ordinateur (BCI) restait essentiellement cantonnée aux labos de recherche, nécessitant des bonnets bardés de fils et de gel conducteur, voire des implants cérébraux pour les dispositifs les plus complexes. Neurable a réussi l’impensable : miniaturiser des capteurs EEG (électroencéphalographie) au point de pouvoir les dissimuler dans les coussinets d’un casque grand public. Une fois en contact avec le contour de nos oreilles, ils captent les infimes variations électriques du cortex sans le moindre inconfort.

Loin de la science-fiction, le système agit comme une sorte de « traducteur instantané » : des algorithmes d’intelligence artificielle nettoient le signal brut pour convertir cette activité neuronale en métriques lisibles. Le résultat est troublant d’efficacité. Le casque « lit » notre niveau de concentration en temps réel et peut détecter les signes avant-coureurs de la fatigue cognitive avant même que nous n’en ayons conscience. L’idée est de s’en servir comme d’un outil d’entraînement mental pour améliorer les temps de réaction.

La démonstration de son efficacité a eu lieu lors du dernier salon CES 2026, à travers un test concret sur le jeu de tir d’entraînement Aimlabs. D’abord soumis à une épreuve de tir sans préparation préalable, un utilisateur a établi un premier score de 33 333 points, avec une latence de 478 millisecondes. C’est alors que l’interface de Neurable est entrée en scène : le testeur a effectué un autre exercice, cette fois « guidé » grâce à l’assistance de l’appareil. Le verdict fut sans appel : lors de la seconde tentative, le score a bondi à près de 40 000 points, accompagné d’une nette amélioration des réflexes !

Le Ricimed : un bouclier biologique « Made in France »

En ce début d’année 2026, d’autres innovations se déploient également sur le terrain de la sécurité nationale et de la protection contre le risque terroriste. En effet, la biotech française Fabentech a réalisé une première mondiale qui fera date dans l’histoire de la biodéfense : l’obtention de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le Ricimed.

Le nom peut sembler anodin, mais la menace qu’il neutralise est terrifiante : la ricine. Cette toxine naturelle, issue de la graine de ricin, une plante facile à produire, est 6 000 fois plus toxique que le cyanure et mortelle, y compris à d’infimes doses. Impossible à détecter immédiatement, elle est considérée comme l’arme de bioterrorisme par excellence, redoutée par tous les services de renseignement occidentaux. Elle a notamment été utilisée lors des fameux meurtres perpétrés par les espions de l’Est grâce au « parapluie bulgare », comme dans celui qui a coûté la vie au dissident bulgare Georgi Markov, en 1978.

Jusqu’ici, il n’existait aucun antidote. En cas d’exposition, la médecine était impuissante.

Fabentech change la donne grâce à sa technologie d’immunothérapie polyclonale, qui a déjà produit des traitements contre Ebola et la grippe H5N1. En termes simples, ses équipes produisent des anticorps ultra-spécifiques capables de neutraliser la toxine dans l’organisme avant que la ricine ne provoque des dégâts irréversibles. Plus précisément, le Ricimed est un médicament qui se fixe sur le poison pour l’empêcher de s’accrocher à nos cellules. Bloqué à l’extérieur, il devient inoffensif. Par ailleurs, cette technologie à large spectre peut neutraliser des attaques « quelle que soit la provenance » de la ricine, dit l’entreprise.

Cette autorisation n’est pas qu’une percée médicale : c’est aussi une victoire géopolitique. Elle permet à la France et à l’Europe de se constituer des stocks stratégiques souverains. Dans un monde où la menace asymétrique grandit, Fabentech, soutenue par la Direction générale de l’armement (DGA), nous dote d’une assurance-vie collective et conforte la France dans son rôle de leader européen de la gestion des risques NRBC (nucléaire, radiologique, biologique, chimique).

Le français inHEART produit des jumeaux numériques du cœur humain

Imaginez un outil offrant aux cardiologues la possibilité de naviguer en temps réel dans une représentation fidèle du cœur d’un patient. Une sorte de « Google Maps de l’organe ». Entre ce rêve et la réalité, il n’y a qu’un pas qu’inHEART est en train de franchir. Cette startup française, issue de l’IHU Liryc et de l’Inria à Bordeaux, incarne l’avènement de la médecine personnalisée au travers de « jumeaux numériques ».

Sa technologie répond à un problème complexe : chaque cœur est unique, mais les outils d’imagerie classiques (scanners, IRM) ne donnent souvent qu’une vision imparfaite, en 2D ou en fausse 3D, des tissus. Pour un cardiologue s’apprêtant à pratiquer une intervention complexe sur le cœur (tachycardies ventriculaires, cardio-neuro-ablations, radio-ablations), c’est un peu comme devoir désamorcer une bombe avec un plan flou.

La biotech inHEART utilise l’intelligence artificielle pour transformer ces images médicales brutes en un modèle 3D interactif et ultra-précis du cœur du patient. Ce double numérique offre une vision instantanée et précise de l’anatomie et permet de visualiser les cicatrices électriques invisibles à l’œil nu, responsables des courts-circuits cardiaques. Cerise sur le gâteau : ce modèle est directement exploitable par les cardiologues, car intégrable aux systèmes de cartographie électro-anatomique utilisés à l’hôpital.

Les résultats récents sont spectaculaires : les interventions préparées avec inHEART sont plus rapides, plus sûres et réduisent drastiquement les complications. Selon le CHU de Toulouse, premier hôpital en France à déployer cette technologie, celle-ci permet de réduire la durée moyenne de ce type de procédure de 5 à 2 heures, et le taux de réussite grimpe de 60 à 75 %. Car, avec la solution d’inHEART, le chirurgien n’opère plus « à vue », mais navigue dans un territoire qu’il a déjà exploré virtuellement…

Flocean : l’usine de dessalement qui utilise la force des abysses

Nous terminons ce tour d’horizon par ce qui est sans doute l’enjeu le plus vital du siècle : l’accès à l’eau douce. Alors que les méthodes de dessalement traditionnelles sont pointées du doigt pour leur voracité énergétique (bien qu’en nette baisse) et leurs rejets de saumure côtiers, la startup norvégienne Flocean opère, en 2026, une rupture radicale : exploiter la pression naturelle de l’océan. Bref, elle amène l’usine à l’eau, et non l’inverse.

Reconnue comme l’une des meilleures inventions par le TIME fin 2025, la technologie de Flocean repose sur un principe physique simple mais inexploité : la pression hydrostatique. Au lieu de construire de gigantesques usines sur les côtes, Flocean a pour ambition d’installer des modules de dessalement autonomes directement au fond de l’océan, à environ 400 à 600 mètres de profondeur. La pression naturelle de l’eau (d’environ 50 bars) est suffisante pour actionner le processus d’osmose inverse sans recourir aux pompes haute pression énergivores utilisées sur terre. Résultat ? Une consommation énergétique qui serait « réduite de 30 à 50 % » par rapport aux standards actuels, selon l’entreprise.

Cette innovation se veut aussi écologique. En puisant l’eau dans les abysses, là où la lumière ne pénètre pas, Flocean capte une eau pure, exempte d’algues et de pollution de surface, réduisant drastiquement le besoin de prétraitement chimique. Flocean annonce jusqu’à « 60 % d’infrastructures en moins » pour le prétraitement. Soit une autre source d’économies ! De plus, la saumure rejetée à cette profondeur se disperserait bien mieux dans les courants profonds qu’en zone côtière fragile, sans avoir besoin d’additifs…

Avec le lancement commercial de ses unités « Flocean One », dont le premier module doit être déployé à Mongstad en 2026 avec une capacité annoncée de 1 000 m³ d’eau douce par jour, la Norvège apporte ainsi une solution clé en main pour les régions arides et assoiffées. À terme, chaque module devra produire 5 000 m³ d’eau douce par jour, et leur conception permettra d’atteindre 50 000 m³ d’eau douce par jour, par site d’exploitation.

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Électroscope #9 : CES 2026 & ChatGPT Santé

Collaborer avec un robot ouvrier, regarder sa voiture réfléchir, transformer sa télé en papier peint, scanner ses aliments au restaurant, confier sa santé à ChatGPT…
C’est parti pour Électroscope #9.

Boston Dynamics et Google DeepMind : le robot Atlas  passe des vidéos YouTube à l’ère industrielle

C’était l’image la plus partagée du salon : le nouveau robot Atlas, dans sa version entièrement électrique, naviguant avec une aisance déconcertante au milieu du stand du constructeur Hyundai. Passant de 1,50 m à 1,90 m de hauteur, il gagne aussi en mobilité, des articulations entièrement rotatives, et une capacité de levage bien supérieure à son prédécesseur (de 50 kg). Mais au-delà de la prouesse mécanique, c’est aussi l’annonce faite conjointement par Boston Dynamics et Google DeepMind qui change la donne !

En effet, si les robots humanoïdes sont des merveilles d’ingénierie capables de danser ou de faire des saltos arrière, prouesses que l’on peut admirer sur de virales vidéos en ligne, ils restent souvent des « coquilles vides » sur le plan cognitif, en se contentant d’exécuter des scripts écrits à l’avance. Plus pour longtemps ! Cette semaine, Boston Dynamics a profité du CES 2026 pour confirmer l’intégration des modèles de fondation multimodaux Gemini Robotics (annoncés l’automne dernier) directement dans le « cerveau » d’Atlas.

Cela signifie que la future version du robot ne se contentera plus de suivre un chemin balisé. Grâce à la vision par ordinateur couplée au raisonnement de Gemini, Atlas pourra identifier par exemple un objet inconnu, déduire de quoi il s’agit (« ceci est une pièce fragile »), puis ajuster sa prise sans qu’aucun ingénieur n’ait à coder cette interaction spécifique. Mieux encore : l’apprentissage réalisé par un robot sera transférable aux autres !

L’annonce est d’autant plus sérieuse qu’elle s’accompagne de chiffres de production massifs, une première pour Boston Dynamics, entreprise historiquement tournée vers la R&D. L’objectif est d’atteindre une capacité de production de 30 000 unités par an d’ici 2028. Et sa maison-mère, Hyundai, a annoncé le déploiement d’Atlas sur son site de production de voitures électriques en Géorgie. Le robot quitte ainsi le labo de recherche pour l’usine, avec la promesse de soulager les humains des tâches les plus pénibles et répétitives, d’abord le tri des pièces avant de passer à l’assemblage des composants, en tant que collaborateur pouvant comprendre des consignes vocales (« prends ceci et mets-le là »).

Mercedes et Nvidia : vers une voiture qui « pense » ?

Si vous pensiez que la conduite autonome chez les constructeurs traditionnels stagnait au « Niveau 2 », Mercedes-Benz vient de prouver le contraire avec la présentation de la version de série de la Classe CLA 2026, dotée d’une autonomie d’environ 600 km. Ce véhicule est le premier de la marque à embarquer nativement le système d’exploitation propriétaire MB.OS qui permet d’interagir avec la recharge et les aides à la conduite.

Mais la véritable rupture technologique réside ailleurs. Lors du CES, Jensen Huang, le PDG de Nvidia, a rejoint le constructeur sur scène pour dévoiler « Alpamayo-R1 », un modèle d’IA de 10 milliards de paramètres spécifiquement entraîné pour la conduite autonome, et censé pouvoir faire concurrence avec la solution Full Self-Driving (FSD) de Tesla. Contrairement aux systèmes précédents basés sur des règles strictes, Alpamayo utilise une nouvelle architecture de raisonnement en « chaîne de pensée ».

Avec cette IA, une voiture devient capable de comprendre son environnement, « prenant des décisions comme le ferait un humain » dans des cas complexes, et devrait atteindre à terme une autonomie de niveau 4. Pour les conducteurs, cela changera tout. Imaginez une rue barrée soudainement sans panneau de prévention, un véhicule de livraison garé en double file sur une piste cyclable, ou encore un carrefour bondé de piétons imprévisibles. Là où une voiture autonome classique pourrait se bloquer, paralysée par l’absence de règles codées pour ces anomalies, la voiture devient en mesure de « comprendre » la situation.

Quant au modèle CLA 2026, le véhicule est bardé de capteurs (10 caméras, 5 radars et 12 capteurs ultrasons) qui nourrissent un supercalculateur capable d’effectuer plus de 500 000 milliards d’opérations par seconde. Mercedes propose cette fonctionnalité sous le nom MB.DRIVE ASSIST PRO, facturée aux États-Unis sous forme d’abonnement (environ 3 950 $ les premières années). La voiture n’est plus un produit fini à l’achat, mais une plateforme évolutive qui apprend de chaque kilomètre parcouru par la flotte mondiale !

LG OLED evo W6 : une télévision « papier peint »

Dans le hall central, LG Electronics a rappelé à tous pourquoi il restait le maître de l’OLED. La nouvelle série LG OLED evo W6 (pour « Wallpaper ») n’est pas juste une télévision plus fine : c’est l’aboutissement d’une décennie de recherche pour faire disparaître la technologie au profit de l’image. Le design de « W6 » pousse le minimalisme à l’extrême : une dalle de moins de 10 millimètres d’épaisseur, plaquée magnétiquement au mur, sans câble visible. 

Tout cela est rendu possible grâce à un boîtier, le Zero Connect, qui transmet l’image en 4K et le son sans fil vers l’écran jusqu’à 10 mètres de distance. Avec cette astuce, l’écran ne contient plus que la dalle et l’électronique minimale de pilotage des pixels. Tout le reste se trouve dans le boîtier ! Par ailleurs, LG a commencé à utiliser des matériaux composites avancés, afin que ce type d’écran ultra-fin puisse rester rigide sur le long terme, tout en divisant son poids par deux par rapport aux modèles précédents. Une feuille métallique flexible est ajoutée pour permettre l’adhérence magnétique au mur…

Lorsqu’il est éteint, l’écran bascule en mode « LG Gallery+ », affichant des textures de toile si réalistes que de nombreux visiteurs ont dû toucher la surface pour croire qu’il s’agissait d’un écran, et non d’un tableau. La télévision se transforme alors en objet de décoration.

Allergen Alert : la sécurité alimentaire dans la poche

Loin des robots géants et des voitures de luxe, c’est un petit boîtier blanc, tenant facilement dans la main, qui a créé l’intérêt à l’Eureka Park (la zone dédiée aux startups). La jeune pousse française Allergen Alert, spin-off du géant du diagnostic in-vitro bioMérieux, a présenté ce qui pourrait devenir le « Yuka » des personnes allergiques.

Le problème est mondial : les allergies alimentaires ont explosé ces vingt dernières années, rendant les sorties au restaurant anxiogènes pour des millions de personnes. Et la réponse d’Allergen Alert est technologique : leur dispositif miniaturise l’immuno-analyse, technique réservée jusque-là aux laboratoires d’analyse médicale.

L’utilisateur insère un échantillon infime de son plat (une miette suffit) dans une capsule à usage unique, puis l’introduit dans le boîtier. En moins de deux minutes, l’appareil rend son verdict. Le système se concentre sur les 9 principaux allergènes, à l’origine de 80 % des réactions allergiques, à savoir les cacahuètes, les fruits à coque, le lait, les œufs, le poisson, les crustacés, le blé (et donc le gluten), le soja et le sésame. Le tout, avec une précision capable de détecter des traces infimes (quelques ppm), invisibles à l’œil nu.

Finaliste du concours Fundtruck 2025, la startup lyonnaise ne cible pas seulement le grand public. Elle a annoncé des partenariats pilotes avec des restaurants étoilés, et vise aussi les spécialistes de la restauration d’entreprise et scolaire, qui souhaitent certifier leurs repas en temps réel. C’est un bel exemple de la « Tech for Good » : une innovation de rupture issue de la recherche française, mise au service d’un besoin quotidien vital. Les précommandes ouvriront fin 2026, promettant de redonner le goût de l’insouciance à table.

ChatGPT Santé investit la médecine du quotidien

Au-delà du CES, OpenAI a officiellement lancé le 7 janvier « ChatGPT Santé », une déclinaison verticale de son modèle GPT-5.2, spécifiquement calibrée pour le secteur médical. Depuis 2023, des centaines de millions de patients ont utilisé ChatGPT pour s’auto-diagnostiquer, parfois avec des résultats mitigés, un risque d’hallucinations non négligeable, et des questions concernant la protection des données personnelles. 

Avec ce nouveau service, OpenAI change de paradigme et veut répondre aux inquiétudes, en commençant par s’aligner sur les normes HIPAA aux États-Unis et le RGPD en Europe, afin de garantir une confidentialité totale des données : aucune conversation n’est utilisée pour entraîner le modèle, et un chiffrement dédié est annoncé. La précision et l’utilité des réponses sont, quant à elles, renforcées grâce à un partenariat avec de nombreux médecins. Le modèle a été évalué selon des normes cliniques « rigoureuses ». 

L’autre atout maître de ce lancement est le partenariat avec plusieurs applications de bien-être et services gérant les dossiers médicaux en ligne. Cette intégration permet à l’IA, si le patient donne son accord explicite, d’accéder à l’historique médical : analyses de prises de sang ou de scanners, antécédents, prescriptions en cours, etc. L’assistant ne « devine » plus ce qui arrive aux patients : il analyse leurs résultats médicaux en direct !

Cette innovation tombe à pic pour les systèmes de santé mondiaux. ChatGPT Santé pourrait contribuer à désengorger les cabinets médicaux des questions bénignes, et leur permettre de se concentrer sur le soin et le diagnostic complexe. Ce n’est évidemment pas la fin du médecin traitant (quoi que), mais sans doute l’avènement d’une autre façon de pratiquer la médecine ou de vivre avec une maladie : désormais, le patient et le docteur seront assistés par une troisième intelligence, infatigable et encyclopédique. On comprend néanmoins aussi pourquoi Elon Musk, vient d’exhorter la jeunesse américaine à ne plus envisager de s’inscrire en fac de médecine.

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#8 : des implants cérébraux, du quantique et des drones agricoles

Interfacer l’homme et la machine, recycler des pneus, changer la vie des asthmatiques, toucher du doigt le quantique, cultiver des fraises avec des drones… C’est parti pour Électroscope #8.

Neuralink : l’ère des cyborgs passe à l’échelle industrielle !

Bientôt, l’interface homme-machine ne sera plus limitée à quelques essais cliniques, mais déployée auprès de plusieurs milliers de patients à travers le monde. Neuralink prévoit d’industrialiser la pose de ses implants cérébraux dès 2026, grâce à l’automatisation de la chirurgie, assurée par le robot R1.

Conçu pour la neurochirurgie de très haute précision, le robot R1 automatise les gestes les plus délicats à l’échelle du micron. Il s’appuie sur une imagerie optique en temps réel, couplée à des algorithmes de vision artificielle, pour cartographier les vaisseaux sanguins à la surface du cerveau et les éviter lors de l’implantation. Les électrodes, plus fines qu’un cheveu, sont insérées une à une avec une précision supérieure à celle de la main humaine, limitant fortement les risques d’hémorragie.

Cette approche repose sur une méthode d’insertion inédite : les électrodes traversent directement la dure-mère, la membrane protectrice du cerveau, sans nécessiter son retrait. En réduisant à la fois l’invasivité et le temps opératoire, cette technique diminue les complications et rend possible une standardisation de la procédure, indispensable à un déploiement à grande échelle.

À ce stade, Neuralink s’adresse prioritairement aux personnes privées de mobilité ou de parole. Les retours des douze premiers patients font état de gains d’autonomie immédiats.

Noland, paralysé sous les épaules après un accident de plongée, dépendait jusqu’alors d’une canule buccale douloureuse et de l’assistance permanente de sa famille. Il navigue aujourd’hui sur Internet de manière autonome, joue à des jeux comme Civilization et étudie quotidiennement les mathématiques, la philosophie et les langues, au point d’envisager une reprise d’études.

Alex, devenu tétraplégique à la suite d’un accident de voiture, avait dû renoncer à sa passion pour la conception de pièces automobiles. Grâce à l’implant, il a repris la modélisation 3D, le graphisme et même la programmation, retrouvant une liberté créative qu’il pensait perdue.

Brad, atteint d’une sclérose latérale amyotrophique à un stade avancé, ne pouvait ni parler ni bouger et restait confiné chez lui à cause d’un système de suivi oculaire peu fiable. Il communique désormais à l’extérieur, assiste aux matchs de football de son enfant et recommence à se projeter, notamment à travers des projets de voyage.

Parallèlement à ces applications motrices, Neuralink, à travers le programme Blindsight, vise à restaurer la vision chez des personnes aveugles, y compris de naissance, en stimulant directement le cortex visuel. Le dispositif agit en stimulant directement le cortex visuel au moyen de fils ultra-fins, afin de générer des perceptions de lumière et de formes. En septembre 2024, la FDA lui a attribué le statut de dispositif innovant, permettant d’accélérer son processus réglementaire. Les premiers essais cliniques chez l’humain sont attendus en 2026. Neuralink recrute actuellement des volontaires aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni.

Quand deux chimies incompatibles s’unissent pour créer du caoutchouc « durable »

Sur le papier, cela semblait impossible. Dans les laboratoires du CNRS, une équipe de chimistes, en collaboration avec Michelin, a réussi à rapprocher deux procédés chimiques réputés incompatibles. Une avancée qui pourrait transformer en profondeur l’industrie du pneumatique et celle des matériaux élastiques.

Le point de départ est un problème bien connu des plasturgistes. Les caoutchoucs synthétiques classiques, très performants mécaniquement, sont fabriqués par un procédé dit de « polymérisation en chaîne ». Cette méthode crée une structure solide et durable, mais quasiment irréversible : une fois vulcanisé, le caoutchouc ne peut ni être refondu ni facilement recyclé. À l’inverse, les élastomères thermoplastiques, issus d’une « polymérisation par étapes », peuvent être fondus et recyclés, mais leurs performances restent inférieures à celles des caoutchoucs traditionnels.

Jusqu’ici, ces deux mondes ne se parlaient pas. Les chercheurs ont trouvé un moyen de les faire coopérer grâce à une catalyse innovante dite “commutable”. Concrètement, leur procédé permet de passer alternativement d’une chimie à l’autre au cours d’une même réaction, pour fabriquer des copolymères dits « à blocs », à l’architecture totalement nouvelle.

Le résultat : un matériau hybride qui combine la résistance et l’élasticité du caoutchouc vulcanisé avec la capacité des thermoplastiques à être refondus et réutilisés. En fin de vie, ces nouveaux caoutchoucs pourraient ainsi être chauffés, remodelés et recyclés sans perte notable de performance.

Cette découverte, récemment publiée et brevetée, a déjà été distinguée par le prix de l’innovation du Groupe français d’étude et d’application des polymères. Elle ne règle pas à elle seule la question environnementale des pneus, mais elle pose une première pierre concrète vers une véritable économie circulaire des matériaux élastiques, un objectif que l’industrie poursuit depuis des décennies.

Une avancée majeure pour les patients atteints d’asthme sévère

Le 16 décembre 2025, l’agence américaine du médicament (FDA) a donné son feu vert à un nouveau traitement qui pourrait profondément améliorer le quotidien des personnes souffrant d’asthme sévère. Le Depemokimab, commercialisé sous le nom d’Exdensur par le laboratoire GSK, devient le premier médicament biologique à action prolongée ciblant cette pathologie pouvant être administré à raison de seulement deux injections par an.

L’asthme sévère dit « éosinophilique » se  caractérise par une inflammation chronique des voies respiratoires. Jusqu’à présent, les biothérapies disponibles imposaient des injections mensuelles ou bimensuelles. Si ces traitements sont efficaces, leur fréquence représente une contrainte importante, à la fois logistique et psychologique, pour des patients déjà fragilisés par la maladie.

Le Depemokimab se distingue par une durée d’action beaucoup plus longue. Son efficacité repose sur une action ciblée et durable, qui permet d’espacer très fortement les administrations tout en maintenant un contrôle efficace de la maladie.

L’approbation de la FDA s’appuie sur les résultats des essais cliniques de phase III SWIFT-1 et SWIFT-2. Ces études ont montré que deux injections annuelles de 100 mg permettaient de réduire significativement le nombre de crises d’asthme sévères par rapport à un placebo. Les chercheurs observent notamment une diminution de 72 % des crises nécessitant une hospitalisation ou une prise en charge aux urgences.

Sur le plan biologique, le traitement agit en bloquant l’interleukine-5 (IL-5), une molécule clé de l’inflammation dite « de type 2 ». En empêchant le développement et la survie des globules blancs impliqués dans cette inflammation, le médicament réduit durablement l’irritation des voies respiratoires. Mais au-delà du mécanisme, la véritable rupture tient à la simplicité du suivi : une prise en charge semestrielle, au lieu de rappels fréquents.

Concrètement, pour les patients, cela signifie moins de rendez-vous médicaux, moins de rappels thérapeutiques et moins de place laissée à la maladie dans la vie quotidienne. Un asthme sévère, aujourd’hui souvent vécu comme une contrainte permanente, pourrait ainsi devenir une pathologie suivie à intervalles espacés, plus facile à intégrer dans une vie familiale, professionnelle et sociale normale.

Bientôt l’arrivée de l’informatique quantique, grâce à un qubit plus stable ?

Dans la course à l’ordinateur quantique, le principal défi n’est pas seulement la puissance, mais la stabilité. Pour comprendre l’enjeu, il faut d’abord rappeler ce qu’est un qubit : l’équivalent quantique du bit informatique classique, capable non pas de prendre la valeur 0 ou 1, mais les deux à la fois, grâce aux lois de la physique quantique. À l’hiver 2025, des ingénieurs de l’Université de Princeton ont annoncé dans la revue Nature une avancée importante : la mise au point d’un qubit supraconducteur capable de rester stable pendant plus d’une milliseconde.

Dit ainsi, une milliseconde peut sembler insignifiante. Mais en informatique quantique, c’est une durée exceptionnellement longue et une avancée cruciale. Car les qubits reposent sur des états quantiques extrêmement fragiles, qui se dégradent presque instantanément sous l’effet de leur environnement. Tant qu’un qubit reste stable, il peut participer aux calculs. Dès qu’il perd sa cohérence, l’information quantique disparaît et le calcul devient inutilisable. Or ce nouveau qubit reste cohérent environ trois fois plus longtemps que les meilleurs résultats obtenus jusqu’ici en laboratoire, et près de quinze fois plus longtemps que les qubits utilisés dans les machines industrielles actuelles.

La percée ne repose pas sur une nouvelle théorie complexe, mais sur un changement de matériau. Les chercheurs ont remplacé le niobium, habituellement utilisé dans les circuits supraconducteurs, par du tantale. Associé à des procédés de fabrication et de nettoyage extrêmement précis, ce choix de matériau permet de limiter les pertes d’énergie au niveau des interfaces du circuit qui perturbent le fonctionnement des qubits.

Autre point clé : cette innovation est compatible avec les architectures existantes. Il ne s’agit pas de repenser l’ordinateur quantique de fond en comble, mais de remplacer un composant par un autre plus performant. Selon l’équipe de Princeton, l’intégration de ces qubits au tantale dans des processeurs déjà en développement, comme ceux de Google ou d’IBM, pourrait réduire très fortement les erreurs de calcul — au point d’améliorer les performances effectives d’un facteur annoncé allant jusqu’à mille.

Cette amélioration de la fiabilité est essentielle : tant que les erreurs ne sont pas suffisamment maîtrisées, les ordinateurs quantiques restent cantonnés au stade expérimental. En prolongeant la durée de vie des qubits sans bouleverser les architectures existantes, Princeton rapproche un peu plus ces machines de la résolution de problèmes concrets, hors du seul cadre de la recherche.

L’agriculture de précision prend son envol avec les drones dans les fermes verticales

L’agriculture du futur ne se joue plus uniquement dans de vastes champs à ciel ouvert. Elle se développe aussi dans des environnements fermés, contrôlés et parfois empilés sur plusieurs étages : les fermes verticales. Une démonstration récente de 4D BIOS, entreprise américaine spécialisée dans ces technologies, illustre cette évolution avec l’utilisation de drones autonomes pour gérer des cultures hors-sol, ici des fraises.

Les images montrent une scène presque chorégraphiée. Dans des couloirs étroits bordés de murs de plantes, un drone sphérique se déplace avec une grande précision. Privé de GPS, il s’appuie sur une vision artificielle ultra-sophistiquée pour se repérer au millimètre près, évitant câbles et feuillages.

Équipé de caméras et de capteurs, le drone analyse chaque plant individuellement grâce à des algorithmes qui identifient les stades de croissance ou les premiers signes de stress hydrique ou de maladie. Ces informations sont ensuite regroupées dans un tableau de bord qui aide les agronomes à anticiper les rendements et à ajuster les conditions de culture.

L’objectif est très pragmatique. Dans les fermes verticales, des milliers de plants sont empilés en hauteur, ce qui rend les inspections manuelles longues, coûteuses et parfois imprécises. En automatisant cette surveillance — et demain peut-être des tâches comme la pollinisation ciblée ou la micro-pulvérisation — les drones permettent une gestion « plante par plante » à l’échelle industrielle.

Concrètement, pour le consommateur, ce type de technologie vise à produire localement, toute l’année, des fruits et légumes plus réguliers, avec moins de pertes et une utilisation plus fine de l’eau, de l’énergie et des intrants. Une agriculture plus technologique, mais aussi plus prévisible et plus proche des lieux de consommation, même en milieu urbain.

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Électroscope #7 : des startups françaises, des nanofleurs pour rajeunir, de l’IA et un concorde 2.0

Alimenter des datacenters pour relancer le supersonique, réécrire l’ADN pour cibler le cancer, recharger des cellules vieillissantes, relier la Terre et l’espace par laser, parler et coder avec l’IA… C’est parti pour Électroscope #7.

Et si la demande énergétique de l’IA donnait naissance au Concorde 2.0 ?

L’IA a un besoin immédiat de puissance, et l’aéronautique a déjà des moteurs capables de la fournir. En les adaptant en turbines au sol, Boom Supersonic y voit un moyen de financer la création du Concorde 2.0 et d’accélérer le retour de l’aviation supersonique.

On pourrait croire que l’IA n’est qu’une affaire de neurones artificiels et d’algorithmes. En réalité, c’est aussi une histoire de câbles, de transformateurs et de turbines. Or le réseau électrique américain, en raison de son fonctionnement actuel, a du mal à suivre la courbe de la demande en énergie des nouveaux centres de calcul en construction. Certaines baies de processeurs restent inutilisées, non par manque de puces, mais parce que les datacenters peinent à obtenir les raccordements adéquats aux lignes haute tension. Ils se retrouvent dans des files d’attente alors que la Chine ajoute des capacités à un rythme soutenu.

Face à cette lenteur, les grands acteurs du numérique se tournent vers une solution de secours : construire leurs propres centrales au pied de leurs infrastructures IA. La plupart reposent toutefois sur des turbines à gaz dérivées de réacteurs d’avions subsoniques, qui ont été conçus pour voler à haute altitude, dans un air glacial. C’est tout le problème. Quand elles sont utilisées au sol, de surcroît en plein soleil, ces turbines commencent à perdre un peu de puissance dès une dizaine de degrés, et leur production chute à partir de 30 °C. Pour tenir la charge, elles ont besoin de grosses quantités d’eau pour le refroidissement.

Le constructeur Boom Supersonic, qui est en train de concevoir Overture, une sorte de Concorde 2.0, propose une autre solution : transformer le cœur de son moteur supersonique Symphony, prévu pour voler à Mach 1,7 dans un environnement équivalent à 70 °C, en turbine électrique baptisée Superpower. Transposé au sol, il a un net avantage : il peut maintenir ses 42 mégawatts de puissance jusqu’à 43 °C, sans recourir à l’eau de refroidissement, ressource sous tension autour de nombreux sites américains.

Ce choix technologique, qui fait déjà l’objet d’une commande ferme de 29 unités, est aussi un pari industriel : produire ces turbines en série, dans une usine dédiée, pour atteindre 4 gigawatts de capacité de production par an d’ici 2030 et se servir des futurs profits pour financer le successeur du Concorde. Ainsi, chaque heure de fonctionnement dans un datacenter d’IA servirait à certifier plus rapidement le moteur Symphony et à financer Overture, et donc… le retour de l’aviation supersonique !

L’IA à la française (Mistral, Gradium) n’a pas dit son dernier mot !

Ces derniers jours, le paysage français de l’IA s’est enrichi avec Gradium, nouveau champion de l’IA vocale, et Devstral 2, la nouvelle famille de modèles de Mistral AI dédiée au code. Deux paris complémentaires qui illustrent une même dynamique : une IA française moins centrée sur le « chatbot généraliste » et davantage sur des verticales à forte valeur ajoutée – la voix comme interface universelle, et le code comme levier d’automatisation.

Née fin 2025 en tant que spin-off du laboratoire de recherche Kyutai, Gradium veut faire de la voix la nouvelle « couche d’interface » de l’IA. La start-up a levé des fonds conséquents auprès d’investisseurs de premier plan (Xavier Niel, Rodolphe Saadé, entre autres) pour industrialiser des modèles audio capables de générer et de comprendre la voix avec une latence quasi nulle. S’appuyant sur les travaux open source de Kyutai, Gradium mise sur « l’interaction voix-à-voix ». Une communication entièrement vocale, sans passage intermédiaire par le texte, plus naturelle, par défaut multilingue, et qui peut être interrompue comme on le fait dans le cadre d’une conversation « entre humains ».

Dans un tout autre registre, Mistral AI développe Devstral, une lignée de modèles spécifiquement entraînés pour le développement logiciel et le codage. Ils sont optimisés pour naviguer dans une base de code, utiliser des outils (git, recherche, tests) et modifier plusieurs fichiers en autonomie. La dernière version, Devstral 2, atteint des scores de pointe sur le référentiel SWE-Bench Verified, se positionnant comme l’un des meilleurs modèles ouverts dans le monde, avec un niveau similaire à son rival chinois Deepseek.

Vers une édition du génome 7 fois plus efficace et capable de cibler le cancer

Au sein de l’Institut Max-Planck de Leipzig, une équipe de chercheurs vient de franchir une étape importante pour rendre l’édition du génome plus efficace et, peut-être, créer (à terme) une arme ciblant spécifiquement les cellules cancéreuses.

Leur avancée, récemment publiée, apporte une nouvelle façon de « trier » les cellules après une modification de l’ADN dans une culture cellulaire, afin de ne garder que celles ayant été correctement réécrites et de se débarrasser du reste. Leur méthode, testée sur 42 régions de l’ADN humain et sur plusieurs types de cellules, multiplie en moyenne par 7 l’efficacité de l’édition génomique in vitro, atteignant parfois près de 100 % de cellules modifiées !

Leur étude nous rapproche aussi d’un rêve de longue date en cancérologie : éliminer les cellules tumorales en laissant les cellules saines intactes. Leur méthode d’édition de l’ADN pouvant exploiter la signature la plus intime du cancer : ses mutations spécifiques.

En effet, une cellule cancéreuse se distingue d’une cellule normale par quelques fautes de frappe dans son ADN. Or les « ciseaux génétiques CRISPR », programmables, développés dans le cadre de cette recherche, sont capables de reconnaître précisément ces erreurs dans les cellules cancéreuses. Les cellules portant la mutation cancéreuse sont alors coupées délibérément au « mauvais endroit » et, incapables de se réparer, meurent.

En culture cellulaire, les chercheurs montrent qu’ils peuvent ainsi tuer sélectivement des cellules humaines portant des mutations de cancer, tout en épargnant les cellules saines. Dans certains cas, la mutation pathogène est même réparée pour retrouver la séquence normale. Ce qui en fait un outil puissant pour préparer de futures thérapies !

Bien entendu, nous sommes encore au stade des essais en laboratoire : avant d’en faire un traitement, il faudra apprendre à amener ces ciseaux au bon endroit in vivo, directement dans le corps, et à contrôler leurs éventuels effets indésirables. Mais l’approche esquisse une future génération de traitements, capables de traquer les cellules cancéreuses mutation par mutation, avec une précision que la chimio ne pourra sans doute jamais offrir…

Des « nanofleurs » pour recharger nos cellules : une piste contre le vieillissement

Nos cellules ont besoin d’énergie pour tout faire : se réparer, se défendre, fonctionner au quotidien. Cette énergie est fabriquée par de minuscules organites que l’on peut comparer à des batteries internes : ce sont les indispensables mitochondries. Avec l’âge, celles-ci ont tendance à perdre en efficacité. C’est pourquoi certains tissus récupèrent moins bien et notre organisme devient alors plus vulnérable aux dégâts accumulés.

Des chercheurs de l’université Texas A&M explorent une approche originale pour aider des cellules fatiguées à retrouver du souffle. Leur idée consiste à utiliser des cellules souches comme de véritables « ateliers de fabrication de mitochondries ».

Pour y parvenir, l’équipe a conçu des particules minuscules, baptisées « nanofleurs », faites à base de disulfure de molybdène. Une fois entrées dans les cellules souches, elles sont en mesure de déclencher un signal : produire davantage de mitochondries. Dans l’expérience de laboratoire, les cellules souches ont ainsi réussi à doubler leur stock de mitochondries, puis (fait encore plus intéressant) les ont transmises plus facilement (3 à 4 fois plus) à des cellules voisines en difficulté. Autrement dit, elles ne se contentent pas de se recharger elles-mêmes : elles peuvent aussi « dépanner » des cellules autour d’elles.

Pourquoi est-ce si prometteur ? Parce que si une cellule récupère des mitochondries en meilleur état, elle peut améliorer sa production d’énergie (l’ATP), mieux résister au stress et reprendre une partie de ses fonctions. C’est une piste qui s’inscrit dans ce que l’on appelle la « médecine régénérative », qui suscite beaucoup d’intérêt : elle consiste à redonner de la capacité de réparation aux cellules et permettrait de… lutter contre le vieillissement.

FACTORY 27 : Cailabs prépare la production en série des stations optiques

Dans la bataille des données venues de l’espace, le vrai goulot d’étranglement n’est pas toujours en orbite. Il se trouve souvent au sol, là où le faisceau doit traverser l’atmosphère sans décrocher. C’est sur ce point dur que la deeptech française Cailabs s’est positionnée : faire des liaisons optiques Terre–Espace un système fiable, industrialisable et déployable à grande échelle, grâce à ses « dômes de communication laser » bientôt produits en série.

En effet, si une liaison laser promet des débits élevés et une forte directivité, elle doit traverser un milieu fort capricieux : l’atmosphère terrestre. Chaleur, turbulences, humidité, brume… l’air ambiant déforme son rayon, comme une route qui ondulerait non-stop. Et à ces distances, il faut aussi un pointage d’une précision extrême : viser une station au sol depuis l’orbite, c’est comme faire passer un fil à travers le chas d’une aiguille… sauf que l’aiguille est à plusieurs centaines de kilomètres et bouge en permanence !

Installée à Rennes depuis 2013, l’entreprise Cailabs dit avoir trouvé la parade avec de nouvelles stations optiques au sol bourrées de technologies innovantes, qui permettent au rayon laser de rester exploitable malgré des conditions atmosphériques difficiles. On peut le résumer ainsi : Cailabs fabrique l’équipement qui aide la station à récupérer un signal laser propre, même quand l’air l’a altéré, et à renvoyer un faisceau stable vers l’espace.

Après une phase de développement, Cailabs prépare désormais un vrai changement d’échelle avec la construction, à Rennes, d’une usine d’environ 10 000 m², pensée pour la production en série. Baptisé FACTORY 27, ce futur site doit entrer en service en 2027 et produire à la chaîne des dômes de communication pour les liaisons laser entre la Terre et les satellites. L’ambition affichée est de viser jusqu’à 50 stations par an, à l’horizon 2028 !

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